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Dimmi perche' ridi amore mio
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Luciano Gambino
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La cruauté est essentielle si l’on veut conserver le pouvoir. Sans elle, on apparaît faible et les adversaires en profitent. Comme les chiens : celui qui aboie le plus fort devient le chef de meute. [Saviano]

MessageLun 19 Sep - 2:33

 



Proprio cosi' buffo sono io

ft la patience incarnée



Moi aussi, j'aimais l’apostropher par son nom d’épouse. Non seulement, il témoignait de notre amour, de mon autorité et de ce qu’elle m'appartenait corps et âme, mais cerise sur le gâteau, elle papillonnait des yeux comme si j'avais formulé le plus beau des compliments. Ça flattait tant et si bien mon ego que je ne pouvais m’empêcher de bomber le torse. Faible que j'étais face à elle, je redescendis aussi sec. « OK. Va pour l’organisation de mes journées, mais on parle de secrétariat. Disons plutôt que, comme tu le vends super bien, tu seras mon assistante particulière et personnelle. Je préfère… » Plus encore le sous-entendu… Je ne la partagerai pas. J'étais et restais la seule personne de cette planète à jouir de droit sur son sourire. Notre mariage était un royaume et j’y régnais en maître absolu. Comment ne pas perdre mon sang-froid en la surprenant à s’amuser avec un ennemi potentiel ? Ils n’obligèrent à reconsidérer ma position par rapport au travail des femmes en général, en particulier lorsqu’elles sont aussi belles et intelligentes que la mienne. Ce soir-là, si nous ne nous étions pas disputés comme des chiffonniers, j’aurais poussé le vice de ma jalousie en lui ordonnant de ne plus fouler de l’orteil le cabaret, mais je me ravisai. Elle fournissait un boulot colossal que d’aucuns n’étaient en mesure de poursuivre. Certes, je n’y pensai pas vraiment sur l’instant. Ivre de rage, je n’entendais que l’insulte que j’ignorai tant bien que mal en s’éclipsant.

Je n'étais pas un lâche. Cette caractéristique ne ternissait en rien l’éventail de mes qualités. En fuyant, j’évitais simplement de reproduire une scène similaire à celle qui signala fin de notre voyage de noces. Je n’avais strictement aucune envie de tout foutre en l’air dans l’appartement. Réparer les dégâts demanderait du temps et je n’en avais pas. Je ne souhaitais pas l’effrayer non plus. Je redoutais trop qu’elle finisse par opter pour le silence au lieu de favoriser nos franches discussions dont elle était souvent à l’initiative et qui nous étaient bien plus salutaires. Vivre avec une plante ne m’intéressait pas. Nos querelles nous apportaient autant que nos moments complices. Les non-dits nous détruiraient sur le long terme et je savais d’expérience que Lyla m’était essentielle. Cette vérité se vérifia à cause de mon choix drastique de l’ignorer. Je ne lui parlais pas, ne la regardais pas. J’y mis cependant du cœur alors qu’elle me coupait l’herbe sous le pied en restant à la maison. Elle ne se montrait plus sur notre lieu de travail et j’étais aussi déçu que vexé. J’en aurais bien fait le premier pas pour me laver de ma frustration sans le prétexte du black-out qui surprit toute la ville. Maintenant que nous étions sortis d’affaires – quoique nous n’étions pas vraiment en danger comparé à d’autres – j’aurais presque béni cette mésaventure. Elle était l’excuse parfaite pour la prendre dans mes bras sans avoir l’impression d’avoir cédé le premier à l’appel de la réconciliation. Ce n’était qu’un leurre. Je la serrais trop fort et respirais trop allégrement son parfum pour ne pas trahir tout ce qu’elle m’avait manqué. « Non, c’est moi ! Je t’ai lancé là-dedans sans te donner d’explications. Je t’ai laissé te débrouiller, tu ne pouvais pas forcément deviner jusqu’où tu pouvais aller. » avouais-je en déposant un baiser ses les lèvres. « Je n’aime pas me disputer avec toi à cause des autres. » Tout comme je détestais ce gars et l’éventualité qu’il ait pu lui plaire.

Bien sûr, elle m’aimait. J’en étais certain. Outre cette insolente assurance qui me caractérisait, elle avait su m’apaiser à maintes reprises tant par les mots ou par les actes, par exemple, sa situation personnelle ressemblait à un entrelacs inextricable d’obligation envers son père. Aujourd’hui, je n’avais pas moins foi en elle qu’en moi, mais le doute s’insinua tout de même dans la brèche qui fissura ma cotte de mailles nommée narcisse. Tous ses récents changements dans ma vie me déstabilisaient. J’affrontais chaque jour l’insatisfaction d’un Ettore exigent et malade d’avoir commis l’erreur de confier son empire au plus vieux de ses fils. La déception lui laissait un goût amer dans l’arrière-gorge et il se rinçait le gosier au détriment de la santé mentale. C’était légitime, mais compliqué à gérer au quotidien. « C’est une question idiote, je sais que tu m’aimes, tout comme tu sais que je ne pourrais pas faire sans toi. Tu es ma femme, Lyla. Et si j’adore ça, que tu sois avec moi plus souvent que tu essaies de m’aider, c’était plus facile quand tu étais à la maison. » Sur le domaine, elle était en sécurité, mais elle garantissait surtout la mienne. « Tu vois, je suis intimement persuadé que pour vivre heureux, il faut vivre caché. Tu es ce qui me rend heureux tous les jours, tu comprends où je veux en venir ? » m’enquis-je en plantant mon regard dans le sien, plus inquiet ou interloqué, je n’aurais su dire. « C’est comme un boxeur qui monterait sur le ring en se vantant de ne porter ni coquille ni protège-dents. » L’exemple fit son petit bonhomme de chemin et une lueur étrange s’alluma dans ses yeux. « En te permettant de travailler avec moi, et en te laissant toute seule, je m’expose. Je donne à qui veut me nuire le moyen idéal pour le faire. J’ai accepté parce que je n’ai pas envie que tu souffres de mon égoïsme et je te demande de revenir parce que je ne veux pas que tu sois malheureuse et parce que j’ai besoin de toi. » confessais-je en gardant sa main dans la mienne sur le pommeau de vitesse. « Ça explique ma décision, en plus du reste, de ce que tu as évoqué pendant notre dispute. Je m’en prends à toi involontairement parce que je suis sous pression. Mon père n’est pas facile. Je n’ai pas le droit à l’erreur. Je suis sous pression et je ne suis pas facile. Je m’en rends bien compte et j’en suis désolé. Tu reviendras ? Bosser avec moi ? » C’était entendu. J'étais ravi. Elle respirait à nouveau le bonheur et l’épanouissement. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il n’était pas question que je m’attarde à discuter du trouble-fête, bien que l’information recueillie était des plus intéressantes.

Une routine sereine s’installait entre nous. Nous partions généralement ensemble pour le cabaret, déjeunions dans un petit bar du coin de la rue et nous rentrions à la maison en partageant la même voiture. Quelquefois, j’étais contraint de voler vers mes responsabilités, mais je prenais toujours le temps de m’assurer qu’elle ne manquait de rien avant de m’éclipser et de reparaître tard dans la nuit, mort de fatigue ou dans un état second, selon ce qu’on exigea de moi durant ces sorties. Heureusement, le mariage de la Cinzia et de Manuel qui approchait dangereusement ralentit le phénomène, ce qui me permit de profiter de quelques grasses matinées en bonne compagnie, la meilleure, sauf quand ma tête travaillait trop. Je réfléchissais à mon passé et à mon futur. J’offrais à mon ambition tout le loisir de s’exprimer. Ce fut au cours d’un de ses moments de remise en question que je me souvins de cette conversation avec ma femme à propos du magistrat qui lui servait une cour mémorablement détestable. Avait-elle dit qu’il aspirait à se lancer dans la politique ? Qu’il était en quête de soutien pour sa campagne ? Qu’était-il venu chercher chez moi ? De l’aide ? De l’argent ? Des idées ? Des voies ? Des preuves compromettantes pour permettre aux forces de l’ordre de me coffrer ? Gagner ainsi les faveurs de l’opinion publique ? D’après Da Vinci, il ne fréquentait la police que dans le cadre de ses affaires, mais s’il était plus malin ? Il défendait toujours d’arrache-pied la veuve et l’orphelin, à commencer ceux qui étaient en difficultés avec les autorités. Mais s’il se cachait ? Le filer révélerait tous ses secrets. J’adressai donc un message à mon conseiller et ami pour distribuer des ordres. On n’était jamais trop parano dans mon monde et, normalement, puisque j’avais agi, j’aurais dû me sentir mieux. Sauf que je ne parvenais pas à me défaire d’un sentiment mêlant l’exaltation et la méfiance. Je ne distinguais pas non plus lequel des deux criaient le plus fort.

Séance tenante, j’entrepris de réveiller ma femme le plus tendrement possible. Je jouai avec ses doigts, lui caressai la joue en replaçant une mèche de ses cheveux derrière son oreille, j’y chuchotai une question idiote du genre : « Tu dors » alors que sa respiration s’allégeait seulement signe que mes efforts portaient leur fruit. Certes, je connaissais une méthode plus sensuelle et plus radiale, mais elle risquait de l’engourdir et j’avais besoin qu’elle soit en pleine possession de ses moyens tout de suite. « Je te fais un thé ? Un café ? Un petit déjeuner au lit, ça te tente ? Je suis sur, t’en rêves. Confiture ? Céréale ? Non, je n’ai rien à me reprocher, non, j’ai juste un truc super important à te demander. Et j’ai bien dit, important, pas grave. » proposais-je en embrassant son cou avec gourmandise, incapable de m’en tenir à mon projet initial tandis qu’elle entourait ma nuque de ses bras. « On restera au lit toute la journée si tu veux, mais je dois vraiment te demander un truc et comme j’ai besoin que tu fasses appel à ta mémoire, j’aimerais autant qu’on ne se disperse pas… Enfin, pas tout de suite… Je t’apporte de quoi manger, prends le temps d’émerger. » Je me défis d’elle délicatement, lui volai un dernier baiser et fonçai dans la cuisine où je m’employai à honorer mes promesses.

Dans ma précipitation, je manquai de briser deux tasses et je renversai du lait. Après trois minutes de quête acharnée, je mis finalement la main sur l’essuie-tout. « Tu veux du poisson ? Il paraît que c’est bon pour la mémoire justement. » plaisantais-je alors que je percevais de l’agitation depuis la chambre. « Non ! Ne bouge pas. J’ai dit que je t’apportais tout. Je suis là… Je suis là… » Un peu moins d’équilibre et je renversais la totalité de mon plateau sur le lit – et sur elle accessoirement – mais on échappa au pire. « J’y ai mis tout mon cœur, tu as failli me gâcher ma surprise. J’ai même mis une fleur dans un vase, tu as vu ? Une fleur en plastique, parce que je n’avais rien prévu à l’avance… et c’est une de celle qui vient du vase de l’appui de fenêtre, mais c’est l’attention qui compte, non ? Bois une gorgée de café. Va. Qu’on en vienne au fait… » Je lui collai la tasse entre les mains, la pressant à peine, elle qui prenait un malin plaisir à me torturer. « C’est bon ? Je peux y aller ? » Je trépignais comme un gosse la nuit de noël, exception faite que je ne tremblais plus devant un joli papier cadeau depuis longtemps. « Tu te souviens, dans la voiture après le black-out, tu m’as dit que ton prétendant… » Je dessinai des guillemets de l’index et du majeur pour lui signifier qu’il n’y avait aucun sarcasme dissimulé derrière ce nom commun. « … avait des projets politiques. Il t’a dit quoi exactement ? Mais, le plus précisément possible. IL cherchait quelque chose en particulier ? Est ce que tu as eu l’impression qu’il essayait que tu parles ou juste de se vendre, pour une autre raison que t’attirer dans son lit, ça va de soi.»précisais-je sans réprimer la moindre grimace. “Attends, avant de dire quelque chose, Refléchis bien.” Je l’interrompis sur sa lancée en posant mes doigts sur ses lèvres et les ôta sans brusquerie de ses mains sur mon poignet. Une décharge électrice me traversa de la tête au pied, mais elle m’obligea à ignorer cet élan de convoitise d’une exigence pertinente. Elle ne dirait rien. Pas tant que je ne lui fournirais pas des explications claires. D’après elle, c’était la cause des quelques malheureux quiproquos entre nous. Elle n’avait tout à fait tort. Je pestai, mais j’abdiquai sous le poids de son regard. “La politique, Bébé, c’est la porte ouverte à des tas de marchés Publics. Et je ne parle pas seulement de remporter ceux qui concernent de travaux en ville haut la main en faisant profiter des communautés ou les entrepreneurs qui nous intéressent. Non. Je te parle aussi d’investissements sur des lotissements par exemple. C’est obtenir des licences ou des permis sans avoir à se battre. C’est faire la pluie et le beau temps à New York jusqu’à ce que la ville devienne trop petite pour nous. Si ce type, dont j’ai oublié le nom, veut faire de la politique, et si c’est la raison pour laquelle il essayait de rentrer dans tes bonnes grâces, bien que très maladroitement cela dit, faut que j’en sois et pour en être, il faut que je sache et que je rattrape mon excès de mauvaise humeur de ce soir-là au plus vite. Alors, qu’est-ce qu’il t’a dit.” Cumuler à l’entreprise de Gabyrele, et à celle de Manuel, plus rien ne nous arrêterait.


***


J’aurais aimé calmer le jeu de Rafaël et Ettore comme Lyla me suppliait de le faire, mais leur saute d’humeur me paraissait en tous points justifiées. Dans la première boutique, la vendeuse soulevait un sourcil à chaque fois que le beau-père de ma sœur ouvrait la bouche, par la faute de son accent, sans doute. Dans la suivante, parce que nous n’évoluions pas dans le fief de mon papa, on traitait le Capo de tous les parrains avec condescendance. Je fus donc à peine surpris que l’un et l’autre balancent sur le comptoir une liasse de gros billets emprisonnée dans une pince en or. “Remarque, ce n’est pas conventionnel, mais ça a marché. Ils viennent quand même d’avoir une super remise sur cette salle à manger fabuleuse.” remarquais-je en haussant les épaules et sans présager un instant que la situation m’échapperait. Un négociant en porcelaine du genre boutonneux, mais avec l’aisance et le bagou du commercial trouva malin de complimenter mon épouse comme si je n’existais pas. Résultat, je lui écrasai mon poing au visage, il s‘écroula et pour m’éviter des ennuis, je lui fourrai dans la bouche de quoi rembourser la marchandise cassée durant sa chute. Le tout sans un mot alors que je tirais Lyla par le bras pour m’en prendre à elle. C’était la réaction qui découlait directement de ma possessivité excessive et maladive. Sauf qu’elle se plaignait et pleurait à chaudes larmes, attirant la sympathie d’Ettore qui m’invectiva sans ménagement et avec une indéniable mauvaise foi. Ne pas lui répondre me demanda un effort surhumain, mais je n’avais pas envie qu’il m’en colle une devant témoin. “Et qu’est-ce que tu attends pour lui trouver des toilettes ? Je ne t’ai pas élevé comme ça, mon fils. Donne-moi cette liste, ma chérie. Quand tu reviendras, on aura trouvé un accord et réparer les conneries de mon fils.” Je me mordis l’intérieur des joues à sang pour ne rien répliquer tandis que Rafael soutenait mon père de son regard désapprobateur. La pression fut-elle que je récupérai ma femme pour l’emmener au café du coin de la rue.

Elle sanglotait toujours et une fois que je fus certain d’avoir échappé à leur jugement, j’explosai. “Tu sais quoi ? C’est la dernière fois que je sors faire le boutique avec toi. Il y a pas une seule fois, une putain de fois où ça n’a pas tourné au vinaigre. Putain, devant mon père en plus. Tu veux d’un eunuque pour mari ou quoi ? Il est contre ce genre de bagarre. Et, en plus, il ne se rend pas compte qu’il est casse-couilles et chiant. Et toi, tu pleures comme si j’étais qu’un enfoiré qui ne sait pas te tenir. Ce n’était pourtant pas compliqué de suivre cette putain de liste de ne pas t’occuper de ce qu’il dise.” Un serveur audacieux se pointa dès que la cloche avertissant de notre arrivée retentit. Je lui aboyai au visage. Il s’offusqua, nous refusa l’accès aux toilettes et il faillit mourir d’un coup de fourchette dans la carotide si Lyla ne m’avait pas arrêté, présentant par la même occasion nos excuses au bougre qui dégagea enfin le passage jusqu’au Graal. Elle ne se fit pas prier pour y courir et je la suivis en soupirant, regrettant mon comportement. “Bébé ?” tentais-je ne frappant à la porte. “Je ne voulais pas être désagréable. C’est mon père, il me fout la pression en un regard, il me fatigue aujourd’hui. Et toi, tu me demandes de les calmer, mais tu as vu ? Tu as plus d’influence sur eux que moi. Ce que j’ai du mal à comprendre d’ailleurs… Tu es fâchée ? Je ne veux pas que tu sois fâchée… Tu sais quoi ? Pour me faire pardonner, je vais leur expliquer que tu es trop fatiguée pour continuer. Et, demain, j’irai leur dire que tu ne veux plus le faire et j’imposerai des conditions. Ça te va ?”


****

J’avais une confiance aveugle en mon dentiste. Alors, quand il me proposa un détartrage selon une méthode totalement innovante, j’acquiesçai sans hésitation. D’après lui, ça n’aurait dû prendre que quelques minutes pour un résultat optimal. Il y avait du vrai. J’étais sorti au bout de cinq minutes à peine, mais le visage bouffi par l’allergie – du moins, je le présumais –, les lèvres écumant de salives et mes paupières chargées de larmes. Conduire était impensable. Je ne voyais rien. En revanche, comme je connaissais le numéro de téléphone de mon épouse par cœur, et bien que je doute sérieusement d’être en mesure de prononcer une phrase compréhensible, elle saurait. Je n’aurais pas besoin de mots pour qu’elle saisisse que j’avais un problème. Elle débarquerait sur le champ pour me tirer d’affaire, à condition, bien entendu, qu’elle décroche son portable. J’insistai, furibond, me demandant pour quelles raisons le sort s’acharnait contre moi. J’arrêtai de me lamenter tandis qu’un homme répondait à sa place. Ce “Allo” me colla de l’urticaire. Je tentai de parler pour le questionner sur son identité, mais je crachai plus de salive que d’injures. Vexé, je coupai la ligne. Je fonçai dans une pharmacie où je fus incapable d’expliquer ce qu’il se passait. Moi, qui ne sortais jamais tout seul, JAMAIS, j’étais livré à moi-même à chercher des solutions pour ne pas crever d’une crise intense de jalousie ou déshydrater. La première qui vint, ce fut d’appeler Gabriele. Lui, il ne se moquerait pas de moi. Il ne s’attendrait pas non plus à ce que je lui fasse la conversation. Il me déposa sur le domaine où je trouvai Girolama morte d’inquiétude en me voyant, ma grand-mère dans un était similaire, mes belles-sœurs hésitant entre le rire et la consternation, mais aucune trace de Lyla. Aucune. Je réclamai à Gaby quelques services – je dus les lui écrire sur un bloc-note – comme téléphoner à Tony pour savoir où était Lyla et lui faire dire qu’il était impératif qu’elle rentre le plus vite possible.

Certes, je fus ravi d’apprendre qu’elle n’était pas en compagnie d’un homme, mais pas rassuré pour autant. Elle aurait pu l’oublier chez son amant un peu plus tôt. Ce n’était pas exclu. “Dis-moi, Lucky, tu es quand même pas en train de te foutre dans le crâne qu’elle te trompe.” Je hochai de la tête en guise d’assentiment. “Je vois. Tu sais qu’il existe au moins mille autres explications cohérentes.” Cette fois, je dodelinai un non de mon visage bouffi. “C’est bien, tu as l’air de le prendre avec philosophie, mais…” Il me lista une kyrielle d’explications convaincantes en m’apportant des serviettes pour m’éponger. Il n’avait pas tout à fait tort. À laisser parler ma jalousie, je l’obligerais à penser que je n’avais confiance en elle, mais un type avait répondu à sa place. Un gars qui avait visiblement accès à tous les secrets qu’ils recelaient. Ça ne m’aida en rien à me calmer et je préparai tout un tas de questions sur des pancartes, façon love actually, sans la musique et la déclaration. “Qu’est-ce que tu fais ?” Je lui en tendis une et il éclata de rire. Jez avait une mauvaise influence sur lui. Il ne prenait plus rien au sérieux. Il était détestable. “Tu es ridicule, Lucky. Je ne veux pas te vexer, hein. Tirer sur l’ambulance, ce n’est pas mon genre, mais tu es ridicule.” Je n’eus pas le temps d’écrire une réplique cinglante que Lyla débarqua comme une furie. “Tu tombes bien. Il doit faire une réaction allergique à un truc et ça lui monte à la tête, je crois. Ceci étant…” Il ramassa sa veste, prêt à nous abandonner alors que je mourrais d’envie de l’étrangler. “Ravi de t’avoir connur, Lyla. J’aurais aimé apprendre à mieux te connaître… vraiment.” Il me salua d’un geste de la main et il s’éclipsa. Moi, je dégainai ma première pancarte qui en disait long sur la suite. Elle disait : “Je peux savoir qui est ce type qui décroche ton téléphone ?” Celle d’après la mettait en garde sur la réponse à fournir et la troisième, que je tenais fermement, était une série de menaces sur le sort que je leur réservais à tous les deux.  





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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
ADMINE ET PUNITRICE

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MessageMar 27 Sep - 20:52

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le jaloux compulsif




Je n’avais pas autant insisté pour retravailler pour lui rendre la vie impossible ou l’inquiéter, bien au contraire, sinon, j’aurais décrété que je retournais à la caserne sans m’encombrer de son avis sur la question. Mais j’avais justement démissionné parce que j’avais une vague idée de ce qu’il pouvait ressentir en m’imaginant en uniforme dans les rues de New York à la merci de n’importe quel malade qui avait une crise de quelque chose ou simplement une folle envie de se venger de lui, d’autant plus maintenant que nous étions mariés et que je portais son nom. Non, je ne voulais pas bosser au prix de sa tranquillité d’esprit et je ne pus m’empêcher de le lui dire, j’étais prête à capituler et à retourner chez nous, même si je savais par avance que j’en souffrirai et que cela rendrait mon quotidien particulièrement morose mais j’aurais au moins la satisfaction de me dire que j’aurais fait tout ce que je pouvais pour lui qui était désormais ma famille et la personne la plus importante au monde à mes yeux. Le rendre malheureux pour satisfaire mes besoins égoïstes, il en était hors de question. Je comprenais pleinement pourquoi c’était si difficile pour lui d’accepter la situation telle qu’elle était et à vrai dire, sa jalousie ne me gênait pas le moins du monde, elle me flattait même bien plus que je n’aurais voulu l’admettre. Ce qui me rendait malade c’étaient surtout les conséquences de sa jalousie. Nous nous engueulions et nous faisions la tête pendant des jours et je savais que je n’étais pas en état de supporter ce genre de guerre froide à répétition. Je n’étais pas franchement un exemple en matière de jalousie, bien au contraire, ça me rendait folle qu’on louche sur lui et davantage quand des connasses tentaient des numéros de charme pour se faire une place dans sa vie. Il était naturellement magnétique, entre son charme et son charisme, on ne savait où donner de la tête et pour certaines, tout ceci combiné à l’argent, c’était le cocktail idéal et le ticket gagnant pour une vie passée à se faire entretenir. Elles ne cherchaient pas de position officielle, être l’autre femme ne les dérangeait pas tant qu’elles touchaient le pactole et ça me rendait malade. Il était beau comme un Dieu, il souriait et elles se pâmaient toutes, moi la première. Je ne voulais pas que l’une de ces périodes de froid lui donne une bonne raison d’être lassé de moi, parce que je l’aimais à en crever et que la moindre trahison me fendrait le cœur. Bosser avec lui sur le concept de monogamie fut un travail difficile et de longue haleine, je ne voulais pas tout gâcher de façon stupide, si pour ça je devais cesser de travailler, j’étais prête à le faire. Il me confia son désarroi face à la situation et au comportement exigeant de son père et je tentais de le consoler et de le rassurer de mon mieux, parce que je comprenais mais je savais que ce ne serait pas toujours ainsi, qu’Ettore finirait par s’apaiser quand il constaterait que tout était entre de bonnes mains. Néanmoins, je ne m’attendais pas à ce qu’il me demande de venir retravailler au cabaret. Je ne me fis pas prier, bondissant de joie et le couvrant de baisers alors qu’il conduisait, ce qui était sacrément dangereux, je lui conseillai d’ailleurs de s’arrêter sur le bas-côté et j’en profitai pour parfaire mon rôle d’assistante particulière.

Si j’étais heureuse de pouvoir retourner travailler, il demeurait ma priorité. Je veillai à lui préparer de quoi manger correctement avant que nous quittions notre appartement ensemble, je m’assurais que son agenda était à jour et bien tenu, qu’il n’y avait pas la moindre fausse note niveau vestimentaire, remettant droite sa cravate ou bien époussetant sa veste de costume. S’il me demandait, exceptionnellement, de rester chez nous pour une journée, je ne tergiversais pas et je me pliais à sa demande parce j’avais la conviction qu’il ne le ferait pas si ce n’était important et le reste du temps, il avait l’air heureux de me déposer au cabaret, d’y faire un petit tour avant de s’en aller vaquer à ses occupations. Tout comme il adorait débarquer avec de quoi manger pour partager un repas en ma compagnie, me demandant un petit débriefing sur ce qui se passait dans les affaires du cabaret ou bien me racontant les dernières frasques des membres de notre famille avant de repartir pour venir me récupérer dès qu’il en avait fini avec les exigences de son paternel. J’avais l’impression que nous mettions à profit la moindre seconde passée en la compagnie de l’autre et que nous nous étions encore davantage rapprochés, si c’était possible. J’étais heureuse de l’avoir un peu pour moi et si j‘aurais préféré que ces moments soient plus longs et plus nombreux, j’étais déjà heureuse de ce que j’avais. Entre le mariage de Cinzia et ses préparatifs, le travail et le reste, je fatiguais de plus en plus, manquant de force mais je mis ça sur le compte de la période, je fis en sorte de manger un peu plus équilibré, d’ingérer plus de fruits et de légumes, me disant que ça compenserait aisément et que ça effacerait même totalement ce coup de fatigue. J’avais du mal à admettre que j’étais enceinte et que donc j’avais grossi et que j’étais plus encline à la fatigue. En réalité, je refusais de me ménager et donner l’opportunité à qui que ce soit de me traiter comme si j’étais handicapée ou à l’article de la mort. Et à vrai dire, j’étais tellement inquiète pour lui quand il repartait après m’avoir déposée chez nous, quand il rentrait à bout de force et dans un état second que je refusais de m’appesantir sur ce que moi je ressentais. Il m’arrivait de l’attendre dans le canapé pour être sûre qu’il allait bien, de le pousser vers la salle de bain pour lui faire prendre un bain et le masser jusqu’à ce qu’il se décrispe un peu. Et les nuits les plus difficiles, je veillais sur lui et sa respiration, caressant son visage à intervalles réguliers, tenant à être éveillée au cas où il aurait besoin de moi parce que l’expression qu’affichait son visage me faisait mal au cœur. Ces derniers temps, j’avais levé le pied au cabaret parce que Luciano était plus dispo que d’habitude et que j’avais envie de profiter de son temps libre pour régler les derniers détails concernant le bébé et surtout m’enivrer de sa présence jusqu’à la prochaine période complètement folle. La veille, je sombrai en début de soirée dans le canapé et il eut du mal à me réveiller mais je finis par daigner me traîner jusqu’à notre lit mais j’aurais bien dormi quinze petites heures de plus quand je sentis les mains de mon mari tenter avec une subtilité limitée de me faire sortir des bras de Morphée. Les yeux toujours fermés, je l’enlaçai, heureuse qu’il me dispense de sa chaleur alors que j’émergeai à peine et que j’étais congelée.

« Un truc à me demander ? Si tôt ? Je veux bien un petit déjeuner au lit mais je préférerais prendre le dessert avant ! » lançai-je en posant délicatement mes lèvres sur sa joue, caressant son dos. « Pourtant je suis toujours très concentrée après qu’on se soit mélangés ou dispersés, comme tu préfères ! » repris-je avec un sourire en coin, entrouvrant à peine les yeux, le taquinant du bout du pied. Il ne céda pas et je pus m’étirer comme je pus avec mon ventre de plus en plus énorme. Je n’avais plus vraiment la souplesse d’un chat mais je faisais avec. Le sommeil me picotait toujours les yeux et je m’obligeai à me réveiller. Je roulai jusqu’au bord du lit avant de pivoter pour que mes pieds touchent le sol et que je sois capable de me lever pour enfiler des vêtements. S’il voulait parler sérieusement, je savais par expérience qu’il aurait du mal à se concentrer si j’étais nue. « Non mais si y a des œufs, je suis preneuse. Des œufs et du bacon, et des pancakes et des muffins et des scones et des sandwiches bacon et œufs ! Oh mon dieu, je me donne tellement faim, il va falloir que j’aille trouver ça aujourd’hui ! » J’allais le rejoindre quand il insista pour que je me glisse à nouveau sous les couvertures, ce que je fis dans sa chemise de la veille. « Désolée mon amour, c’est super gentil, t’es le meilleur ! J’adore ces fleurs de toute façon, c’est parfait comme ça ! » le complimentai-je alors qu’il perdait patience. J’étendis le bras pour agripper le lait et en verser énormément dans mon café, ajoutant deux sucres et remuant avec application. J’acquiesçai, sirotant mon café au lait en l’écoutant attentivement, me demandant s’il voulait déclencher une nouvelle dispute avec ce type. Je me saisis d’un toast au beurre et croquai dedans. Maintenant, tout ça l’intéressait ? Je soupirai et m’apprêter à lui dire ma façon de penser quand il me fit taire, ce qui ne me mit pas spécialement dans les bonnes dispositions. Je le repoussai doucement. « Qu’est-ce que tu veux exactement ? Parce que je ne veux pas que ça parte une nouvelle fois en conflit, je veux savoir. » Il ne fut pas très content mais obtempéra malgré tout, comprenant bien que je ne lâcherais rien tant que je n’aurais pas obtenu un complément d’informations .« Il s’appelle Thomas Knight. Il a amené lui-même le sujet de la gestion de la ville quand il m’a entendu parler en espagnol avec mon frère au téléphone, me disant que beaucoup de communautés étaient lésées, notamment les hispaniques et c’était parce que les gros pleins de fric ne s’en souciaient pas. Il a ajouté que le maire avait fait son temps et qu’il n’était plus vraiment d’une loyauté sans faille auprès de ses soutiens et que ça s’était maintes et maintes fois vérifié mais que si ces mêmes soutiens acceptaient d’offrir toute cette confiance à quelqu’un d’autre, quelqu’un comme lui, peut-être qu’il pourrait accomplir de grandes choses. Je crois qu’il est venu chercher le soutien de la famille Gambino. Passer par moi lui a semblé plus facile, il s’est dit qu’il pourrait voir par ce biais s’il y avait moyen ou pas. Tu as dû l’impressionner, toi et tous tes regards assassins. Il se vendait, il n’essayait pas d’apprendre quoi que ce soit. » Je me gardai bien de parler de sa surprise concernant un mariage mixte au sein de la communauté sicilienne, ils n’étaient pas légion, bien au contraire et Lucky faisait presque office de précurseur en la matière. On pouvait remercier cette alliance incongrue avec la MS. « Mais tu sais, il y a le candidat de l’autre parti qui a fait quelques apparitions au cabaret et qui a souvent demandé à s’entretenir avec moi en privé, j’ai toujours refusé mais je lui offrais une bouteille de vin sur le compte de la maison. Comment il s’appelait déjà… Gary…. Non, Henry… Henry Jefferson ! Mais lui, de ce que j’ai entendu, a des liens un peu flous avec les irlandais. Je ne sais rien de plus. Quand tu dis nous, c’est Mani et toi ou tu me comptes dedans ? Non, parce que je me pose la question ! » ne pus-je m’empêcher de demander en haussant un sourcil, sirotant mon café au lait avec un autre toast.


***


En me lançant dans cette entreprise pharaonique, je n’avais pas vraiment pris conscience que j’aurais à faire avec des hommes aussi compliqués que le mien. Je n’avais plus qu’un seul pénible à gérer, mon pénible que j’arrivais à soudoyer avec de belles promesses et beaucoup de sexe mais trois donc deux sur lesquels je n’avais pas la moindre prise. Ce qui aurait dû être réglé à la vitesse de la lumière prenait un temps infini parce qu’ils tenaient à tout négocier, comme s’ils ne croulaient pas sous le pognon, comme si c’était nécessaire. Ils auraient pu se contenter de me faire confiance et de me laisser l’argent mais non, puisqu’ils payaient, ils avaient insisté pour venir, ce que je comprenais totalement mais j’aurais aimé qu’ils n’en profitent pas pour faire de ma vie un enfer. J’étais morte de fatigue, il me fallait désormais deux fois plus de temps pour récupérer et je savais que d’ici peu, il me faudrait tirer un trait sur le boulot parce que je tenais de moins bien le choc, je n’avais pas encore trouvé le courage d’en discuter avec Luciano et à vrai dire, je n’étais plus bien sûre de vouloir parler de quoi que ce soit avec lui alors que je sanglotais et qu’il me passait un savon comme si je n’étais pas sa femme mais sa fille. Je dus présenter nos excuses au pauvre serveur, lui disant que j’étais enceinte et que j’avais affreusement besoin d’user de ses toilettes, le tout entre deux sanglots, il eut probablement pitié et me laissa passer. J’étais vidée et triste que ça tourne de cette façon, me demandant sérieusement si je n’aurais pas mieux fait de m’occuper de ça toute seule. J’allais devoir jongler entre ça, le boulot et la maison et je ne savais pas comment je pourrais abattre autant en si peu de temps et encore moins si je me retrouvais avec des empêcheurs de tourner en rond pareils. Enfermée dans le cabinet de toilettes, je reniflais bruyamment, assise sur la cuvette, n’ayant pas très envie de sortir parce que j’avais l’impression d’avoir fait la pire des conneries qui justifiait de me faire engueuler comme ça. J’en voulais à Lucky de ne pas être capable de se montrer plus patient avec moi et surtout plus compréhensif. J’avais l’impression qu’il sous-entendait que je lui faisais honte et je le vivais très mal.


« Tu n’as pas honte de moi alors ? » demandai-je d’une toute petite voix, presque soulagée que tout ça ne soit qu’un malentendu. Je me rhabillai, essuyant mes joues et mes yeux d’un revers de main. J’ouvris la porte pour aller me laver les mains et tenter de nettoyer le mascara sur mes joues qui me donnait des airs de panda. « Tu es adorable mon chat mais je ne peux pas, on n’a pas beaucoup de temps et il faut faire un maximum sur les jours que j’ai prévu pour ça. Ils reviennent dans un mois, ça va être serré. Je suis épuisée, ils me fatiguent tous les deux mais si tu es là pour me soutenir et leur imposer des conditions, ça ira. Je ne voulais pas te mettre dans une sale position face à ton père, je te présente mes excuses. » Je me tournai vers lui pour tenter de lui sourire et le prendre dans mes bras, je n’avais pas besoin d’un autre combat à mener maintenant. « On va terminer avec la porcelaine et les différents services et on ira manger, je vais essayer de leur expliquer. » Le repas fut salutaire, sans doute autant que ma crise de larmes, après ça, ils eurent la gentillesse de faire leurs coups en douce et je pus enfin venir à bout de cette liste interminable pour remplir la maison de ma meilleure amie. Je crus devenir folle quand on m’annonça que le canapé que j’avais réservé depuis un moment avait été vendu par erreur le matin même. J’allais étriper la connasse qui me l’annonça avec condescendance sous le regard amusé des deux patriarches. Mon mari prit les devants et régla le souci en deux temps trois mouvements et avec des menaces à peine voilées. J’en tombai une nouvelle fois amoureuse.


***


Des cernes avaient commencé à se creuser sous mes yeux alors que je rentrais à des heures indécentes et que je partais tôt le matin pour superviser les travaux dans la maison de ma meilleure amie. Je ne dormais pas assez et ne cessais de m’assoupir dès que j’avais le malheur de m’asseoir quelque part. J’avais même fini par ne plus participer aux galas du moment au cabaret pour être en mesure de secouer les ouvriers qui travaillaient jours et nuits pour que tout soit terminé dans les temps. J’étais terriblement inquiète, me demandant si nous arriverions au bout de ce projet avant leur retour. Si ce n’était pas le cas, je savais que je le vivrais atrocement mal alors que j’avais tout planifié à la seconde près. J’arrivais souvent au cabaret en fin d’après-midi pour la dernière répétition. Ce fut dès mon arrivée que Claudia m’alpagua pour me parler de son problème de titre de séjour et de son autorisation de travailler sur le territoire américain. Je lui promis que nous nous en occuperions le lendemain, je sacrifiai une journée sur le chantier pour l’accompagner dans les divers bureaux. Je ne sus trop si ce fut à la boutique de photocopies ou bien dans les bureaux surchargés de l’office des étrangers que j’échangeai mon téléphone avec celui d’un autre mais je fis une drôle de tête en jetant un œil à mes messages pour savoir si Lucky ne m’avait pas contactée. Il était un peu trop silencieux à mon goût ce qui n’était pas normal. Comme s’il m’avait entendu, Tony me prévint qu’il avait besoin que je rentre de suite. J’étais trop préoccupée par tout ce qu’il me restait à abattre comme travail pour penser à ce qui se trouvait dans mon téléphone, des vidéos et des photos intimes, des tas de choses que j’aurais préféré garder secrètes qui auraient pu être jetées sur la place publique par n’importe qui. Je laissai Claudia à ses papiers avec une autre fille du cabaret pour rejoindre mon mari que je trouvai dans un état lamentable. L’air goguenard de Gaby ne m’amusa pas et je le saluai à la hâte pour me précipiter sur son frère et tenter de voir ce qu’il avait.


Rendez-vous chez le dentiste, c’était aujourd’hui. Bien sûr ! Il n’y était pas allé de main morte ! « C’est le dentiste qui t’a mis dans cet état ? » m’enquis-je alors qu’il m’opposait une pancarte qui me fit froncer les sourcils mais pas autant que les deux autres qui me firent lever les yeux au ciel. Je fis sortir Tony et Dante, retirai ma veste et m’installai en face de lui. « Bébé, je ne sais pas qui est ce type, je me suis rendue compte que j’avais pris le téléphone de quelqu’un d’autre y a peut-être une heure parce que je m’inquiétais de ne pas avoir de nouvelles de toi. J’ai accompagné Claudia pour son visa travail, on est allées aux quatre coins de NY faire des papiers. Tony et Dante ne m’ont pas quitté des yeux un seul instant ! Je ne te trompe pas ! J’ai à peine le temps de dormir, comment tu veux que je trouve du temps pour une connerie pareille et je dois encore te parler du fait que je ne désire que toi ? J’arrive même à te trouver hyper excitant alors que tu baves partout ! » Je me levai pour venir m’asseoir près de lui et caresser son bras. « Chaton, il va falloir retrouver mon téléphone, parce qu’il y a beaucoup de choses dedans, notamment ma carte mémoire de mon ancien téléphone, celles avec nos vidéos et nos photos. Et quand je regardais si tu ne m’avais pas envoyé de message, j’ai reçu ça… » Ils étaient imagés et un peu dégueulasses, il parlait de mes qualités d’actrice, de mes courbes et de toutes ces choses qu’il aurait aimé me faire, signe qu’il avait pris soin de tout regarder attentivement. Il allait me tuer mais ce putain de téléphone était trop grand pour ma main, il était encombrant et me faisait chier, je préférais l’ancien mais il m’avait vanté les mérites de son cadeau pendant des heures, je n’avais pas eu le cœur de le refuser. Résultat des courses, un putain d’échange. Merci beaucoup… « Tu veux que j’appelle le dentiste pour savoir ce qu’on peut faire pour toi ? »


***


Assise sur une chaise dans la salle à manger presque terminée de chez Cinzia et Mani, je me tenais le ventre en soufflant. « Lyla, Lucky est en route, ça va aller ? » « Ouais, je ne vais pas accoucher tout de suite hein ! Il me reste encore un paquet de temps ! » J’étais arrivée au bout de ce que je pouvais donner en termes d’énergie et j’étais vidée. J’avais eu un mal fou à sortir de mon lit, je n’avais même pas entendu mon réveil et sans mon époux, je n’aurais sans doute pas ouvert l’œil. Mais je ne me sentais pas de poursuivre ma journée et mon fils m’imposait de me reposer en me donnant de violents coups dans le ventre. J’étais tellement inquiète à l’idée de blesser mon bébé que je sentis une vague d’angoisse monter et je finis par me lever pour aller m’installer sur le porche. « Tu ne devrais pas bouger, Lyla, s’il-te-plaît, pour une fois, écoute-moi ! » m’aboya Tony en m’escortant jusqu’à l’extérieur alors que je tentais d’enrayer la crise. L’air frais aidant, l’angoisse disparut en même temps que la douleur, m’abandonnant complètement morte de fatigue. Lucky m’apostropha et je n’eus pas la force de lui offrir plus qu’un sourire, les yeux fermés. Je le sentis s’asseoir sur le banc près de moi. « Je suis fatiguée, je crois que j’ai un peu trop tiré sur la corde. Ca ira mieux quand la maison sera terminée. » Je marquai une longue pause, ouvrant enfin les yeux, ma tête reposant sur le torse de Gambino. « Mon père te cherche partout, il est venu jusqu’ici… Je crois que c’est à propos des types qui ont agressé Olivia… D’ailleurs, tu m’as donné ton téléphone mais elle n’a pas arrêté de t’appeler toute la journée et a refusé de me dire ce qu’elle te voulait. Il se passe quelque chose que l’on ne veut pas que je sache ? »


 





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MessageMar 4 Oct - 21:23

 



Proprio cosi' buffo sono io

ft la patience incarnée



Avant Lyla, les affaires qui rythmaient mon quotidien étaient moins envahissante qu’aujourd’hui. Il y avait un temps pour chaque chose et il était rare qu’elles me réveillent en pleine nuit, nuit dont j’abusais pour mes petites coupables. Depuis mon mariage, j’étais devenu aux yeux de mon père un homme auquel se fier. J’avais responsabilités envers mon épouse. J’étais donc, à son sens, plus sage et plus tempéré. Il y avait du vrai, mais je ne le réalisai qu’à la remarque de ma conjointe. Oui. Il était tôt pour la tirer de son sommeil réparateur et l’assaillir de questions. Renoncer à un câlin coquin ne me ressemblait pas non plus. Pourtant, je dépensai mon énergie soudoyer ma dulcinée d’un petit déjeuner au lit et d’explications précises et méritées sur ma démarche. Aveuglé par ma jalousie, je refusai de l’écouter lorsqu’elle chercha à me fournir des informations sur son présumé amant. Qu’elle hésite à cracher le morceau était de bonne guerre. « Non, pas de conflits, juste tout ce que tu sais… Ce sera parfait. J’ai été longue à la détente, mais là, je suis prêt à t’écouter maintenant… Plus que jamais. » Et ça valait le détour. Je ne saisis pas de suite le service qu’elle me rendait en se substituant à moi auprès des grands pontes qui se rincent l’œil dans mon cabaret huppé et de bonne presse. Je manquai de rater une chance. Je l’intégrais maintenant qu’elle passait à table. Ainsi cet enfoiré ne paradait pas devant mon épouse pour la draguer elle, mais moi, moi et mon éventail de relation haute placée comme électeur potentiel, moi et mon pognon pour financer sa campagne. « C’est vrai que le maire n’est plus ce qu’on pourrait dire un véritable soutien. » Mon père lui graissa la patte pendant des années. Il y gagna des tas d’avantages, mais ils étaient de moins en moins fréquents. « Mais, ce serait un pari risqué. Mon père a le sens du risque, mais à quel point. Il faut que j’en apprenne plus. » commentais-je assis en tailleur sur notre lit king size, pensif, à me demander de quelle manière l’impliquer sans le faire véritablement.

« Son discours sur les minorités, c’est téléphoné. C’était une façon de t’approcher et d’attirer ton attention. Je me demande ce qu’il a proposé réellement. S’il veut vraiment le soutien de la famille, je présume qu’il serait ravi que Carolia et toi l’invitiez au cabaret, en VIP et peut-être même manger avec lui, toutes les deux. Essaie de savoir tout ce que tu peux, ce qu’il veut avec le plus d’exactitude possible. Jefferson, je m’en occuperai moi. Et, donc, nous, c’est toi et moi… avec le concours de Carolia pour l’instant et Mani plus tard. Nous tous quoi ! La famille... » Satisfait, je croquai moi aussi dans un toast, dévorant surtout mon épouse des yeux, ce qui m’amena à réparer ma frustration précédente. Il me suffit d’embrasser son cou, ses joues et ses lèvres. Avoir honte de Lyla ne m’aurait jamais traversé l’esprit, même lorsque je me montrais désagréable et de mauvaise foi sans raison valable, sans raison qui la concerne réellement. Mon papa avait cependant le don de me foutre en rogne. La pression, lorsque je suis pleinement sous son autorité, je la gère plutôt bien. J’ai été élevé pour ça. Quand il se mêle de ma relation avec ma femme, je suis subitement pris d’une irrépressible envie de lui arracher les globes oculaires. À défaut d’y être autorisé – je respire grâce à lui, qui suis-je pour le corriger ? – je me défoulais sur l'unique personne qui ne me détesterait pas ou peu, la seule devant laquelle confesser mon impuissance n’était pas si grave. Imposer des conditions à Herrera et Gambino père, c’était s'attendre à ce que je gravisse l’Everest sans protection et sans gants. Ce serait plus réalisable. Je tentai donc de les calmer comme je peux, implorant Dieu de toute mon âme pour qu’il ne nous tombe plus rien au coin de la gueule jusqu’au retour des tourtereaux. Quelque chose me disait que cette maison, ce serait un sacré morceau.

Prier ! La bonne blague. Dans cette putain d'existence, vouloir est indécent et espérer, une perte d'énergie. Je ne demandais pas grand-chose : de la tranquillité. Pas trop, juste ce qu’il e fallait pour redescendre et me rappeler les bienfaits du mariage et de la vie de couple. Un moment d’intimité avec ma femme, même si j’étais contraint d’affronter la foule d’un supermarché. Les courses, je détestais ça pourtant, mais habité par cette sensation que j’étais inutile au quotidien de Lyla, j’y aurais trouvé mon compte. Elle était débordée. Mo emploi du temps se chargeait à vue d’œil et je soupçonnais mon père de cumuler les avantages avec ce cadeau pour Mani et Cinzia. Occuper ma partenaire, c’était pour lui la certitude de me garder à disposition. Que je parvienne à me libérer pour mon rendez-vous chez le dentiste était un petit miracle en soi. En ressortir bouffi et bavant, les prémices d’une malédiction. Elle se poursuit avec cette histoire de téléphone que Gaby tournait en dérision. Il m’agaçait. L’homme parfait n’était pas blanc neige. Si je n’étais pas privé du don de paroles, je lui aurais conseillé de s’inquiéter de sa conjointe au lieu de me casser les couilles. Je regrettais du fond du cœur de l’avoir appelé à l’aide et je me réjouis qu’il s’en aille pour céder la place à mon épouse et à ses innombrables explications. Réduit au silence, elle jouissait des pleins pouvoirs sur cette conversation. Écouter et agiter mes petits papiers griffonnés d’une main rageuse, c’était loin d’être acceptable comme dispute. Et si ça avait du bon, je ne l’appréciais que moyennement.

Nous chamailler, c’était presque un rituel entre nous. De ce mode de fonctionnement découlaient systématiquement plus d’amour et de passion. Crier, c’était offrir  de la normalité à notre histoire, mais pas si je n’étais pas en mesure de m’exprimer librement. Hocher de la tête de haut en bas ou de droite à gauche pour répondre à ses questions, c’était tout sauf approprié compte tenu de ma colère et de ma frustration. J’en serrai les doigts si fort sur l’accoudoir de la causeuse que mes phalanges blanchirent alors qu’elle me mettait en garde par rapport au contenu de son portable. Me voyait-elle pour un idiot ? C’était bien la seule chose qui me rendait fou. Qu’elle me trompe me traversa l’esprit un court instant seulement. Elle était accompagnée de mes nervis en permanence. Se serait-elle acoquinée dans un motel avec un fils de pute, je l’aurais appris. Allergie ou non, je les aurais dénichés dans leur chambre miteuse pour les abattre. C’était couru d’avance. Aucune autre hypothèse n’aurait pu être pire que celle-là pour le commun des mortels. Or, difficile de prendre avec philosophie l’idée qu’un sale type se paluche en matant les fesses, les seins ou les vidéos de ma femme. Ces clichés n’appartenaient qu’à nous. Cette histoire me rendrait fou à cause de ma jalousie, de mon état qui m’empêchait de sortir de mon immeuble sans souffrir d’humiliation. Je me retirai donc. Je frappai dans les murs jusqu’à m’abîmer les mains, jusqu’à ce que cette réaction à ce médicament me terrasse. Une immense fatigue m’envahit et je m’effondrai dans les draps.

Mes heures de sommeil se comptèrent sans doute en jour, car en ouvrant les yeux, je constatai avec plaisir que mon visage était moins endolori. Lyla, sagement assise dans l’un des fauteuils de la chambre, magnifique, mais épuisée. Elle m’avait veillé aussi longtemps que dura cette espèce d’hibernation nécessaire à ma guérison. « J’ai dormi longtemps ? » m’enquis-je d’une voix pâteuse. Articuler n’était pas évident. Il demeurait quelques restes de mon engourdissement. « Je suis désolée de l’avoir aussi mal pris. Je sais bien que tu ne me trompes. Si tu le faisais, je le saurais. C’est juste que, comme toi, je déteste l’idée que notre vie privée soit entre les mains d’un type dont je ne sais pas grand-chose et qu’en plus, il se permette de t’écrire pour te dire des choses comme…comme… » Je me redressai et je me servis un verre d'eau. « Il faut que tu me donnes ton téléphone, bébé. Tu prendras le mien. Je ne veux pas que tu prennes ton vieux machin, ça ne sert à rien. Il a des problèmes de réseau et je déteste ne pas pouvoir te joindre. Je prendrai celui-ci de Da Vinci, comme ça, on pourra ne rien changer à nos habitudes. » Je lui tendis la main, soucieux qu’elle se blottisse dans mes bras. « Alors ? La maison… tu en es où ? Tu as besoin d’un coup de main pour bastionner un travailleur qui ne respecte pas les délais ? Ça me ferait du bien, je dois bien l’avouer. J’ai les nerfs à fleur de peau et j’ai perdu tellement de temps à cause de ce putain d’incompétent de dentiste. » Une vengeance serait à prévoir. Une de plus. « J’avais une super bonne nouvelle à t’annoncer en plus. J’ai eu des infos sur Jefferson et sur Knight. Je commence par Jefferson, mais avant ça, je prends une douche et on se commande une pizza. Je crève la dalle. Ça va ? Tu crois que tu pourras survivre au suspens. Sinon, tu peux aussi venir avec moi. » Tous les paramètres n’étaient pas réunis pour que je sois au plus calme, mais je faisais un effort. Lyla avait déjà bien assez casqué au nom de ma mauvaise humeur et puis, au vu des difficultés rencontrées pour nous voir, nous méritions bien de la tendresse et de la sympathie avant de revenir vers le plus pragmatique dès que je serai requinqué. Cette douche me fit un bien fou.

« Tu sais, je me dis que ce n’est pas une si mauvaise chose cette allergie. Même si j’ai toujours la gueule un peu de travers, ça m’a obligé à me reposer. Il te faudrait peut-être la même chose, qui sait. » Je lui adressai un clin d’œil. Je m’avachis dans le fauteuil, j’allumai la télévision pour le bruit de fond et je repris notre conversation là où nous l’avions laissée. « Donc, Jefferson. Fils de bourge. Sa mère est psychiatre. Son père travaille pour la bourse. Il a grandi dans les beaux quartiers. Il a l’air clean, si ce n’est ce qu’on a essayé d’effacer de son casier, mais que Nicolo a réussi à retrouver quand même. Visiblement, il a une un accident de la route qui a laissé quelqu’un sur le carreau. Un cycliste aurait refusé de lui céder le passage. Il lui a fait un fuck et de rage, il lui a foncé dedans. Sans l’argent de papa et maman, il n’en serait pas là. Par contre, je ne sais pas qui lui a nettoyé son casier. Quelles pattes les Jefferson ont-il bien pu graisser, je ne le sais pas encore, mais j’ai bien l’intention de le découvrir. En attendant, j’ai accepté un rendez-vous avec lui. Je l’ai contacté moi-même. C’est pour ce vendredi. Je lui ai dit de venir avec sa femme. Il faudrait que tu sois prête pour 20 heures. Je pense qu’on y verra plus clair, parce que l’autre, le Knight là, son petit discours sur les minorités n’a pas l’air si téléphoné. Il est président et actif dans plein d’associations pour les droits des mômes, des noires, des femmes. Tout ce que j’ai trouvé sur lui, c’est que c’est une bonne grosse pédale. Et, je refuse de te voir sourire. » Je pointai mon index vers elle. « Parce que je vais être obligée de te raconter que je crois qu’il est fort proche de ton frère. Tu vois où je veux en venir ? »


***


Lorsque Carolia m’appela depuis le cabaret, je me doutai qu’il était arrivé quelque chose à Lyla. Je n’avais pas eu de prémonitions mystiques, pas de cauchemars comme dans ces films où les couples fusionnels pressentent les problèmes avant qu’ils ne surviennent. Nous l’étions, connectés, mais je ne crois pas à ces conneries. Je suis un gars de faits et si je savais pertinemment que mon dulcinée ferait un malaise, c’était grâce à ceux-ci. Elles travaillent trop, pour moi et pour la maison de ma sœur. Elle dépensait son énergie sans compter et sans se soucier d’elle-même. Elle retombait dans ses « travers » : l’altruisme et la générosité sans borne. Je détestais les considérer comme tels. Le monde se porterait mieux si ses représentants lui ressemblaient davantage. Je serais moi-même un homme meilleur si, par exemple, je distribuais sans but précis. En attendant, outre mon inquiétude depuis ce coup de fil, je nourrissais de la colère contre elle d’être aussi butée et imprudente et de l'irritation contre moi de toujours la laisser obtenir ce qu’elle espère de moi. Au moins, quand sa sécurité primait sur son bonheur, j’avais tout sous contrôle. Tout était plus tranquille à cette époque. Avec tout le mal que je m’étais donné pour la gérer, toutes mes manigances honteuses qui me tordent l’estomac d’angoisse dès lors que j’imagine les secrets de son agression dévoilés au grand jour, j’avais fait montre d’une stupidité sans précédent. De quel sortilège avait-elle usé pour que je troque mes canines de prédateur contre des dents de lait fragiles et branlantes ?

