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Yo no voi a estar llorando la vida entera
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Lyla Gambino
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MessageLun 20 Mar - 19:33

 



La vida es así

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Le retour fut salutaire. Je pus reprendre mes petites habitudes, retrouver ma famille et mes repères en essayant d’oublier ce que j’avais traversé. Mes amies ne purent malheureusement pas me suivre jusque dans mon pays natal à cause de l’énergumène qu’une majorité de grands électeurs choisirent d’élire mais j’avais la chance de les savoir en sécurité. Mon mari avait fait tout son possible pour qu’elles n’aient plus jamais à se soucier de rien, ne me posant aucune question et ne s’opposant même pas à ce qui semblait être l’évidence même. Sans elles, je ne serais plus et il en avait bien conscience. Nos nuits étaient agitées par mes sanglots et mes larmes quand Ettore ne s’éveillait pas en pleine nuit pour réclamer ma présence. C’était probablement ce qui me faisait le plus mal, l’impact que mon départ avait pu avoir sur ma famille. Je culpabilisais de les avoir fait souffrir si bien que je refusais catégoriquement de confier mon fils à qui que ce soit et que je sortais peu pour utiliser tout mon temps à prendre soin d’eux. Je sortais peu parce que je n’avais envie de voir personne et parce qu’il m’était difficile de négocier une sortie sans que je finisse par capituler en lisant de la panique dans le regard de mon époux. Il avait déjà assez à faire avec mes cauchemars qu’il tentait d’éteindre en me serrant contre lui jusqu’à ce que je me calme, sans que je ne lui apporte davantage de tracas. Je vivais en quasi autarcie, éludant les repas de famille et autres joyeusetés pour profiter des miens, d’un peu de paix et de silence qui me faisaient du bien. Ici, je n’avais à me soucier de rien, je pouvais errer des journées entières sans rien faire d’autre que ce qui me plaisait, c’était ça la liberté, la vraie. Je cuisinais beaucoup, sans doute trop, enjoignant Luciano d’en prendre avec lui pour distribuer, entre les pâtisseries et les différents plats, il n’avait pas assez d’un estomac pour tout ingurgiter. J’avais repris la confection de bijoux quand je ne réparais pas ma vieille bagnole tandis que mon fils s’amusait sur la banquette arrière avec ses jouets. Puis je finis par sortir un peu de mon antre, partageant quelques repas avec ma belle-famille qui s’inquiétait sûrement trop et je finis par retourner voir mes parents un dimanche après la messe, heureuse de les retrouver et constatant que là aussi, j’avais fait des dégâts. Je tentai bien de passer voir Cinzia, la seule que j’avais vraiment envie de serrer dans mes bras mais elle trouvait toujours une bonne excuse pour annuler et je finis par abandonner, me disant qu’elle viendrait me trouver dès qu’elle se sentirait prête. Pour le moment, je ne disposais pas d’assez de forces pour lui imposer ma présence et lui faire entendre raison. Je me retapais à peine et mes angoisses étaient encore tenaces, je savais que ce n’était qu’une question de temps avant que je me sente à nouveau à l’aise et en pleine forme.


