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Chissà, chissà chi sei chissà che sarai chissà che sarà di noi
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Jezabel Gambino
ADMINE REINE DU SILENCE

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MessageLun 7 Nov - 22:12

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido


Face à son scepticisme et sa vision de leur relation, elle ne put réprimer ce pincement au cœur alors qu’il déplorait ce qu’ils n’avaient pas au détriment de ce qu’il construisait doucement mais sûrement. Elle ne voulait pas de ce que les autres possédaient, elle préférait, et de loin, avoir quelque chose de différent qui n’appartiendrait qu’à eux. Cela ne fit que renforcer cette impression qu’en dépit de ses efforts, elle n’était pas vraiment ce qu’il désirait, pas vraiment ce dont il rêvait et qu’il était là par la force des choses, parce qu’ils étaient mariés et qu’il ne pouvait pas continuer son petit manège éternellement, sous peine de le payer très cher. Est-ce qu’il l’appréciait par la force de l’habitude ou bien était-il vraiment amoureux ? Est-ce qu’elle ne se berçait pas de fausses illusions qui finiraient tôt ou tard par voler en éclats ? De toute façon, après ce qu’elle venait de déballer et tout ce qu’elle mit en place pour le faire revenir, il était trop tard pour refermer les écoutilles. S’il n’apprenait pas à apprécier ce qu’ils avaient, perdant du temps à regarder chez le voisin si c’était mieux, elle finirait par se sentir lésée et mal aimée et foncerait droit dans le mur, retombant dans ses vieux travers en espérant que ça éteindrait tout ce que ça faisait naître en elle de négatif. Cette conversation laissait malgré tout un goût amer à la gamine. Ce qu’ils partageaient n’était pas assez pour lui et elle se demandait si cela changerait un jour ? Pour ne pas se rendre malade, elle prit le parti de mettre ça de côté pour redresser la barre et faire en sorte que les choses se passent pour le mieux. Son addiction était suffisamment difficile à gérer sans qu’elle ne trouve d’autres problèmes à ajouter à la liste. Les problèmes se chargèrent eux-mêmes de lui mettre la main dessus et si cela ne lui parut pas être la fin du monde, jusqu’à ce qu’il explicite son idée et qu’elle perde le peu de sang-froid qu’elle avait en magasin. Il était si beau qu’elle était souvent malade à l’idée qu’il puisse sortir sans elle, seul, loin et à la vue de toutes ces femmes bien mieux qu’elle. Parmi elle, il devait bien y en avoir une capable de lui donner ce qu’il cherchait, de l’amour passionnel comme celui de Cinzia et Mani ou bien de l’amour sauvage comme celui de Luciano et Lyla. Quelque chose qu’il ne trouvait pas chez lui et qui l’obligeait à chercher ailleurs. Les choses pouvaient aller si vite, elle ne pouvait avoir les yeux partout et encore moins l’empêcher de sortir sous prétexte qu’il était bien trop beau pour ça mais il valait mieux éviter de convoiter sous son nez ce qu’elle considérait comme sien. Elle l’avait durement gagné, au prix d’efforts surhumains et personne ne pourrait le lui retirer, pas même lui ! Il pourrait ne jamais l’aimer vraiment, ne plus la supporter et vouloir la remplacer mais elle s’arrangerait pour lui rappeler quelle était sa place auprès d’elle et à qui il appartenait jusqu’à ce que la mort les sépare.


« Tu n’enlèves plus rien, Gaby ! PLUS RIEN DU TOUT ! » Sa paupière battait frénétiquement, signe qu’elle approchait le point de rupture et une fois à l’abri dans le hall, si elle respira plus librement, elle tint à ce qu’il remette son vêtement, ce n’était pas une bonne configuration pour qu’elle soit attentive ou pour qu’elle discute sans se faire flouer. Il aurait pu lui demander n’importe quoi dès qu’elle voyait un peu trop de peau, elle aurait acquiescé sans se poser de questions. Ce fut ardu mais il finit par entendre raison et ils purent rentrer chez eux, cette montée de jalousie avait laissé ses joues rouges et son cœur battait toujours incroyablement vite. Sans avoir véritablement le choix, elle s’installa près de lui, la mine contrite. « Tu te trompes si tu crois que je me laisse influencer comme ça ! C’est moi qui vois ça comme ça, ta sœur n’a rien à voir là-dedans, Gaby ! » ne put-elle s’empêcher de défendre Cinzia, ne comprenant pas bien ce qu’il lui reprochait précisément mais dès qu’il en avait l’occasion, il lui en collait plein sur le dos. « Je le vis mal parce que j’ai toujours assuré ma propre survie, toute seule, comme une grande. Je comprends tes raisons, j’accepte tout ça mais ça me pèse, c’est comme ça. » Ca lui donnait l’impression d’être captive et elle détestait ça, elle, l’amoureuse de la liberté. Ce qu’elle ne partagea pas avec lui, il aurait été capable de mal interpréter et de le prendre mal. Il fallait en plus lui reconnaître qu’il avait raison, elle lui en fit baver pour qu’il ait le droit à quelques privilèges, pour qu’il puisse l’approcher sans qu’elle ne se braque et elle se mettait nue devant un parterre de spectateurs sans la moindre gêne, parce qu’ils ne comptaient pas. Il ne saisissait pas le comment du pourquoi mais elle se promit d’arrêter ça, juste avant de monter au créneau pour la phrase de trop. « Ce qu’il te reste ? » Un petit rire sans joie lui échappa alors qu’elle avait envie de hurler et de le secouer, histoire de lui remettre le cerveau dans le bon sens. « T’es sérieux ?! C’est pas comme si t’avais le droit à tout ce que j’ai à offrir, pas comme si je ne t’avais pas offert toutes mes premières fois, ma confiance, mes sentiments et mes confessions ! Ouais, vraiment, on se demande bien ce qu’il te reste ! » Vexée comme un pou, elle fit les recherches qu’il lui demanda, farfouilla, suivit et écouta sans prononcer le moindre mot qui n’était pas nécessaire. Elle lui en voulait de la réduire à son enveloppe charnelle, de considérer que c’était le seul avantage qu’il possédait en étant mariée à elle. Mais au fond, n’était-ce pas de sa faute ? N’était-ce pas ainsi qu’elle l’avait fait revenir ? Sans sexe, les rapports n’étaient jamais biaisés, elle aurait sans doute mieux fait de s’en souvenir.



***



Dans des moments comme celui-là, elle se demandait sincèrement lequel des deux était le plus âgé et donc le plus mature, parce que ça ne sautait pas vraiment aux yeux. Il se plaignait qu’elle utilise le cadeau de Luciano mais refusait de lui en offrir un autre par fierté ? Pourtant, c’était lui qui avait bousillé le cadeau de Mani, lui qui aurait dû lui en offrir un autre et qu’est-ce qu’il avait fait ? RIEN ! ABSOLUMENT RIEN ! Non, il était trop préoccupé à déplacer ses affaires chez une putain et à lui proposer de l’entretenir malgré tout, comme ça, sans venir la voir, comme si elle n’était rien de plus qu’un détail du paysage. Elle serra les dents, prit sur elle, se disant que ce voyage de noces à retardement ne pouvait tourner en dispute, elle était à fleur de peau à cause de son manque d’alcool et prenait les choses trop à cœur mais son écart reviendrait inévitablement sur le tapis. Il la prenait pour une gamine écervelée, il la croyait capable de se laisser influencer par n’importe qui et en l’occurrence, tous les bons conseils des filles s’étaient avérés utiles. Agacée, elle leva les yeux au ciel et se dit qu’une petite escapade dans les toilettes les détendrait tous les deux. Il émit quelques réticences et finit par céder face à des arguments plus convaincants que la morale ou le bon sens. Ce fut le calme avant la tempête, rien ne se passait vraiment comme prévu. A quel moment avait-elle embarqué dans un wagon pour les montagnes russes émotionnelles ? Personne ne l’avait prévenue en tout cas. Elle prit également une cigarette, se disant que ça ferait peut-être passer son irrépressible envie d’un verre pour se détendre un peu. Le problème n’était pas qu’il fume, non, le souci c’était qu’elle, elle ne pouvait essayer de trouver de quoi étancher sa soif. Il y avait de quoi ressentir de la frustration et de la colère, elle avait eu le droit au même genre de traitement par son père, place ou pas, il n’était pas dans ses plans d’en créer une pour elle et peu importait ce qu’elle faisait ou apportait à l’organisation. Elle caressa son bras avec douceur, écoutant avec intérêt, se demandant ce qu’elle pourrait bien faire pour l’aider. Ses possibilités étaient aussi limitées que ses pouvoirs. « Tu n’as rien à envier à Lucky. C’est un gars super, c’est pas la question mais t’es pas en-dessous de lui, t’es aussi bien, si ce n’est bien mieux. » lui assura-t-elle avec sincérité. Et ça ne tenait pas qu’à son physique, elle le trouvait mesuré, réfléchi et intelligent, bien plus que Luciano l’impulsif. Il était parfois subtil et vicieux mais son frère le devançait dans bien des domaines et il en avait parfaitement conscience, comme la majorité des Gambino d’ailleurs. « D’ailleurs, je crois que t’as rien à envier à personne ! Tu ne veux pas aller demander quoi que ce soit ?! Alors ne le fais pas ! Je comprends que tu te dises qu’on aurait dû t’offrir tout ça, parce que ça tombe sous le sens mais ça n’arrivera pas, apparemment. Alors va falloir t’imposer autrement et ailleurs, tant pis pour eux. Quant à Achille, ce n’est qu’une question de temps. Il est l’épine dans le pied de beaucoup de gens, il fera pas long feu à New York. » Parfois, par le plus grand des hasards, elle laissait traîner ses oreilles et parfois même, elle était la confidente d’un Luciano qui avait besoin de parler sans inquiéter sa femme enceinte. C’était une façon comme une autre d’apprendre ce qui agitait réellement cette famille si secrète. Jez était une tombe mais partager ce genre d’informations avec son mari, ce n’était pas mal, si ?


« Quels projets ? Tu sais bien que je te couvre toujours, je te l’ai dit ! T’aurais besoin d’aide ? » Manière peu subtile de lui faire comprendre qu’elle était disposée à donner le meilleur d’elle-même s’il trouvait une petite place pour elle, quelque part. Elle ne demandait pas mieux mais visiblement, c’était au-dessus de ses forces et il n’y avait que Lucky pour ne pas croire qu’elle était bonne à rien. « Oui, tout le monde est très gentil ! Vraiment très gentil ! Il fait beau et chaud et c’est tellement calme ! J’aime bien cet endroit ! J’ai jamais beaucoup voyager tu sais alors ça me fait drôle chaque fois que j’arrive dans un nouvel endroit, surtout quand je suis accueillie comme si je faisais partie de la famille depuis toujours, alors que chez moi, je passe inaperçue… Du coup j’ai un peu de mal à me faire à autant de gentillesse mais ça fait du bien, tu vois ? Comme quand je vivais chez tes parents, ta maman, elle était si gentille ! Ca me changeait de l’égoïsme et du désintérêt de la mienne ! Tu sais, je me rends bien compte que c’est parfois dur pour toi, parce que je prends Mani comme référence pour beaucoup de choses mais sans lui, Gaby, je n’aurais eu personne. Je n’ai été la fille de mon père que quand il a pu tirer profit de ça et ça s’est arrêté quand on a été unis. Je ne pensais pas trouver une famille en me mariant, une famille qui m’accepterait et je ne pensais pas trouver quelqu’un comme toi. Peu importe où on va, tant qu’on est ensemble, ça ira bien pour moi ! » Elle n’avait aucun sens de la niaiserie, à partir du moment où ça venait du cœur, pourquoi ne pouvait-on pas le dire ? Ce qu’elle essayait de lui dire, c’était qu’il prenait doucement mais sûrement la place de son frère dans sa vie, si ce n’était pas déjà fait, ce qui expliquait pourquoi elle avait tant souffert de son absence. Elle avait si peu de gens qui comptaient dans sa vie alors si l’un d’eux l’abandonnait, comment était-elle supposée gérer la situation ? Elle termina sa cigarette, profitant de leur proximité et hochant la tête positivement, elle se fichait bien de ce qu’ils faisaient, tant qu’il ne la quittait pas d’une semelle. Elle aurait aimé que ce moment apaisant lui permette de trouver le sommeil, ce ne fut pas le cas et elle tourna en rond une partie de la nuit, envisageant de boire sa bouteille de parfum après avoir constaté qu’il n’y avait pas la moindre goutte d’alcool dans la maison. Elle finit par se défaire de son short et de son débardeur pour nager, encore et encore, jusqu’à ce que l’envie passe. Frigorifiée, elle s’essuya à la hâte et se glissa dans le lit près de Gaby pour récupérer un peu de sa chaleur. Le choc thermique le sortit de son sommeil et il l’entoura de ses bras après l’avoir embrassée. Elle dut attendre que le jour se lève pour trouver un peu de repos. Si elle avait cru en Dieu, elle en aurait sans doute profité pour le supplier de lui permettre de s’en sortir.



Quand il fut de retour de sa sortie en solitaire, elle émergeait à peine, elle se dépêcha d’enfiler des vêtements pour le suivre, abandonnant les explications sur les homonymes de son frère, certaine qu’il la perdrait et elle n’était pas encore suffisamment réveillée pour saisir. Une fois sur place, elle salua la maîtresse des lieux avec chaleur et enfila le tablier qu’on lui tendit, se demandant ce qui les attendait avant que son époux ne se montre, couvert de sang et visiblement exalté. Elle lui fit un petit signe de la main pour le saluer et écouta tout ce qu’il avait à dire sur cette chaise extraordinaire. Ca avait l’air tellement cool, son enthousiasme s’étendit jusqu’à la gamine qui trépignait d’impatience à l’idée de pouvoir elle aussi lancer de petites haches sur des types. On le lui proposa et elle jubila. « Non mais je veux essayer ! » soutint-elle avant que Gaby ne lui explique pourquoi ce type se trouvait là et ce qu’il avait fait. Un monde totalement différent du sien. Le trafic de drogue était l’activité la plus lucrative de la MS, qu’on vende la mort en bas de chez soi n’avait jamais été un problème pour eux, du moins pas au Salvador, à vrai dire, son frère avait décidé de nettoyer le Bronx pour s’attirer la sympathie de ses habitants mais le trafic n’avait pas cessé pour autant. Ces règles, elle ne les connaissait pas et les découvrait, elle tentait de les intégrer et donc d’en faire son nouveau système de valeurs, ce qui n’était pas si aisé que l’on pouvait le croire, elle avait beau être déracinée, elle s’était accrochée à ces principes si étroitement que s’en défaire demanderait du temps. « Donc y a pas de commerce de drogues du tout ? L’organisation vit comment ? Avec l’argent des trucs qui ont l’air légaux ? » demanda-t-elle avec la mine de celle qui essayait de comprendre. « Et donc comme y a pas de territoires, ça veut dire qu’il n’y a pas de guerres avec d’autres groupes ou d’autres organisations, ici ? Ou bien il y a des conflits internes ? Vous n’avez pas des cliquas ou des trucs comme ça, par coin ? » « Bon, les jeunes, il va pas attendre éternellement qu’on le termine, vous discuterez détails plus tard ! Madame, si vous voulez bien me faire l’honneur de la première hache ! » « Super invention, j’adorerais avoir la même ! » le félicita-t-elle en se défaisant du sang sur elle avec le seau d’eau apporté par Nunzia. Tony leur offrit un tour gratuit dans son atelier, présentant d’autres armes de son invention et faisant cadeau de l’une d’elle à la gamine qui était aux anges. « Han, t’as vu ça Gaby, comme c’est classe ! Non mais t’as vu ça ?! On dirait une canne et boum, tu appuies là et tu sors une machette ! Oh merde, je crois que je vais chialer ! » Elle avait hâte de pouvoir la tester, espérant que Luciano lui en offrirait la possibilité prochainement. Trouvant deux bouts de bois, elle en lança un au sicilien pour le provoquer en duel, s’en servant comme d’un sabre laser, faisant même les bruitages avant qu’il ne la touche en plein cœur et qu’elle ne se laisse mourir de façon théâtrale. « Comedia Del Arte ou quoi ? Non franchement ?! Allez, j’ai fait ça super bien ! Tu y as cru, un peu ! Mais si, je vois bien dans tes yeux de la tristesse, t’as cru que j’étais vraiment morte ! Ah putain, je suis passée à côté de ma carrière, j’aurais dû être comédienne ! J’aurais fait un carton ! » Ils furent invités à dîner et si l’après-midi se déroula dans la plus grande des gaietés et dans l’insouciance presque totale puisqu’elle n’eut de cesse de le taquiner et de s’amuser avec lui, le retour fut plus compliqué. Le vin sur la table, son odeur et l’impossibilité d’en boire l’avait mise dans tous ses états. Il lui fit remarquer son silence et elle continua de fixer le paysage pour lui répondre : « Je ne pense qu’à boire, Gaby. Ca va me rendre folle. Je n’arrive pas à dormir beaucoup, j’ai l’impression d’avoir besoin de boire et ça me rend malade. Parfois j’ai même l’impression d’avoir mal quand je n’hallucine pas. Hier soir, j’ai envisagé de boire ma bouteille de parfum… Je suis tellement en colère contre moi ! Je ne peux m’en prendre qu’à moi de m’être fait ça ! » expliqua-t-elle d’une toute petite voix. « J’essaie de gérer, pour ne pas gâcher notre voyage, pour qu’on profite mais c’est dur. Je tiens parce que je me dis que j'en ai assez fait, j'ai déjà failli gâcher notre mariage. » Elle était sur le point de pleurer et refoula, encore et encore, dissimulant son visage, parce que c’était indigne d’elle.




***



Ils firent quelques emplettes à la hâte, de la nourriture, une tente, des sacs de couchage et le strict minimum pour tenir mais ne pas s'encombrer. L'idée était venue tout naturellement tandis qu'ils se baladaient dans les rues de la capitale et elle n'en avait pas démordu. Ils abandonnèrent leur téléphone dans la petite maison et partirent à l'aventure en amoureux, sans le moindre parasite extérieur. La dernière crise de démence de Jez avait été phénoménale et elle se sentait tellement coupable qu'elle voulait rattraper le coup, à tout prix. Elle eut beau s'excuser, encore et encore, elle avait la certitude qu'il faudrait plus que des mots pour effacer ça. Non seulement ils pourraient visiter tous les endroits que Gabriele voulait lui faire découvrir mais en plus, elle pouvait passer un maximum de temps en sa compagnie sans craindre qu’une tierce personne ne vienne parasiter leur lune de miel. Lorsque Lucky avait appelé pour un petit coup de main, Gaby avait fait un scandale, elle n’eut même pas le temps de lui préciser que pour le moment, elle préférait se focaliser sur son couple qu’il était déjà avec son téléphone dans la main, prête à se saisir de l’ordinateur pour le balancer dans la piscine. Il lui fallut des heures pour qu’il accepte enfin de l’écouter. Cette fois, il n’y aurait pas de fausse note, elle en faisait le serment. Ils visitèrent le premier village main dans la main, elle jeta une petite pièce dans la fontaine tandis qu’il lui expliquait avec passion ce qui s’y était passé, comment et pourquoi. Il avait l’air heureux et détendu, dans son élément, elle peinait à croire qu’il puisse autant manquer de confiance en lui, on lui avait tout offert sur un plateau et il trouvait encore à redire. Elle buvait ses paroles, posant parfois quelques questions auxquelles il répondait avec enthousiasme, heureux de sa réceptivité. Ils terminèrent sur la plage où elle alluma un feu tandis qu’il installait le reste. Ils avaient acheté une pizza, de quoi boire et des desserts, s’éloignant de l’endroit le plus fréquenté pour n’être qu’eux deux. « Tiens ! » lui dit-elle avec un petit sourire, lui tendant une boîte entourée d’un nœud. « C’était ton cadeau pour l’anniversaire de notre rencontre mais je crois qu’il va servir pour l’anniversaire de mariage. Enfin, peu importe, c’est un cadeau. Ouvre-le ! » Elle ne sut déchiffre son expression, un peu inquiète tandis qu’il lisait le certificat d’authentification. « C’est un de ceux d’Al Capone, parce qu’il en avait plusieurs, bien sûr. Et puis comme il était de Chicago et que c’est une ville que tu adores, je me suis dit que c’était une autre bonne raison de te l’offrir. Si tu ne l’aimes pas, je peux te trouver un autre cadeau. Enfin j’en ai un autre. » Elle farfouilla dans son sac à dos et en extirpa une boîte plus petite. Il contenait un autre briquet, magnifiquement ouvragé, avec une vierge dessus, en provenance directe du Salvador. « Je te l’avais fait faire pour notre mariage et j’ai jamais trouvé l’occasion de te l’offrir, je ne savais pas comment le faire, mais maintenant tu les as. Voilà… » Pour faire passer le malaise qu’elle ressentait, elle ouvrit sa bouteille d’eau et en vida un quart. Tout ça, c’était si inhabituel pour elle et plus elle reprenait le dessus sur l’addiction, plus ça lui sautait au visage.

 





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Gabriele Gambino
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MessageMer 16 Nov - 23:04

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne


Gaby avait confiance en Jez. Il était certain qu’elle était assez loyale pour le soutenir en toutes circonstances. En revanche, il doutait de sa conception de la pudeur et de la sécurité puisqu'elle divergeait complètement de la sienne. Il se méfiait également de l’influence de Cinzia sur son épouse. Elle était pleine de bon sentiment et de judicieux conseils. Ses qualités étaient innombrables, mais il l’avait déjà surprise à faire de l’ingérence dans son couple et il n’était pas question que ça se reproduise. Il pensait de plus en plus à limiter leur rencontre d’ailleurs. Ça leur briserait le cœur à tous, car il adorait sa jumelle, il l’aimait du plus profond de lui-même, mais elle avait choisi son camp en manifestant son affection à sa conjointe et en le jugeant, comme si son amie était blanche comme neige, comme si elle n’avait pas contribué à  les plonger dans cette période sombre et noire à garder pour elle la moindre de ses émotions. Il l’avait trouvée injuste et il la savait retorse parfois. Elle ne frappait plus à sa porte pour exiger de Gabriele qu’il cède du terrain à sa femme, mais elle agissait toujours, tapie dans l’ombre, pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Sans elle, jamais Jezabel ne se serait retrouvée à courir à moitié nue au milieu de nulle part pour lui sauver les miches, tout simplement parce qu’elle ne se serait pas désapée pour tremper son orteil dans un point d’eau répugnant. Il aurait adoré le lui crier, mais il se ravisa, rongeant son frein, car il se découvrait un don pour la vexer. « Tu ne comprends pas, mon coeur. Je vois ça comme un privilège, et l’avantage d’un privilège, c’est que personne ne peut en profiter à part moi. Si tu en fais l’étalage, même si ce sont pour de bonnes raisons, je perds mon privilège et ça me pose problème. Ça me rend dingue de jalousie. » lui expliqua-t-il le plus délicatement possible en saisissant les mains. « Je ne voulais pas te faire de la peine. Je suis fier de ce que tu es, mais je le suis encore plus de savoir que personne, dans cette putain de ville, n’a pas accès à ce qui est à moi. » Il la tira contre lui et, tandis qu’elle le serrait contre son corps, ses doigts vagabondèrent sur ses courbes qu’il appréciait et qu’il apprenait par cœur. « C’est tout ce que je voulais dire. On ne va quand même pas se disputer. Ce serait bête. » Il embrassa son cou, mordilla sa peau fine et finit par l’entraîner dans la chambre pour faire montrer la température entre eux autrement qu’à travers une querelle.