Je contins ma rage en la trouvant assise sur le banc devant le cabaret. L’inquiétude avait pris le pas sur cette dernière, momentanément, car elle était pâle, recroquevillée sur elle-même, comme si cet élan de faiblesse était un échec. « ça va, je suis là. On va rentrer tous les deux. Tu vas te reposer et arrêter de te tracasser. » J'agrippai sa main et j’y exerçai une légère pression pour attirer son attention. Elle se laissa tomber sur mon torse, j’enroulai mon bras autour de son épaule et j’embrassai sa tempe. « Tout sera toujours là demain, après-demain ou le jour encore après. » Subtile manœuvre pour la soulager de son appréhension quant à la réaction quelle me présageait : l’enfermer à huis-clos dans notre appartement. « Il faut que tu ralentisses, Bébé. Et j’aimerais autant que ça vienne de toi ou je vais devoir prendre des décisions pour nous deux et tu sais très bien comment ça va finir. Tu n’as pas envie de ça. Et moi non plus. Il faut que je puisse te faire confiance par rapport à ta sécurité aussi. Tu comprends ? C’est nécessaire pour que je me sente bien. » Bien sûr ! Autant qu’elle ressentait ce besoin systématique d’utiliser mon amour pour elle dans le but de glaner des informations concernant les types qui flouèrent sa sœur bien des années auparavant. Javier était passé. Olivia avait téléphoné. Si l’un ou l’autre avait souhaité lui raconter ce qui se tramait, il l’aurait fait. C’était leur volonté. Et, quand bien même, je n’étais pour l’instant au courant de rien. « Comment veux-tu que je le sache ? Tu avais mon téléphone, je n’ai pas eu ta sœur et si ton père est venu jusqu’ici, c’est qu’on ne sait pas vu encore. D’ailleurs, j’ai reçu d’autres appels ? » détournais-je au mieux la conversation. Je confiais à mon épouse bon nombre de mes activités, mais celle-là ne la regardait pas, tout simplement parce que je n’étais qu’un renfort.

Lorsqu’il a été question de venger l’honneur de la Canjura au destin brisé, mon beau-père avait été clair : Lyla resterait en dehors de toute cette merde que nous allions brasser. Ce n’était par ailleurs ni mon combat ni ma responsabilité. J’apportais mon aide à un vétéran du monde du crime, je n’en étais pas l’instigateur ni la main armée. La victime n’était pas non plus sous mon autorité. Je n’avais dès lors aucune raison de prendre le risque de vexer Javier et d’ainsi ternir nos bonnes relations pour assouvir la curiosité de ma femme. Elle n’était pas malsaine. Elle s’inquiétait pour les siens. Elle fut la seule détentrice de cette vérité jusqu’il y a peu. Elle tira sa petite sœur à bout de bras pour lui sortir la tête de l’eau. Au mieux, elle parvint à empêcher la noyade, mais pas la descente en apnée dans l’océan des emmerdes des camées du genre de la dernière née. Je ne la jugeais pas. Son destin se brisa à cause des choix de ses frères, en soi, un dommage collatéral. Néanmoins, en passant la main, Lyla était forcée d’accepter que la survie d’Olivia ne relevait plus uniquement de son ressort. Quant à moi, j’admettrais de bonne guerre que ça m’arrangeait bien. Je n’avais nullement besoin que ma parturiente soit la cible de fous avides de vengeance. Je respectais donc la requête de Javier sans rechigner et, si en arrivant, mon intention de départ était bel et bien de ramener ma femme à la main, je n’en eus pas vraiment l’occasion. Carolia, discrète et impassible, me héla. C’était urgent visiblement. Elle opta pour le Sicilien en constatant que sa collègue était sur le point de s’endormir tout contre moi. « Javier Canjura est là. Il dit qu’il doit absolument te parler. Il n’a pas donné plus de détail. Il patiente dans la salle de réunion. » « Très bien. Je vais arriver dans cinq minutes. Sers-lui quelque chose à boire en attendant. Ce qu’il voudra. » Elle hocha positivement de la tête et je secouai sans brusquerie ma dulcinée. « Mon cœur. Ton père est à nouveau là. On ne va pas pouvoir rentrer tout de suite, mais je vais t’installer dans mon bureau. Tu peux marcher ? » Elle s’appuya sur mon épaule durant le trajet. Je veillai à ce qu’elle se sente au mieux dans mon canapé d’angle, un verre et une bouteille d’eau à disposition et une couverture bien chaude remontée jusqu’au menton. « Je n’en ai pas pour longtemps. Repose-toi, mon cœur. » Je l’abandonnai pour me consacrer à mon rendez-vous impromptu. Les nouvelles étaient à la hauteur de ce que je pressentais. Il était désormais prêt à agir, conscient qu’il faudrait en passer par là pour ramener sa cadette sur le chemin pavé vers le paradis. Il souhaitait que je la rencontrer afin de la convaincre de fournir les derniers éléments et de débusquer les agresseurs. Nous nous quittâmes par une franche accolade, lui, rassuré, moi avec sur les épaules une tâche bien lourde. Pour qu’Olivia accouche, le concours de ma conjointe me serait nécessaire, mais je n’eus pas le cœur de la réveiller. Je fermai la porte du bureau derrière moi et je confiai les clés à Tony pour tenter ma chance seul.

De cette fin d’après-midi, je ne retiendrai certainement pas les fruits d’une conversation avec ma jeune belle-sœur. Malgré qu’elle ait essayé de me joindre à maintes reprises, mes différents appels et messages restèrent pour lettre morte. Je tournai longtemps et vainement dans les quartiers qu’elle fréquentait. Ma quête n’aboutit jamais et je fus forcé d’y mettre un terme à cause d’une catastrophe : un incendie. Pas sur mon chemin, non, chez moi, dans mon cabaret, là où la prunelle de mes yeux reposait derrière une porte close. Des tas d’idées funestes me traversèrent l’esprit pendant ma course folle à slalomer entre les voitures. Tony ne répondait pas. D’après Carolia, absente au moment des faits et désormais plantée devant mon gagne-pain, pénétrer dans le bâtiment était devenu impossible. Tout le monde était coincé à l’intérieur. Tout le monde sans exception. Mon cœur pompa si fort que j’avais l’impression qu’il exploserait avant que je n’arrive à destination. Sur place, j’entendais sans comprendre les questions des pompiers : vous êtes le patron ? Combien de personnes sont employées ici ? Ma femme. MA FEMME. Ma femme et l’un des vôtres qui n'a même pas été fichu de la sortir de là. Voilà ce que j’avais envie de hurler à ce type en uniforme. Lui en coller une me démangeait, mais son équipe représentait mon seul espoir de retrouver mon épouse entière, saine et sauve. « Écoutez, ma femme est enceinte…Je me fous de savoir qui est à l’intérieur. Elle doit être VOTRE priorité. La seule. » Aucune menace tangible ne me vint. Je me transformais en animal agressif, un loup pris en embuscade de braconnier. Sans ce « boum » qui me vrilla le tympan – j’en perdis un peu l’équilibre – je lui aurais sauté à la gorge sans préavis. Au lieu de ça, j’observai ses soldats s’engouffrai à l’intérieur. Chacun en ressortait avec un membre du personnel entre les bras. Il travaillait vite et efficacement. Il l’était plus que l’enfoiré que j’avais engagé et qui, en l’occurrence, ne s’avéra d’aucune utilité puisqu’il ne soutenait pas ma bien-aimée. Non. Il était lui-même traîné par les aisselles à l’extérieur, mais toujours pas de traces de Lyla. La voir sur cette civière me fut si pénible que le sort de Joseph était scellé. Évidemment, je ne l’exécuterai pas tout de suite. J’avais plus important à faire et à apprendre. Je fus d’ailleurs rassuré, en grimpant dans l’ambulance où elle était embarquée, qu’elle soit consciente. « Reste calme. Ne te débats pas. Il t’emmène à l’hôpital pour quelques examens de contrôle. Je reste avec toi et tu ne discutes pas, parce que je ne te laisse pas le choix. » On m'informa, plus tard, que mon cabaret était complètement ravagé, mais que la cause était inconnue. Inconnue. Mon cul ! Quelqu’un nous avait pris pour cible. Qui ? Le découvrir était la troisième des priorités sur la liste. La première, sortir mon épouse et la garder en sécurité à la maison avec une infirmière à domicile. La seconde, traîner Joseph dans un entrepôt, le torturer et envoyer son corps calciné à sa famille. La troisième, trouver qui avait dans l’intention de m’emmerder.

 





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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageJeu 13 Oct - 13:17

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le mari marrant




Nous passions peu de temps ensemble, trop peu. Et ce n’était pas tant sa faute que la mienne. Quelle idée avais-je eu de me lancer dans l’aménagement d’une maison en un seul mois ? J’étais complètement dingue ou quoi ? Tout en étant enceinte et en continuant à bosser au cabaret pour tenter d’aider mon mari. Il restait ma priorité, s’il m’appelait pour me signaler qu’il avait un peu de temps libre, je plaquais tout pour que nous allions manger, choisir un petit quelque chose pour le bébé ou bien pour m’occuper de mettre en ordre son agenda. Ca, je n’avais pas abandonné non plus. Je fouillais ses poches tous les soirs à la recherche de post-it que je pourrais retranscrire clairement. Je ne m’économisais pas mais rien ne me rendait plus heureuse que son petit sourire quand il trouvait son agenda rempli et qu’il venait me remercier d’un baiser. Pour ça, j’aurais troqué toutes mes heures de sommeil et bien plus encore. Je me connaissais, j’allais encore pousser le bouchon trop loin, j’allais encore me rendre au bout de mes forces pour prouver je ne savais trop quoi, c’était ridicule et je savais bien que cela ne ferait que confirmer ce que Lucky redoutait mais je ne voulais pas le laisser tomber. Je ne voulais pas qu’il pense que je n’étais pas fiable parce que j’avais le malheur de lui avouer que tout ça faisait trop pour moi et que j’avais eu les yeux plus gros que le ventre. Je me disais que si j’arrivais à dormir sur le temps de trajet, que si je me ménageais un peu et que je donnais les ordres d’une chaise, ce serait beaucoup plus facile. Que si je limitais mes déplacements, je me sentirais moins épuisée mais la vérité c’était que me déplacer me coûtait énormément et je devais souvent m’agripper à Tony ou à Dante pour me traîner d’un endroit à un autre. Je jouais avec le feu, ils ne manquèrent pas de me le faire remarquer mais je repoussais mes limites, me persuadant que mon bébé n’en souffrirait pas, qu’il n’y aurait que moi, parce que je ne pouvais pas porter ce genre de culpabilité. Je m’en mordrais les doigts ! J’aurais mieux fait de laisser Carolia reprendre les rênes du cabaret pour accorder plus de temps à mon mari qui avait besoin de moi, des informations que je glanais malgré moi et de toute l’aide que je pourrais lui apporter. Cependant, j’avais un mal fou à supporter l’idée que Carolia récupère ce qui me revenait de droit. Je l’adorais de tout mon cœur mais je ne supportais pas que mon mari puisse la préférer à moi, pour quoi que ce soit. Il n’était plus question de grossesse ou de temps disponible mais simplement de jalousie à l’état pur. J’avais besoin d’être la réponse à tout quand venait un problème, certainement pas qu’il aille frapper à la porte de ma belle-sœur pour demander son concours. C’était l’une des conséquences de l’amour inconditionnel que je portais à Luciano et je savais que ça causait bon nombre de nos disputes, même si, de son côté, il ressentait exactement la même chose.

Son problème dentaire me permit de lever le pied, je distribuai les recommandations et laissai les autres se charger de tout pour moi. J’avais même mis de côté l’idée qu’on pouvait se rincer l’œil en matant nos vidéos cochonnes et nos photos qui l’étaient tout autant, presque aussi vite que cette idée qu’il pensait systématiquement que je le trompais, comme si j’avais pu en éprouver l’envie ! On ne me vit pas sortir de chez nous alors que je le veillais, vérifiant s’il n’avait pas de la fièvre et s’il n’avait besoin de rien. Je m’installai parfois près de lui pour tâter son front, caresser son visage et remonter la couverture sur lui quand je ne nettoyais pas les torrents de bave qu’il laissait échapper. Je ne pus fermer l’œil tant qu’il se trouva dans cet état, finissant par m’installer dans un fauteuil près du lit, confectionnant tantôt quelques bijoux, lisant quelques bouquins sur les bébés, passant des coups de fil réguliers à Clay pour être sûre que mon mari ne risquait rien. Il vint même l’ausculter en personne pour que je sois rassurée et en profita pour manger avec moi. Ce fut le seul moment où je disparus du chevet de mon bien aimé. Ces deux jours me parurent être cent ans et quand il ouvrit enfin les yeux, je sentis un poids délester ma poitrine. J’étais soulagée. Je lui offris un large sourire. « Deux jours ! Comment tu te sens ?! » Je quittai mon assise pour m’approcher et passer une main sur son front, l’auscultant et le passant au rayon X pour m’assurer que tout allait bien. « Querido, je n’en ai surtout pas envie ! Qu’est-ce que tu veux que j’aille voir ailleurs alors que j’ai déjà tout ce qu’il me faut ici ?! Ne t’en fais pas, on va régler cette histoire mais il faut te ménager un peu, on ne sait pas trop si les effets sont pleinement dissipés ou non. Clay m’a dit qu’il n’y aurait que le temps pour nous le dire ! » Je fus presque frustrée qu’il me devance et m’empêche de lui verser de l’eau, je n’arrêtais pas de le couver, heureuse qu’il soit revenu à lui et ayant un réel besoin d’être sûre qu’il allait mieux. « Oui, tout ce que tu veux ! » acquiesçai-je en venant me nicher dans ses bras, devant trouver une position confortable pour nous deux avec un ventre qui était si imposant qu’il commençait à devenir difficile à supporter. « Ca peut toujours se trouver, seulement si tu fais en sorte de le foute en sang, histoire que ce soit encore plus excitant quand on se baignera dedans complètement nu alors qu’on fera l’amour comme des animaux. Bon, dans ce projet, je suis vachement plus souple que maintenant, ce ventre commence à devenir chiant ! » Nous n’avions toujours pas pu fixer un jour pour un dîner avec Knight, je m’étais contentée de lui téléphoner pour prendre de ses nouvelles et maintenir le contact, rien de plus. Je commandai moi-même la pizza, renonçant à le rejoindre dans la douche au moment où je tentai de m’extirper du lit à grand peine. Ca signifiait que je si je m’agenouillai, ce serait compliqué pour moi de me redresser. Je soupirai, regrettant de ne pouvoir honorer une invitation pareille.



Au lieu de ça, j’ouvris les fenêtres et je changeai le lit, comme si c’était la priorité ! Cela eut au moins le mérite de me faire un peu oublier ma frustration. J’avais migré dans le salon quand il reparut enfin, l’air frais et dispo, tout ce que je n’étais pas. Je lui rendis son sourire et je m’installai près de lui, posant mes jambes sur ses genoux, comme j’adorais le faire. « Tu as l’air reposé, c’était ce qu’il te fallait, quant à moi, je vais passer une bonne nuit et ce sera réglé, tu verras ! » lui assurai-je en caressant mon ventre machinalement, écoutant ce qu’il avait à me raconter sur ces deux candidats à la mairie. « Soutenir Jefferson, c’est avoir un moyen de pression sur lui au cas où il se sentirait pousser des ailes. Je serai prête, t’as une préférence pour la tenue et ne me dis pas la burqa ou je te mords ! » lui lançai-je avec défi en fronçant les sourcils. « Je vais appeler Santi, pour savoir ce qu’il peut m’en dire. Un type bien, à la tête de la ville, ça pourrait aussi être bénéfique, tu sais. Enfin je dis ça mais tu sais certainement mieux que moi. Si tu as confiance en moi, sur ce coup-là, je pourrais même aller dîner avec lui et Santi, histoire de prendre la température, de savoir ce qu’il prévoit de faire avec ce mandat, le tout dans des endroits gay où il sera en confiance et se confiera plus facilement. Sauf si tu préfères y aller toi-même et donner de ta personne en enfilant un string en cuir rouge, ce qui me plairait beaucoup et à lui aussi du moins jusqu’à ce qu’on te regarde de trop près. Je n’ai pas envie de me faire jeter parce que je me suis battue. » Je lançais tout ça sur le ton de la plaisanterie mais j’en serais capable et il le savait très bien.




***




Je me montrai agréable et disponible à ce fameux dîner avec Jefferson, me liant avec sa femme assez facilement puisqu’elle était cubaine. A ceci près qu’elle avait grandi dans une famille aisée et dans de beaux quartiers de Miami, je ne pouvais pas en dire autant mais elle n’était pas supposée le savoir. Elle m’inonda de compliments ce qui éveilla aussitôt ma méfiance. Aucune femme au monde ne se montrait aussi gentille et fair-play avec une autre, il n’y avait que Cinzia et moi pour faire ça et les autres filles de notre famille mais ça s’arrêtait là. Ses compliments me concernant débouchèrent sur d’autres sur mon couple jusqu’à en venir à Lucky et si je conservai mon sourire, j’eus une folle envie de lui enfoncer la tête dans son bol de potage hors de prix. Elle louchait sur lui comme on observe un charriot à dessert et je la comprenais mais je ne cautionnais pas. J’entretins la conversation de mon mieux, délimitant mon territoire par de simples gestes comme lui prendre la main, il en profita pour embrasser mes doigts, ou bien lui caresser la nuque ce qui le poussait à poser sa paume sur ma cuisse. Je ne pouvais pas faire plus clair que ça, il n’aimait et ne voyait que moi, fin de l’histoire, ce n’était pas la peine d’essayer ou elle s’y casserait les dents ou bien je les lui pèterais, au choix. Le sicilien me fit son débriefing dans la voiture, plutôt content de la soirée. « Et entre toi et sa femme, ça a l’air de passer, bonne chose, tu pourrais… » « Je la vomis, je ne supporte pas comment elle te regarde comme si elle t’imaginait à poil ! Si  je dois faire amie-amie pour des infos, je le ferai mais un type avec une bonne femme qui a l’air portée sur les cocktails et prête à écarter les cuisses comme ça, c’est pas un type qui rassure, si ?! Elle a bu 6 cocktails tout au long de la soirée… » J’avais le lever de coude facile moi aussi, à une certaine époque mais qu’occasionnellement, elle avait l’air de trop bien tenir l’alcool pour que ce soit son cas. Néanmoins, ma soirée avec Knight fut bien plus productive et je pouvais remercier mon frère pour ça. Je fis mon petit rapport à Lucky pour lui permettre de réfléchir et de décider avec tous les détails en mains. Ces deux soirées sur le même weekend ainsi que mon emploi du temps habituel eurent raison de ma santé et mon fils se révolta, m’obligeant à remettre en question mes choix. Je me sentis si ma et j’eus si peur de le perdre que je me promis de lever le pied, heureuse d’entendre la voix de son père alors que l’angoisse se joignait à la fête. « Oui, rentrer, c’est une bonne idée ! Tu crois que tu pourras rester un peu avec moi ? » demandai-je avec espoir, j’allais chambouler tout son emploi du temps, je doutais qu’il puisse mais j’aurais adoré faire une sieste contre lui. « Je sais, je suis désolée, je pensais que ça irait. Mais je suis de plus en plus fatiguée, c’est juste que je voulais que tu saches que tu peux compter sur moi et que tu n’avais pas à appeler Carolia à la rescousse. Je ne voulais pas être une lâcheuse ! Sauf que ça fait trop, je vais m’occuper de terminer la maison et après ça, ce ne sera plus que ton agenda jusqu’à l’accouchement ! » Je déposai mes lèvres sur la peau de sa nuque, une fois, puis une autre avant de l’enlacer plus fort. « Non, aucun autre. Knight m’a juste contacté pour savoir s’il pourrait avoir rendez-vous avec toi, bientôt, je lui ai dit que je te passerais le message ! » J’avais les paupières qui se fermaient toutes seules, je soupirai d’aise, refusant de laisser ma tête prendre le pas sur les besoins de mon corps. Les problèmes de ma sœur seraient toujours là plus tard !



Je me retrouvai dans son bureau, allongée et confortable, sa présence aurait été appréciée mais il avait du travail. Je ne m’en formalisai pas et profitai de cette aubaine pour me reposer. Une chaleur anormale m’éveilla ainsi que des cris. J’ouvris les yeux sur une fumée noirâtre et me redressai en me laissant tomber au sol pour en respirer le moins possible. Le temps de m’éveiller correctement et je compris qu’il y avait le feu. Je courus jusqu’à la petite salle d’eau dans le bureau, mouillai le torchon pour les mains et le collai contre mon visage avant de me diriger vers la porte du bureau, fermée à clés. Je n’avais pas de temps à perdre à paniquer ou à beugler, je réfléchis, agrippai une chaise et me dis que je pourrais toujours tenter de démolir la porte avec ça. Je refusais que mon bébé meure, je refusais de mettre fin à son existence comme ça ! Même si je devais sortir en rampant ! Je m’apprêtai à balancer mon arme dans la porte quand elle s’ouvrit sur un Tony aux yeux exorbités. Il venait de la défoncer d’un coup d’épaule, un énième. « J’avais fait tomber les clés et je ne les retrouvais pas ! » me lâcha-t-il en m’agrippant fermement pour me faire sortir. Le chemin le plus court était envahi par les flammes et je le sentais terriblement nerveux, mon pas lent ne l’aidait pas à se calmer. Plus que ma sécurité, il devait se dire qu’il avait failli à sa mission. La fumée finit par nous boucher la vue, non empêchant de voir où nous nous trouvions et comment en sortir. Lasse de piétiner, je m’arrêtai, essayant de trouver un point de repère et je fus incapable de me relever, il s’effondra, les poumons encombrés et je me retrouvai seule. J’avais survécu à l’Afghanistan pour crever ici, comme ça ?! Je dus perdre connaissance mais j’ouvris les yeux alors qu’on me sortait du cabaret sur une civière. On me mit un masque sur le visage pour me permettre de respirer et on me chargea dans l’ambulance, je voulais m’en défaire et me barrer mais on me prit la main et je restai tranquille en reconnaissant Lucky. Je soulevai mon masque pour lui dire : « T’avais promis de toujours me protéger, tu te souviens ?! T’es toujours là ! Merci ! » « Lyla, remets ton masque ! » Korben avait bossé avec moi pendant des années, il le replaça alors que je ne lâchais pas mon mari des yeux, mes pupilles débordantes de reconnaissance. Il me rassurait et me donnait l’illusion d’être intouchable tant qu’il était là. On me fit une batterie d’examens pour s’assurer que le bébé allait bien et que moi aussi. Je fus autorisée à rentrer le lendemain, sous bonne escorte. Quitter le domaine fut de plus en plus compliqué, davantage quand la maison de Mani et Cinzia fut terminée. Je dormais beaucoup et je faisais de mon mieux pour le rendre heureux, le traitant comme un roi. Mes journées ne commençaient vraiment que lorsqu’il était là, parce que j’étais heureuse de le retrouver et de pouvoir discuter avec lui. Faire des courses ? Il n’en était plus question, je devais envoyer cette bonne femme qu’il avait embauchée pour les faire. Aller faire les magasins ? Pour quoi faire ? Je pouvais bien attendre qu’il soit là pour veiller sur moi, non ? Il avait eu si peur de me perdre qu’il m’avait de nouveau mise sous verre et si ça me convenait pour le moment, je craignais que ça s’éternise jusqu’à m’étouffer après l’accouchement.




« Il ne rentre plus, tu te rends compte ?! » me lança Cinzia à l’autre bout du fil, outrée. « Ils ont été mariés de force, le contraire m’aurait surprise. » « Non, tu ne comprends pas, il vit chez une autre ! » « Quel enfoiré ! » « Ouais, hein ?! La pauvre, elle est complètement à la masse et elle picole beaucoup ! » « Le service des incendies est passé aussi, un pote à moi avec une ancienne collègue, ils voulaient savoir si quelqu’un t’en veut. Je leur ai dit que la concurrence était rude à New York mais que je n’en savais rien, ils savent que c’est un incendie criminel. Qui aurait pu faire ça ? Ils m’ont même demandé si c’était pas un coup de Josef, il est aux abonnés absents depuis sa sortie de l’hôpital. Vous vous êtes disputés ? » Je pris l’air le plus innocent que j’avais en magasin alors que je préparais la table pour que nous puissions manger la sauce tomate qui mijotait depuis le matin. Je m’approchai de lui pour qu’il retire enfin sa veste, l’y aidant pour aller la suspendre à un cintre avant de le faire asseoir, embrassant le sommet de son crâne. Je lui apportai un verre de soda et mit les pâtes dans l’eau bouillante avant de m’appuyer contre le meuble de la cuisine. « Et toi, ta journée ? »

 





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MessageLun 17 Oct - 21:38

 



Proprio cosi' buffo sono io

ft la patience incarnée



Deux jours passés dans les vapes à me réveiller de temps à autre pour sombrer à nouveau, harassé par cette putain de réaction allergique. C’était du temps de perdu et, en reprenant pleinement conscience, je me demandai ce que mon dentiste avait bien ajouté à son traitement habituel pour venir à bout d’un homme de ma stature. J’étais plutôt bien bâti. J’aimais à penser qu’il me fallait au minimum une seringue destinée à un cheval de kétamine pour m’abattre. C’était faux ! Je me ramollissais et j’accusai le coup difficilement et la trentaine qui approchait à grands pas ne justifiait pas cette soudaine faiblesse. Ma conjointe, si jeune encore, s’en amusa en me dévisageant pour se rassurer. « Tout va bien. Ça fait deux jours que je pionce. Si je ne vais pas bien après ça, ça n’ira plus jamais. » J’embrassai sa main et, au terme de quelques éclaircissements à propos de l’échange de téléphone et du pervers qui la matait, je me levai pour une douche. Je n’étais pas fâché après Lyla. J’étais seulement contrarié par la situation, par cette journée merdique qui me handicapa et qui me déroba en partie mes privilèges sur le corps de ma femme. Je m’en pris à elle parce qu’elle était ma victime consentante. « Oh, je n’ai pas l’intention de le laisser continuer son petit manège indéfiniment. Mets ton cœur à l’aise. Si j’avais su que je couperais une autre main, j’aurais gardé celle de Ruben en souvenir… » plaisantais-je avant de m’engouffrer dans la salle. J’en ressortis en pleine forme. Elle le souligna et je la remerciai d’un sourire, jouant avec ses orteils. Elle me pardonnait toutes mes colères et toutes mes injustices. Elle s’employait même à me rassurer sans se soucier que ça soit nécessaire ou non. J’en profitais allègrement, me rassasiant de son amour et de ses baisers délicats. Un rien de sa part boutait en moi le feu du désir, qu’importe, mon état de santé ou de fatigue. Elle me suffisait et l’inverse était, pour le moment, vérifiable au quotidien. Mais, combien de temps ça durerait-il encore ? J’aimais l’isoler pour qu’elle papillonne exclusivement autour de moi, sauf qu’elle aurait bientôt besoin de plus. Sa grossesse n’était pas éternelle. Plus elle s’arrondissait, plus je me demandais quand elle réclamerait autre chose pour elle que vivre avec moi, bosser avec moi, prendre soin de moi…moi… toujours moi. C’était une altruiste qui s’épanouissait en tendant la main à son prochain. Un jour viendrait où, émue par la maternité et la fragilité de son bébé, elle souhaiterait chevaucher un cheval de bataille pour rendre justice à la veuve et à l’orphelin. Sans doute serait-il bon pour nous deux, que je m’investisse à rendre la vie de mes semblables plus agréables moi aussi. Était-ce le message du hasard quand il m’envoya ces deux politiciens au programme électoral totalement opposé ?

L’un prônait plus d’égalité. L’autre visait le pouvoir. D’instinct, le second me ralliait à sa cause, car il me ressemblait : généreux et intéressé, sincère et malhonnête. Il respirait le paradoxe. C’était un requin dans une mare, mais qu’avait-il à m’apporter ? Et Lyla, de quel côté de la balance penchait son intuition ? J’étais curieux de l’apprendre et j’amenai naturellement le sujet sur le tapis, partageant avec elle le fruit de mes recherches. « Tu peux t’habiller comme tu veux. Il vient avec sa femme. Quoique non, essaie de ne pas être trop jolie. Je sais que ça va être compliqué, tu es magnifique, tout le temps et quoi que tu mettes, mais sa femme n’est pas une reine de beauté, si tu vois ce que je veux dire. Faudrait pas qu’elle nous fasse un complexe. En fait, je crois que ouais. Le mieux, c’est la burqa, là, on sera sûre qu’elle se sentira à l’aise. » l’asticotais-je par amour du jeu. Fidèle à sa promesse, elle croqua mon avant-bras à pleines dents. J’en éclatai de rire. Puis, je la tirai contre moi, son dos contre mon torse, allongé de tout notre long dans notre fauteuil « Big Size », mes paumes vagabondant sur son ventre. Le bébé se manifestait souvent. C’était une sensation étrange que de le sentir bouger sous ses mes doigts, mais c’était tout aussi agréable que surprenant. « Ouais ! Tu peux organiser ce dîner, oui. Et puis, tu verras ton frère comme ça, ça ne peut pas vous faire de mal. » Ça faisait une éternité qu’il n’était pas passé nous rendre visite. « Est-ce que je peux te poser une question ? Elle va te sembler étrange, mais… » m’enquis-je en farfouillant la base de données de Netflix en quête d’un bon film à regarder en tête à tête. « En toute franchise, si on m’enlève de l’équation, tu miserais pour lequel des deux ? Jefferson ou Knight ? Je te demande parce que, je n’aurai pas le temps de me pencher tout seul sur ce projet. Le retour d’Achille complique sérieusement la donne. J’ai de plus en plus de trucs à faire. J’ai déjà du mal à gérer le cabaret et ton avis compte pour moi. Je me dis que tu pourrais donc le garder, le cabaret je veux dire, en faire ton affaire à toi. Je te laisserais plus de responsabilités et puis, quand le petit sera né et que tu te sentiras prête à reprendre une vie active, on réfléchira à se répartir tout ce qu’il y a sur le feu de façon à trouver ce qui te botterait, indépendamment de moi, mais pour nous. » C’était une discussion sans doute un peu prématurée, mais après mes innombrables crises de jalousie, n’était-il pas grand temps que je lui témoigne ouvertement de ma confiance en elle ?

Évidemment, j’avais bien quelques secrets pour elle, mais je n’en étais que le porteur. Il ne me revenait pas de lever le voile sur le passé de Javier loin d’être entièrement révolu. Il raccrochait peu à peu avant qu’il soit informé du drame qui frappa sa plus jeune fille. Ce vil collectif, il ruina sa vie et son destin. Je ne jugeais pas le silence de mon épouse, ni ses frères, indirectement concernés puisqu’à l’origine de cette basse vengeance. Néanmoins, fervent défenseur de la vérité envers le chef de famille – règle première de Cosa Nostra – je ne partageais pas cette décision prise il y a un paquet d'années. Dissimuler à un père une telle épreuve, c’était nourrir sa culpabilité d’être impuissant face aux échecs de son enfant. Me taire, bien que ça m’arrangeait, c’était une façon pour moi de réparer les torts causés par la femme que j’aimais de tout mon être. Je me moquais bien d’avoir sauté dans le wagon en marche. J’étais investi de la mission de la protéger des autres et, quelquefois, d’elle-même. Plus selle s’épuisait au cabaret, plus je regrettais cette proposition, pavée d'excellentes intentions, mais qu’elle ne gérait pas toujours en se respectant. Elle bataillait sur plusieurs fronts : notre couple, la maison de ma sœur et mes affaires. La retrouver le teint blême et au bord de l’évanouissement m’obligea à revoir mes positions, sollicitant sa raison. Je remportai cette manche sans trop de difficultés et je respirai plus librement en l’accompagnant dans mon bureau. C’était une bonne chose à bien des niveaux. Elle ne m’en voudrait pas de l’abandonner en lieu sûr et surtout de m’occuper seul de l’entretien avec son père qui m’attendait de pied ferme. Je ne pouvais pas rester près d’elle. J’en mourrais d’envie, mais ce n’était pas correct. Je lui promis alors que je ferais au plus vite.

« Ça me déchire le cœur, tu sais. J’aurais adoré rentrer tout de suite avec toi, mais si je reporte à demain, on ne se verra quasiment pas et je n’ai pas envie que tu restes toute seule une journée entière. Alors, repose-toi. Quand je viendrai te chercher, tu ne remarqueras même pas que je me suis absenté. » Je déposai un baiser sur son front et, sur ces bonnes paroles, étant donné qu’elle ne discuta pas vraiment. Elle n’en avait pas la force. « Et, je sais tout ce que tu fais pour moi. Jamais je ne penserai que tu es une lâcheuse, parce que je ne sais pas ce que je ferais sans toi. Repose-toi maintenant. » Elle avait déjà les paupières closes. Je m’en allai honorer mes promesses envers ma belle-famille le cœur inquiet, mais soulagé qu’elle s’accorde un peu de temps. En route, tandis que je me débattais avec une secrétaire médicale pour m’entretenir avec Clay, le médecin et ami de Lyla, afin qu’il lui cède un rendez-vous dans les meilleurs délais. Demain, de préférence. Si j’avais su que je me retrouverais à l’hôpital, après que ma maigre contribution à l’empire de mon père s’envole en fumée, piégeant la femme de ma vie dans mon bureau où je l’avais moi-même enfermée, je ne me serais pas donné tant de mal. Le seul avantage, c’était que j’étais rassuré. Notre bébé se portait bien malgré l’incendie et sa course folle dans les couloirs pour s’enfuir avant d’être dévoré par les flammes. C’était cependant peu de chose à côté de la rage qui m’habitait. Lyla avait tort : je n’étais pas là. Elle avait besoin de moi, mais je suis parti pour vaquer à des occupations qui n’auraient jamais dû être mes priorités. Jamais. Ma culpabilité me piquait à vif. Tôt ou tard, elle me rongerait. En attendant, je demeurai au côté de Lyla toute la nuit, comme elle le fit pour moi.

Les conséquences de cet incident furent presque trop prévisibles. Je « cloîtrai » mon épouse à l’appartement. Je travaillais de plus en plus souvent à la maison, sauf le soir où j’exécutai Joseph pour son incompétence. Je le brûlerai sur un bûcher, car j’étais accompagné de Gabriele et qu’il parvint à me convaincre de le punir par où il avait pêché. Avant aujourd'hui, je n’avais jamais remarqué que mon frère débordait de créativité malsaine, certainement parce que nous n’avions pas évolué avec le même entourage. Je me demandais par ailleurs de quelle manière ils appréhenderaient son adultère et sa désertion du foyer familial. Ce n’était pas toléré au sein de Cosa Nostra. Je ne m’en mêlai pas directement, du moins, pas en tant que futur parrain. Jezabel lui était droite. Je la gardai à l’œil pour m’assurer que je n’aurais pas à agir contre mon cadet. Nous finîmes par nous rapprocher et passer plus de temps ensemble elle et moi. Sa jeunesse et son éducation étaient un atout considérable. Elle aurait préféré crever plutôt que de nous nuire. Sa crainte perpétuelle de Rafael, son souci de ne jamais devenir source de problème pour Manuel, cette loyauté apprise dans la rue y était sans doute pour beaucoup, mais son comportement exemplaire maintenait la position de son mari. L’ironie, c’était qu’elle était en permanence en train de remettre en question son statut ou son rôle, s’imaginant qu’elle n’était pas à la hauteur. Moi, je trouvais qu’elle s’adaptait bien. Elle s’en donnait les moyens en plus. Lyla était, en général, de bon conseil. Elle était d’un grand soutien pour ma sœur – quand elle ne se montait pas la tête l’une l’autre à la manivelle contre Mani et moi - si bien que je fus ravi de les croiser toutes les deux sur le palier. Elles avaient l’air d’aller bien. La Cinzia portait bien la grossesse, bien que ça me faisait toujours un peu bizarre de la voir dans cet état. J’avais peine à croire que c’était la même fille qui, quelques mois auparavant, prétendait qu’elle avait une carrière à mener. Elle avait l’air heureuse. Je l’étais pour elle. Tout rentrerait bientôt dans l’ordre, pour tout le monde. Jezabel, sans le vouloir vraiment, contribuait à ce que je lâche du lest envers Lyla. Elle n’était pas moins compétente dans ses domaines de prédilection. Mani, aussi archaïque pouvait-il être parfois, tirait profit des talents de sa femme. J’étais à la traîne, pas autant que Gabriele cependant. À ma décharge, la situation ne s’y prêtait pas. Tant que je n’arriverais pas à mettre la main sur le pyromane qui incendia mon affaire, mon épouse ne se montrerait pas en ville, ce qui ne l’empêchait pas d’être au courant de tous les potins. J’en étais friand. C’était mon côté gonzesse non assumé.

J’étais pressé de pousser la porte pour entendre les rumeurs qui circulaient chez mes parents ou dans le Bronx, nouveau fief de la Cinzia qui avait le chic pour tout apprendre. Elle inspirait confiance. « Tu es sérieuse ? Tu vas nous la traumatiser. » Je reposai le morceau de plastique qui attira mon regard à cause de sa couleur après l’avoir attentivement observé. Je n’avais toujours pas saisi quel était son but et Dieu seul sait – et ma femme – que je suis loin d’être un ignare en matière de sexualité. Il était d’un vert fluorescent. il aurait pu concurrencé un bar à putes. Il ne lui manquait plus que des lampes LED clignotantes. « Pauvre gamine. Gaby ne sait pas sa chance qu’elle fasse tant d’efforts pour lui. Et le pire, c’est que c’est pour rivaliser avec une pute. Aucune fille aussi jolie ne devrait être comparée à ce genre de putain. Parfois, je ne le comprends pas. » À force de lui prendre des doigts tous les sex-toys pour en vérifier l’intérêt, je ralentissais ma conjointe dans son rangement. « Celui là, je le garde. Il m’inspire. Je n’ai toujours pas compris comment on s’en sert, mais j’ai une prof à la maison visiblement. Je n’en ai une de ces putains de chance.» Attrapant sa main délicatement, je l’embrassai un rien trop passionnant.  Elle avait des choses à dire et moi à faire : mauvais timing. Ce ne serait que partie remise. « Tu as l’air de t’être bien amusée. C’est cool. » éludais-je le sous-entendu à peine voilé. Joseph avait disparu. Mon épouse l’avait appris d’anciens collègues qui arrivaient après les guerres. « De toi à moi, ils n’ont rien à m’apprendre. Je savais que c’était criminel, ou tu ne serais pas coincée ici. Tant que je ne saurai pas ce qui se passe, c’est le plus sûre. Quant à Joseph, il est trop lâche pour avoir osé un coup pareil. Peut-être même trop con pour l’avoir fait sans attire les soupçons sur lui. Qu’il ait disparu, ce n’est pas une surprise pour moi. » Alléché par l’odeur d’une sauce tomate qui mijotait sur le feu, je me dirigeai vers la cuisine, mais Lyla m’arrêta d’un regard sombre ou interrogatif. J’hésitai entre deux causes :  la menace que je représentais pour Joseph ou ma manie de goûter tous ses plats avant de manger, ce qui lui gâchait la majorité de ses surprises culinaires. « OK ! Je la dépose. Je crève la dalle, c’est tout. À moins que ça ne soit pas ça le problème. » Non ! Elle me reprochait simplement le sous-entendu au détriment d’une réponse franche qu’elle aurait largement préférée. « Très bien. Oui, je sais où il est et non, il n’est pas encore mort, mais ça ne saurait tarder. Pour le moment, il m’amuse encore. J’applique la sélection naturelle à la Gambino. C’est un incompétent. C’est dommage. Il ne bave pas, mais on ne peut pas lui faire confiance et je déteste les gens en qui on ne peut pas avoir confiance. »

Appuyée contre le chambranle de la porte, son visage se tira et je l’invitai à s’approcher en lui tendant la main. « Je me doute de ce que tu penses, mais ne te laisse pas abuser parce que tu l’apprécies. Le message était clair. Toutes personnes, travaillant pour moi, sont garantes de ta sécurité. Un pompier, c’est fait pour sauver des vies et éteindre des feux ? Tu es d’accord ? Sauf que lui, il a fui comme un rat. J’ai pris énormément de patience avec lui, parce que tu me l’as demandé. Je l’ai tiré de ses emmerdes, j’ai dépensé de l’argent pour pas qu’il crève, je lui ai offert un job pour qu’il me rembourse sa dette, parce qu’il me l’a demandé, pour le laver de toute reconnaissance. En faisant ça, je me suis fermé des portes. Il se prétendait ton ami, mais qu’est-ce qu’il a fait pour te venir en aide ? Il a été parmi les premiers sorti de l’immeuble et tu n’étais pas avec lui alors qu’il te savait enceinte et qu’il a normalement les bons réflexes, ceux qui t’auraient peut-être permis de ne pas passer près de deux jours à l’hôpital. » Ses deux mains prisonnières des miennes, je ne la quittai pas des yeux, qu’elle ne baisse pas les siens. Je l’aurais vécu comme un désaveu. « Et comment il nous remercie ? Il t’aurait laissé crever pour sauver sa peau. Je n’ose pas imaginer ce qui aurait pu arriver si Tony n’avait pas été fidèle au poste. Tu sais que c’est le risque quand on me déçoit. Il ne s’est pas montré à la hauteur, il faut tirer la chasse c’est aussi simple que ça. On peut passer à autre chose maintenant ? Comme, par exemple, ce que t’ont dit exactement tes collègues ? Sur les circonstances ? Au cas où il y a un truc qui m’aurait échappé ? Ils ne t’ont pas donné une copie de leur rapport par hasard ?" Toute cette merde me laissait perplexe. J’avais des tas d’ennemis, mais ils étaient trop organisés pour rater leur cible. Si c’était un avertissement, j’aurais déjà reçu un message. Quelque chose ne collait pas dans cette histoire, mais quoi ?


***


« Vous êtes sûr que vous voulez agir cette nuit ? » demandais-je à un Javer résolu à mettre sa vengeance sanglante à exécution. Des têtes étaient déjà tombées, les moins gradés à l’époque de l’agression dans la hiérarchie de ce gang aujourd’hui disloqué. Reconstruire la pyramide n’avait pas été une mince affaire d’ailleurs. De longues années s’étaient écoulées, mais brûler les pieds des bons contacts, nous permirent d’avancer. « Certain ! Mais, tu n’es pas obligé de m’accompagner. Ce n’est pas ton combat, Luciano. Et tu as une famille. Je comprendrais que tu ne veuilles pas prendre de risques, plus que ceux que tu encoures déjà au quotidien. » Ils étaient faibles, pas assez lourds pour m’empêcher de réponde à l’appel de la violence. Ce qui me freinait, ce n’était ni la forme ni le fond, mais le moment. Lyla approchait du terme. Ça devenait compliqué pour elle. Elle avait du mal à lacer ses chaussures seules. Ses pieds gonflaient si elle marchait trop. « Non, c’est juste le timing. Mon épouse a besoin de moi. J’avais promis que je resterais avec elle, parce qu’elle a le moral dans les talons. Elle se sent diminuée et l’accouchement approche. Elle ne dort plus. Ça l’inquiète beaucoup. » Comme toute femme qui s’apprête à vivre cette expérience nouvelle et terrifiante. « Je présume qu’elle comprendrait si je pouvais lui expliquais ce qui se tramait. » « Il en est hors de question. » « Je ne cherche pas à discuter, Javier. Je comprends et je suis d’accord. Je n’aime pas lui mentir, c’est tout. » « Ça aussi, c’est tout en ton honneur. » Il m’adressa un sourire rempli de reconnaissance et je le lui retournai, bien que le mien soit chargé de respect. « Donc, comment voulez-vous procéder ? » Il entama ses explications, mais mon portable sonna dans le fond de ma poche. Au vu des circonstances, je jetai un œil au cadran de mon téléphone : Jandro. Un message. Ma sœur était à l’hôpital. Elle avait été renversée. Elle venait d’être embarquée, inconsciente. « Ça ne va pas mon garçon ? » s’inquiéta mon interlocuteur alarmé par mon teint pâlissant. « C’est Cinzia. » Je lui racontai en quelques mots et, si je perdis mon calme, il conserva le sien pour me conseiller et me libérer. « J’attends depuis dix ans, j’attendrai bien quelques soirs de plus. » Il me dispensa d’une étreinte et je l’abandonnai, les mains tremblant assez pour que j’invite Da Vinci à prendre le volant. « Comment est-ce que je vais annoncer ça à Lyla ? » « Si j’étais toi, Don, je le lui dirais une fois arrivé à l’hôpital. Inutile de l’alarmer avant ; Tu sais comme elle aime la Maruzella. Le choc pourrait avoir des répercussions que tu n’es pas vraiment prêt à assumer pour le moment. » Il n’avait pas tout à fait tort et, fort de cet avertissement, je rentrai en hélant d’une voix timbrée mon épouse.

Elle émergea de la chambre légèrement hagarde et alarmée par mon comportement général. Tout ce que j’avais prévu d’éviter. « Ça va, tout va bien. J'ai juste eu un message de Jandor pour me prévenir que Cinzia était à l’hôpital. Je n’en sais pas plus. Je n’ai pas eu de détails, mais je suppose que ce n’est pas grave ou Mani m’aurait prévenu. » lui expliquais-je en enfilant une tenue plus confortable, l’idée que mon meilleur ami soit trop occupé pour me contacter en personne ne me traversant pas l’esprit. Il me plaisait à croire que c’était grave dans les faits, mais qu’elle s’en sortirait indemne, comme Lyla après l’incendie. Je n’en démordrais donc pas. Ma conjointe ne m’accompagnerait pas. « Viens voir… » Je lui désignai la fenêtre. « Tu vois de l’agitation devant chez mes parents ? Non ! Parce que personne ne les a prévenus, ce qui signifie que je ne me trompe pas et que c’est un accident banal qui ne donne pas lieu à ce que tout le monde se mette en branle pour soutenir qui que ce soit. Elle comprendra que tu sois restée ici dans ton état. Je te tiendrai au courant de toute façon et elle t’appellera elle-même, j’en suis sûr. Alors, fais-moi plaisir, ne discute pas et prends soin de toi, ici, parce que tu n’as pas besoin d’arpenter des couloirs toute une journée. » Elle ne l’entendait pas de cette oreille cependant. Elle me suivait dans tout l’appartement tandis que je rassemblais mes affaires, semée çà et là aux quatre coins de notre nid douillet. « Ce n’est pas possible d’être têtue comme ça. Si je te dis que tout va bien, c’est que tout va bien. » En étais-je seulement certain ? Le texto de Jandro était claire pourtant. Avais-je fait exprès, inconsciemment, d’ignorer le passage où il m’invitait à me dépêcher ? Sans doute. Or, l’appel de Manuel me dissuada du contraire. Je ne pris pas la peine de répondre, absorbé par mon argumentaire destiné à convaincre cette tête de mule de ne pas s’agiter, mais je lui adressai un message bref, bien qu’explicite. J’arrivais. Le temps de faire le trajet. « C’est bon ! Tu as gagné, mais dépêche-toi, je t’attends dans la voiture. » Elle saisit que quelque chose n’allait pas dès qu’elle grimpa à l’intérieur. J’avais eu mon beau-frère au téléphone. J’étais assommé, littéralement.

 





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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageSam 22 Oct - 22:17

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le mari marrant




Alors qu'au début de ma relation avec Luciano, je ne me sentais pas capable de laisser ma famille derrière moi, je me rendais compte à présent que je ne les voyais plus beaucoup, ou du moins, plus beaucoup d'entre eux. Je veillais à téléphoner régulièrement à mon père dont j'étais très proche et parce que si je ne le faisais pas, il s'en chargeait en personne pour me faire la morale bien que je pouvais entendre l'inquiétude transpirer de son savon. Je contactais Muñez tous les jours parce qu'il était mon double et que je ne pouvais envisager une journée sans un petit mot de sa part. Mes messages à mes autres frères étaient plus épars et moins constants mais je gardais contact avec mes belles-sœurs. Quant à Livy et Santi, c'était toujours compliqué, ils avaient des vies particulières qui rendaient les contacts plus compliqués qu'avec le reste de la famille mais je veillais sur eux comme je le pouvais. Quant à ma mère, je rompis tout contact avec elle après sa dernière scène lors de la répétition de mon mariage, je ne voulais plus en entendre parler, je ne voulais plus qu'elle se permette de donner son opinion sur mes choix de vie ou les gens que j'aimais, je l'aurais mal vécu. Je pouvais déjà entendre ce qui sortirait de ses lèvres si elle savait que j'étais enceinte aussi vite après le mariage, ce qui était forcément suspect. Néanmoins, j'étais heureuse que Luciano se soit parfaitement intégré à mon univers, sans porter le moindre jugement sur aucun d'eux, les prenant comme ils étaient, ça ne faisait que renforcer cette idée qu'il était le bon, Et pourtant, il y en avait des choses à dire sur ma famille. J'appréciais d'autant plus les efforts qu'il faisait pour être agréable avec Santiago. Avec des frères dans la MS, je savais pertinemment ce que l'on racontait sur la communauté homosexuelle et je savais ce que les hommes comme mon mari se figuraient mais malgré tout, il ne lui avait jamais manqué de respect et ne l'avait jamais traité comme un paria. Cela tenait probablement au fait que malgré son excentricité, Santi ne basculait jamais dans l'excessivité. Il avait gardé cette attitude ultra virile et un peu macho prise dans le quartier qui nous avait vu grandir et s'imprégnant de l'exemple que représentaient nos frères. Il ne cessait de répéter qu'il ne voulait pas être le cliché de la grosse fiotte de service et peut-être que de cette façon, il avait l'impression de faire moins de mal à notre père. Tout ça devait probablement jouer dans l'estime que Lucky pouvait nourrir pour lui mais ça remplissait mon cœur de joie. Si j'étais fâchée avec ma mère, il restait des membres de ma famille qui m'étaient indispensables et j'avais besoin que l'homme de ma vie les apprécie au moins un peu.



« Il travaille sur une nouvelle exposition et il dessine pour une collection de vêtements aussi, il manque de temps pour venir jusqu'ici mais il sera content qu'on partage un repas, moins quand il devra payer la note parce que je vais manger pour dix ! » Le petit Gambino qui grandissait en moi s'agitait chaque fois que son père entrait en contact avec lui et posait sa paume sur mon ventre, c'était pire quand il lui parlait, comme s'il entendait les battements de mon cœur s'accélérer comme chaque fois que Lucky était à proximité. « Oui, bien sûr ! » l'encourageai-je alors que je jouais avec mon fils, appuyant mon doigt contre mon ventre pour le faire réagir. Je ne m'attendais pas à ça et je l'écoutai attentivement, cessant mon petit jeu pour me focaliser sur ce qu'il laissait échapper. J'étais surprise mais heureuse de la preuve de confiance qu'il me faisait et je pris le temps de réfléchir pour ne pas tout gâcher. « Moi, je soutiendrais Jefferson. Il va apporter du changement, un changement bénéfique pour beaucoup de gens, il inspire confiance, ce sera plus facile pour se permettre plus de choses, parce qu'il a l'air bien sous tous rapports. Si on trouve un moyen de pression, ce sera gagné. Knight, je ne le sens pas. Il cherche à faire le plus de profit possible et peu importe qui s'associe à lui, va savoir ce qu'il pourrait causer comme emmerdes s'il considère que votre partenariat ne lui plaît plus ?! Mais je n'y connais rien, tu ne devrais peut-être pas te baser sur ce que je te dis ! » Oui, parce que s'il y avait du grabuge par la suite, je ne voulais pas qu'il me tienne pour responsable et que cet avis soit la source de nombreux conflits. « C'est vrai ? Tu me ferais une place dans tes affaires ? » Je me décalai légèrement pour tenter de croiser son regard et juger de son sérieux. « Putain t'es sérieux ! Je t'aime tellement ! T'as pas idée comme c'est important pour moi que tu aies confiance en moi, je ferai tout ce que je peux pour ne pas te décevoir ! J'adore travailler pour toi, j'ai l'impression de t'aider à mon échelle et j'adore travailler avec toi aussi. » J'avais un soudain regain d'énergie, je pouvais remercier l'enthousiasme. « Bon, laisse tomber le film, t'as dormi pendant deux jours, c'est le moment de vérifier si t'es bien reposé ! Ne t'en fais pas, je ne te demanderai pas de me porter ! » Il poussa un soupir de soulagement surjoué qui lui valut une petite claque derrière la tête qui nous fit rire, nous nous chamaillâmes comme deux gosses, je le mordis une nouvelle fois après qu'il ait fait claquer l'élastique de mon soutif contre mon dos. Nous éclatâmes de rire comme des idiots jusqu'à ce que le jeu devienne moins innocent. C'était une façon comme une autre de m'assurer qu'il me désirait toujours malgré les changements liés à ma grossesse. J'aurais mal vécu qu'il se tienne à distance à cause de ça.