La preuve, je passais de plus en plus d’après-midis loin du domaine avec mon fils. Je sélectionnais un endroit que je ne connaissais pas avec un truc à visiter et j’y allais avec mon petit ange, je papotais avec lui, qui avait l’air ravi et j’atterrissais dans un restaurant du coin pour y manger. Je ne m’inquiétais plus de ma garde, elle faisait partie du décor. Luciano trouvait souvent le temps de nous rejoindre pour venir partager un dessert ou un café et j’étais ravie de le voir, de profiter un peu de ces quelques minutes volées au nez et à la barbe de son père. Sauf que ce jour-là, j’eus tout juste le temps de déshabiller mon fils, lui parlant en espagnol, que le manager me bondit dessus pour me demander d’où je venais. Ne comprenant pas bien, je lui expliquai que je venais d’un musée pas loin et que je venais manger avec mon fils. Il m’interrompit sans aucune politesse et répéta sa question en précisant qu’il voulait savoir de quel pays je venais. Des Etats-Unis, fut ma seule et unique réponse alors que je sentais son agressivité s’accroître et ma patience s’étioler. J’avais l’air d’une vraie mexicaine en provenance direct du village de mes parents avec mon teint halé que le soleil syrien et sicilien avait façonné mais ça ne lui donnait pas le droit de me parler de la sorte. Il exigea que je lui montre mes papiers et je me levai pour plonger mon regard dans le sien et le toiser. « Fais bien attention à ce que tu fais et à la manière dont tu me parles, parce que je suis autant citoyenne que toi et j’ai des droits ! J’ai servi ce pays deux fois et c’est comme ça qu’on me traite ? Devant mon fils ? Et personne ne fait et ne dit rien ? » Je jetai un regard circulaire et tout le monde évita mon regard. Je toisai une nouvelle fois le gérant des lieux et lui promis un renvoi prochainement avec l’assurance qu’il ne trouverait plus jamais de travail nulle part. « Et quand tu viendras frapper à ma porte, je te rappellerai ce moment ! » Je couvris mon fils à la hâte, faisant en sorte qu’il ne puisse attraper froid avant de l’installer dans sa poussette et de sortir en trombe, folle de rage et révoltée. Je tentai d’appeler Luciano mais il était occupé et je finis par abandonner, me disant que j’aurais simplement dû sortir ma carte militaire ou une connerie du genre mais je ne supportais pas cette impression d’être fliquée à cause de la couleur de ma peau. « Ce n’est qu’une bande de cons, je vais foutre le feu à leur restaurant de merde ! Et j’ai faim et je ne sais pas où aller…. Maman est désolée, bébé, vraiment désolée ! » La rage et l’angoisse se mêlaient et je tremblais comme une feuille, perdant peu à peu le contrôle de moi, même si je gardais le cap pour ne surtout pas faire ça à mon petit garçon qui n’avait rien demandé. « M’humilier comme ça ! Comme si je n’étais rien ! Comme si je n’étais qu’une sale mexicaine venue pour voler leur travail ! Personne ne se plaignait quand j’étais dans le désert, à risquer ma vie pour les protéger de putains de terroristes ! Bordel de merde ! J’aurais dû lui casser la gueule ! »





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Elvira Delgado
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MessageMar 28 Mar - 23:32

 



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Ne sortant pas souvent, à moins d’y être forcée pour l’une ou l’autre de mes obligations, il était rare que je traverse les frontières du Bronx. J’y avais mes habitudes. Je connaissais les rayons du supermarché où je nous ravitaillais et je saluais la patronne de l’épicerie spécialisée lorsque je partais en quête d’un produit de chez moi. Je n’avais pas besoin de beaucoup plus pour me sentir à l’aise et pour prendre part utilement à la vie en communauté. Toutefois, comme j’avais reçu d’Alvaro une super machine à coudre à l’occasion de la Saint-Valentin, j’étais de plus en plus tentée d’explorer les contrées éloignées et dangereuses au-delà de ma zone de confort. Tout commença par cette robe élégante que je remarquai dans une vitrine à proximité du I Fratelli, un fourreau hors de prix que je ne pourrais jamais m’offrir, mais que je serais tout à fait capable de reproduire avec le bon patron et le tissu adéquat. Je fouillai tous les négociants et épluchai tous les magazines de couture pour dénicher un modèle identique ou ressemblant. Je ressortis de ma quête bredouille, renonçant à me débrouiller seule et m’obligeant à trouver de l’aide auprès de Reya. Depuis l’épisode du garage, l’ambiance était tendue entre nous. Elle était capable de ne pas m’adresser la parole pendant des heures, principalement lorsque son père était absent. L’appel de la mode fut le plus fort cependant. Elle avait également craqué sur un pantalon que j’aurais pu confectionner moi-même sans grande difficulté et ce fut tout l’enjeu du deal. En moins de quelques clics, elle me dégota l’adresse d’une boutique qui travaillait les chutes ou sur les invendus. Les prix étaient démocratiques à souhait et, d’après sa page en ligne, il avait exactement ce que je cherchais. Je bondis de ma chaise et je commandai un taxi pour me rendre sur place sans plus attendre, encouragée par le sourire de la petite Garcia. Un sourire. Peut-être était-ce tout ce qui m’était nécessaire pour reprendre espoir quant à nos relations à venir. Je n’aimais pas qu’elle soit fâchée. Je détestais également l’avoir déçue ou traumatisée. Alors, soucieuse de signer entre nous un renouveau, je ne pris même pas la peine d’inviter une connaissance ou l’autre à m’accompagner. À deux, j’étais moins susceptible de me perdre, ce qui ne manqua pas d’arriver d’ailleurs.