Après s’être souvent plaint de sa pudeur sexuelle, il aurait été bête de ne pas profiter de ses résolutions. La Salvadorienne était étrangement de très bonne composition ces dernières semaines. Certainement un peu trop au goût de Gabriele qui s’interrogeait sur les causes de ce virage à 360 degrés. Ses belles-sœurs ? Elles y étaient sans doute pour beaucoup, chacune à leur manière, mais ça n’expliquait pas tout. Y aurait-il un rapport entre le gars retrouvé dans la salle de bain et qu’il égorgea comme un porc ? Ce voisin qu’il connaissait bien et qui serait un client idéal pour s’encanailler en toute impunité, non pas qu’il soit beau, mais parce que ce serait une association des plus improbables. Il était vieux et particulièrement répugnant. Aucun homme, du genre narcissique, ne pourrait s’imaginer cocu avec un type pareil. Pas même lui. ll y songea, mais une fois sorti de son épisode colérique, il s’était repris. Aujourd’hui, ce n’était peut-être pas aussi idiot qu’il n’y paraissait. Impossible, mais pas con. Ça méritait des informations, mais pas n’importe quand. Non. Ce serait, à son sens, le sujet parfait à tirer de sa manche pour éviter une conversation qu’il n’avait pas du tout envie d’entretenir avec elle et, en général, ça ne manquait pas, contrairement à sa relation avec Luciano. Il ne la comprenait pas. Elle lui posait problème et il ne parvenait pas à obtenir d’explications assez claires à son goût, et ce n’était pourtant pas faute de lui offrir des opportunités d’en dire plus. Elle avait choisi de le rassurer, de louanger son frère, mais de le faire en soulignant les qualités du cadet sans le comparer à son patron. Ça lui faisait une belle jambe. Il n’avait pas l’intention d’entendre qu’il valait mieux que lui, si pas autant, parce qu’elle le contemplait avec des yeux amoureux. Il avait besoin d’être sûr que personne ne s’autoriserait le droit de saper sa volonté et ses décisions par rapport à sa femme. Or, tout le monde semblait s'y employer avec cœur, qu’il s’agisse de la Cinzia avec son histoire de blog ou Luciano qui lui mettait une arme entre les mains pour l’utiliser en véritable Pitt-bull ou en Hermès. Comment pouvait-elle être certaine à ce point qu’Achille ? Comment ?

Sur cette terrasse où il s’alluma une seconde cigarette, il l’observa avec attention. Il ne la toisait pas, mais il ne la couvait pas d’un regard tendre non plus. Il y avait juste au fond de ses yeux un mélange d’inquiétude et de défiance. « Tu tiens cette information de qui ? Luciano ? Est-ce que tu sais d’autres choses ? » répliqua-t-il avec une pointe d’agacement. Il avait la sensation qu’elle lui adressait le message d’un autre plus pleutre qu’il ne l’aurait imaginé. « Je ne veux pas sombrer dans la paranoïa, mais si ton très cher Lucky t’a chargé de faire le sale boulot à sa place, puisque ça a l’air d’être sa grande spécialité du moment, fais-le. Arrache le pansement en une fois. Crache le morceau. Je peux encaisser. » Il lui sourit sincèrement. Il n’était pas en colère après elle, mais contre la situation. Il aspirait à savoir une bonne fois pour toutes à quoi s’en tenir par rapport à sa famille, qu’il puisse prendre ses dispositions, à tout point de vue, mais surtout celui qui concernait son amitié. « Ça lui posait souci, chaque jour un peu plus et se retrouver à des kilomètres de New York ne l’aidait pas à relativiser, même s’il menait ses propres combats, sans Cosa Nostra. Il y avait une différence entre sous-estime ses compétences et éloigner sa femme de lui. Or, c’était exactement ce qui était en train de se dérouler sous ses yeux, et il était hors de question qu’il le tolère sans réagir. « J’ai l’intention de racheter une banque avec Lucky comme investisseur et ton frère comme associé prioritaire. C’est un gros morceau. On a les fonds, mais on essaie de décaisser le moins possible pour le moment. » L’honnêteté, c’était le faire-valoir de la confiance qu’il nourrissait pour elle. C’était un bon début, une condition sine qua non qui la ramènerait vers lui et qui enraierait les manigances, auxquelles il n’entendait rien, de Luciano. L’ingrédient supplémentaire, c’était une part de manipulation.

« Je t’aurais bien mis sur le coup avec nous, mais tu ne peux pas te battre sur tous les fronts et ce que j’ai à proposer est moins drôle que ce que te propose Luciano. Alors… Je n’ai pas besoin que tu te sentes lésée ou obligée à quoi que ce soit. » Il soupira, dépité, priant cependant pour que la mayonnaise prenne et qu’elle saisisse le sous-entendu, ce qui n’était pas forcément gagné. Elle était habituelle hermétique à ce genre de manœuvre. À côté de ça, la spontanéité de son épouse pourrait éventuellement lui servir. Peut-être manifestera-t-elle son désir d’abandonner le Saint des Saints Lucky à son profit. « Je suis content que tu te plaises, ici. Je m’y sens bien moins aussi. » Tout le monde appréciait Gabriele dans ce patelin, ce qui justifiait leur désarroi d’apprendre son mariage sans y avoir été invité. « Si tu prends ton frère comme référence, comment tu crois qu’il le vivrait si ma sœur se mettait à jouer les justicières avec Jandro ? » Ce qui, soit dit en passant, n’arriverait jamais. Elle ne l’accepterait pas et le cousin de son époux n’y songerait pas trente secondes. « Tu vas me dire, c’est un peu différent. La majorité des gens prennent Mani au sérieux, ce qui n’est pas mon cas, si ça arrivait, tu crois qu’il le vivrait comment ? » lui soumit-il en lui accordant quelques minutes de réflexion. « Je tournerai pas rond si tu n’es pas avec moi, parce que tu me comprends. On a vécu la même chose. Tu as existé pour ton père parce que tu pourrais lui tirer profit ? Moi, j’ai existé quand on m’a annoncé qu’on allait se marier. Maintenant, je suis aussi transparent que tu ne l’es pour ta famille. » Il haussa les épaules, entoura finalement les siennes pour la presser contre lui et embrassa sa tante. Il profita de l’occasion pour l’avertir qu’elle se repose le lendemain matin. Il avait une course à faire, mais il la récupérera plus tard, dans la matinée, pour une expédition dans les montagnes qui lui plairait certainement.

Alors qu’elle prenait part à l’exécution du pauvre hère qui n’était jamais qu’un enfoiré ayant mérité son sort, il ne fut pas seulement ravi qu’elle se montre curieuse par rapport à l’organisation. Il fut surtout enchanté par son enthousiasme. Elle ressuscitait sous ses yeux et il se sentit désolé pour elle d’avoir été forcé de quitter sa vie et d’éteindre le moteur qui ne demandait qu’à rugir en elle de façon plus ou moins définitive. « Ouais, je vois, je vois. C’est génial. Je t’ai dit que c’était notre inventeur. C’est un génie. Il n’a pas de limite. C’est un peu notre…comment il s’appelle déjà, le type qui fait tous les gadgets pour James bond. » Il claqua des doigts, ne revint pas sur le nom et abandonna. « Enfin, tu vois quoi. » « Tu peux choisir quelque chose toi aussi » lui proposa leur hôte avant qu’il ne s’en aille, mais Gaby déclina. Un briquet. C’était tout ce dont il avait besoin pour être entier, bien qu’il s’amusa avec elle à jouer les escrimeurs. La seule fois où ils furent seuls, il se surprit à lui voler un baiser d’une grande intensité. Il trahissait tous ces nobles sentiments qu’il ressentait pour elle et qui étaient somme toute réciproques. Sans quoi, elle ne prédirait pas ces moments où il était proche de la crise de bégaiement et il ne serait pas non plus en mesure de deviner quand son abstinence lui était pénible. Elle épiait la bouteille avec une telle insistance que pour détourner son attention, il se transforma en maître conteur. Les anecdotes allaient bon train autour de la table. Elle fit un effort pour s’y intéresser, mais elle puisa tant et si bien dans ses réserves d’énergie qu’une fois dans la voiture, elle s'enferma dans un silence pesant.

b]« Ne sois pas si dur avec toi. Tu n’as pas été toute seule à foutre la merde dans notre mariage. Je ne sais pas si je me suis déjà excusé pour le mal que je t’ai fait, mais si pas, je le fais, là. Je suis désolé. »[/b] Elle n’attendait pas que je lui demande pardon, mais de solution plus pragmatique pour la libérer de son addiction. « Je vais me calquer sur ton rythme. Je dormirai quand tu dormiras, comme ça, le reste du temps, on pourra s’occuper. Je pourrais commencer par répondre à tes questions de tout à l’heure. Et puis, quand tu as vraiment envie de boire, on peut compenser par autre chose de tout aussi grisant que d’être ivre. Il y a tellement de façon de l’être. » Il ne s’employait pas à profiter de la situation. Il n’avait plus à la forcer et elle était même plutôt disposée à s’ouvrir davantage, un peu trop même. « Tu n’es pas toute seule, mon cœur. Je suis là pour t’aider. » Quoiqu’elle était indéfiniment plus forte qu’elle. « Tu n’as peut-être pas remarqué, mais à la cave de la maison, il y a une salle de sport. Si ça ne va vraiment pas ce soir, on peut s’y perdre un peu. Ça vaudra toujours mieux que d’attraper la mort dans la piscine maudite que Lyla nous a conseillé d’éviter. Je me demande toujours bien pourquoi d’ailleurs. » conclut-il en portant sa main à ses lèvres. Il ne la quitta plus, même pour changer les vitesses. « Je vais t’emmener manger une glace avant de rentrer. Tu ne trouveras pas meilleure glace qu’en Italie. Jamais. »

Ils commandèrent à un marchand ambulant au cœur de Palerme. Ils avaient encore de la route jusqu’à Corleone, mais ils étaient en voyage de noces. Ils n’étaient pas pressés et n’avaient pas grand-chose à penser. « Tu veux toujours savoir comment ça fonctionne ? » l'interrogea-t-il presque pressé de lui apprendre qui ils étaient. «Il y en a bien un. Un commerce de drogues, mais les territoires sont délimités et Corleone est une espèce de terre sacrée. Si le Don décide que la drogue ne peut pas circuler sur son territoire, elle ne circule pas. Si tu transgresses cette règle, il y a des représailles, c’est comme ça. L’époque où Cosa Nostra se battait pour gagner un lopin de terre date d’il y a longtemps. Maintenant, on maintient ce qu’on a en utilisant de vieilles méthodes comme le racket, des moins vieilles comme la drogue ou le jeu et des nouvelles, dont on ne sait pas grand-chose, nous, les émigrés. » ricana-t-il, sa main fermée autour de sa taille la gardait au plus près de lui. « Ici, en Sicile, il n’y a pas d’autres organisations que la nôtre. » commença-t-il en réponse à ses questions précédentes. « Le danger survient de l’extérieur en général. Ce n’est pas comme en Amérique. Les flics ne sont pas un problème. Les magistrats qui viennent des terres, c’est plus compliqué à gérer, mais ils s’en sortent bien. Ce qui arrivait, à une époque, c’était des guerres intestines et pour les éviter, ils se sont calqués sur notre modèle. Le cœur névralgique est à New York ou cinq familles représentent l’honorable société. Le tout est géré par une commission, une espèce d’État de la paix qui gèrent le budget, distribuent les marchés, prennent des décisions sur qui doit mourir et d’autres choses encore. Cette commission, elle est gérée par mon père. C’est lui qui est à sa tête. C’est l’homme le plus important de Cosa Nostra, d’où l’importance que ses fils, et vous, en tant qu’épouses, soyez irréprochables et intouchables surtout. La majeure partie du trafic illégal vient de l’héroïne. On couvre une bonne partie du territoire, d’où l’importance de nos accords avec la MS. Voilà pourquoi ce type était sur cette roue ici et pourquoi on a été mariés ou que mon père cède son unique fille à ton frère sans opposer la moindre résistance. La rumeur raconte qu’ils auraient été mariés de toute façon. » conclut-il en espérant avoir été assez précis malgré les quelques zones d’ombre de son discours qu’il était tout disposé à éclairer.


***


OK. Partir avec deux pantalons et trois T-shirts dans une besace ne lui plaisait pas moyennement. Il n’était pas un homme taillé pour l’aventure, mais pour le confort. Il n’exigeait pas un hôtel de luxe. Non. Un petit motel de routier ferait bien l’affaire, mais camper, ne pas savoir où se laver, ça le rendait malade par avance. Le problème, c’était que j’étais incapable de lui refuser quoi que ce soit puisqu’il devinait les enjeux de cet irrépressible besoin de fuir le plus loin possible de la tentation. L’alcool était partout en Sicile. Le vin coulait à flots. Isolés du monde, ils pourraient se concentrer l’un sur l’autre et puis, avec un peu de chance – et s’il en trouvait le courage – il saisira certainement l’occasion de se déclarer plus officiellement. Il se moquait bien qu’elle perde parfois les pédales au point de transformer toute la maison en arène. S’il était question d’encenser l’une des décisions de son père, son mariage l’emportait haut la main et il était grand temps qu’il lui fasse honneur. Est-ce qu’il était à propos de lui proposer de renouveler les noces sur une plage désertée et autour d’un feu ? « Il manque une guitare et un chanteur pour combler le tableau. Et autre chose que de la pizza, même si c’est délicieux froid. Je vais finir par prendre dix kilos à force de me nourrir comme un babouin. » s’amusa-t-il tandis qu’elle lui tendait un paquet cadeau. Il réprima de justesse le « pour moi » complètement stupide. « Tu n’étais pas obligée. Tu sais que si je n’avais pas moi-même prévu quelque chose pour ce soir, je me serais senti con ? » Il plaisanta surtout pour attiser la curiosité de sa belle, la sienne étant à son paroxysme, mais il était trop méticuleux pour déchirer ce joli papier comme un malpropre.

Ce jeu de patience en valait la chandelle d’ailleurs. Un briquet, c’était de toute façon une bonne idée, mais un Zippo aussi prestigieux, celui d’une légende du crime, c’était l’obliger à succomber, à tomber à ses pieds, à ne plus sourire, mais à rire d’allégresse. « Mais, où est-ce que tu as trouvé un truc pareil ? » s’exclama-t-il sans lui permettre de répondre, récupérant l’autre cadeau qui acheva de le combler. Il était tellement heureux qu’il lâcha la bombe sans réfléchir. Il dit : « Épouse-moi » sans la moindre explication, ne récolant qu’un regard interloqué. « Non. Attends. Ce n’était pas comme ça que ça devait se passer, parce qu’en te le disant comme ça, tu vas avoir l’impression que c’est parce que tu viens de me faire les deux cadeaux les plus géniaux du monde, mais ce n’est pas ça. Ça fait un moment que j’y pense. On a eu un mariage de merde. Personne ne le savait. Personne n’a voulu le savoir. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est là, entre nous, et on a beau faire comme si ça n’était pas grave, c’est quand même là, à nous pourrir notre couple parce qu’on a du mal à savoir où on se situe par rapport à l’autre et moi, j’ai besoin de savoir où je me situe. J’ai besoin qu’on arrête de nous prendre pour des victimes, parce que je n’en suis pas une. Je ne suis pas la tienne et je ne veux pas plus que tu sois la mienne et pour ça, il faut que ce que je ressens pour toi, ce soit légitime. Alors… » Il posa un genou à terre et lui tendit un écrin, sans se démonter, mais tout de même impressionné par cette verve et ce débit anormalement rapide pour un homme comme lui. « Est-ce que tu veux m’épouser une seconde fois ? Ou tu veux que je fasse une demande officielle à ton père…parce qu’on peut partir pour le Salvador tout de suite, si tu veux, mais il va nous prendre pour deux fous… »


***


Il était parvenu à la convaincre de réserver une chambre dans un bon hôtel à la literie excellente en arguant qu’ils méritaient bien de se reposer correctement avant d’entamer le voyage inverse et ç avait marché, pour son plus grand soulagement. Il prit une longue douche de laquelle il l’appela afin qu’elle le rejoigne pour un moment d’intimité. Jusque là, il avait rejeté toutes ses tentatives coquines avec habileté, mais il sentait bien que Jezabel ne s’en satisfaisait pas. Il avait même l’impression qu’elle recommençait doucement à se refermer comme si la seule explication soufflée par son instinct était qu’elle ne l’attirait pas. C’était faux. Pour pallier cette absurdité, il n’avait de cesse de lui répéter qu’elle était magnifique. Quelques fois, il lui glissait à l’oreille qu’il adorait l’entendre gémir son plaisir de moins en moins timidement, mais dans cette cabine de douche, il le sut à son regard, il ne s’en tirerait avec ce genre de pirouette. « Jez mon cœur, tu sais qu’à force, je vais finir par croire que je m’y prends tellement comme un manche que tu ne sais pas comment me le dire et que tu cherches un moyen de le faire sans me vexer. » jeta-t-il avec la subtilité d’un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ça serait une conversation compliquée, mais il n’y réchapperait pas à moins de la mettre mal à l’aise ou d’y être empêchés par une douleur cuisante dans la poitrine qui l’assomma et lui coupa le souffle.

Il savait ce que c’était. Ce n’était pas la première fois qu’un tel pressentiment l’agitait et le paralysait. « Appelle ton frère. il est arrivé quelque chose à Cinzia et c’est grave. Enfin, je crois. » ordonna-t-il en se maudissant d’avoir abandonné son téléphone dans la maison de son père. Une chance qu’il connaissait les numéros par cœur. Elle s’exécuta, mais Mani ne répondit pas. La Cinzia non plus. Lucky et Lyla : abonnés absents. Quant à sa mère, elle ne mentait pas, elle n’était tout simplement pas au courant. Pas encore. « On rentre, maintenant. » Il était blanc cadavre. Une terrible envie de vomir le saisit et lui alourdit l’estomac. Il refoula des larmes, un peu aberrantes, car injustifiées et incompréhensibles. Il ouvrit la bouche à nouveau, mais aucun mot ne quitta ses lèvres, des sons audibles, mais indéchiffrables tout au plus. Il s’arrêta pour ne pas s’offrir en spectacle, mais il ne s’essaya plus à s’exprimer jusqu’à ce qu’ils rejoignent l’hôpital. Constater les ravages de cette folie sur sa jumelle la dévasta. Son bébé était mort également et il ne supportait pas l’idée que ce petit bonhomme s’envole sans avoir appréhendé la chaleur de sa maman pour apaiser sa peur, sans apprendre qu’il avait une famille qui l’aimait sincèrement. Ils n’étaient pas là. Ils arrivèrent trop tard pour la cérémonie. Il pria Mani de lui pardonner, leur pardonner. En rentrant chez eux, dès lors qu’ils poussèrent la porte, il subit la crise la plus violente qu’il n’ait jamais connu tandis qu’il tentait d’expliquer à sa femme combien il s’en voulait d’avoir abandonné sa sœur . De rage, parce que rien ne sortait clairement, mais qu’il forçait tout de même, grimaçant, il balança tune chaise à travers le salon. Elle abîma un mur, le mitoyen, et le meuble se brisa avec fracas.