***




Après le temps de l’innocence et de la légèreté vint celui de la gravité. L’incident du cabaret lui donna un bon coup de boule en plein visage et je pouvais sentir toute sa nervosité émaner de lui à la simple idée que je doive m’éloigner de notre appartement et du domaine Gambino. Même avec toute la volonté du monde, je ne pouvais lui tenir rigueur de son attitude, je savais qu’il avait eu peur de me perdre et je portais notre enfant, il y avait de quoi se rendre malade. A vrai dire, je ne m’attardais pas vraiment sur tous ces événements parce qu’il avait tendance à me mettre dans tous mes états. J’avais failli y rester et sans l’obstination de Tony, Dieu seul savait où je me trouverais à présent. Quelqu’un semblait veiller sur moi, j’avais échappé à tellement de catastrophes mais je n’étais pas assez stupide pour penser que ce serait toujours comme ça et je ne souhaitais pas tenter le diable, de toute façon, j’étais beaucoup trop épuisée pour ça. Néanmoins, je ne l’étais jamais trop pour profiter de la présence de mes belles sœurs et amies auprès de moi. J’eus un peu moins l’impression d’être enfermée dans ma tour d’ivoire, même si ça avait de bons côtés, Lucky passait davantage de temps à mes côtés et j’avais tout le loisir de le réquisitionner pour des massages, pour m’aider à enfiler mon pantalon, des chaussettes ou bien même pour faire mes lacets. « Mais non, j’y suis allée mollo, je lui ai refilé les tuyaux de base et crois-moi, rien que ça, il fallait voir sa tête. Sans parler des travaux pratiques, là, c’était encore plus compliqué ! Ce qui explique la débauche de moyens, fallait qu’elle essaie sur divers gabarits, comme elle n’a pas su choisir celui qui se rapprochait le plus. En fait, elle a rougi jusqu’à la racine des cheveux et a bégayé jusqu’à ce que je lui en donne un. Ça ne doit pas être facile pour elle, tout ça ! » J’étais heureuse de ne pas être à sa place, de ne pas avoir été victime de la patriarchie qui tenait lieu de loi universelle dans nos communautés. Mon père m’avait fait échapper à ça, il aimait bien trop ses filles pour accepter qu’elles soient victimes de ce en quoi il ne croyait pas vraiment lui-même, il choisissait seulement ce qui lui convenait et abandonnait le reste. Il se présentait cependant comme un amoureux de la tradition mais comme tout à chacun, il avait ses limites. « Ah ouais, tu la trouves jolie ? Ca va, je ne te gêne pas ?! Si tu l’apprécies tant que ça t’as qu’à l’épouser ! » répliquai-je, jalouse alors que je lui prenais mes outils des mains avec un peu de brusquerie. Je trouvais Jezabel magnifique et je pouvais comprendre que les autres également mais ce compliment gratuit de sa part me mettait la rage, juste par principe. Il se saisit de ma main et me fit fondre d’un baiser, même si ma jalousie refusait de se taire pour le moment, ça reviendrait sur la table, ça, il pouvait en être sûr !



J’avais des choses plus urgentes à discuter et le fait qu’il élude ma question et fasse semblant de rien m’agaça, je le scrutai pendre une cuillère et goûter ma préparation, cet air innocent affiché sur ses traits et j’eus une folle envie de le cogner avec ma cuillère en bois pour lui faire payer. Mais qu’est-ce qui était mieux ? Lui poser des questions qui ne trouvaient pas de réponses ou savoir ? Savoir qu’il était en sale posture et condamné me brisa le cœur et je ne pus le lui cacher, je repris mes préparations, morose mais il me fit signe d’approcher et j’abandonnai tout, essayant de me dire que s’il faisait tout ça, il avait forcément ses raisons, cela ne pouvait être la conséquence de sa possessivité qui parlait à la place de la raison. Pourquoi tuer un type insignifiant sinon ? Je l’écoutai attentivement, me rendant compte qu’il avait raison, j’avais une fois de plus été victime de ma bonté. Je soupirai, pressant ses mains en guise de réponse et acquiesçant sans le quitter des yeux. Il avait souvent tort et je n’hésitais pas à le lui faire savoir, parfois en hurlant, parfois en jetant des choses et d’autres en lui disant tout simplement mais si je voulais être correcte, je devais bien lui reconnaître ses moments de lucidité et ils étaient nombreux quand il était question de moi et de mon incapacité à me rendre compte quand les autres se servaient de moi sans retour sur investissement. « Tu as raison ! Je n’avais pas vu les choses comme ça mais on a fait tout ce qu’on pouvait pour lui, on a donné beaucoup, autant toi que moi et je dois me rendre à l’évidence, une fois de plus, j’ai fait tout ce que je pouvais pour quelqu’un qui se fichait de moi et de mon sort. Je me sens juste terriblement con de t’avoir mis dans une position pareille, je suis désolée. » Je l’avais contraint à partager mes amitiés et à prendre position dans un conflit qui aurait pu dégénérer, on était jamais à l’abri d’un truc pareil, tout ça pour un ami de pacotille qui n’avait jamais hésité à dénigrer mon mari ou même le couple que nous formions, pensant savoir ce qui nous animait sans comprendre qu’il y avait avant tout beaucoup d’amour et de respect. « Un clodo qui était dans le quartier a dit avoir vu une vieille américaine noire dont des types seraient sortis, ils auraient fermé les portes et jeté des cocktails molotov mais ils ne savent pas quel crédit donner à ce type, il est plein mort du matin au soir. Mais je ne vois pas qui oserait s’en prendre directement à toi ! A moins de vouloir déclencher une guerre. Assieds-toi, querido, je vais t’amener ton assiette ! » Je lui caressai le visage et l’invitai à s’installer tandis que je remplissais deux assiettes dont une que je déposai devant lui et que j’avais rempli comme à chaque fois, je voulais m’assurer qu’il ne manquerait de rien et qu’il aurait assez de forces pour affronter ses responsabilités. « Comment ça se passe avec le retour de ton frère ? Tu ne m’en parles jamais ! Ton père a décidé de lui donner quelle place ? Et toi, tu le vis comment ? Parce que si l’idée saugrenue te venait à l’esprit que peut-être, tu ne méritais pas vraiment la place qui est la tienne, par le plus grand des hasards, hein… Je te répondrais que tu l’as méritée, que tu as bossé dur et que si d’autres n’ont pas été à la hauteur, ce n’est pas de ta faute ! Tu fais du bon boulot, je suppose que si ton père est aussi dur avec toi c’est parce qu’il le sait et qu’il a conscience que tu peux faire encore mieux. Il a confiance en toi ! » Je lui offris un large sourire, il était mon héros, quoi qu’il en dise et quoi qu’il en pense, je croyais en lui suffisamment pour compenser quand il était moins confiant et plus perplexe. « Je suis allée nettoyer ses armes avec lui l’autre soir, tu sais, quand tu es parti bosser et je crois qu’il a essayé de me faire passer un message subliminal, enfin plusieurs. D’abord celui-là, à propos de toi et de ton travail et puis un autre concernant Gaby. Il ne sait rien pour les escapades de ton frère avec la putain mais je crois qu’il est déçu que ton frère ne soit pas installé ici, avec tout le monde et surtout, qu’il ne vienne pas pour demander la place qui lui revient parmi vous. Peut-être que tu devrais discuter avec Gabriele, il a l’air aussi têtu qu’une mule mais vous êtes proches et… Enfin je suis peut-être à côté de la plaque, je surinterprète sans doute, pourquoi ton père me dirait un truc pareil à moi ?! » Je ricanai, comme si c’était le truc le plus délirant du monde et enfonçai ma fourchette dans mes pâtes.




***



Je m’étais réveillée avec une drôle de sensation aux tripes, celle qu’une catastrophe était imminente. J’inondais mon mari de messages pour m’assurer qu’il ne lui arriverait rien, qu’il ne m’abandonnerait pas aujourd’hui, enceinte jusqu’aux dents et cet enfant pour seul souvenir de lui. Je lui interdisais parce que j’irais le chercher où il serait pour le faire revenir, peu importait ce qu’il m’en coûterait. Je ne pouvais imaginer qu’il était arrivé quelque chose à ma meilleure amie, pas avec l’armada de gardes du corps qui lui collait au cul en permanence et l’instinct protecteur de Mani qui n’avait rien à envier à celui de l’homme de ma maison. Lorsque j’entendis la porte, il me fallut de longues minutes pour réussir à rouler hors du lit mais je l’entendais s’agiter, ce qui n’était pas vraiment pour m’apaiser. J’étais épuisée, je ne dormais plus et j’avais l’impression que tout était insurmontable. Je mis de côté mes tracas de femme enceinte quand je croisai son regard affolé. Son visage n’exprimait rien mais ses yeux… Putain ses yeux ! « Qu’est-ce qui se passe, Luciano ?! » Encore un coup d’éclat d’Achille ? Si ce con avait mis mon mari dans cet état, je comptais aller lui arracher les yeux moi-même et le finir à coups de pelle après l’avoir étouffé de tout mon poids ! Je m’approchai pour tenter de réconforter mon époux mais il s’agitait et se déplaçait beaucoup trop vite pour moi. « Cinzia est à l’hôpital ? Le bébé ? Oh mon Dieu ! » Il n’en savait pas plus mais j’avais besoin d’un complément d’informations, pourquoi n’avait-il pensé à en demander plus ? « Je vais aller me changer et on va y aller, ok ?! » J’allais me traîner jusqu’à la chambre, marchant comme une handicapée mais il me fit venir près de la fenêtre pour que je constate que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. « Ouais, c’est ça et je vais attendre que tu trouves le temps de m’appeler pour me tenir au courant ? » répliquai-je en le suivant sans le lâcher, sachant que je l’aurais à l’usure. « C’est de ma meilleure amie qu’il s’agit, si elle est à l’hôpital, je dois y aller et tu ne t’es pas dit que si Mani n’avait pas appelé lui-même, c’était parce que c’était grave ?! Je prends soin de moi tout le temps ! Elle a besoin de moi, Lucky ! » plaidai-je alors qu’il entrait dans notre chambre, j’en profitai pour sortir une robe et me défaire de mes frusques pour l’enfiler et passer une paire de baskets. En guise de veste, je passai une chemise à lui, sentant ma première contraction de la journée. C’était normal aussi proche du terme mais ce n’était pas plus agréable pour autant. Je n’en fis pas cas et ne dis rien à ce propos. « Si tout va bien, on va aller vérifier ensemble ! » Je passai par la salle de bain pour me coiffer et j’émergeai, descendant difficilement les marches de notre petit immeuble avant d’ouvrir la portière de la voiture et d’être happée par une bouffée d’inquiétude. « Qu’est-ce qu’il y a ? Bébé ? » Je posai ma main sur son avant-bras et il fit silence, je ne le lâchai pas jusqu’à ce qu’il me donne toutes les infos qu’il savait et que je la boucle, moi aussi, assommée. Les contractions étaient de plus en plus rapprochées, le choc de la nouvelle avait probablement été le déclencheur mais je me dis que ça passerait, comme toujours. De toute façon, mon sac était dans le coffre, juste au cas où, nous l’avions laissé là pour gagner du temps le jour J et ce n’était pas aujourd’hui. « Ils vont avoir besoin de nous, on ne doit pas les abandonner ! Mani aura sûrement besoin que tu sois là, les mois à venir vont être durs. J’espère seulement que Cinzia ira bien ! » Je restais forte, sachant que je trouverais le moyen de m’effondrer une fois que tout aurait l’air plus réel. J’étais diminuée par mon état, je me déplaçais à grand mal mais j’avançais d’un bon pas dans les couloirs de l’hôpital, mon cœur affolé au point que j’avais l’impression que j’étais sur le point de le vomir et quand je trouvais tout le monde dans la salle d’attente, je ne fus pas plus calme pour autant. Je m’approchai de Mani et le prit dans mes bras, prenant les dernières nouvelles. Elle était en salle d’opération, le bébé n’était plus. Je me gardai de pleurer face à lui mais je m’installai dans un coin pour laisser libre cours à ma tristesse.



De mon poste d’observation, je pouvais voir tout le monde et analyser la situation, en essayant de prendre le recul nécessaire pour ne pas me laisser aveugler par ce que je ressentais et ça m’aidait à oublier que j’avais horriblement mal. Le visage de Manuel dépeignait une souffrance muette et une peine dont il ferait une force mais Cinzia n’avait pas besoin qu’il gaspille son énergie inutilement pour le moment. Je me levai pour lui en toucher deux mots et tenter de le convaincre de ne pas s’éparpiller tandis que mon état ne s’arrangeait pas. A peine levée, je perdis les eaux.  Pourquoi maintenant ? POURQUOI ? J’avais encore du temps avant le terme et je voulais être là pour Cinzia, je voulais lui parler et la rassurer, je voulais les aider. « Euh, Lyla, soit tu as fait dans ton froc, soit tu as perdu les eaux ! » souligna Jandro alors que mon frère courait récupérer Luciano qui était à la machine à café. « Non mais ça va, je peux tenir, je veux attendre que Cinzia soit sortie du bloc, pour savoir comment ça va ! » Mais on ne me donna pas le choix, je fus installée dans un fauteuil et je pointai le mari de ma meilleure amie de mon index pour lui rappeler qu’il devait se tenir tranquille alors que le mien avait l’air dépassé par les événements. « Mi corazon, tout va bien se passer ! Faut pas t’en faire ! » Il y eut les heures d’attente et puis les heures de travail, il ne me lâcha pas la main mais il était pâle comme un linge, ce qui me fit rire jusqu’à ce que j’ai trop mal pour penser à autre chose. Notre fils vit le jour au prix d’efforts surhumains et ininterrompus, j’eus une pensée pour ma meilleure amie et ce neveu que j’avais perdu plus tôt. La vie était injuste mais je l’oubliai en serrant le petit dans mes bras. « Comment s’appelle ce petit bout ? » me demanda l’infirmière, prête à remplir les papiers. Je jetai un œil à Lucky, nous n’avions pas vraiment arrêté notre choix sur l’un d’entre eux, je finis par conclure. « On a qu’à l’appeler comme ton père, ça lui fera plaisir et je n’aurais pas à galérer avec deux Luciano à la maison ! Un, ça suffit ! » Je trouvais encore la force de blaguer alors que j’étais morte de fatigue mais je n’étais pas au bout de mes peines. Mon retour chez nous fut difficile. J’avais du mal à prendre le rythme et mon inquiétude pour ma meilleure amie n’arrangeait rien. Je piquais constamment du nez et j’avais l’impression d’être débordée, j’aurais adoré avoir ma mère près de moi mais je refusai de l’appeler. Je voulais me débrouiller toute seule. Mais quand Lucky rentra à l’heure habituelle, j’avais du vomi partout et je sentais le fennec, le repas n’était pas prêt et j’avais tout juste réussi à endormir le petit, je caressais l’espoir de prendre une douche mais sa question me fit entrer dans une colère noire. Ce qu’on mangeait ? J’avais l’air de m’en préoccuper ?! Oui, je savais que ça faisait plusieurs jours que ça durait, oui, j’avais bien conscience qu’il fallait que je me débrouille mais me comparer à sa mère n’était pas le bon plan. « Où t’as vu que j’avais que ça à penser ? Tu crois que je fais quoi toute la journée, ici ? Que je me glande ? J’ai même pas le temps de dormir, même pas le temps de prendre une putain de douche ! C’est quand ta dernière douche, hein ? Ton dernier moment tranquille ? Ta dernière nuit complète ? Parce que moi je m’en souviens pas ! Alors au lieu de te plaindre, tu pourrais commencer par remplir et vider le lave-vaisselle, mettre le linge de la machine dans le sèche-linge ou préparer le repas ! Excuse-moi de ne pas être aussi bien que ta mère ! » Je m’enfermai dans la salle de bain pour prendre ma douche malgré les premiers sanglots de mon fils, il avait un père aussi, il n’avait qu’à gérer la situation puisqu’il était plein de bons conseils.


 





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MessageLun 31 Oct - 23:55

 



Proprio cosi' buffo sono io

ft la patience incarnée



Je suis homophobe par éducation et par nature, mais pas par définition ou je n’aurais décemment toléré Santi. C’était un bon gars, un artiste, un type excentrique plus malin que ces congénères, cons dégénérés. Selon moi, un homme est conçu pour prendre soin des femmes et ça donnait lieu à cet étrange paradoxe concernant le petit frère de mon épouse. Je me méfiais des grandes folles qui se baladent sur des chars avec une capote géante sur la tête et qui se comporte comme des gonzesses. Même la plus virile des pédales récoltait mon antipathie habituellement. À côté de ça, mon rôle aux côtés de Lyla était de ne pas la blesser autrement qu’à travers des futilités. Sa famille n’en était pas une pour elle. Juger Santi, ignorer son existence ou le mépriser, ce serait faire à ma conjointe un mal de chien et je refusais de devenir celui qui la meurtrirait, ternissant au passage de notre histoire. Elle était belle, bien plus que je ne l’imaginai quand j’acceptai mes sentiments à mon égard. Dans mon esprit, un enfoiré de mon espèce ne méritait pas tant de bonheur et de patience. Tolérer et reconnaître les qualités de son cadet, c’était honorer celle de sa grande soeur, une façon de la remercier de cet amour dont elle m’inondait chaque jour, sans mesure t sans retenue. Je lui soufflai donc à l’oreille de se rendre à cette exposition avec la Maruzella pour couvrir l’événement. Son blog marchait du tonnerre grâce à Jez. Si elles pouvaient offrir de la notoriété au plus jeune des Canjura, j’en serais ravi, plus encore alors qu’elle me gratifiait d’un baiser rempli de gratitude, électrifiant. Mani, j’en ferais mon affaire. Il aimait profondément la Cinzia et nous souffrions d'un mal identique. Ils nous étaient pénibles de leur refuser quoi que ce soit. Adore à ce point, ça devrait interdit. J’étais prêt à céder à tous les caprices de mon épouse, même ceux qu’elle n’exprimait. J’avais confiance en elle. Son avis m’importait et je recueillis ses impressions sur les candidats qui m’occupaient l’esprit avec une attention toute particulière. Je me demandais par ailleurs si j’avais vraiment le temps et l’envie de me prendre la tête avec des soucis d’ordre politique. « C’est justement ce qui me pose problème avec Knight » Et ce qui me plaisait en partie. « C’est qu’il est prêt à tout. Si ce n’est pas moi, ce sera un autre, une autre organisation. » De préférence une qui nourrira une haine sans précédent en faveur de Cosa Nostra. Il se vengerait ainsi de mon manque d’intérêt. « Je n’ai pas envie que ça tourne en bataille rangée. Quand j’aurai tout ce qu’il me faut, j’en toucherai un mot à mon père, voir ce qu’il préfère, c’est toujours lui le patron finalement. » admis-je avec une pointe de soulagement et un soupçon d’appréhension.

Les discussions avec mon père sont toujours une sorte d’épreuve initiatique. Il parle en rébus, ajoute du mystère à ses conseils. Tout est bon pour tester notre valeur et notre ruse. Il me donnait parfois l’impression d’être un maître Yoda en beaucoup moins clément. Je l’admirais et le respectais comme un fils, mais je le craignais comme un subordonné. Il me faisait froid dans le dos. L’aide de ma femme pour y voir plus clair ne serait pas de refus. Mani et moi n’avions pas abandonné nos projets pour elle et sa meilleure amie. Leur état nous avait simplement retardés. L’agence de Call-girl était actuellement dirigée par Carolia alors que Lyla se chargeait du cabaret. C’était plus pratique pour moi. J’étais en mesure de garder un œil sur elle et de vivre sa grossesse avec elle, du moins beaucoup plus que lorsqu’elle attendait sagement mon retour à la maison. Quand le moment serait venu de lui rendre un peu de son indépendance, j’en souffrirais. Néanmoins, pétri de bonne volonté et du désir de bien faire, je lui confiai mon envie de déléguer un maximum de mes affaires annexes à Cosa Nostra à son profit. J’avançais à tâtons, car ma tête hurlait que c’était le mieux pour nous deux tandis que mon cœur s’écriait d’un grand « non. Non, malheureux, tu vas finir par la perdre. Vous vous égarerez dans vos emplois du temps et vos conversations ressembleront à des réunions de travail. Fini la belle époque où elle t’écoutait comme une amie, elle ne sera plus ta partenaire de vie, mais ton associée. » Le plus frustrant, c’était qu’il y avait du vrai dans ses avertissements. Ma proposition était risquée, mais ce sourire, cette joie incommensurable en valaient diablement la peine. De plus, qu’elle se sous-estime m’arrangeait bien. Je craignais moins les répercussions. Elles arriveraient tôt ou tard, mais ça me laisserait le temps de voir venir et d’anticiper. « Je suis soulagé, je t’avoue. Je n’ai pas installé encore.» plaisantais-je amusé par son avidité. Chaque coup était aussi grisant qu’une caresse, ses baisers, une invitation à la luxure et ce ventre rond, un stimulateur à ma créativité.

Que Cinzia frappe à la porte de mon épouse pour écoler Jez et sa petite révolution n’avait rien d’étonnant. Lyla était une geisha ou une Shiva à mille bras. Notre vie sexuelle ne souffrait d’aucun tabou et ça se vérifia au fil du temps. J’eus cependant une pensée affectueuse pour la plus jeune de mes belles-sœurs. Elle remettait en question tous ses principes. Peut-être même qu’après ces travaux pratiques, en se regardant dans le miroir, elle aurait honte d’elle, jugeant ses actes avec mépris par rapport à ce qu’elle se refusait d’être : une femme accomplie assumant ses besoins, ses pulsions et ses choix. Elle rêvait d’être celle qui détromperait les diktats sociétaux, pas d’y prendre part en se planquant derrière les pancartes et les calicots des féministes incohérentes qui clament leur liberté, qui la réclament, mais qui fondent devant un type viril capable de les faire taire. J’espérais de tout cœur que mon petit frère se montre à la hauteur de ses efforts, où elle ne se relèverait jamais. La pauvre gamine. Elle avait pourtant tout ce qu’il fallait pour plaire aux hommes. Jez, c’est un diamant brut à tailler comme bon nous semble. Je m’apprêtais à ajouter ces considérations aux précédentes, sans arrière-pensée et sous la forme du constat, mais je m’abstins. Lyla était jalouse, démesurément, inutilement, et j’adorais ça. « L’épouser ? Je suis arrivé trop tard. » la taquinais-je pour ne récolter en retour qu’un coup de cuillère en bois. « Et, elle aussi, j’ai tout ce qu’il me faut et plus encore depuis que je n’arrive plus à te regarder droit dans les yeux. » Je la ramenai contre mon torse et je pressai ses fesses rebondies grâce à la grossesse. Sa volupté me manquerait quand elle aurait accouché.

« Sérieusement, je la trouve jolie comme tu trouves Andrea canon. Ce n’est pas bien méchant… du moins, pour moi. » Je plongeai mon regard au fond du sien, l’air plus suspicieux que je ne l’étais réellement. Je renversais la vapeur afin d’éviter une dispute sans queue ni tête qui ne nous apporterait rien, pas même une réconciliation à faire trembler les murs de l’appartement. N’avions-nous pas assez à faire avec le cas de Josef ? Il avait disparu, parce que je l’avais décidé. Elle l’avait appris et je redoutais qu’elle dénie mes actes au profit d’une amitié non réciproque. Le cas échéant, elle baisserait de quelques échelons dans mon estime. Elle se montra néanmoins raisonnable et c’était le mieux pour nous deux. « Oh, faut pas être désolé pour moi. Ce n’est pas délicat du tout, je dirais même que ça m’amuse beaucoup. » J’affichai un sourire carnassier qui ne la surprit pas vraiment. « C’est moi qui suis désolé que tu sois déçue, même si je t’avais prévenue. » Il n’y avait rien de plus agaçant que ce genre d’affirmation, mais je jugeai utile d’enfoncer le clou. Elle prétextait trop souvent de ma jalousie maladive pour jeter le discrédit sur ma méfiance naturelle et justifiée, qui, de surcroît, s’avérait juste. Certes, je ne croyais pas en l’amitié entre un homme et une femme. Néanmoins, Josef avait dans le regard de la roublardise. Il fallait au moins ça pour s’acoquiner avec une fille comme Daya. On faisait difficilement plus ingrat et condescendant, sauf peut-être Victoria, mais son statut de sœur la préservait de toute colère, vengeance ou malédiction. Tout ce que j’envisageais pour les enfoirés trop lâches à mon goût qui balancèrent un cocktail Molotov dans la vitrine de mon gagne-pain officiel.

« C’est aussi ce que j’ai entendu dire et je t’avoue que j’aurais préféré que ça soit plus interne comme attentat. Là, je n’ai aucune idée de qui a pu trouver assez de culot pour faire un truc pareil. En attendant, ce serait bien que tu quittes le domaine le moins souvent possible pour le moment. Je sais que ce n’est pas drôle, mais je ne sais pas qui était visé de nous deux, alors… » Son père était plus vindicatif et belliqueux que jamais. Ces victimes, sentant le vent tourné, auraient tout aussi bien pu tenir pour cible une de ses filles en guise d’avertissement. Le moment venu, je lui en toucherais un mot. Sur l’heure, ce n’était pas utile de l’inquiéter pour les siens. Elle avait davantage besoin de repos, quoiqu’elle ne l’entende pas de cette oreille. Tandis que je récupérais d’entre ses mains les assiettes et les plats, elle me jeta un regard qui en disait long sur cet excès de prévenance. Elle était enceinte, pas malade ou handicapée, juste enceinte, du moins était-ce qu’elle répétait inlassablement quand je la privais du plaisir de s’occuper de moi. M’asseoir éviterait une discussion stérile dont nous n’avions pas envie.

« Oh, ça va ! J’ai un peu de mal à cerner mon père, mais ce n’est pas nouveau. » lui répliquais-je en saisissant mes couverts. « Il le traite en paria. Il l’ignore du matin au soir et Achille le vit mal. Du coup, il s’en prend directement à Gaby qui perd doucement patience. Il va finir par lui en coller un et je n’arrive pas les raisonner. Achille veut le casino. Mon père ne sait pas à qui lâcher les rênes. Du coup, en compensation, Chill essaie de récupérer la tête de la famille, mais là encore, ça créée des conflits, parce que mon père s’y oppose fermement et tenant pour argument qu’il ne suffit pas de demander pardon à Manuel, il faut l’obtenir. Ce qui n’arrivera jamais. Tout le monde sait. En conclusion, je patauge complètement dans la semoule, je ne sais plus quoi faire pour rester à l’écart des emmerdes. » Je jouai avec quelques pâtes à l’aide de ma fourchette. « Et tu veux que je te dise ? Je sais bien que je mérite ma place et que je ne ferais pas un mauvais Don. Le truc, c’est que ma vie d’avant me manque. Je ne suis pas un gratte-papier qui se contente de distribuer les ordres à un type en dessous de lui qui relaierait à un autre encore plus bas et ainsi de suite. Je suis un gars de terrain. J’ai besoin d’adrénaline pour me sentir vivant. Pour le moment, je ne sers à rien, à part apprendre, écouter et jouer les figurants pendant mon père m’apprend un truc qui ne me plaît même pas. Et je ne peux pas revenir en arrière. C’est impossible. C’est interdit. Alors, du coup, j’essaie de négocier les rôles, sous prétexte de moderniser un peu. Il me dit que je peux faire ce que je veux quand il jugera que ce sera le bon moment, mais tu sais combien il prend toujours tout son temps… » soupirais-je, l’appétit coupé désormais. Ces histoires familiales étaient tout, sauf une sinécure. Cumulé à la nécessité des uns de tout savoir sur la vie des autres, elle m’épuisait, malgré tout l’amour que je ressentais pour eux. Impossible, pour moi, d’envisager que l’adultère de Gabriele n’était pas au courant.

« Oh, si, il sait. Crois-moi bien. La seule raison pour laquelle il n’intervient pas, c’est parce que Jezabel ne s’en plaint pas. Elle ne parle pas de divorce. Elle se tient à carreau. Elle ne vient pas ici s’en plaindre et personne n’a rien à redire sur qui elle voit ou qui elle fréquente, encore moins ces derniers temps puisqu’elle passe quasiment tout son temps ici. Et, c’est pour ça qu’il t’en a parlé. Parce qu’il espère que tu pourras faire quelque chose à ton échelle. Je m’explique. Réponds à ces deux questions : qui est ta meilleure amie ? Que représente-t-elle pour ton frère et pour Jez ? » Je lui octroyai quelques minutes de réflexion et je m’écriai « Bingo » lorsqu’elle saisit . « Il espère que tu vas le répéter. C’est tout. Et tu peux le faire, sauf que tu ne pourras rien faire pour aider Gaby. Personne ne peut rien faire. Ce n’est pas le mariage le problème, c’est qu’il soit ici, à New York, et qu’on le traite comme Achille, alors qu’il est bien plus fiable que lui. Moi, je sais que mon père prépare un beau terrain de jeu pour lui, mais je n’ai le droit de ne rien dire alors que putain, ça me démange parfois. Je suis persuadé qu’il ferait moins de la merde s’il savait que non, il n’est pas le vilain petit canard. Je lui ai déjà dit mille fois, tu sais. Jez m’a dit qu’elle lui avait chanté dans toutes les langues. Il est obstiné, têtu, blessé et… » Bègue, ce qui représentait un handicap majeur pour lui. « Pas tout à fait comme les autres. » Ce secret appartenait au concerné. Je n’avais pas à le révéler au risque de modifier le regard que ma femme poserait sur lui. Il ne me pardonnerait jamais. « Je ne sais plus quoi faire avec lui. Et, d’après ce que je sais de Mani, Cinzia ne parle plus beaucoup à Gaby ces derniers temps. Elle lui en veut à cause de Jez. » pestais-je en réalisant soudainement que nous pédalions dans la semoule. « Putain, je viens de me déprimer là. Quelle putain de merde… » Je ne croyais pas si bien dire.

Nous cumulions les problèmes toutes familles confondues. J’eus tout le loisir de m’en rendre compte si tôt arrivé à l’hôpital où tous les proches de Manuel – du moins ceux qui furent avertis – se pressaient dans le couloir pour le soutenir. Il était anéanti et je manquais de mots. L’idée que ma sœur soit sur le billard me terrifiait. Nous avions partagé tant de bons moments elle et moi. Je l’avais vu grandir et se construire. Un monde sans elle me paraissait improbable. D’instinct, j’entourai un bras autour de ma fiancée, la serrant tout contre moi. J’étais resté silencieux tout au long du trajet et, sur place, je ne répondais que par des hochements de tête. « Tu as bien fait d’insister pour venir, Principessa. Ouais, tu as bien fait d’insister. » Sa présence agissait sur moi comme un vecteur de force, un antidépresseur. Optimiste, elle répandait l’espoir et je tentai de la transmettre à l’époux anéanti. « C’est une battante. Elle va s’en tirer. En attendant, tous mes moyens sont à ta disposition. Absolument tous. Je vais envoyer des hommes renforcer les tiens pour ratisser la ville entière. Je suis là, mon frère. » conclus-je d’une main posée sur son épaule pour lui manifester mon soutien. J’étais disposé à demeurer à l’hôpital aussi longtemps que nécessaire, avec lui, pour l’aider de mon mieux à surmonter cette épreuve. C’était cependant sans compte sur l’effet qu’aurait sur nous cette terrible nouvelle : son enfant n’y survivrait pas. Je m’effondrai, d’abord d’effroi, puis, sous le joug de la panique alors que ce drame déclencha le travail de ma dulcinée. J’allais être père le jour où mon frère perdait son bébé et que sa femme luttait contre la faucheuse. Cette ironie me laissait un arrière-goût amer sur la langue. Serais-je capable d’être pleinement heureux pour mon couple ? Vraisemblablement.

Après avoir manqué de tourner de l’œil au moins trois fois à imaginer ce qui se jouait derrière le drap et d’impuissance face à la souffrance de mon épouse, cette petite menotte qui serra mon pouce entre ses minuscules doigts potelés eurent raison de mon cœur. L’espèce de longues minutes bénies des dieux, j’oubliai le malheur qui frappait les miens. J’étais papa désormais. Avant, je caressais l’idée. Là, je l’étreignais à deux ras et je me sentais conquis, entier, comblé. « Monsieur ? Il faut le rendre à sa maman. Ce petit bonhomme doit manger. » me réprimanda gentiment une sage-femme touchée par mon émotion. J’obtempérai sans broncher, dévorant du regard ma conjointe et notre enfant posé sur son sein. « Je t’aime, Lyla » soufflais-je alors tout contre ses lèvres après un baiser chaste et tendre. Bien sûr, la réalité nous rattrapa tous les deux. Je passais régulièrement à l’hôpital et, au réveil de ma sœur, mon épouse prit le relais malgré le désir farouche de la Cinzia de s’isoler. Moi, je m’y présentais surtout pour m’assurer que Manuel n’avait besoin de rien. C’était ça, la famille, ne forcer personne, mais être là, qu’importe les circonstances, pour panser les blessures jusqu’à ce qu’elles cicatrisent.

Le plus difficile, lorsqu’un nourrisson se greffe à notre quotidien, ce ne sont pas les nuits beaucoup trop courtes ni même l’absence de vie sexuelle. Non, ce qui complique l’existence des jeunes parents, c’est qu’il est parfois mal aisé, pour le papa, de trouver sa place au sein de son foyer. Ma femme n’était pas exclusivement concentrée sur Ettore. Elle faisait de son mieux pour ne pas me négliger, mais notre petit garçon réclamait beaucoup d’attention suite à des problèmes de digestion jugés peu inquiétants d’après le pédiatre. Peu inquiétant. Je lui en foutrais moi ! Qui se tracassait de mon couple dans tout ça ? Qui se préoccupait de mes pulsions qui n’étaient plus qu’un terrain en friche ? Qui ? Comme si la situation n’était pas assez ingérable entre Mani qui décimait le Bronx, la pression de Javier, de mon père et d’Achille qui attend avec impatience que je commette impair pour exiger et retrouver son rôle à la droite de notre paternel – j’étais au bord de la rupture nerveuse. Le studio de porno ne parvenait plus à me détendre. Je voyais sans regarder le ballet de ses corps s’épancher dans la vulgarité sans soulever le moindre émoi en mon sein. Celle dont j’avais besoin, c’était ma femme qui, visiblement, n’était pas beaucoup plus sereine que moi. Un soir où je rentrai un soupçon plus tôt, elle me sauta à la gorge pour une banalité presque rituelle entre nous. Chaque jour, depuis que nous vivions ensemble, je l’interrogeais toujours de la même manière : « que mange-t-on ? » et jamais elle ne réagit avec autant de véhémence. Elle attisa ma frustration comme un feu dans l’âtre qu’on remuerait avec un bâton.

« Ah parce que c’est de ma faute si tu n’as pas le temps de t’occuper de toi ? C’est quoi cette attitude à la con. Tu as ma mère à côté si tu eux souffler. Elle ne demanderait pas mieux, un peu comme moi d’ailleurs. Mais, non, faudrait surtout pas qu’on remette en question ton intégrité de maman. Tu ne réalises pas que c’est toi qui te fous dans cette situation toute seule. Je ne peux pas me lever la nuit, car c’est toi qui allaites. Il chouine, je peux à peine le prendre dans mes bras. Je ne peux pas le consoler ni le changer non plus. De quoi tu as peur ? Que je le casse ? C’est mon fils, pas seulement le tien. Tu ne me vois même plus et je ne peux pas essayer de me dire que c’est normal puisque tu as l’air d’avoir décidé qu’il serait le seul à compter pour toi et qu’il n’y a que toi qui pourrais tisser quelque chose avec lui. Alors, tes petits commentaires hypocrites, tu peux te les carres où je pense, on est d’accord ? » m’écriais-je au point de couvrir les pleurs de notre enfant qu’elle tenait fermement contre elle, me devançant quand j’esquissai un mouvement vers le parc. « Tu vois ? Là, c’est le plus bel exemple. » Vexé comme un pou, je me jetai sur le frigo de la cuisine pour vérifier qu’elle avait tiré assez de lait pour la soirée. « Tu veux respirer ? Parfait ! Moi, je voudrais passer du temps aec mon fils. MON FILS. Sans ton regard inquisiteur dans mon dos dès que je l’approche. Alors, tu vas me le donner, aller prendre un putain de douche et sortir voir ma sœur, Jez, Victoria. Qui tu veux, je m’en tape.» En partie, j’avais déjà adressé un message aux remplaçants de Tony et Dante. « Tant que tu t’aères parce que tu deviens insupportable et que tu commences franchement à me casser les couilles. Donne-le-moi maintenant. Maintenant. » Elle me fusillait du regard, mais elle obtempéra pour son fils qui sanglotait dans mes bras.

Bien sûr, la soirée avançant, je me sentis perdu devant ces responsabilités inédites. Il se calma au bout d’une demi-heure de caresses, de baisers et de berceuses. Stériliser les biberons exigea une étude minutieuse du mode d’emploi. Une dizaine de Pampers valsèrent à la poubelle avant que je comprenne le truc. Il urina dans mon visage. Vomis sur ma chemise. Mais, qu’à cela ne tienne, je m’interdis formellement de téléphoner à sa mère à l’aide au cours des deux prochaines heures. La troisième, en revanche, jugeant qu’elle abusait de ma bonté et de ma disponibilité, je me saisis tout de même de mon portable pour la rappeler à l’ordre, sauf que je tombai directement sur son répondeur. J’y abandonnai une vingtaine de messages, mais rien, pas la moindre nouvelle. Envahi d’un mauvais pressentiment, je contactai toutes les personnes chez qui elle était susceptible de s’être échouée. Personne ne l’avait vue. Victoria ne décrochait pas. J’en déduis qu’elles étaient ensemble et que l’une et l’autre se vengeaient des misères de leur mari. C’était probable, mais, en mon for intérieur, je savais que j’étais dans le faux. J’en tremblais de rage et d’inquiétude, mon bébé profondément endormi dans son berceau. J’étais tout bonnement en train de perdre pied et mon maigre espoir d’avoir été trop paranoïaque, tandis que mon téléphone vibrait sur la table basse, vola en éclats en distinguant à l’autre bout du fil les trémolos dans la voix de Salvo.

« Espèce de fils de pute. Quand je t’appelle, tu réponds. Quand tu es avec ma femme, ton téléphone est greffé à ta main. C’est clair ? Passe-là moi, petite merde » persiflais-je en sicilien. « Je ne peux pas. » « Comment ça, tu ne peux pas ? » « Elle n’est pas avec moi. Fulvio et moi, on a été agressés. Frappés à la tête par une bande de mecs habillés en noir. On vient de se réveiller et Lyla n’est plus là. Tout ce que j’ai, c’est son téléphone, Don. » Il se foutait de ma gueule. Le contraire était impossible. Il n’ignorait pas qu’il serait condamné séance tenante et sans procès. « Où êtes-vous ? » Il me révéla ses coordonnées exactes et, sur le qui-vive, j’étais prêt à partir, sur-le-champ, mais que faire de mon gamin ? La Maruzella n’était pas encore venue le voir. Frapper à la porte de mon père, c’était risquer d’être descendu en flèche pour mon incompétence – et je préférais ne pas songer au traitement qu’il me réserverait – et demander de l’aide à Gaby n’était pas envisageable. Il vivait mal mon affection pour Jezabel. Réclamer le soutien de ma belle-sœur, c’était lui attirer des emmerdes. J’habillai mon fils le plus précautionneusement possible, qu’il ne se réveille pas. Je grimpai en voiture – bataillant avec le siège autant pour le fixer – et je pris la route vers le Bronx pour confier mon enfant aux seules personnes qui garderaient le silence envers et contre tout jusqu’à ce que je comprenne qui et pourquoi on tenait mon épouse pour cible avec autant d’acharnement. Il ne faisait plus aucun doute qu’elle était dans le collimateur quand on incendia mon cabaret. J’avais dès lors ma petite idée du bout par lequel commencer mon enquête.

 





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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageMer 2 Nov - 22:01

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le mari marrant




Bien sûr que Jezabel était belle, c’était une beauté brute qui s’ignorait, ce qu’on faisait de mieux mais elle n’avait que dix-huit ans, il lui manquait tellement d’informations et de détails pour être à l’apogée de sa beauté mais je ne me faisais pas de soucis pour elle, elle finirait par trouver toute seule. Je ne me sentais pas menacée par elle, c’était une jeune femme correcte et ses sentiments démesurés pour Gabriele faisaient écho à ceux que je nourrissais pour Luciano. Cependant, je ne supportais pas qu’il puisse trouver une autre femme que moi à son goût. C’était ridicule, parce que c’était le propre de l’être humain, de regarder, de jauger et d’apprécier mais il avait la bouche trop pleine de compliments pour que ça ne titille pas ma jalousie. J’étais bien conscience qu’il ne se passerait jamais rien mais c’était plus fort que moi et je lui offris un joli coup de cuillère pour avoir osé en rajouter une couche. Il tenta bien d’inverser la tendance en me parlant de son frère, si j’avais voulu déclencher une dispute cataclysmique, j’aurais sans doute pu répliquer qu’à choisir, je préférais Gaby et de loin. Je nous préservai de ça, abandonnant la partie en me disant qu’il avait parfaitement compris où je voulais en venir et que tout ça était suffisant. J’étais rassurée et j’avais flatté son ego au passage, que demande le peuple ? Parler de Josef et de mes déceptions amicales ne fut pas aisé, encore moins sur fond de « je te l’avais bien dit » mais il n’était pas question de revenir là-dessus et de lui répéter ce que je n’avais de cesse de lui dire depuis que nous nous fréquentions. Je ne pouvais abandonner tous mes amis sous prétexte qu’il ne les aimait pas. Oui, je faisais sans doute fausse route avec bon nombre d’entre eux, oui, certains me blesseraient et seraient des déceptions mais qu’est-ce que ça pouvait faire ? Je ne les fréquentais pas au point qu’ils puissent nous menacer d’une façon ou d’une autre et j’estimais être en droit de faire des erreurs. J’étais allée de déconvenues en déceptions avec Josef et je le déplorais mais c’était ce qu’on récoltait avec les gens, on ne pouvait être perpétuellement satisfait. L’être humain était fondamentalement imparfait et je trouvais normal que certaines relations se dissolvent naturellement. Et d’autres moins. Je comprenais pourquoi Lucky tenait tant à le punir même si, de mon côté, je faisais porter le chapeau à l’instinct de survie. On a beau être pompier, quand notre vie est menacée, on cherche à la sauver par tous les moyens possibles. Je ne lui en parlai pas, il aurait pris ça pour un désaveu qui n’en était pas un. J’avais confiance en son jugement, je le trouvais simplement sévère dès que j’entrais en ligne de compte. Il m’aimait au moins autant que je ne l’aimais, si j’avais besoin d’une preuve, celle-ci en était une. Pour le commun des mortels, c’était probablement malsain mais pour moi, on ne faisait pas plus parlant.



Achille avait toujours été sympathique avec moi et grâce à Dieu, je n’avais pas eu le droit au même traitement que Jez ou même que Gaby, néanmoins, je ne comprenais ni son attitude, ni ses choix et je devais bien admettre que le fait qu’il se soit servi de Teresa pour faire du mal à ma meilleure amie me rendait malade. A mon sens, il était indigne d’avoir une place de choix au sein de la grosse machine Gambino, excuses ou pas, j’estimais qu’il méritait de rester dans l’ombre à jouer les sous-fifres en sachant ce qu’il avait dû abandonner parce qu’il était à loyauté variable. « Pour qui il se prend ? Il croit qu’il peut revenir sur ce que ton père décide ! Mais ça ne date pas d’hier, il croyait déjà qu’il pouvait outrepasser les décisions de ton père ! Il ne sait pas rester à sa place et sa place, ce n’est plus celle d’antan ! Tu l’occupes et tu le fais très bien ! Tu vas devoir le recadrer, Lucky ! Frère ou pas ! Lui montrer quelle est sa place et quelle est la tienne ! Tu es son supérieur, il n’a pas à te chier dans les bottes, surtout pas après ce qu’il s’est permis de faire ! Ta position t’oblige à prendre les emmerdes à bras le corps et à les gérer, je sais que ce n’est pas facile mais plus tu feras l’autruche et plus il va croire qu’il a le champ libre. Qu’il s’estime heureux de ne pas être exilé, parce que c’est tout ce qu’il mérite ! » Et s’il osait s’en prendre à ma famille, je m’arrangerais pour qu’il paie. D’une façon ou d’une autre, je trouverais le moyen de le faire payer. La position de mon époux m’était égal, ça ne changeait rien à l’admiration que je lui vouais, d’ailleurs, si j’avais pu, j’aurais sans doute embrassé le sol sur lequel il marchait un nombre incalculable de fois, mais il avait mérité de grimper dans la hiérarchie et si on osait remettre ça en question, on devait souffrir mille tourments. Sous-estimer Luciano était dangereux mais me mésestimer l’était encore plus. Une femme amoureuse était bien plus dangereuse que toutes les armes de la création. « Sois patient, je sais que ce n’est pas facile mais tu trouveras ton bonheur là-dedans et puis je crois que ce qui te manque surtout, ce sont nos bagarres dans les bars, avoue ! » Je ricanai, me saisissant de sa main pour la presser alors que mon pied effleurait sa jambe sous la table. « Face à une décision capitale, tu as pris une décision d’homme, chaton, avec tout ce que ça implique. Laisse-toi du temps et laisse-en à ton père, tu verras que tout rentrera dans l’ordre ! » J’espérais que pour une fois, Ettore Gambino passerait rapidement la deuxième pour que mon mari ne soit pas trop frustré. L’action, c’était le moteur des hommes comme lui et malheureusement, sa nouvelle position nous contraignait à limiter nos écarts pour ne pas entacher sa réputation.


« Quoi qu’il soit, il a besoin d’être rassuré ! Il s’est retrouvé envoyé loin de sa famille tellement jeune, ça doit poser question. Et puis, tout abonde dans le sens de sa théorie quand on y pense. Tu as vu le mariage qu’ils ont eu ? Personne ne sait qu’ils sont ensemble ou presque. Il revient ici, on lui refile un restaurant, il n’a que 23 ans, t’avoueras que ça doit pas être la grosse marrade pour un gars de son âge ! Tu pourrais peut-être le prendre avec toi, l’impliquer pour certains trucs, non ? En attendant que ce que ton père prépare pour lui soit terminé ?! » J’avais tellement de versions des faits et tellement de recul que j’estimais pouvoir me permettre de donner mon opinion, je n’imposais rien, je me contentais de lui ouvrir les portes de la réflexion. Il voyait suffisamment clair comme ça sans moi mais si je pouvais lui permettre de se détendre un peu et de prendre les choses avec plus de philosophie, j’en serais heureuse. « Allez chaton, ça va bien se passer, tu vas voir ! Qu’est-ce qui te ferait plaisir ?! Un massage ? Tu veux qu’on aille voir un film ? » Autrefois, je lui aurais proposé d’aller picoler comme des trous avant de fracasser des nez et des mâchoires pour terminer dans les chiottes d’un bar miteux à baiser comme des animaux. Tout ça ne pouvait plus arriver. « Et si on prenait une de tes voitures de sport et qu’on allait faire une balade ? Hm ? La jaune, c’est ma préférée !  Musique à fond, vitesse et on verra plus tard pour manger ! On rentre, je te fais couler un bain et je ne m’occupe que de toi ! Ca te plairait ?! » Je dus ajouter un petit discours sur combien la vitesse jouait sur mes hormones et mes idées pour qu’il se décide à sourire et à bouger. Pour maintenir le glamour, je tins à mettre mes chaussures moi-même et optai finalement pour des claquettes. Ouais, je regrettais ma souplesse d’antan, vraiment.



***



J’étais bien consciente que l’arrivée de notre fils bouleverserait notre vie mais pas à ce point-là. Malgré les propositions de ma belle-mère pour le garder et me permettre de me reposer un peu, je ne parvenais pas à me résoudre à le laisser à quelqu’un d’autre. Je passais tout mon temps avec lui et si j’essayais tant bien que mal de diviser mon temps équitablement entre lui et son père, c’était souvent difficile. Ce n’était rien en comparaison de toutes les tentatives de Luciano pour prendre soin du petit Ettore qui me paniquaient plus que de raison. J’avais une confiance aveugle en lui mais il s’approchait du joyau de ma vie et je craignais qu’il ne sache pas quoi faire, comment et quand. J’avais peur que le petit ait l’impression que je l’abandonnais, peur qu’il finisse par me détester ou bien qu’il préfère son père à moi. Cela prenait des proportions délirantes si bien que je ne pouvais m’empêcher de demeurer à proximité quand il s’en approchait, le cœur chargé d’appréhension. Nuit après nuit, je me levais pour récupérer le petit et le nourrir dans notre lit, essayant de perturber le moins possible le sommeil de son père. J’avais cessé de m’installer dans le salon après qu’il m’ait fait comprendre qu’il avait l’impression que je le fuyais alors que je tentais simplement de le préserver et de lui permettre de bien dormir. Je me sentais à bout de force et d’énergie, je savais qu’à ce rythme, j’irais droit dans le mur mais je me mettais une telle pression. Je refusais que qui que ce soit puisse remettre en question mes compétences de mère et surtout pas la mienne. J’adorais Girolama mais j’estimais que mon fils était trop petit pour se trouver sous sa responsabilité et que n’ayant pas d’emploi, je n’avais aucune excuse pour le lui laisser. Je ne voulais pas qu’on se dise que j’étais une mère indigne. Mon agressivité envers lui c’était un mélange de peur, d’appréhension et de frustration. Nous n’avions pas pu nous retrouver depuis mon retour de la maternité et j’avais peur qu’il ne soit pas intéressé par l’idée, de toute façon. La paternité avait parfois de drôles d’effets sur les hommes et je ne savais pas du tout comment gérer tout cet aspect là de mon couple, à vrai dire, je n’avais même pas pu me pencher vraiment sur la question pour la simple et bonne raison que je me demandais si c’était très sain de penser à ça. « C’est de ta faute si tu me poses des questions à la con, comme si tu pouvais pas le faire toi-même ! Je n’ai pas besoin de ta mère, j’ai besoin que tu m’aides, toi, pas ta mère ! » m’insurgeai-je alors que je me sentais mise en accusation injustement et que je montais sur mes grands chevaux parce qu’il haussait le ton. « Oui, bien sûr ! PARCE QUE TOUT NE TOURNE TOUJOURS QU’AUTOUR DE TOI, LUCIANO ! » J’avais pris sa remarque en plein cœur comme un tisonnier brûlant. Il me reprochait de le négliger et je m’en voulais terriblement, je n’avais pas voulu cet enfant pour le privilégier au détriment de l’homme que j’avais épousé. Bien au contraire ! J’aurais pu essayer de lui dire tout ça si je n’étais pas blessée et en colère. « Ca doit tellement te rassurer de te dire que tous les problèmes viennent de moi ! » repris-je en le toisant alors que j’étais prête à m’approcher de mon fils pour voir ce qui n’allait pas. Le lui donner ? Pour quoi faire ? Il était malade ! J’hésitai, lui jetant un regard glacial avant de me rendre compte qu’il m’offrait une porte de sortie. Je ne pouvais l’éloigner de notre fils parce que j’étais terrorisée, ce n’était pas juste. Au prix d’innombrables efforts, je lui tendis le petit. Je l’observai quelques minutes, histoire d’être sûre que ça irait. Ses gestes étaient mal assurés et il ne savait pas trop comment s’y prendre mais c’était de ma faute… « Les couches sont là. Tu dois utiliser les grands cotons et ce qu’il y a dans la bouteille pour le nettoyer. Le lait est dans le frigo, tu n’as qu’à le faire chauffer avec le chauffe biberon et les bavoirs sont dans le tiroir. Le numéro du pédiatre est sur le frigo. » ne pus-je m’empêcher de lui dire une fois que ma douche m’eut calmée et que j’y voyais plus clair. J’eus néanmoins du mal à grimper dans ma voiture et à quitter le domaine. Je m’arrêtai devant les grilles, attendant qu’il appelle à l’aide, en vain.


Je n’avais pas envie de voir qui que ce soit et j’aurais bien fait qu’un tour en voiture avant de rentrer, ce qui aurait été souffler malgré tout mais ma sœur me passa un coup de fils, elle sanglotait et je pris la route pour la rejoindre. Il semblait que son mari avait décidé de refaire des siennes. Elle me donna rendez-vous dans un bar fréquenté où je passai aussi inaperçue qu’elle avec ses grosses lunettes et son visage tuméfié. « Tu vas rentrer avec moi, ok ?! » « Non, s’il sait ça, il va me tuer ! Déjà, s’il sait que je t’ai appelée ! » « Je vais aller lui péter la gueule, c’est ça qui va se passer, on va voir ce qu’il va faire ! Tu rentres avec moi ! » Elle se remit à pleurer et je la consolai de mon mieux. Nous mangeâmes sur place avant de lever le camp, j’estimais que j’avais assez soufflé et qu’il était temps que je retrouve mon fils, il me manquait et j’avais pris le recul nécessaire pour présenter mes excuses à mon mari et tenter de recoller les morceaux. J’étais trop dure avec lui, je passais mon temps à le secouer et à le bousculer pour qu’il en fasse toujours plus, il n’était pas surhumain. « Arrête-toi là ! Désolée, j’ai encore oublié ton prénom ! Je vais prendre de quoi manger à Lucky, ok ! J’en ai pour dix ou quinze minutes, à tout péter ! » L’autre sortit pour m’ouvrir la portière et j’émergeai avec ma sœur, je n’eus pas vraiment le temps de comprendre ce qui m’arrivait qu’on m’agrippa fermement pour me traîner ou tenter de le faire. J’hurlai, je me débattis et je distribuai les coups jusqu’à ce qu’on me saisisse plus fermement et qu’on m’en colle une qui me sonna assez pour que je la boucle avant qu’on ne me jette dans un van. Ma sœur était là, je l’entendais les menacer. Elle n’était plus la femme battue que j’avais trouvée des heures plus tôt mais l’avocate implacable qui ne cessait de leur promettre une jolie apocalypse sur le coin de leur gueule quand on se rendrait compte de ce qui était arrivé. Je me réveillai, attachée à une chaise, fermement et avec un mal de tête horrible, presque aussi violent que celui de ma poitrine. Le jour était levé, à priori, j’avais été assommée une bonne partie de la nuit. J’eus une pensée pour mon fils et mon mari, j’espérais simplement que tout allait bien pour eux car Dieu seul savait si je sortirais d’ici indemne. « On va nous sortir de là, Vicky, t’as pas à t’en faire ! » « Ouais, comme les deux abrutis nous ont protégées ! Si on se fait violer, on pourra s’estimer heureuse ! » « S’ils avaient juste envie de se vider les couilles, ce serait déjà fait ! Soit on est une monnaie d’échange, soit on veut faire payer à quelqu’un, je ne sais pas encore ! » « Je savais que ton putain de mari finirait par t’attirer des emmerdes ! Et il est où maintenant, hein ? IL EST OU ? » « Si t’es là, tu peux être sûre que ce n’est pas à cause de lui mais d’un de nos frères, grosse maligne et je te conseille de surveiller ce que tu dis de lui ! Quand il viendra nous sortir de là, tu vas te sentir bien conne ! » Parce qu’il ne m’abandonnerait jamais. Je le savais ! Il irait au bout du monde pour venir me chercher, il avait juré devant Dieu qu’il prendrait soin de moi quoi qu’il lui en coûte et il tiendrait parole, parce que c’était ce qu’il était, un homme loyal et de parole, je priais seulement pour qu’il fasse ça vite.