Égarée dans les rues de New York où les gens martelaient les trottoirs de leur course effrénée, je n’aspirais plus vraiment à recevoir de l’aide de qui que ce soit. Je hélais bien les passants, mais il m’ignorait ou prétendait ne pas être en mesure de me renseigner. J’étais transparent et la morosité m’envahit. Je n’avais pas grande estime de moi-même et ce genre de constatation ne me soignait pas. Au contraire, elle rouvrait des plaies béantes alors que je m’interrogeais sur la nature humaine. Comment pouvait-on se montrer si peu réceptif aux problèmes des autres ? Étais-je donc la seule idiote à tendre la main à mon prochain ? Pour ma part, j’étais incapable de baisser la tête si un gosse ou une vieille dame semblait dans l’ennui. Ma générosité parlait trop souvent pour moi. Elle était aussi loquace que la culpabilité et la gratitude. Elle était mon moteur. Sans mes bienfaiteurs, je ne serais pas préoccupée par les emmerdes relatives provoquées par mon sens absent de l’orientation. Je me demanderais plutôt combien d’hommes abuseraient de moi le soir même. Me pencher sur la détresse des autres, c’était remercier l’univers. Aussi, remarquais-je sans peine celle de la mère et de l’enfant sous l’enseigne d’un restaurant. Si les traits de l’adulte m’étaient cachés, son agitation ne laissait planer aucun doute sur sa nervosité. Son fils, joli garçonnet aux grands yeux expressifs, me toucha instantanément. L’inquiétude se lisait sur son minois et, malgré mon manque d’expérience avec les bambins, j’étais persuadée qu’à son âge, on ne maîtrise pas l’art de la grimace mensongère. En m’approchant, je perçus quelques mots qu’elle tempêtait sans se tracasser d’être entendue. Personne ne faisait attention à elle. Personne, à part moi. « Tout va bien ? » lançais-je en me trouvant particulièrement bête. Elle tremblait comme une feuille et je n’avais pas besoin de la toucher pour m’en rendre compte. Elle disputait une bataille acharnée avec la poussette qui refusait d’avancer. « Vous avez oublié de défaire le frein. » Au moins, la remarque était moins stupide. « Vous avez un beau petit garçon… » Je me penchai vers lui et je me présentai de mon prénom. Il m’adressa un de ses sourires qui fait fondre tous les cœurs, le mien y compris et, tandis que je relevais le regard vers la maman, je la reconnus comme étant la sœur de la petite Canjura.