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Jezabel Gambino
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MessageLun 21 Nov - 20:09

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido


Sa relation privilégiée avec Luciano était un problème et si elle en avait conscience, elle avait choisi volontairement de ne pas s'en préoccuper pour le moment, il s'agissait de son exutoire, d'une manière comme une autre d'occuper ses journées et d'en profiter pour se servir de ces dons qu'elle devait mettre en sourdine depuis son départ du Salvador. Tant que Gabriele se bornerait à ne rien lui proposer, elle dédramatiserait la situation pour garder un de ses rares avantages. Elle aurait sans doute dû se sentir coupable ou bien avoir l'impression d'être la reine des connasses mais ce n'était pas le cas, ils avaient encore bien du chemin à parcourir et si elle voulait lutter plus efficacement contre son alcoolisme, il lui fallait de quoi s'occuper les mains et l'esprit. Il ne pouvait pas attendre d'elle qu'elle accepte de rester enfermée à longueur de journée avec pour seules sorties des visites à sa sœur, sa mère ou à Lyla. Ça tiendrait quelques semaines avant qu'elle ne devienne dingue et ne cherche à lui faire payer. « Wow wow wow, je ne suis pas une pétasse qui essaie de te la faire à l'envers, je suis de ton côté, Gaby ! » rectifia-t-elle en levant les mains en signe de paix alors qu'il avait l'air particulièrement furax. Ouais, ça avait été un putain de mauvais plan que de parler de ça. « De un, c'est pas mon très cher Lucky, de deux, il ne m'a chargé de rien du tout alors on se détend, doudou, relaaaaaaax ! Je laisse traîner mes oreilles souvent parce que les gens croient que je ne comprends pas ! J'ai entendu qu'on préparait quelque chose pour toi, de bien mieux que le restaurant et qu'on se vengerait d'Achille, je n'en sais pas plus. » lui assura-t-elle en haussant les épaules. Il était constamment sur la défensive dès qu'ils en venaient à ce sujet de conversation, elle avait la sensation qu'il la prenait pour une collabo et elle ne le vivait pas très bien, jusqu'à preuve du contraire, ils étaient tous les deux dans le même bateau. C'était pour elle le signe qu'il n'avait pas grande confiance en elle et il fallait bien l'admettre, ça lui faisait beaucoup de peine. « Ah ouais ? La banque servira à quoi ? » Elle était encore jeune et son expérience se limitait à la rue et certainement pas à toute la gestion du business en aval, elle aurait sinon pu deviner toute seule quel était l'intérêt d'acheter pareille institution. On ne lui en parlait que maintenant, il y avait de quoi se sentir tenue à l'écart, lui qui avait la sensation d'être le paria de service au sein de sa famille offrait le même sort à sa femme, c'était aussi frustrant que décevant. « Moi j'ai envie de travailler avec toi Gaby mais si tu me proposes parce que tu te sens obligé, je ne sais pas comment je dois le prendre. Ça fait des mois que j'attends que tu me donnes ma chance ! Alors je me demande si tu m'impliques parce que tu as confiance en moi ou parce que t'es jaloux que ton frère m'ait fait une place avant toi ! Je ne dis pas que c'est mal, j'aimerais juste savoir si tu aurais pensé à moi si je n'avais pas d'autres activités à côté. »



Parce que ça changeait tout et si elle rêvait de pouvoir sortir de leur appartement et lui rendre service, elle se sentirait dépréciée que tout ça ne soit qu'un plan de son époux pour la tenir loin de Lucky et de ses activités et certainement pas une façon de lui donner le sentiment de valoir quelque chose. Son opinion la concernant était importante pour elle, elle avait besoin de se sentir valorisée. « Tout le monde te prend au sérieux, Gaby, tout le monde te voit comme le sage de la famille ! Mais oui, tu as raison, mon frère le vivrait très mal mais mon frère ouvre des portes à Cinzia pour qu'elle bosse, il va même l'intégrer à ses affaires, il ne s'attend pas à ce qu'elle reste enfermée chez eux à longueur de temps. Je passais mes journées dehors, dans la rue, Gaby, je ne serais jamais heureuse si on me contraint à l'inactivité totale. Je sais que tout est nouveau pour toi, qu'il te faut du temps et que tu aurais sans doute aimé une femme plus traditionnelle mais je suis dans la même situation. Il faut que tu me trouves un truc pour m'occuper et si en plus je t'aide, tu feras une heureuse ! » Elle avait un tact inexistant mais elle faisait de son mieux pour se montrer sincère et franche en espérant ne pas déclencher une dispute éprouvante, ils avaient eu leur compte pour la journée. Mais ils devaient en discuter, ils devaient se mettre d'accord et il fallait que le sicilien comprenne que beaucoup de choses devaient changer s'il ne voulait pas avoir à faire face au même genre de situations que par le passé.  « Tu n'es pas transparent, pas pour Cinzia, pas pour Lucky, pas pour tes parents, je comprends que tu sois las d'attendre mais ton père n'est pas le mien, je me dis qu'il te prépare sans doute quelque chose pour compenser tout ce qui s'est passé. Tu ne crois pas ? » Elle le sentait sur une pente glissante et si elle comprenait sa frustration et sa colère, il n'était pas question de l'encourager à œuvrer contre sa famille, d'une façon ou d'une autre, parce qu'elle savait bien quel était le prix à payer pour de pareilles manigances et il était hors de question qu'on ne lui prenne, hors de question de devenir veuve à 18 ans, après avoir retrouvé son époux suite à des mois difficiles. Elle ne pouvait que l'aiguiller mais quoi qu'il décide, quoi qu'il choisisse, elle serait là pour le soutenir et l'épauler. Ils tomberaient à deux ou ils ne tomberaient pas, elle pouvait le garantir.



***



Des excuses, elle n'en  avait pas besoin pour le moment, elle aurait simplement aimé qu'il puisse lui assurer qu'il était capable de la débarrasser de son mal d'un claquement de doigts. Si seulement les choses avaient pu être si simples. Si seulement ! Sa proposition suscita néanmoins du soulagement chez elle, si elle ne se retrouvait pas seule pour affronter ses démons, peut-être qu'elle parviendrait plus aisément à refouler le besoin impérieux d'alcool. Il n'existait pas pire que ces nuits de silence et de solitude, passées à souffrir de ses questionnements qui devenaient certitudes et la poussaient à envisager le pire et à se persuader qu'il n'y aurait jamais de solutions, jamais de fin, seulement de la douleur, de la souffrance et beaucoup d'isolement. « Merci ! » murmura-t-elle alors qu'il se saisissait de sa main et qu'elle se sentait un peu plus forte que quelques minutes plus tôt, il avait cette influence là sur elle, il parvenait à lui redonner de l'espoir quand elle avait la certitude d'avoir touché le fond et de creuser. Elle se promit de contacter Lyla pour lui demander quelle était cette histoire de piscine, certaine que ça les ferait beaucoup rire et que ça leur permettrait peut-être d'effacer tous ces instants de flottements, toutes ces belles journées qu'elle trouvait le moyen de gâcher. Elle gâchait tout, toujours et elle s'en voulait. Il lui arrivait de se demander si tout n'aurait pas été réglé si elle ne s'était jamais réveillée à l'hôpital, si Cinzia était arrivée un peu plus tard. Ça ne lui arrivait que lorsque le manque la tenaillait et qu'elle cherchait toutes les excuses du monde pour céder. Manquant de forces, elle le laissait faire la conversation, elle n'était pas vraiment capable de l'animer à sa place, ce serait pour une autre fois, dans d'autres circonstances. Elle lui offrit la possibilité de choisir le parfum de sa glace à sa place et il visa juste, ce qui eut le don de la faire sourire alors qu'elle passait son bras sous le sien et posait sa tête contre son épaule, pour se donner un peu de force. « Oui, toujours ! » lui confirma-t-elle pour qu'il lui raconte enfin tout ce qu'elle avait besoin de savoir pour mieux appréhender cet univers dont elle ne connaissait rien et auquel elle ne comprenait pas grand-chose. « Ton père contrôle aussi ce qui se passe ici ou bien ils ont leurs propres chefs ? » s'enquit-elle en essayant de prendre des notes mentales et retenant qu'il soulignait qu'elle devait à tout prix être irréprochable, ce qui semblait être le plus dur de tout. « Irréprochable ? C'est-à-dire ? Parce que si tu me demandes, je suis irréprochable mais si j'ai bien compris, on n'a pas toujours les mêmes définitions, toi et moi. Je suppose que boire ce n'est pas être irréprochable, se promener à poil non plus... Y a d'autres trucs ? » Elle repensa au mariage de son frère, à Cinzia et se dit que ce n'était pas complètement stupide, en effet, ils auraient probablement été contraints de se passer la corde au cou si le hasard n'avait pas devancé les plans des chefs de famille. « Tu crois que si pour Mani et Cinzia, ça avait été un mariage arrangé, ils nous auraient mariés ? Je me demande toujours ce qu'ils ont négocié sur notre dos et pourquoi on a rien récupéré derrière. Et toi, c'est quoi ta place dans Cosa Nostra ? Comme moi  dans la MS ? Soldat pour ton père ? Y a possibilité de gravir des échelons ? Et les femmes, c'est quoi leur place ? » Elle n'aurait pas dû poser des questions dont elle redoutait la réponse mais c'était plus fort qu'elle.




***



« Je te trouverai toujours aussi beau, avec dix kilos en plus ou pas ! » lui avoua-t-elle en rougissant et elle aurait même ajouté qu'elle le trouvait un peu amaigri depuis leur passage à vide si elle n'avait pas craint de gâcher l'ambiance de leur petite soirée en amoureux. Il n'y avait qu'eux, pas de parasites extérieurs, pas de famille pour venir les inviter et les empêcher de profiter de leur temps à deux. Elle haussa un sourcil intrigué quand il lui laissa entendre qu’il avait également quelque chose à lui offrir, dire qu’elle était certaine d’avoir été discrète, pas tant que ça apparemment. « Je ne t’offre pas ça pour avoir un cadeau aussi, tu sais, j’ai tout ce qu’il me faut ! » lui dit-elle avec un large sourire qui puait l’amour à plein nez. Tant qu’il restait près d’elle et qu’il ne feignait pas de retrouver une autre femme pour une raison ou pour une autre, elle n’avait besoin de rien d’autre, ça et un travail et la boucle serait bouclée. Il était excité comme un gosse et aussi heureux que si elle lui avait décroché la Lune, cela lui mit du baume au cœur et elle eut beaucoup de mal à ne pas lui sauter dessus, emplie d’allégresse. Son sourire n’avait pas de prix, comme son bonheur. Mais si elle s’était attendue à ça ! N’étaient-ils pas déjà mariés ? Elle lui jeta un drôle de regard qui l’obligea à se justifier. Bien sûr que tout ça était vexant et qu’à chaque fois, elle avait aussi l’impression qu’on lui enfonçait un couteau en plein cœur mais elle avait fini par accepter les choses, se disant qu’il n’y avait rien à faire d’autre, visiblement, Gaby voyait les choses autrement. Il mit un genou à terre avant qu’elle ne comprenne pourquoi et il lui fallut une bonne minute pour qu’elle percute et lui tende la main pour qu’il se redresse, elle n’aimait pas le voir dans cette position et si elle avait le sens de la rigolade, elle ne trouva aucune blague à balancer. Qu’il lui fasse une vraie demande la touchait ! Les larmes aux yeux, dès qu’il fut debout, elle le serra dans ses bras. « C’est oui, bien sûr ! » marmonna-t-elle près de son oreille avant de le couvrir de baisers. « On devrait déplier la tente et manger plus tard ! On est loin de tout le monde, personne ne nous verra ou ne nous entendra ! » Elle obtint gain de cause et émergea de leur habitat de fortune que pour récupérer leurs pizzas et raviver le feu, s’installant devant en tailleur alors qu’il s’installait derrière elle et l’enlaçait, lui agitant l’écrin sous le nez. « Je dois faire quoi des autres ? » demanda-t-elle en retirant son alliance et sa bague de fiançailles pour le remplacer par l’autre et remettre l’alliance. Elle observa l’ancienne et la plaça à son autre annulaire, trouvant la nouvelle absolument magnifique. « On s’en fout de mon père, mais je me demandais comment tu voyais ça. Tu veux une autre cérémonie et qu’on invite des gens ? Tu veux le faire où ? Et je pourrais inviter mes amis ? J’ai un peu d’argent de côté mais je ne suis pas sûre que ce sera assez pour la moitié ! » Elle n’y connaissait rien en mariage, elle allait avoir l’air bien con et devrait à nouveau porter une robe à froufrous. Et puis il y aurait les vœux... Ca l’inquiétait déjà.



***



Les tentatives furent nombreuses mais toutes infructueuses. Elle essaya avec son téléphone, puis son polaroïd et lui glissa parfois des propositions à l’oreille mais il trouvait toujours le moyen de les ignorer. Avec tout ce qu’elle entendit venant de Lyla et Cinzia, elle se demandait quel était le problème avec elle. Lasse d’essuyer échec sur échec, elle lui montra une vidéo d’un film en ligne qui proposait un éventail assez complet de pratiques en tous genres et il échappa à la discussion d’une pirouette, la convainquant que non seulement il ne la désirait pas vraiment mais qu’en plus, elle ne méritait pas vraiment qu’il s’esquinte à se montrer audacieux ou original. Blessée après sa dernière tentative, elle repoussa ses dernières avances, prétextant être fatiguée. Pourquoi lui demander de l’épouser alors ? Pour les apparences ? Entre Lizzie, le manque d’alcool et ça, elle se demandait à quoi il jouait.  Ce qui la décida à le rejoindre sous la douche ce jour-là ? La certitude qu’elle l’obligerait à parler et ils étaient sur la bonne voie quand feignit une douleur dans la poitrine. Elle leva les yeux au ciel et soupira, se disant qu’il se foutait encore de sa gueule en surjouant mais elle paniqua légèrement quand il eut l’air vraiment mal. Trouver un vol retour ne fut pas compliqué mais le lâcher, par contre… Elle lui tenait la main et l’embrassait à intervalles réguliers, faisant de son mieux pour le rassurer, sans avoir vraiment l’impression que c’était très efficace, bien au contraire. Les nouvelles n’étaient pas bonnes et ramasser son frère à la petite cuillère qui porta en coup en plein visage. Le bébé n’était plus et Cinzia était dans un état végétatif, personne ne pouvait dire avec certitude si elle se réveillerait un jour. Gérer tant de peine et de souffrance en plus de ce qu’elle ressentait ne fut pas évident et elle fit comme à son habitude, elle refoula, aussi fort que possible pour tenter d’être là pour les autres. Ne surtout pas penser au fait qu’elle aimait Cinzia comme une sœur et que si elle disparaissait, ce serait un vide immense dans sa vie et comment ramasserait-elle Mani et Gaby ? Installée entre son frère et son époux, elle leur tenait la main à tous les deux et faisait de son mieux pour être forte, pour eux, pour celle qui gisait là et qui avait besoin de bonnes raisons de revenir à elle. Jez lui murmura à l’oreille qu’elle devait revenir, tout le monde avait besoin d’elle. Une fois chez eux, Gaby tenta de rompre le lourd silence qui s’était installé depuis leur départ de l’hôpital mais seule la même syllabe sortit de sa bouche, à multiples reprises, quand il arrivait à produire autre chose que des bruits de gorge. Elle avait lu qu’essayer de deviner ce qu’il voulait dire était une source de frustration et elle se contenta de le regarder, comme s’ils avaient une conversation normale. Pour lui, c’était le truc de trop et il exprima sa rage en balançant une chaise. « Doudou ! » l’interpella-t-elle avec douceur. « Tout va bien, on est à la maison ! » reprit-elle en approchant lentement pour venir se blottir contre lui, elle passa une main dans son dos, l’effleurant avec des mouvements réguliers tandis qu’elle chantonnait une chanson qu’elle adorait quand elle était gosse. Lorsqu’elle le sentit se décrisper un peu, elle vint lui dérober un baiser. « On va aller prendre une douche et puis on commandera à manger, demain, on retournera à l’hôpital et on verra si on ne peut pas se rendre utiles autrement. Je sais que c’est dur pour toi et que tu dois t’en vouloir parce qu’on était loin mais tu n’aurais rien pu faire pour stopper cette salope ! Viens, je vais m’occuper de toi ! » Elle l’attrapa par la main et il émit une petite résistance. « Quoi, tu n’as pas envie que je te frotte le dos ? C’est pas grave, tu frotteras le mien ! » Elle esquissa un faible sourire, espérant qu’il céderait malgré tout, avançant à tâtons.


***


« Et des strip teaseurs qui danseront sur les tables, agitant leur gourdin sous le nez de ton père et du mien ! » lâcha-t-elle alors qu’ils s’amusaient à décrire le pire mariage du monde, réunissant le pire du mauvais goût. Ca faisait des jours que c’était leur jeu favori et qu’ils ne s’en lassaient pas, ils avaient besoin de faire redescendre un peu la pression. Leurs journées étaient organisées autour de l’hôpital, de l’aide qu’ils apportaient à Lucky et Lyla pour que Mani ne soit pas dépassé. Cinzia s’était enfin réveillée mais ne voulait voir personne, ce qui mettait son frère dans un sale état et tout ce qui blessait Gabriele faisait mal à Jez et la rendait particulièrement vindicative. « Et nous on se mariera en sous-vêtements ! » Ils riaient encore en émergeant de l’ascenseur, tombant sur des cartons. Visiblement, l’appartement d’en face avait été loué mais elle ne s’attendait pas à tomber sur Taylor qui ramassait des cartons pour les rentrer. « Salut, Jez ! On dirait bien qu’on va être voisine ! » Elle lança un regard glacial à Gaby qui avait perdu son sourire mais qui eut le réflexe de poser une paume lourde sur l’épaule de sa femme dès que Lizzie se montra. Son petit signe de main mit le feu aux poudres et il s’en fallut de peu pour que la salvadorienne n’entre dans l’appartement pour lui coller la raclée qu’elle méritait. A peine rentrée, elle se défit de la prise du sicilien et s’enferma à double tour dans la salle de sport, tout plutôt que de se disputer avec lui avec le risque qu’on les entende et que cette pétasse en profite. Elle en sortit bien des heures plus tard, en sueur et tremblante, réclamant un verre. Installé dans son bureau, il avait laissé la porte ouverte comme une invitation et elle y répondit, s’installant dans la chaise en face de lui. « Tu as envie de coucher avec elle encore ? Pour faire ce que tu ne veux pas faire avec moi ? » Jolie entrée en matière ! Franche du collier et avec la subtilité d’un hippopotame dansant un ballet russe. « N’essaie pas de me mentir, Gaby ou d’éviter la question, parce que je te jure que je traverse le couloir et je vais l’égorger, ce sera à toi de ramasser cette fois ! Si je ne te plais pas, pourquoi me redemander en mariage ? Je ne te suis plus et je ne comprends rien à ce que tu veux ! Je débute à peine et j’ai juste envie de tester des trucs, de découvrir avec toi et tu me mets des barrières gigantesques, comme si je te faisais honte ou bien que je te dégoûtais, j’en sais rien ! » Il s’en fallut de peu pour qu’elle ajoute qu’après avoir traîné une putain à son bras, il pouvait se montrer large sur ce qui lui faisait honte ou pas. « C’est toi qui l’a fait venir ici ? Pour l’avoir sous la main ? Qu’est-ce qu’elle fout là ? T’essaies de me faire passer un message ? » Sa jalousie lui donnait un regard de folle, ses yeux étaient exorbités et elle avait l’air sur le point de tout détruire sur son passage. « Elle doit dégager, Gaby, ou je vais la tuer de mes mains ! Elle est en train de me provoquer et il est hors de question que je la laisse faire ça, hors de question qu’elle me prenne ce qui est à moi ! Tu es à moi ! Cette fois, je ne resterais pas en retrait ! »


 





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MessageLun 28 Nov - 21:12

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne


« Je sais que tu n’es pas une pétasse, ce n’est pas ce que je dis. Je dis juste que c’est frustrant que tu en saches toujours plus que moi, c’est tout. Ça n’a rien à voir toi. Je considère simplement que je suis assez proche de mon frère pour qu’il me parle à moi et qu’il n’utilise pas ma femme pour envoyer ses messages. » expliqua-t-il après lui avoir rapporté tout l’intérêt à posséder une banque. Sa curiosité comptait parmi ses plus grandes qualités d’après lui, mais elle l’embarrassait parfois, précisément lorsque ces questions le mettaient mal à l’aise parce qu’elles méritaient une réponse sans équivoque. Ce qui lui paraissait clair et limpide ne l’était plus désormais. Bien sûr, il ne se mentait pas au point d’ignorer que la jalousie était un moteur à cette proposition sous-entendue de travailler avec lui, mais est-ce que ça signifiait qu’il n’avait pas confiance en son épouse ? Il savait qu’elle ne le tromperait pas, qu’elle ne le poignarderait pas dans le dos non plus. Elle lui était dévouée, et ça ne tenait pas seulement à ses sentiments, ça relevait également de son éducation. Il se méfiait de sa fougue cependant. Il ne parvenait pas à la tempérer – si tant est qu’il ait vraiment essayé – et il ne pouvait se permettre de l’impliquer dans ses affaires s’il n’était pas certain qu’elle ne prendrait pas une décision à la hâte qui pourrait lui coûter sa réputation. Elle était si fragile, ici, à New York. Et, hormis son mariage, c’était tout ce qui lui restait. Il ne pouvait pas changer ce qu’elle était. Ce n’était pas son intention. Il aimait sa spontanéité. Il ne doutait pas non plus qu’elle mûrirait, comme tout un chacun, mais pour se prémunir des conséquences en attendant que ce jour arrive, il aspirait à se forger de solides barricades, que chacune des maladresses de sa jeune épouse puisse y rebondir sans conséquence.

Il souhaitait qu’elle puisse avoir droit à l’erreur, à ce qu’elle ne croule pas sous cette pression qui rappellerait son addiction à son bon souvenir. Il ne la jugeait pas faible, elle était seulement impétueuse et c’était normal. Mais qu’allait-il lui répondre ? Qu’elle avait raison ? Qu’il n’agissait que pour l’éloigner de son grand frère ? Il la blesserait, autant que s’il lui mentait d’ailleurs. Il haussa donc les épaules, se retenant une pirouette pour la culpabiliser ou la tourner en ridicule. Il avait trop d’affection pour l’insulter. Le silence était plus à propos. Mettre un terme à cette conversation aussi. Elle n’avait pas envie d’entendre que Manuel n’ouvrait pas des portes à sa jumelle parce qu’elle ne fréquentait pas assidûment Jandro ou Muñez, mais parce qu’il avait tout pouvoir sur elle. Elle dansait comme il chantait et toute cette indépendant dont elle croit jouir n’est jamais qu’un leurre. Il construisait autour d’elle une cage dorée. Il aurait sans doute fait la même chose en d’autres circonstances. « Je n’ai jamais dit que j’attendais de toi que tu restes à la maison tout le temps. Tu mélanges tout ! Tu peux aller où tu veux, faire ce que tu veux, mais pas toute seule. C’est pour ça qu’on s’est disputé, pas parce que tu bougeais de l’appart. » conclut-il en espérant qu’elle ne surenchérit pas. « Et si on passait à autre chose ? Je n’ai pas envie e faire la soirée sur toute cette merde. On est en vacances non ? » Il la ramena contre lui, l’embrassa tendrement et l’invita dans la chambre. « On rediscutera tôt ou tard de toute façon. »

Il prit néanmoins grand soin à l’éviter au maximum. Il n’était pas en Sicile pour discuter de ses projets à New York, mais de tenir sa jeune épouse au fait de l’organisation. Cosa Nostra était compliquée, comme tout état qui se respecte, et elle le passionnait. Il en aurait parlé des heures. Cette sagesse qu’on lui prêtait, c’était à elle qu’il la devait, bien que ces derniers mois, il ne se ressemblait plus vraiment. Ses points de repère torpillés, il ne trouvait plus sa place et ça le poussait à commettre des erreurs et à penser mal. « Non. À chaque ville ou chaque pays son boss, d’où l’intérêt d’avoir une espèce de parlement pour la paix. Par contre, nous travaillons ensemble étroitement, à l’aide d’accord, ce qui n’exclut pas qu’il puisse se rompre avec de bonnes ou de mauvaises conséquences pour nous. C’est grâce à Achille si nous en sommes là aujourd’hui, raison pour laquelle mon père ne l’évince pas brusquement. Il soit solidifié ce qu’il a bâti avec les Siciliens et si j’avais un vœu à formuler, c’est qu’il me charge de ça, parce que je suis le moins américain de mes frères. Ce n’est pas une insulte envers eux, ne te méprends pas, mais regarde Andy et compare-le aux hommes que tu as rencontrés ici et tu auras vite compris. C’est la même chose pour Lucky. Si tu les arraches à New York, ils seront malheureux. Ils ont besoin de diversité et d’agitation. Il l’ennuierait, mais pas moi. » Gabriele était de nature plus posée. Il ne s’éparpillait jamais et il détestait NYC pour son luxe et sa grandeur. « À Corleone, même le Don cultive ses terres et ses oranges. J’ai besoin de simplicité. » confia-t-il rêveur. « Mais je ne me fais d’illusion, ce n’est pas maintenant qu’on me proposera un truc pareil. » Heureux qu’elle relève, dans son discours, ce qui la concernait directement, il mit un terme à ses digressions pour revenir au but premier de ce voyage. Si la déception l’envahissait à nouveau, il reprendrait leur dernière conversation et il n’en avait strictement aucune envie. Il en avait marre de tourner en rond comme un vieux disque rayé. « En effet, boire et se promener à poil ne l’est pas. » plaisanta-t-il, amusé par ses souvenirs réglés depuis longtemps.