Quand une poignée de types débarqua, impossible de nier l’évidence. Ils étaient tous latinos et tatoués, s’ils n’étaient pas de la MS, ils étaient de la dix-huitième, ce qui n’était pas vraiment une bonne nouvelle pour nous quand on savait le sort qu’ils réservèrent à notre cadette. « Qu’est-ce que tu regardes, puta ?! » « Le visage d’hommes morts ! » J’en pris une pour la peine et je ricanai. « Quand mon mari va vous trouver, il va vous décimer, tous, vous et vos familles et mêmes ceux qui ont pu vous parler un jour ! Il va tous vous tuer et j’aurais le plaisir d’assister au spectacle ! » Il leva la main pour l’abattre à nouveau mais un des gars le siffla et il se détourna de moi pour jeter un œil à ma carte d’identité dans mon portefeuille et entrer dans un grand débat avec ses acolytes. Un vent de panique soufflait sur eux, je pouvais le sentir. On n’était pas obligé de connaître personnellement la famille Gambino mais le nom était évocateur, on savait à quoi on allait se frotter et personne n’avait envie de contrarier de gros poissons, pas même eux. « T’es la fille de Javier Canjura ! » « Ouais, nous deux ! » affirmai-je en le regardant dans les yeux, ce qui me valut un autre coup qui fit naître de la protestation chez les autres. Si on m’abîmait, ce serait encore pire. Ils n’avaient pas idée ! « Votre fils de pute de père est en train de massacrer les nôtres, tu sais pourquoi ? » « Des types de la 18ème ont violé notre petite sœur, y a des années de ça, pour donner une leçon à nos frères. Quand il l’a appris, il est devenu fou ! » « Ces connards nous ont mis l’exécuteur sur le dos ! Putain ! » « L’exécuteur ? » J’eus le droit à un petit cours sur les activités secrètes de mon père, ce qui ne m’aida pas vraiment à positiver quant à l’issue de tout ça. Je comprenais mieux pourquoi il refusa de me mêler à sa petite vengeance mais e ne le prenais pas mieux pour autant. Des années qu’il me mentait, comme si j’étais trop fragile pour encaisser. Entre notre kidnapping et le moment où ils m’apportèrent mon tire lait pour que je puisse faire taire la douleur qui devenait insoutenable, cinq d’entre eux avaient été massacrés ce qui les rendit plus vindicatif et nerveux. Ma sœur en faisait malheureusement les frais. Ils avaient tenté de négocier avec Mani, de ce que j’avais saisi et donc avec mon époux mais s’était retrouvés dans une voie sans issue et ils le firent payer à Vicky, qui n’était la femme de personne. Je tentai bien de les empêcher de l’embarquer dans cette pièce où une dizaine de types attendaient mais je récoltai une raclée qui me fit oublier mon prénom et mes instincts de sauveuse. Je m’évanouis en entendant les injures proférées par ma sœur. Je me réveillai et la trouvai prostrée dans un coin, tremblante mais le regard que nous avions tous quand nous avions pris une décision. « Je ne veux plus jamais revoir aucun d’entre vous ! JAMAIS ! Sans vous, je n’aurais jamais atterri ici ! » Elle me repoussa, refusant que je la console et me maintenant à distance. C’était difficile à vivre, autant que l’éloignement avec mon jeune fils. J’avais mal partout et j’étais inquiète quant à l’issue de tout ça alors que je commençais à me demander si on nous retrouverait. Mes doutes devinrent des certitudes quand on abattit ma sœur parce qu’elle essaya de s’enfuir et qu’on se dit que lui trancher quelques doigts qu’on enverrait à mon père en prétendant que j’étais la prochaine serait la blague du siècle.


Je ne sus combien de temps je passai à pleurer, me demandant si je n’aurais pas pu empêcher ça. Je n’étais pas intervenue, non pas parce qu’elle avait décidé que je n’étais plus de sa famille mais parce que j’avais un bébé qui m’attendait et que je ne pouvais le priver d’une mère. Raisonner ma sœur relevait de l’impossible et elle fonça avec toute la force du désespoir. Elle ne méritait pas ça. Etais-je responsable de sa mort ? Autant que de sa déchéance ? Prostrée dans un coin, je ne sortis de ma transe qu’en entendant des coups de feu. J’eus le réflexe de me terrer dans un meuble qui se trouvait là, attendant que ça se calme et invisible à l’œil de types qui venaient sans doute faire pire et chez qui le nom de mon mari n’évoquerait rien. Ma vie ne tenait donc plus qu’à ça, à qui j’avais épousé… Sans ça, j’aurais sans doute terminé comme ma sœur. J’entendais des voix, on appela ma sœur et je reconnus les sanglots de mon père qui n’eut jamais plus l’air d’un étranger qu’à cet instant. Paralysée, il fallut que j’entende la voix de mon mari m’appeler une bonne dizaine de fois avant de réagir. Il était paniqué et trouver le corps sans vie de ma sœur n’avait pas dû aider. « Je suis là. » dis-je en poussant la porte du pied pour tenter de m’en extirper mais il le fit à ma place et me maintint sur mes pieds alors que j’étais trop tremblante pour le faire sans aide. « Ils ont tué Vicky… Elle essayait juste de partir, elle… » Mes mots moururent et je me blottis dans les bras de mon sauveur, enfouissant mon visage contre son torse pour ne plus rien voir de tout ça, peut-être que je parviendrais à me dire que ce n’était qu’un mauvais rêve. « Je leur avais dit que tu me retrouverais, je leur avais dit ! J’ai eu peur que tu m’aies oublié, ils m’ont laissé ici toute seule avec son corps, ils m’ont… Je veux rentrer ! »

 





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MessageMar 8 Nov - 21:23

 



Proprio cosi' buffo sono io

ft la patience incarnée



Je ne savais pas exactement ce qu’Achille attendait de mon papa ou de moi, mais Lyla avait raison. Il avait une trop grande estime de lui-même, assez haute que pour jouer avec sa vie. Mon père n’était pas réputé pour être un homme patient. Il l’était davantage lorsqu’il s’agissait de ses gamins. Il était dur, certes, mais il nous aimait de tout son cœur. Il y avait cependant des conditions pour nous garantir son affection et, parmi celles-là, ne pas le prendre pour un con, jamais, à moins d’être la Maruzella en personne, était le plus important. Parfois, je me demandais ce qui retenait Ettore de m’ordonner d’abattre son fils aîné. Il n’avait plus de considération pour lui. J’en déduisais que ses sentiments pour ses petits-enfants entraient en ligne de compte, en plus de ces paramètres dont je ne savais encore rien, mais qui, je l’espérais, traitait de Gabriele. S’il ne passait pas la vitesse supérieure le concernant, il nous exploserait entre les doigts. Depuis qu’il était en ville, sa constance et sa sagesse n’étaient plus que de lointains souvenirs. Il était temps que le patriarche agisse en sa faveur et au détriment d’un Achille qui tend à envisager la passivité de son père comme de la faiblesse. Je lui sifflerai bien à l’oreille de se méfier, comme un serpent, mais c’était risquer de le vexer et je n’avais pas besoin de me le mettre à dos pour le moment. La situation à la maison, la fin de grossesse approchant, n’était pas des plus faciles à gérer. Nous n’avions même plus d’exutoire à nos pulsions, pas tant que son ventre rond me posait problème, mais parce qu’elle était de plus en plus fatiguée et était de moins en moins mobile. J’apprenais donc la patience, bien que je demeure inquiet pour Gabriele et sa jeune épouse. Elle se démenait pour les sortir de leur misère sexuelle, c’était tout à son honneur, mais ça me désolait qu’elle prenne à charge toute la responsabilité de leur difficulté alors que leur cause majeure dépend exclusivement de Gabriele, de son état de fébrilité et de rage par rapport à son rôle au sein de Cosa Nostra.

« Évidemment. Ce mariage, ce n’était pas un mariage, mais un simulacre. Et ce doit être d’autant plus vexant pour Gabriele, c’est celui de Mani et Cinzia. Difficile d’imaginer que ça a été organisé par les mêmes personnes. À sa  place, je ne l’aurais pas bien pris non plus. Et, de toi à moi, un restaurant…. C’était du grand n’importe quoi. Il a aidé à gérer au casino. Il est bien meilleur qu’Achille n’aurait pu l’être. Il est jeune, c’est vrai, mais c’est loin d’être un con. Ce que je ne comprends pas, c’est que mon père le sait. » admis-je complètement largué et regrettant d’être trop lâche pour oser affronter mon père pour lui en toucher deux mots, ce qui était somme toute ridicule. Je savais que j’y viendrais tôt ou tard. Jezabel et ses sous-entendus laissaient planer peu de doutes. Gabriele était bel et bien mal dans sa peau. « Mais, n’en parlons plus. De toute façon, je ne pourrai pas changer les choses pour le moment alors. » Je haussai les épaules, attraper un morceau de pain que je trempai dans la sauce tomate et je récupérai dans un tiroir les clés de la voiture de collection stockée dans le garage du domaine. « Combien qu’on se fait arrêter par les flics pour rouler dans une beauté pareille ? » questionnais-je ma femme avant de démarré. Cette simple idée me plaisait. C’était triste à dire, mais cette période où nous provoquions des bagarres, source d’une bonne dose d’adrénaline, me manquait autant que le travail de terrain. « Ce n’est pas aussi fun que de casser du pilier de comptoir, mais ça fera l’affaire… »


***


L’aider ? Je n’attendais que ça. Je tentais de me montrer le plus disponible possible pour elle et pour le bébé, mais elle n’en faisait aucun cas. J’étais de trop. J’avais parfois l’impression qu’elle me voyait comme une menace pour cette relation si privilégiée qu’elle entretenait avec NOTRE enfant et dans laquelle elle ne me réservait aucune place. Elle disait essayer, mais c’était du flan. Elle se l’appropriait et si, durant un temps, je trouvai son comportement normal et justifié – elle l’avait porté pendant neuf mois, elle jouissait aujourd’hui de sa présence pour combler le vide que l’accouchement avait laissé en elle – je supportais de moins en moins son regard inquisiteur, son empressement à me le prendre d’entre mes bras et sa mauvaise foi. Elle osait prétendre que je n’étais qu’un fantôme, mais pour quelles raisons aurais-je fait l’effort de rentrer plus tôt puisque je dérangeais ? Je n’arrivais même plus à envisager que j’exagérais. C’était de plus en plus flagrant et le venin qu’elle me cracha au visage le pied à peine posé dans l’appartement le soir de notre dernière dispute ne fit que confirmer mon impression. Elle était à bout de souffle. Le message était clair, mais je la pensais assez injuste pour m’en défendre sans peser mes mots. « De ma faute ? Mais je n’arrête pas d’essayer de faire moi-même ce qu’il faut pour aider ma famille et construire quelque chose avec mon fils, mais tu ne me laisses pas d’espace pour ça. Non, tu préfères me faire des reproches sans queue ni tête, parce que ça te rassurer, mais la vérité n’est pas là et tu le sais bien. C’est toi qui te mets toute seule dans cette situation et il n’est pas question que tu me le fasses payer. S’il y a quelqu’un à blâmer ici, c’est toi. » lui jetais-je au visage plus comme un appel à l’aide que comme des reproches. Et qu’est-ce que je récoltai ? Rien ! Rien d’autre que de la frustration et une dispute.

« Mais, putain, arrête, si le monde tournait autour de moi, nous n’aurions pas cette conversation. Et je ne dis pas non plus que c’est de ta faute, je dis que tu récoltes uniquement ce que tu es en train de semer. » J’essayais en désespoir de cause, tenir avec elle une pareille discussion, tandis qu’elle était davantage dans l’émotivité que dans le rationnel, ce serait aussi efficace que de manifester dans la rue pour un traitement égal entre un homme et une femme à la même fonction, et ce, dans les six mois. Inutile, ni plus ni moins. Alors, je la chassai, pour son bien et celui de notre couple. Après cette escapade, à la condition expresse qu’elle rentre ressourcée, peut-être pourrions-nous nous ajuster et retrouver notre équilibre d’antan. J’y aspirais comme un universitaire qui bosse avec acharnement obtenir son diplôme, s’assurer un bon emploi et rembourser son prêt étudiant. C’est dire à quel point c'était important pour moi. Il en allait de ma santé mentale et ma réussite. Je peinais de plus en plus à me concentrer, ce qui agaçait fortement mon père, fatigué par mon irascibilité. Elle en faisait les frais d’ailleurs. Je mimai le joueur de violon. Je n’écoutai rien de ses recommandations pour prendre correctement soin d’Ettore. Si j’y prêtais attention, je les traduirais comme l’aveu de ma bêtise et je n’étais pas stupide. J’étais inconséquent, mais Ettore serait mon unique priorité au cours de cette soirée. Sans sa mère, je serais enfin libre de l’apprivoiser, si bien que je poussai un soupir de soulagement dès qu’elle passa la porte.

Je n’irais pas jusqu’à prétendre que m’occuper de mon fils était une sinécure. Un enfant si jeune, ça demande de la concentration. Ça nécessiterait presque d’être douée d’un pouvoir de télépathie pour cerner ses besoins. Entre les couches, les biberons et ses larmes de fatigue, je ne comptais plus le nombre de fois où je fus pris d’une envie d’appeler sa maman à la rescousse. Je me retins autant par fierté que par dévouement envers elle. Entretenir son vice, ce n’était pas lui rendre service. Il n’empêche que j’aurais apprécié qu’elle se soucie de nous le temps de rédiger un message. Je demeurai sans nouvelle de longues heures, nourrissant soudainement de l’inquiétude vis-à-vis de son silence. Il ne lui ressemblait pas. Aussi, renonçais-je à mon indifférence pour me rassurer. Je passai des tas de coups de fil restés sans réponse. Le premier, c’était déjà trop. J’insistai vainement à moins d’une minute d’intervalles et mon anxiété se mua en colère et en question : me quittait-elle ? Avait-elle assommé sa garde pour la semer plus facilement et grimper dans le premier train qui l’emmènerait le plus loin possible de moi et de la vie que je lui offrais ? Non ! Ce n'était pas probant. Du moins, ça l’était tant que j’ignorais l’état dans lequel je la trouvai aujourd’hui. Elle était au bord de la rupture nerveuse. Une femme plus faible aurait été diagnostiquée dépressive, mais la mienne ? Elle était bien sujette à quelques attaques de panique avant notre mariage. Cadeau de l’armée. Nous avions cependant réussi à les maîtriser. Elle allait bien. Avant qu’elle n’accouche, nous étions heureux ensemble. Je balayai toutes ces considérations délirantes. Ce genre de parasites m’empêcherait d’être efficace en cas de pépin et, le temps avançant, il m’était de plus en plus difficile de ne pas coudre le pire avec du mauvais fil. Quand je parvins à joindre les incompétents condamnés à une mort certaine, je ne fus pas vraiment surpris d’apprendre qu’il lui était arrivé quelque chose de grave. Ce qui m’étonnait, c’était que j’aie la moindre idée de l’identité des coupables. Cosa Nostra n’avait d’autres ennemis que ceux conscients du danger que représentait l’organisation. Ceux-là, à moins qu’une guerre soit déclarée au préalable, jamais il n’aurait osé s’en prendre directement à ma conjointe. Pour moi, il y avait fatalement un lien entre l’incendie du cabaret et la vendetta de Javier. Il s’était montré trop vindicatif pour que ses actes demeurent impunis. Ça expliquait d’autant mieux que les assaillants d’abandonnent pas Victoria sur le trottoir. Elle était une cible, au même titre que mon épouse, non pas parce qu’elle était unie à moi, mais parce qu’elle était du même sang que l’exécuteur.

J’aurais pu partir à sa recherche avec mon bébé sous le bras, mais ses babillements incessants m’empêchaient de réfléchir. Je ne m’en débarrassai pas cependant. Je le confiais à la seule personne aimante de mon entourage qui ne mehaut lieu jugerait pas et qui ne rapporterait pas les faits en . Les conséquences de ma négligence seraient terribles pour mon avenir au sein de l’organisation. Je craignais les réactions de mon père, mais cette appréhension n’était rien en comparaison de cette peur dévorante de retrouver le corps sans vie de Lyla. Sans elle, je ne serais plus rien. Au mieux, l’ombre de moi-même. Au pire, un cadavre, marchant, mais dépourvu de toutes raisons de vivre. Je n’osais même as imaginer les répercussions sur l’évolution de notre enfant. À tout âge, il aurait besoin de sa mère, pas d’un substitut qui l’élèvera correctement, mais qui ne l'adorerait jamais aussi bien qu’elle. Je m’effondrai dans la voiture, Mani pour seul témoin. Je ne pleurais pas, non, mais je déversai sur lui mes doutes, qu’il m’aide à en porter le poids. C’était égoïste. Il se relevait à peine de la mort de son bébé et de l’accident de ma sœur, mais si je n’avais pas vidé mon sac, j’aurais perdu pied et metre la main sur ma femme n’aurait pas pris trois jours, mais bien plus. Or, chaque seconde éloignait les chances de survie de mon unique point de repère. Ne pas perdre espoir, c’était un combat de titan entre le premier et son contraire, mais je tin bon, grâce à mes alliés. Bien sûr, dissimuler ce rapt à mon père sur une si longue période fut impossible, mais c’était le cadet de mes soucis. Quant aux excuses de Javier, elles ne m’apaisaient pas plus que ses efforts pour me soutenir et retrouver ses filles. Il était à mes yeux le responsable idéal, celui qui m’empêchait de devenir fou maintenant que j’étais rattrapé par mon incompétence.

Toutes les raisons pour lesquelles je méprisais l’idée du mariage, avec Lyla, me firent l’effet d’un coup de poignard. C’était source de joie, mais également générateur d’une kyrielle d’emmerdes. Je crus mourir mille fois et avec fulgurance d’une crise cardiaque, pendant les recherches et tandis que nous approchions du but. Mon malaise s’accentua face au cadavre de Victoria. Sa ressemblance physique avec ma femme ne fut jamais plus évidente qu’à l’heure de sa libération. J’en serais tombé à genoux sur le sol en béton de cette prison, mais cette voix, bien que tremblante, cette voix qui me chuchota tant de fois de si belles choses, m’arracha à ma torpeur et à mon chagrin. Elle était là, à quelques pas et un sursaut de vigueur plus tard, je défrichais le terrain pour la serrer dans mes bras si étroitement que j’aurais pu lui briser les côtes. Elle tenait à peine debout, mais son parfum me chatouillait à nouveau les narines. J’y puisai de la force et du courage, car la suite serait compliquée. Je n’en doutais pas. « Tout va bien. Je suis là. Je suis désolé, mon amour. Je n’ai pas été à la hauteur de mes promesses, mais ça n’arrivera plus. Je te le jure. » confessais-je sans honte à l’idée de mon bonheur à l’entendre pleurer. Je n’aurais jamais pu envisager que ça soit possible avant aujourd’hui. Jamais. Qu’elle me pardonne était ma priorité. Le sort funeste de Victoria me heurta à retardement alors que Javier chantait la complainte du père coupable et que mon épouse me pressait de quitter cet enfer au plus vite. « Oui. On va rentrer. Ettore est avec Cinzia. » Et il n’était pas question d’aller le récupérer tant qu’elle n’aurait pas retrouvé pleinement ses esprits et qu’elle ne serait pas tarie de larmes. « Ne t’inquiète plus de rien, je m’occupe de tout le reste. » Je crachai quelque ordre à mes sbires, je soufflai de sincères remerciements à Manuel et nous avons pris la fuite, moi, la soutenant et elle, la tête baissée. Elle refusait d’affronter la réalité, mais elle la rattraperait et je comptais bien être à ses côtés le moment venu. La nuit même sans doute, nuit au cours de laquelle je la veillai sans me préoccuper que je manquais cruellement de sommeil.

Je l’observais toujours lorsqu’elle ouvrit les yeux, tard dans la matinée. Je redoutais qu’elle s’imagine s’être réveillée après un très long cauchemar, mais l’absence de son sourire sur ses lèvres me confirma qu’elle était bel et bien consciente que cette mésaventure la privait désormais d’une sœur. « Tu veux quelque chose ? Un café ? Un bain ? Tu dois mourir de faim. Ma mère t’a apporté de quoi manger. Tu veux que je t’apporte quelque chose ? Il faut que tu manges un morceau avant qu’on passe chercher le petit et qu’on s’arrête chez tes parents. » Pour moi, ma décision était prise : après l’enterrement de l’avocate, il n’était plus question qu’elle y mette les pieds. Les Canjura ne nous avaient rien apporté que des emmerdes, exception faite de Santi. J’estimai cependant que ce n’était pas le moment d’aborder le sujet. Il y avait des choses plus importantes à prévoir. « Je sais que tu vas avoir envie de t’investir dans l’organisation de… » Je m’interrompis, cherchant un mot adéquat qui ne la brusquerait pas. Il ne m’effraya pas habituellement, mais elle n’avait pas appris le décès de sa sœur par téléphone parce qu’elle fut la victime de son mari ou d’un accident de voiture. Non. Elle y avait assisté et Clay, qui par la force des choses était devenu notre ami, avait été formel hier soir.

Elle culpabiliserait d’être toujours en vie et elle aurait probablement besoin de consulter pour entamer son processus de deuil au mieux. Je ne m’y opposerais pas, mais si j’étais en mesure d’enrayer cette nécessité en jouant le rôle de thérapeute, j’en serais plus à l’aise. « De son dernier voyage… mais elle était mariée, c’est à son mari de s’en charger. C’est à lui de faire respecter ces dernières volontés, peu importe que ça soit une enflure ou un sale type qui la tabassait. Tu ne peux pas aller à son encontre, parce qu’il faut respecter sa peine, même si sa façon de l’aimer nous échappe complètement. Ce n’est pas le moment de faire des affronts à qui que ce soit. Et puis, de toute façon, tu n’en as pas la force pour le moment. Ça ne t’apportera rien.. » Ma décision était prise. Ce n’était pas la peine de discute, je ne changeais pas d’avis. Trop souvent, j’étais passé à côté de mes instincts pour lui faire plaisir, pour qu’elle soit la plus heureuse possible. C’était terminé. J’avais eu si peu de la perdre qu’il n’était plus question qu’elle gravite à plus d’un mètre de moi. Pas pour le moment en tout cas. Jusqu’alors assis au bord du lit, j’ôtai mes chaussures pour me faire une petite place à ses côtés, sous les draps. « On ne peut pas rester comme ça, sinon, je vais m’endormir. » ricanais-je sans grand enthousiasme. « Il va falloir qu’on en discute, mon cœur. Je voudrais que tu me dises absolument tout ce qui s’est passé ou ce que tu as ressenti. D’après Clay, c’est important qu’on en parle, y compris de ton père. »

Si j’avais été dans la position de ma femme, celle de l’ignorance alors que mon conjoint était au courant que mon père n’était pas exactement l’homme qu’il prétendait être, je lui en aurais voulu à mort. Je le lui aurais reproché jusqu’à ce que je m’habitue à l’idée et que j’apprivoise la personnalité révélée de mon papa. J’en déduisais donc assez aisément qu’elle cultiverait pour moi un soupçon d’amertume si je ne lui offrais pas l’opportunité de régler ce problème rapidement. Était-ce une nécessaire ? Je présumais. Le moment était-il bien choisi ? Probablement pas. Mais, avec Lyla, je ne calculais pas. J’agissais surtout avec le cœur. « Tu sais, j’ai eu envie de te parler de ce qui se passait à plusieurs reprises, mais il m’avait fait promettre que je n’en dirais rien. C’était son secret, ma puce. Je n’avais pas le droit de le trahir. Enfin, c’est ce qu’il me semble. Maintenant, je me dis que j’aurais peut-être mieux fait de te prévenir, tout ça ne serait sans doute jamais arrivé. » soupirais-je, attaqué de front par ma culpabilité jusqu’ici refoulée. « Je ne sais pas où il a appris tout ce qu’il sait. Par contre, pour cette vengeance qu’il menait au nom d’Olivia, j’étais stupide. Ça m’arrangeait de te tenir à l’écart, parce que je sais que tu te sens concernée par ce qui lui est arrivé. Tu as porté cette histoire toute seule pendant longtemps. Ça a été difficile pour toi de passer la main. Alors, je n’ai pas voulu prendre le risque de me battre avec toi pour que tu restes loin de toute cette histoire. Je n’avais pas envie que tu y sois mêlée de près ou de loin. Je n’avais pas envie qu’il t’arrive quoi que ce soit et regarde le résultat ? J’ai récolté exactement le contraire alors que si je t’en avais touché un mot, tu aurais peut-être pu te montrer plus prudente. Je ne sais pas. Je… »

Une part de moi était persuadée qu’elle aurait fait des pieds et des mains, malgré sa grossesse, pour participer au projet sanglant de Javier. Une autre l’estimait plus raisonnable. Mais, qu’importe ? Ça n’aurait rien changé. Je ne m’en sentais pas moins responsable et Lyla ne sortira certainement pas indemne de cette expérience. « Si tu ne te sens pas t’affronter ton père, on peut y aller plus tard. Tout le monde comprendra. J’irai, moi, ma mère est déjà là-bas. Je demanderai à Gloria de venir près de toi et si tu n’as pas envie de rester ici, je peux te déposer chez Cinzia en passant. On ferra comme tu voudras, Principessa. » conclus-je si bien installé que je doutais de trouver la force de la lâcher. Si nous n’avions pas sonné à la porte, j’aurais pu ignorer toutes mes obligations. « Ça doit être Clay. Je lui ai demandé de passer pour être sûr que tu ne doives pas aller à l’hôpital. Mais, prends ton temps pour te préparer. On n’est pas à la pièce. » J’embrassai son front, ses joues et ses lèvres sans me soucier que je pourrais l’étouffer. « Ils ne t’ont rien fait, n’est-ce pas ? Rien qui… enfin, tu vois ? »



***


Je retardai la visite chez ses parents au maximum, mais ce ne fut pas suffisant. Malgré leur différend, Victoria restait sa sœur et un fossé ne les sépara pas toujours. Lyla avait besoin de tenir son rôle auprès des siens, pour se sentir vivante sans doute. Du moins, je le présumais. Néanmoins, c’était le dernier endroit où j’aurais souhaité me trouver, avec elle, après les récents événements. L’ambiance était pesante, et pas seulement à cause du décès de Victoria. C’était les circonstances qui transformaient ce drame en tragédie. Nous paierons tous l’imprudence de Javier et prétendre que je serrais les dents et les poings dès que je le croisais était un euphémisme. Ne l’avais-je pas prévenu que, s’il avait été un homme craint, qu’il se soit rangé jouait en sa défaveur ? Ne lui avais-je proposé une panoplie de solution de substitution impliquait de discrétion et donc, plus de sécurité pour nous tous ? J’avais même embarqué Manuel, au pire moment de son histoire avec ma sœur, afin qu’il me prête main-forte. Il s’était montré têtu, borné, comme l’avait été son aînée, comme l’étaient tous ses enfants. Lyla était la seule à connaître l’entièreté de la vérité, celle qui incriminait le chef de famille et ça m’allait. Mon rôle n’était pas de propulser ce père respectable et respecté par les siens au rang de déception. Je prenais sur moi, encaissant les regards suspicieux de ses fils. Je les ignorais, pour le bien de tous, mais quand on cogna violemment à la porte de l’appartement, je sus que les emmerdes commençaient seulement. Rita qui, malgré son chagrin, se précipita pour accueillir le dernier convive. Son gendre manquant à l’appel, je ne fus pas surpris de le reconnaître sa gueule de con. Je le fus davantage dès lors qu’il se jeta sur moi, ivre, m’accusant de tous les maux. Ni une ni deux, et sans réfléchir, je lui décochai un tel coup de poing qu’il s’écroula. L’alcool était mon allié et sa pire ennemie.

« Espèce de fils de pute. » hurla-t-il de sa voix pâteuse en me pointant du doigt. « Tout ça, c’est de ta faute. Mais, je ne vais pas me laisser faire, tu m’entends ? Je vais te faire les pires emmerdes du monde. Tu es foutu, Gambino. Tu es foutu. » Je sentis mon épouse se crisper à mes côtés. Je la soupçonnai sur le point de bondir, mais je la retins d’un signe de la main. Javier, qui n’était pas le dernier à éviter les conflits quand les circonstances l’exigeaient, ferma la porte à clé avant que le mari de la défunte ne s’engouffre à l’extérieur. « Je détiens une bombe, Ty. Si tu ne veux pas qu’elle explose, tu ferais mieux de fermer ta gueule, de t’asseoir et de respecter la peine de toutes les personnes ici présentes qui ont aimé et respecté ta femme mieux que toi. C’est entendu ? » répliquais-je avec un calme qui ne présageait rien de bon pour la suite. Ça l’agaça et, cavalier, il récupéra un révolver coincé dans son dos, une arme qu’il pointa vers moi. « Et qu’est-ce que tu vas faire, maintenant ? Tu veux tirer ? » « Ne me tente pas, j’en suis capable. » Je ris, moqueur, narquois, ma main dans ma poche, prête à dégainer si c’était nécessaire.  « Tu sais quoi ? Tu m’as pris ma femme, je vais te prendre la tienne, enfoiré. » Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que je tirai Lyla vers moi, je pressai sur sa nuque pour l’obliger à se baisser et ainsi la protéger au mieux alors qu’elle était sa cible et que moi, fort de mes réflexes, j’abattais le mari violent devant témoins. Ma chance ? D’aucuns n’étaient étrangers au cercle privé des Canjura. Nous avions un cadavre sur les bras, mais ce ne serait ni le premier ni le dernier à graviter autour des Mexicains dont les fils appartiennent à la MS. « Je vais envoyer quelqu’un pour m’occuper du corps et tout nettoyer. Vous devriez emmener tout le monde à côté, avec vos enfants.» lançais-je à Javier la rage au ventre. Ma mère avait eu la bonne idée d’éloigner les enfants et mon père m’avait bien appris : aucune arme sans silencieux. « Prends ton manteau, mon cœur. On rentre. J’ai eu ma dose là.»





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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageDim 13 Nov - 23:26

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le mari marrant




Pendant ces jours durant lesquels je me retrouvai prisonnière de ces abrutis, j’eus tout le loisir de me repasser en boucle le film de ma dernière conversation avec mon mari. Si on pouvait appeler ça une conversation, car elle avait déjà tous les atours d’une dispute. Nous hurlions pour être sûrs d’être entendus et nous nous balancions des saloperies au visage, ce qui était notre spécialité mais systématiquement, nous trouvions le moyen de faire la paix. Sauf que depuis la naissance du petit, nous nous prenions la tête sans espoir de fumer le calumet de la paix. Notre vie sexuelle nous servait à ça, c’était le ring sur lequel nous réglions ces problèmes qui prenaient trop de place dans notre vie à deux, ceux dont nous ne voulions plus parler parce que nos sales caractères ne nous permettaient pas de nous mettre vraiment d’accord selon les moments. Mais nous étions privés de notre moyen favori de régler nos soucis à cause des précautions à prendre après l’accouchement et parce que j’avais tellement de choses à faire et auxquelles penser que même lorsque la période probatoire fut dépassée, je n’avais pas la force de m’occuper de cet aspect là de notre couple. Je manquais d’énergie et de temps mais je n’étais pas toute seule et j’aurais dû arrêter de penser de façon égoïste. Nous venions d’avoir un bébé, ça faisait beaucoup de changements en peu de temps, pour lui comme pour moi et j‘aurais dû me montrer plus attentive. Mon boulot n’était pas seulement de m’occuper de notre fils mais de m’assurer que lui aussi ne manquait de rien. Je regrettais la manière dont je m’en étais pris à lui, injustement, ce que je lui avais jeté au visage et encore plus que cela soit notre dernière conversation. Si je ne survivais pas à cette nouvelle épreuve, il vivrait avec la culpabilité de cet échange, culpabilité que j’aurais dû être la seule à porter. Il me manquait alors que je les entendais fomenter des plans de vengeance, me jetant des regards en coin, se demandant si j’aurais l’audace de les provoquer, peut-être qu’ils n’attendaient que ça. J’aurais aimé qu’il fasse barrage quand je me servais de la machine à tirer le lait pour éviter la douleur alors que leurs yeux avides se posaient sur moi, même si je faisais de mon mieux pour me cacher et être la plus petite possible. J’aurais aimé lui présenter des excuses pour mon attitude, le remercier de m’avoir poussée à prendre l’air et lui assurer que je n’étais pour rien dans tout ça, que je n’avais provoqué personne et que je serais rentrée avec le repas du soir si on ne m’en avait pas empêchée. Pour la première fois de mon existence, je maudis mon père et ma famille pour être ce qu’ils étaient et ce que j’avais malgré tout appris à aimer. Sans ça, j’aurais pu passer du temps avec mon mari et mon fils, j’aurais pu vivre une belle réconciliation au lieu de croupir dans une prison improvisée, le visage tuméfié et le corps endolori.


Si mes espoirs n’étaient pas délirants concernant mes chances de survie, ils s’amenuisèrent avec la mort de ma sœur. Je ne leur donnais plus longtemps avant de paniquer et de me faire payer le manque de réaction de ma famille. Ils m’avaient tout raconté de la vie cachée de mon père et de ce à quoi il occupait tout son temps libre, j’aurais sans doute pu le deviner mais il était parfois plus aisé de fermer les yeux que d’affronter ce que notre inconscient soupçonnait. Je doutais que mes frères aient pu être mêlés à ça, connaissant mon père, il avait tenu à s’occuper de ça tout seul et voilà le résultat. Brillant ! Ils avaient abandonné le corps de ma sœur non loin de moi et j’avais tenté mon possible pour la ranimer, usant de gestes qui faisaient désormais partie de moi, sous leurs railleries et leurs éclats de rire. Personne ne survivait à plusieurs balles dans le cœur et une dans la tête. Ils s’étaient acharné et moi aussi. Tentant tout ce que je pouvais pour la ramener à la vie, pour effacer cette culpabilité de ne pas avoir su trouver les mots pour la convaincre qu’elle pouvait avoir confiance en moi et en mon mari. Luciano n’était pas un modèle de vertu mais c’était un homme bien, avec de la morale et de l’amour dans le cœur, pour moi et sa famille, assez pour en offrir par extension aux membres de la mienne. Jamais il n’aurait mis volontairement qui que ce soit en danger et surtout pas moi. J’aurais aimé lui expliquer, lui dire sans venin, sans agressivité et avec patience mais j’avais manqué de discernement et je l’avais jugée plus forte qu’elle ne l’était. Je lui parlais alors que je lui faisais un massage cardiaque, la vue brouillée par les larmes avant que je ne me fatigue et abandonne. Je pleurais à chaudes larmes, mes geôliers c’était lassé et m’avaient abandonnée à mon triste sort. Incapable de lui fermer les yeux, je retournai son corps et tentai de me défaire de son sang sur mes mains, faisant de mon mieux pour affronter la situation mais ma seule réponse fut celle que j’adoptai en Afghanistan, je laissai mon esprit se dissocier de mon corps et vagabonder ailleurs, ne l’autorisant à s’attacher à aucune pensée précise. Si je devais mourir demain ou ce soir, je ne voulais pas leur donner la satisfaction de lire de la peur ou de la détresse dans mes yeux, il n’y aurait que du vide. Pourtant, ce fut ma famille qui vint à mon secours et dans les bras de mon mari, j’eus l’impression de renouer avec moi-même. Je le serrai contre moi et refusai d’accorder le moindre signe à mon père, je n’étais pas état pour ça.


Le reste ne fut que brouillard et réflexes, j’avais difficilement franchi le seuil de notre appartement et tins à prendre une douche pour me défaire de cette odeur de terreur qui me collait à la peau. Je n’arrivais plus à pleurer, je n’avais plus de larmes, plus de forces non plus. Mon visage me faisait mal mais pas autant que mon cœur. Il dut me laver et m’aider à m’essuyer et à enfiler un de ses t-shirts parce que le simple fait d’être debout et de respirer me coûtait tout ce que j’avais encore en stock. Il m’aida à m’allonger et je le suppliai de laisser la lumière allumée avoir demandé qu’il mette de la musique, le silence et le vide m’angoissaient. Je dormis d’un sommeil de plomb, celui qui ne répare rien et dont vous vous éveillez plus éreinté encore. J’ouvris les yeux, réalisant que j’étais chez moi et prenant conscience que ma sœur n’aurait plus jamais ce plaisir. Mon corps tout entier n’était que douleur et je fis une grimace alors que je tentai de me redresser. Je n’avais pas envie de parler, j’aurais aimé passer des jours dans ma chambre, couchée et en position fœtale si mon corps me l’avait permis mais une douleur familière réveilla mon instinct maternel. Mes seins étaient durs et je réalisai que plus que mon propre confort, il fallait que je pense à celui de mon petit garçon. Lui n’y était pour rien dans tout ça et pourtant, il en souffrait, c’était inadmissible. « La tireuse pour le lait, s’il-te-plaît, j’ai mal. » fut tout ce que je pus articuler pour le moment, je positionnai les oreillers pour pouvoir m’asseoir confortablement et soupirai, me demandant si la douleur s’estomperait. « Je ne vais m’occuper de rien, je me contenterai d’être là si on a besoin de mon aide. Elle n’aurait pas voulu de moi, elle nous méprisait tous, elle me l’a dit ! J’ai  fait ce que j’ai pu pour la rassurer et l’aider, j’allais la ramener chez nous avant qu’ils ne nous tombent dessus mais Vicky nous prenait pour des péquenauds arriérés, elle se croyait mieux que nous, ça devait l’aider à se sentir mieux par rapport à sa vie ! » Il y avait de la colère dans ma voix, je lui en voulais de m’avoir fait un coup pareil et de me rendre responsable de tout ça par la même occasion, de m’obliger à porter la responsabilité de sa mort. Mais c’était elle qui avait appelé et j’étais venue, comme n’importe quelle sœur aimante l’aurait fait. Je lui en voulais de m’avoir abandonnée, moi, sa petite sœur qui aurait toujours besoin d’elle. La machine ronronnait alors que mon époux se couchait près de moi, je posai une main sur son visage pour le lui caresser avec douceur. « Je leur avais dit que tu viendrais, je le savais ! Toi et moi, on ne s’abandonne jamais ! On se dispute, on se déchire mais on ne se ment jamais, on ne se trahit pas ! C’est important pour moi ! Je n’aurais pas voulu mourir alors que notre dernière conversation était une dispute ! Promets-moi qu’on ne se quittera plus jamais sur un conflit ! On ne sait pas ce qu’il peut arriver ! »


J’avais besoin de certitudes et de baume sur mon âme, il était le seul à pouvoir l’appliquer de la bonne façon, il était le seul en qui j’avais une confiance aveugle, si on omettait de parler de Cinzia mais les choses étaient un peu différentes. « Je ne veux pas parler de lui ! » La réponse était sans appel mais j’étais en colère contre lui et je lui en voulais tellement, je ne voulais pas le voir et encore moins l’entendre. Ce fut accentué par le sentiment de culpabilité de mon amant, il était intolérable qu’il se sente mal par rapport à tout ça alors que le responsable était tout trouvé. J’étais certaine qu’ainsi, il me serait plus facile de faire mon deuil et d’avancer mais je savais ce que ça impliquerait. Tant pis, j’étais prête à en assumer les conséquences. « Tu n’y es pour rien, Lucky. Tu as fait ce que tu pensais être le mieux et si Javier avait agi intelligemment, nous n’en serions pas là ! Ne te ronge pas les sangs avec ça, ne te rends pas malade pour les erreurs des autres, ok ?! » J’avais encore la force de le rassurer et de le consoler, j’avais suffisamment d’énergie pour prendre soin de lui, parce que c’était mon rôle, mon devoir. « On allait chercher de quoi manger pour toi quand ils nous sont tombés dessus. » commençai-je alors qu’un silence s’était installé. « Ils n’ont pas été très tendres mais ça s’est un peu calmé quand ils ont pris mes papiers. Ils savaient que tu allais faire de leur vie un enfer quand tu leur mettrais la main dessus mais ma sœur n’a pas eu cette chance et elle n’écoutait pas. Ils l’ont violée, j‘ai essayé de m’interposer mais ils m’ont tabassée et je peux presque m’estimer heureuse. Ils étaient plusieurs et ça a duré des heures. La porte était ouverte, je voyais tout et je ne pouvais rien faire, j’avais déjà du mal à respirer, allongée par terre. Le temps se déroulait bizarrement, tu sais et ils faisaient ce qu’ils pouvaient pour que je sois bien, du moins un gamin, qui essayait de prendre soin de moi. Et puis elle est devenue folle, j’ai essayé de la raisonner mais elle m’a accusée de tous ses problèmes et elle a tenté de fuir, ils l’ont descendue. J’ai passé des heures à tenter de la ranimer, jusqu’à ce que je ne sente plus mes bras. Ils riaient si fort ! Et puis après, je ne sais plus vraiment. J’ai perdu le fil. Mais ils ont essayé de m’épargner autant que possible, ils avaient peur, ils … Ils m’ont donné une machine pour tirer le lait. J’ai eu de la chance. » conclus-je, le regard dans le vague, tenant fermement la machine et essayant de reprendre le dessus alors que des images remontaient à la surface.


« Non, on va y aller, je ne voudrais pas qu’on m’accuse de quoi que ce soit mais on ne restera pas longtemps. » Je tentai un pauvre sourire qui tourna à la grimace et j’abandonnai. « Je dois avoir une côte fêlée et le reste, ce n’est que des contusions mais oui, Clay pourra confirmer, tu as bien fait ! » Je ne voulais pas me battre avec lui et encore moins discuter de la manière dont il s’inquiétait pour moi, j’étais la première à remuer ciel et terre quand ça le concernait. Je répondis timidement à ses baisers, me sentant un peu mieux après chacun d’entre eux. Mon regard s’ancra au sien alors que je craignais de comprendre sa question tout à fait légitime. « Non, ils n’auraient pas osé ! » Il parut soulagé et je me gardai de lui demander s’il m’aurait moins aimée si ça avait été le cas ou s’il se serait débarrassé de moi. Clay entra en scène et sa bonne humeur me dégrisa un peu. Il m’examina, me fit quelques blagues et me boosta suffisamment pour que je sorte de mon lit. Je fis chauffer le plat de Girolama et transvidai dans un tupperware que je pris avec moi dans la voiture pour aller chez mes parents et surtout récupérer mon fils.



***



Il était trop tôt, beaucoup trop tôt pour affronter tout ça. Je m’en rendis compte quand j’entrai dans l’appartement de mes parents et que l’atmosphère me prit à la gorge, je serrai la main de Lucky et hésitai à avancer. Je saluai tout le monde, Muñez me serra dans ses bras et eut du mal à me lâcher et ce fut le tour de tous mes frères et de Livia. On autorisa exceptionnellement Santi à venir, il était dans un coin du salon et ne bougeait pas, mal à l’aise. Je voulus aller présenter mes excuses à ma mère mais le regard qu’elle me lança en me voyant m’obligea à me raviser, dire que j’avais été prête à oublier tout son cirque à mon mariage. Ma mâchoire se contracta et je choisis de me laisser tomber dans le canapé, me disant qu’après dix minutes, je pourrais me tirer, j’aurais fait ma part. Hector avait installé sa chaise près de moi, prenant ma main pour la serrer dans la sienne, me répétant qu’il m’aimait. Il me fallut toute l’énergie du monde pour ne pas fondre en larmes. Lorsque l’abruti auquel ma sœur était mariée débaroula, ivre mort et des menaces pleins la bouche, je me tins prête à la lui faire fermer mais Luciano se mit entre nous, jusqu’à ce qu’il sorte un flingue et prétende me tuer. Il aurait sans doute eu plus de chance en prenant un ticket et en attendant son putain de tour. Mon mari me fit me baisser, me coupant le souffle à cause de la douleur et je m’effondrai alors qu’il terminait un parasite, chose que tout le monde aurait dû faire depuis longtemps. Un de mes frères me remit sur mes pieds en me demandant si ça allait mais je ne parvenais toujours pas à dépasser la douleur pour articuler. Je devais inspirer et expirer de façon régulière mais je n’avais pas l’impression que ça aidait beaucoup. Le sicilien était fou de rage, je le voyais, je savais qu’il perdait pied et qu’il devait regretter son geste mais je n’étais pas capable de l’aider, pas capable de l’apaiser comme j’aurais dû pouvoir le faire, ce qui m’agitait d’une colère sourde. « Me prendre un autre de mes enfants, chez moi ! Alors que je viens de perdre mon bébé ! Comment oses-tu ?! » Une chape de plomb tomba sur l’assistance et tout le monde se tourna vers ma mère. « Pourquoi mes deux filles ne sont pas rentrées, hein ? Qu’est-ce que tu as manigancé ? Tu voulais nous faire payer quoi ? Hein ? » La moutarde me monta au nez et ce fut une explosion. « TA GUEULE ! Je t’interdis de l’accuser, je t’interdis de lui faire porter la moindre responsabilité là-dedans ! Tu m’entends ? Tu es triste parce que tu aurais préféré que ta fille parfaite survive plutôt que moi ? Elle aurait fini par crever, si eux ne l’avaient pas tuée, son fils de pute de mari s’en serait chargé, à force de la cogner et il n’y avait que moi pour l’aider parce que papa savait mais ne faisait rien ! Et tu veux savoir pourquoi on s’est retrouvées là-bas ? » « LYLA ! » tenta le patriarche mais elle ne lui devait plus rien, plus depuis qu’elle avait passé des jours en Enfer par sa faute. « Papa et son besoin de vengeance ! Il a buté des types de la 18 et ils ont voulu le calmer en nous embarquant, Vicky et moi, mais elle n’a pas voulu se calmer et m’écouter, ça lui a coûté la vie mais ça, tu devrais t’en douter, hein Javier ?! C’est ce qui arrive aux types qui bossent pour la mafia comme exécuteur ! Pas vrai ?! » « La 18 ? » reprit Hector en regardant son père, sourcils froncés. Je dus raconter toute l’histoire, je dus déballer les secrets d’Olivia pour le bien de ma famille, elle était plus importante que le reste. « Et tu as fait ça tout seul, sans rien nous dire ! » « Il croyait certainement que vous seriez ingérable, mais visiblement, il a été le seul à perdre le contrôle ! Maintenant, je vais me barrer ! J’ai bien compris qu’on m’en voulait d’être en vie plutôt que Victoria, j’aurais donné cher pour qu’elle soit encore là mais pas ma vie ! Je viens d’avoir un bébé ! Je… Je ne mérite pas que vous pensiez ça ! »


Mes yeux étaient pleins de larmes et je me tins à Lucky pour quitter l’endroit, dévastée. Hecto, Santi et Muñez nous emboîtèrent le pas et exprimèrent leur amitié à leur beau-frère, embrassant mon front. Muñez m’informa qu’il négocierait avec Mani pour récupérer sa garçonnière le temps de pouvoir se louer quelque chose et je lui dis qu’il n’était pas obligé mais il me dit seulement de ne pas m’inquiéter avant de remonter pour empaqueter ses affaires. Je me retrouvai seule avec Luciano dans la voiture. « Querido… Je suis désolée pour tout ça ! » Je me saisis de sa main et l’embrassai. « Tu as fait ce qu’il fallait, ils se sont trompés de coupable et je ne pouvais pas permettre qu’on t’accuse. Je savais que ma mère me verrait comme responsable. Tant pis, je n’irai pas à l’enterrement, je ne les verrai plus. Je ne peux pas passer ma vie à prendre sur moi ou à essayer de me faire aimer d’elle. Mon père est maladroit, il finira par revenir vers moi, je ne peux pas lui fermer la porte… Je ne sais pas, ça fait beaucoup en peu de temps, si tu veux, si tu as besoin, je raconterais ce que tu voudras à ton père, ok ?! Tu vas avoir des problèmes ? » J’étais épuisée et je ne descendis de voiture que pour saluer Mani et Cinzia, récupérer mon fils et le prendre dans mes bras. Nous rentrâmes aussi sec, je n’avais plus la force de parler ou bien d’expliquer quoi que ce soir. D’ailleurs, je refusai de voir qui que ce soit et de parler à qui que ce soit pendant près d’une semaine, me focalisant sur ma famille. Lucky passait autant de temps que possible avec nous et quand il était là, je le laissais profiter du petit pendant que je tentais de m’occuper des lessives et du reste, devant développer de super techniques pour ne pas avoir à me baisser ou à trop souffrir. M’occuper les mains c’était m’occuper l’esprit et ne pas pleurer toutes les larmes de mon corps, ce que je faisais dès que j’étais seule. Je ne voulais pas qu’il soit témoin de ma détresse ou qu’il en souffre, il avait assez à gérer mais je ne lui mentais pas quand il me demandait comment j’allais, je lui disais que je faisais avec mais qu’il me faudrait du temps. Il était trois heures, Ettore s’était réveillé et Lucky était allé voir ce qui clochait, il lui avait parlé un peu, avait chanté une chanson ou deux avant que le petit bout ne s’endorme mais moi, je faisais la chouette dans le lit, yeux ronds et grands ouverts. « Tu penses à divorcer parfois ? » m’enquis-je alors qu’il se recouchait à peine. « Parce que je m’attire toujours des problèmes et que je te donne du fil à retordre et tellement de soucis… Tu pourrais vouloir une vie plus tranquille, avec une femme moins pénible. » Je me mis à sangloter comme une abrutie, je cogitais trop et cette fois encore, ça m’avait empêchée de dormir. « On ne baise même plus, tu peux me dire quel intérêt de rester avec moi ? » articulai-je entre deux sanglots. Il ne me désirait plus, nous étions en bout de parcours et j’avais l’impression d’être installée sur un siège éjectable. « J’ai besoin que tu me montres que tu m’aimes, Lucky ! Je sais que j’ai encore mal mais on peut faire doucement, s’il-te-plaît, aime-moi ! Aime-moi, Lucky ! » J’étais pathétique de supplier comme ça mais je nageais en pleine incertitude et j’avais besoin de renouer avec certaines habitudes pour me rassurer. J’avais besoin qu’il m’assure que rien, absolument rien n’avait changé.



***



« Allez, querido, sors de là que je puisse voir comme tu es beau ! » Il ronchonnait, il ne s’était pas attendu à terminer avec un costume en velours violet quand je lui proposai de nous déguiser en Gomez et Morticia Addams pour Halloween et la fête de Cinzia. Il émergea enfin et je ricanai, ce qui le fit râler encore plus mais je le trouvais élégant dans son costume démodé. « T’es très beau ! Je crois que tu es le seul au monde à pouvoir porter ça ! Je viens de finir me ongles, je vais me changer et si tu te sens si mal, je t’ai pris un costume noir avec des rayures blanches, au cas où ! » J’entrai dans la salle de bain et me fis face une fraction de seconde dans le miroir, je crus voir ma sœur et ce fut un cœur porté à mon cœur. Agrippée au lavabo, je fermai les yeux et priai jusqu’à trouver la force d’enfiler ma robe et de me maquiller, tentant de garder à l’esprit que cette soirée nous ferait du bien. Nous devions décompresser et célébrer la vie et le fait d’être ensemble. Il y avait pire que perdre sa sœur, Mani et Cinzia avait perdu leur enfant, je n’avais pas le droit de me plaindre, je devais prendre sur moi et avancer, coûte que coûte. J’émergeai de la salle de bain alors que mon Gomez était au téléphone, débattant en sicilien, j’enfilai mes escarpins et ma cape à capuche par-dessus ma robe décolletée pour finalement le rejoindre dans la pièce à vivre, Gloria avait gentiment proposé de s’occuper d’Ettore et j’avais fini par accepter, même si c’était encore difficile pour moi ! Nous arrivâmes en retard, les bouchons n’y étaient pour rien, j’avais seulement suscité un peu trop d’enthousiasme chez lui avec mon costume, d’abord chez nous puis un peu plus tard sur le parking. « On aurait dû prévenir ta sœur, elle va s’imaginer le pire ! » lui dis-je en remettant de l’ordre dans sa tenue. « Tu me feras danser ce soir ? Je me disais qu’on pourrait prendre une cuite, qu’est-ce qu’il y a de mal à ça, hein ? Et profiter de ne pas avoir le petit, non ?! » Si les derniers événements avaient suscité quelque chose en moi, c’était bien une certaine volonté à jouer avec les limites et à profiter de la vie, un peu trop et sûrement pas de la bonne manière.