Olivia et moi avions navigué dans le même bateau durant un moment à la différence que je n’avais besoin d’aucune dose pour me vendre au profit de mon Mac. Je consacrai beaucoup d’énergie à tenter de la dissuader d’avoir recours à ce genre de méthode. Je l’avais moi-même vécu au Mexique. Sans Lupe – et l’accident à mon arrivée – je n’aurais certainement jamais décroché. L’infirmière avait tenu lieu de réconfort dans cette vie merdique qui était la mienne et, Lyla, la jeune femme en face de moi qui était trop secouée pour faire le rapprochement tout de suite n’était pas en reste. Altruiste et reconnaissante de mon acharnement à aider sa cadette, elle m’apportait des petits plats, car je n’aurais cédé pour rien de plus. Accepter de saisir sa main, c’était pour moi signer son arrêt de mort et il n’était pas question que j’attire sur sa vie les foudres de cet enfoiré de Lucho. « Lyla ? » m’enquis-je en posant ma paume sur elle pour la première fois depuis mon intervention. « C’est moi. C’est Elvira. Tu te souviens ? On s’est connue grâce à Olivia quand… » Quand un agent de sécurité émana du restaurant pour lui cracher des horreurs au visage. La réaction de la Mexicaine fut sans surprise. Elle cracha une insulte et l’enfoiré dégaina son téléphone. Je me figeai sur place un instant. Si les poulets étaient avertis, ils ne tarderaient pas. Il y en avait partout dans le quartier. J’en croisai moi-même durant ma quête non aboutie. « Non, c’est bon on s’en va… pas la peine d’appeler qui que ce soit. » Il me toisa, interrompant son geste et je me tournai vers l’objet de cette injustice sans précédent. « Viens. Éloignons-nous. Il ne faut pas rester là, il ne faut pas… pense à ton petit bonhomme. Et tu as besoin de marcher. » L’œillade qu’elle me jeta me glaça les sangs. C’était un mélange de colère et de tristesse. « On s’en fout. Tu ne le connais pas. Il ne nous connait pas et je ne peux pas prendre le risque qu’il appelle la police. S’il te plait. J’ai pas envie de t’abandonner là. Si on allait boire un café dans un endroit plus chaleureux ? Tu me raconterais tout ce qui s’est passé et, puis, si tu veux et si tu as confiance en moi, je garderai le petit pendant que tu déposes une plainte. C’est le mieux à faire. » chuchotais-je en espagnol d’une voix inquiète et déterminée à la fois. Ça sembla fonctionner, car elle empoigna la poussette et nous nous éloignâmes. « J’aurais aimé te rencontrer dans d’autres circonstances. Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu sois dans un état pareil ? J’ai une bouteille d’eau dans mon sac. Tu veux un peu d’eau ? » Je la lui tendis sans attendre. "Tu es toute pâle et… viens, on va s’asseoir un peu plus loin... Là...» Je lui désignai du menton un salon de dégustation. « Un peu de sucre, ça ne te fera pas te mal, histoire de te remonter. »  







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Je suis optimiste parce que je trouve le monde cruel, injuste, indifférent. Je suis optimiste parce que je pense que tout équilibre est fragile et provisoire. Je suis optimiste parce que je crains que le pire n'arrive et que je ferai tout pour l'éviter. Je suis optimiste parce que c'est la seule action cohérente que le désespoir me souffle.
 
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Lyla Gambino
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MessageSam 1 Avr - 23:17

 