« Il y a des règles précises pour déterminer ce qu’est un homme d’honneur et, par extension, une femme d’honneur. On ne boit pas, on ne fume pas et on ne se bagarre pas entre nous et avec un connard susceptible d’attirer l’attention sur nous. Il y en a d’autres, comme la vengeance, l’envie, l’adultère. Avant… il y a peu… » Il évita soigneusement de nommer l’épisode Lizzie. Il passait un bon moment. Il était inutile de remuer le couteau dans une plaie non cicatrisée. « J’étais le parfait exemple de l’homme d’honneur, ce qui explique que tout le monde a du respect pour moi. » Il afficha un sourire narquois à prononcer des mots auxquels il ne croyait pas vraiment : les siens. « Quoiqu’on fasse, le mot d’ordre, c’est de réfléchir avant d’agir. Toujours. C’est rendre des comptes à nos supérieurs hiérarchiques. Tout doit être transparent, ce qui n’est pas le cas de la banque par exemple, mais ce n’est qu’une question de temps avant que j’explique ma manœuvre à mon père. J’aimerais m’en servir comme d’un faire-valoir pour gravir les échelons. Là, pour le moment, je ne suis qu’un soldat et, si j’arrive à gravir les échelons, alors, je pourrai te faire une place, mais Jez, comment veux-tu que je te fasse une place si je n’en ai pas moi-même ? Ça ne tient qu’à ça, tu comprends ? Ça n’a rien à voir avec toi... tes compétences impressionnantes ou la confiance que j’ai en toi. Laisse-moi le temps de me retourner. Tout ça, c’est aussi compliqué pour moi que pour toi. Si j’étais mon frère, je pourrais me permettre d’en trouver une plus vite, mais pour le moment, je suis pieds et poings liés. » Il considéra la question à propos des noces de son frère et il tira la conclusion que oui, ils auraient été unis par ce sacrement. « Tout simplement parce que tu n’as pas tout à fait tort, il y a peut-être bien quelque chose qui dort finalement. À voir. » Et le plus rapidement possible de préférence. Le renouvellement des vœux, si d’aventures elle acceptait sa demande en mariage en bonne et due forme, les occuperait un moment, mais il ne sera pas assez long pour tenir ces deux lions en cage.

Il se lança sans s’y être vraiment préparé, mais il gardait soigneusement le bijou dans le fond de sa poche au cas où une opportunité s’offrirait à lui. Elle arrivait un rien plus tôt que prévu, mais ça l’arrangeait bien finalement. Délesté de sa nervosité, il pourrait enfin terminer ce voyage plus sereinement. Ça commença dans la tente et s’acheva quelque jour plus tard dans une chambre d’hôtel et dans une douche. Les détails concernant les invitations et la cérémonie étaient bouclés, ils auraient pu passer à autre chose, mais la réalité les rattrapa trop vite. Persuadé que sa sœur était en danger, Gabriele exigea qu’il rentre. Il pria de tout son être pour ne pas être confronté au pire. Dieu l’abandonna et autant dire qu’il fut incapable de prononcer le moindre mot durant des heures, peut-être mêmes des jours. Jezabel fit son possible pour le rassurer, si bien qu’elle fut la seule à recueillir quelques regards tendres à défaut d’obtenir des confidences. Il dormit longtemps, se tortura pour aider sa famille efficacement. Sans son épouse, il se serait enfermé dans le cercle vicieux de l’inquiétude et la colère. Elle parlait du mariage comme si elle avait hâte. Il ignorait si c’était une manœuvre pour le soutenir ou si c’était sincère, mais la réponse n’était pas capitale. Il aimait imaginer ce à quoi ressemblerait la cérémonie et la fête. Certaines ides saugrenues, lancées pourtant sur le ton de la boutade, s’imprimaient en lui. Elle réveillait quelques lubies, ça les amusa jusqu’à ce que Lizzie les surprenne dans le couloir. Gabriele, impassible, lui adressa grossièrement le message qui peinait à faire passer : il était pris. Il avait commis une erreur, mais ça ne se reproduirait plus. Il ne la regarda pas et il aurait espéré de tout son cœur que son geste tendre et révélateur devant ce témoin privilégié suffirait à éviter une dispute. Ça eut l’air de marcher. Elle était mécontente, mais pas déterminée à gâcher l’harmonie fragile de leur couple. Dieu seul ô combien il fut déçu qu’elle le charge au pire des moments. « C’est deux choses totalement indépendantes. Je faisais avec elle ce qu’on fait avec une pute. Tu es une pute ? Non ! Cette partie-là est close, alors revenons à la première question : qu’est-ce que j’ai fait pour que tu croies que j’ai envie de coucher avec elle ? Je t’écoute. Tu as l’air sûre de toi, donc j’ai dû faire quelque chose qui t’a déplu... » Il s’appuya sur le dossier de son fauteuil, croisa les jambes et l’observa de son regard inquisiteur. Ils allaient se chamailler ou, pour être plus précis, elle se disputerait pendant qu’il lutterait contre une crise de bégaiement.


« Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que le problème, ce n’est pas elle, mais ce qu’on fait et ce qu’on ne fait pas ? Tu veux découvrir des choses, très bien, mais je te rappelle qu’il n’y a pas tellement longtemps d’ici, on était à trois dans notre lit : toi, ton coussin sur la tête et moi. Tu peux comprendre que j’ai un peu de mal à comprendre d’où ça sort ? Tu peux comprendre ça, non ? »
C’était bien plus compliqué. Les accusations à peine voilées étaient bien plus lourdes, plus insultantes, plus injurieuses. Lit-elle dans ses pensées pour en arriver enfin au cœur du problème. L’aurait-il demandé lui-même que la communication aurait été rompue pour ce soir. Il détestait qu’on le prenne pour un con. « C’est ça que tu crois, alors ? Je savais bien que c’était ça. Tu es persuadée que je l’ai fait venir. J’y crois pas que tu puisses me imaginer un truc pareil. Tu me poses la question, mais tu en es sûre et certaine en fait. C’est pour ça que tu pointes ici vindicative à ce point." Il en rit, mais jaune. Elle parlait de confiance, ais elle lui jouait surtout de la flûte de pan à chaque fois qu’elle l’encensait sur ce que les autres pensaient de lui ou son admiration pour son parcours. « Tu m’en veux pour ce que j’ai fait. OK. Mais, alors, il fallait refuser ma demande. Ça aurait eu le mérite d’être clair. Je n’aime pas qu’on me prenne à revers Jez. Tu veux qu’elle se barre ? Démerde-toi. Je me suis bien démerdé avec ton amant, non ? Chacun son tour, mais fais attention à ce que tu fais et à comment tu le fais. C’est tout ce que j’ai à dire. » cracha-t-il en se penchant sur ses papiers. « Maintenant si tu me permets, j’ai du travail. »  Elle n’obtint rien de plus que des silences pour la soirée et les jours à venir.

Il savait pertinemment que pour éviter un retour fulgurant à la case départ, il aurait mieux valu avouer que la présence de Lizzie le dérangeait autant qu’elle. Côtoyer son erreur au quotidien et la croiser dans les couloirs ne le transportaient pas de joie. Au contraire. La situation lui tapait sur le système nerveux. Or, au lieu de s’asseoir avec sa compagne pour en discuter et, qui sait, trouver une solution ensemble, il s’était braqué, n’intégrant que son réquisitoire et se focalisant uniquement sur les sous-entendus. À aucun moment il n’envisage de ce qu’elle avait besoin et envie d’être rassurée. Il ne pensa qu’à lui et à son ego qu’elle blessa d’un coup de poignard. En reculant un peu, et s’il avait été moins fier et stupide, il aurait pu essayer de faire machine arrière, mais il était parvenu à se convaincre qu’il méritait des excuses pour cette déclaration de méfiance. Il en était persuadé au point d’adopter la position de l’usager faible. Il n’agissait pas par lâcheté, il refusait tout bonnement de se laisser envahir par sa culpabilité et de céder ses couilles à sa femme dans un paquet cadeau enrubanné. Elle lui montrait sur la tête. Il prit donc son mal en patience, s’abandonnant à sa nature de pyromane. Une poubelle, un conteneur, un bâtiment désaffecté, tout était bon pour assouvir sa passion et tenter d’éteindre l’incendie qui consumait ses entrailles. Il se comportait comme un con. Non seulement il propulsait son couple vers une nouvelle épreuve, mais il risquait de se retrouver dans le collimateur des pompiers et, par conséquent, des flics. Il passait à côté de son éducation, mais ça n’importait plus personne. Des années à se battre pour être un type bien et on le remerciait en le rabaissant plus bas que terre. Il était las de toute cette merde qu’il brassait, usant son énergie au passage. S’il disparaissait de la circulation, ça arrangerait tout le monde. Ô, bien sûr, il considéra la vengeance comme un remède miracle, mais envers qui ? Sa famille ? Sa femme ? Lizzie ? Son fils ? Elle balayerait son plancher fissa si elle le sentait en danger. Le hic, c’était qu’il nourrissait pour le gosse une forme d’affection malsaine depuis leur première rencontre. Diagnostiqué Aspenger, il s’était identifié à lui. Il souffrait de problèmes relationnels dus à une tare qui lui compliquerait l’existence jusqu’à ce qu’il pousse son dernier souffle. Il ne pouvait se résoudre à lui faire le moindre mal. Pis encore, tandis que l’école du gamin l’appelait à l’aide pour le récupérer après qu’il se soit retrouvé au centre d’une altercation avec une teigne plus castarde que la normale, il se précipita dans le bureau du directeur sans réfléchir au message que ça renverrait à son épouse.

Sa mère était injoignable. Son numéro était toujours renseigné parmi ceux à contacter en cas d’urgence. Que pouvait-il faire ? Ignorer le SOS ? Non ! C’était au-dessus de ses forces. Il ramassa le petit, l’emmena déguster une glace, le rassura et lui intima de raconter sa version des faits. Il le gratifia de quelques conseils de son cru pour avoir vécu des situations similaires alors que ses camarades de classe se moquaient de ses difficultés d’élocution. Quand il estima que Lizzie serait sans doute rentrée, il prit la direction du gratte-ciel qu’il partageait contre son gré, frappa à la porte, mais personne n’ouvrit. Un mauvais pressentiment l’habita aussitôt. Jezabel était-elle derrière tout ça ? L’avait-elle tuée ? Son corps baignait-il dans son sang après qu’elle lui ait tranché la jugulaire ? Elle en était capable. C’était tout le problème. Réceptif à la nervosité de Gabriele, le garçonnet fermement accroché à sa main se mit à paniquer et, n’écoutant que son grand cœur, le Sicilien l’invita à terminer l’après-midi chez lui, devant la télé, en mangeant de la pizza. Il en commanda trois. Une pour lui, une autre pour le gamin et la dernière pour son épouse qui avait déserté les lieux. Ce n’était pas plus mal. Elle était auprès de Cinzia. Avec un peu de chance, elle se pointerait assez tard pour ne pas tomber nez à nez avec le fils de celle qu’elle considérait comme sa principale rivale. Manque de bol, elle le trouva installé dans le divan, des friandises répandues autour de lui, lui qui ne la remarqua même pas, trop concentré sur un film d’animation. « Je peux t’expliquer, parce que je te garantis que ce n’est pas du tout ce que tu crois, mais pas ici, il en a trop bavé.» tenta-t-il les bras en l’air pour signifier qu’il n’avait rien à se reprocher. Il la poussa ensuite dans la chambre et ferma soigneusement la porte derrière eux. « Je sais que ça a l’air bizarre et je me doute de ce que tu ressens, mais je te promets que ce n’est pas une cabale. La présence du gosse n’a rien avoir avec la location de Lizzie à côté. Je ne suis pas à l’origine de ça. L’école m’a appelé. Il s’est battu. Il préférait qu’il rentre pour calmer le jeu. Je ne pouvais pas le laisser à la rue. Sa mère ne répond pas au téléphone. Elle n’est pas chez elle non plus. Tu n’as rien à voir là-dedans ? » Ce fut sans doute la question de trop, car la colère de son épouse lui explosa au visage. La grenade se dégoupilla dès qu’elle vit le môme, ce n’était qu’une histoire de temps avant que ça n’éclate.

Il ne s’était pas préparé à sa réaction par contre. Il croyait qu’elle hurlerait, qu’elle lui jetterait tous les bibelots qui décoraient la chambre à la figure. Elle était anormalement calme, presque sereine. Ça ne présageait rien de bon, si bien qu’une fois le gamin hors des pieds, il s’employa à ouvrir la conversation : « Si je m’endors, tu vas essayer de m’égorger dans mon sommeil ? Parce que je suis désolé d’avoir cru que tu lui avais fait du mal. Et je te jure, je te jure sur ce que j’ai de plus cher que je n’ai rien prémédité de tout ça. J’aurais dû te le dire plus tôt, je sais bien. » Il s’approcha pour la saisir par la main, qu’elle contemple sa sincérité à défaut de faire entendre le son de sa voix. Elle lui jeta plutôt un regard d’une telle froideur qu’il la lâcha aussitôt. « On pourra en discuter quand tu seras plus calme ? Ou jamais. C’est comme tu veux. On fera comme tu veux. Je vais la faire dégager. Je ne voulais pas lui faire cet honneur, mais si c’est ce que tu veux, je le ferai. Je ferai tout ce que tu voudras pour que tu me dises quelque chose, même si c’est des horreurs. Jez… je suis sérieux. » Il n’y gagna rien d’autre qu’une mauvaise surprise.

Il aurait pu se cloîtrer dans avec elle jusqu’à ce que la colère de la Salvadorienne se tasse, mais il avait des responsabilités, le genre qui, quelquefois, l’obligeait à rentrer tard. S’il avait pressenti qu’elle saccagerait l’appartement dans un moment de rage ? Oui ! Qu’elle rassemblerait tous ses cadeaux sur la table de la salle à manger ? Ce n’était pas étonnant. En revanche, elle n’était pas là et ça, c’était aussi inquiétant que déstabilisant. Les hommes occupés à sa sécurité ne l’avaient pas averti de ses déplacements. Il supposa qu’elle patientait sagement jusqu’à l’heure de son retour. Ils ne répondirent pas au téléphone. La penderie était vide. C’était comme si elle n’avait jamais vécu avec lui au cœur de Manhattan. Il chercha à la joindre évidemment. La tonalité ne lui parut jamais si angoissante que ce soir-là. D’emblée, il pesa à un kidnapping et, sans trop savoir où il partait, il s’engouffra dans le hall de l’immeuble où Lizzie l’attendait de pied ferme. « Ta femme est malade. Une grande malade. Elle tabassé Taylor sans raison. On a été forcé de l’emmener à l’hôpital. » Elle le baratinait. Il pouvait l’entendre gémir depuis le salon. « Écoute-moi bien, tu vas dégager d’ici vite fait bien fait ou je te dénonce aux services sociaux qui trouveront toutes les preuves nécessaires pour te retirer ton même. » « Tu n’oserais pas. » se défendit-elle pour recueillir un regard chargé de mépris et de défiance. Elle en recula de quelques pas, lui ouvrant la voie et il répéta ses menaces tandis qu’il réalisait que Jeze n’était pas en danger, elle le quittait. Persuadé qu’il la trouverait chez le couple Herrera, il brava la circulation pour rejoindre le Bronx, bien résolu à ramener sa femme, mais il se confronta à un mur de béton. « Elle n’est pas là. Elle est rentrée au Salvador par le premier avion. » persifla sa sœur avec un brin de satisfaction dans le fond de la voix. « C’était ce que tu voulais, non ? Tu es soulagé maintenant. Tu peux rentrer chez toi ou chez qui tu veux d’ailleurs. » Elle aussi, elle lui mentait. Bien sûr, c’était possible, mais son sac traînait toujours dans l’entrée. « Ne joue pas à ce jeu-là avec moi, Cinzia. Pas avec moi. Il faut que je lui parle. Laisse-moi rentrer s’il te plaît. » « Il en est hors de question, et tu peux te plaindre à Mani si ça te chante. Je ne te laisserai pas rentrer. Elle ne veut plus te parler. Pas tout de suite en tout cas. Bonne soirée. » Elle s’apprêtait à lui refermer la porte au nez, mais il la retint pour héler son épouse. « Je ne t’obligerai pas à rentrer si tu ne veux pas, mais laisse-moi au moins une chance de m’expliquer. » Il était désespéré, troublé par l’incompréhension. Celle-là, il ne l’avait pas vue venir.







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La malavita
Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Jezabel Gambino
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MessageVen 2 Déc - 23:23

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido


Ils ne se faisaient pas pleinement confiance, elle le comprit quand il insista lourdement sur le fait que Luciano l’utilisait forcément pour faire passer des messages à son cadet. Il ne doutait pas qu’elle ferait tout pour lui et son bien-être mais il n’était pas tout à fait certain de pouvoir lui offrir une confiance pleine et entière. Ca se justifiait pleinement. Ils étaient encore des inconnus par bien des aspects et leur mariage avait commencé en fanfare par une énorme brouille qui faillit ne jamais être réparée, ça rendait un peu plus frileux et beaucoup plus prudent. La réciproque était vraie, elle lui faisait confiance dans la mesure du possible mais il demeurait des doutes sur certaines choses, elle ne le connaissait pas assez et se demandait parfois s’il ne cherchait pas avant tout son propre confort avant celui de sa jeune épouse et elle avait de bonnes raisons de le penser, à défaut de vraiment y croire. Après des conversations pareilles, elle se demandait franchement s’ils parviendraient un jour au degré de complicité des couples mariés autour d’eux et ça lui faisait de la peine, pour la première fois depuis la mise en pratique du plan de leurs pères. On ne lui avait pas offert la possibilité de se laisser découvrir et de découvrir, avec douceur et mesure, au rythme qui lui aurait convenu. Tout s’était mis en place trop vite, elle avait dû prendre sur elle pour s’ouvrir à la vitesse de la lumière pour ne surtout pas que leur mariage soit un véritable échec et elle avait voulu se défaire de toutes ses entraves dans la foulée pour ne surtout nourrir de potentiels problèmes en son sein. Et tout le monde y était allé de son petit avis, de son petit conseil, si bien qu’elle perdit bien vite le fil. Mais ils étaient où, tous ces bons conseillers quand elle s’était retrouvée seule ? Elle les remplaça par une bouteille de vodka ou de téquila. Il n’y avait que Cinzia et Lyla pour se montrer réellement bienveillantes. Malheureusement, elles lui proposaient leur propre modèle qui leur allait à merveille mais qui ne convenait pas tout à fait à la situation qu’elle vivait, du moins pas complètement. Gaby n’était pas Lucky ou Mani, ils avaient leur propre degré de complication mais les deux amis étaient du même bois, il était facile de les corrompre avec du sexe et des larmes, Gabriele était d’une autre trempe. La chaleur de la Sicile coulait dans ses veines et contrastait avec la froideur de son attitude et la dureté des règles qu’il s’imposait la majorité du temps. Il était d’une rigidité presque cadavérique et ce n’était pas peu dire. S’il avait lâché du lest, il arrivait encore à Jez d’avoir l’impression de vivre avec un substitut de son père et on ne pouvait pas dire que l’idée l’enchantait vraiment. Il était gentil, profondément gentil mais terriblement vieux-jeu et il était compliqué de dialoguer avec lui, principalement parce qu’ils avaient beaucoup de peine à se comprendre.


Il lui parla avec passion de l’organisation de Cosa Nostra, de certains de ses rouages et elle nota son enthousiasme à l’idée de gérer les relations avec la Sicile et pourquoi pas de s’y établir. Elle sourit machinalement alors qu’elle voyait ses joues s’empourprer, son regard s’allumer et un faible sourire étirer ses lèvres. Il était plus beau que jamais et si elle n’avait pas fini par s’enticher de lui, des mois plus tôt, elle aurait pu tomber amoureuse à ce moment précis, oubliant son côté constipé pour ne se souvenir que de l’homme passionné qu’il pouvait être et qui s’animait lorsqu’il parlait de ce qu’il aimait. Elle aurait adoré qu’il parle d’elle comme ça, autrement qu’avec une pointe d’agacement dans le fond de la voix mais ça viendrait peut-être. Il avait un rêve et elle se promit de tout faire pour qu’au moins l’un d’eux puisse le réaliser. Elle était née du mauvais côté de la barrière mais elle croyait qu’avec les bonnes oreilles penchées à sa bouche, elle pourrait intervenir pour lui permettre de suggérer des propositions de rôles à jouer. S’ils hésitaient, bien qu’elle ne doutait pas qu’il puisse très bien s’en charger seul mais elle voulait faire quelque chose pour lui, elle aurait l’impression de réussir aussi s’il parvenait à obtenir ce qu’il désirait. Elle était prête à tout rien que pour voir cette expression coller à ses traits définitivement. Il lui affirma que tant qu’il n’aurait pas vraiment de place à New York, il n’aurait rien à lui proposer et elle se demanda où était le projet de la banque. A peine promue qu’elle était déjà évincée. Elle hocha la tête, signe qu’elle comprenait, ravalant son fiel pour ne surtout pas déclencher une dispute maintenant et tout gâcher. « Tu devrais me permettre de m’améliorer alors, prendre des cours d’anglais, m’apprendre le sicilien, m’apprendre à conduire. Plus je saurais faire de choses, Gaby, plus je te serai utile le moment venu ! Avant même de rendre service à l’organisation, c’est à toi que je veux rendre service. Tu comprends ? J’ai envie de t’aider à obtenir ce dont tu rêves, si je peux contribuer un petit peu, j’aurais l’impression d’accomplir quelque chose de bien ! Je ne veux pas qu’on soit deux à souffrir des délires de nos pères, je ne veux pas qu’on soit deux à avoir dû tirer un trait sur tous nos projets parce qu’ils l’ont décidé ! J’essaierai de rentrer dans les clous et de ne plus te faire honte. » promit—elle en fixant ses pieds, se disant que ce serait un travail de longue haleine parce qu’aucune de ces règles ne ressemblait à celles qu’elle appliqua pendant des années. Mais pour lui, elle pouvait tout brader, il avait un tel pouvoir entre ses paumes et il n’en mesurait même pas l’étendue. La confiance était une chose et les sentiments une autre. Bien sûr, ça finissait toujours par se rencontrer et s’entrechoquer, elle aurait aimé que ce ne soit pas à cause de la putain qu’il s’envoya et chez qui il s’installa.