 





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MessageLun 21 Nov - 23:28

 



Proprio cosi' buffo sono io

ft la patience incarnée



Au cours de ces trois jours d’horreur à patauger dans la fange de l’incertitude, à lutter contre le désespoir et à composer avec la présence de Javier, je comptai davantage sur Manuel pour me rappeler à la raison en cas de nécessité que sur moi-même. Aujourd’hui, avec le recul, je ne considérais pas seulement que je lui en devais une, je me trouvais surtout particulièrement culotté d’avoir exigé autant de lui alors qu’il se remettait à peine de la mort de son fis. Dans mon malheur, j’avais eu de la chance, moi. Le cœur de ma compagne battait toujours. Mon fils était en pleine santé. Il avait découvert les joies d’être aimé par sa marraine qu’il rencontra pour la première fois. Ces petites et grandes victoires n’étaient pas négligeables. Pourtant, les sentiments de soulagement et d’allégresse qui m’envahirent tandis que je serrais mon épouse dans mes bras furent éphémères et le kidnapping en lui-même n’était pas l’unique problème. Ma femme était une force de la nature capable de surmonter bien des épreuves. En tous cas, elle ne l’était pas moins que la Cinzia qui s’en tira plutôt bien après le rapt des Irlandais. L’exemple était-il bien choisi cependant ? La Maruzella n’avait pas perdu une sœur, elle n’avait pas à s’encombrer de l’inquiétude justifiée de laisser derrière elle un orphelin en cas de pépin. Elle n’avait pas non plus été forcée de charmer la faucheuse pour qu’elle l’épargne pendant des heures. Ses ravisseurs lui confièrent un message. C’était son assurance, mais Lyla ? À quoi s’était-elle accrochée si ce n’était à son patronyme d’épouse ? Était-il suffisant pour la tenir à l’abri d’un viol collectif ? Je n’en étais pas convaincu.

La question m’obséda pendant sa douche, sa sieste bien méritée et son réveil difficile. Elle était si éteinte que j’en oubliai toutes les causes probables de son mal-être. La douleur physique, la peur, le décès de Victoria, c’était énorme pour une seule personne. Alors, comment l’aborder ? De but en blanc ? Ce serait tellement égoïste. Elle avait besoin de moi, pas de ces craintes nées de ma possessivité. Je rassemblai dès lors pour mon bon sens pour ne pas la surprendre et la blesser, parlant beaucoup et rapidement pour combattre la gêne occasionnée par son silence. Ses premiers mots, aussi banals soient-ils, furent assez appréciés pour que je me précipite dans la salle de bain pour lui tendre son tire-lait. Bien sûr, je me rallongeai à ses côtés, soucieux de ne plus la quitter d’un millimètre, plus jamais. Ce n’était toutefois pas très rassurant pour moi. Des tas de questions me brûlaient les lèvres, des questions toutes plus sordides les unes que les autres. « Mon ange, je suis sûr que ta sœur t’aimait… » Je manquai d’ajouter qu’elle s’était exprimée sur sa famille sous le coup de la colère et de la peur, mais je songeai que se convaincre du dédain de Vicky adoucissait la peine de mon épouse et, dans l’éventualité où c’était provisoire, il serait encore grand temps de rectifier le tir plus tard. « Je présume que tu voulais la ramener à cause de Tyler. » supposais-je sans qu’elle n’ait besoin de confirmer. C’était le genre de types assez faibles que pour cogner sur ma conjointe sans raison, juste pour se passer les nefs. Je n’étais pas un saint, mais je partais du principe que, si certaines femmes méritaient une bonne correction, l’arrogance n’était pas un critère valable et prédominant sur l’amour qu’on porte normalement à celle qu’on prend pour compagne jusqu’à la fin de ses jours.

Cette fierté, c’était le seul crime de Victoria. Elle ne le trompait pas. Elle ne l’humiliait pas non plus, ou pas tout le temps, et jamais de front. Son mari n’était qu’une ordure, une raclure. À choisir, j’aurais préféré qu’il meure en lieu et place de la victime que nous déplorions. Sauf qu’il n’était personne pour un Javier qui ne dissimulait pas son dégoût pour son enfoiré de gendre. Se venger sur ses filles serait une punition bien plus efficace et violente surtout. C’était triste à dire et à penser, mais qu’on lui vole une de ses gamines lui pendait au nez. Personne ne mène une double vie sans retombée. Les secrets se gardent, mais si on opte pour la prudence. Il l’oublia à nos dépens. Je me sentais coupable tandis que Lyla saignait à cause de ses trahisons sur lesquelles elle refusait de s’exprimer. À défaut d’insister, j’espérai l’animer un peu à l’aide d’aveu sincère. Je lui confiai que j’étais enchanté qu’elle soit là, malgré les circonstances que je déballais une à une, plus lentement, en forçant un peu afin qu’elle vide son sac. Inutile. Elle me couvait de tendresse, mais elle n’en démordait pas. Elle ne se fatiguerait pas à discuter de son père. « Je comprends que tu n’aies pas envie, mais ce serait mieux. Quand tu seras prête, n’oublie pas que je suis là, OK ? » l’avertis-je avec douceur, récupérant les pots de lait maternel et l’engin de torture qui, contre toute attente, lui faisait plus de bien que de mal. « Tu vas être confronté à lui tôt ou tard. Il va falloir qu’on se présente chez tes parents, pour tes frères qui ne comprendront pas ton absence, et pour toi aussi. Tu vas le regretter si tu ne le fais pas. Je sais que c’est dur, Principessa, mais je serai là. » lui promis-je tandis qu’elle soulignait sa foi en moi et la nécessité de garder la pomme de notre couple aussi saine que possible à l’avenir. « Je te le jure. Je n’aurais pas supporter de te perdre dans ces conditions et sur une conflit. Je ne me serais jamais relevé. »

Je n’étais par ailleurs nullement certain de sortir indemne de cette tragédie dont j’étais en partie responsable. J’avais beau reporter mes fautes sur autrui, je devais me rendre à l’évidence : la réalité était rude, et ce, qu’importe les habiles tentatives de Lyla pour me déculpabiliser. Entendre que rien ne serait arrivé si mon bien-être n’avait pas exigé un détour dans un restaurant, qu’elle avait assisté au viol de sa sœur, qu’elle servit à ces fils de putes de bête de crique alors qu’il la traitait comme une vache laitière, qu’elle vécut trois jours en enfer en subissant toute une série d’humiliation et qu’ils la laissèrent croupir dans sa cellule avec pour compagnie le cadavre de Vicky réveillait en moi une kyrielle d’émotions ingérables : de la douleur par empathie, de la honte pour mon échec, de la rage envers les soldats de la 18, du mépris pour Javier, de la déception vis-à-vis de mon inaptitude à la protéger et de la peur à l’idée qu’elle ne puisse jamais me pardonner. « De la chance… » répétais-je pensif et loin d’être d’accord avec elle. Cette vision des choses la soulageait sûrement, mais le retour de manivelle serait fracassant quand elle comprendra que s’acoquiner à un type comme moi lui apporta plus d’emmerdes que de sérénité. Sans moi et mon statut, Javier n’aurait jamais su la vérité. Si j’avais été moins compétent, je ne lui aurais pas livré sur un plateau d’argent l’identité de ses ennemies. Si j’avais été plus persuasif, je n’aurais rencontré aucune difficulté à le convaincre d’abandonner cette folie ou d’agir avec moins de panache et plus de prudence. J’avais échoué et, ma seule consolation, finalement, c’était d’apprendre qu’ils n’avaient pas eu l’audace de lui faire subir ne fût-ce qu’un infime sévice sexuel. À défaut de la protéger au mieux, je l’avais au moins préservée de ça. « Bon, je vais aller accueillir Clay. » conclus-je en déposant un doux baiser sur ses lèvres. Je caressai sa joue, embrassai sa main et je m’éclipsai, les bras chargés de lait et l’âme remplie de désarroi, pour jouer les hôtes polis.


***


L’accueil de Rita aurait dû me mettre la puce à l’oreille sur la suite de cette journée funeste. Il était froid, pour ne pas dire glacial. Elle aussi, pour saupoudrer sa peine d’un peu de sucre, s’était cherché quelqu’un à blâmer et j’étais le sujet idéal. Est-ce que j’étais blessé pour autant ? Pourquoi ? Chacun voit midi à sa porte et je n’avais que faire de son jugement. Quels crédits prêtés aux considérations d’une mère qui prétend que son enfant, princesse parmi les femmes, n’était qu’une catastrophe ambulante ? Elle perdit toute crédibilité ce jour-là, au même titre que son beau-fils chéri au vu du traitement qu’il réservait à son épouse. Une fois encore, qu’il me fasse un procès ne me dérangeait pas vraiment. J’étais disposé à supporter mon lot, comme un grand, la totalité si Javier optait pour la lâcheté en se cachant derrière moi comme un pleutre. Mais, nul ne menace la prunelle de mes yeux et de mon équilibre impunément. Jurer qu’il se vengerait sur celle qui m’offrait le monde lui coûta la vie. Je la lui dérobai sur-le champ, sans réfléchir, sans sourciller, sans remords ni regret. À mon sens, le débat se clôturait ici même, après cet acte libérateur, raison pour laquelle j’invitai l'intruse à prendre la poudre d’escampette, non pas pour fuir, mais pour ne plus gaspiller notre énergie pour quelques ingrats. Or, mue par le désir impérieux de me rendre justice, Lyla déclama un réquisitoire en ma faveur et à charge de son père, comme s’il était urgent et nécessaire d’argumenter pour prouver le bien-fondé de mon geste naturel. Quelle erreur grotesque. Parfois, la fierté exige qu’on tende le bâton pour se faire battre par dignité., car il n’est rien ni personne de plus honorable que la position d’accusé qui assume ses choix. J’avais été élevé sur ce modèle. Un homme, un vrai, ne s’encombre pas de justifications pour convaincre le quidam de sa légitimité. Il ne pipe mot et trace sa route, laissant derrière lui les âmes imbéciles qui mésestiment sa grandeur. J’étais vexé, offusqué, c’était à mes yeux l’un désaveu similaire à un crime de lèse-majesté. Ma vanité se brisa au pied de cette famille injuste, si bien que mon bras retomba le long de mon corps. Bousculer dans mes habitudes, j’ignorais s’il convenait de rester ou de les quitter. Ne serait-ce pas détaler comme un lapin effrayé par le chasseur finalement ? Le regard, jusqu’alors bienveillant, que je posai sur ma femme était plus sombre et plus dur que jamais et Dieu que je regrettais sa fébrilité, cette fragilité trop palpable qui m’obligea à taire ma frustration.

Dans l’habitacle de la voiture, je n’osais pas ouvrir la bouche pleine de fiel spontanément. Je détruirais mon épouse en quelques mots. Sa seule chance, c’était cette tranche de vérité dans les allégations tenues par les siens. Je n’étais pas blanc comme la neige immaculée, j’étais la congère grisâtre et gelée qui provoque l’accident. « Désolée ? Tu peux ! » clamais-je en me raidissant tandis qu’elle portait ma main à ses lèvres. « Je n’avais pas besoin que tu me dises pour le savoir. Je n'AI pas besoin de ton assentiment pour tout, Lyla. Tu n’aurais rien dû te permettre du tout. C’est ça que tu aurais dû faire. Et ce que tu feras par la suite, c’est aller à cet enterrement, avec moi, et aussi bien celui de ta sœur que celui de Tyler. Quant à ta mère, c’est trop tard pour régler tes comptes avec elle et ce n’était ni le lieu ni l’endroit. Occupe-toi de tes problèmes au lieu des mains, et sois cohérente, comme l’est ta mère. Je ne l’aime pas particulièrement, mais elle a au moins eu le mérite de déposer ses couilles sur la table contrairement à ton père. Si tu veux continuer à les voir, ce sera tout le monde ou personne. Et c’est non négociable ! » pestais-je étonnamment serein alors que les tics de la nervosité me trahissaient. Avait-elle conscience de ce qu’elle proposait ? Elle refusait de fréquenter sa mère, car elle ne l’aime pas, mais elle ne voit aucun inconvénient à côtoyer l’homme qui traîne son mari dans la boue ? Si ce n’était pas de l’égoïsme, qu’on éclaire ma lanterne, parce que je manque de vocabulaire.

Sans Mani et sa sagesse, je l’aurais ramenée à la maison, j’aurais pris mon gamin et j’aurais disparu le temps que ma colère cesse de brailler. À défaut, puisqu'il n’était pas question que j’ajoute à mes torts un soupçon de satisfaction à qui que ce soit en quittant le foyer familial, je rentrais aussi souvent que possible, non pas pour mon épouse, mais pour profiter de la présence de mon fils. Il n’avait pas à payer pour nos erreurs respectives. Je m’employais donc à maintenir l’illusion du couple parfait à merveille, mais nous n’allions pas bien. Nous ne discutions pas, nous échangions sur des banalités à grand renfort de politesse. Notre vie intime était proche du néant et, le plus dramatique, c’était que je ne m’en préoccupais pas vraiment. J’étais sous tension. Le sexe avait toujours tenu une place importante dans mon quotidien. Je n’envisageais pas de vivre sans, mais étonnamment, j'acucsais plutôt bien le choc. Est-ce que j’aimais encore Lyla ? Plus que jamais. Avais-je envie d’une autre ? Pas le moins du monde. J’étais tout simplement furieux après elle, et cumulé à ses blessures, mon désir s’effilocha. Prétendre que je m’épanouissais dans cette relation serait un mensonge. Je ne faisais aucun effort pour l’arranger. J’avais l’impression que, sans Ettore, ma femme ne quitterait jamais la chambre. Elle ne sortait, ne vivait plus, j’étais le seul à pouvoir la secourir., mais tout essai serait infructueux tant que je ne débarrassais pas de ce qui m’agitait. Pour ce faire, j’attendais qu’elle aille mieux C’était l’histoire de chien qui se mord la queue, une putain de spirale infernale sans commencement et sans fin. Évidemment, j’aurais pu me réjouir qu’elle amorce entre nous un semblant de conversation. En d’autres temps, je m’en serais enorgueilli qu’elle baisse les armes en reconnaissant ses torts.

Sauf qu’elle ne brandissait pas d’épée, car elle avait à peine conscience du mal qu’elle me causa, en ajoutant toujours plus sur mes épaules alourdies par l’échec de mon système de sécurité. « Je n’ai aucune envie de divorcer et je ne suis pas un animal qui tue pour se nourrir ou par plaisir et qui baise pour se reproduire. » J'étais anormalement vexé par son approche. « J’ai échoué, je le sais. Je n’ai pas su te protéger et je dois apprendre à vivre avec ça, mais je fais tout mon possible avec ce que j’ai pour veiller sur toi et te prouver tous les jours que je t’aime. Que tu me demandes si j’ai envie de divorcer, c’est un peu dur, tu ne crois pas ? Ce n’est jamais suffisant, quoi que je fasse et vu l’image que tu as de moi et celle que tu m’as renvoyée chez tes parents en me défendant comme si je n’étais qu’un criminel, ça ne m’étonne pas vraiment. Moi, j’assume ce que je suis, mais si toi tu ne l’assumes pas, pourquoi tu ne le demandes pas toi-même le divorce ? » m’enquis-je en refusant de lui faire face pour le bien de mon orgueil. « C’est parce que c’est tout ce que je suis à tes yeux que tu t’es sentie obligée de surveiller tous ms faits et gestes avec Ettore ? Tu avais peur que je lui fasse du mal ? Parce que si c’est ça, ça expliquerait pourquoi tu as refusé mon aide pour te sortir la tête de l’eau après ce kidnapping et la mort de ta sœur ? Parce que je te jure que j’ai essayé de le faire. » Je me tournai vers elle cette fois et, confronté à ses pupilles, je réalisai toute sa souffrance.

Elle ne me reprochait rien. Elle cherchait à se rassurer, ni plus ni moins. « Tu m’exposes des faits, mais à aucun moment tu ne m’as parlé de ce que tu ressentais. Jamais. Pourquoi tu craches dans la main que je te tends, Lyla ? Et pourquoi je te ferais l’amour si j’ai l’impression que je ne suis bon qu’à ça ? Que tout ne tient qu’à ça ? » Elle avait peur que je l’abandonne, mais je n’en menais pas large. Moi aussi, je craignais qu’elle se venge de son sort. « Je ne voulais pas te dire tout ça maintenant. Ce n’était pas le bon moment, mais…si je ne le fais pas, on va s’enliser, bébé, et c’est la dernière chose que je veux. » J’agrippa sa main pour la rassurer avant de songer que, si ça devait tourner en querelle, au moins n’agirait-elle plus comme un robot, mécaniquement, mais sans volonté propre. « Je t’aime, Lyla. Je ne veux pas que tu en doutes, mais j’ai besoin de comprendre ce qui nous arrive. Ce serait plus facile si je tenais moins à toi justement. Je ne me prendrais pas là tête, mais je ne veux pas d’un retour de flammes parce que, demain, rien n’aurait changé, à part que je t’aurai fait mal en te donnant ce que tu me réclames. »  


***


Je comptais au minimum deux bonnes raisons de passer la nuit à cuisiner, remplissant l'appartement de cette douce odeur de pâtisserie, de dresser une jolie table et d’attendre patiemment qu’elle se réveille au terme d'heure d'un sommeil réparateur. Pour lui offrir ce luxe, je m’occupai moi-même d’Ettore. Je lui donnai son biberon, le changeai et le berçai jusqu’à ce qu’il s’endorme dans mes bras. « Tu as bien dormi ? » m’enquis-je en me décidant enfin déposer mon fils dès que sa maman nous rejoignit. « J’ai préparé le petit-déjeuner. Assieds-toi. » Je m’avançai vers elle pour l’embrasser sur le front. « Je pense qu’il faut qu’on discute. Ce n’est rien de grave. Pas de panique. » précisais-je avant qu’elle ne se braque, ce que je comprenais, étant donné la tournure que prit la dernière d’entre elles. « Dans la voiture, quand je t’ai dit que je voulais que nous allions à l’enterrement de ta sœur, je ne plaisantais pas, et c’est demain et ne nous en avons toujours pas reparlé. Tout comme de l’implication de ton père dans toute cette merde. » Pour ma part, il n’était pas question qu’elle le voie à nouveau, pas tant qu’il ne serait pas venu ici, en personne, pour nous présenter des excuses. « Je sais que tu l’aimes, mais à un moment donné, je ne peux pas me permettre de lui laisser croire qu’il a tous les droits. Il m’a demandé de l’aide, je lui ai donné. Je lui ai proposé des solutions pour se faire vengeance dans les règles, mais il n’a rien voulu entendre. Il voulait faire les choses à sa manière, et si je ne me permettrai pas de te raconter tout ce qu’il a pu leur faire, parce que ce n’est pas à moi à le faire et que je sais garder ma place, il faut que tu saisisses bien que, même si ça te fait du mal, même si ça tue d’être en froid avec lui, j’ai tout essayé pour que son comportement ne nous nuise pas. Absolument tout. Il n’y a que le tuer que je n’ai pas fait. Je n’ai pas envie d’en arriver là, mais il me doit beaucoup. Je ne peux pas accepter sa lâcheté. Si tu veux le voir, Lyla, ce sera sans moi. » Cette remarque, elle signifiait tout et rien à la fois. C’était volontaire. Elle intégrerait ce qui lui conviendrait. L’heure était à la réparation de son dernier affront. « Et, la dernière chose dont je voulais parler avec toi, c’est l’allaitement. Je sais que c’est important pour toi, mais ça te fatigue et tu as besoin d’énergie. Je ne veux pas te voir dépérir à vue d’œil comme ça. C’est au-dessus de mes forces. Je ne t’imposerai rien à ce niveau, mais sache que ça m’inquiète. »  conclus-je avant d’embrayer sur une politesse : thé ou café ?


***


J’aurais été prêt à tout lui céder, même l’idée la plus saugrenue qui soit. Aurait-elle inventé que, pour laisser dernière nous l’horreur de ces mois passés, il convenait de nous inscrire à un saut à l’élastique ou à un tour en montgolfière, que j’aurais saisi la balle au bond sans me poser de questions. Dès lors, bien que je ne sois pas enchanté à l’idée de fêter Halloween, me retrouver avec elle auprès de ces proches que nous aimions et en qui nous avions une totale confiance me plut assez pour que j’accepte son choix de déguisement. Après tout, Gomez Adams, c’était la grande classe…sur un autre cependant. Ce costume de velours ne m’allait pas du tout. Quant à cette petite moustache, elle était ridicule au possible. Autant dire que j’étais tout, absolument tout, sauf beau. « Arrête, j’ai l’air d’un clown. On ne s’improvise pas Gomez comme ça, en toute impunité, et il n’est pas question que j’enfile ce costume rayé là. J’aurais l’impression de sortir de prison, ou qu’on m’y emmènera à la fin de la soirée. Eh oui, je sais, les couleurs sont inversées, mais c’est du pareil au même.» bougonnais-je en posant finalement les yeux sur elle qui enfilait cette robe sirène si près du corps. Elle était si tentante. Je retrouvais ma femme. Elle ressuscitait en même temps que mon désir. C’était beaucoup plus agréable. Nous prîmes du retard. Je me rhabillai lentement, car j’aurais largement préféré rester dans notre chambre pour profiter l’un de l’autre plutôt que de me mêler à notre famille. Pourtant, comme je lui promis avant de partir, je la fis danser.

Nous entâmes un concours de boissons à la con que Munez remporta haut la main. Nous étions tellement ivres, ce qui contrastait avec la mesure de Manuel, Andy fut forcer de venir nous chercher pour nous ramener pour être certain que nous rentrerions entier. Nous chantions des chansons paillardes à tue-tête. Il n’arriva jamais. Tout notre tapage alerta un combi de flics. Les autorités, qui ne sont jamais là quand on a besoin d’eux, mais qui sont particulièrement douées pour ennuyer les honnêtes gens, arrêtèrent, nous contrôlèrent et nous embarquèrent pour une nuit en cellule de dégrisement. « LYYYYLLLLAAAAAA. » criais-je à travers les barreaux à destination de la prison voisine à la mienne. Je ne la voyais pas, j’étais persuadé de pouvoir sentir son parfum. « Tu sais ce que je me dis ? Qu’on devrait prendre des cours de danses de salon. Ça ne te dirait pas d’apprendre à valser ? Mais, vraiment. Ou un rock. Un bon vieux rock acrobatique. » Je pouffai alors que mes compagnons se moquaient ouvertement de moi. Sobre, je les aurais castagnés pour le plaisir. Ivre, je riais avec eux. « Je vais avoir beaucoup plus de temps ces derniers temps. Tout mon temps en fait. Parce que mon père me détestait, mais alors là, il va me haïr jusqu’à la fin des temps. Mais, tu sais quoi ? Ça ne fait rien. C’est bien comme ça. Je ne suis pas heureux dans ce que je fais. Ce n’est pas ce que je veux. Pas si le destin continue à s’acharner sur nous. J’ai envie de vivre. Alors, après les cours de danse de salon, je voudrais qu’on fasse de la plongée sous-marine. C’est cool ça, non ? Ça ne te plairait pas ? »







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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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MessageDim 27 Nov - 19:51

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft le mari marrant




Ma sœur m’avait aimée mais elle avait fini par nourrir pour moi du mépris et beaucoup de rivalité sans que je ne comprenne pourquoi. Elle avait tout pour elle, elle était intelligente, avait un boulot qu’elle adorait et avait pu aller au bout de ses études, elle n’avait pas choisi de faire de sa vie sentimentale une priorité au détriment de ses rêves. Elle avait malgré tout trouvé un mari et avait décidé de construire quelque chose qui venait se greffer à toutes ces belles choses qu’elle possédait déjà. Je ne comprenais pas ce qu’elle m’enviait, elle qui ne cessait de sous-entendre que nous étions plus dégénérés les uns que les autres. Je m’étais toujours persuadée qu’une part d’elle nous aimait malgré tout et qu’elle n’en disait rien par fierté mais elle restait proche de tout le monde parce qu’elle aimait être la réussite de la famille, celle qui relevait le niveau. Elle m’appelait à chaque conflit avec son mari parce que j’étais la seule à savoir et qu’elle n’avait que moi mais certainement pas de gaieté de cœur. Dans les moments de détresse, on en venait à partager ce qu’on avait vraiment sur le cœur, quand on se savait proche de la mort, on communiquait ce qui nous paraissait important, ce qu’on pensait vraiment de ses proches et de ceux que l’on estimait et à mon sens, elle avait partagé le fond de sa pensée et je le gardais en travers de la gorge. Malgré nos différends et nos oppositions, malgré nos différences, je l’aimais du fond de mon cœur, comme j’aimais ma mère même si c’était surtout à distance et me rendre compte qu’elle me jalousait et qu’elle me détestait me fit un mal de chien mais ça m’aidait à mieux accepter sa disparition. Elle n’enviait pas ma vie ou mon courage mais ma chance en amour. Ruben m’en avait fait baver et elle aurait aimé que je lui trouve un remplaçant à la hauteur, pour qu’elle ne soit plus la seule à être mise minable par un homme mais j’avais ramené un type bien. Oh, il n’était pas parfait et il avait ses entrées dans le monde criminel mais il me traitait comme une princesse et me regardait avec les yeux de l’amour. Pour moi, il avait appris à changer, il avait mûri et grandi, pour que nous puissions être heureux à deux et il faisait des concessions mais surtout, son simple nom pouvait me prémunir de bien des horreurs. Et elle ? La fille prodige de la famille se retrouvait mariée à un minable qui la brutalisait à la moindre occasion et dont le nom ne disait rien à personne. Pas capable de l’aimer et encore moins de la protéger. Cela ne pouvait être que ma faute, je l’avais privée de toutes ses chances, pas vrai ? Je refusais de me sentir coupable, je refusais de me sentir mal d’avoir ma part de bonheur, j’avais bataillé pour l’obtenir, je l’avais méritée ! Entre sœurs, la jalousie ne pouvait exister.


« Non et c’est comme ça, ça ne fait que me faciliter les choses ! » La colère me collait aux tripes et je savais que tant que je me trouverais dans cet état, la tristesse ne serait pas capable de me faucher en plein vol. J’étais révoltée, animée par un sentiment d’injustice et une envie de revanche qui me rendaient particulièrement inconséquente, pour le moment, personne ne risquait rien puisque je n’avais pas l’objet de mon mécontentement sous le nez mais ça ne durerait pas éternellement. Mon mari se débattait avec tout ça, essayant de m’aider et je me radoucis en me rappelant qu’il n’y était pour rien dans tout ça. « Je sais, je ne l’oublierai pas ! Merci chaton ! » Je doutais d’être capable de parler de mon père avec qui que ce soit sans exploser et je n’avais pas envie d’aborder le sujet, je comptais couper les ponts proprement et m’épargner sa présence, je n’avais pas besoin de régler quoi que ce soit, je tenais simplement à ce qu’on me fiche la paix désormais. « C’était de ma faute, je ne suis pas facile depuis la naissance du petit, je te présente mes excuses ! » Parce que je pouvais parfaitement imaginer ce qui lui passa par la tête, j’avais pensé à la même chose. Notre dernière conversation avait été une dispute et nous nous serions quittés sur des paroles détestables, ça ne nous ressemblait pas et si j’avais dû prendre la place de Vicky, je n’aurais pas supporté qu’il porte cette culpabilité là pour le restant de ses jours. J’avais l’illusion de gérer la situation à la perfection, le coup avait été rude et je n’étais pas certaine d’être à nouveau sereine dès que je mettrais un pied dehors sans lui mais pour le reste, j’étais en pleine possession de mes moyens, la colère me faisait garder la tête haute et tenait éloignée toutes les autres émotions. Je n’étais pas ravie de me trouver chez mes parents, encore moins de supporter le concert de larmes sur ma connasse de sœur qui n’avait eu que des mots désobligeants pour chacun d’entre nous avant de crever. Elle avait préféré la mort plutôt que de m’accorder sa confiance et de croire en moi et en mon époux. Elle avait craché sur notre nom et sur tout ce que nos frères avaient fait pour nous en se précipitant comme une conne dans la gueule du loup. Peut-être que si elle avait passé moins de temps à oublier ses racines, elle aurait pu laisser son instinct de survie s’exprimer. J’aurais pu lui trouver toutes les excuses du monde mais pas maintenant, pas alors qu’on nous faisait porter le poids de sa mort, à mon mari et à moi. Tout prenait de bien trop grosses proportions en un temps record pour mon hypersensibilité et j’explosai. Je n’étais plus capable de raisonner, mue par la rage et ce sentiment d’injustice dont Victoria planta habilement la graine avant de claquer. Si j’avais su…


Je ne m’attendais pas à un tel retour de boomerang dans les dents et j’aurais préféré qu’il me gifle. Complètement dépassée, j’ouvris et refermai la bouche à maintes reprises, ne sachant quoi lui opposer alors que j’avais l’impression d’être la reine des connes. « Je te présente mes excuses, pour tout ce qui vient de se passer et on fera comme tu l’as décidé. » Je n’avais pas la force de me battre contre lui et encore moins alors que je le sentais proche du point de rupture, tout ça, par ma faute. Je passais du courroux à la tristesse en un temps record et je n’osai plus prononcer le moindre mot, que ce soit entre chez mes parents et chez les Herrera ou bien sur le chemin du retour. Je me traînais pour tout et je refusais de voir du monde, j’avais rappelé cette femme de ménage pour qu’elle se charge de mes courses et je m’occupais de la maison parce que c’était la seule façon pour que je ne pense pas. J’aurais volontiers passé mes journées dans le noir à dormir et c’était d’ailleurs ce que je faisais quand j’avais fini de tout briquer et que le repas était prêt, mais je ne pouvais m’abandonner complètement à ça, pas avec un bébé en bas âge sur les bras. Je m’installai à table avec lui, parfois, je ressentais le besoin qu’il me parle et je lançais un sujet de conversation à la con, juste pour ne pas avoir cette sensation qu’il me détestait complètement mais j’avais l’impression que c’était pire après. Ça me laissait un sentiment détestable et je n’avais pas la force de trouver une solution, pas la force de me battre pour que nous discutions, j’étais épuisée psychologiquement et tout me paraissait insurmontable. Il était lassé de moi et j’attendais avec désespoir qu’il mette un terme à tout ça, pour de bon. Mon seul rayon de soleil était mon petit bout de chou qui redoublait d’ingéniosité pour me faire rire et me changer les idées. Il riait, il souriait et babillait, il pouvait rester des heures contre moi, à me regarder éplucher des légumes ou bien préparer à manger avec un vrai intérêt, quand je ne l’installai pas dans sa chaise où il avait une vue panoramique qui l’enchantait. Son regard se posait sur moi ou il entendait ma voix et un sourire s’épanouissait sur ses traits, gonflant mon cœur d’amour. Quand Lucky rentrait, je les laissais une bonne heure tous les deux, en profitant pour prendre une douche ou m’allonger si je n’allais pas prendre un peu l’air dans le parc du domaine, priant pour ne croiser personne.  Cette ambiance délétère eut raison de mon énergie et de mes espoirs et dans un moment de faiblesse, j’eus envie de défaire le sparadrap d’un coup sec. Des mois comme ça et Dieu seul savait dans quel état je terminerais, il fallait régler ça une bonne fois pour toute. Malheureusement, je n’avais pas prévu que ça tournerait de la sorte, que je me retrouverais à le supplier de m’aimer, exprimant ma tristesse avec un manque certain de dignité, je ne fus pas étonnée de récolter une réaction pareille mais elle fut dévastatrice.


« Mais je ne veux pas divorcer, Lucky ! Je t’ai déjà dit que j’étais désolée pour ça, je ne pensais pas à mal, je voulais… Je voulais qu’ils arrêtent de te faire porter le chapeau… C’est l’image de quelqu’un de bien, que j’ai de toi, Lucky, je… » Je peinais de plus en plus à réprimer mes sanglots alors qu’il vidait son sac, me terminant à coups de pieds alors que j’étais déjà étendue au sol. « Je n’ai jamais pensé que tu ferais du mal au bébé, j’avais peur qu’il t’aime plus que moi et qu’il ne veuille plus que je m’occupe de lui. » Tout ça allait beaucoup trop loin, j’ignorais qui lui avait farci la tête de toutes ses conneries mais je n’étais pas de taille pour lutter contre tout ça, pas maintenant. En d’autres temps, je serais montée au créneau et je lui en aurais mis plein la gueule. Pour ça, il fallait de la force qui me faisait défaut, je me contentai de pleurer à chaudes larme, me sentant abandonnée et accusée à tort. Il était injuste avec moi et je ne le supportais pas. Je lui passais toujours tout, par amour et à chacune de mes erreurs, il me faisait payer un lourd tribut. Je lui en voulais tellement d’être aussi intransigeant avec moi. « Pourquoi je t’aurais parlé de ça alors que tu me regardais à peine ? T’es en colère contre moi, à quoi ça servait que je vienne te parler de ce que je ressentais, tu n’aurais pas écouté !  Depuis tout à l’heure tu m’accuses de trucs horribles, comme si j’étais la pire des femmes ! La seule chose dont tu peux m’accuser c’est de t’aimer beaucoup trop ! Mais toutes ces choses, c’est ce que toi tu t’imagines que je pense de toi mais jamais je… » Mes mots moururent dans un énième sanglot alors que j’essuyai mon visage du plat de la main, peinant à reprendre ma respiration avec ma côte endommagée. Je lui donnai un coup sur l’épaule alors qu’il avouait enfin ce que j’avais besoin d’entendre. « Tu ne pouvais pas commencer par-là ? Putain, me déballer toutes ces horreurs… » repris-je en hoquetant. « C’est à toi, à toi de me dire ce qui ne va pas pour que tu t’imagines que je te déteste comme ça ! T’as peur de quoi, Luciano ? Que je m’en aille ? Que je divorce ? Que je ne t’aime plus ou que je te voie comme un monstre ? Ou bien t’as peur que je me mette en tête que tout ça, c’était de ta faute ? » Je recouvrais à peine mon calme, hoquetant encore par ci par là, me rendant compte que j’avais visé juste à la tête qu’il tirait. « Pourquoi tu veux que je pense que c’est de ta faute ? Pourquoi ? » Visiblement, je n’étais pas la seule à croire que nous étions sur la sellette. Il nous fallait crever cet abcès le plus vite possible avant que ça ne prenne des proportions délirantes dont nous avions l’art.


***


M’éveiller dans un lit vide ne fut pas une surprise mais le faire naturellement et non à cause des pleurs de mon fils, c’était étrange. Je m’étirai, profitant de l’odeur qui venait de la cuisine, me prélassant un moment avant de me lever et de suivre mon estomac jusqu’à la source de nourriture. « Oui, merci ! Merci pour le petit et pour le petit-déjeuner ! » répondis-je en caressant son avant-bras alors qu’il embrassait mon front. Je me penchai sur Ettore pour le couvrir de baisers ce qui sembla l’amuser, il agrippa mes cheveux, tira dessus et finit par lâcher, s’intéressant à plus drôle, apparemment. Je me crispai dès qu’il me parla d’une conversation, j’estimais que nous aurions pu nous en passer jusqu’au prochain millénaire, je n’étais pas d’attaque pour un round 2 et putain, j’avais le ventre vide et je venais de me lever ! « On ira à l’enterrement. » conclus-je sans prendre la peine de tergiverser, quand il faisait cette tête et jouait au petit chef, je pouvais toujours courir pour le faire changer d’avis, d’autant plus je n’avais plus le sexe pour le faire plier. « Je suis désolée de ce qu’il t’a fait et de la manière dont il s’est comporté. Je ne comptais pas le revoir, de toute façon. Tu n’as pas besoin de me demander de choisir entre toi et lui, j’ai déjà fait mon choix quand j’ai dit oui ! Il nous doit des excuses et tant qu’il ne l’aura pas fait et que tu ne les auras pas acceptées, je n’envisagerais pas de le revoir. » Je tendis le bras pour me servir un truc à manger, mon humeur perdait en éclat et je ne voulais pas que nous nous disputions de bon matin, surtout pas sous le nez du petit et manger était le plus sûr pour tout le monde. Je croquai dans une pâtisserie pour finalement l’engloutir en un temps record avant de choisir du thé, me laissant le temps de digérer sa requête et de me convaincre de ne pas m’emporter sur la question, j’étais hyper susceptible dès qu’il était question de mon rôle de mère. « Je vais bien, je suis fatiguée avec le contrecoup et la situation entre nous mais pas parce que j’allaite notre fils. Si ça devait devenir un problème, j’arrêterais. Mais j’aimerais le faire le plus longtemps possible, c’est bon pour lui et ses anticorps. Il sera en meilleure santé ! Je ne travaille pas, je n’ai pas d’excuses de passer au biberon. » Comme si le sort voulait donner raison à Luciano, j’attrapai un truc qui courait et je fus dans un si mauvais état qu’il fallut qu’il se débrouille seul avec le petit et donc son alimentation. Mon traitement étant lourd et possiblement dangereux pour le petit, je dus renoncer à mon rôle de mère parfaite, ce qui fut un sacré coup dur et ne fit qu’accroître cette tristesse qui avait du mal à me quitter ces derniers temps. Le seul avantage fut que je pouvais boire sans crainte. Je levai le coude avec cœur, profitant de cette occasion pour lâcher un peu du lest et décompresser. Comme toutes les bonnes choses, ça se termina au commissariat, dans une cellule et cette fois, il ne faudrait pas compter sur Lucky pour venir me chercher puisqu’il était dans la cellule voisine.


Je ricanai à sa proposition, accrochée aux barreaux comme si ma vie en dépendait. « Danses de salon, on appelle ça ! Oui ! On fera ça, on est plutôt doués pour toutes les activités en duo ! » Ca fit rire grassement nos compagnons de cellule, j’étais trop ivre pour me souvenir du sens du mot pudeur. « Ne dis pas de conneries, bébé, ton père t’adore et tu adores ce que tu fais ! Y a de fortes chances qu’il soit fâché quand il apprendra qu’on est là mais ça ne durera pas, ne te met pas martel en tête ! Et puis plutôt que de la plongée, on ne pourrait pas retourner faire un tour dans les bars, comme au bon vieux temps ? » Je lui en énumérai certains, nos meilleures bagarres et sans doute les moments où la tension sexuelle était la plus élevée entre les deux amis que nous étions supposés être. « Et si on passait notre permis moto, hein ? Ce serait cool ! La vitesse ! Ce serait bien, non ?! » Nous échangèrent des idées plus folles les unes que les autres jusqu’à ce qu’on vienne nous libérer, je bondis sur mon époux pour l’embrasser, jouant avec la patience du flic. « Tu nous as fait libérer par télépathie ? Y a d’autres trucs que tu sais faire comme ça ?! » Je le taquinai jusqu’à ce que nous émergions dans le petit commissariat et que nous nous trouvâmes nez à nez avec Ettore. J’eus une folle envie d’éclater de rire, c’était nerveux et je baissai les yeux pour ne pas céder. J’étais trop ivre pour m’inquiéter, je me contentais de trouver ça terriblement excitant et je ne manquai pas de le souffler à mon compagnon d’infortune. Demain, j’aurais tout le temps de penser à ce qu’il risquait et à la manière dont je pourrais tenter de le sortir de la mouise mais demain, c’était loin.


***


« On va où ? » m’enquis-je alors que je le voyais préparer les affaires du petit pour les fourrer dans le sac à langer et le déposer chez sa mère. « Tu verras ! » me répondit-il avec un sourire, celui qu’il affichait quand il était fier de lui et j’ignorais encore si je devais m’inquiéter ou pas. J’enfilai un de mes éternels jeans, des baskets et un gros pull informe. Il refusa de me répondre les autres fois où je posai la question et préféra alimenter la conversation autrement, me parlant de Jez et de la manière dont il tentait de l’aider pour qu’elle puisse gagner un peu plus de libertés avec Gaby. « Il n’a que 23 ans et il se comporte comme un type qui vit dans les années 50, je la plains de tout mon cœur parce qu’il va pas lâcher si facilement. Moins elle s’intégrera plus il aura d’emprise sur elle et même si ton frère est un type gentil, sa femme doit rester sous sa coupe. Vision à l’ancienne, tout ça ! Et même si j’aimais pas trop que tu la complimentes, parce que ça me met la rage que tu aies des compliments pour d’autres, c’est une gamine super et travailler avec toi avait l’air de lui faire beaucoup de bien. Je trouve ça dommage qu’il l’ait pris comme ça. » lui dis-je avec sincérité, il avait toujours le droit à ma franchise. Il n’était pas l’homme le plus facile du monde mais c’était le mien et j’adorais sa patience et son dévouement, je posai ma main sur la sienne, réalisant combien j’avais de la chance. « Tu sais que je t’aime, pas vrai ?! » lui dis-je avec un sourire béat pour venir déposer un baiser au coin de ses lèvres alors qu’il insistait sur le fait qu’il ne me dirait rien, ce qui me fit rire. « Si j’avais voulu te faire parler, j’aurais ouvert ta braguette, ça marche à tous les coups ! Arrête de faire comme si c’était faux, tu sais très bien que si et d’ailleurs, l’inverse est vrai ! » Je pouvais admettre tout ce qu’il voulait quand il me tenait par le plaisir et il en jouait parfois, quand la situation l’exigeait. A vrai dire, c’était un de nos jeux favoris. Nous nous chamaillâmes comme deux gosses jusqu’à ce qu’il arrête la voiture devant un endroit que je ne connaissais que de nom. Il me dit de descendre et de le suivre. J’eus le droit à une visite guidée parmi les filles qu’il ne regarda pas une seule fois, ce qui fit du bien à mon ego, je me sentis obligée de venir lui prendre la main pour l’embrasser avant que nous reprenions notre parcours. Il finit par m’installer dans un bureau et me regarda, attendant sans doute que je lise dans ses pensées. « Je ne sais toujours pas ce qu’on fait dans le bar à putes que tenait Carolia ! C’est un bel endroit, si tu veux mon avis mais y a des trucs à revoir, ça fait vraiment trop cliché et y a pas beaucoup d’exotisme, j’en toucherai un mot à Carolia, c’est toujours elle qui tient ça ? » Il fit non de la tête et je dus tirer une drôle de tête puisqu’il ricana. « Alors c’est qui ? »


 





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MessageVen 2 Déc - 22:27

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft la patience incarnée



Je venais de tuer un homme par balle, un homme qui appartenait à la famille de mon épouse, mais qui représentait une menace pour elle et qu’est-ce que j’y gagnai ? L’expression de son mépris. Rien d’étonnant à ce que je lui déclame avec humeur tout mon ressentiment. J’étais furibond, hors de moi-même et ses excuses ne firent qu’empirer mon état. Elle ne ressemblait en rien à celle que l’on offre avec humilité. Non. Elle prenait les atours du pardon scandé comme une litanie par un gosse qui ne comprend pas ce qu’on lui reproche et qui espère qu’on lui fichera la paix. M’aurait-elle invité à fermer ma gueule sans ménagement et avec panache que j’aurais largement préféré à ce genre d’insultes. C’était pour moi aussi blessant qu’irritant, si bien que je manquai d’indulgence envers ce qu’elle venait de vivre. Bien sûr, je ne déniai pas qu’elle avait traversé des heures horribles durant lesquelles chaque goulée d’air dans ses poumons était une victoire sur la mort. J’étais par ailleurs toujours inquiet des conséquences sur son moral et sur nous. La culpabilité ne me quittait plus, mais de mon point de vue, je payais cher mes faiblesses et mon échec. Je ne méritais pas qu’elle me traite avec un tel dédain sous prétexte que nous nous étions disputés avant son kidnapping et que mon système de sécurité comportait des failles. Très cher même, car c’était bien de ça dont il s’agissait. J’en étais certain. Au contraire, ne se serait-elle pas confondue en explications ? Ne se serait-elle pas défendue en invoquant la peur, l’épuisement psychologique, la souffrance pour la perte récente de sa sœur, les circonstances et sa déception par rapport à son père ? Au lieu de ça, elle avançait que celui-ci tiendrait toujours une place dans sa vie à la défaveur de ma réputation et de mon ego, alors qu’il aurait mieux valu qu’elle me confie ce qui se cache au plus profond de son cœur. C’était ce que j’espérais d’elle : qu’elle nourrisse assez de foi en moi pour m’utiliser comme un antidépresseur, qu’elle me parle davantage, quitte à m’assommer de reproches. Je pourrais les comprendre. Je m’y étais préparé, mais pas à ça. Pas à ce désaveu qui faisait sens désormais. Toutes nos querelles à propos de notre enfant et la distance qu’elle nous imposait trouvaient sa source dans sa méfiance. Difficile de me montrer magnanime. Je l’aurais été si elle avait profité de ma colère et de ma frustration en cherchant à m’attendrir, en me ramenant à la réalité de ces derniers jours, tout simplement, donc, autrement qu’en racontant maladroitement ce qu’elle s’imaginait être bon pour nous, croyant fermement que c’était exactement ce que j’avais envie d’entendre.

Résultat des courses, je me refermai comme une huître, l’observant avec anxiété s’animer par réflexe ou par obligation. Elle nettoyait et s’occupait du gamin, mais elle ne s’habillait que pour enfiler des guenilles et ne parlait jamais que pour échanger des banalités. Ça me rendait malheureux, certainement parce que j’attendais encore qu’elle se souvienne que j’étais de son côté, que j’étais là quand Ruben dépassa les bornes en colportant d’ignobles rumeurs à son propos, que j’avais respecté toutes mes promesses, pas toujours aussi rapidement que je ne l’aurais voulu puisqu’elle ne dépendait pas toute de ma volonté – Caitlyn en était le plus bel exemple – mais je m’employais à ne jamais la décevoir. Qu’étais-je exactement à ses yeux ? Le père de son enfant ? Le type pour lequel elle renia ses principes et qu’elle avait épousé pour cette seule raison ? Pour son honneur ? Ça ne collait pas. Elle m’aimait. J’en étais convaincu.

Avant la naissance de notre fils, j’aurais parié mon empire et celui de mon paternel sans me tracasser d’y perdre mes culottes. Elle était folle de moi, mais il ne restait plus rien désormais. Plus de passion. Plus de complicité. Plus de sexe. Plus la moindre confidence. Néant. J’en souffrais tous les jours un peu plus, ce qui justifia sans doute ma réaction peu légitime lorsqu’elle lança une bouteille dans l’océan de vide qui me remplissait le cœur. J’oubliai toute notion de délicatesse, mélangeant les idées. Je commençai par la fin avant même de songer à la rassurer. D’abord les reproches, puis les explications et finalement les excuses. C’était stupide, mais si spontané que je ne réfléchis pas vraiment à la manière d’accoucher de mon inquiétude pour mon couple et de la douleur que son comportement générait en moi. Je ne parvenais pas à m’ôter de la tête que tout ça n’était qu’une punition. « Mais, je me fous de ce qu’il pense de moi, c’est ce que toi tu penses qui m’intéresse. Alors, comment tu crois que je me sens quand tu me fais des trucs comme ça ? Lyla, j’ai besoin d’être certain que je peux compter sur toi pour ne pas aggraver une situation sans réfléchir, et si tu n’y arrives pas, si c’est au-dessus de tes forces, alors parle-moi. Ne me laisse pas me mettre n’importe quoi dans la tête. » avouais-je en gardant ses mains dans les miennes, ses mains que je portai à mon cœur dans un même mouvement. « Allez, arrête de pleurer, s’il te plaît. Ce n’était pas ce que je voulais. » J’aspirais à ce qu’elle soit heureuse à ses côtés. Je voulais aussi qu’elle se sente assez en sécurité pour cesser de jouer à tout prix les femmes fortes. Avec les autres, je comprenais, mais pas avec moi ! À quoi est-ce que je pourrais bien servir si elle se relevait sans moi et si elle se berçait de l’illusion d’en être capable ?

De son attitude, j’entendais : oui, j’ai besoin de toi, mais pas tout le temps et pas pour tout non plus. C’est juste pratique de t’avoir sous la main pour une partie de jambes en l’air et pour ne pas regarder la télévision toute seule le soir, mais ça se limite à ça. Elle ne s’imaginait pas à quel point c’était douloureux d’y penser, même si c’était faux, le doute fait mal et il n’y a pas de fumée sans feu. J’en arrivais à me demander si, au vu de sa détermination à m’éloigner de mon fils, elle tolérerait, dans une situation similaire à celle connue par ma sœur, que je l’aide à se déplacer, à lacer ses chaussures, à la soigner, à se laver ou à s’habiller. Mon erreur, finalement, c’était d’avoir négligé l’importance du lien qui unit une mère à son fils. Elle débordait d’amour pour lui. C’était normal. Maintenant qu’elle était forcée de le partager, qu’il était sollicité de toute part, elle se sentait menacée sur son propre territoire. Et, ça aussi, je l’intégrais à présent qu’elle était franche. « Comment veux-tu qu’il puisse m’aimer plus que toi ? Tu es sa mère. Il aura toujours besoin de toi, bien que de moi. Tu l’as porté pendant deux mois. Il reconnaît l’odeur de ta peau, tu l’allaites. Personne ne pourra être plus nécessaire à son équilibre que toi, pas même moi. Mon cœur, tu es son tout et personne ne te le prendra ou t’empêcheras d’être aimée de notre enfant. » lui jurais-je en caressant sa joue.

J’essuyai une larme de mon pouce et j’en ramassai une autre près de ses lèvres d’un baiser. « Pourquoi ? Parce que je suis ton mari, ce qui veut dire que tu n’as pas besoin que je te regarde pour me parler de ce qui t’angoisse. Même si je tire la gueule, je t’entends et ça, ça veut dire que je reviendrai forcément. Ce n’est pas ce qui vient de se produire ? » Je m’exprimai avec douceur face à détresse, car ça n’avait rien d’un reproche, ça tenait davantage d’un conseil pour l’avenir. « Même quand je suis en colère, je t’aime. C’est même pour ça que je suis en colère d’ailleurs. Tu préférerais m’indifférer ? Parce que moi, je ne le supporterais pas. C’est pour ça que je ne t’accuse pas. » Ou plus, grâce à ses éclaircissements. « J’utilise des mots percutants parce que je suis blessé ou parce que j’ai peur. Je suis peut-être maladroit, je te l’accorde, mais tu as confiance en nous, non ? Tu sais que je tiens à tout ce qu’on a ? Alors, ne me laisse pas ruminer dans mon coin en faisant la même chose de ton côté. Tu as vu ce que ça donne ? Je me comporte comme un égoïste mal aimé et je fais pleurer. Et je n’aime pas quand tu pleures par ma faute. » Je me pressai contre elle, mes mains vagabondant sur les courbes de ce corps qu’il me tardait de réapprendre par cœur. Sans doute avait-elle raison. Nous avions besoin de retrouvailles enflammées, tout comme cette conversation nous était nécessaire.

Je saisis la balle au bond pour lui répondre, non par réelle envie, mais parce que je ne pouvais prétendre à lui donner des conseils que je ne respectais pas moi-même. Je n’en menais pas large cependant. Je craignais qu’en lui confiant le fond de ma pensée, celle qu’elle serait la seule à apaiser, je plante dans sa tête une mauvaise graine. Car oui, oui, j’avais peur qu’elle voie aussi détestable, monstrueux, égoïste et coupable que moi quand je croise mon reflet dans une flaque d’eau croupie, dans une vitrine, dans un miroir. « Un peu tout ça à la fois, ce qui a contribué à ce que je vive mal ton comportement chez tes parents. C’est comme si, toi aussi, tu me pensais responsable et que tu t’étais sentie obligée de clamer haut et fort que ce n’était pas vrai. Mais, j’ai ma part, Lyla. Tu étais là parce que tu voulais me ramener de la bouffe. Ce n’était pas les gars habituels avec toi, donc, pas les meilleurs, mais je t'ai laissé partir. Je te l’ai demandé. Il m’a fallu trois jours pour te retrouver. Trois putain de longs jours. Tout ça parce que je n’ai pas été fichu de veiller sur toi, alors que je savais ce que ton père prévoyait et que j’avais déjà reçu un avertissement avec le cabaret. » Qui n’était toujours pas rénové. « J’ai essayé d’être courtois avec ton père pour qu’il arrête ça. Mais, je lui avais trouvé les noms moi-même. Il m’a devancé et je n’ai rien fait, à part te rendre malheureuse en profitant du petit pour t’enfermer à la maison au lieu de te dire toute la vérité. J’ai laissé ton père aux commandes et de tout ça, je suis coupable, et je me dis qu’un jour ou l’autre, tu regarderas par-dessus ton épaule, que tu le réaliseras et que tu te diras que tu as épousé un assassin, doublé d’un incapable et que tu finisses par me quitter. C’est de tout ça dont j’ai peur.»  En autorisant ces révélations à sortir de ma bouche, je ne souhaitais pas tant qu’elle me rassure, mais que nous laissions tout ça derrière nous, que je puisse enfin endosser le rôle qui était mien. Je nourrissais également l’espoir qu’elle nomme l’état dans lequel elle se trouvait, non pas sur l’instant, mais celui au lendemain de sa détention et qui subsistera pour les semaines à venir. « Si tu m’en veux pour quelque chose, dis-le-moi, Lyla, que j’aie au moins une chance de me faire pardonner.» ou de me pardonner, ce qui aurait été lus proche de la vérité. Néanmoins, nous nous adorâmes une bonne partie de la nuit, sans nous forcer, sans autre invitation que l’appel mutuel de nos deux corps. Elle m’avait manqué. Dieu seul en connaît l’ampleur. Le lendemain, ragaillardi, encore un peu assommé, mais déterminé, je poursuivis la conversation de la veille devant un petit-déjeuner confectionné par mes soins, croissants compris.