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Luciano s’inquiétait déjà beaucoup trop pour moi, je ne voulais pas ajouter une préoccupation à la longue liste des siennes. Depuis mon retour, ou plutôt, depuis mon sauvetage, me laisser sortir lui demandait un effort surhumain et une préparation psychologique énorme. Il faisait de son mieux pour prendre sur lui et me permettre de prendre un peu l’air mais je devais garder mon téléphone à proximité et lui donner des nouvelles au moins toutes les dix minutes. J’étais surprise de ne pas réussir à le joindre, je pouvais déjà imaginer ce que ça donnerait quand il verrait l’appel en absence. Pour l’heure, je n’étais pas en état de lui rédiger un message pour le rassurer, j’essayais d’enrager une crise de panique que je sentais monter. Ma culpabilité et mon appréhension n’arrangeaient rien à mon état et putain, j’essayais de ne surtout pas faire ça là, maintenant. Que ça m’arrive lorsque j’étais seule était une chose mais pas avec mon fils, pas avec ce petit bout de chou qui avait dû passer des mois sans sa mère et que j’allais traumatiser davantage. Quel genre de mère ferait un truc pareil ? A part une mère de pacotille ? Perdue entre toutes mes émotions contradictoires, je commençais à perdre pied et je sentais Tony et Dante se tendre. S’il m’arrivait quoi que ce soit, Lucky leur ferait payer, parce qu’il lui faudrait des coupables et qu’ils étaient tout trouvés. Je ne voulais pas que mon instabilité leur coûte la vie, pas plus que je ne voulais qu’on m’empêche à nouveau de sortir alors que ça me faisait du bien de renouer avec le commun des mortels quand on ne me prenait pas pour une immigrée sans papiers. Peut-être que mon mari avait raison, que je n’étais pas encore prête et que je voulais aller plus vite que la musique, que je devais prendre davantage de temps et voir moins gros. Mais Staten Island était si mort à côté du Bronx et de tous ces quartiers que j’affectionnais. J’avais besoin de la chaleur de South Bronx, des accents de chez moi et de notre nourriture. Ettore s’affola un peu et se mit à pleurer, je le berçai de mon mieux, me berçant au passage en espérant que ça m’aiderait à ramener tout ça à la normale mais je n’avais pas l’impression que ça aidait beaucoup. Je reposai mon fils dans sa poussette pour ne pas nourrir son inquiétude de mon angoisse, me débattant avec la poussette qui refusait d’entendre raison, comme si tout le monde s’était passé le mot pour me faire chier.



« Ah oui, le frein, putain ! » Je soupirai et le débloquai, heureuse de voir qu’il n’y avait pas de problèmes et que mon fils avait arrêté de pleurer pour faire comme son père, charmer les dames. « Oui, oui, tout va bien, merci pour votre aide ! » répondis-je sans la regarder alors que j’essayais de reprendre contenance et que je ne tarderais pas à demander à rentrer. Mes mains tremblotaient, je n’étais pas capable de tenir mon téléphone correctement. Je le tendis à Dante et lui demandai de rédiger lui-même le message à son patron pour lui dire que tout allait bien, que c’était pour savoir s’il pouvait nous rejoindre plus tard. « Lyla, je vais devoir lui dire la vérité, tu sais ?! » « Je sais, je vais lui dire en rentrant mais pour le moment, il n’a pas besoin qu’on le laisse paniquer et de tout arrêter pour venir ici. Ok ? » Je ne mentais jamais à Luciano, je lui disais absolument tout mais je choisissais le moment, parce que je ne voulais pas qu’il se ronge les sangs et qu’il était sur les rotules à cause des procès qui s’annonçaient. Néanmoins, notre avocat était plutôt confiant, l’armée m’avait déclarée disparue et je ne leur devais plus rien, de toute façon, je n’étais clairement pas en état de retourner où que ce soit. Je levai le nez sur la jeune femme et il me fallut plisser les yeux et réfléchir pour tout remettre en contexte mais ça me permit d’oublier la crise qui m’agitait. « Elvira, comment tu vas ? Ca fait longtemps ! » J’allais m’approcher pour l’embrasser chaleureusement et la serrer dans mes bras mais l’autre enfoiré du restaurant émergea et je crus que j’allais lui briser les genoux pour de bon. Je ne pus retenir une salve d’insultes et il dégaina son téléphone, je manquai de lui dire d’appeler même le président s’il voulait, ça ne l’empêcherait pas de se faire arracher les yeux mais Elvira me tira par le bras pour m’entraîner ailleurs et m’empêcher d’aggraver la situation. Le malheureux, il ne savait pas à qui j’étais mariée. Pour une humiliation pareille, ils allaient tous le payer très cher. « Ca va, ça va, je te suis ! » Je n’avais pas remarqué l’adolescente qui était près d’elle, elle était silencieuse et ne se manifesta que pour nous montrer un café plus loin qui avait l’air sympa. « C’est ta fille ? » ne pus-je m’empêcher de demander, incapable de savoir quel âge avait la prostituée, la rue les abîmait et parfois, on était surpris de savoir qu’elles n’avaient pas l’âge qu’elles portaient. « Je ne vais pas appeler ces fils de pute de flics, juste mon mari, il va tout régler, il règle toujours tout ! » Parce qu’il était mon héro avant d’être membre de Cosa Nostra, il m’avait retrouvé au fin fond de la Syrie, guidé par l’amour que nous nous portions, j’en étais revenue que plus amoureuse et plus dévouée encore. Il était presque devenu mon messie et il avait l’air d’aimer ça.