Il n’y avait pas de mots assez forts pour décrire ce qu’elle ressentit en la trouvant là. Taylor était presque un détail alors que son cauchemar déambulait sous son nez et la narguait. Un simple geste de Gaby ne la rassurait pas, elle aurait eu besoin de plus. D’un truc dégoulinant d’amour et d’ostentation, un truc qui aurait définitivement mis les points sur les i. Elle aurait aimé qu’en voyant son malaise, il l’attrape par le bras et la dégage, il n’en fit rien et elle se sentit abandonnée. Son isolement avait pour seul but de l’apaiser et elle réalisa, à sa première invective que c’était un échec cuisant. « NON ! Elle n’est pas close ! Y a rien qu’on ne puisse pas faire avec sa femme, RIEN ! Si on s’aime, on peut tout se permettre ! Mais toi tu préfères aller satisfaire tes lubies avec une pute et baiser ta femme comme si t’avais soixante piges ! Et bien entendu, tu refuses d’en parler ! Moi, j’ai seulement l’impression que tu préfères être avec elle et que t’es là par obligation ! Tu veux que je te dise pourquoi je le sais ? Parce qu’elle emménage là au lieu de pourrir quelque part ! Parce que tu la gardes sous le coude, comme ça, au moment même où je déconnerais, tu auras ton excuse pour y retourner ! » Sa jalousie et sa rancune n’avaient aucune limite. Surtout pas quand il était question de lui et des affaires. Elle ne lui pardonnait pas d’être parti et encore moins de sous-entendre que des tas de choses étaient mieux avec elle, il lui avait dit plusieurs fois ouvertement et elle l’avait toujours en travers de la gorge. « Je pourrais comprendre si on en parlait, toi, c’est pas ce que tu fais ! Tu me repousses, pas clairement mais c’est ce que tu fais ! » Oh, elle pouvait comprendre bien des choses mais elle était beaucoup moins clémente lorsqu’elle avait l’impression d’être prise pour la reine des connes. « Je me contente d’analyser les choses et de tout mettre bout à bout ! » Alors pourquoi la demande en mariage ? Pourquoi tout ce cirque ? Pour se faire bien voir, pour continuer à maintenir l’illusion du mari parfait. « Quel rapport avec ça, putain ?! Bien sûr que je t’en veux ! Principalement quand je me rends compte qu’elle est toujours en vie, prête à me reprendre ce qui m’appartient et que tu ne fais rien ! » Sa voix tressaillit et elle se sentit au bord des larmes, sujet sensible. Elle serra les dents, son menton se mit à trembler mais elle tint bon, ne rêvant que d’un bon verre. « MON AMANT ? T’es malade ! De nous deux, y en a qu’un qui n’a pas été capable de garder sa braguette fermée et c’est pas moi ! Parce que moi, contrairement à toi, je n’ai envie de coucher qu’avec toi ! Quant à ce gros porc, JE me suis démerdé avec tout pour nettoyer ta merde mais ne me provoque pas, Gaby, ou je vais t’apporter sa tête sur ton bureau ! TU t’occupes de nettoyer TA merde ! TU règles ça, TOUT SEUL, parce que t’es allé la baiser TOUT SEUL, COMME UN GRAND ! » Du travail ? Elle se saisit de sa lampe qu’elle fracassa sur le bureau et balaya tout ce qui se trouvait dessus avant de lancer les chaises et de donner des coups de pied dans le bureau. « Voilà, t’as plus qu’à aller la baiser maintenant que t’as une bonne raison de le faire ! CADEAU ! » Tremblante, elle s’enferma dans la salle de bain, prenant une douche glacée pour se calmer et couvrir le son de ses sanglots. C’était le début de la fin.


Si elle ne déserta pas leur lit, c’était parce qu’elle avait l’espoir qu’il aurait un regain de conscience, un éclair de lucidité. Qu’il passerait son bras autour d’elle pour la serrer contre lui en lui assurant qu’elle était la seule à compter, la seule. C’était pitoyable et d’un niais à crever mais elle en avait besoin. A l’extrême opposé du lit, dos à lui, elle attendit toute la nuit, les yeux grands ouverts mais rien ne vint alors qu’elle savait qu’il ne dormait pas. Alors, au beau milieu de la nuit, elle préféra tenter de reprendre ses tentatives pour réussir un soufflé au fromage plutôt que de rester à attendre ce qui n’arriverait jamais et qui lui déchirait le cœur. Faire passer l’envie d’alcool était essentiel ou bien elle sombrerait. Son équilibre tenait à peu de choses mais n’avait-elle pas, peu de choses ? S’enfermant dans sa coquille, elle ralluma sa console, refit le plein de séries et se mit à veiller la plupart du temps, dormant en journée quelques heures avant de reprendre ses activités. Elle se rendait chez ses amies en feignant le bonheur et l’équilibre, ne prononçant pas le moindre mot concernant la situation, elle avait encore besoin de temps pour prendre une décision mais chaque jour de plus était un pas de plus vers la sortie, il l’y poussait à deux mains. Elle eut un peu d’espoir quand il se radoucit et s’installa près d’elle pour prendre une manette et jouer avec elle, quand il rentra avec son plat préféré du restaurant, du moins le dernier en date, pour manger avec elle. Peut-être que s’ils avaient réglé ça sur l’oreiller, elle aurait moins vu la présence du gosse comme un coup de coude dans l’estomac. Elle le fixa, là, s’arrêtant net, après une bonne journée, il venait de tout gâcher. Immobile, un froid terrible l’envahit alors que son cœur se détachait pour tomber dans les tréfonds de son âme en se brisant dans une explosion fracassante. Elle avait fini par s’imaginer qu’elle exagérait, qu’elle avait rêvé tout ça et qu’il était trop maladroit pour s’exprimer correctement mais le gamin était là, il le traitait comme si c’était le sien et ça la rendait malade. Il la poussa vers la chambre et elle lui jeta un regard dénué de la moindre émotion, elle avait trop mal pour être autre chose qu’abasourdie. Quand il osa lui demander si elle ne s’était pas occupée de sa bien-aimée, un brasier s’alluma en elle et dansa dans ses prunelles. « Non, je ne l’ai pas tuée ! Je vais courir ! » Elle savait désormais qu’elle allait le quitter, il ne l’aimait pas et même si c’était dur à encaisser, elle aurait pu l’accepter sans Lizzie et le gosse dans l’équation ainsi que ce remariage. Elle était la conne de l’histoire. Elle passa les heures suivantes, enfermée dans la salle de sport, à se dépenser et à pleurer toutes les larmes de son corps. Elle se fustigeait intérieurement pour s’obliger à se blinder. Elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même. Il la faucha quand elle sortit de la douche, heureusement, elle n’entendit pas la voix de la grognasse ou elle l’aurait tuée sur place. Ce qu’il avait de plus cher ? Ce n’était pas elle ! Lui dire plus tôt ? Il aurait dû lui passer un coup de fil après l’appel de l’école, lui qui adorait régir la vie de sa femme. Elle le regarda sans prononcer le moindre mot et le fit lâcher sa main alors qu’il tentait, en vain de l’amadouer. Il avait eu sa chance, il ne l’avait pas saisie, tant pis pour eux. Elle ne chercherait plus à le ramener, il ne rêvait que d’être ailleurs. Il lui promit monts et merveilles et tout ce qui clignotait dans sa tête, c’était « trop tard », « pas les bons mots », « pas les bons arguments ». Elle récupéra son oreiller et une couverture et s’installa dans le canapé, planifiant la manière dont ça se passerait, à la virgule près.


Il resta quelques jours près d’elle dans le silence le plus total, uniquement troublé par la console ou la télé et quand il fut appelé ailleurs, elle sauta sur l’occasion, sentant sa rage se balancer en son sein. Elle rassembla son peu d’affaires dans un sac, le cadeau de Lucky et elle fit le tri dans sa boîte à souvenirs. Dedans ? Il y avait tous les bouquets de fleurs qu’il lui offrit, séchés, des petits mots, des babioles, des tickets de cinéma, d’avion… Elle disposa tout sur la table de la salle, se répétant que c’était terminé, bel et bien terminé. Lorsque sa boîte fut vide, elle abandonna sa bague de fiançailles offerte en Sicile, son alliance et l’autre bague. Elle n’en aurait plus besoin, elle comptait rentrer au Salvador et disparaître complètement, ce ne serait pas bien difficile. « Justement, c’était toi que je cherchais, si on allait boire un verre pour discuter un peu, Jez ? » Taylor la surprit alors qu’elle fermait la porte à clés et elle ne lui répondit que par une avalanche de violence. Elle l’aurait sans doute terminée si la blondasse n’était pas intervenue et qu’elle ne s’était pas sentie à deux doigts de laisser un charnier derrière elle. Une fois dehors, elle refila son téléphone à un clodo et en acheta un de substitution dès qu’elle se fut débarrassée de sa garde. Elle attendit d’être dans le taxi pour faire ses adieux à la seule personne qui la pleurerait, avec son frère. Grave erreur, ou peut-être qu’au fond, elle avait besoin que quelqu’un lui redonne un peu d’espoir. La gamine expliqua tout à sa belle-sœur, pleurant à chaudes larmes avant, un peu pendant et se sentant vidée après. Elle resta là, assise dans le canapé, morte de fatigue et n’ayant plus la moindre force. Elle s’était battue pour eux, elle avait pris sur elle, fait d’énormes concessions, tout ça pour quoi ? Elle se sentait flouée et abandonnée, mal aimée aussi. Entendre sa voix sur le seuil de la maison de son frère ne réveilla rien en elle hormis de la colère. Il ne l’obligerait pas à rentrer ? Il commençait par là ? Vraiment ? Comme s’il s’en fichait, au lieu de lui dire qu’il l’aimait, qu’il était prêt à tout pour elle. Elle ricana de désespoir et se dit que c’était pourtant prévisible, à quoi elle s’attendait ? Cinzia faisait barrage de son corps et le remettait à sa place efficacement mais il finit par rentrer et ce fut pour elle le feu vert, elle agrippa son sac et gravit les marches, Cinzia sur les talons, pour ne pas avoir à lui faire face. Elles s’enfermèrent dans la chambre de Mani et Cinzia et sans l’intervention du maître des lieux, elle n’en serait jamais sortie. Elle ne lui accorda pas le moindre regard et passa dans la chambre d’amis pour s’installer, il ouvrit la porte derrière elle, se fichant bien de savoir si elle avait envie ou pas de l’entendre. « Te fatigue pas, je m’en fous ! Je ne me battrais plus toute seule ! » Ce fut les seuls mots qu’il parvint à lui soutirer et elle ne posa jamais le regard sur lui. Il finit par quitter la pièce et elle repartit pour des larmes et une envie irrépressible d’alcool.


Las, Mani et Cinzia finirent par se mêler des négociations et ce qui en résulta fut pire que tout. Non seulement il n’était là que pour son propre intérêt et son image mais en plus, il ne proposait que le divorce comme solution. Ce fut dévastateur et elle se leva, quittant les négociations après une énième provocation, pour aller pleurer tout ce qu’elle avait en stock. Cinzia vint la consoler, comme à chaque fois et elle lui répéta son envie de retourner chez elle, ce fut sans doute ce qui donna des idées à la plus âgée des deux. Le plan était machiavélique mais permettrait d’être fixé pour de bon. Jez avait toujours son billet pour le Salvador, billet dont la date était possible à modifier en un coup de fil. Il serait question de faire croire qu’elle partait pour de bon. Elles rédigèrent ensemble trois lettres, une pour Cinzia et Mani, une pour Amelia et une pour Gaby et elle se mit en route pour l’aéroport, répétant à Cinzia qu’il ne viendrait pas. Pour quoi faire ? Il voulait divorcer, passer à autre chose et vivre la vie dont il avait toujours rêvé, sans elle. Temps et énergie de perdus mais le seul avantage qu’elle voyait, c’était qu’une fois qu’elle serait dans l’avion et qu’il ne se montrerait pas, elle pourrait rentrer chez elle pour ne jamais revenir. Oui, elle mettrait tout ça derrière elle et trouverait un plan de remplacement et si jamais, elle mourrait en assumant ses choix. Elle eut le temps de faire enregistrer ses bagages, de passer les contrôles et de rappeler Cinzia pour lui dire où elle en était, elle s’acheta de quoi boire et finit par passer à l’enregistrement, constatant qu’il n’était nulle part et qu’elle avait raison depuis le début. Non, elle ne pleurerait plus, il en était hors de question. Elle s’installa à sa place, appelant Cinzia en lui disant qu’il n’était pas là et qu’il ne viendrait plus mais qu’elle la contacterait une fois à San Salvador. Elle n’ajouta pas que ce serait la dernière fois qu’elle aurait de ses nouvelles. De grosses larmes roulèrent sur ses joues alors qu’elle se disait qu’elle devait une fois encore chambouler toute sa vie, tout ça pour quoi ? « Monsieur, quelle est votre numéro de place ? Monsieur ! Montrez-moi votre billet ou je devrais appeler la sécurité ! Bien… Vous n’êtes pas du tout de ce côté de l’appareil et … » Encore un casse-couilles qui faisait des histoires. Elle sortit son casque et le posa sur ses oreilles alors qu’une négociation se tenait près d’elle pour que Gaby puisse avoir la place du vieux monsieur installé près de sa femme. Elle avait le regard braqué sur la piste, essayant de le distinguer, comme s’il apparaîtrait comme par magie, comme s’il existait la possibilité d’un revirement de situation. Une main passa sous la sienne pour entrecroiser des doigts aux siens et elle tourna vivement la tête, prête à faire un scandale et il se tenait là, souriant et penaud. « Je vais rentrer, Gaby, c’est trop tard maintenant, si tu veux divorcer, je signerais tout ce que tu veux. » lui assura-t-elle en essuyant ses joues, elle avait l’air épuisé. Pourtant, au fond d’elle, le petit espoir grossissait, petit à petit alors qu’il n’avait pas l’air ici pour lui faire la guerre ou bien pour jouer les mâles alpha qui la ramènerait par les cheveux. « T’es pas là pour ça ? » demanda-t-elle enfin d’une voix cassée. « T’es venu me chercher ? Tu ne veux pas que je parte ? T’es vraiment venu me chercher ? » Les larmes lui montèrent aux yeux, elle ne faisait que ça, une vraie machine à chialer, il fallait bien compenser toutes celles qu’elle n’avait jamais pleurées.


 





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MessageDim 11 Déc - 22:36

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne


Apprendre l’anglais, le Sicilien ou à conduire, c’était peu de choses finalement. Toutes les jeunes femmes de son âge étaient en droit d’attendre d’être plus indépendantes et c’était bien le problème. Gaby n’était pas convaincu que rester cohérent entre son discours durant les fiançailles lui servirait. Il avait mis tout ça en place une fois à New York et qu’avait-il gagné ? Elle arpentait les rues de cette ville hostile après avoir semé sa garde, se liait d’amitié avec des lesbiennes malintentionnées, courait dans les pantalons de son frère pour l’appeler à l’aide… Il ne récolta que des humiliations qui le poussaient à la lâcheté, de peur de commettre un acte irréparable pour la recadrer. Il n'avait pas envie de la battre. Il ne se le pardonnerait pas. Il s’en voulait encore de s’être abandonné à la fidélité et tenir pour excuse qu’elle l’y entraîna, ce n’était qu’un leurre qu’il revendiquait, mais auxquels il ne croyait pas vraiment. Lizzie ne lui manquait pas. N’importe quelle fille aurait fait l’affaire tant qu’on l'adorait, qu’on le cajolait, qu’on l’entourait de douceur et qu’on se concentrait sur lui. C’était tout ce dont il avait besoin, être rassuré comme un gosse une fois la punition levée. Bien sûr, ça allait à l’encontre de ce qu’il était et avait toujours été. À Chicago, il se sentait en sécurité. Il était sûr de lui, de ses compétences, du respect qu’il soulevait sur son passage. Il était quelqu’un, tout simplement. Pas à New York. Là-bas, il n’était personne. Nul ne lui témoignait la moindre confiance, pas même son épouse finalement. Elle le démontra en lui sautant à la gorge à cause de cette amante installée dans l’appartement voisin au leur. Comment s’il en pouvait quelque chose ? Comme s’il avait invité cette pétasse à emménager avec la gonzesse qui faisait du gringue à sa femme et qu’il se retenait de ne pas égorger pour ne pas s’attirer les foudres de son père ? Il ne lui avait pas fait un scandale. Il aurait pu, mais il s’était abstenu, soucieux de faire de table rase du passé. C’était tout l’intérêt de cette officielle demande en mariage, oublier, recommencer à zéro, ne pas s’encombrer de bêtises qui abîmeraient ce qu’ils étaient en train de construire. De son point de vue, c’était louable. Jamais il n’aurait pu imaginer qu’elle était blessée au point de lui balancer des horreurs au visage. Elle brida toute envie de se justifier ou de l’apaiser par rapport à ses craintes. Était-ce par ailleurs vraiment nécessaire ? À l’heure des retrouvailles, ne lui avait-il pas expliqué de long en large tout ce que la fille de Chicago ne comptait pas pour lui ? L’écoutait-elle finalement ? Il lui parlait de Cosa Nostra, de l’importance de se faire une place avant d’en creuser une pour elle ? Que répondait-elle ? Qu’elle était pressée, oui, mais pas qu’elle serait patiente ou qu’elle avait confiance en lui. Elle pensait certainement que le geste prévalait sur les mots, mais s’ils existaient, il convenait d’en user à bon escient et non pour cracher du venin. Il trouvait sa colère injuste et il déplorait qu’elle s’en serve pour l’accabler d’accusations insultantes.

Il ne vivait pas comme un homme de soixante piges. Avait-il l’air de se la couler douce ou de préparer sa retraite ? Il était exposé, plus que la norme par rapport à ses frères. Ces faits et gestes étaient examinés à la loupe. Il se démenait donc pour ne commettre aucun impair ! Il n’avait pas non plus envie de s’enrouler dans d’autres draps que les siens, des draps par ailleurs souillés par la sueur de porcs libidineux. Il avait seulement de l’affection pour ce gosse. Était-ce un crime que de lui éviter l’épreuve des foyers d’accueil parce qu’il aurait assassiné sa mère ? En s'unissant à Jez, avait-il signé pour devenir un monstre d’égoïsme essentiellement axé sur elle ? Qu’il s’agisse de Lucky, de Mani ou de Andy, leurs femmes étaient reines, mais pas dénuées d’ingratitude pour autant. Leur dévotion pardonnait-elle tout ? Le sexe était-il leur passe-droit pour tout obtenir ? Il n’était contre les tentatives de son épouse à lui ouvrir l’esprit que pour deux raisons : le respect et le refus net et ferme d’être ce pantin qui danse comme elle chante pour une gâterie en contrepartie. Il ne la repoussait pas, il se préservait de sa faiblesse face à un futur caprice, mais ce n’était pas aussi facile qu’elle voulait bien le croire. Au contraire. La Salvadorienne était désirable de timidité sur fond d’audace. Elle était belle à en crever, belle à en avoir mal. S’il s’écoutait, il la culbuterait sans douceur parfois, juste pour s’enorgueillir d’être le seul, l’unique, le gars devant lequel elle courbe l’échine parce qu’elle est sienne et, qui plus est, consentante. Il n’est aucun mérite à tirer une pute. On en tire davantage à conquérir sa femme, tous les jours que Dieu fait, mais pas si elle s’y sentait contrainte à cause des idées farfelues qui sa jumelle lui entrait dans le crâne. Il avait été ravi de pouvoir lui confier sa façon de penser grâce à Manuel. Il n’était pas certain qu’il avait su préserver l'éclat de leur complicité, mais il avait vidé son sac, ce qu’il ne s’autorisait pas avec Jezabel. Pour que faire ? Ils ne se comprenaient pas. Ils essayaient, mais leur querelle se teintait toujours d’une pointe d’arrogance et de rancœur par rapport à leur histoire et Gaby était las, las de se défendre, las, avant même de s’être vraiment battu finalement.

Était-ce qu’il lui manquait ? Une grosse claque qui l’obligerait à se réveiller ? Était-ce cette dispute à laquelle il tenta de couper court, mais non sans chercher à la blesser autant qu’il ne l’était lui-même ? Stupide. Il était à l’origine d’assez de souffrance pour toute une année, mais… « Non, tu te contentes de t’inventer des histoires dont tu m’accuses sans me donner la possibilité de m’expliquer. » Car pour obtenir ce genre d’exploit de sa part, le caresser dans le sens du poil était primordial. « Non ! Tu m’as dit d’aller la baiser et je me suis installé quand je me suis rendu compte que ça t’arrangeait bien. Tu as provoqué tout ça et si je garde Lizzie sous le coude, qu’est-ce que tu fais de Taylor ? » Cette surenchère de bassesses ne leur apporterait rien. Au mieux, elle soulagerait le cœur et l’honneur. Au pire, elle les distancerait. Pour s’en rendre compte, il aurait néanmoins fallu que Gaby et sa superbe insolente s’emploient à une sérieuse remise en question. Peut-être aurait-il pris le taureau par les cornes pour chasser l’intruse à coup de pied hors de chez lui, de son immeuble, de son cocon fragile. Sans cette impression qu’elle le tiendrait par les couilles, il exécuterait les ordres de Jez qui remportait les suffrages de sa raison. Il aurait agi différemment et sans hésitation. Au lieu de ça, il se mura dans le silence, son meilleur ennemi, offusquant la femme qu’il chérissait plus que ce même qu’il lui colla sans préavis dans les pattes. Au moins était-il conscient qu’il la détruisait à petits feux cette fois. Il s’en noya dans des justifications qui ne soulevèrent rien en elle.