Je remportai une bagarre de taille contre son père et, si j’étais satisfait, son absence de combativité m’effare assez pour que j’en bafouille et que je lui concède la victoire sur l’allaitement. J’y reviendrais plus tard. Du moins, était-ce ce que  j’avais prévu dans l’éventualité où le sort ne s’en mêle pas. Une grippe la cloua au lit. Elle renonça à nourrir notre fils naturellement et je me transformai en infirmier pour mon plus grand plaisir. Nous en profitâmes pour aborder la question d’Halloween et, c’était entendu, nous serions présents, elle, sexy, et moi, ridicule à en crever. Ce fut une soirée mémorable à tout point de vue. Nous nous amusâmes franchement sans doute un peu trop, puisque nous nous retrouvâmes au cachot - séparé bien sûr – sans trop savoir comment. Ça devait être un truc comme ivresse sur la voie publique, mais je n’en étais pas certain. J’étais bien trop hilare. J’étais d’humeur à copiner et à intégrer ce « beau » monde à notre conversation ! Tous mes compagnons éphémères et galère y ajoutèrent leur grain de sel. « La danse de salon, c’est pour les vieux. » « Un mec qui danse c’est trop sexy » « Sauf Gaby » « C’est qui ce Gaby ? », etc.

Evidemment, si j'avais trop bu, je ne l’étais pas assez pour divulguer qui j’étais ou ce que je faisais. J’y fis une allusion à mi-mots quand je prétendis détester ce qui occupait mes jours et mes nuits. Lyla me ramena et j’admis de bonne grâce qu’elle était dans le juste, sauf pour mon père. Je n’entrais pas dans les détails, m’interdisant d’envisager les conséquences de mon arrestation et de mon état d’ébriété. Peut-être que cette sortie prématurée n’était pas de son fait. Je déchantai en tombant nez à nez sur un Ettore furieux, mais un regard pour mon époux qui luttait contre son fou-rire l’emporta sur ma gravité surjouée. J’éclatai d’un rire nerveux et joyeux tout à la fois. Incapable de me maîtriser, les larmes me montèrent aux yeux et je peinai tituber jusqu’à la voiture. Lyla, qui n’était pas une béquille des plus solides, chancelait sous mon poids tandis que je m’accrochais à elle, me tenant fermement le ventre. Le silence de mon papa, celui qui présageait le pire, ne suffit pas à me calmer, mais lorsque nous arrivâmes sur le domaine, je dessaoulai dès qu'il m’ordonna de le suivre chez lui. « Je n’en ai pas pour longtemps. Sors quand même un steak du congélo et des glaçons, on ne sait jamais. » glissais-je à l’oreille de mon épouse sur le ton de la plaisanterie. Je ne croyais pas si bien dire cependant. Je passai à peine la porte qu'Ettore me décocha un coup de poing qui aurait tôt fait de me déboîter la mâchoire. J’en pris pour mon grade, physiquement et psychologiquement également. Entendre mon père rabâcher ces règles ancestrales auxquelles nous devons nous tenir pour ne pas être sauvagement assassinés. Il ajouta que le drame récent qui frappa ma femme lui était intolérable et je fus révoqué, provisoirement, jusqu’à ce qu’il relativise, ce qui, le connaissant, pouvait durer des mois. Je rentrai chez moi plier en deux, le visage en sang, mais souriant. Si cette mise à pied profitait à Gabriele, personne n’en souffrirait, bien au contraire. Quant à moi, je jouirai de plus de temps pour mener à bien, avec le concert de Manuel, le projet que nous laissâmes en suspens par la force des choses.


***


Après cette période de vache maigre, je n’étais pas seulement pressé d’offrir à ma femme un nouveau défi à relever – bien avant qu’elle le réclame, ce qui me plaisait encore plus – j’étais également excité comme une puce. Dans la voiture, je manquai de cracher le morceau à maintes reprises au mépris de l’effet de surprise. Et, je l’aurais fait si elle ne m’avait pas lancé sur un sujet qui me tenait particulièrement à cœur : jez, Gaby et leur mariage arrangé. Dans l’absolu, j’étais d’accord avec le jugement de Lyla, mais je défendais mon frère par principe. Sa place était délicate, sa chaise branlante, et j’eus beau murmurer à l’oreille de mon père tel un Robert Redford à des chevaux têtus, je n’obtins pas les mêmes résultats. Je me contentai donc de répondre à ma on épouse le plus laconiquement possible, arguant que ce qu’il vivait n’était pas bien différence de notre histoire. « Quand on s’est rencontré, ce truc avec les Irlandais, ça n’a pas été facile non plus. On avait du mal à nous entendre et personne n’aurait voulu de ta place. Mais, je mets ma main à couper que la mienne n’était pas enviable non plus. Il faut se mettre à sa place trente secondes, il s’accroche à ce qu’il a, c’est-à-dire, ses manières complètement désuètes, je te l’accorde, mais qui lui donne l’impression d’avoir gardé un minimum de contrôle sur sa situation. Il n’avait pas l’intention de revenir ici. Quant à jez, travailler avec moi avait beau lui plaire, j’étais en train de faire pire que mieux. » soupirais-je en lui rapportant ma dernière conversation avec mon frère. « Tu crois que c’est le mariage arrangé qui leur complique la vie à ce point ? » m’enquis-je soudainement en songeant au sort que l’on réserverait tôt ou tard à Bianca.

Que Mani accepte ou non la proposition de mon père, son destin était scellé à cause du comportement du sien. « Parce que, tu sais, c’était le premier, mais je pense que ce ne sera pas le dernier et je doute que le hasard se montre clément deux fois. Cinzia et Mani ont eu de la chance que ça se soit passé comme ça, parce que ça leur facilite la vie, mais Bianca... ? Elle est jeune, mais son père a brassé tellement de merdes qu’elle va forcément ramasser les pots cassés. C’est injuste, mais c’est comme ça. C’est même un peu plus qu’un projet pour tout t’avouer et je t’avoue que je ne sais pas trop quoi en penser. » Je lui racontai ma dernière conversation avec Manuel, sa peine et son besoin de vengeance contre Achille. « Il obtiendra ce qu’il veut par rapport à lui, qu’il choisisse ou non de marier Bianca à un de ses hommes, mais je crois que je préférerais qu’il accepte cette proposition pour patienter. Pas que je sois pressé qu’elle se marie, mais parce que j’ai peur de celui qu’on choisira pour elle si elle n’est pas sous la responsabilité de Mani. » Lyla ne l’appréciait pas beaucoup. À la genèse de notre histoire, elle le décrivait comme un monstre impitoyable – ce qu’il pouvait être – incapable d’aimer quelqu’un d’autre que lui-même. Aujourd’hui, au vu de son comportement avec ma sœur, j’espérais qu’elle ait changé d’avis, non pas que je tenais particulièrement à ce qu’elle l’estime, mais parce que j’avais besoin qu’elle se montre la plus objective possible pour m’aider à mettre de l’ordre dans mes idées. Elles n’avaient rien de très réjouissant d’ailleurs, mais elle adoucit cette humeur tantôt joyeuse qui se ternissait grâce à quelque plaisanterie et sa volonté d’apprendre toutes les raisons de cette escapade au cœur de Manhattan. « Viens, je vais te faire visiter » la hélais-je en lui rappelant que, moi aussi, j’étais fou d’elle.

La visite guidée fut rapide et particulièrement instructive. Lyla était concentrée et intéressée. A moins qu'elle se sente uniquement flattée de mon indifférence envers ses filles que je considérais avec le même respect qu’à ma première paire de chaussons. « Première chose, ce n’est pas un bar à putes. Enfin, dans les faits, si, c’est ce que c’est, mais on appelle ça un bar à champagne. Parce que le champagne, c’est chic et cher. C’est un vrai produit de luxe. Ensuite, pourquoi est-ce que tu veux discuter avec Carolia de la décoration d’un bar qu’elle ne tient même plus ? C’est avec les nouvelles propriétaires que tu devrais en discuter, non ? Je suis sûre qu’elles seront d’accord avec toi d’ailleurs, mais… dis-moi, je suis curieux. Qu’est-ce que tu changerais ? » Je l’écoutai attentivement me faire part de toutes ses idées, un sourire conquis sur les lèvres. Cet enthousiasme, cette passion dans ses explications alors qu’elle n’était toujours pas au courant qu’elle pourrait faire de cet endroit ce que bon lui semblerait, c’était de si heureuse augure. « Ça m’a l’air pas mal… Je n’ai rien à redire, c’est parfait.  Tu es parfaite, bébé. » Jusqu’alors assis sur le vieux bureau de bois, je me penchai vers elle pour lui ravir un baiser. « Et, tu pourras en discuter avec Cinzia quand tu la verras. Contacter des entrepreneurs. » Je récupérai une liste de noms qui traînait à côté d’une bécane obsolète qui tournait encore sur Windows 3.1. « Parmi ceux-ci… et leur demander des devis, car c’est pour vous deux. Enfin, si tu en veux. Je ne sais pas ce qu’il en est de la Maruzella, mais je pense que l’idée de bosser avec toi devrait suffire à la convaincre. Ça fait un moment que Mani et moi travaillons sur ce projet pour vous. Vous faites une super équipe toutes les deux et que vous vous voyiez souvent ou non n’y change pas grand-chose et ça nous soulagerait de savoir que c’est en de bonnes mains. Alors, ça t’intéresse ? Tu as le droit de refuser. Il n’y a pas d’obligations. On te trouvera autre chose, c’est pas très grave. » Je serais déçu, mais je m’en remettrais. « Tu n’as jamais supporté rester à la maison. Tu n’allaites plus et ta vie ne peut pas exclusivement tourner entre Ettore et moi. Je le sais depuis longtemps… »






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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
ADMINE ET PUNITRICE

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MessageLun 12 Déc - 0:21

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le mari marrant




Je partageais tout avec Lucky, parce qu’il était plus que son mari, il était mon meilleur ami. Je pouvais me livrer sans crainte, partager mes inquiétudes et mes blessures, il me protègerait et chercherait toujours une solution avec moi, s’il ne se contentait pas de jouer l’oreille attentive dont j’avais besoin. Mais après sa réaction dans la voiture, suite à l’assassinat du mari de ma sœur, je n’osai plus rien dire, je le sentais sur la corde raide et j’avais peur d’en rajouter une couche avec tout ce qui m’animait et qui n’avait pas grand-chose de réjouissant. Mon seul bonheur c’était lorsque je me retrouvais avec mon fils, à lui raconter des histoires, à le voir sourire et rire, comme le petit garçon épanoui qu’il avait l’air d’être. Même si nous ne partagions plus grand-chose, j’aimais que Lucky soit là, avec nous, c’était le moment où je me sentais la moins anxieuse et où j’avais l’impression de renaître un peu. Tout prenait des proportions démesurées parce que j’étais sensible, qui ne le serait pas après un événement pareil ? Je ressassais, encore et encore, me demandant si je n’aurais pas pu sauver ma sœur, si elle pensait vraiment ce qu’elle m’avait dit avant de mourir et ce qui aurait pu être autrement si j’avais davantage préparé mon accouchement et ma nouvelle vie de famille. C’était de ma faute, cette dispute et celles qui suivirent, j’en portais la responsabilité et je me sentais mal par rapport à ça. Je faisais de mon mieux pour tenter d’aller mieux mais chaque jour apportait son lot de déception et de tension et je revenais à la case départ. Je ne m’intéressais plus à rien, je vivais dans ma bulle et m’en sortir était difficile. Cinzia était obligée de venir jusque chez moi pour espérer me voir, j’étais heureuse qu’elle ne se soit pas arrêtée à ce que j’avais demandé, elle me faisait faire un tour du parc avec le petit et les chiens, elle me proposait des activités qui animaient un peu mon quotidien. Elle tentait de m’apprendre à tricoter, tout en me racontant les dernières nouvelles et en se montrant compréhensive. Sans son acharnement et sa ruse, j’aurais annulé chacun de nos rendez-vous, sans doute était-ce la raison pour laquelle elle passait systématiquement à l’improviste. J’aurais aimé que les choses soient aussi simples avec son frère. J’ignorais quel était le problème et je ne faisais rien pour qu’il m’en parle, sans doute parce que je redoutais la réponse ou bien parce que je n’avais pas la force de faire ce qui m’incombait depuis les débuts de notre couple : régler ce qui nous opposait. Je m’attendais à un miracle, à ce qu’il réalise que ce serait plus simple et plus rapide s’il me tirait les vers du nez, s’il m’obligeait à me confier alors que je craignais sa réaction si je me livrais sur mon ressenti. Il me balancerait une remarque bien sentie dans les dents, ce qui me ferait plus de mal que de bien, au fond, les banalités n’étaient-elles plus simples ?



Visiblement pas ! Il me manquait et je lui exprimai aussi clairement que possible et il se montra aussi acide que j’aurais pu le craindre, heureusement pour moi, il semblait ouvert à la discussion. S’il avait mis un frein à ma volonté de recoller les morceaux, je n’aurais plus essayé. Je crus que c’était ce qu’il faisait, d’ailleurs, en me balançant toutes ces saloperies. Il me rassura enfin, redevenant l’homme doux et attentif qu’il était qu’avec moi. « J’étais tellement fatiguée, Lucky. Je pensais bien faire et je ne voulais pas me battre avec toi, je ne voulais pas que tu me regardes avec ces yeux… Ceux qui disent que tu me hais, je ne pouvais pas et tu étais tellement en colère… » Je sanglotai alors que je tentais de lui faire comprendre que je n’avais pas abandonné, ni lui, ni notre couple, je manquais seulement de force et d’énergie et je ne pouvais m’engager dans un combat perdu d’avance avec le peu que j’avais en stock. Tant bien que mal, je lui livrai des explications sur mon état d’esprit et les raisons de mon attitude, de cette impression que j’étais plus vraiment moi-même. Et pour cause, je ne me disputais plus avec lui alors que c’était pourtant notre langage, notre façon de communiquer. Quand nous ne nous étions pas disputés depuis trop longtemps, l’un de nous trouvait une peccadille et lançait les hostilités, plus elle était passionnée et violente, plus les réconciliations valaient le détour. Mais ces derniers temps, je m’étais contentée de lui servir des acquiescements et aucune opposition, forcément, il s’était dit que ça ne tournait pas rond mais plutôt que de se dire que ça venait de moi, il avait dû se figurer que je me mettais à le détester et que je pensais sincèrement à le jeter. Comme si ça pouvait me traverser l’esprit ! Je ne pensais qu’à lui à longueur de temps, je respirais pour lui et je ne m’animais que pour lui, vivre sans sa présence relevait de l’impossible. Quand j’y pensais, je trouvais ça inquiétant, parce que je risquais gros s’il se lassait un jour. « Je sais que c’est stupide et si tu savais comme je m’en veux que ça ait causé tant de problèmes entre nous, sans ça, je n’aurais jamais eu à aller prendre l’air et rien de tout ça ne serait arrivé. » Notre fils avait été un sujet de discorde et je trouvais ça détestable. Quelle bonne mère accepterait une chose pareille ? Ses gestes tendres me touchèrent en plein cœur et me firent un bien fou, c’était précisément ce dont j’avais besoin. Je fermai les yeux un instant, heureuse de le retrouver. « Oui. Je sais pourtant que tu m’aimes et que tu reviens toujours vers moi, je suis désolée, mon poussin ! Oui, bien sûr que j’ai confiance en nous et que je sais que tu es heureux de ce qu’on a, je ferai mon possible mais parfois, Lucky, toi tu ne devrais pas hésiter à venir vers moi. Je fais souvent un pas vers toi mais il arrive qu’on manque de force et je … Les rôles peuvent parfois s’inverser, ce n’est pas grave, pas quand on s’aime autant que nous ! »


Il se pressa contre moi et je l’enlaçai, m’enivrant de son odeur, passant une jambe sur lui, mon nez dans sa nuque que j’inondais encore de larmes. « Mon chaton, ce n’est pas ta faute ! Comment ça pourrait être ta faute ? J’étais protégée ! Je suis allée te chercher à manger parce que je voulais me faire pardonner, tu m’as mis à la porte pour notre bien, parce que je déconnais à plein régime et il ne serait rien arrivé sans les conneries de Javier ! Tu as fait tout ce que tu pouvais, tu le fais toujours ! » Je m’écartai un peu de lui pour pouvoir le regarder dans les yeux, grâce à la lampe de chevet que je n’avais toujours pas éteint. Je lui caressai le visage et je déposai mes lèvres sur les siennes. « Je sais qui j’ai épousé, ce qu’il fait et pourquoi il le fait ! J’aime tout ce que tu es, Luciano, tout ! Le bon comme le mauvais, parce que rien ne me semble vraiment mauvais chez toi ! Personne n’est parfait et bon jusqu’aux tréfonds de son âme, ça n’existe pas ! Tu n’es pas un incapable non plus, tu as vu tout ce que tu as déployé pour me retrouver ? Je savais ! Je savais que tu ne me laisserais jamais ! Je l’avais dit à Vicky, elle refusait de me croire mais je le savais ! Tu sais pourquoi ? Parce que t’es un homme digne de confiance, qui prend soin de ce qu’il a et surtout de moi ! Je ne compte pas te quitter ! Ma vie n’aurait plus de sens sans toi !  Et avec qui je pourrais aller couper la main d’un connard qui m’emmerde, hein ?! Notre force, mi amor, c’est qu’on est conscient et qu’on embrasse la folie de l’autre ! » Nous étions sur la même longueur d’onde, je comprenais ses excès et il comprenait les miens, je le soutenais quoi qu’il fasse ou décide et il prenait sur lui pour me donner assez de liberté pour que je m’épanouisse. Nous étions aussi fusionnels que devaient l’être des âmes sœurs. « La seule chose pour laquelle je t’en veux, poussin, c’est d’être aussi intransigeant avec moi ! Tu ne me permets jamais d’avoir des périodes de moins bien, de ne pas être parfaite selon l’idée que tu te fais de moi. J’aurais parfois besoin que tu sois plus indulgent, parce que ça me fait de la peine. J’ai l’impression de ne pas être à la hauteur de toi et ça me rend malheureuse, parce que je déteste te décevoir. » Je crus qu’il se contenterait de me prendre dans ses bras et de me couvrir de tendresse mais nous nous concoctâmes des réconciliations dignes de nous. Nous dûmes composer avec mon état mais je fus heureuse de le retrouver. J’eus l’impression de lui appartenir autant que de le retrouver. Et si je le retrouvais, je me retrouvais également par la même occasion. Après ça, je pouvais lui céder tout ce qu’il voulait, tant que ça ne touchait pas à mon rôle de mère et à ce que j’avais envie de faire pour le bien-être de notre bébé. Le sort lui donna raison et je dus céder mais j’eus l’impression que ça nous aida plus qu’autre chose.


Cette soirée d’Halloween nous permit de lâcher un peu la pression, nous flirtâmes comme deux adolescents, dansant et riant comme si nous étions seuls au monde. Finir au poste ne faisait pas partie de nos projets et encore moins en sortir grâce à Ettore mais je ne pus saisir la gravité de la situation que lorsque nous nous retrouvâmes sur le domaine après avoir ri et blagué tout le long de la route et qu’une chape de plomb nous tomba sur les épaules. Il devait suivre son père, il devait répondre de notre écart et j’eus envie de le défendre face à son père mais j’avais beau être ivre morte, je savais pertinemment que ce serait faire pire que mieux. Je les regardai s’éloigner, la mort dans l’âme et je l’attendis chez nous avec anxiété. Cela eut au moins le don de me faire dessaouler. Je l’entendis arriver, je descendis à la hâte pour l’aider à rentrer, alarmée par son état même s’il riait encore. Je fus tout de même rassurée. « Viens, mon grand fou, je vais te réparer ! » Je l’installai sur une chaise de la cuisine et je nettoyai ses plaies et le raccommodai. « Ton père t’a dit quoi ? Je peux faire quelque chose ? Tu as beaucoup mal ? Oh, chaton, j’aurais dû calmer le jeu… J’ai lancé l’idée de cette soirée passée à boire et je t’ai attiré des ennuis, je suis tellement désolée ! » J’embrassai son nez, son front et ses lèvres, me sentant mal que mes lubies l’aient conduit à se mettre son père à dos. « Je pourrais aller lui parler et dire que c’est de ma faute ? Non, non, ça donnerait une mauvaise image de toi ! Je me sens tellement coupable, bébé, est-ce que tu m’en veux ? »



***



Nous nous retrouvions un peu chaque jour et nous mettions un point d’honneur à nous accorder du temps à deux, ce n’était jamais un exercice facile pour moi parce que ça impliquait que je devais laisser mon fils et si c’était moins douloureux et difficile quand je le déposais chez sa marraine, Girolama rendait ça bien plus compliqué que cela n’aurait dû l’être. Je me dis que je me sentais peut-être menacée à tort, que j’étais susceptible parce que le partager m’était insupportable et je serrai les dents, pour Luciano. Il avait autant besoin de moi que notre fils et je ne pouvais le délaisser pour donner raison à ma paranoïa sans limite. « Je vois les choses en prenant en compte tous les paramètres, bébé et je n’en démords pas, il abuse ! C’est une gamine, elle n’est pas facile parce qu’elle a toujours dû se débrouiller seule et qu’elle se fichait des mecs avant d’être mariée mais putain, c’est du pain béni. Une gamine comme ça, si tu t’y prends bien, tu peux en faire ce que tu veux mais pas en la bridant. Il aurait dû la laisser bosser avec toi, y avait pas de mal, sauf pour son ego ! » J’étais dure avec Gabriele parce qu’il me rappelait Ruben, par bien des aspects. Si mon père ne s’en était pas mêlé, il m’aurait fait arrêter l’école pour me faire tout un tas de gamins avant de se tirer malgré tout. Je rêvais de beaucoup mieux et j’espérais autant pour Jez, c’était une fille qui mettait beaucoup d’eau dans son vin pour que son mari soit content et ça ne semblait jamais suffire. Bien des femmes auraient abandonné face à si difficile et intransigeant. Je comprenais ses raisons et sa volonté mais ça tournerait mal. On ne s’épanouit jamais dans les relations à sens unique, surtout pas quand on est seule à faire des efforts et des concessions. « Bien sûr ! On l’a fait venir de Chicago, il n’a plus rien ici et elle, on l’a déracinée aussi, ils cherchent des coupables et forcément, c’est un bon terreau pour les disputes. » Ces mariages arrangés me restaient en travers de la gorge et j’espérais du fond de mon cœur que mon fils y échapperait, parce que je n’étais pas certaine de très bien le vivre. « Wow wow wow ! Ton père va réitérer l’expérience ? Vu comme Gaby et Jez galèrent ? Bianca n’est qu’une enfant encore ! Tu ne peux rien faire ? Pour le convaincre de lui foutre la paix, son connard de père n’a qu’à ramasser sa merde lui-même ! » m’insurgeai-je, sentant que les mois à venir seraient particulièrement difficiles à gérer émotionnellement, il demeurait des choses que je trouvais intolérables et ça en faisait partie. « Attends, t’es en train de me dire que ce qui pourrait arriver de moins grave c’est que Mani lui choisisse quelqu’un ? Bah putain, tu parles d’une super solution ! C’est injuste ! » Il n’avait pas la moindre responsabilité là-dedans et je me doutais que ça lui faisait autant de peine que ça ne me révoltait et j’aurais aimé qu’il s’oppose à son père mais il avait raison, la gamine méritait qu’on lui choisisse quelqu’un de bien et pas de dépendre du bon vouloir de son grand-père qui verrait l’intérêt de ses affaires plutôt que celui de la gamine.


Heureusement, la visite du bar à putes de Carolia me changea les idées et me permit de retrouver un peu de ma bonne humeur. « Ouais, quand je vois la carte, en effet, c’est sacrément cher ! Faut vraiment être plein aux as pour débourser autant pour fourrer une gonzesse ! Sérieux, ça court les rues les femmes célibataires, ici… Les hommes ! » dis-je en ricanant alors qu’il me demandait quelles modifications j’apporterais si j’avais la charge de l’endroit. Je parlai de la déco, des filles et des couleurs, de l’ambiance et de la tenue générale et il sembla satisfait. Il m’avait peut-être fait venir pour donner des conseils aux nouveaux propriétaires. « Ah oui ? Tu trouves ?! » minaudai-je alors qu’il m’embrassait avant de m’annoncer ce que je n’étais pas prête à entendre. J’eus comme un bug qui dura de longues minutes avant que je ne me lève et bondisse dans ses bras pour le couvrir de baisers. « T’es le meilleur des maris, je t’ai déjà dit que je t’aimais ? Hein ? Bah je le redis ! » Je lui offris un baiser enflammé avant de le relâcher et de regarder autour de moi, réalisant que tout ça nous appartenait, à ma meilleure amie et à moi. C’était dingue ! Quel super cadeau !  « Ma vie tournera toujours principalement autour de vous, chaton, vous êtes mes trésors ! On établira quelques règles, que je ne passe pas trop de temps loin de vous, d’accord ?! On va faire de cet endroit un coin de paradis, tu seras fier, tu verras ! » Les règles étaient simples. Nous devions partager au moins deux repas tous les trois et être présents tous les deux pour le lever ou le coucher du petit, peu importait, tant qu’il nous voyait suffisamment. Nous avions deux soirées ou journées qui n’étaient réservées qu’à nous dans la semaine et deux autres où nous passions un moment en famille, une journée entière avec le petit et le reste, c’était pour nous. Cinzia bossant avec moi, je devais laisser le petit chez Girolama qui ne manquait jamais de bons conseils pour m’apprendre à habiller, changer ou bien alimenter mon fils. Je le récupérai sans cesse avec sa petite sacoche pleine de toute la nourriture que j’avais passé des heures à lui préparer et qui ne trouvait grâce aux yeux de sa grand-mère. Je savais qu’elle m’aimait comme sa fille et qu’elle faisait ça sans penser à mal mais ça me faisait me sentir comme une mère à chier et ç ma rendait malheureuse. Je n’avais pas non plus besoin qu’elle me fasse me sentir coupable de retravailler alors que j’avais du pain sur la planche pour la rénovation de l’endroit et qu’on ne se reposait que très peu avec ma belle-sœur. On y passait de longues heures, on bossait même de chez nous quand c’était nécessaire. J’avais sans cesse l’impression de lire de la désapprobation dans son regard et dans ses remarques. « Il est encore petit, Lyla, tu sais, tu devrais peut-être ralentir un peu, il a besoin de toi. » me lâcha-t-elle alors que je récupérais le petit, enrhumé et qu’il toussait à s’en décrocher les poumons. La moutarde me montait au nez et le coup de grâce fut porté quand j’eus le malheur de sortir un soir avec Cinzia pour fêter notre nouveau boulot. Je ne lui laissai pas mon fils, j’annulai avec ma meilleure amie et rentrai chez moi, tournant en rond comme un lion en cage. Luciano serait occupé toute la nuit et je me dis que je profiterais de notre journée à deux pour lui en toucher deux mots avant de commettre l’irréparable.


Ettore était chez Cinzia, nous permettant d’aller prendre un petit déjeuner en ville avec mon cher et tendre. « Tu n’as jamais pensé à déménager ? Je veux dire, pour te rapprocher un peu du centre-ville et peut-être acheter plus grand. Si on veut d’autres enfants, on ne pourra pas rester dans l’appartement. » commençai-je en me disant que je pourrais peut-être prendre la température comme ça, c’était maladroit et peut-être que ça tournerait mal mais je ne savais pas comment entrer dans le vif du sujet. « Tu sais, je me dis qu’on devrait faire passer des entretiens pour trouver une nourrice à Ettore. Ta mère ne va pas en rajeunissant et avec ses problèmes de santé, elle ne peut pas garder le petit aussi souvent. Avec une pro, on aurait le cœur léger et ce serait plus facile. » Il était réticent et je me dis que je ne pourrais pas user de la diplomatie indéfiniment, il me faudrait lui dire clairement ce qui se passait, si je voulais qu’il comprenne que je ne tentais pas de le couper de tout le monde mais que je supportais mal les intrusions de sa mère dans ma vie. « J’adore ta mère, du fond de mon cœur mais chaque fois qu’il est question du petit, elle me fait me sentir comme la reine des connes. Elle me culpabilise et m’impose sa vision des choses. Elle croit que je suis dépressive et si elle le pouvait, elle viendrait directement chez nous pour voir ce que je fais avec le petit. Ca me rend folle et plus ça va, plus je pense à rester à la maison pour m’occuper d’Ettore jusqu’à ce qu’il soit en âge d’aller à l’école ! Je sais qu’elle ne pense pas à mal en faisant ça mais je ne suis pas une mauvaise mère, je fais tout ce que je peux pour lui et même pour toi. Est-ce que tu as l’impression que je vous néglige ? » Parce que si c’était le cas, je ne me ferais pas prier pour y remédier, quitte à tirer un trait sur mes ambitions et mes rêves. Ils étaient plus importants que tout le reste. « Elle ne lui donne même pas les purées que je fais pour lui et ça me fait de la peine, j’ai l’impression qu’elle m’exclue de sa vie pour me punir de travailler. Je sens que je bouillonne, je dois faire quoi ? »

 





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MessageVen 16 Déc - 14:27

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft la patience incarnée



La détester… c’était aussi grotesque qu’offensant. Lyla avait donné un sens nouveau à ma vie. Je la chérissais comme un joyau, comme le chef d’œuvre qu’on enfermerait volontiers dans un coffre-fort, mais qu’on expose tout de même par fierté et par nécessité parfois. J’oscillai donc entre m’en vexer ou en rire, mais je me gardai de l’une ou l’autre de ses deux réactions. La première nous aurait privés des bienfaits de cette conversation dont nous avions cruellement besoin. La seconde, ça l’aurait ralentie, aujourd’hui et à jamais, dans ce que je réclamais à cor et à cri : des aveux sur ses états d’âme. Je me coupais en mille afin de la rendre heureuse, mais sans foi, une pièce manquait systématiquement au puzzle. Ça générait en moi un sentiment douloureux d’échec, surtout lorsqu’elle boudait, se fâchait, pleurait ou s’éteignait. Je la consolai le mieux possible, même si cette idée qu’elle croit mon amour pour elle éphémère me posait question. Était-ce par ma faute ou n’avait-elle simplement pas ou très peu confiance en elle ? Étais-je trop dur ou de trop mauvaise foi parfois ? Était-ce les conséquences de la manipulation de Ruben ou du traitement de sa mère ? Était-il bon de réveiller ces déceptions maintenant qu’elle est en larmes et qu’elle galère à retrouver son calme ? Le silence convenait-il ? Si je n’avais craint qu’elle le vive comme du désintérêt, je me serais tu. Au lieu de ça  je la rassurai de mots doux, de sourires tendres et de caresses sages. Je lui témoignais ainsi toute ma sincérité, priant qu’elle révèle ce qui la chagrinait tant dans mon comportement. « Jamais je ne pourrai te haïr, bébé. Jamais. Et tu n’as rien à te reprocher. Rien du tout. Ça arrive à tout le monde après l’arrivée d’un enfant.» lui chuchotais-je le cœur lourd de compassion et d’incompréhension.

Je me sentais tellement démuni face à sa peine. Je l’édulcorais, certes, mais je n’apposais jamais qu’un pansement sur une blessure qui se rouvrirait si je ne cadrais pas rapidement la source de ce mal-être. Par chance, grâce à ma détermination à la consoler, elle mit enfin le doigt sur ce qu’elle me reprochait. Ça me fit l’effet d’un coup de massue, pas tant parce qu’elle avait tort, mais parce que je ne m’étais jamais imaginé exigeant et vaniteux au point qu’elle en souffre. N’était-ce pas ce que je jugeais stupide dans le comportement de Gabriele ? N’était-ce pas cette fierté qui menait son couple vers la rupture ? Le mien avait-il été sur le point d’éclater à cause des mêmes raisons ? Je l’observai d’abord horrifié par cette éventualité. Puis, rassemblant quelques souvenirs de nos précédentes disputes, celles qui avaient de l’importance, je lui promis de toute mon âme que je ferais un effort. Je lui jurai que je veillerais à ne plus jamais lui donner l’impression qu’elle se battait seule pour notre histoire et que je serais plus indulgent. En échange, j'estimai le moment idéal pour lui expliquer ô combien je me sentais coupable, parfait pour me laisser convaincre qu’elle ne me verrait jamais comme un sale type. C’était aussi vrai que mes sentiments étaient intenses et profonds. Dès lors, après nous être enfin rabibochés, je m’endormis, et pour la première fois depuis la naissance de notre enfant, du sommeil du juste.

Je n’en étais pas certain à cent pour cent, mais j’aimais assez l’hypothèse que cette discussion et nos retrouvailles l’aidèrent à traverser le chemin caillouteux d’après rapt plus vite, plus vaillamment, et respectant mon rôle de béquille. J’en étais beaucoup plus décontracté, sans doute même un peu trop. Enhardi par l’ambiance festive de cette soirée d’Halloween, je bus un soupçon plus qu’à l’accoutumée, si bien que la colère de mon père, quand il nous récupéra au poste, me glissa le long des reins. L’hilarité me collait au corps comme une seconde peau. Il me bastonna, jusqu’à effacer mon sourire de mes lèvres, mais intérieurement, j’en riais encore. Je ne regrettais rien de cette nuit, sauf peut-être une bonne bagarre dans un bar, bagarre à laquelle j’aurais pu répliquer avec les oings et non par la soumission. Quelquefois, cette habitude de ma vie d’homme fiancé me manquait terriblement et je n’eus de cette de me répéter, tandis qu’il me cognait, que cette raclée aurait été amplement plus méritée si j’étais allé au fond des choses. J’en aurais au moins tiré de la satisfaction à souffrir de mes reins et à me retrouver la gueule cassée. Je ne changeai d’avis qu’une fois confronté au regard anxieux de ma dulcinée. Elle m’offrit son bras pour me permettre de grimper jusqu’à notre appartement sans encombre, mais j’étais plus handicapé par mon fou rire que par la douleur de mon corps en général. « Putain, je crois que je n’oublierai jamais la tête que tu as tirée quand tu as vu mon père. Si j’avais été moins saoul, j’aurais pris une photo, ça aurait fait mes soirées longtemps. » ricanais-je en profitant allègrement de mon statut de blesser pour me moquer gentiment tandis qu’elle s’employait à me soigner avec application. Concentrée, elle était plus belle que jamais. Elle me subjuguait. Cette gravité dans le fond de ses yeux, l’assurance de son geste, ces réflexes de son ancienne vie, ça me fascinait tellement que j’entendais à peine ses questions. En revanche, je trouvais très drôle de chiper des compresses et de les lui lancer avec pour mile son décolleté.« Tu pourrais arrêter de bouger, je n’arrive pas à viser juste, et je dois viser juste, parce que j’ai l’intention de négocier un café. » plaisantais-je le regard et le sourire badins. Je réprimais mon envie d’exploser de rire encore, mais ça ne dura pas longtemps. « Non, mais il faut rien faire, on s’en tape. J’ai passé une bonne soirée. Toi aussi ? Parce qu’alors, c’est le principal. Elle serait encore meilleure si tu oubliais cette histoire avec mon père et si tu enlevais cette robe, et mes fringues. Je le ferais bien moi-même, mais je souffre tellement… » Je grimaçai, surjouant la douleur, ce qui ne m’empêcha pas d’attraper ses fesses à pleines mains pour l’attirer contre moi. « Le petit n’est pas là jusqu’à demain. Tu sais ce que ça signifie ? » Qu’ils pourraient faire autant de bruit qu’ils le souhaitaient et ils s’en donnèrent à cœur joie.


***

Notre harmonie au quotidien, c’était un cadeau du divin. J’étais convaincu que peu de couples en partageaient une aussi intense et passionnée que la nôtre. Je la souhaitais à tous mes proches, mais pour certains, le chemin serait long. Un mariage de convenance, ça faisait le chou gras des affaires, mais humainement, c’était dégueulasse. Comment une gosse à peine majeure pourrait-elle se complaire dans pareilles situations ? Comment pourrait-elle être totalement heureuse ? En aimant ? Ça ne garantissait rien. Ça donnait la force de se battre, mais ça ne rendait pas les difficultés plus faciles à gérer, bien au contraire. Jezabel était l’archétype même de la gamine pleine de bonne volonté qui se heurte systématiquement à un mur. Je me refusais néanmoins à condamner mon frère ouvertement. Je n’en pensais pas moins, mais ça ne s’exprimait pas. J’adorais ma femme, mais blâmer uniquement Gabriele me paraissait un rien trop aisé. C’était comme jugé l’homme adultère sans tenir compte d’éventuelles circonstances atténuantes pour justifier son geste. Pour ma part, je n’en avais eu aucune. Je le savais en âme et conscience. Je supposais donc que Gaby était assez grand pour se remettre en question tout seul, comme un adulte, de faire son mea culpa et d’agir avant que la merde qu’il accumule encore et encore ne finisse par l’étouffer. « Tous les paramètres ? Tu en es bien sûr ? Qu’est-ce que tu sais de mon frère, bébé ? À part ce qu’il veut bien montrer ? Ce n’est pas qu’une question de racine ou de solitude, c’est l’impression qu’à chaque fois qu’il construit quelque chose, on le lui prend. On le ramène à la case départ et il a le sentiment que c’est une punition, pas ce mariage, ça, je crois que ça lui plaît bien. Être un pion, il s’en fout. On a tous le droit au même traitement, mais il y a une place pour chacun de nous. Et la sienne, elle est où ? Chicago, c’était chez lui, parce qu’il était quelqu’un. Il maîtrisait son environnement et c’est un malade du contrôle, parce qu’il pense qu’il est malade. En réalité, il est bègue. »

Je lui épargnai le couplet sur l’importance de garder ce secret pour elle. Je ne le trahissais que pour la bonne cause et parce que je ne doutais pas qu’elle saurait se taire. « Il maîtrise plutôt bien en général, mais dès qu’il est dans la même pièce que mon père, tout ce qui sort de sa bouche, ce sont des syllabes incompréhensibles qui ne forment même pas une phrase mises bout à bout. Alors, je t’accorde que ça ne justifie pas la façon dont il traite Jezabel, mais il ne le fait pas toujours exprès. Comment veux-tu qu’il ait le sentiment de garder le cap alors qu’elle est son seul point de repère et qu’elle est aussi imprévisible qu’une femme eut l’être ? Il va falloir du temps pour qu’il prenne totalement confiance en eux, comme toi et moi par exemple, parce qu’on ne m’enlèvera pas de la tête que tant que leur mariage, la cérémonie, les convenances, tout ça, ça laissent peu d’espace au contrôle et à la sécurité. Je ne peux pas le juger, Lyla. Je n’aurais pas fait mieux dans sa situation. Tu crois que toi, tu aurais pu, si j’avais exigé qu’on se marie, en sachant tout ce que ta mère pense de toi ? » Je ne cherchais pas à retourner le couteau dans la plaie, mais à la ramener vers plus d’indulgence en l’invitant à poser un regard neuf sur les faits.

« Ma sœur lui a toujours servi de catalyseur, même quand ils étaient loin. Ils n’ont jamais eu de secrets l’un pour l’autre, mais…elle lui échappe, comme à nous tous, mais c’est plus difficile pour lui. Je suis certain que si leur petite querelle prenait fin, si elle cessait de prendre systématiquement parti pour Jezabel, elle lui serait plus utile… elle LEUR serait plus utile, mais tu sais à quel point elle peut être têtue parfois. »  Assez pour que je considère que, son mariage avec Mani n’aurait pas été une franche réussite s’il avait été orchestré par des tiers. J’avais ainsi peu d’espoir pour que celui de Bianca tourne bien, car il aurait bel et bien lieu. Je n’étais personne pour l’empêcher. « Non ! En réalité, je savais que ça arriverait. Je l’ai senti et je m’en suis servi en faveur de Mani. Avec la perte du bébé, j’ai considéré que c’était son droit à cause du bébé, de Teresa, de la responsabilité d’Achille dans toute cette merde. Je préfère qu’il choisisse quelqu’un que de la laisser aux mains de types dont je ne sais rien. Ça me rend malade qu’elle serve d’objet de vengeance vis-à-vis de son père et ça veut dire aussi que, tôt ou tard, sa proposition de l’éliminer reviendra sur le tapis. Dès que sa fille sera mariée et qu’elle ne sera plus sous sa responsabilité. Il faut garder tout le monde sous contrôle. Je suppose que sa mère se retrouvera en Sicile avec les autres gamines… Je ne sais pas. Je ne sais pas ce qu’il prévoit exactement, mais ça me rend fou. Ça me rend d’autant plus dingue qu’elle n’est pas prête, pas prête du tout même. Ça va tuer Cinzia, qui n’est pas encore au courant d’ailleurs, je compte sur toi pour ne pas vendre la mèche. » Surtout qu’elles étaient destinées à passer énormément de temps ensemble à présent qu’elle partageait un projet commun, si tant qu’il leur plaît. Avec la naissance d’Ettore, peut-être aurait-elle préféré quelque chose d'établi et pour lequel l’investissement serait moindre.

Etant donné ses difficultés à confier notre fils aux bons soins de ma famille, j’appréhendais de la mettre mal à l’aise d’avoir à refuser. L’argument de choc, c’était son amitié avec Cinzia. Elle pourrait se voir tous les jours, ce qui ne serait jamais trop pour elles, elles ne se lassaient jamais l’une de l’autre. « Ne t’inquiète pas, je vais avoir beaucoup de boulot moi aussi. Je vais essayer de faire de mon mieux pour respecter le planning, mais il faut garder de la place pour les imprévus, aussi bien toi que moi. » l’avertis-je néanmoins heureux qu’elle soit conquise par ses nouvelles responsabilités. « Normalement, Carolia devrait se retirer, mais faut vous montrer patiente. Elle dit que c’est ce qu’elle aimerait, mais je ne crois pas qu’elle soit aussi prête à partir qu’elle le dise et qu’elle ne le pense. Soyez indulgentes avec elle et ne la brusquez pas trop avec des changements, d’accord ? Je peux compter sur toi ? » Évidemment. C’était le propre de notre couple. « Et, je suis déjà très fier de toi, alors, pas de panique, pas de pression. » lui murmurais-je à l’oreille tandis que je la serrais contre moi. « Que dirais-tu de baptiser l’endroit avant que Mani et Cinzia s’en chargent ? Non, mais, c’est important… » Je la couvrai d’une myriade de baisers sur son visage, dans son cou, dans son décolleté. À ses côtés, je me sentais plus puissant que jamais, invincible, rien ni personne n’abîmerait notre équilibre désormais. Je me le promis alors que nous nous aimions dans ce bar à champagne, loin des chambres aussi chics sordides des lieux, loin d’imaginer que la menace viendrait de l’intérieur.

La nuit qui précéda l’effarante conversation qu’elle lança au beau milieu d’un petit déjeuner, tout s’était bien passé. Le petit était en pleine forme. Il était sous la responsabilité de son oncle et sa marraine. Mon épouse s’était levée de parfaite humeur et la mienne était égale. Pas de tracas. Pas d’allégresse spécifique. C’était une matinée plaisante qui ne présageait que de bonne chose pour la suite. Autant dire qu’elle me sonna en me demandant si j’avais déjà songé à déménager. « Non ! Jamais. C’est chez moi et, le trajet, pour arriver en ville ou pour entrer, c’est le moment que je préfère en général. C’est du temps que je peux consacrer à réfléchir, sans l’agitation habituelle du domaine ou de New York. Si on veut d’autres enfants, la maison d’Ettore est libre. On peut s’y installer si tu veux plus d’espace, mais quitter le domaine, ce serait bête, surtout pour le petit. Il a un parc immense où il pourra courir, faire du vélo. Il est privé et bien surveillé, contrairement au parc public. » Certes, en centre-ville, il aurait l’opportunité de fréquenter d’autres enfants, mais l’école me permettrait de garder une certaine forme de contrôle sur ses fréquentations dès son plus jeune âge. La question réglée, je m’emparai d’un croissant, persuadé que je pourrais reprendre mon petit déjeuner là où je l’abandonnai plus tôt, mais la remarque suivante me fit presque recracher mon morceau de viennoiseries. Quelle mouche la piquait ? Une nourrice, mais dans quel but ? Quelle serait son utilité ? Il y avait ma mère, mes tantes et mes belles-sœurs, s’encombrer d’une personne extérieure était stupide. Elle ne nous apporterait que des ennuis et elle n’avait pas non plus la capacité d’inculquer nos valeurs à Ettore.

« Bébé, tu es tombée sur la tête ou quoi ? Pourquoi est-ce que tu veux que quelqu’un d’autre que la famille s’occupe du gamin ? Je t’avoue que j’ai du mal à comprendre. Il n’y a pas si longtemps, tu n’arrivais pas à aller chercher un pain sans lui et là, tu veux qu’une étrangère, quelqu’un qu’on ne connaît ni d’Ève ni d’Adam prenne soin d’Ettore à notre place, en particulier la tienne. Tu sais ce que ça peut impliquer en risque ? Imagine, elle le maltraite ? Tu imagines les conséquences que ça pourrait avoir sur nous si la nounou de notre fils disparaissait brusquement ? J’ai aussi des documents confidentiels à la maison, je n’ai pas envie de tout planquer parce que quelqu’un viendrait fouiner dans mes papiers. Non, une nourrice, ce n’est même pas la peine d’y penser. Qu’est-ce qui se passe ? Tu n’as pas confiance en ma mère ? C’est à cause de son accident ? Elle m’a l’air plutôt bien rétablie moi. Tu sais, elle t’aime beaucoup. Ça lui ferait mal au cœur si elle t’entendait parler. Tu sais qu’elle t’aime comme sa fille. » remarquais-je déçu par cette animosité soudaine pour tout ce que j’étais. C’était un retour fulgurant à la case départ. C’était frustrant et peut-être même blessant envers les miens qui ne méritaient pas une telle méfiance.

« Je ne veux pas minimiser ce que tu ressens, car je sais que ma mère peut être intrusive parfois, mais… je n’ai jamais eu l’impression que tu avais besoin de qui que ce soit pour culpabiliser par rapport à ton fils. Je ne dis pas ça pour être blessant, je dis juste que tu te mets toujours beaucoup de pression et que si tu avais davantage confiance en toi, tu ne la laisserais pas t’attendre. » Un rien suffisait à ce qu’elle remette en question son rôle de mère. « Tu devrais accorder moins d’importance à ce que les autres pensent toi. Ça te faciliterait la vie. Bébé… » Je saisis sa main et caresser le dos de celle-ci tendrement. « Si tu es sur la défensive à chaque fois qu’elle te dit quelque chose, évidemment qu’elle va s’imaginer que tu ne vas pas bien. Mais, il faut que tu fasses un choix, tu ne peux pas être et avoir été. Tu ne peux pas travailler et t’occuper de ton fils. Ce n’est pas compatible. Tu fais les choix que tu veux, tant que j’y trouve mon compte. Ce que les autres en pensent, tu t’en fous, à condition que tu n’ailles pas à l’encontre de ce que tu veux. Et qu’est-ce que tu veux ? » La question n’était pas rhétorique. Je lui accordai le temps de la réflexion, mais je repris avant qu’elle me réponde. « Est-ce que tu ne crois pas que ça sera encore plus difficile si tu prends une étrangère pour t’occuper de ton gamin ? Et s’il t’attachait à elle ? Ce n’est pas pire que de le voir s’attacher à sa grand-mère ? Tu devrais profiter des avantages qu’elle te donne et arrêter de te prendre la tête avec les purées par exemple. Sérieusement, est-ce que tu crois qu’être une bonne mère c’est écrasé des patates ? Sérieusement, bébé ? Moi, j’ai plutôt l’impression que c’est être assez bien dans sa tête pour que chaque moment passé avec lui soit un moment sans stress et sans prise de tête, non ? »

Tout ça tenait moins au besoin de la rassurer qu’à préserver ce que j’avais en lui faisant part de mon point de vue. Je n’avais strictement aucune envie de tourner le remake de la scène avant son kidnapping. « Je vais aller discuter avec ma mère, d’accord ? Je vais lui dire de donner tes purées au petit, de ne plus s’inquiéter et j’irai chercher le petit moi-même, ça te va ? Parce qu’il n’est pas question de déménager et de prendre une nourrice, ça, ce n’est plus la peine d’en parler. Mange maintenant, tu n’as presque rien avalé. » lui conseillais-je en lui précisant que je me chargerai de ma mère le soir même. Évidemment, elle ne comprit pas. Elle me regarda perplexe et les yeux remplis de larmes. N’était-ce pas son rôle que de se soucier de sa famille ? J’eus du mal à l’affronter. Je détestais la blesser. Je n’aimais pas non plus faire de la peine à mon épouse qui tournait comme une lion en cage dans l’appartement en attendant que je revienne avec le petit. Elle me l’arracha quasiment des mains. « Doucement… On dirait que tu l’as plus vu depuis des mois. Lyla, qu’est-ce qui ne va pas ? Dis-moi ? Tu n’aimes pas ce que tu fais avec Cinzia ? Tu veux rester ici avec ton fils ? Je te pose la question parce que ma mère dit qu’elle te trouve malheureuse depuis que tu travailles justement. Que ton fils te manque et que ce n’est pas bien ce que j’exige de toi… Or, je n’exige rien. J’essaie de faire pour un mieux et je n’apprécie pas vraiment que ça me retombe sur le coin de la gueule. » Imaginer que ma mère plantait dans ma tête la graine qui servirait ses propres desseins pour sa belle-fille ne me traversa pas l’esprit, mais mon épouse l’entendait autrement. Elle était persuadée que ce n’était qu’une manigance pour l’obliger à devenir ce que Girolama espérait : une femme au foyer.

« Non, mais tu t’entends ? Tu n’as pas l’impression de dramatiser cette fois ? Je veux bien me montrer patient, mais je connais ma mère. Si elle a quelque chose à dire, elle le dit et en l’occurrence, elle dit que tu travailles trop et que ça te fait souffrir vis-à-vis de ton fils. Tu ne veux pas que je la condamne pour ça, si ?  Parce que, franchement, si c’est ce que tu as trouvé pour nous faire déménager, je te le dis tout de suite, tu perds ton temps. » Je coupai court à la conversation assez rapidement, claquant la porte derrière moi, car elle m’agaçait et que cette querelle tournerait en guerre rangée si elle ne changeait pas son fusil d’épaules. Je me baladai longtemps sur le domaine. Je fumai une cigarette et je discutai avec Andrea. Gloria et lui étaient également en froid. Visiblement, un vent de discorde soufflait chez les Gambino. Je rentrai chez moi fort des conseils de mon grand-frère et de ceux de ma conjointe il y un moment déjà. Je n’attendis pas qu’elle revienne vers moi, je l’enlaçai tandis qu’elle sortait de la chambre de notre fils après l’avoir endormi. « Je suis désolé d’être parti comme ça et de ne pas être rentré à temps pour mettre le petit au lit, mais il fallait que je me calme. Je n’avais pas envie que les choses s’empirent parce que je n’arrive pas à te comprendre. Qu’est-ce qui se passe ? Tu n’es pas bien ici ? Tu n’es pas heureuse dans ce que tu fais ? Tu sais, ce n’est pas facile pour moi, de me dire que peu importe ce que je t’offre, ce n’est pas ce qu’il faut. On a un super appartement, le domaine est assez grand pour que personne ne se croise, et tu n’as pas l’air heureuse. Dis-moi, qu’est-ce tu voudrais ? Tu veux prendre le petit pour aller bosser ? Parce que ça ne me pose pas de problème moi. Je préfère ça plutôt que de vivre en dehors du dispositif de sécurité de mon père. C’est ça que tu veux ? Tu veux le prendre avec toi ? Ça t’irait ça ? » Croire que c’était la solution à tout, c’était complètement stupide. Ma mère, soucieuse de réparer le tort causé nous invitait à manger et ce fut un véritable festival de piques acérées et de cynisme de toute part. Quelle place difficile d’être coincé entre le marteau et l’enclume.







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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageDim 25 Déc - 23:41

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le mari marrant



De bien des façons, nous étions encore deux grands enfants tous les deux. Je nous voyais agir, même depuis la naissance d’Ettore et j’avais l’impression que nous étions parfois plus proches de la mentalité d’adolescents que de celle d’adultes responsables. C’était la raison pour laquelle nous nous amusions autant tous les deux. Nous avions su conserver une part d’insouciance en dépit de notre existence et de notre famille. Nous nous suffisions à nous-mêmes. Une journée ensemble impliquait toujours des éclats de rire et de la légèreté. Parfois, je n’avais qu’à poser mon regard attendri sur lui et je me demandais ce que j’aurais bien pu faire s’il n’était pas entré dans ma vie pour l’illuminer et l’emplir de bonheur et de rires. Je lui devais de beaux moments, une confiance en moi retrouvée, une page tournée et un fils magnifique et en bonne santé. Mieux que mon mari, il était mon meilleur ami et ça valait de l’or. Je me dis la même réflexion tandis que je l’aidais à gravir les marches tandis qu’il riait comme un damné, le visage en vrac et le corps dans un état similaire. Il avait mis son père en rogne mais ce n’était pas grave, qu’est-ce qui pouvait l’être ? Notre petite famille était en bonne santé, nous avions tout pour être heureux et nous nous entendions mieux que jamais. Comment avais-je pu penser qu’avant lui, je m’amusais ? « Je me retenais de rire, forcément que je devais faire une drôle de tronche ! T’es vraiment con, Lucky, quand tu t’es mis à éclater de rire j’ai lutté pour garder mon sérieux ! Heureusement que je suis montée à l’arrière, il ne m’a pas vu ! » répliquai-je, hilare, luttant pour qu’il arrête deux minutes de gigoter et qu’il me laisse le rafistoler. J’espérais seulement que mon beau-père ne m’en voudrait pas trop, je ne m’étais pas moqué de lui ou de son autorité, j’étais ivre et forcément, dans cet état, quand il fallait rester sérieuse, j’en devenais incapable, comme par magie. Il finit par se calmer un peu avant de trouver une nouvelle occupation qui me fit glousser et me ralentit encore une fois. Je n’allais jamais pouvoir arriver au bout s’il continuait à ce rythme. « C’est toi qui devrais arrêter de bouger ! » commençai-je, un sachet de compresses entre les dents. « Parce que si tu continues, je vais finir par te recoudre l’œil par erreur et tu risques de beaucoup moins bien viser ! Surtout que je t’apporterais un café quand même, je suis ton infirmière personnelle, ce soir ! » Je ne supportais pas de le voir dans un tel état et forcément, je me retrouvais à ses petits soins sans même que je n’ai à forcer. J’adorais le chouchouter et veiller à son bien-être, j’avais signé pour ça et pour le reste, mais surtout pour ça. « C’était une super soirée, oui ! Mais si tu as trop mal, ça ne vaut pas vraiment la peine de retirer nos déguisements, parce que tu ne pourras rien faire ! » le taquinai-je alors qu’il m’agrippait en guise de réponse. Il ne nous fallut pas longtemps pour reprendre nos habitudes de jeune couple, profitant de l’absence de notre fils pour revisiter l’appartement. Je ne me sentais jamais plus vivante qu’en sa compagnie, je ne regrettais pas que Dieu ait décidé de sacrifier ma sœur plutôt que moi.