Je secouai la tête pour refuser la bouteille qu’elle me tendait et d’ailleurs, dans la volonté de m’éloigner le plus possible de ce restaurant, je préférai que nous marchions encore un peu pour trouver un endroit où je n’aurais pas à voir la devanture de ces connards. « Ils ont voulu voir mes papiers pour me servir… Tu le crois toi ? Je reviens de Syrie, j’ai dû servir une deuxième fois pour l’armée et on me demande à moi si j’ai des papiers en règle ? Tout ça à cause de ce fils de pute de président de merde qui croit qu’on est tous des criminels et qui donne raison aux racistes de ce pays ! Je suis folle de rage ! » Je marchais d’un bon pas et j’avais du mal à faire taire ma nervosité. « Je suis désolée, tu avais sûrement des trucs à faire. Comment tu vas ? Qu’est-ce que tu deviens ? Je ne sais pas si tu sais mais Olivia a arrêté la drogue pour de bon, elle va bien, elle est retournée chez mes parents ! » J’eus un sourire qui avait plus l’air d’un rictus qu’autre chose tandis qu’on m’ouvrait la porte pour que nous rentrions dans le salon de thé. Je saluai les employés et je désignai une table dans le fond de la salle pour que nous nous installions. « Je vous invite, d’accord ? Ca me fait plaisir ! Merci à toi, je crois que je me serais battue avec lui et mon mari m’aurait fait un scandale, j’ai vraiment pas envie de me disputer avec lui en ce moment. Alors, tu faisais quoi dans le coin ? » Je passai commande en prenant presque tout ce qu’il y avait sur la carte, sucré, salé, thé, chocolat chaud, jus de fruits et compagnie, je ne comptais pas me laisser abattre et j’avais usé tellement d’énergie qu’il fallait que je me retape un peu. « Je suis un peu à cran depuis que je suis rentrée, je fais peur et j’ai même effrayé mon fils… » Il se tenait sur mes jambes, content d’être là et babillant en s’intéressant à tout. Depuis mon retour, il vivait mal le simple fait de ne plus me voir quand je changeais de pièce. En journée, j’étais même obligée de l’emmener avec moi aux toilettes pour qu’il ne se mette pas à hurler. Le choc avait été rude pour lui.





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MessageLun 17 Avr - 22:41

 



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J’ignorais ce qui s’était passé dans ce restaurant pour mettre cette jeune mère de famille dans cet état, mais ça devait être grave. Elle était pressée de s’enfuir, mais elle oubliait d’ôter le frein de sécurité de la poussette. C’était la preuve évidente qu’elle était bouleversée et Dieu que j’aurais aimé l’aider davantage. Elle me remerciait, mais qu’avais-je fait à part m’extasier devant son bébé, histoire de la ramener vers l’essentiel et de me présenter en amie, alors que nous ne l’avions jamais été réellement, parce que j’estimais mon visage assez familier pour la rassurer ? C’était vraisemblablement une bonne idée, car elle m’opposa un sourire sincère et plutôt chaleureux malgré les circonstances. Il y avait de quoi maudire ce sale type qui la poursuivit jusqu’à ce trottoir, menaçant d’appeler les flics, ce qui suffit à nous inviter à détaler comme des lapins. Elle était en situation régulière aux États-Unis. Contrairement à moi, elle ne risquait pas grand-chose et je n’avais aucune envie d’offrir comme nouveau spectacle à Reya une arrestation en bonne et due forme. C’était déjà miraculeux qu’elle ait accepté de m’accompagner dans ce quartier. Je soupçonnais par ailleurs qu’elle répondait à l’appel de la mode et non à celui de la réconciliation. C’était cependant ça de pris et à ne surtout pas risquer. Je suppliai Lyla de nous éloigner du danger et j’insistai afin qu’elle ne dépose pas plainte. Autant dire que je fus heureuse qu’elle nourrisse pour son époux une telle confiance. Je n’avais rien à craindre et je me détendis en chemin vers un salon de thé.