Depuis, la possibilité qu’elle ne lui fût pas acquise du fait de ce mariage arrangé se mua lentement en certitudes et sa sœur lui manqua terriblement. A se comporter comme le roi des cons, il la força à le fuir, à lui opposer de la froideur et de l’indifférence. Qu’est-ce que des excuses quand elles viennent du fond du cœur ? La réponse à cette question lui échappait complètement. Il n’était pas programmé pour ça, pour en prononcer de façon intempestive. Il en avait déjà formulé. Il essaya même de raccrocher les wagons à la locomotive de leur relation qui roulait vite, mais dans la mauvaise direction, il n’obtint rien d’autre que du mépris. Le mieux, c’était d’attendre, de réfléchir et de ne jamais la quitter. Un sale pressentiment l'épousait. S’il n’y avait pas été contraint par ses obligations, il serait resté enfermé dans l’appartement, car tant qu’il était là, il avait l’impression de garder un certain contrôle sur la situation. De fait, à son retour, il n’y avait plus trace de leur vie à deux. L’amoncellement de cadeaux sur la table lui renvoya en plein visage une réalité dérangeante : leur mariage tenait à ça, toutes ces babioles et à trois bagues dont elle ne voulait décidément plus. Son cœur cessa de battre, craignant d’abord le pire, pour ensuite envisager cette vérité qui le rattrapa trop vite. Elle était partie et n’avait strictement aucune envie de revenir. C’était ça, le plus ennuyeux. La retrouver, c’était une promenade de santé. Passer la muraille « Cinzia » pour atteindre le donjon de sa dulcinée, c’était une tout autre paire de manches. Il saisit toute sa maladresse au soupir de sa jumelle. Ne pas la forcer à rentrer, c’était lui avouer que cette situation lui plaisait ou que son retour n’était intéressant que pour sa réputation. Ce n’était pas vrai. Il avait besoin de Jezabel. Elle l’aidait à se construire. Elle connaissait son secret le mieux gardé. Il en était également amoureux sans trop savoir comment ça avait bien pu arriver. Ça accentuait son sentiment d’insécurité. Il n’était pas préparé à ça, à trembler de peur à l’idée que son épouse puisse le quitter. « Cinzia, il faut que tu m’aides. J’ai besoin de toi. » lança-t-il à sa sœur qu’il croisa dans l’escalier un rien trop tôt à son goût. Elle s’était disputé avec Manuel, par sa faute, exactement le genre d’emmerdes qu’il n’avait pas envie de provoquer chez les autres. Il avait bien assez à faire avec sa culpabilité envers sa conjointe pour s’en rajouter sur les épaules et ce qui n’était qu’un doute se confirma à sa réaction et la nervosité qui émanait de Manuel. « Je ne voulais pas que vous créez des emmerdes. » Il sortit une bouteille de Tequila. La nuit serait longue pour chacun d’eux et lui, qui ne buvait pourtant jamais, s’enfila deux bons verres, priant pour que l’alcool lui inspire une solution. Cet aparté avec Mani lui permit d’y voir un peu plus clair. Si se mettre à genoux était la clé, il le ferait pourvu qu’elle ne demande pas le divorce. C’était à l’antipode de ces désirs, mais après cette médiation qui découla sur plus de reproches que de clémence, il lui proposa naturellement pour la libérer de lui et de sa déception. Il s’en arracha un bout du cœur, mais si elle souhaitait s’en retourner dans son pays natal, il n’était plus personne pour la retenir et il n’était pas question qu’il l'y contraigne par la violence.

Il s’enferma au restaurant, réfléchit longuement et implora à nouveau sa jumelle de lui venir en aide alors que le message de sa belle-sœur était évident : elle prenait l’avion le jour même. Elle lui avait bien laissé une lettre, qu’elle serait disposée à lui faire parvenir d’urgence s’il avait besoin du contenu pour se décider à agir. Non ! Il n’était pas sot à ce point. Il n’était pas non plus aussi égotiste que sa jeune épouse semblait le penser. Il remercia la Maruzella chaleureusement, glissant quelques excuses qui lui coupèrent le sifflet. Aurait-il eu le temps de s’attarder qu’il l’aurait ajouté qu’il l’aimait, qu’il s’était inquiété pour elle, qu’il avait craint de la perdre durant son coma, que ce n’était pas une légende, mais la stricte vérité. Il en rediscuterait à la première occasion. Pour l’instant, il n’avait qu’une obsession : convaincre Jezabel de ne surtout pas le fuir. Sa patience s’usa dans le trafic de New York. Les minutes s’égrainaient à une vitesse folle. Il crut qu’il n’arriverait jamais, mais il ne renonça pas. Il acheta un billet à la hâte, raconta son histoire en y parsemant de quoi attendrir les femmes qui le laissèrent prendre leur place dans la file d’attente jusqu’au point de contrôle. Il en grappilla quelques-unes grâce à cette méthode. Ensuite, il slaloma entre les touristes et les hommes d’affaires et se débattit avec l’hôtesse de l’air pour qu’elle lui autorise une incursion en classe économique, le seul ticket restant étant de première classe. Tout était question de charme finalement. Il s’en sortait bien habituellement. Pourquoi était-ce si compliqué avec cette jeune fille qui ne remarqua ni sa présence ni son remue-ménage pour avoir le privilège de lui saisir la main et s’entendre dire que c’était trop tard à présent, trop tard pour revenir en arrière, trop tard pour eux, trop tard pour la supplier. Un jour ou deux auparavant, il se serait laissé éconduire sans livrer bataille, mais pas maintenant. Fort des sages conseils de Manuel – qui réussissait plutôt bien son mariage – il hocha négativement de la tête, persuadé que les larmes de sa bien-aimée ne recelaient pas seulement du dépit, mais de l’espoir.

Il s’y accrocha de toutes ses forces pour museler sa vanité et il rama. « Je ne veux pas divorcer, je veux qu’on rentre à la maison, tous les deux. Je veux que tu m’aimes tellement fort que tu auras plus confiance en moi qu’en toi et c’est la seule chose égoïste à laquelle je pense et que j’essaie d’obtenir de toi. Je suis maladroit, parce que je n’ai jamais voulu quelque chose à ce point là et que, du coup, je ne sais pas comment m’y prendre. Mais, si tu rentres avec moi, je te promets que je me poserai et que je discuterai avec toi aussi longtemps que tu le voudras. » Il hésita, estima qu’il passait à côté du fond de sa pensée et l’exprima à nouveau, plus clairement cette fois. « Non, ce n’est pas ça. » se reprit-il alors. « Ce que je veux dire, c’est que je l’écouterai, je ne ferai pas seulement semblant, pas que c’est que je fais, mais je ne comprends pas toujours l’urgence de ce dont tu as besoin pour être heureuse. Les cours d’anglais, la voiture, un job, je ne mets pas des freins à tout ça parce que j’ai peur que tu me fasses honte, mais parce que j’ai peu de tout donner et que tu me fasses du mal. Je te l’avais déjà dit, non ? Peut-être pas comme ça, je ne sais pas. » Il réfléchit à nouveau et porta sa main à ses lèvres pour l’embrasser.

« Quant à Lizzie, j’aurais dû tout t’expliquer. Je l’ai pas fait parce que…je ne sais pas, je n’ai pas jugé ça utile. Je me suis dit que moins tu en saurais, mieux ce serait pour nous, mais c’était une erreur. Je l’ai rencontré à Chicago il y a quoi ? Cinq ans ? On me l’a présentée pour être plus exacte, parce que j’avais besoin d’une pute pour faire baver un type coriace que je ne pouvais pas attaquer de front. Je lui ai plus, je ne sais pas trop pour quoi, et on a entretenu une relation non suivie elle et moi. Un truc super libre parce qu’on y trouvait avantage tous les deux. Rien de sérieux. Rien qui aurait pu laisser présager qu’elle s’imagine que ça l’était pour qu’elle nous suive jusqu’à chez nous, parce que je te jure que je ne l’ai pas invitée. Je ne la garde pas sous le coude. Je lui ai dit qu’on ne se reverrait plus et elle avait l’air bien le prendre. J’ai été aussi surpris que toi qu’elle se pointe. Pour moi, ça a toujours été clair. Je n’ai jamais été amoureux d’elle et je lui ai déjà dit cent fois au moins. Je me sers d’elle, rien de plus. Elle le savait très bien… il n’a même jamais été question qu’elle s’installe à New York. Je ne sais pas ce qu’elle cherche et si je ne l’ai pas fait disparaître, c’est à cause de son gamin. Il est malade. Il a besoin de soin perpétuellement. J’ai grandi sans ma famille, je ne veux pas qu’il lui arrive la même chose en pire, parce que si elle disparaît, il n’aura plus personne. Ça ne veut pas dire que c’est moi le père de ce môme. Son père est un sale type qui la cognait quand il était en manque. Ça a contribué à ce que j’essaie de la sortir de la merde, mais au point d’en tomber amoureux. » Il oubliait quelque chose de primordial. Il en avait la certitude, mais il n’arrivait pas à mettre le doigt sur l’information capitale qui achèverait de la rassurer. Son discours était tellement décousu.

Il ne s’en souvint qu’au moment où il l’implora de lui pardonner tout le mal qu’il lui avait fait. « C’est, je me servais d’elle, Jez, et je ne veux pas me servir de toi. Je ne veux pas te faire faire des trucs que tu pourras regretter ou que tu t’es sentie obligée de faire parce que tu as vu ou entendu des trucs. Je ne veux pas que tu le fasses parce que tu es persuadé que si tu ne le fais pas, je vais aller voir ailleurs. Je ne le ferai pas. Plus jamais, parce que j’ai honte de moi, tu sais. Tu n’as pas idée comme c’est difficile pour moi de me regarder dans un miroir après t’avoir fait un truc pareil ? Il n’y a pas un seul de mes cheveux qui te pensent responsable de tout ça. J’ai merdé et j’ai du mal à l’assumer. Je me déteste quand j’y pense, je me sens ignoble de t’avoir fait endurer un truc pareil. Je ne le dis pas, parce que… parce que j’ai peur que tu ne me pardonnes jamais. J’ai peur que tu m’en veuilles toujours et pour toujours surtout, et que tu finisses par te venger, parce que c’est ce que j’aurais fait. Je me serais vengé à ta place. Alors, quand tu me fais des scènes comme dans mon bureau, l’autre jour, tout ce que j’entends, c’est tout le mépris que j’ai pour moi et toute la colère que tu continues à ressentir à mon égard. J’entends que, quoi que je fasse, tu n’auras jamais confiance en moi et il faut que tu aies confiance en moi. C’est vital, par pour les autres, mais pour moi. Parce que si toi, tu te méfies de moi, ça veut dire que je ne suis rien. » Et qu’il n’a donc rien à attendre de son père, car si la femme qui l’aime et qu’il aime ne peut reconnaître ses qualités, c’est qu’ils les fantasment plus qu’elles n’existent réellement.

« Enfin, tout ce que j’essaie de te dire, c’est que je t’aime, Jezabel. Que je veux que tu deviennes vraiment ma femme, pas pour m’aider à me pardonner, mais parce que je voudrais vraiment, mais vraiment, qu’on puisse effacer l’ardoise et tout recommencer... Les cours d’anglais, la voiture, le travail, notre vie sexuelle, tout. Vraiment tout. Alors ? Est-ce que tu acceptes de rentrer avec moi ? » S’il s’écoutait, il aurait clôturé toute cette discussion par un baiser fougueux à en faire pâlir l’hôtesse qui approchait. « Parce que j’ai ta bague dans la poche, que j’ai l’impression que je suis en train d’étouffer et que je suis persuadée que je me sentirai mieux que si tu la portes. » Son regard cadenassé aux siens, il maudit l’intruse qui l’interrompit au moment capital : celui de la réponse. Il fût d’autant plus contrarié qu’il fut forcé de lâcher ses prunelles à cause d’une mauvaise nouvelle. « Vous devez rejoindre votre siège. On va décoller. » « Non, non, on ne va nulle part. Il faut qu’on descende. Pas vrai ? On descend, n’est-ce pas ? » La jeune femme en uniforme opina négativement du chef. « Vous pouvez rester là, on va surclasser celui dont vous avez pris la place si vous le souhaitez, mais on va décoller. Veuillez attacher vos ceintures s’il vous plaît. » Il n’eut pas le temps de répliquer qu’elle continua sa ronde pour vérifier que tout le monde obéissait bien à son invective. « Ce n’est pas exactement ce que j’avais prévu… Remarque, coincé pour coincé, on peut en profiter pour reprendre la discussion où elle en était. On peut aussi passer une nuit sur place et rentrer par le premier vol. Tu veux rentrer avec moi par le premier vol ? » Ce qui l’arrangeait, il avait prévu d’arriver plus tôt, il n’avait même pas un caleçon de rechange.


***

Il n’y avait plus de vol avant le surlendemain. Aussi, furent-ils forcés de s’arrêter dans un hôtel à bord de l’aéroport. Pas l temps pour profiter du soleil. Il ne jouissait que d’une journée que Gaby comptait bien mettre à profit aplanir tous les sujets de discorde. Il réserva une chambre pour deux, avec grand lit. Il n’avait aucune envie de la laisser respirer. Il allait l’inonder de sa présence et de sa chaleur afin qu’elle ne réfléchisse pas trop. De la même manière, il estimait nécessaire de ne plus l’enfermer et de lui permettre de faire quelque chose de son quotidien, quelque chose de bien, d’utile, qui lui plairait. Il avait essayé de la garder au plus près de lui, mais ça n’avait pas fonctionné. Il les avait plutôt propulsés vers les complications. Comme il mourrait de faim, il lui proposera de s’arrêter dans la ville la plus proche pour manger un morceau dans un petit restaurant qui, en plein milieu de semaine, ne serait pas bondé et n'exigerait pas d’avoir été annoncé. Elle accepta de le suivre et, arrivés sur place, à peine furent-ils installés et les plats commandés, il se lança dans un nouveau monologue qui userait ces dernières forces. « J’ai beaucoup réfléchi après notre discussion avec Mani et Cinzia et je me dis que tu as raison, que tu dois t’occuper. Alors, j’ai réfléchi et je me suis dit que peut-être, si ça t’intéresse, on pourrait peut-être gérer le restaurant tous les deux. Enfin, surtout toi. Moi, ça me libérerait du temps pour bosser sur autre chose et me faire une lace un peu plus vite pour te proposer quelque chose qui t’irait mieux. Ça te tenterait ? Je te montrerai tout ce qu’il y a à savoir et tout le monde parle italien, le personnel et les fournisseurs, tu n’aurais pas de problème avec la langue. D’ailleurs, est-ce que tu préfères prendre des cours d’anglais dans une école ou par le biais d’un professeur particulier, comme avec Quinn ? » En son for intérieur, il préférait la deuxième option. Au contraire, sa jalousie n’y survivrait pas. Dieu seul sait combien de beaux mâles seraient susceptible de lui plaire dans un groupe classe. Il avait pris des résolutions cependant et veillerait à s’y tenir. « Il y a aussi la question de la conduite et de Lizzie. Je ne veux pas faire de peine au gamin, mais tu es plus importante que lui, alors on fera comme tu voudras. Et puis, pour la question du sexe, je… » Il hésita au meilleur moyen d’aborder la question dans le brusquer et se dit que l’entamer sur une interrogation ne serait peut-être pas une mauvaise idée. « Je n’ai pas soixante ans et je ne vis pas comme un gars qui a soixante ans, mais… j’ai peur que tu ne fasses pas la différence entre ce que tu penses devoir faire et ce que tu as vraiment envie de faire. Alors, qu’est-ce que tu attends de moi exactement ? »






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Jezabel Gambino
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MessageJeu 15 Déc - 19:21

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido


S’inventer des histoires ? Sans lui laisser la possibilité de répliquer ? Elle n’attendait qu’une chose, qu’il la détrompe en y mettant les formes et un peu de conviction, au lieu de ça, il faisait sa victime et ne cessait de retourner le problème pour ne surtout pas avoir à se justifier. Mais on ne la lui faisait pas à elle, pas quand on avait grandi avec un type comme Mani, qui était le spécialiste en la matière, pour vous faire culpabiliser alors qu’il venait de faire une connerie plus grosse que lui. C’était si dur que ça que d’admettre qu’il aurait peut-être dû la jouer autrement et qu’il serait plus sage de lui demander de partir plutôt que de provoquer le hasard et de pousser sa femme à agir parce qu’il manquait de courage ? Visiblement, oui ! La gamine ne put réprimer un rire bourré de cynisme. « Bien sûr, parce que t’expliquer c’est ce que tu fais dès que l’occasion se présente, sous la torture et quand t’es certain que tout est sous ton contrôle ! » Mais le pire restait à venir et il aurait sans doute mieux fait de la gifler, ça aurait fait moins mal que d’affirmer qu’elle était responsable de son adultère. Elle n’avait que quelques mots à dire et il obéissait ? Alors pourquoi Lizzie était-elle toujours dans l’appartement d’à côté ? Il se payait sa tête, lui et sa putain de culpabilisation aléatoire. Comme si elle avait porté la culotte de leur couple une seule putain de fois et pourtant, elle avait beaucoup plus de burnes que lui quand il était question de recoller les morceaux ! Le voir mettre autant de cœur à se dédouaner de toute responsabilité et à la faire passer pour une folle furieuse alors qu’il aurait pu user de cette énergie pour remettre les pendules à l’heure et lui dire qu’il l’aimait et qu’il se fichait de Lizzie, ce fut une raison supplémentaire qui la rendait persuadée qu’ils devaient se séparer et reprendre leur vie chacun de leur côté. Elle ne pouvait aimer pour deux et si elle pouvait se contenter de peu, il y avait des limites. Elle rêvait de mieux pour elle et il devait probablement espérer mieux pour lui, compte tenu de son attitude. « Ca fait quoi d’être lâche au point de m’accuser de tous nos problèmes, même de ceux que tu as choisi de provoquer ? Comme tu dois te sentir bien ! » Son œil tremblotait, signe qu’elle n’était pas loin de parler avec ses poings plutôt que comme une personne civilisée. « Quant à Taylor, quand je vois toute la merde qui s’échappe de tes lèvres, je me demande si elle n’avait pas raison à propos de toi ! Tu veux que je te dise ? Ce mariage, c’est la pire chose qui ait pu m’arriver ! J’ai tout fait pour que ça se passe le mieux possible, même encore maintenant mais pour que ça marche, faudrait que tu sois déjà capable de t’aimer pour apprécier les autres et ce qu’ils font pour toi ! Tu ne seras jamais heureux avec personne ! » Même pas avec elle et surtout pas avec elle. Elle ne se souvenait plus de la dernière fois où ils avaient ri tous les deux, de leur dernier moment de complicité non simulé. Au fond, il avait réussi son coup, son cœur saignait.



Malgré tout, elle était encore prête à fermer les yeux et à le laisser revenir, pourvu qu’il formule des excuses ou quelque chose qui lui permettrait de s’accrocher à l’espoir vain qu’ils ne fonçaient pas droit dans le mur. Pendant une partie de console, elle avait même cru bon de revenir sur leur dernière dispute en lâchant une remarque qui valait ce qu’elle valait mais qui avait pour but de le faire s’ouvrir un peu et d’arrondir les angles. Elle était encore trop gentille et patiente. « Je ne le pensais pas vraiment, que ce mariage soit la pire chose qui ait pu m’arriver. » Ce qui équivalait à des excuses, il aurait même pu en récolter de plus concrètes s’il s’était montré un peu plus concerné par cette conversation mais ce fut un coup dans l’eau. L’idée de rentrer au Salvador ne lui vint pas tout de suite mais quand elle s’était demandé où elle pourrait aller pour avoir la paix sans que personne ne la retrouve, la réponse s’imposa d’elle-même. Il n’était pas question de quitter la ville pour se réfugier dans un autre endroit inconnu rempli de gens dont elle ne savait rien, elle voulait rentrer chez elle et reprendre son ancienne vie. Si ça arrivait aux oreilles de son père, il aurait tôt fait de le lui faire payer mais avec un peu de chance, elle passerait entre les mailles du filet. C’était un plan de merde, il y aurait bien quelqu’un pour venir rapporter à Rafael où se trouvait sa fille mais elle n’avait rien de mieux en magasin. Ses espoirs concernant une amélioration de la situation étaient maigres et s’ils s’allumèrent d’une faible lueur quand elle entendit sa voix sur le pas de la porte, ils abandonnèrent, eux aussi, en entendant ce qu’il lui disait. La suite ne fut pas plus glorieuse, il manquait de volonté et ça ne fit que blesser davantage la salvadorienne qui craqua lors de la médiation et qui récolta une proposition de divorce qui fut dévastatrice. Elle ne voulait pas rentrer au Salvador, elle ne voulait pas non plus divorcer et encore moins se jeter du balcon de leur appartement, elle voulait seulement qu’il l’aime, au moins un peu, suffisamment pour réaliser qu’il la traitait mal et qu’en dépit de sa maladresse, elle était toujours de son côté. Elle n’avait plus le choix désormais, elle devait prendre cet avion et retourner d’où elle venait, signer ses papiers avant et mettre les voiles, pour qu’il soit heureux à défaut qu’ils n’y parviennent ensemble. Sans le concours de Cinzia, elle aurait jeté l’éponge définitivement, ne pouvant se résoudre à pisser sur le peu de fierté qui lui restait pour lui courir après.