Je n’avais pas besoin d’être spectatrice du chaos dans le couple des autres pour savoir que j’étais chanceuse mais il était vrai que la situation de Jezabel ne faisait que me conforter dans l’idée que j’avais tiré le bon numéro. Ce ne fut pas facile de le garder et d’en obtenir ce que j’en attendais mais il était là, malgré tout, et je n’avais pas vraiment l’impression qu’il eut à beaucoup se forcer pour me donner ce que je demandais. Dire que Cinzia avait voulu me caser avec son jumeau… A la place de Jez, je n’aurais pu endurer le dixième de ce qu’elle avait subi. Entre les humiliations et l’indifférence, j’aurais déjà choisi de ramasser mes affaires pour retourner d’où je venais, sans aucune forme de procès. J’étais sincèrement convaincue que Gabriele ne méritait rien de ce qu’elle se fatiguait à faire. Mais ce n’était pas une opinion définitive et figée, après tout, comme Herrera, il pouvait finir par me surprendre. « Oui, tu as raison, je ne sais quasiment rien de lui hormis ce qu’il fait à Jez et ça me suffit pour savoir qu’il est à côté de la plaque !  Bien sûr que c’est dur pour lui, et ça, je peux le comprendre, mais il n’est pas le seul à avoir perdu ses repères et il agit comme si c’était le malheureux de l’histoire et ça m’agace ! Parce que pendant ce temps, la gamine se débat pour sauver ce qu’ils ont, elle qui n’est plus personne ici non plus, à qui on a tout pris et qui savait que ça arriverait parce qu’elle est née avec un vagin et pas un pénis ! Alors excuse-moi, chaton, mais je n’arrive pas à éprouver de la pitié pour lui. Je peux entendre tous tes arguments mais pour moi, ça ne justifie pas qu’il lui fasse payer les décisions des autres, décisions dont elle est victime aussi ! » J’étais dure avec lui mais je réservais ma grandeur d’âme à ceux qui le méritaient vraiment et à vrai dire, je m’étais pris d’affection pour la petite, elle sincère et simple, elle me rappelait ce qu’aurait pu être Olivia avant d’être fauchée en plein vol. Tous les handicaps de Gaby et ceux qu’il se créait seul étaient des obstacles difficiles à franchir et je voulais bien entendre que la vie ne soit pas une partie de plaisir depuis son retour à NYC mais j’aurais aimé qu’il se montre aussi sage que sa réputation pour agir en adulte et prendre les choses en mains autrement qu’en trouvant mille et unes façons de faire du mal à sa jeune épouse.


« Je ne sais pas ce qu’on aurait fait, toi et moi, Lucky mais on s’aimait, ça aurait rendu les choses plus faciles. Et elle n’est pas imprévisible parce que c’est une femme mais parce qu’elle sort à peine de l’adolescence ! Sur ça, je te rejoins, en effet, ce mariage et toutes ces conneries, ça n’a pas dû aider à ce qu’il se sente à l’aise mais il est supposé être le type le plus mature et gentil du monde, selon Cinzia, il a laissé ça à Chicago ? » Je ne pouvais pas monter au créneau pour ma petite belle-sœur, pas au risque de me disputer avec une partie de ma famille parce que personne n’avait envie d’entendre mon opinion tranchée sur les mariages arrangés et les couples formés par obligation, c’était bien dommage, ça les aurait peut-être convaincus d’arrêter leurs conneries. « Elle la voit comme sa propre petite sœur et le fait que ce soit celle de Manuel l’encourage à tout faire pour la défendre, même quand elle a tort. Et puis, elle l’a trouvée gisant dans son propre vomi, presque morte. Ca remonterait n’importe qui à bloc ! Ton frère n’a pas envie que sa jumelle l’aide, pour le moment, sinon il n’irait pas pleurer dans les jupes de Mani pour qu’il la tienne à distance. J’espère juste qu’il va arrêter de jouer au con à un moment donné ! Parce que je suis convaincue qu’il tient à la petite, ce serait dommage qu’il la dégoûte au point qu’elle ne veuille plus rien entendre ! » Je sentais la migraine poindre le bout de son nez. Je devais cesser de prendre à bras le corps les problèmes des autres, je ne pouvais rien faire. « Tu penses que Mani va choisir qui ? Tu crois qu’il pourrait opter pour mon frère ? » J’étais réellement inquiète, parce que je connaissais mon frère, il ne reculerait jamais devant un ordre qui avait l’air d’un honneur et d’une preuve de confiance, de surcroît, mais je le plaignais de tout mon cœur, autant que la gamine, il n’était pas fait pour le mariage et encore moins avec une petite inexpérimentée qui ne saurait pas comment le garder intéressé plus de quelques minutes. « Je ne dirai rien, mi amor, tu sais bien ! Mais je trouve ça injuste que tout le monde doive partir par la faute d’Achille, j’espère que tu pourras faire quelque chose, à défaut de pouvoir empêcher ce mariage ! » Je lui caressai la main et finis par y déposer mes lèvres pour le rassurer et tenter de l’apaiser un peu mais ça semblait compromis, il se sentait impuissant et je le comprenais, l’histoire se répétait et les choses risquaient de se passer encore moins bien que pour Jez et Gaby, ça sentait salement le roussi. Il me changea les idées avec sa surprise, je ne tenais plus en place, comme une enfant le jour de Noël. « Tu restes ma priorité numéro 1 pour tous les imprévus que tu veux ! » lui assurai-je en l’embrassant avec tendresse en me disant qu’il y aurait tellement de boulot à abattre qu’on ne serait pas trop de deux, partageant le même cerveau, pour tout faire. « Ok, je vais essayer de ne pas être trop intrusive ! » J’espérais ne pas me laisser dépasser par mon enthousiasme et me montrer offensante, ça allait me demander de sacrés efforts, surtout que j’allais me retrouver avec ma partenaire de crimes et que, forcément, à deux, l’hystérie risquait d’être démultipliée. « Peut-être que pendant le baptême, tu pourrais me dire à l’oreille combien tu es fier de moi, j’adore quand tu me le dis ! » lançai-je en frottant ma joue contre la sienne tandis que je défaisais sa ceinture. Nous avions toujours une façon particulière d’accueillir le changement dans nos vies et c’était une manière qui me plaisait depuis le début.


J’aurais souhaité que cette parfaite harmonie perdure et ce fut le cas, nous n’avions plus eu de disputes depuis la dernière en date qui impliquait ma famille et surtout mon père. Nous nous étions chamaillés pour des broutilles mais rien de méchant avant que sa mère n’appuie sur les bons boutons pour me faire monter au créneau. J’aimais Girolama, comme ma propre mère et surtout, plus que la mienne, je me sentais donc trahie par ses remarques et le jugement qui en transpirait et si je pris le parti de me dire, dans un premier temps, que c’était parce qu’elle ne voulait que mon bien, je finis par en douter alors qu’elle me donnait l’impression de mieux savoir que moi ce qu’il fallait à MON fils. Elle avait eu une sacrée ribambelle d’enfants, je pouvais entendre qu’elle s’y connaissait mieux que moi et j’étais prête à entendre tous ses conseils si elle me laissait au moins essayer d’être une bonne mère pour mon petit garçon. Elle me stoppait avant même que je fasse mal quelque chose ou l’inverse, je me sentais mésestimée et spoliée. « Oui, tu as raison… Ce serait bien d’avoir plus grand, si jamais on avait un autre enfant, oui… » Au fond, je n’avais pas envie de partir, je me sentais bien ici, même si Cinzia me manquait comme jamais, j’adorais être entourée de tous ces membres de cette famille dans laquelle je m’étais si bien intégrée. Je passais beaucoup de temps avec mon beau-père, il avait toujours une anecdote à partager avec moi ou bien une nouvelle arme à me montrer et depuis que j’avais coupé les ponts avec mon propre père, j’avais d’autant plus besoin de ces petits moments. Non, le problème ne se situait pas là et il marqua un point supplémentaire en me faisant remarquer que je devrais laisser mon fils à une parfaite étrangère et que ce serait plus de risques qu’autre chose. « Ca n’a rien à voir avec son accident, Lucky, rien du tout mais je… » Il me fallait trouver les bons mots pour lui faire comprendre ce que je ressentais et quel effet ça avait sur moi, n’était-ce pas ce qu’il me réclamait à tort et à travers ? Tout ça pour quoi ? Me dire que je me faisais des films. Je me demandais bien à quoi cela pouvait servir de m’ouvrir si c’était pour qu’il m’enfonce la tête sous l’eau. Il m’en fallut de la volonté pour me souvenir que je n’étais pas fâchée après lui, histoire de ravaler ma bile et de ne surtout pas me disputer avec lui. « Ca n’a rien à voir avec mon rapport à la maternité, sur ce coup, Luciano. Je ne suis pas sur la défensive, elle ne cesse de me dire que je ne le tiens pas correctement, que je ne l’habille pas suffisamment chaudement ou bien trop chaudement, que mes purées ne sont pas ce qu’il lui faut. Je sais qu’elle a eu une belle famille et que c’est mon premier bébé mais j’aimerais qu’on me laisse faire comme bon me semble ! J’accepte tous les conseils mais j’ai l’impression qu’elle me juge à chaque fois qu’on se parle en ce moment et ça me rend malade ! » Parce qu’elle ne m’avait pas habitué à ça et que je ne voulais pas que notre relation tourne comme celle que j’avais avec ma propre mère, il en était hors de questions.


Ce que je désirais ? Qu’on me fiche la paix ! « Super, merci, vraiment merci ! J’ai juste l’impression d’en faire des tonnes pour rien, que tout est dans ma tête et que c’est de ma faute parce que je suis une mère peu sûre d’elle ! Tu ne te rends peut-être pas compte mais moi, ça me blesse ! C’est comme si tu décidais de manger dehors tous les soirs pour me rendre service alors que je te prépare à dîner dès que j’ai un peu de temps, parce que ça me fait plaisir et que c’est ma manière de te dire que je t’aime ! » Je devais me débattre entre toutes mes obligations, les anciennes et les nouvelles et ce n’était pas toujours évident, surtout pas de laisser Ettore derrière moi pour aller bosser, Cinzia trouvait toujours le moyen de me faire sourire, heureusement. « D’accord, merci mon chat ! Je ne veux ni l’un ni l’autre, tu sais, je suis bien ici, c’est juste que je suis peut-être trop sensible par rapport à tout ça. » Mais je n’oubliai pas qu’il affirma que c’était de ma faute et je sortis le piquet de grève, n’étant pas d’humeur à batifoler avec un partisan de l’ennemi, pas tant que je n’aurais pas trouvé le moyen de me calmer un peu. Malheureusement, les choses ne firent qu’empirer et Girolama ne trouva rien de mieux que de semer le doute dans l’esprit de son fils, comme si nous avions besoin de ça en plus du reste. Je récupérai mon fils pour lui défaire ses vêtements et le couvrir de baisers, il m’avait manqué. « J’adore ce que je fais avec Cinzia ! » m’insurgeai-je avant qu’il n’en vienne au nœud du problème. « Pourquoi elle te dirait autre chose, hein ? Qu’est-ce que tu crois qu’elle essaie de faire ? Qu’on s’engueule, diviser pour mieux régner, ça te dit quelque chose ? J’ai l’air malheureux ? Non ! Mais elle adorerait que je passe mes journées ici, à attendre ton retour, à m’occuper uniquement de toi et de notre fils, parce que pour elle, c’est la place d’une femme mais elle sait que je ne vois pas les choses comme ça, alors elle tente de te manipuler subtilement pour que tu m’y contraignes ! » Je ne haussai pas le ton, je ne voulais pas perturber le petit bout de chou dans mes bras mais il suffisait de poser les yeux sur mon visage pour y lire toute mon exaspération. « C’est ça, c’est encore de ma faute ! Ta mère a encore raison ! T’as qu’à retourner vivre auprès d’elle, puisqu’elle a l’air d’avoir la science infuse ! » Il quitta l’appartement en claquant la porte quand je lui lançai que je ne voulais pas déménager mais qu’il ne retenait que ce qui l’arrangeait. Je changeai mon fils, lui chantant des chansons et jouant avec lui avant de lui raconter une histoire près de son lit pour finalement le coucher. J’aurais préféré que son père soit là sauf que mes regards désespérés vers la porte ne le firent pas rentrer. Comme après chaque dispute, je culpabilisais de lui avoir dit toutes ces choses et je regrettais de ne pas être plus facile à vivre. Je sentis ses bras autour de moi avant d’avoir pu gagner la table basse pour attraper mon téléphone et lui présenter des excuses. Je le serrai contre moi. « C’est vraiment l’impression que tu as ? » m’enquis-je en me détachant doucement de lui. « Que je ne suis jamais heureuse de ce que tu m’offres et fais pour moi ? » Je scrutais son visage et tentai de déchiffrer son expression. Je n’étais ni capricieuse, ni ingrate, autant dire que cette phrase me faisait mal au cœur. « J’aime travailler là-bas, j’adore tout ce que j’ai et je ne changerais rien dans ma vie, rien du tout. Mais tu as raison, c’est peut-être moi qui vois le mal partout et qui me mets trop de pression. Je vais essayer de trouver le temps d’aller discuter avec ta mère et de régler ça. Je suis désolée de te causer des soucis supplémentaires ! » Je caressai son visage et embrassai ses lèvres délicatement. « J’allais faire du popcorn pour qu’on puisse regarder un film, tu as le temps de prendre une douche ! »



***



Je ne trouvai pas le temps ni l’opportunité de voir ma belle-mère en tête à tête pour une discussion et je me dis qu’elle était prête également à enterrer la hache de guerre quand elle nous invita un dimanche midi à déjeuner. Elle lança les hostilités en subtilité mais je compris l’allusion. Elle me demanda comment se passait mon travail puis si mon fils ne me manquait pas trop, à chaque réponse, elle secouait la tête de gauche à droite, désapprouvant et je sentis une folle envie d’être désagréable. « Les enfants ont besoin de leur mère au moins jusqu’à leurs trois ans, mais bien souvent, on tombe de nouveau enceinte avant et ainsi de suite, résultat, ce n’est pas plus mal de rester à la maison. Je trouve ça triste, ces femmes qui ne savent pas apprécier et se contenter de ce qu’elles ont. » Cela faisait écho à ce que m’avait sorti mon mari l’autre soir et je me tournai vers lui, lui lançant un regard lourd de reproches qui lui demandait de m’affirmer que cette phrase ne venait pas d’elle. Ou au moins qu’il prenne ma défense, c’était visiblement trop demander. « On peut aimer ce qu’on a et avoir envie d’apporter encore plus à sa famille. Certaines femmes s’épanouissent comme ça, tout le monde trouve ce qui lui convient le mieux ! » tentai-je pour désamorcer la bombe et elle chopa la balle au bond et me la renvoya en plein visage. « Oui, les féministes lesbiennes ! » Je me mordis l’intérieur de la joue et je fis de mon mieux pour ne répondre à aucune autre de ses remarques tout le long du repas, il était hors de question que je lui offre la moindre satisfaction ou que je l’attaque violemment devant témoins. Ca se règlerait entre nous. Lorsque nous quittâmes la maison de ses parents, j’étais folle de rage et je lui en voulais terriblement. « Merci de ton soutien ! Je passe pour une mère indigne lesbienne et féministe et tu ne dis rien ! Je n’en reviens pas ! » Le petit fut installé dans son lit pour sa sieste tandis que je tournais en rond, ruminant, encore et encore, m’attendant probablement à ce qu’il fasse quelque chose mais rien ne vint et je finis par récupérer ma veste pour revenir sur mes pas et me confronter à ma belle-mère. « Girolama, on peut discuter ? » demandai-je en la surprenant dans la cuisine. Elle me fit oui de la tête et me prépara un thé. « Je ne veux pas me disputer avec toi, mon fils a besoin qu’on s’entende bien et parce que j’ai déjà perdu une mère, je ne veux pas en perdre une deuxième ! Mais je ne peux pas accepter que tu te mêles de ma vie ! Tu as le droit de ne pas accepter ce que je fais, ce que je décide pour moi et de me le dire, mais pas d’en faire ton cheval de bataille et de tenter d’en convaincre mon mari. C’est ton fils, tu l’as mis au monde et c’est normal que tu veuilles le meilleur pour lui mais il l’a déjà. Je ne le mets pas de côté au profit de ma carrière, ni lui, ni Ettore. » Elle posa la tasse devant moi et s’installa, croisa ses mains et me sonda d’un regard indéchiffrable avant de me répondre dans un mélange d’anglais et d’italien. « Je pense que c’est trop tôt pour que tu travailles et je préférerais que le petit soit avec toi plutôt qu’avec moi, parce que les choses devraient être comme ça ! Mais je comprends ce que tu ressens et que tu aies envie d’autre chose, les choses ont changées depuis mon époque, je le sais. J’essaie seulement de faire en sorte que tu ne regrettes rien plus tard, tu comprends ? » Elle serra mes mains dans les siennes. « Je t’aime comme si je t’avais mise au monde, toi aussi ! Et parfois, ça me rend trop intrusive ! » « Non, je comprends, tu le fais pour les bonnes raisons mais moi, ça me fait de la peine, j’ai l’impression que tu me dis que je ne suis pas à la hauteur ! » « Etre mère est le métier le plus difficile du monde, je ne me permettrais pas de te juger ! J’essaie seulement de t’aider, maladroitement peut-être ! » Maintenant que j’étais redescendue de plusieurs étages, j’étais capable de voir les choses avec du recul. « Je pense que c’est de ma faute, j’interprète tout comme si ça venait de ma mère, ce qui n’aide pas. Je suis désolée. Est-ce que tu serais d’accord pour continuer à t’occuper d’Ettore ? » Elle accepta et nous discutâmes pendant quelques heures jusqu’à ce qu’elle s’active pour préparer le dîner et que je réalise que l’heure avait tournée. Je la remerciai, la serrai dans mes bras et rentrai chez moi, suivant son conseil, à savoir, rentrer et avoir l’air contrarié pour le laisser venir à moi et se poser tout un tas de questions, s’excuser puis se montrer délicat et attentionné. Installé par terre, il jouait avec le petit quand je poussai la porte. Je crochai ma veste, embrassai le sommet du crâne de mon bébé et me dirigeai vers la cuisine pour tenter de trouver ce que je pourrais préparer.


 





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MessageMar 17 Jan - 22:15

 



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ft la patience incarnée



Ses arguments à charge du comportement de mon frère étaient si bien ficelés que la seule manière de les contrer aurait consisté à user, et donc abuser, de mon don pour la mauvaise foi et je n’en avais aucune envie. Pas pour une histoire qui ne nous concernait pas vraiment. J’avais eu vent par Manuel de l’impact provoqué par le couple Gambino sur le sien. Il n’était pas question que je suive le chemin. Était-ce cependant une bonne raison pour abonder dans le sens de ma dulcinée ? Non ! Le risque était bien trop grand. Quand bien même cette conversation demeurera dans la sphère très privée de mon couple, si j’acquiesçais, j’aurais le sentiment d’abandonner mon frère, de nier ce qu’il ressentait, de l’enfoncer dans son mal-être et de faire pire que mieux dans l’éventualité où mon comportement changerait, influencé par les dires de ma compagne. Gabriele n’avait pas besoin de ça et Jezabel ramasserait les pots cassés. Elle serait un dommage collatéral, au même titre de Bianca qui payait les trahisons et les fourberies de son père. Son mariage arrangé, c’était une façon judicieuse de punir Ettore et de la maintenir en laisse. Je l’intégrais bien, mais la méthode n’en restait pas moins abjecte et injuste envers cette gamine qui, comme tous les gosses de son âge, avaient certainement en tête tout un éventail de projets qu’elle rêve d’accomplir et de concrétiser. Tout ça, ça lui serait interdit, volé, arraché douloureusement et avec brusquerie, par un mari qui n’en serait pas coupable pour autant. Pour se prémunir d’un tempérament affirmé, d’une envie de rébellion, asservir l’autre, jugé plus faible par nature, devenait une nécessité. Ceci dit, je n’avais pas fait beaucoup mieux.

J’essayai à maintes reprises de garder Lyla à la maison après avoir fait des pieds et des mains pour qu’elle renonce à son job de secouristes. Je finis par revenir sur ma décision parce qu’elle avait bien conscience que j’avais besoin d’être rassuré et qu’elle était prête à s’associer à moi. Ça me permettait de garder le contrôle d’être à l’origine de ses nouveaux défis professionnels. Je me sentais également bien plus en sécurité dans mon couple. Ma femme m’adorait et je le lui rendais plutôt bien. C’était facile pour nous. Nous nous étions mariés par choix. Ça nous octroyait un certain confort et plus de largesse. Mais, comment aimer un inconnu désigné volontaire pour nous épouser quand on a à peine dix-huit ans ? Comment ? En se calquant sur le modèle de la Salvadorienne qui s’autorisa à succomber aux charmes de Gabriele ? Était-ce seulement la solution ? Elle n’avait pas été plus heureuse pour autant. Et, pour Bianca, serait-ce seulement envisageable ? Il était évident que le seul crime de la première avait été de naître femme dans un monde d’homme, mais ma nièce ? La seconde, elle cumulait à cette malchance le poids de la punition, ce qui ferait de son époux son bourreau. Certes, elle apprendrait à détester son père, mais ça ne lui garantissait en rien le bonheur loin de sa famille. Au contraire. Elle se sentirait certainement abandonnée.

« Pas Muñez, non, ne te fais pas de soucis. Il n’est pas prêt pour ça et Mani aimerait que ça soit le moins douloureux pour tout le monde. » avouais-je que notre but à tous était d’éviter le pire. D’après moi, Mani opterait pour Jandro et si ce dernier était en droit de refuser, son cousin saurait le convaincre à faire vibrer sa corde sensible. Ce serait un bon parti. C’était indiscutable. Sous ses airs de brute épaisse se cachait un cœur en or, mais saurait-il touché l’adolescente qu’était toujours la fille d’Achille ? « C’est parfaitement injuste. Je suis le premier à le penser. Le problème, c’est que la pauvre, elle est mal entourée. Chill, il a trahi sa propre sœur pour essayer d’enculer Mani. Il s’est indirectement rendu coupable de la perte du bébé à cause de son acoquinement avec Teresa. Quant à Antonella, quand elle a apprit que son mari ne la baisait plus pour en sauter d’autres plus jeunes et plus belles… » Et ce n’était pas bien difficile. « Qu’est-ce qu’elle a fait ? Elle réclamé le divorce. A eux deux, ils sont donnés la mauvaise image à mon père. Il est persuadé que le premier est un félon dont il va devoir se débarrasser tôt ou tard. » Moi, en l’occurrence, mais je refusais d’y penser. « Et que la seconde se la joue femme moderne. Il ne peut pas lui laisser la plus grande. Il faut la mettre sous contrôle, parce qu’elle ressemble bien à l’un ou à l’autre et que dans un cas comme dans l’autre, il faut la garder sous contrôle, un autre contrôle que celui de la famille. Les plus jeunes, elles seront envoyés en Sicile avec leur mère pour que la famille garde un œil sur elle, comme une espèce de retour aux sources, si tu préfères. Ça a l’air dur, surtout pour Bianca, mais mon père le fait pour nous protéger tous. Il éloigne les emmerdes avant que qui ce soit ne mette le pied dedans. » Et ce n’était certainement pas dénué de logique selon l’ordre déviant des priorités de mon paternel.

Humainement, je ne partageais pas entièrement le raisonnement. En tant que membre honoré de Cosa Nostra, je reconnaissais la logique implacable du plan de mon supérieur. L’homme d’expérience avait parlé. C’était indémontable et surtout indiscutable. Ça me désolait pour la gamine et je l’exprimai en haussant les épaules et en soupirant mon impuissance. « Je t’avoue que j’ai un peur des retombés sur Jez et sur Cinzia. D’une certaine manière, on met Mani dans une position délicate vis-à-vis de sa femme, mais ce n’était pas volontaire. Mon père a tendance à croire que tout le monde vit comme ma mère, dans l’ignorance surjouée ou avérée parfois. » Je ricanai, parce que j’étais persuadée que s’il y avait encore du bon à prendre dans ce mode de pensée archaïque, il était révolu depuis longtemps déjà. « Quoiqu’il en soit, j’espère qu’elle saura entendre qu’il n’était pas chaud et qu’il lui a choisi le meilleur parti qui soit. Pour le moment, Jandro est pressenti et je prie pour que Cinzia réalise l’avantage que ça lui donne sur la situation. Elle pourra garder un œil sur la situation, corriger le tir si c’est nécessaire, intercédé en faveur de Bianca via Mani puisqu’on sait qu’il a de l’influence sur son cousin. » Je demeurai pensif un bref instant avant de réitérer mon souhait. « Ouais, j’espère qu’elle saurai tirer le bon parti de tout ça. En attendant, il n’avait pas besoin de ça. Prépare-toi à la raisonner si elle le prend vraiment mal. Quand elle est vexée ou en colère après Manuel, tu es la seule personne qu’elle écoute encore. » soulignais-je sans l’inviter à mettre de côté son animosité son beau-frère. Les sous-entendus suffisaient avec Lyla, aussi subtil soient-ils. Ma compagne était douée pour lire les notes de bas de page écrite en Arial 6 sous mes discours. C’était sa force, celle de toutes les femmes amoureuses, celles qui nous faisaient défaut, à nous, pauvres hommes. Au contraire, j’aurais saisi sans l’explication de texte à quel point le comportement de ma mère la blessait.

Elle aborda la question dans un petit restaurant où nous étions censés passer un moment agréable et nous retrouver. Elle travaillait beaucoup, moi aussi et nos moments de libre, nous les partagions majoritairement avec notre fils. Ce n’était pas équilibre. Tout pour lui, très peu pour nous. C’était normal. Nous étions parents, mais ma partenaire me manquait terriblement. L’emmener manger un morceau, ça me donnait l’impression d’être un peu plus que des adultes chargés de l’éducation d’un bébé ou des bosseurs. J’avais en stock tout un tas d’idées d’envie à partager avec elle, mais elle me devança, arguant d’un déménagement. Quitter le domaine, quelle idée saugrenue ! Si le désir de m’en aller s’était manifesté d’une quelconque façon, je ne serais pas devenu l’heureux acquéreur d’une garçonnière ou vivent actuellement Jez et Gaby. Je m’y serais installé à titre définitif, mais trois soirs par semaine. Je balayai cette idée qui m’échappait à grands renforts d’arguments avant qu’elle n’en vienne aux faits : ma mère était génératrice de pression et je ne comprenais pas. D’où tirait-elle ce genre de conclusion ?  Girolama est la bonté et la douceur incarnée. Elle luttait de toutes ces forces pour se montrer la moins intrusive possible avec ses enfants. Son but était de les marier pour partir en paix lorsque Dieu la rappellerait à lui. L’imaginer capable d’humilier ma femme, qu’elle aimait comme sa propre fille, ça me semblait tellement étrange, surtout que Lyla, avait démontré avec panache ô combien son rôle de le mère la tracassait.

Si elle parvenait à se convaincre que son fils aimait quelqu’un d’autre autant ou, pire, plus qu’elle, elle sortait les crocs. Je l’appris à mes dépens. Elle m’éloigna du petit sans raison apparente, brisant l’harmonie fragile qui suit la naissance d’un nourrisson. N’était-elle pas tout simplement en train de changer de cible finalement ? De se sentirait-elle pas menacée à tort ? C’était plausible, assez pour que je m’interroge et que je lui livre le fond de mes inquiétudes sans gants ni faux-semblants. Quelle erreur ! Elle vécut ma remarque comme le désaveu de ses émotions. Elle m’accusait de propos excessif dont je n’étais le prêcheur que dans sa tête. « Et tu ne peux pas te dire que ce sont simplement des conseils ? Le conseil d’une grand-mère ? C’est peut-être tout simplement indélicat. » tentais-je sans me figurer que je m’attirerais ses foudres. « Ce n’est pas ce que j’ai dit. Je ne pense pas que tu inventes, je me demande simplement si, à force de craindre qu’on te juge dans ton rôle de maman, tu ne vois pas le jugement partout. Tu admettras que c’est possible, non ? Surtout que l’anglais de ma mère ne s’enseigne dans aucune école. Son italien non plus d’ailleurs.» C’était un savant mélange de ces langages qu’elle maîtrisait plus ou moins bien. Tout sauf une science exacte donc.

« C’est sujet à interprétation, ça n’a rien à voir ce que tu ressens. Je l’entends. Je te demande juste de remettre le tout en perspective et de poser les bonnes questions. » Son exemple n’étant pas forcément adéquat et particulièrement agaçant. « Tu es donc en train de me dire que je devrais m’empoisonner si tu cuisinais mal, sous prétexte que tu te casses le cul à préparer un truc et tout ça, parce que tes intentions sont bonnes. Donc, les miennes, si je mange dehors tous les jours, qui sont tout aussi bonnes, elle ne compte plus, c’est bien ça ? Parce que si c’est ça, demande-moi carrément d’envoyer ma mère chier, gagnons du temps, parce que visiblement, c’est ce qu’un mari aimant devrait faire…Fermer sa gueule, ne pas se poser de questions et obéir… Si c’est ça, Lyla, on risque d’avoir un problème, Lyla. Un vrai problème… » crachais-je courroucé par son attitude et ses reproches. Il n’y avait qu’elle pour me mettre en colère aussi vite et, aussi fou cela puisse-t-il paraître, c’était une preuve d’amour. C’était à la hauteur de mon intérêt pour elle. Le jour où elle me laisserait de glace, il serait tant pour elle de se faire toute petite. Je me radoucis afin d’éviter de gâcher un moment que nous méritions pourtant, mais le sujet était loin d’être clos. Il me rattrapa trop vite à mon goût. Cherchant à trier le bon grain de l’ivraie, je me confrontai à un mur. Cette fois, ma mère n’était une emmerdeuse de première, elle était une manipulatrice sans précédent et une nouvelle vague d’irritation me submergea. « Et régner sur quoi ? Sur quoi veux-tu qu’elle règne ? Sur qui ? » m’insurgeais-je à mon tour, haussant le ton tandis qu’elle s’évertuait à s’adresser à moi le plus calmement possible.

Elle me prenait pour un con et me donnait cette désagréable impression d’être à sa solde et qu’il était donc préférable pour mon bien que je ne la contrarie pas. Elle réveillait tout ce machisme sur lequel je travaillais durement pour son bien. Quelle ingrate. « Tu crois que je ne vois pas quand quelqu’un essaie de se servir de moi ? Tu ne crois que je ne sais pas quand TOI, tu le fais ? Qu’est-ce que tu crois ? Que tu décides de quand j’agis et de quand je me tais ? Que tu vas pouvoir me formater ? Change d’attitude, Lyla, parce que je pourrais bien faire mes bagages plus vite que tu ne l’imagines et faire de ce domaine ta prison, c’est clair ? Je te garantis qu’à côté de moi, Gaby, c’est un amateur. » Furibond, je claquai la porte, histoire de m’isoler assez longtemps pour me calmer. Je rentrai près de trois heures plus tard, regrettant d’avoir raté le coucher du petit, mais plus serein, assez pour l’enlacer, pas au point de présenter de vive voix des excuses. Qu’elle s’estime heureuse que je n’aie pas tout cassé. « Parfois, oui ! Enfin, disons plutôt que je n’aime pas quand on se dispute à cause des autres. Je te l’ai dit quand on s’est rencontré, on se moque de ce que les autres pensent, on ne se justifie pas non plus. C’est pour les faibles, ça, mais toi, tu es forte, non ? Si tu aimes ce que tu fais, si tu es heureuse avec moi et avec le petit, c’est le principal. Le reste du monde, on s’en tape. » Je la fis pivoter entre mes bras et lui offrit un baiser tandis que ma main se posait sur joue. Je la caressai du pouce, sondai son regard et considérai avec plaisir que cette brouille ne comptait pas. J’aurai bien droit à du pop-corn ce soir, voir plus si affinités.


***

Le regard qu’elle me jeta alors que j’engouffrais une fourchette bien pleine de spaghetti m’aurait presque glacé les sangs tant il était chargé d’animosité. Si ses yeux étaient des mitraillettes, je serais morte sur-le-champ d’une balle dans la tête. Et, pourquoi ? A cause des commentaires de ma mère qui, bien que déplacés, ne justifiaient pas que je me lève les bras au ciel en exigeant réparation. Elle partageait sa vision des choses sur la place d’une femme dans son foyer et Lyla s’y opposait. Ce n’était rien d’autre qu’un conflit relationnel et culturel. A mon sens, pas de quoi fouetter un chat. Or, lorsque nous quittâmes la maison de mon père, mon épouse était furieuse. Elle bondissait déjà dans le perron. « A mon avis, on n’a pas assisté au même repas toi et moi. Elle n’a pas dit ça… Elle t’a fait part de sa façon de voir les choses, mais tu es sur la défensive. Dès qu’elle ouvre la bouche, tu te braques. Je n’ai pas entendu qu’elle disait que tu t’occupais mal de lui, que tu ne le nourrissais pas bien, que tu l’habillais trop froidement ou trop chaudement. Je ne l’ai pas entendu dire que tu étais une mauvaise mère. Elle a juste dit qu’un enfant a besoin de sa mère, j’ai pas l’impression qu’il y a mort d’homme. A côté de ce que ta mère a pu dire ou faire, franchement, c’est meno male. » conclus-je convaincu que nous en resterions là, mais c’était trop en demander à mon épouse. « Tu n’es pas d’accord ? Et ? Je suis censé m’inquiéter ? Je suis censé me dépêcher de faire exactement ce que tu me demandes sous peine d’être classé dans la case des enfoirés ? Et bien, j’en serai un, je m’en tape, Lyla. Je ne suis pas là pour obéir quand tu claques des doigts. J’ai le droit d’avoir mon opinion et je ne suis pas obligé de courir après un chien après un chapeau parce que tu seras persuadée de l’avoir vu partir avec l’os de Trejo dans la gueule. Si tu n’as pas encore compris que la seule personne qui doit se sentir satisfaite ou insatisfaite de ce que tu es ou de ce que tu fais, c’est moi. C’est entendu ? Rien que moi et ça ne veut pas forcément dire l’inverse. Sur ce, j’ai des choses à faire. A ce soir. »

Je ne prenais pas la fuite pour la punir ou la blesser, je considérais simplement qu’il était préférable pour nous deux que je quitte le domaine pour quelques heures avant que mes doutes ne se transforment en certitude. J’acceptais d’être manipulé par ma femme parce que ce n’était jamais important, que c’était de bonne guerre et que j’étais toujours le vainqueur de nous deux. Quand il s’agit de ma famille étendue, en revanche, je refusais qu’elle me prive de mon libre-arbitre en invoquant les liens sacrés du mariage pour justifier sa bêtise. Je ne prendrais pas part à cette partie. Elle la perdrait et je n’en tirerais que de la frustration. Partir, c’était le mieux à faire et, en rentrant, ne pas la serrer dans mes bras fut une mesure prise consciemment pour son propre bien. Je lui facilitais la tâche en menant perpétuellement ce combat contre moi-même pour la rendre heureuse, mais on ne m’y reprendrait plus. Elle viendrait d’elle-même cette fois. Elle viendrait d’elle-même me livrer des excuses et je saurai la recevoir si, d’aventures, elle utilisait le ton du reproche pour les délester du poids de la sincérité. OK, pas tout de suite, songeais-je alors qu’elle avait l’air décontracté et qu’elle s’affairait dans la cuisine. Néanmoins attentif à mon fils, je surveillais autant les gestes du petit que ceux de sa mère. Elle dressa une table pour trois en musant des mélodies joyeuses et je me demandai sincèrement si elle était en train de se foutre littéralement de ma gueule ou si elle souffrait de bipolarité. Désarçonné, je sentais mes joues se creuser, mes lèvres se plisser d’incompréhension et une irrésistible envie de la secouer me traverser les veines. Au lieu de ça, je lui glissai avec détachement qu’elle mangeait seul avec son fils. Elle venait tout juste de m’inviter à prendre ma place habituelle. Je regagnai le domaine tard dans la nuit, les vêtements tachés du sang d’une de mes victimes et les mains tremblantes de rage. C’était dans ces moments-là que j’avais le plus besoin de mon épouse, de son affection et de sa tendresse, de ce qui me rendait plus humain que je ne l’étais réellement. J’étais parti en colère, je rentrais en proie à une détresse remarquerait. C’était la lassitude, celle de tuer, celle d’être parfois réveiller en pleine nuit par l’un ou l’autre des fantômes ou squelettes qui trainent dans mes placards mal fermés.


***

Que mon épouse sorte avec Cinzia au Gato Negro, là où je finissais toujours par la retrouver, ça ne me posait pas de problèmes en tant qu’homme. Nos folles sorties réveillaient des souvenirs heureux de notre histoire. A contrario, le père en moi se demandait souvent c’était bien raisonnable de rentrer uniquement pour le bain, le repas et le coucher pour finalement se déhancher – pour elle, pas moi – sur une piste de danse, Ettore à charge de Bianca, de Gloria, ou de ma mère. Ma mère ! Je n’avais pas eu besoin qu’elle m’interpelle pour m’alerter des enjeux de ce qui se préparait. J’étais un grand garçon. Je constatai moi aussi que quelque chose ne tournait pas rond chez mon épouse. Je culpabilisais de plus en plus vis-à-vis de mon fils et je ne pus que hocher de la tête tandis qu’elle mettait au jour la source du problème. Lyla se vexait pour un oui pour un non. Elle fuyait la réalité, celle où elle avait échoué dans sa mission de sœur. Elle vivait son deuil comme une lâche qui préfère fuir ses responsabilités plutôt que de les assumer de peur de provoquer un désastre. « Ne t’inquiète pas, maman. C’est bientôt terminé tout ça. Je te le promets. Mais, j’ai besoin que tu m’aides. J’ai besoin que tu gardes le petit deux ou trois jours, tu peux faire ça ? » Elle acquiesça et je pris la route pour récupérer ma femme dans ce lieu de débauche où elle échoua. J’étais résolu à la ramener avec moi. Qu’importe ses protestations et sa rancœur envers Mani et ses manières. Il ramassa sa femme comme un paquet et je ne l’en blâmais pas. J’enfermai ma femme dans notre appartement et je postai un vigile devant la porte jusqu’à mon retour, soit près de trois heures plus tard, le temps pour mon « frère » et moi de statuer sur la vengeance adéquate. « Alors ? Elle est dans quel état, elle en veut toujours à la terre entière ? » m’enquis-je auprès du garde avant de lui donner son congé. « Je crois qu’elle a tout cassé, Don. J’ai entendu un raffut de tous les saints diable. » Rien de nouveau sous la lune. Ça ne m’étonnait pas vraiment. « Merci ! Va rejoindre ta femme. Présente-lui des excuses de ma part et remets-lui mes amitiés. » Il dodelina de la tête et je glissai une liasse dans la poche de son veston. « Prends ta journée demain et emmène Luisa et tes enfants au zoo, au restaurant ou au cinéma. »

Il me remercia chaleureusement, s’éclipsa et moi, je rassemblai toutes mes forces pour affronter mon épouse et priai pour ne surtout pas commettre l’irréparable. Je la hélai dès que je poussai la porte. Elle me servit son cinéma de femme brimée et son discours habituel de féministe à la con et, assis dans le divan, jambes et bras croisés, je l’écoutai à peine. Un excès de colère gâcherait ma vengeance et je pris sur moi pour ne pas la secouer. « Tu as dit que lorsque ton mode de vie m’indisposerait, tu arrêterais tout, car Ettore, ton fils, et moi, ton mari, étions ta priorité. Eh bien, c’est le moment. Je ne veux pas d’une clubbeuse, je veux une femme, une épouse qui me rappellera tous les jours que j’ai bien fait de la marier. Et ton fils, il veut une mère qui n’attend pas impatiemment qu’il soit couché, après l’avoir vu deux heures, pour se barrer en fourbe avec sa marraine dans un bar pour gays. Ce que tu fais là, c’est indigne de lui, de moi et de toi surtout. Alors, sois bien attentive à ce que je te dis parce que je ne recommencerai pas. Un : tu ne retourneras pas dans ton bordel avec ma sœur. Deux : tu ne sortiras plus tous les soirs. Trois : tu ne boiras plus non plus. Quatre : tu resteras ici, avec ton fils, pour t’occuper de lui. Ce sont mes commandements. Alors, maintenant, réfléchis-bien à ce que tu vas me répondre parce que je ne suis pas d’humeur à t’entendre jacasser comme une pie ou à devoir supporter les préchi précha de tes putains de copines les féministes. » Le soir même, après une conversation infructueuse, je lui jouai un remake d’histoire, de mariage sans mari, de « Je me taille en silence pour trois longues journées et trois interminables nuits. »







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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageMer 25 Jan - 23:03

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le dictateur



Ma façon de m’occuper de mon fils et de gérer ma maternité étaient les sujets sensibles par excellence et je n’acceptais pas facilement les remarques, j’étais suffisamment objective sur ce que j’étais et ce qui me préoccupait pour m’en apercevoir. Pourtant, cette fois, j’avais l’impression que ça allait au-delà de la bienveillance et ça tenait peut-être à la mauvaise maîtrise de la langue de Girolama ou bien à sa façon peu commune de dispenser ses bons conseils mais je vivais mal la situation et d’autant plus alors que je n’avais pas le droit au moindre soutien de la part de mon mari. Au contraire, il se débrouillait pour inverser la tendance et me faire passer pour un tyran qui exigeait de lui une prise de position tranchée et une croisade en bonne et due forme. Non, je voulais simplement qu’il se montre compréhensif et entende ma détresse, ce dont il n’était visiblement pas capable et qui me blessait encore plus que les remarques de sa mère. N’importe qui pouvait me manquer de respect, j’exagérais, n’importe qui pouvait se permettre d’y aller de son petit commentaire sur ce que je faisais c’était forcément moi qui voyais le mal partout. J’aurais sans doute pu prendre les choses avec plus de philosophie s’il avait vraiment tenté d’arrondir les angles en explorant toutes les éventualités mais il se contenta de celles qui me montraient comme l’excessive et je le vivais mal. Il m’encourageait à lui parler de ce qui m’agitait dès que ça arrivait, pur ne pas que je garde tout pour moi et le maintenir à l’écart de ce qui m’animait et me rendait malheureuse mais il n’était pas prêt à entendre tout ce que j’avais à dire, il n’était même pas prêt à me soutenir d’une façon ou d’une autre. Il avait une chance insolente que je l’aime plus que de raison ou j’aurais tout bonnement arrêté de me livrer, me contentant de ce que je ne pouvais dissimuler pour enterrer le reste quelque part et garder le silence. Parce que s’il m’accusait de tenter de le manipuler, il me contraignait à être intouchable et forte, à refouler tout ce qui me blessait parce que ça l’insupportait. Mes faiblesses le rendaient malade parce qu’en plus de ne pas les comprendre, il ne savait pas les gérer et ne trouvait que des façons excessives d’y répondre et de les contrecarrer. Je ne demandais pas de solutions, je voulais juste être entendue et écoutée, il aurait pu hocher la tête ou me prendre dans ses bras, même s’il n’était pas d’accord, me livrant son opinion en me montrant qu’il ne me prenait pas pour une malade. Mais c’était trop lui demander ! Beaucoup trop lui demander et ça ne faisait que nourrir mon ressentiment et ma colère le concernant, ce qui s’ajoutait à tous les sentiments négatifs que je brassais déjà. Qu’il puisse imaginer que je le manipulais à ma guise et que j’essayais d’imposer ma loi c’était complètement délirant et bien entendu, cela ne faisait qu’accroître un mal-être qui n’avait pas besoin de ça pour enfler.



Je mis de l’eau dans mon vin pour tenter d’arranger les choses et je serrai les dents tant que possible jusqu’à ce que ça dégénère et que je me sente complètement abandonnée. Lui qui passait son temps à chialer que je ne le soutenais pas, qui m’aurait tapé un scandale si j’avais eu le malheur de lui faire le quart de ce qu’il me faisait. Il me mettait dans tous mes états. Je pouvais déjà sentir que ça partirait en couille, que nous allions nous disputer violemment et que je n’aurais pas envie de faire le moindre effort, pas alors qu’il me faisait clairement comprendre que sa mère avait toujours raison et que je devais l’accepter et la fermer. Bien sûr que ma propre mère avait fait pire mais était-ce une raison pour tout accepter de la part de la sienne ? Non, bien sûr que non ! J’aurais pu relativiser si ce sentiment d’abandon n’était pas récurrent et que je ne me sentais pas complètement négligée, par la même occasion. « Non, ça, c’est pour moi, l’obéissance, pas vrai ? Hein ? C’est toi qui siffles et moi qui dois accourir quand tu l’as décrété si je ne veux pas que tu te barres et fasses de moi ta prisonnière ! Encore une fois, j’ai bien compris le message ! Y a que toi qui a le droit d’être soutenu et compris, toi qui dois être satisfait et entendu mais moi, ça ne compte pas, parce que j’invente tout quand je ne veux pas te contrôler ou te manipuler ! Mais ça c’est quand je n’essaie pas de dominer le monde ! » Je faisais du cynisme mais c’était plus fort que moi, j’étais en colère et qu’il ose me jeter ça dans les dents une nouvelle fois, ça n’aidait pas vraiment mon bon sens à prendre le dessus sur le reste de mes émotions. Ma raison se reposait paisiblement pendant ce temps là. Il avait osé me menacer, il me brimait et me faisait passer pour la salope de service, je ne comptais pas me taire, moi non plus, je ne supportais pas qu’on m’impose le silence ! « Je ne te demandais que de m’écouter et d’essayer de me rassurer, mais c’est trop demandé ! Tu préfères utiliser ton énergie à tout déformer pour me faire passer pour la connasse de service, tu sais quoi, continue, t’as raison ! T’as pas une autre petite menace de derrière les fagots sous le coude, hein ? » Il m’annonça qu’il avait des choses à faire devant notre immeuble, me plantant, comme il le faisait à chaque fois. Je l’insupportais tellement que je ne comptais plus le nombre de fois où il préférait mettre les voiles plutôt que d’avoir à m’endurer et ça aussi, ça faisait un mal de chien. « C’est ça, va, COMME D’HABITUDE ! » Le petit se mit à pleurer et je m’en voulus d’avoir hurlé, je le serrai dans mes bras et m’excusai auprès de lui, pleurant avec lui alors que je gravissais les marches jusqu’à notre appartement. Je ne voulais pas que mon mari aille vivre ailleurs et me fuit, je ne voulais pas que l’on se batte comme ça perpétuellement et je ne voulais pas qu’il ait à s’en aller pour être capable de m’encadrer plus de deux minutes. J’étais en train de tout gâcher.


Aller parler avec sa mère fut la première étape et je m’évertuai à faire de mon mieux pour préparer un dîner sympa, histoire de me racheter, une fois encore. Une part de moi était lasse de passer son temps à se confondre en excuses alors que j’étais certaine d’être dans mon bon droit, cette fois mais il refusait d’en parler, il refusait de voir. J’étais excessive et hypersensible, les avis négatifs des gens qui comptaient avaient la fâcheuse tendance de me rendre malade et même si je faisais de mon mieux pour tenter de ne rien en avoir à faire, ce n’était pas si simple. Alors je me dis qu’en faisant un effort, il se rendrait compte que je n’étais pas si infecte que ça et qu’il reviendrait vers moi. Tout ce que je gagnai fut qu’il se tira une nouvelle fois quand je lui proposai de s’asseoir pour manger. Je le regardai quitter l’appartement, éberluée, me demandant ce que je n’avais pas bien fait cette fois. Je perdis mon sourire et mon appétit et je me contentai de donner à manger au petit pour tout ranger quand il fut couché et que son père ne semblait pas décidé à refaire surface. Il ne demanderait jamais le divorce, son père le tuerait et ça affaiblirait sa position mais je m’attendais à ce qu’il rentre avec une proposition qui impliquerait qu’il vive dans l’autre appartement, sans moi, loin de moi et de tout ce qui l’insupportait. S’il ne décidait pas de trouver un prétexte pour réinvestir sa garçonnière dans Manhattan. L’horloge tournait et il n’y avait toujours pas la moindre trace de lui, j’entrepris de nettoyer l’appartement, rangeant et astiquant ce que je ne faisais que quand j’avais le temps et l’envie. Quand j’eus passé tous ces trucs pénibles au peigne fin, je me laissai tomber dans le canapé, jetant des coups d’œil fréquents à mon téléphone, incapable de me concentrer. Je descendis pour que les chiens puissent courir un peu et faire leur besoin, le babyphone dans la main, mon téléphone dans la poche. J’étais partagée entre colère et crainte. Un bain ne me permit pas de me détendre et lorsque je l’entendis passer la porte, j’étais prête à lui sauter à la gorge avant de constater qu’il était dans un piteux état. Je l’approchai avec précaution, sans mouvements brusques, posant une main sur son visage pour qu’il me regarde. Je lui offris un sourire avant d’embrasser doucement ses lèvres. « Tout va bien, mon amour, tu es à la maison ! Je vais m’occuper de tes vêtements et de toi ! » Je l’entraînai dans notre chambre, pour lui offrir le réconfort dont il avait besoin, me confrontant à sa brusquerie et à son animalité qui devaient s’exprimer pour qu’il puisse avoir la paix. Je ne mentais pas lorsque je lui dis que ça ne me gênait pas, au contraire, j’avais une confiance aveugle en lui, je savais qu’il ne me ferait jamais de mal, jamais. Lorsque son trouble se dissipa un peu, je l’accueillis dans le creux de mes bras pour le couvrir de tendresse et d’amour jusqu’à ce qu’il s’endorme. Alors seulement je récupérai ses vêtements pour descendre les brûler. J’attendis d’être certaine qu’il n’en restait rien pour remonter me coucher à ses côtés. Incapable de fermer l’œil. Et moi, quel était mon exutoire à mon mal-être et à ma tristesse ? Cela me maintint éveillée toute la nuit.



***



Plus je me sentais envahie par les ténèbres et plus je fuyais le domaine, ma famille et mon fil pour m’abrutir avec le travail, l’alcool et les sorties. J’avais toujours aimé faire la fête, ça faisait partie de ma personnalité, j’étais faite comme ça et dans ma communauté, tous les prétextes étaient bons pour se réunir et célébrer en riant, parlant fort et en dansant quand on ne chantait pas. Je sortais beaucoup quand j’étais célibataire puis un peu moins quand ça devint sérieux avec Lucky et ce ne fut plus qu’un vague souvenir après notre mariage, nous sortions ensemble et ça me convenait parfaitement. Parfois, je mangeais ou allais boire un verre avec une amie ou une belle-sœur mais les grosses sorties, je les réservais à Luciano, pour une raison simple : ne pas susciter sa jalousie et me coltiner les conséquences. Et pour dire vrai, même si je ne lui dirais jamais de peur de ce que ça provoquerait. J’aimais rester chez nous et m’occuper de lui et de notre fils. C’était parce que j’avais besoin de me sociabiliser avec d’autres gens que j’avais voulu retravailler mais mon cocon me suffisait la plupart du temps. Pourtant, je sautai sur l’occasion qui se présenta quand Cinzia me dit qu’elle avait besoin de prendre l’air et que Mani l’y encourageait. Pour me déculpabiliser, j’invitai Luciano à chacun de ces plans pour qu’il ne se sente pas lésé et ne me chie pas une pendule mais j’espérais parfois qu’il refuserait pour que j’ai le loisir de boire jusqu’à plus soif et ne pas avoir l’impression d’être jugée ou scrutée sous tous les angles. Je ne me posais pas cinq minutes pour analyser ce qui m’arrivait, pour quoi faire ? Tout glissait sur moi comme de l’eau sur un miroir et parfois, je me foutais en boule pour des détails, montant sur mes grands chevaux pour pas grand-chose. J’avais tellement de colère en moi, tellement de violence à extérioriser et je le faisais de la pire des manières sans avoir envie de creuser le pourquoi. Je négligeais ma famille et me trouvais des excuses même si dans mes moments de lucidité, je savais que j’exagérais et je me demandais ce qu’il adviendrait de moi si je maintenais ce rythme-ci. J’en étais déjà à mon quatrième verre alors que certains n’avaient pas terminé le premier lorsque Mani débarqua et agrippa le bras de Cinzia pour la sortir de là, je les suivis à l’extérieur pour lui dire de se calmer un peu mais je n’eus pas le temps d’ajouter quoi que ce soit, tombant nez à nez avec mon mari qui avait l’air remonté. « Je vois ! Vous vous êtes concertés pendant le conseil des machos ! On ne faisait rien de mal et ici, y a que des effrayés du vagin, qu’est-ce que tu veux qu’il arrive ?! » m’exclamai-je alors qu’il m’obligeait à le suivre, un tic nerveux animant sa mâchoire, signe qu’il faisait de son mieux pour ne pas exploser. Il me jeta chez nous, m’interdisant de récupérer le petit avant de fermer la porte à clés. « Lucky ?! Qu’est-ce que tu fous, putain ? LUCKYYYYY ! » Je donnai de grands coups de pieds dans la porte et j’envisageai sérieusement de sauter par la fenêtre pour me tirer pour de bon et je l’aurais fait s’il n’y avait pas eu Ettore. Je ne voulais pas qu’il me l’enlève pour me punir d’avoir mis les voiles, je ne voulais pas qu’il fasse de ma vie un enfer. Folle de rage, je la passai sur les meubles et tout ce qui passait à ma portée, dévastant l’appartement. Je le détestais, je le maudis, l’insultant en espagnol en balançant tout ce que je pouvais attraper. Saccageant la vaisselle et les bibelots alors que je me sentais mal aimée. J’aurais pu me résigner à admettre mes torts s’il avait tenté de discuter, j’aurais pu parler s’il m’avait donné l’impression que ça l’intéressait. Je tentai, une fois ou deux, en lui disant que ça n’allait pas vraiment, de m’ouvrir sur ce qui m’agitait, essayant de faire le point avec lui, mais nous fûmes interrompus à chaque fois et nous ne revînmes pas dessus. A tort, visiblement.