« Non, ce n’est pas la mienne, c’est celle de mon… copain. » Je n’hésitai pas, car je doutais de son statut, mais parce que je ne savais jamais vraiment comment le nommer. Compagnon, c’était ringard. Petit ami, ça faisait adolescent. Le choix du vocable n’était pas franchement mieux, mais rien d’autre ne me vint. « Je te présente Reya. » Je me tournai vers la gamine comme l’exigeait l’usage. « Et, voici Lyla. J’ai travaillé avec sa sœur… dans un restaurant. » mentis-je, priant de ne pas être détrompée et lançant un regard de détresse à la Mexicaine. « Tu vas nous chercher une carte, s’il te plait ? » m’enquis-je ensuite soucieuse qu’elle s’éloigne assez longtemps pour m’excuser auprès de mon ancienne connaissance. « Je suis désolée de t’impliquer dans ce mensonge, mais elle ne sait pas. Et, comme tout ça, c’est derrière moi maintenant, j’aimerais autant qu’elle ne l'apprenne jamais. Son père est au courant, lui, et ce n’est pas un exemple qu’on a envie de lui donner. » J’étais convaincue qu’elle comprendrait, mais je baissai néanmoins la tête, gênée et mal à l’aise. « Alors, raconte-moi, qu’est-ce qui s’est passé ? » m’enquis-je tandis que l’adolescente se rasseyait à nos côtés, des cartes à la main et pressée de goûter à une pâtisserie qui lui fit de l’œil.

L’histoire qu’elle me relata me laissa pantoise un bref instant. La bêtise humaine m’épatait et me débectait à la fois, quoiqu’elle n’ait strictement rien de très surprenant. L’ambiance générale était à la suspicion et, comme le soulignait justement Lyla, nous le devions à notre cher président et à ses électeurs. « La Syrie ? Putain, mais ils sont sérieux. Avec un petit bout aussi jeune ? Qu’est-ce qu’il leur est passé par la tête ? » m’exclamais-je outrée et partageant entièrement sa frustration et sa colère. « Le pire, c’est que ça arrive de plus en plus fréquemment. C’est pour ça que je sors rarement du Bronx. Si je me fais choper, je suis bonne pour rentrer au Mexique et je n’ai plus rien là-bas. » Moins encore Alvaro et, de jour en jour,  j’imaginais difficilement la vie sans lui, et ce, pour mon plus grand désespoir. « Je n’ai toujours pas de papiers. C’est pour ça que je ne voulais pas que tu appelles les flics, mais il l’aurait mérité. Je te l’accorde. Je suis désolée si je t’en ai empêchée. » lançais-je en ouvrant une carte machinalement, mais sans pour autant l’éplucher. « Ne t’inquiète pas. Je n’avais rien de particulier à faire. Je cherchais du tissu pour la petite et moi. » Reya me jeta un regard noir. Elle détestait que je la qualifie de ce sobriquet. Je lui souris joyeusement, ma main posée sur la sienne et je me corrigeai en précisant son âge.