Jusqu’au dernier moment, elle crut qu’il ne se montrerait jamais, parce qu’il en avait assez soupé de toutes ces conneries et qu’il aspirait à plus de simplicité et de paix, se fichant d’avoir brisé la gamine qu’elle était au passage. Après tout, il n’avait rien demandé, certainement pas à ce qu’on lui dégote une garçonne ingérable et qu’on la lui colle dans les pattes. Il aurait sans doute préféré continuer avec Lizzie à Chicago, profitant de la vie jusqu’au moment de se prendre une femme, une file bien sous tous rapports fraîchement ramenée de Sicile, qui ne se battrait pas et ne lui causerait pas le moindre souci. En s’enfonçant au plus profond du Salvador, il ne la retrouverait pas et ne pourrait jamais se remarier, ce serait sa seule satisfaction par rapport à tout ça. Il avait dû assurer à sa sœur qu’il était en route pour qu’elle lui foute la paix. Que ferait-elle une fois là-bas ? Par où commencerait-elle ? Pour la première fois de sa vie, elle était terrifiée. Peut-être qu’elle aurait dû être moins pénible, plus compréhensive et qu’au lieu d’être si bornée, elle aurait pu aller le trouver au restaurant. Il n’était pas trop tard, peut-être qu’elle pouvait l’appeler de l’aéroport une fois les cinq heures d’avion passées. Pour lui dire quoi ? Il était clair qu’il ne voulait plus d’elle, à quoi bon s’humilier davantage ? Autant dire que de se confronter à son visage lui coupa le souffle et elle fit glisser son casque sur sa nuque pour le regarder. Il avait les mêmes vêtements que la veille, ses cernes étaient aussi gros que les siens et ses cheveux n’étaient pas coiffés, lui qui mettait tant de soin à travailler son apparence s’en fichait. Lorsqu’il lui affirma ne pas vouloir divorcer, elle sanglota en silence, soulagée mais loin d’être préparée à ce qui suivit. Sous le choc, elle eut beaucoup de mal à réagir et le laissa parler seul, se disant bien qu’elle devait répliquer parce qu’il n’y avait rien de plus angoissant que de balancer des vérités pareilles et d’ouvrir son cœur à quelqu’un qui restait stoïque et silencieux mais elle avait du mal, se demandant si elle n’était pas dans un rêve. Tout ce qu’elle rêvait d’entendre tombait en une fois et ça faisait beaucoup pour la même personne bien que ça gonfla son cœur d’amour et d’espoir. Le temps de la discussion avec l’hôtesse, elle récupéra sa bague, s’essuya le visage et repoussa la migraine pour la passer à son annulaire. Elle se sentait un peu mieux aussi, sa peur s’était dissipée, il ne l’abandonnerait pas. Elle fit oui de la tête quand il lui proposa de rentrer avec lui dès qu’il y aurait un vol retour de disponible. « Mon alliance ? » Il haussa un sourcil, ne semblant pas comprendre. « Tu l’as prise avec toi ? » Il l’extirpa de sa poche et la lui tendit, elle lui permit de rejoindre sa grande copine.


L’expression de son visage lui brisait le cœur, elle eut une folle envie de le serrer dans ses bras et de le protéger du monde entier mais elle ne pouvait pas le protéger de lui-même, pas s’il ne le laissait pas faire. Sa paume se posa délicatement sur sa joue et elle l’attira à elle pour lui offrir un baiser de réconciliation qui commença doucement et timidement et qui se conclut par quelque chose de beaucoup moins soft et platonique. Une petite voix en elle lui disait qu’elle lui pardonnait trop facilement mais elle la fit taire bien vite, il n’y avait rien eu de facile, elle crut le perdre un millier de fois, il n’y avait rien de mal à lui faire comprendre qu’il était important pour elle. Rien du tout. Néanmoins, il n’y aurait pas de réconciliation sur l’oreiller, déjà parce qu’ils devaient parler et régler ce qui les opposa pendant des semaines et surtout, parce qu’elle était indisposée. « Je t’aime aussi, beaucoup, au point d’attendre peut-être trop de toi aussi et puis mal, je t’aime mal, Gaby. Parce que je refuse de te pardonner et de te faire confiance comme tu le mérites mais quand tu me fais des coups pareils, que tu te montres impassible et insensible, tu me mets dans une position d’insécurité terrible. Je t’aime tellement que ça me fait peur, parce que ça veut dire que tu peux me détruire si facilement… Tu ne le feras pas, me détruire, pas vrai ? Tout comme je ne ferai jamais rien volontairement pour te nuire. On doit se détendre un peu, se faire plus confiance, parce qu’on a que nous ! » commença-t-elle en tenant fermement sa main dans les deux siennes, y puisant du réconfort et de la chaleur, elle était gelée. « Tu dois me parler, Gaby, me dire quand ça ne va pas, verbaliser les choses parce que je ne comprends pas toujours et que je me dis que tu en as assez de moi. Alors je deviens folle et je dis n’importe quoi, je détruis tout ou bien je me renferme et je ne parle plus. Parce que je souffre… J’ai besoin que tu me rassures, parce que je ne sais pas toujours si je fais bien les choses, si je suis à la hauteur de ce que tu attends et je n’y connais rien et… » Elle eut une montée de larmes, sa lèvre inférieure se mit à trembler et elle fit une pause, regarda ailleurs pour se calmer un peu. « Voir le gamin là, après le coup de l’emménagement et que la première chose qui soit sortie de ta bouche, ce soit des soupçons, ça m’a tué ! Et on se dispute et tu fais comme si tout était de ma faute, toujours et je suis supposée gérer ça comment, Gaby ? » Il n’y avait pas de reproches, seulement une vraie interrogation et beaucoup de détresse. Ces dernières semaines avaient été difficiles à gérer d’un point de vue émotionnel et si elle ne s’était pas accrochée fermement à sa colère, elle aurait sombré. Il était temps de faire quelque chose de bien et de le libérer d’un poids, cela aurait été fait beaucoup plus tôt si cette conversation avait pu être envisageable avant. « Je te pardonne, on n’aura plus besoin de se disputer à propos de cette histoire ! Je te le promets ! » Elle accompagna ses paroles de caresses sur son visage aux traits tirés. Il fallait tourner la page et passer à autre chose, pour qu’il cesse de se flageller. « J’ai confiance en toi autant que j’ai foi en toi et bientôt, je t’assure que j’aurais plus confiance en toi qu’en moi. Quand on sera de retour à New York, on reprendra l’organisation du mariage, d’accord ? » Je me réinstallai correctement dans mon siège et gardai ses doigts accrochés aux miens.  « Je n’ai jamais voulu divorcer, depuis le début j’avais besoin que tu viennes me chercher pour me dire que tu m’aimais, parce que je ne voulais pas être une autre de tes obligations. J’allais rentrer au Salvador parce que je croyais que c’était ce que tu voulais, que je m’en aille. Ne me laisse plus partir, Gaby ! » Cela sonnait moins comme un ordre que comme une supplique.



***




Une fois sur place, ils réalisèrent que le prochain vol ne serait pas pour tout de suite et il leur fallut trouver un hôtel pour deux nuits. Jezabel posa son sac sur le lit alors que Gaby lui disait qu’il faudrait faire un saut en ville pour lui trouver des vêtements. « Pas besoin, c’est mon sac de voyage que j’ai pris et j’y mettais toujours des vêtements pour toi, au cas où. Je ne me souvenais plus que c’était là, je n’ai pas pensé à regarder quand je l’ai rempli. Tu dois avoir assez pour tenir jusqu’à notre retour. » Elle savait qu’il détestait ne pas être impeccable, la moindre tache pouvait devenir un calvaire et elle prévoyait toujours le coup, juste au cas où, pour qu’il ne souffre d’aucune angoisse. Il n’y avait pas de hasard si c’était resté là. « Regarde, y a même des chaussettes. » lui lança-t-elle en déposant tout sur le lit pour qu’il puisse se détendre un peu. Elle se sentait vidée et n’avait qu’une envie, se jeter sur le lit et dormir jusqu’à l’heure de leur vol mais il avait faim et elle accepta de le suivre, il restait encore tellement de sujets dont ils devaient débattre et il n’était pas question de revenir avec ça à New York. « C’est vrai ? Tu voudrais bien qu’on gère le restaurant tous les deux ? » Son regard s’alluma et un vrai sourire de joie l’accompagna, il n’imaginait pas combien ça comptait pour elle. « Ce serait génial, j’adorerais travailler avec toi ! Merci ! » Elle embrassa ses doigts un à un, se disant qu’elle trouverait bien le moyen de le garder près d’elle dans cette affaire, même s’il avait mieux à faire ailleurs. « Tant que je peux mieux parler, tout me convient. Tu préfères quoi, toi ? On fera comme tu préfères ! » lui assura-t-elle avec un sourire reconnaissant. C’était de sacrés efforts en une seule fois, elle ne pouvait qu’imaginer combien ça lui coûtait et il n’était pas question qu’il se sente lésé dans l’histoire, elle pouvait déjà deviner qu’il voudrait qu’une femme vienne lui donner des cours particuliers d’anglais chez eux, pour qu’il n’ait pas à se demander qui elle rencontrait et fréquentait et ça lui allait. « Mais il faudra des cours intensifs, j’ai entendu qu’en trois mois, à peine, tu pouvais le parler. » Il était temps qu’elle se rende un peu utile et qu’elle lui rende tout ce qu’il lui donnait, elle ne savait pas encore comment mais elle ferait en sorte que chaque jour qu’il passerait ensemble soit une preuve supplémentaire du fait qu’il n’avait pas fait une grossière erreur en venant la récupérer. « La conduite, si tu veux, on peut attendre, ça ne presse pas, ce n’est pas le plus important. » Il ne fallait pas être trop gourmande et ne surtout pas trop en demander d’un coup, au risque de le dégoûter. « Pour l’autre, je ne veux pas te faire de la peine et si le gamin en a, tu en auras. Mais elle doit partir, loin de nous, pour sa sécurité. Et j’aimerais qu’on déménage, cet appartement est chargé de mauvais souvenirs, je ne peux plus y mettre les pieds. Même si on a plus petit, ce sera à nous, rien qu’à nous, on y aura mis des choses qui ne sont qu’à nous. On pourra fabriquer de nouveaux souvenirs. Si tu es d’accord, je regarderais les annonces et ferais une sélection. Par contre, je ne vois aucun inconvénient à ce que Taylor meure. Elle t’a manqué de respect trop de fois pour mériter de rester en vie. »





Ce fut le téléphone de la chambre qui les réveilla. Elle tendit le bras et décrocha, répliquant un « allô » endormi quand la voix de son père se fit entendre. « Vous venez ici et vous ne me le dites même pas ? Je vous envoie un hélicoptère, j’aimerais que vous restiez à la maison. Vous êtes là combien de temps ? » « On avait un vol après-demain ! » « Non, vous rentrerez avec le jet, restez jusqu’au début de la semaine prochaine, j’aimerais discuter avec vous de votre cadeau de mariage et de ce renouvellement de vœux. » Comment était-il au courant ? Un vent de panique souffla sur la gamine alors que Gaby lui demandait qui c’était en bougeant seulement les lèvres, elle lui répondit de la même façon, articulant le prénom de son père. « Allô ? » « Oui, je suis là, papa. » « L’hélico devrait être là dans dix minutes, préparez-vous ! Maman t’a fait préparer ton plat préféré ! » C’était le mystère de son paternel, il y avait des fois où il agissait comme un vrai père et d’autres comme le roi des fils de pute, elle ne le comprenait jamais. « Mon père, il veut qu’on reste pour la semaine, il sait pour le mariage et il veut nous offrir un cadeau de mariage, je ne sais pas pour lequel. On vient nous chercher et même si je le voulais, je n’aurais pas pu dire non. Une fois sur place, j’essaierai de négocier pour repartir après demain, comme prévu. Je suis désolée, je ne sais pas ce qui lui prend… Peut-être qu’il sait que je comptais rentrer, peut-être qu’il veut me punir… S’il m’avait trouvée ici toute seule, il m’aurait tuée. Tu crois que c’est ça ? » Une angoisse terrible l’étreignit et elle se leva pour s’habiller à la hâte. Gaby se proposa de prendre son sac quand on vint les récupérer. Le trajet fut d’autant plus oppressant qu’elle ne pouvait communiquer avec Gaby sans que tout le monde ne participe à la conversation. Rafael était là lorsqu’ils atterrirent et elle fut surprise qu’il la serre dans ses bras et embrasse le sommet de son crâne, elle se crispa et fut heureuse d’être libérer quand il étreignit Gabriele et les invita à grimper dans la voiture pour rejoindre la villa. Ses sœurs étaient là et en guise d’accueil elle entendit : « Han, Jez, qu’est-ce que t’as grossi ! », si ça n’avait tenu qu’à elle, elle aurait fait demi-tour aussi sec, néanmoins, sa abuela changea la donne et lui glissa quelques compliments alors que Rafael entraînait Gabriele dans son bureau. Comment s’était-elle retrouvée dans cet enfer, déjà ?

 





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MessageJeu 5 Jan - 0:13

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne


Malheureusement, les conversations déplaisantes sont souvent les plus utiles et Gaby, qui était loin d’être un maître reconnu en matière de communication, en fit la douloureuse expérience. Grâce à Mani, il présenta des excuses à sa sœur qui s’effondra de soulagement et, quoi qu’on en dise, ce n’était pas une tentative d’apitoiement afin qu’elle lui révèle où se cachait sa femme. Elles étaient sincères autant que nécessaires, car son mari avait raison. Il l’aimait, sa jumelle et il avait besoin d’elle. Bien sûr, ce n’était pas seulement comparable à ce que Jez lui apportait au quotidien et dont il n’avait pas conscience avant qu’elle se tire. Aveuglé par s colère et son mal-être, il s’attardait sur ce qui l’horripilait alors qu’elle se battait pour eux chaque jour. Il lui reprochait d’ignorer des évidences, mais il ne faisait pas mieux qu’elle. Elle portait son amour pour lui en bandoulière, elle lui agitait sous le nez et comment réagissait-il ? Comme un lâche, comme un type qui n’oserait pas prendre sa voiture sans roue de secours de peur de crever et d’être abandonné sur le bord de la route avec sa solitude pour unique amie. Il ne pouvait plus repousser quiconque tentait de l’aider pour se complaire dans ses malheurs sous prétexte qu’ils offrent un sens à sa vie et son déménagement. Obtenir la reconnaissance de son père, c’était une chose, mais qu’en fera-t-il s’il perdait la seule personne qui croyait en lui plus que quiconque, plus que lui-même finalement ? Il était temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard, car si Jez posait un pied au Salvador sans lui, il ne donnait pas cher de leur peau. Rafaël la sacrifierait et son mari ne survivrait pas à sa culpabilité. Aussi, pria-t-il pour qu’elle entende et écoute sa déclaration, ses justifications, ces vérités qu’il lui dérobe pour se protéger de l’échec. Il s’exprima avec le cœur et une aisance qui le surprit à peine. Il tenait à la ramener, non pas avec lui, mais auprès de lui, si bien qu’il fut incapable de réprimer un soupir de soulagement tandis qu’elle réclamait son alliance. Certes, il s’imagina un instant qu’elle la balancerait dans une poubelle, mais elle paraissait plus sereine que ces derniers jours gaspillés à se déchirer plutôt qu’à recoller les morceaux. Elle n’en fit rien. Elle la glissa à son doigt et il récupéra sa main pour l’embrasser, la peur au ventre à l’idée de ce voyage imprévu.

S’évader loin de New York leur était toujours profitable. Pour eux, ce serait peut-être une chance de recommencer du bon pied, mais qu’arriverait-il une fois de retour dans cette ville maudite ? Elle les abîmait autant que tous ces non-dits qui creusaient entre eux un fossé de plus en plus difficile à franchir. Il y était parvenu de justesse ce soir-là, mais il était toujours là, béant et dangereux. Il était essentiel qu’ils mettent les bouchées doubles pour le reboucher. Un baiser, aussi passionné soit-il malgré la présence des témoins, n’arrangerait rien. C’était bon à donner du courage, à respirer à nouveau, à se gorger d’espoir, mais ce n’était pas une fin en soi. « Moi aussi ça me fait peur, mais je n’ai pas le droit de me servir de ça pour ne pas te faire confiance non plus. C’est plus facile pour moi comme ça, mais on ira droit dans le mur si je continue comme ça et c’est la dernière chose que je veux. Je ne veux pas te détruire et je te promets d’être plus attentif à ce dont tu as besoin. Tu me crois ? Tu crois que tu peux croire ? » lui chuchota-t-il à l’oreille tandis qu’il se ressourçait en respirant son parfum, sa tête plongée dans son cou. « Parce que je peux te garantir que tu n’as rien à te reprocher cette fois. C’est moi qui ai merdé. À ta place, je n’aurais sans doute pas réagi beaucoup mieux que toi…je n’ai pas compris que tu avais besoin d’être rassurée. Je pensais que quoi que je dise, tu ne me croirais jamais et que tu t’occuperais d’elle juste pour me défier, pour me prouver que tu vaux mieux que moi. Le truc, c’est que… tu aurais raison de le penser. Je fais que de la merde et toi, tu es fabuleuse. Tu te bats pour nous, tu essaies toujours de me rassurer et moi je te fais du mal à ne jamais rien te confier. Mais, ça n’arrivera plus. On va parler de nos problèmes et on trouvera des solutions ensemble. Je ne chercherai plus à te cacher ce que je ressens. » lui certifia-t-il en la tirant vers lui pour la serrer dans ses bras. « Et tu n’auras plus jamais besoin de partir. Jamais. Et, ne le fais plus, d’accord ? Je préférerais que tu me tues plutôt que de te voir me fuir. » Il n’aurait pu être plus clair sur la nature de ses sentiments et il se sentit plus léger.

Cette conversation, celle qui consistait à lui jurer tout son amour, ce n’était pas le plus difficile. Il n’y avait rien de mal à dire la vérité. En revanche, la suite, tandis qu’il se retrouvait dans cette chambre d’hôtel réservée sur le pouce le plus près possible de l’aéroport, c’était la partie la plus délicate de sa tentative de réconciliation. Il était forcé de trouver le juste milieu entre ce qu’il était prêt à supporter parmi tout ce qu’elle désirait : s’intégrer, se créer une vie, ici, en Amérique, à ses côtés, parce qu’elle n’avait pas d’autre choix que d’y vivre, bien qu’il était le premier à ne pas toujours s’y sentir à l’aise. Il serait contraint d’entendre ses doléances, de les reconnaître et de faire amende honorable avec compromission. Ça promettait d’être long, fastidieux, douloureux et usant pour ses nerfs. Il n’avait cependant aucune  option supplémentaire à disposition. Trop souvent, il évita cette étape pour ne s’intéresser qu’à la réconciliation en tant que telle, à ses bons côtés surtout. Tout ce qu’il y gagna, c’était toujours plus d’emmerdes. Il était dès lors impératif qu’il ne la néglige plus, car elle était nécessaire à colmater les brèches du vase recollé de leur couple. Parce qu’il ignorait par où commencer, il la remercia pour son attention du jour. Elle était involontaire cette fois, mais elle démontrait ô combien elle était tout sauf égoïste. Impatiente, sans doute, faiblesse de sa jeunesse, mais elle pensait à lui autant qu’à elle, si pas plus. Il lui sourit et embrassa sa tempe, dégageant au passage une mèche de cheveux jouant les rebelles. Elle était belle, sa femme. Ses yeux étaient cernés de noirs, son visage un peu bouffi d’avoir trop pleuré, mais il la trouvait tout de même magnifique et il le lui dit , heureux qu’elle en rougisse. Ce serait plus facile pour se lancer dans ce monologue où il balança tout de go chaque effort qu’il consentirait à déployer pour elle et son bonheur.

« Je ne veux pas que tu sois malheureuse avec moi. Je pourrais te proposer de trouver du travail chez un ami ou même demander à ton frère de trouver quelque chose dans le Bronx, mais… j’aimerais autant que tu restes près de moi, au restaurant, le temps que je sois sûre que tout va bien. Ce n’est pas pour t’enfermer, c’est pour être certain de ne pas passer à côté d’un truc qui te chagrine par ma faute et qui me rattraperait. Après, il sera pour toi, si tu veux. Quand et si on me confie autre chose ou si mon projet avec ton frère aboutit. » expliqua-t-il avec honnêteté, détournant les conseils de Manuel, car il n’avait pas à cœur de la manipuler pour le moment. Certes, les avertissements de son beau-frère étaient plus qu’apprécier. Ils faisaient également leur preuve auprès de sa jumelle, mais Gabriele se sentirait dégueulasse, alors qu’il sauva son couple de justesse, de jouer les calculateurs sans l’en informer. La confession avait quelque chose de touchant. Ce n’était pas si mal. L’approche était différente, mais le résultat était plus ou moins semblable, car la flamme dans son regard ressuscita. « Et, pour l’anglais, je t’avoue que moi… je préférerais un prof particulier. On pourrait demander à Bianca de s’en charger. Vous avez le même âge, pas la même vie. » Pas encore, mais il n’était pas au courant. « Mais vous pourriez très bien vous entendre. Elle s’est plainte qu’elle ne te connaissait pas assez et c’est quelqu’un de bien, tu sais. Je ne dis pas ça parce que c’est ma nièce. Je le dis parce que c’est vrai. Elle est fidèle et loyale, elle ne te causera aucun ennui et elle connaît New York comme sa poche. Ça, ça me rassurerait, mais je ne veux pas que tu te retrouves enfermée dans ma famille. Si tu veux voir d’autres gens, je devrais pouvoir faire un effort, même si j’arrêterai de vivre tous les soirs où tu iras en cours. Je n’ai pas envie qu’on se dispute parce que je t’y déposerai et que je t’attendrai devant la porte… tu vois le genre… » Il rit de bon cœur pour la première fois depuis des lustres et ça lui fit du bien. Il était à fleur de peau depuis des jours. Un rien aurait pu faire de lui un dangereux pyromane. Il n’apprécia que mieux à quel point c’était agréable de relâcher la pression avant de trancher dans le vif les plus gros morceaux : Lizzie, Taylor et le sexe.