Lorsque sa voix se fit entendre, j’étais assise au milieu des débris, le regard dans le vague, me demandant comment j’en étais arrivée là. Je me redressai, prête pour la bataille. « Comment t’as pu me faire un truc pareil ? COMMENT ? M’enfermer ici comme si j’étais un putain de chien, comme si j’allais me tirer à la première occasion !! T’as aucun respect pour moi et ce que je ressens ! T’es qu’un connard ! » Il aurait tous les droits du monde de s’insurger et d’être fâché mais rien ne justifiait une réaction aussi excessive, rien du tout ! « CHAQUE FOIS je te proposais de nous accompagner et tu refusais, qu’est-ce que tu croyais que je faisais de si mal là-bas ? Qu’est-ce que j’ai fait de si grave pour que tu me jettes ici, m’enfermes sans rien dire, hein ?! » Son calme et son silence qui perdurait me donnait une folle envie de l’étouffer avec un des coussins du canapé. « Oh, désolée monsieur le prince de ne pas être à la hauteur de vos espérances maritales ! » Je fis une courbette surjouée, sentant que j’étais en train de perdre le peu de bon sens qu’il me restait. « Je ne me débarrasse pas de mon fils ! Je t’interdis de dire une chose pareille, tu entends ?! » crachai-je alors qu’il me faisait le pire des affronts en m’énonçant ses putains de commandements qu’il pouvait bien se carrer bien profond. « Mais pour qui tu te prends ? Dieu le père ? Ou bien le mien ? » Un ricanement sans joie m’échappa. « Allez vous faire foutre, toi et tes commandements ! » Je sus, au moment même où cette phrase m’échappait, que ça allait dégénérer mais à ce point ? Le but était simple, me montrer qu’il avait droit de vie ou de mort sur moi, désormais et que si je ne me pliais pas à sa volonté, il me ferait plier. On ne me rendit pas mon fils et on m’enferma chez nous trois jours de plus durant lesquels il ne reparut pas. Un appel à Cinzia me permit de comprendre que son abruti de meilleur ami et lui, qui ne valait pas mieux, avaient mis les voiles ensemble pour nous « donner une leçon » mais à mon sens, il essayait surtout de me blesser. Je n’avais pas besoin qu’on me donner une occasion supplémentaire d’être en colère et pourtant, ce fut ce qu’il fit. Il devait s’en donner à cœur joie avec toutes les salopes qui passaient par là alors que je me languissais de mon bébé et que j’étais privée de liberté parce que j’avais eu le malheur de le remettre à sa place. Il n’était plus question de dialoguer, plus question de pardonner et de se montrer compréhensive. En trois jours, j’eus le loisir de tout ranger et de réparer mes conneries, toujours agitée par cette colère sourde sur fond de douleur que je n’arrivais pas à exprimer. Je ne restais jamais longtemps en colère d’habitude, il fallait que je sois triste pour que ça arrive, c’était plus facile d’être fâché que de gérer les larmes. Tellement plus facile !


Mes pierres, perles et autres breloques étaient étalées sur la table de la salle à manger tandis que je travaillais à la confection d’une énième parure de bijoux. J’étais tellement courroucée que le sommeil me désertait et qu’il avait fallu m’occuper l’esprit et les mains après avoir tout remis en ordre. Il rentra à ce moment-là, le petit dans les bras et je me levai de ma chaise, la faisant tomber, pour récupérer mon fils et le couvrir de baisers, sentant mes larmes inonder mes joues. « Mon petit burrito de l’amour ! » Je le déshabillai et le serrai dans mes bras, heureuse de le retrouver sans accorder un regard à celui qui venait de le déposer et m’avait enfermé dans la plus haute salle de la plus haute tour de son château fort, pour me punir de ne pas être celle qu’il aurait voulu que je sois. Il était probablement déçu que je sois toujours en vie, déçu que je ne me sois pas morfondue pendant qu’il prenait du bon temps avec l’autre abruti de salvadorien. Lorsque le petit fut au lit et que la cuisine fut en ordre, je repris ma place à la table de la salle pour reprendre mes confections, sentant que je bouillonnais et que je ne tarderais pas à imploser. J’abandonnai tout et j’entrai dans la salle de bain après avoir frappé deux coups, sans attendre une réponse. Il venait de terminer et ceignait ses hanches d’une serviette. « Tu m’as enfermée ici pendant des jours, toute seule ! Tu m’as empêchée de voir mon fils, pendant que tu profitais de la vie avec ton débile de meilleur ami ! Je ne te présenterai pas d’excuses ! Quoi que j’ai fait, je ne méritais pas tout ça ! Combien t’en as baisé ? Hein ? COMBIEN ? Tu sais quoi ? J’en ai rien à foutre ! J’allais m’excuser, arrêter de sortir et compagnie quand tu es venu me récupérer au bar, parce que j’étais en tort mais au lieu de discuter, tu me punis comme si j’étais une gamine ! Comme si je n’étais pas capable de gérer toute seule ! Et tu demandes pourquoi je n’ose pas dire quand ça ne va pas ? » Je sentis les larmes me monter aux yeux, je les refoulais autant que possible mais ce n’était pas évident. « J’ai eu le malheur de te dire ce que je ressentais avec ta mère et tu m’as abandonnée en disant que j’essayais de te manipuler, de te monter contre ta mère ou de t’obliger à faire ce dont tu n’avais pas envie et là, je devais faire quoi ? Hein ? Je me sens dépassée ! J’ai l’impression de pédaler dans la semoule depuis des semaines et que rien n’a de sens, rien du tout ! Et tout le monde s’en fout ! Tout le monde a le droit d’exprimer son ressenti sauf moi, parce que j’exagère toujours ! Je suis fatiguée de me battre contre le monde entier et contre toi ! » Les larmes affluaient sur mes joues et je ne pouvais rien faire pour les renvoyer à l’expéditeur. « Je ne suis pas forte tout le temps, je ne suis pas insensible et je ne peux pas ravaler tout sous prétexte que ça te fait chier ! Et je suis tellement folle de rage contre toi ! Tu n’as pas besoin de me donner de leçons ou de tenter de me soumettre, je suis déjà acquise à ta cause mais tu passes ton temps à douter de moi ! Alors non, je ne m’excuserais pas d’être ce que je suis ! » Mon discours décousu n’avait pas le moindre sens et lorsque je m’en rendis compte, je repris : « Tu sais quoi, laisse tomber ! » Je sortis, mes larmes redoublant d’ardeur et je choisis de les dissimuler en m’allongeant dans notre lit. Je finis par m’endormir lorsque ma réserve fut tarie.


Je fus réveillée par les babillements du petit et je me levai aussitôt pour m’occuper de lui, heureuse qu’il soit là pour couper court avec ma morosité, même si je me sentais déprimée et apathique. Le retour à la réalité était difficile et ma colère de plusieurs jours m’avait épuisée, j’étais en miettes. Luciano n’émergea que sur l’heure du midi, je préparais le repas en chantant avec le petit et en tentant de lui faire intégrer les mots de son petit livre des animaux. Je me contentai d’un signe de tête en guise de bonjour, me demandant si je préférais qu’il soit là ou bien avec ses putains. Ca méritait d’être posé comme question. « J’aimerais aller à l’église et sur la tombe de ma sœur, tu pourrais lever la punition pour quelques heures ? » ne pus-je m’empêcher de lâcher avec amertume en mélangeant ma viande dans mon énorme casserole. J’avais l’impression de demander à mon père le droit de sortir et ça me rendait malade, j’avais toujours été indépendante et en être réduit à ça, c’était pathétique. « Ne t’en fais pas, je ne compte pas me débarrasser de mon fils, je vais le prendre avec moi. » Mes gestes étaient de plus en plus brusques alors que j’avançais dans la préparation de mon plat, à mesure que ma colère gonflait. Elle n’était pas justifiée, il fallait que je me calme. Au lieu de ça, je préférai balancer le couvercle dans le décor et donner un coup de pied dans la gazinière avant de quitter précipitamment la pièce sous les hurlements de surprise d’Ettore pour aller craquer dans la salle de bain. J’étais une ingrate finie en plus de ne pas mériter ce qu’il m’arrivait, je ne méritais pas tout ça, pas au prix de la vie de ma sœur. Je me fis violence pour ressortir, les yeux bouffis et le nez rougi. « Pardon, je ne sais pas ce qui m’a pris ! » lâchai-je sans le regarder, récupérant ma casserole pour la mettre sur le feu. « Je ne vais pas y aller aujourd’hui, je vais rester ici et commander de quoi remplacer tout ce que j’ai cassé. Je vais te donner tous ce que j’ai de l’agence pour que tu le ramènes à Cinzia, elle en aura sûrement besoin. » J’attendais qu’il en vienne à la deuxième phase de sa punition avec appréhension, jugeant que j’étais trop folle pour eux, lui et le petit, il me sortirait de leur vie et me laisserait seule, désespérément seule. Nous, les Canjura, avions un sacré problème relationnel avec les autres, il suffisait de tous nous vois, des bras cassés, des handicapés de la relation et je n’étais pas différente, bien au contraire.


 





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MessageLun 30 Jan - 21:16

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft la patience incarnée



Ah… je devais avoir l’air fin sur le seuil de ma porte à me demander l’air éberlué quelle mouche rare avait piqué ma femme cette fois. Sérieusement, avancer que je lui dispensais des ordres qu’elle était contrainte d’exécuter, c’était le summum de la bêtise humaine. Pour qu’elle soit heureuse et épanouie, je ne renonçais à aucun sacrifice. Je luttais chaque jour contre l’homme de cro-magnon en moi afin de devenir celui, bien plus moderne, avec lequel elle rêvait de partager sa vie. Elle avait exprimé le désir de travailler et qu’avais-je fait ? Je l’avais prise avec moi au cabaret jusqu’à lui proposer de prendre part à une aventure qu’elle et ma sœur géreraient seules. Je ne me mêlais de rien, preuve de la confiance incommensurable qu’elle m’inspirait. Si elle manifestait l’envie de sortir avec une copine, je ne rechignais pas – ou très peu – alors que notre dernière expérience du genre s’était soldée par un kidnapping. Je l’autorisai à me tenir à l’écart de mon fils sans la brusquer, attendant patiemment qu’elle soit prête à passer la main. Je tolèrais ses lubies et ses accusations infondées uniquement basée sur une erreur du passé, me faisant violence pour trouver le juste équilibre entre les petites attentions que je lui offrais et celle de trop, selon son humeur, qu’elle interprèterait comme un aveu d’adultère. En contrepartie, je ne demandais pas grand-chose, juste quelques confidences sur ce qu’elle ressentait et ce qui la tourmentait. Est-ce que cela signifiait forcément que j’étais obligé d’être d’accord avec elle ? Aurais-je dû me disputer avec ma mère, cette femme avenante et bienveillante, parce qu’elle voyait le mal partout ? Si elle ne m’avait pas habitué à se soucier davantage du qu’en dira-t-on que de la vérité absolue, peut-être l’aurais-je fait. J’aurais pris les armes et j’aurais réclamé auprès de ma famille, sous couvert de menaces pour elle insupportable, de traiter mon épouse comme une reine. Or, le souvenir de cette gifle pour un baiser volé devant l’œil curieux d’une copine de son ex n’était jamais bien loin dans ces moments-là. S’ensuivait toujours cette épisode où elle se blottit dans mes bras, pleurant sur les ragots lancés par Ruben à l’approche de notre mariage. Elle s’en rendait malade alors que ce n’était pas grand-chose finalement. Rien qui ne se démonte avec des contre-rumeurs. J’avais passé des heures à lui expliquer que tout ce qui comptait, tout ce qui avait une réelle importance, c’était ce que moi j’en pensais. Le reste, ce n’était que du vent. Une perte d’énergie que de s’en tracasser alors que les conséquences sont inexistantes ou sans effet. Ma mère pouvait penser ce qu’elle voulait, ça ne changerait rien à mes choix ni à ceux de Lyla. Dès lors, je n’avais, de mon point de vue, strictement rien à me reprocher. Au contraire. Je tenais bien droit dans mes baskets. L’écouter selon son bon-vouloir, je l’avais fait et j’estimais cruel et injuste de me reprocher aussi ouvertement de ne pas avoir été à la hauteur sous prétexte que ma réaction ne lui convint pas. Je n’étais pas un robot. Je n’étais pas formaté pour penser comme elle en tout temps et je regrettais qu’elle ne puisse l’accepter, car ça compliquerait sévèrement notre relation et ça parasiterait notre sens de la communication. Ce n’était pas inné chez moi et, oui, il m’arrivait de partir pour ne pas me lancer dans une conversation stérile au cours de laquelle nous hausserions le ton. Oui, je préférai partir et revenir dans un état proche de celui de l’animal pour faire semblant que rien ne nous opposait et ainsi profiter des faveurs de son corps sans ménagement et jusqu’au bout de la nuit.

Faire semblant de rien ! L’expression se prêtait parfaitement à l’ambiance des jours suivants. Elle n’était pas là souvent, mais ça ne me dérangeait que moyennement. Elle se donnait pour son nouveau défi à l’agence et j’en étais heureux. Le bât blessa alors qu’elle sortait tous les soirs et qu’elle picolait beaucoup. Ça lui rappelait le comportement de Jezabel qui noyait son chagrin dans la bouteille tandis que son mari convolait dans le lit d’une autre. La différence, c’était que je n’avais à rougir de rien. Je n’avais rien fait pour provoquer un tel travers chez ma conjointe. Ça venait d’ailleurs et j’étais trop aveugle pour comprendre ce qui l’agitait réellement. Ce n’était pas de l’égoïsme. J’étais soucieux de son bien-être et de son confort, mais elle était différente et d’humeur changeante. Sa douceur, elle la distribuait en dent de scie. Parfois, elle était folle amoureuse. D’autres, je l’agaçais profondément et je mentirais si je prétendais que ça ne me blessais pas. J’avais de la peine, si bien que quelque fois, envahi par un irrésistible sentiment d’insécurité, je me demandais si tout ça n’était pas le signe que nous avancions peu à peu vers le désamour. Je m’imaginais qu’elle ne m’aimait plus ou plus autant qu’auparavant. Dans les pires moments, quand je rentrais dans un appartement vide, je supposais qu’elle mettait tout en œuvre pour que j’apprenne à la détester et que je la quitte. Pïre, elle me préparait doucement à la folle possibilité de vivre avec elle, pour le bien du petit, de ses affaires et de sa réputation, mais sans plus jamais partager le même lit. Elle était lassée de ses manies, de ses tics, de cette part d’ombre dont elle subissait les affres une nuit de temps à autre. Elle en avait marre, c’était la seule explication plausible et, fou de rage, tandis qu’elle était une fois de plus absente, je me pointai dans sa boîte gay remplie de dépravés sexuels pour la ramener chez nous. Bien sûr, je me confrontai à sa mauvaise tête et je la jugeai mal placée pour me donner la leçon. Elle ne marchait pas, elle titubait. C’était indigne de la femme bien qu’elle était, indigne de la mère qu’elle aspirait à être. « Et là ? Ce qu’on pense de toi, ça n’a plus d’importance ? Tu es putain d’hypocrite, en fait. » lui crachais-je en la tirant derrière moi. Je perdais patience rien qu’à entendre le son de sa voix et je lui conseillais intérieurement de ne pas trop me chercher car cette fois, et je n’avais plus souvenir que ça nous soit déjà arrivé depuis la Sicile, je n’avais pas la moindre idée d’où se situait mes propres limites. J’ignorais surtout où elle plaçait les siennes, ce qui me motiva à l’enfermer dans l’appartement. Quand elle était dans cet état, quand je ne la reconnaissais pas et qu’elle m’obligeait à douter de tout – d’elle, surtout – j’agissais comme un con, mais quel autre choix avais-je à ma disposition ? Elle me déchirait le cœur en m’appelant à travers la porte, la cognant de rage. Je savais également que j’allais au-devant des ennuis. L’emprisonner, c’était la réduire à tout ce qu’elle détestait. Pourtant, j’optai pour cette solution que je couplai avec une escapade de trois jours avec Manuel, Gaby et sa dulcinée, un escapade à laquelle j’aurait pu renoncer si elle ne m’avait pas envoyé me faire foutre. « Pourquoi, tu en as pour moi, du respect ? Quand tu sors ? Quand tu te saoules ? Tu ne te respectes pas toi-même. Tu es mal placée pour me parler de respect. Et tu te permets de m’insulter en plus… c’est toi qui n’auras plus le plaisir de te faire foutre, ma chérie, sur ce, je t’en souhaite beaucoup, du plaisir. »  

Au départ, c’était amusant et dépaysant. Mes problèmes me paraissaient à des kilomètres. Quand mon esprit vagabondait jusqu’à New York, il s’attardait au sourire de mon fils qui me manquait terriblement. Sa mère ? Plus que jamais, mais j’étais toujours dans cette phase où je refusais de voir la vérité en face. Elle me rattrapa alors que s’agitait des croupes et des seins rebondis qui ne m’intéressèrent pas finalement. J’essayai, quoique je n’avais aucune intention d’enfoncer ma queue dans le mauvais trouvé, mais je n’y trouvai ni réconfort ni divertissement. Ce voyage, c’était peut-être une mauvaise idée finalement. N’était-ce pas la réaction d’un gosse ? D’un adolescent vexé qui ne sait pas comment s’y prendre, qui n’a rien d’autres en stock que sa fierté et qui manque tellement de confiance en lui qu’il prend des mesures drastiques et tellement cavalières, qu’il préfère jouer son couple sur un coup de poker que d’amorcer une conversation d’adulte, une discussion enrichissante qui les sortirait de la tempête. Non ! Pour ça, il aurait fallu que je me montre un tantinet plus malin et beaucoup moins susceptible et c’était pas gagné. Quand je franchis la porte, mon fils dans les bras, elle ne me jeta pas le moindre regard. J’étais transparent et ça compléta le sombre tableau en noir et blanc que je me peignis ces quelques jours et le temps du retour. J’en demeurai dubitative quelques minutes, je tournai en rond dans l’appartement dans l’espoir qu’elle apaise ma peine d’avoir été insulté et négligé sans que je comprenne vraiment pourquoi. Rien ne vint et je me réfugiai dans la salle de bain où elle me fit l’honneur de me rejoindre. Evidemment, ne pas m’enfermer ne sous-entendait pas que je supposais qu’elle se radinerait sous la douche complètement nue pour fêter mon retour. Non. Je n’étais pas con et naïf à ce point. Je ne l’attendais même pas, si bien que je sursautai quand elle s’annonça de quelques coups. Elle me laissa à peine le temps de me recomposer un visage de circonstances. « Je sais pas combien j’en ai baisée. Tu t’es enfilé combien de verres pendant que tu sortais avec ma sœur pour Dieu sait quelle raison qui m’échappe mais qui ne nécessite pas que tu me présentes des excuses ? Au moins ça, hein ! Demande-toi maintenant si je suis capable de tenir la distance… » Semer le doute, c’était un jeu dangereux, mais il me soulageait et ça suffisait à ce que je persiste sur ma lancée. « Et, ce n’est pas la peine de répéter que tu t’en fous, Lyla. Je sais que tu te fous de tout. Si ça ne te concerne pas, tu t’en tapes. Il y a que toi qui compte dans ta petite vie, Lyla. Rien que toi. Les autres, et moi le premier, on peut aller se faire foutre en bon connard. » Il la contourna pour piocher dans son armoire de quoi enfiler un survêt de sport. « Tu te sens dépassée, mais tout ce que tu as là, c’est ce que tu as demandé. Je n’ai fait que te donner ce que tu as demandé et tu es en train de tout mélanger. C’est moi qui ne sais pas quoi faire. Moi. Toi, tu cherches juste de bonnes excuses pour en avoir encore plus, pour me presser comme un citron. Tu veux sortir ? Fais-le, si tu as dans ton bon droit, qu’est-ce que tu attends ? Prends la porte. Je suis rentré maintenant. Tu n’es plus ma prisonnière. » Les mots franchirent à peine la barrière de mes lèvres que je la retins par le bras. « Dis-moi que tu penses pas tout ce que tu dis, Lyla. Dis-le moi, sincèrement. » Je plongeai mes yeux dans son regard vide et noyé par les larmes. « Oui. Tu as raison. Je vais laisser tomber. » Je végétai devant la télévision une bonne partie de la nuit, déchiré entre l’envie de percevoir la chaleur dégagée par son corps sous les draps et y trouver un peu de réconfort. Je n’avais pas souvenir d’avoir été aussi triste et désolé qu’aujourd'hui alors qu’elle était bel et bien là dans la pièce à côté.

Au petit matin, cassé par l’inconfort de mon sofa, je pris une longue douche dans l’espoir d’apaiser les douleurs de mon corps et de mon cœur, mais cette sérénité fut éphémère. Je posai à peine le pied dans la cuisine que Lyla piqua une crise d’hystérie sans que j’aie à prononcer le moindre mot. Elle faisait les questions et les réponses, mais je n lui en voulais pas. Non ! Elle m’en livrait bien plus sur elle que ses longs réquisitoires qui me désignaient coupable. Je ne l’étais pas. La partie à blâmer portait un seul nom : Victoria. Ma mère avait raison. Elle vivait mal son deuil. J’avais peur de l’accepter pour tout ce que ça impliquerait en remise en question, mais j’étais contraint de me faire une raison. J’avais loupé le coche avec elle et il était grand temps que je ramasse les pots cassés par ma cécité et mon égocentrisme. Si Ettore, apeuré, n’avait pas eu besoin de mes bras, je leur aurais alloué une autre place. Je me serais accroupi auprès de ma femme dans son « larmoir » pour la serrer contre mon cœur qu’elle déverse son torrent de larmes sur mon épaule. Au lieu de ça, je consolai mon fils jusqu’au retour de sa maman. « Ne t’excuse pas, c’est un jeu à la con très amusant quand tout va bien. Attendre que l’autre fasse amende honorable juste pour se sentir important, mais là, on ne va pas bien et je me dis que c’est peut-être pas le plus important. » lui opposais-je avec tendresse en déposant mon bébé calmé dans son parc. Son mobile musical répandait dans la pièce une mélodie si familière que j’espérais de tout mon cœur qu’elle anesthésierait nos maux respectifs comme elle endormait notre fils. « Approche… »  la sommais-je en lui tendant la main et en cheminant déjà dans sa direction. « J’ai besoin que tu sois près de moi, qu’on discute sérieusement tous les deux et sans s’envoyer des horreurs à la gueule. Tu crois qu’on peut faire ça ? » Je n’attendis pas qu’elle acquiesce pour l’enlacer et lui souffler quelques mots doux à l’oreille. « Je veux pas qu’on se déchire. J’ai besoin que tu me parles, Lyla. On ira sur la tombe de ta sœur. On ira à l’Eglise si ça peut te faire du bien. On peut même organiser une messe en son honneur pour lui rendre hommage. On peut le faire dans le Bronx. Je demanderai à Manuel d’intercéder pour nous auprès du père Edgardo. On peut aller voir quelqu’un pour nous aider si tu veux. On peut faire tout ce que tu voudras, tant qu’on se déchire plus, parce que je le supporte pas. » Était-ce le bon moment pour admettre que je me détestais de l’avoir enfermée chez nous alors qu’elle avait besoin de moi ? Est-ce que ça lui ferait du bien de l’entendre ? «  Tu sais, je t’aime, Lyla. Tu es ce que j’ai de plus précieux et ça me pousse à faire des trucs complètement stupides parfois. » lui chuchotais-je au creux de l’oreille.  Le mieux aurait été d’ajouter : crois-tu que tu pourrais me pardonner. Je n’avais ni la foi ni l’énergie, parce que je n’étais pas le seul en cause et que je ne le perdais pas de vie. C’était toujours là, juste derrière ma culpabilité, et ça criait aussi fort qu’elle. Dans ma tête, c’était un beau merdier, mais j’étais bien décidé à agir cette fois. Il n’était plus question que je joue avec le feu. « Va te reposer un peu. Tu as besoin de repos. Je te réveillerai d’ici une heure ou deux, ça te va ? Je viendrai peut-être te rejoindre si le petit s’endort. »

Je profitai de ce qu’elle dormait paisiblement pour ranger la cuisine et m’’entretenir longuement avec Clay, notre ami commun. Je lui rapportai mon inquiétude et il me confia le numéro d’une psychologue spécialisée dans le deuil. J’étai déjà prêt à raccrocher pour la contacter, mais il insista tant et si bien sur l’importance que la démarche émane d’elle, et non pas de moi, que je préparai plutôt des arguments pour la convaincre. Sauf que j’arrivai rapidement à la conclusion que, tant qu’elle n’accoucherait pas de ses sombres sentiments, ils seraient vains. Je me débattais avec des hypothèses qu’elle nierait avec une facilité déconcertante. Alors, j’épluchai les petites annonces pour nous dégoter un pied à terre dans un endroit reculé de New York. Je négociai ferme avec le propriétaire qui me le céda en lieu et place des locataires habitués à la période qui n’avait pourtant pas encore confirmé. Ça me coûta les yeux de la tête, mais qu’est-ce que l’argent finalement. J’étais fier de moi et, après avoir préparer des sacs – je veillai cependant à faire le moins de bruit possible – je tirai mon épouse de son profond sommeil sans culpabiliser et avec un enthousiasme certain. « Habille-toi, on s’en va. Tout est prêt. Tu n’as plus qu’à habiller le petite pendant que je charge la voiture. On ne va pas très loin, mais je crois que j’ai pris l’essentiel. » Et bien plus encore. Il y avait plus de sacs que de participants à cette escapade, mais qu’à cela tienne, moins de trente minutes plus tard, nous embarquions. Des musiques ensoleillées nous accompagnèrent tout le trajet et nous arrivâmes assez tôt pour que j’emmène ma famille dans une immense aire de jeu couverte. Dans son bain de boule, Ettore riait aux éclats sous l’étroite surveillance de sa mère sur laquelle je gardais moi-aussi un œil. Elle souriait, c’était déjà pas mal. J’avais le cœur gorgé d’espoir et il ne me quitta pas jusqu’au souper du petit. Je nous commandai de quoi manger et je dressai la table. Tout était pensé afin qu’elle se sente en confiance et ça avait l’air de plutôt bien fonctionner. Je me lançai donc dans cette conversation plutôt décontracté finalement, plus que je ne l’aurais imaginé. « En rentrant de Chicago, je me disais que c’était à toi à me présenter des excuses et que je laisserais pourrir la situation jusqu’à ce que tu te décides, mais je te l’ai dit tout à l’heure. Je ne crois qu’on est à un stade ou ce n’est pas utile. J’ai l’intime conviction que tu sais que tu as déconné et j’ai bien compris que tu trouvais ma réaction disproportionnée et je veux bien l’admettre. » admis-je en estimant vers un sacré pas dans sa direction, un tellement grand qu’il méritait d’être honoré à sa juste valeur.  

« Tu dois te demander pourquoi je l’ai fait, pourquoi je t’ai enfermée à l’appartement et je vais te le dire. Je voulais être certain que tu n’en profiterais pas pour sortir de plus belle, parce que je sais pas si j’aurais été en mesure de te pardonner dans ce cas-là. Il y aussi que je voulais être sur que tu seras là à mon retour parce que c’est toujours le même problème qu’en rencontre et moi et je commence tout doucement à me demander si tu ne vas pas finir par te lasser alors que je fais pourtant tout ce que je peux. Tu dis que tu ne te sens pas soutenue et moi, je te trouve injuste à chaque fois que tu me le reproches parce que je suis là, je t’écoute, et je fais mon max pour te donner ce que tu veux, mais je peux le faire que si je suis d’accord avec toi, ce qui ne peut et ne pourra pas être tout le temps le cas. C’est en ça que je t’ai dit que tu essayais de me manipuler. L’image était mal choisie. J’étais en colère, je voulais que ça soit percutant pour que tu y réfléchisses, pas provoquer une dispute. MLais, quand tu te fâches, parce que tu n’as pas ce que tu attends, c’est comme si tu me reprochais de penser et d’avoir ma propre opinion. Prends l’exemple de ma mère, je la connais bien, je sais qu’elle ne te ferais aucun mal volontairement, qu’ai-je dit de si grave à t’inviter à remettre ce que tu ressentais en contexte par rapport à la situation ?  Est-ce que ça méritait que tu me fasses une crise ? Qu’est-ce que j’ai fait pour que tu m’envoies me faire foutre ou que tu me traites ouvertement de connard alors que je demandais juste à retrouver ma femme ? » Qu’avais-je fait qu’elle n’avait pas provoqué aurait été la formule plus juste, mais je n’avais pas l’intention de l’accabler. Je lui ouvrais mon cœur en espérant qu’elle trouverait l’impulsion pour en faire de même. «  Tu as toujours accordé beaucoup d’importance à ce que pensent les autres de toi, en dramatisant parfois et je t’ai déjà dit mille fois ce que j’en pensais. Tu as l droit de ne pas adhérer, tout comme j’ai le droit de décider de ce qui mérite que j’intervienne ou non, ça ne veut pas dire que ça ne m’intéresse pas. Je t’écoute. Je me propose pour t’aider à voir les choses autrement avant qu’on ne statue ensemble. Comment veux-tu que je fasse ça si tu me bouffes le nez ? J’essaie seulement d’être cohérent avec moi-même et ce qui me frustre, c’est que j’ai pas l’impression que toi tu l’es. Le prend pas mal, ma puce, mais tu me chies une pendule par rapport à ton fils et ton statut de maman, tu te sens attaquée dès qu’il s’agit de lui et tu sors comme une célibataire sans enfant. Avoue que c’est inquiétant et qu’il y a de quoi péter une durite. J’ai réagi avec autant d’excessivité que toi, à la différence que maintenant, j’en parle. Je te dis pour quoi je l’ai fait, mais je ne sais toujours pas ce qui t’a motivée, toi…Est-ce que j’ai le droit de savoir ? »

La couvant du regard, je l’encourageai en saisissant ses deux mains. Je les portai à mes lèvres quand on frappa à la porte. C’était les plats. Bonne chose. Ça lui laisserait quelques minutes pour digérer, rassembler ses idées et, peut-être, se confier. Je déposai les cartons sur la table, mais j’insistai pour qu’on mange dans des assiettes. « Alors, elle est pas belle ma table ? » remarquais-je avec, sur les traits, cette expression de sale gosse attardé. « Enfin, c’était pas vraiment le sujet. Tu es prête à me parler ? Tu sais, j’ai des hypothèses. Je me dis que ça doit être à cause de ton père, que tu as l’impression qu’il t’a abandonnée, comme ta mère. Ou alors, c’est… Victoria… Tu as l’impression que c’est toi qui l’as abandonnée. Ça me prend la tête, parce que j’aimerais vraiment pouvoir être celui que tu voudrais que je sois et que ce serait plus facile si tu me faisais confiance, comme moi je t’ai fait confiance un jour. Tu veux bien me dire ce qui se passe ? »  







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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageDim 5 Fév - 20:54

 



Proprio cosi' buffo sono io  

ft Le dictateur



S’il ne me reconnaissait pas, j’avais du mal à savoir pourquoi j’agissais de manière aussi violente et être dans ma tête n’était pas de tout repos. Bien au contraire. Je me sentais si triste et en colère que je n’arrivais à penser à rien d’autre. Au fond, il ne faisait que me donner de bons prétextes pour exprimer la souffrance qui s’agitait à moi et qui semblait ne pas avoir de cause. Des semaines voire des mois que tout avait l’air de couler sur moi comme si j’étais imperméable à tout. Même couper les ponts avec ma famille ne me sembla pas être une épreuve alors qu’ils avaient été là de tous temps pour me soutenir et me ramasser à la petite cuillère quand ce fut nécessaire. Je prétendais qu’il ne me manquait pas et j’étais même parvenue à m’en convaincre, parce que c’était plus facile à vivre que de me dire que j’avais particulièrement mal géré ma relation avec mes proches. Je ne voulais pas reconnaître que mon amour propre surdimensionné était aussi ridicule que ma propension à me vexer pour de simples conseils. Je me prenais pour qui ? Une putain de gonzesse parfaite ? Je voyais des attaques personnelles partout et venant de tout le monde, y compris de ceux qui étaient bienveillants. Je me sentais mal aimée et abandonnée, j’étais perdue et je souffrais terriblement. Je n’avais pas de mots pour exprimer ce qui m’agitait, ce qui n’arrangeait rien. Alors je refoulais, j’éteignais ce que je pouvais en me distrayant suffisamment pour oublier.  Je devenais tout ce que je détestais parce qu’alors, je pouvais susciter de l’animosité et du jugement et que ça maintenait ma colère en forme, ça l’attisait et ça me permettait de ne surtout pas me confronter à ce qui me blessait réellement. J’étais malade et je me retrouvais à contaminer tout mon entourage par pur égoïsme. Je me retrouvai à utiliser les autres et quand je finirais par le réaliser, je nourrirais une réelle culpabilité, je me trouverais dégueulasse. Comment avais-je pu me servir de ma meilleure amie au risque de lui causer des ennuis ? De ma belle-mère pour me débarrasser de mon fils qui avait plus besoin de sa mère qu’autre chose ? Et de mon mari, le titillant suffisamment pour qu’il porte le chapeau de tout ce merdier qui n’était que la conséquence directe de mon pétage de plomb ? Etaient-ils moins importants que moi ? Assurément pas mais je fus prête à les sacrifier sur l’autel du bon sens, tout pourvu que je n’aie pas à regarder la douleur en face, tout pourvu que je puisse savourer quelques heures supplémentaires de tranquillité avant que mon monde ne s’écroule complètement alors que la moisissure avait déjà endommagé les fondations de mon être et que ce n’était qu’une question de temps avant que tout ne cède. Mes dernières forces de repousser encore l’inévitable et de me débattre encore un peu mais on pouvait déjà discerner les premiers signes d’une défaite.


Me retrouver à pleurer face à Luciano alors que je tentais de me défendre et de lui faire entendre mon point de vue, c’était déjà une défaite. Je manquais de crédibilité et il était aussi en colère que moi, nous ne serions pas capables de nous entendre dans ces conditions. Je sus tout de même faire preuve de suffisamment de lucidité pour m’apercevoir qu’il était blessé, je pouvais le lire sur son visage et l’entendre alors qu’il lançait une offensive écrasante qui me dévasta en quelques phrases. M’imaginer qu’il avait pu coucher avec d’autres me fit un mal de chien, qu’il s’en vante et sous entende qu’elles avaient été une tripotée, ça ne m’aidait pas même si je savais qu’il mentait. J’avais confiance en lui, derrière cette colère injustifiée, je savais qu’il m’aimait trop pour avoir envie de me faire à nouveau du mal comme à Los Angeles. Je le faisais souvent chier avec ça, parce que j’étais une jalouse maladive et que je le trouvais si beau et bourré de qualités que je me disais souvent que je ne pouvais être la seule et que je devais me méfier de toutes celles qui pourraient vouloir me prendre ce qui m’appartenait. J’aurais dû être moins dure avec lui et surtout, ne pas me comporter comme une imbécile, parce qu’il avait eu toutes les raisons du monde d’aller voir ailleurs. Je l’y avais presque encouragé avec mon comportement et ça ne faisait qu’accroître le mépris que je ressentais pour moi. « Tu dis n’importe quoi et tu le sais très bien ! Je ne me fais jamais passer avant les autres, je… » Sauf cette fois, j’avais déconné à plein régime et j’en avais rajouté une couche, mais je me sentais si mal et incomprise, j’aurais eu besoin qu’il me donne plus l’impression de me soutenir et s’il souffrait de mon manque d’intérêt, je me sentais complètement démunie face à son incapacité à m’aider quand j’étais au plus mal. J’aurais simplement voulu qu’il m’empêche de dérailler aussi sévèrement mais il n’était pas devin. Et il avait tant de peine, cet échange fait de douleur et de colère était un dialogue de sourds qui ne mènerait à rien. « Ça n’a rien à voir avec ça, Luciano, absolument rien ! » Je ne parlais ni de mon travail, ni de ma vie, ni de ce que nous avions négocié pour notre bien-être à tous les deux mais il était parti sur sa lancée et il n’aurait pu accepter une autre vision que la sienne, vu son état. Pleurer à chaudes larmes ne permettrait pas d’éclaircir quoi que ce soit et lorsque notre détresse respective se heurtèrent l’une à l’autre, nous battîmes en retraite. Enveloppée dans un cocon de tristesse, je n’étais plus capable de raisonner correctement et le mieux que j’avais à faire c’était d’aller me coucher. Je ne pouvais panser ses plaies alors que les miennes étaient purulentes et béantes. Je pouvais pourtant le faire en temps normal mais j’avais perdu mon don d’altruisme ou bien j’avais poussé les choses trop loin, j’avais oublié de me ménager et le résultat était à la hauteur de ces années passées à m’oublier.



Mon attitude manquait de cohérence et je me faisais l’effet d’une véritable bipolaire ou bien d’être simplement complètement tarée. Faire pleurer mon fils n’arrangea pas mon état et je me demandai si j’étais suffisamment saine pour m’occuper de lui. J’étais peut-être trop cinglée pour avoir des enfants et on finirait par me faire interner et ce serait mieux pour tout le monde. Luciano se remarierait et on ferait comme si je n’avais jamais existé. J’avais volé la vie de quelqu’un d’autre, je ne vivais que grâce à sa mort, je ne pouvais mener une existence paisible, c’était impossible, je devais payer. J’étais détestable et je ne devais pas m’étonner que mon propre mari refuse de m’aider, refuse de me tendre la main parce qu’il n’y avait rien à faire pour, moi strictement rien, hormis me laisser entre les mains de professionnels de la médecine. Il m’appela à lui et j’aurais voulu lui dire combien j’étais désolée et je m’en voulais mais j’éclatai de nouveau en sanglots, comme si j’avais une réserve inépuisable de larmes. Je me serrai contre lui, inondant son t-shirt au passage tandis qu’il faisait preuve de davantage de maturité et d’intelligence que moi. Je ne méritais pas tant d’efforts. Je tentai de répondre à sa question, hoquetant et je finis par abandonner pour me contenter de hocher la tête, m’accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage. S’il me lâchait, lui aussi, j’étais définitivement perdue. « Je suis désolée, je suis tellement désolée. Je ne voulais pas, faire tout ça et que ça tourne comme ça, je te promets ! » finis-je par marmonner, entre deux hoquets alors que je peinais à sécher mes larmes et que je me rendais compte que j’avais été à deux doigts de tout gâcher. Il n’y avait rien au monde qui me brisait plus le cœur que de savoir qu’il avait de la peine. Je pouvais tout sacrifier pour placer un sourire inébranlable sur son visage, j’aurais tout donné pour son bonheur et j’étais pourtant l’artisane de sa tristesse. Méritais-je vraiment tout ce qu’il tentait de faire pour nous sauver ? J’avais de gros doutes ! Il était tellement mieux que moi ! Je me laissai conduire jusqu’à notre chambre, non sans mettre de côté ce plat que j’avais entamé et que je ne terminerais pas maintenant. Je m’allongeai et m’assoupis presque aussitôt, n’entendant rien de ce qui se passait autour de moi, dormant du sommeil du juste et n’ayant pas le déplaisir d’être perturbée par d’abominables rêves qui me laisseraient un sale goût dans le fond de la gorge. J’avais au moins besoin de ça pour me calmer un peu et être en mesure de discuter avec lui. Avant ça, je n’aurais pas eu la force de faire autre chose que de chialer comme une gamine prise sur le fait et il méritait mieux que des larmes et des silences. J’espérais que je ne nous avais pas causé trop de dommages irréparables sans le vouloir.


« Quoi ? On s’en va ? Où ça ? » m’enquis-je en me frottant les yeux, assise dans le lit, essayant de trouver la force de m’en extirper tandis qu’il partait déjà pour charger la voiture. Je me changeai pour enfiler un jean, un t-shirt et un gros pull, passant des baskets avant de m’occuper de couvrir mon fils qui babillait. Une folle pensée me traversa l’esprit et je me demandai sincèrement s’il aurait pris notre fils s’il avait prévu de me larguer dans un hôpital psychiatrique. Un peu d’angoisse remonta à la surface tandis que je posai mon fils dans le canapé, calé entre des coussins le temps de passer mon manteau pour finalement le récupérer et déposer des baisers sur ses joues rebondies qui me donnait envie de mordre dedans. Je lui murmurai des mots d’amour en espagnol qui semblèrent le combler et je le serrai contre mon cœur pour me donner du courage avant de fermer la porte derrière moi. Les chiens étaient déjà dans la voiture et une fois que j’eus attaché le petit dans son siège sous l’étroite surveillance de Trejo qui finit par poser sa gueule sur les jambes d’Ettore pour qu’il puisse lui caresser la tête ou plutôt tapoter dessus, je pris place aux côtés de mon mari. Je lui offris un sourire triste et je pris sa main pour l’embrasser avant de déposer ma paume sur sa cuisse tandis que nous démarrions pour une drôle d’escapade. Je fus heureuse de pouvoir jouer un peu avec mon fils que ces boules de toutes les couleurs faisaient rire aux éclats, surtout quand je les lui lançai et il finit par me faire rire aussi. Il était si beau et si plein de vie ! Sans doute ma plus belle création. Nous nous comportâmes comme une famille des plus normales de bout en bout, n’abordant aucun sujet fâcheux et une fois que le petit fut couché, je compris qu’il avait besoin de parler, besoin de confesser tout ce qu’il avait sur le cœur et je me promis de ne surtout pas l’interrompre, j’avais suffisamment fait de conneries comme ça. Je ne pus m’empêcher de revenir sur ce qu’il me dit, parce qu’il était essentiel de remettre l’église au milieu du village et d’admettre mes torts, pour notre bien à tous les deux et arranger les choses dans notre couple. « Tu avais raison, j’aurais dû te présenter des excuses. J’étais trop en colère pour le faire et pour prendre du recul mais j’ai provoqué tout ça. Je te présente mes excuses. Sortir autant, boire autant, abandonner mon fils et surtout toi, ça n’avait pas de sens mais c’était plus facile pour que vous ne soyez pas témoins de ma dégringolade. Je suis en colère tout le temps et je me doute que tu as dû croire que je ne t’aimais plus ou bien que je te détestais mais la seule que je déteste, c’est moi. Je ne supportais pas que tu puisses me renvoyer une si belle image de moi alors que j’ai l’impression d’être la personne la plus méprisable qui soit. Je ne savais pas comment le dire, je ne sais toujours pas comment en parler. » admis-je alors qu’il enchaînait, j’espérais qu’il comprendrait que j’étais bien décidée à arranger les choses, quitte à chercher avec lui ce qui me mettait dans cet état. En effet, je trouvais toujours aussi injuste qu’il fasse de moi sa prisonnière et si je pouvais entendre ses raisons, il me donnait l’impression de ne pas avoir confiance en moi. « Où voulais-tu que j’aille, Lucky ? C’est chez moi, chez nous… J’allais lever le pied, j’allais arrêter mes conneries parce que je me fatiguais toute seule. » assurai-je, me demandant si ça aurait été si simple sans un électrochoc, je n’en étais plus très sûre. « C’est juste que chaque fois que tu essaies de me faire relativiser et prendre du recul, j’ai l’impression que tu te débrouilles pour me prouver que j’ai tort pour mieux défendre les autres, que tu te désolidarises de moi et je me sens comme une merde et tellement seule. Ces derniers temps, je n’étais pas bien, ça a accentué cette sensation, je me suis sentie abandonnée. » Mes yeux s’emplirent de larmes, je les ravalai mais je dus cesser de le regarder ou j’allais me mettre à pleurer, je fis de mon mieux pour me calmer. « Je n’attends pas que tu me défendes ou que tu te disputes avec les gens, tu sais, juste que tu me donnes l’impression de comprendre ce que je ressens, pas d’être d’accord ou de me donner raison, juste d’entendre. Et j’ai eu l’impression que ça ne comptait pas par rapport à ta mère, comme si j’étais folle et je… J’ai l’impression de devenir folle depuis des semaines, tout ça mis bout à bout, j’ai pété un câble. Rien ne justifiait mon attitude, je t’ai fait de la peine et je suis tellement désolée, pour les insultes, les sorties et mon attitude. Si on était toujours d’accord, on se ferait chier tous les deux. J’aime qu’on ne soit pas d’accord ! » J’eus un petit sourire et je fis de mon mieux pour tenir le choc jusqu’à la fin de cette conversation mais mon hypersensibilité me mettait de sacrés bâtons dans les roues.



Nous fûmes interrompus par notre nourriture ce qui me permit de m’essuyer les yeux discrètement et de me moucher, je me sentais tellement vulnérable mais nous devions avoir cette conversation pour notre bien et celui de notre famille. « Oui, elle est très belle, tu as fait du bon boulot, chaton ! » Je n’étais pas sûre de lui faire vraiment honneur, on ne pouvait pas dire que je mourais de faim, j’avais l’estomac et la gorge noués. Je repris un peu de poil de la bête quand il me chanta qu’il aimerait être celui que je voulais qu’il soit. Je fis claquer ma langue contre mon palais, signe que je n’étais pas d’accord avec ça. « Tu es déjà comme il faut, tu n’as pas besoin de changer pour moi. Je t’ai toujours trouvé très bien ! Tu es parfait, je ne veux pas que tu t’imagines n’importe quoi, j’ai confiance en toi, je ne sais seulement pas toujours exprimer ce qui se passe en moi. Il y a des émotions que je gère mal, en particulier parce que je suis persuadée que celles des autres sont plus importantes que les miennes. » Je jouais avec ma fourchette, je baissai les yeux, cherchant un peu de courage là où je le pouvais, ne sachant pas vraiment comment sortir tout ce qui se trouvait là, à déborder de mon cœur et à noircir mon âme. « Je me sens coupable, je m’en veux, je m’en veux tellement. Je ne devrais pas être en vie, Lucky. Je ne… Je suis la seule survivante de mon escadron après mon passage en Afghanistan parce que des frères d’arme m’ont protégée au péril de leur propre vie. Je suis la seule à être rentrée et des années plus tard, je réitère. Je suis en vie au détriment de la vie de ma propre sœur, tout ça parce que j’ai la chance de porter le bon nom ! C’est injuste ! Je n’ai pas le droit d’être là, à continuer à vivre, à respirer, à être heureuse alors que par ma faute, des tas de gens sont morts. Il y a quelque chose de mauvais en moi, quelque chose de pourri qui fait que je rends mauvais tout ce que je touche et que les gens deviennent fous avec moi. C’est ça que tu ressentais ces dernières semaines. J’ai une mauvaise influence sur toi, je suis quelqu’un de mauvais parce que je ne devrais pas être là. Je ne devrais pas… » répétai-je à voix basse, des larmes roulant sur mes joues alors que je tenais toujours fermement mon couvert et que mes yeux étaient fixés loin de ses prunelles. « Personne ne mérite d’avoir autant de secondes chances, personne ! Elle allait le quitter, elle allait recommencer et s’en sortir, elle avait encore tellement de choses à faire. Et puis on la tue, je n’ai rien fait, je n’ai même pas protesté, j’ai juste pleuré, parce que je suis lâche et je me suis cachée. Elle méritait mieux que ça. Et puis j’ai divisé ma famille, j’ai fait du mal à tout le monde et je continue, comme si ça ne suffisait pas. Je croyais que tu allais me laisser à l’asile, aujourd’hui. Que tu avais préparé mes affaires pour m’abandonner avant que ma malchance et ma mauvaiseté vous atteignent, le petit et toi… Tu aurais le droit de le faire, de m’abandonner… » Cette fois, un sanglot m’échappa avant que je ne dissimule mon visage dans mes paumes. Je ne me sentais pas mieux, libérée ou même sauvée, simplement terriblement mal.



***


J’avais accepté de faire quelques séances avec un psy pour rassurer tout le monde et à la seule condition qu’il se déplace et accepte de faire la séance dans les conditions qui me rassuraient le plus. Son but était de m’aider à me défaire de ma culpabilité et de cette idée fixe que je survivais en volant la vie des autres. Comme une sorcière aurait pu le faire. J’étais superstitieuse et ça ne me semblait pas si fou que ça, malgré les tentatives du thérapeute pour rationnaliser au maximum. Je me remis à la restauration de ma vieille voiture qui dormait là depuis des mois. Je déposai le petit chez mes beaux-parents pour la sieste, pour être certaine qu’il ne lui arriverait rien et je passai le plus clair de mon temps dans le jardin à bricoler sous le regard inquiet de Girolama. « Elle ne te plaît pas la voiture que mon fils t’a offert ? » me demanda-t-elle un jour. « Si, mais celle-là, c’est ma première, je l’adore, j’aimerais la réparer et la remettre en état, je pourrai l’offrir à mon fils plus tard ! » Et elle me faisait vivre un véritable enfer, dès que je pensais en avoir fini, une nouvelle pièce lâchait et me rendait folle mais j’adorais ça. Ça me permettait de me vider l’esprit et de trouver de nouvelles façons de remercier mon mari de sa patience et de sa gentillesse. Il avait eu le droit à un massage, à un bain chaud avec moi après le coucher du petit, à une séance cinéma où nous regardâmes ses films favoris dans la pièce que son père avait transformé en cinéma plus vrai que nature. Je m’occupais d’organiser son agenda avec un code qui nous convenait à tous les deux et je me montrais hyper inventive dans notre vie sexuelle. D’ailleurs, quand j’eus épuisé mon quota d’idées pour les surprises du jour, je me dis que lui distribuer un bon par jour serait une bonne idée. Il pouvait en faire ce qu’il voulait. Un bon pour un restaurant, un bon pour un massage, un bon pour réaliser un fantasme, un bon pour que j’arrête de discuter, un bon pour que je le laisse faire, un bon pour que je ne boude pas, un bon pour un sourire, un bon pour une blague, un bon pour une sieste crapuleuse. Il finit par avoir un large éventail dont il usait et abusait, ce qui me faisait rire. Je le déposai sur mon oreiller pendant que je m’occupais de la maison et du petit, il avait de quoi tenir le temps que je revienne de ma séance avec le psy. Nous retrouvions petit à petit autant de paix que d’harmonie et je commençais à reprendre confiance en la vie quand une visite des plus impromptues arriva. « Madame Lyla, y a un certain Commandant Derek Carlisle qui est devant la grille et qui demande à vous voir, ça vous dit quelque chose ? » Oui, un nom de mon ancienne vie que je n’aurais jamais cru entendre à nouveau. « Tu peux le laisser entrer. » Je lui offris le café et des cookies maison tandis qu’il me faisait languir. Il finit par mettre fin au suspense. « On monte une équipe spéciale pour aider en Syrie, de façon tout à fait secrète. J’ai donné ton nom. » « J’ai été réformée, pour blessure… » « Il est temps que tu fasses quelque chose pour justifier cette retraite que tu touches. » Autrement dit, je n’avais pas le choix et si j’avais le malheur de m’y opposer, on me ferait la vie impossible. « On part quand ? » « Mercredi prochain ! » Je déglutis à grand peine et je ne pus plus capable d’entretenir la conversation si bien qu’il prit congés. J’ouvris mon armoire, sortit ma tenue d’apparat et l’enfilai pour voir si je rentrais toujours dedans et puis j’essayai celle qu’il m’avait apportée et je me mis à pleurer à chaudes larmes. J’avais tellement réclamé la justice que Dieu décidait de me l’envoyer, cette fois, je ne reviendrais pas.


« Bébé, j’ai besoin que tu rentres, s’il-te-plaît ! » articulai-je difficilement au téléphone. Il fut là l’heure suivante, en face de moi, alors que je cherchais mes mots depuis quinze minutes. « Ils veulent me renvoyer sur le terrain et ils ne m’ont pas laissé le choix ! Mon ancien commandant a proposé mon nom et c’est une décision qu’il a pris à ma place. C’est une mission de trois ans, je ne sais pas quand je rentrerais et quand je pourrais rester définitivement. » Si je rentrais mais ça, je me gardai bien de le dire. « Je vais être envoyée sur le terrain pour aider dans les hôpitaux, avec tous les risques que ça comporte. Il faut qu’on aille voir un notaire, pour tout régler si ça devait mal se passer. Je dois partir mercredi prochain. »



***




Il tenta de faire bouger les choses et de secouer les bonnes personnes mais ce genre de décisions demandait du temps et il ne put éviter l’inexorable. En treillis, parmi un multitude d’autres soldats, je sentais une certaine angoisse mais je tentais de ne rien montrer. J’avais bien tenté de dissuader Luciano de venir et surtout avec le petit mais autant discuter avec un mur. Il me promit que ce serait vite arrangé et je l’embrassai à pleine bouche et avec un désespoir presque palpable. Nous avions passé la nuit à fabriquer de nouveaux souvenirs, je voulais qu’il n’oublie ni mon odeur, ni mon visage et encore moins les courbes de mon corps. Je pris mon fils dans mes bras, le couvrant de baisers et je leur répétai à tous les deux que je les aimais avant de monter dans un des bus, la mort dans l’âme et de les regarder devenir minuscule alors que nous partions. Mon seul réconfort c’était d’avoir convaincu mon père de venir présenter des excuses à mon mari, pour qu’il ne soit pas isolé s’il m’arrivait malheur, il aurait besoin du soutien de tout le monde.


 





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