« Son papa m’a offert une machine à coudre, parce que j’adore ça. On a toutes les deux vu une tenue qui nous a fait de l’œil. Elle m’a déniché les patrons sur internet et une boutique de tissu dans le coin, un magasin qu’on cherche depuis plus de quarante minutes sans la trouver. J’ai un sens de l’orientation à chier. » ricanais-je amusée par mes propres défauts. « Sinon, je vais bien. Je bosse dans un restaurant à Manhattan depuis peu et je m’y plains bien. C’est une ambiance différente de ce que j’ai connu jusqu’ici. J’ai travaillé comme femme de chambre dans un hôtel avant ça. Avec que des femmes donc. Je te laisse imaginer comme ça piaillait. Là, ça me change, mais je m’y plais super bien. La patronne est jeune et super sympathique. On s’entend bien. À part ça, rien de spécial à mon sujet. Et, j’ai appris pour Olivia. J’étais ravie pour elle. Elle méritait de s’en sortir. » Etant donné son destin de merde, il était temps que Dieu se penche sur sa copie et gomme les ratures. « Transmets-lui mes amitiés quand tu la verras puisque toi, par contre, tu ne dois plus vivre chez tes parents à mon avis. Si j’ai bien compris, tu es mariée et tu as un magnifique petit bout. Comment il s’appelle ? Et, ton époux ? Tu l’as rencontré il y a longtemps ? Raconte-moi tout, j’ai envie de savoir. »

Et de rêver un peu. Sa foi en lui semblait inébranlable. Ça devait être quelqu’un de bien. Quelqu’un d’aussi altruiste qu’elle l’était. Rien n’aurait pu me mettre plus mal à l’aise que d’être invitée alors que nous étions dans ce salon par ma faute. « Non ! C’est moi qui t’invite. Ça me fera plaisir… après tout ce que tu as fait pour moi. » Si elle apportait un tupperware pour obliger sa sœur à se nourrir correctement, elle repassait toujours par chez moi pour me déposer une part. Elle s’arrêtait quelquefois pour discuter avec moi. Elle me proposa quelques solutions également, mais elle comprit assez rapidement que si l’envie d’accepter de saisir la main qu’elle me tendait, j’étais coincée par une dette qu’elle ne serait pas en mesure de laver. Puis, avec le temps, parce que nos vies changèrent et qu’Olivia disparut du décor, nous nous étions perdues de vue. « Et, je suis contente de te voir, tu sais. Je me suis souvent demandé ce que tu étais devenue. » La commande passée, je me laissai aller à choisir ce qui me faisait envie. Reya s’en donna également à cœur joie. J’eus alors une pensée pour Alvaro qui serait ravi de me voir entourée de gras et de sucres.

« Tu m’étonnes que tu es à cran. Les infos à la télé ne sont jamais bonnes quand il s’agit de la Syrie. J’ai entendu parler d’un escadron dont la majorité des officiers sont morts après une attaque intestine. À chaque fois que j’ai pensé à leur famille, j’ai eu un pincement au cœur.» J’étais loin d’imaginer qu’elle était concernée d’aussi près. Au contraire, j’aurais opté pour le silence. « Il paraît qu’ils en ont retrouvé un ou deux… c’est tellement peu. Je te trouve courageuse d’avoir réussi à abandonner ta famille pour servir ton pays.» Compte tenu du merci et de la gratitude qu’elle recevait, elle devait regretter parfois, je n’en doutais pas. « Je ne sais pas si je n’aurais pas déserté à ta place. Mais, il faut voir le bon côté des choses, maintenant. Tu es à nouveau avec ton petit bonhomme ? » Je tendis une main au gamin et il se saisit de mon doigt avec amusement. « Ça y est, je suis amoureuse. » ricanais-je alors, conquise par ses grands yeux clairs. « ça a dû te changer la vie d’avoir un enfant… ce n’est pas trop difficile ? »






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A quien dan, no escoje.
Je suis optimiste parce que je trouve le monde cruel, injuste, indifférent. Je suis optimiste parce que je pense que tout équilibre est fragile et provisoire. Je suis optimiste parce que je crains que le pire n'arrive et que je ferai tout pour l'éviter. Je suis optimiste parce que c'est la seule action cohérente que le désespoir me souffle.
 
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Yo no voi a estar llorando la vida entera
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