Il considéra longuement les différentes propositions de sa femme, cloîtrée dans un silence un peu lourd. Pour qu’il n’alimente pas ces angoisses à elle, il l’avertit que certaines décisions nécessitaient qu’on s’y penche autrement que dans la précipitation. Il afficha un air grave qui aurait mis quiconque mal à l’aise. Alors, histoire d’apaiser au mieux sa compagne, il l’invita à quelques commentaires sur son entrée, à goûter à la sienne et à les échanger sous le regard attendri de leur voisin de table. Puis, quand il fut enfin d’accord avec lui-même, quand il fut absolument certain d’avoir chassé l’émotionne au profit du rationnel, il mit un terme à la longue attente de sa femme. « Tu serais en droit d’exiger que je la supprimer. J’aurais compris, tu sais. Je te remercie de ne pas le faire, mais c’est ce qui doit être fait. Passer ces quelques jours chez ton frère et ma sœur, ça m’a fait du bien, parce que ça m’a permis de comprendre des tas de choses. Je n’ai pas seulement vu un couple heureux et amoureux, même si c’est vrai et que c’est ce qui se voit en premier quand tu les vois ensemble. Mais, j’ai vu aussi que si tu grattes le vernis pour découvrir ce qui se cache en dessous, c’est aussi un couple qui souffre d’avoir perdu un bébé à cause d’une femme comme Lizzie qui a mis tout en œuvre pour les blesser. Et, c’est triste à dire, mais elle a réussi. Le fantôme de leur bébé plane au-dessus de leur tête. Ils ont eu peur de se perdre dans cette tragédie. Ça se lit dans leurs yeux et ils ne peuvent plus rien faire que de serrer les coudes et d’apprendre à vivre avec ça et avec leur culpabilité, parce qu’ils ne peuvent plus revenir en arrière, mais moi, je peux éviter qu’un truc du genre nous arrive. J’ai la conviction que c’est ce que je dois faire, parce que je ne suis pas certain que ça nous unirait comme c’est le cas pour eux. Pas parce qu’on s’aime moins, mais parce que nous sommes différents. Alors, je vais le faire. Je vais les tuer tous les trois. » Il s’approcha par prudence et opta pour l’Italien pour servir le même but. « Lui, il ne pourra pas vivre sans elle, c’est un petit garçon malade. Il y a peu de chance pour qu’il puisse vivre une vie normale. Je ne le dis pas de gaieté de cœur, mais il sera plus heureux dans la mort. Le hic, c’est qu’il va falloir choisir l’ordre dans lequel on fera les choses. Agir ou déménager. On ne peut pas se permettre d’attirer l’attention sur nous. Tu comprends ? Alors, je t’écoute, c’est toi qui décides. Qu’est-ce que tu préfères ? » s’enquit-il prêt à entendre ses conseils. Il n’était pas question de faire cavalier seul cette fois, car au moment d’arracher la vie à ce gamin auquel il tenait, il aurait besoin qu’elle soit à ses côtés, qu’il n’oublie pas qu’elle était sa priorité.

Pour Gabriele, se substituer à Dieu pour décider du sort d'un être humain, c’était moins gênant que de s’entretenir en public de sa sexualité avec son épouse. Il pâlit un instant, jetant des regards frénétiques autour de lui. C’était politiquement incorrect, tout comme obliger sa femme à des pratiques dont elle n’aurait pas vraiment envie reviendrait à lui manquer de respect. Il pouvait entendre qu’explorer l’éventail de possibilités de ce terrain. En théorie, c’était plutôt sain. Dans les faits, elle avait raison. Il ne leur faisait pas assez confiance pour s’arrêter avant qu’un acte lubrique frôle l’indécence. « Je vois. C’est tout un programme, hein, mais si tu pouvais parler un peu moins fort, ce serait cool. » Il ouvrait des yeux ronds comme des soucoupes. « Tu sais que ce n’est pas parce que c’est toi que je m’interdis des choses. Je me les interdis parce que j’ai pas envie de te froisser, de te mettre mal à l’aise au point que tu finisses par te braquer. Je ne te rejette pas. C’est important que tu le saches. Le reste, on pourrait en parler dans la chambre, non ? C’est plus approprié. » Il joua avec ses doigts, les yeux ronds comme des soucoupes, mais cherchant tout de même à donner le change afin qu’elle ne le prenne pas pour un mormon. Surtout que ça sonnait comme une invitation à la débauche, quoiqu’elle ne la relevât pas de suite. « Tu sais ce que ça me donnerait comme impression si je te laissais prendre les commandes ? Ben, que c’est toi qui commandes justement ! Et là, ce n’est pas exactement ce dont on a besoin. » déclara-t-il en trouvant un nouvel intérêt à son plat tandis qu’elle parlait fantasme, réalisation, chantilly… Il avala de travers, non pas qu’il n’appréciait pas l’idée, mais parce qu’il n’avait pas compris qu’elle en était déjà là. Elle avait bien tenté de le lui dire, mais il ne l’avait pas écoutée.

« Tu n’as pas idée du nombre de fantasmes que je peux avoir… mais si je devais en partager qu’un seul, je choisirais un lieu et ce serait le bureau de mon père. Il nous l’a toujours présenté comme un endroit sacré et ça m’amuserait beaucoup. » Il sourit à cette simple évocation, bien que prononcée à voix haute, ça paraissait bien peu excitant. « Ou le confessionnal d’une Église, déguisé en prêtre et en bonne sœur. Avec de la chantilly si ça te chante. » la taquina-t-il avant de retrouver son sérieux. « Plus sérieusement, je ne suis pas meilleur ou plus coincé qu’un autre. Si tu veux essayer des trucs, je suis ton homme. » Il se frappa la poitrine comme un bonhomme, mais ce n’était qu’une façon de se débarrasser de sa gêne de partager ce genre de secret dans un lieu public. « En réalité, j’avais surtout peur que tu te laisses influencer par ma sœur parce qu’elle et Mani sont très heureux ensemble, ce qui aurait pu signifier pour toi que c’était grâce à ce qu’ils font ou ce qu’ils ne font pas. Je ne me suis jamais penché sur la question et ça ne m’intéresse pas. Moi, tant que je sais que tu es à l’aise avec ça, que tu n’auras pas l’impression que je te force la main et que tu sauras comment m’arrêter si je dérape, alors tout va bien. Je ne suis pas si fermé qu’on ne pourrait le croire. Si tu as besoin de preuve, on peut en rediscuter ce soir en tête à tête. » Cette fois, l’indécente proposition était bien plus concrète et il déchanta un moment en apprenant qu’il ne consommerait pas ce soir le prix de ces efforts. La vie était de temps à autre irritante, mais il prendrait sur lui. Il lui jura que, finalement, c’était peut-être tout aussi bien comme ça, que la patience rend l’acte plus intense encore et il s’y accrocha toute la nuit, pressé contre son corps à discuter longuement de toute leur bonne résolution.

Au cours de cette conversation, il restait néanmoins un problème sur lequel il ne s’était pas prononcé : Luciano. Ça le démangea souvent, mais il n’avait pas envie de l’accabler de reproches après le mal qu’il s’était donné pour mettre à plat leurs soucis et pour l’attirer à lui. Il était cependant déterminé à y revenir dès qu’une occasion se présenterait. S’il s’était imaginé qu’elle émanerait de Rafaël ? Absolument pas. Sur l’heure, alors qu’il s’éveillait difficilement – ça faisait une éternité qu’il n’avait pas si bien dormi – il ne pensait qu’à éteindre en baiser la terreur de sa conjointe après le coup de fil de son père. « Hé, flippe pas. C’est plutôt bien, non ? Je veux dire, il n’ignore pas, ça change, on devrait plutôt se réjouir. Approche… avant que je sois complètement réveillé et que je sois forcé de constater que je n’ai rien pour me coiffer, ce qui va gâcher ma mauvaise humeur. » Il la ramena contre lui et la serra un peu plus fort, les yeux fermés et particulièrement sereins. « Moi, ce que je crois, c’est qu’il a appris qu’on allait se remarier et qu’il le vit comme une réussite et qu’il est même plutôt fier de toi. Raison pour laquelle il veut nous voir. Tu paries combien qu’il va nous proposer d’investir dans une vraie cérémonie cette fois ? Ce qui est plutôt flippant d’ailleurs. Je ne suis pas sûr d’avoir envie de m’exhiber dans un fauteuil rouge velours avec des spots en pleine gueule pour nous aveugler. C’est ça qui devrait t’inquiéter. Il ne faut pas qu’il s’empare de cette noce-là. Je veux que ça soit un truc qui te fera plaisir, je veux que ça soit le mariage dont tu rêvais quand tu étais petite fille. Et, ne me dis pas que tu n’y as jamais pensé, tu es toujours une petite fille, Jez, et je suis certain que tu l’as déjà idéalisé notre mariage. » Tout ce qu’il récolta, à cause de ce sobriquet, ce fut un coup de poing dans l’épaule et il éclata de rire, charmé par son tempérament et par ses propres sentiments. « Tu devrais aller te doucher avant que j’envahisse la salle de bain et que je me l’approprie pendant au moins… 30 min… » conclut-il en l’observant, l’air dépité, cheminer vers la salle de bain. Mère Nature savait jouer les emmerdeuses, c’était indéniable.

Ses sœurs aussi visiblement. Elles l’accueillirent d’une remarque cinglante que son époux aurait volontiers lavée d’un autre affront, mais son beau-père l’entraînait loin des filles pour discuter affaires. Gérer les conteneurs qui arrivent non plus à New York, mais à Chicago ? Ça lui plaisait. Il connaissait le port comme sa poche. Il était en ébullition, curieux, pressé de retourner dans cette ville chère à son cœur. Il s’imaginait déjà y acheter un appartement. Sa chambre, au casino, c’était bien pour sa vie de célibataire, mais plus pour eux. Il entendait désormais faire d’elle sa coéquipière. Si ça fonctionnait pour les autres, pourquoi pas pour eux après tout ? Il l’enlaça en la croisant dans un couloir. Elle était pâle comme la mort. « Qui est-ce qui te casse le plus les couilles ? Tes sœurs ou être ici ? Parce que ton père a l’air d’assez bonne composition. Il est heureux qu’on se remarie. Il propose de participer aux frais pour les secondes noces. Il voudrait qu’on se voie tous les trois tout à l’heure pour discuter de notre cadeau de mariage et, le plus beau de tout, il me propose de faire affaire avec lui. À Chicago. Il faudra que je parte quelques jours en repérage avec un gars à ton père qui travaille pour lui. Faudra pas qu’on traîne à rentrer, que je te briefe pour le restaurant et pour l’autre truc. » lui chuchota-t-il à l’oreille. « Et, non, je ne parle pas de ce qu’on ne peut pas faire et que j’aurais pourtant kiffé juste pour que tes sœurs ferment leur gueule et pâlissent de jalousie. » Ils partagèrent quelques souvenirs, ils se baladèrent dans les environs et, après le repas du soir, ils se retrouvèrent comme convenu dans le bureau du chef de maison. Ce fut un peu houleux comme entretien. Jez n’était pas ravie par les quelques propositions de son père de prendre part au mariage. Gaby, il n’avait rien à en dire. Tout ce qu’il constatait, c’était qu’il s’était senti plus à sa place dans sa belle-famille que sur le domaine et il en toucha deux mots à son épouse dans l’avion. « Tu sais, il y a un truc dont on n’a pas encore parlé toi et moi. Est-ce que… est-ce que mon frère t’a rapporté notre dernière conversation ? Celle où je lui ai fait gentiment comprendre qu’il fallait qu’il te foute la paix ? Parce que, si c’est le cas, ce n’est pas une punition, tu sais ! Je l’ai fait parce que ce n’était pas correct vis-à-vis de moi. Je l’ai mal vécu pour des tas de raisons, mais aussi parce que ça me faisait passer pour un con. Tu sais pourquoi ? Tu as compris ? C’est important pour moi, parce que ça ne doit plus se reproduire ni avec lui ni avec personne.»


***

« Ne me regarde pas comme ça, le génie, je ne te raconte pas tout ça parce que je te prends pour une idiote, mais parce que je veux être sûr de rien oublier. » plaisanta-t-il assis sur le bureau alors que son épouse, les bras croisés, manifestait son mécontentement sans être réellement blessée. Depuis qu’elle venait avec lui au casino, c’était presque devenu un jeu entre eux. Il lui répétait les choses à plusieurs reprises et elle s’offensait, ajoutant qu’elle n’était pas une petite fille. C’était vrai. Elle mûrissait. Comme ils étaient dans une période d’accalmie, il s’autorisait même à penser qu’ils grandissaient ensemble. Ce mariage arrangé, il le vécut au départ comme une malédiction, mais ce n’était plus le cas aujourd’hui. Jez était son rayon de soleil. Elle soignait ses angoisses mieux que personne. Elle les anticipait. Ils les sentaient plus forts et ça lui faisait un bien fou. « Et que tu n’oublies rien non plus. Je vais devoir partir d’ici quelques jours… je veux que tu te sentes à l’aise, c’est tout. » lui expliqua-t-il en l’attirant à lui. « D’ailleurs, en parlant d’être à l’aise, Bianca n’est toujours pas au courant pour son mariage avec Jandro. Je ne sais pas ce qu’ils attendent, mais il serait peut-être temps qu’ils se rendent compte que plus ils traînent, plus ce sera compliqué. Je l’ai croisée avec un type l’autre fois. Juste devant le restaurant. C’est lui qui l’a déposée. Je ne sais pas où ils en sont, mais… toi, tu sais peut-être. Enfin, tu pourrais peut-être savoir » La soudoyer maintenant était le pire des moments, mais il détenait une arme secrète qu’il dégaina. « Histoire de me rassurer. Peut-être que si j’étais plus détendu, je pourrais te laisser prendre les commandes ce soir. » Il souleva son menton de l’index et lui déroba un baiser. « Je suis sérieux, mon cœur, j’ai pas envie de partir tant que je ne saurai pas ce qu’il en est. »








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La malavita
Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Jezabel Gambino
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MessageJeu 12 Jan - 23:30

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido


Si on lui avait dit qu’elle aurait ce genre de conversation avec lui, un jour, elle aurait probablement éclaté de rire, parce qu’il ne parlait que quand on l’y obligeait ou que la situation l’imposait et il était bien compliqué de tirer quoi que ce soit de lui quand il n’était pas décidé. Surtout des aveux sur ce qu’il ressentait et alors, quand il était question de la rassurer, il n’y avait plus personne. Quand ils se trouvaient aux prémices de leur relation, il mettait un point d’honneur à tenter de la comprendre et à savoir ce qui l’agitait mais il s’était très vite lassé, probablement parce qu’il la croyait plus solide qu’elle ne l’était vraiment ou bien parce qu’il la pensait plus fourbe et manipulatrice qu’elle ne pouvait l’être. Ils ne réglaient les problèmes qu’en surface parce qu’il ne s’autorisait jamais vraiment à creuser avec elle, à se livrer, de peur qu’elle n’utilise ça comme des armes pour le blesser, oubliant qu’elle se confiait à lui sans la moindre timidité, parce qu’ils étaient mariés et qu’elle devait faire son possible pour lui faire confiance. Puis elle avait arrêté de parler, parce qu’elle avait compris que ce n’était pas utile, que quoi qu’elle dise, il n’entendait que ce qui l’arrangeait, au détriment de ses sentiments, au détriment de leur mariage et de leur bonne entente. Tout ça soulevait un nombre incroyable de questions, toutes plus difficiles à digérer les unes que les autres. Pourquoi n’était-elle pas à la hauteur ? Pourquoi n’était-elle pas fichue de réussir son mariage ? Pourquoi n’y avait-il plus que ça qui lui importait ? Pourquoi n’avait-elle aucun autre but dans la vie ? Pourquoi son avis était-il devenu si important ? Pourquoi la maintenait-il prisonnière s’il l’aimait comme il le prétendait ? Il y eut des jours où l’envie d’alcool fut si forte qu’elle passa la journée entière dans la salle de sport à soulever de la fonte et à courir jusqu’à manquer de s’évanouir. Des jours où elle se sentit de trop et où elle aurait aimé disparaître dans un coin de l’appartement, des jours où elle aurait aimé rentrer chez elle et reprendre sa vie d’antan, là où elle n’était un encombrement pour personne. Depuis son mariage, elle avait de moins en moins confiance en elle, forcément, elle avait tout troqué contre une confiance en lui et en son destin, elle croyait en lui et en ses facultés, elle croyait en sa capacité à se creuser une place et à briller dans sa famille, s’obstinant à rester dans l’ombre pour le bien commun. Tout ça pour quoi ? Qu’il débarque chez sa sœur en prétendant qu’il ne la forcerait pas à rentrer, comme s’il affirmait qu’il pouvait se passer d’elle alors qu’elle n’était même plus capable de respirer librement sans lui ? C’était injuste et elle lui en voulut terriblement. Mais qu’il vienne jusqu’ici, monte dans cet avion juste pour elle, ça changeait la donne. Ca ne faisait pas cicatriser immédiatement la blessure qui s’infectait depuis un moment déjà mais ça apaisait la douleur, il faudrait du temps mais elle comptait y mettre tout la bonne volonté qui lui restait en magasin. Elle avait également sa part de responsabilité là-dedans, elle ne comptait pas l’oublier.


« Oui, je te crois ! » marmonna-t-elle en passant une main dans ses cheveux, caressant sa nuque avec douceur, il lui avait tellement manqué, son odeur, sa douceur et ses sourires enjôleurs. « Tu m’avais dit que tu ne voulais pas que je le fasse, ça suffisait pour que je ne m’en charge pas, Gaby, je ne voulais rien faire qui pourrait te fâcher et même si parfois, je parle juste pour te blesser, je ne veux pas te faire de mal, je te le jure ! » Elle enserra ses bras autour de lui, heureuse de le retrouver, ayant envie de pleurer une nouvelle fois mais elle avait épuisé son stock de larmes pour les années à venir. « Promis ! » Elle se garda bien de lui dire que quand il la traitait mal, elle ne pensait qu’à se jeter du haut du balcon pour qu’il n’ait pas à la quitter, pour qu’elle n’ait pas à endurer l’humiliation de le voir partir à nouveau loin d’elle, avec une autre, une qui n’avait rien à voir avec elle et qui était plus femme qu’elle ne le serait jamais. Son mariage lui avait fait perdre une grande partie de sa confiance en elle pour la remplacer par une infinie tristesse. Il lui faudrait lutter contre ça et elle aurait besoin d’en parler avec lui mais le moment était mal choisi, elle préférait profiter de la chaleur de ses bras ainsi que de celle de ces retrouvailles qu’elle n’espérait et n’attendait plus. Leur conversation suivante serait la plus difficile, il y aurait des décisions drastiques à prendre et il ne serait pas question de faire dans la demie mesure, elle savait déjà que la question du sexe serait épineuse, parce qu’il était terriblement vieux jeu et que ça le mettait si mal à l’aise qu’il lui donnait parfois l’impression de ne jamais avoir touché une femme. Mais il prit le parti de commencer par le plus simple. Sage homme que le sien, elle sourit et l’écouta avec attention. « Je ne suis malheureuse que quand tu m’ignores ou que tu ne rentres plus. Tu sais, parfois, je suis tellement triste que je voudrais disparaître, complètement. C’est pour ça que j’ai commencé à boire, pour éteindre ça, parce que j’ai parfois pensé à faire des choses qui auraient réglé le problème définitivement. Parce que je pensais que j’étais ton problème. Tu comprends ? J’ai ressenti ça quand elle est venue habiter près de chez nous et que tu as eu l’air de trouver ça normal, ou quand tu es venu chez ta sœur et que tu as dit que tu ne m’obligerais pas à rentrer. Tu n’as pas l’air de le croire mais tu es ce qui compte le plus dans ma vie, si je ne t’ai plus, je n’ai plus de raisons d’avancer. » Et il avait fait en sorte que ce soit le cas, il avait entretenu ça, sans doute inconsciemment mais elle n’avait rien qui pouvait se comparer à sa relation avec Gabriele, personne n’était en mesure de le détrôner, rien ni personne. « Le restaurant, ça me plaît beaucoup, ce sera parfait, je suis contente de pouvoir travailler avec toi ! » Il valait mieux terminer sur une note un peu plus joyeuse pour qu’il ne la prenne pas pour une pleurnicheuse.


La jalousie transpirait de chacun de ses mots et elle s’en amusa, venant chercher sa main pour entrecroiser leurs doigts et la caresser du pouce. « Doudou, il me faut des cours intensifs, au moins 5 heures par jour,  Bianca n’aura pas le temps avec ses études mais je peux la voir une fois par semaine pour de la conversation, ça m’aidera à mettre tout en application mais je veux apprendre vite et bien ! Je pourrais faire ça au restaurant, comme ça après, je peux t’aider et je suis déjà sur place, non ?! » Une fois de plus, il essayait de la pousser doucement mais sûrement dans la direction qu’il avait choisie mais elle ne lui en tenait par rigueur, c’était de bonne guerre et elle le comprenait, il n’était pas question de leur créer de nouveaux problèmes, ils en avaient assez comme ça. « J’adore ta famille et ça me fera plaisir de voir Bianca et d’apprendre à la connaître, il n’est pas question que j’aille où que ce soit en cours, d’accord ? Faut pas t’inquiéter ! » Pour le moment, elle se contenterait de l’anglais et du restaurant et c’était déjà pas mal, une fois qu’elle maîtriserait la langue, elle ne se sentirait plus comme une parfaite étrangère et elle aurait le loisir de suivre bon nombre de conversations et peut-être qu’elle pourrait se mettre à d’autres langues. Il fit de son mieux pour gagner du temps avant de statuer sur la question la plus périlleuse de leur conversation et elle lui offrit la possibilité de prendre tout le temps qui lui faudrait, goûtant son plat et lui offrant du sien, livrant ses commentaires en ne le quittant pas des yeux, mordue comme une adolescente. Elle avait fait son possible pour qu’il soit le moins impacté possible mais il avait pris une décision sensée et elle ne put que la saluer. « Je comprends et on fera comme ça mais j’aimerais déménager avant toute chose. C’est ma priorité, j’ai besoin qu’on construise autre chose ailleurs, je ne veux rien récupérer là-bas, hormis tous les cadeaux que tu m’as faits, le reste, je m’en fous. Pourquoi pas une petite maison ? Quel est notre budget ? Je peux aussi proposer de créer des sites web contre rémunération, on pourrait prendre un truc plus sympa… » Elle ne s’était jamais mêlé de leurs finances, déjà parce qu’elle ne voulait pas le vexer et parce que le sujet n’était jamais réellement venu sur le tapis non plus. Mais ce n’était pas avec un restaurant qu’on pouvait louer une maison dans Manhattan, bien au contraire. Elle s’approcha de lui et caressa son visage avec douceur. « Si tu veux, je m’occuperai du petit. Rapide et sans douleur… Mais tu sais, on pourrait… On pourrait le prendre avec nous si… On pourrait ! » Elle ignorait où elle trouvait la force de proposer une chose pareille mais la détresse dans les yeux de son mari avait raison de sa volonté d’éradiquer le sang de Lizzie. Néanmoins, elle mesurait pleinement les conséquences d’une décision pareille mais si ça le rendait heureux, elle était prête à ce sacrifice. Il était beaucoup plus à l’aise pour parler de meurtre que de sexe et elle avait beau utiliser l’italien et parler à voix basse, il se dandinait sur sa chaise, jetant des regards autour d’eux, ce qui, bien entendu, déclencha son hilarité. « Tout le monde s’en fout, Gaby ! Tout le monde ! Je pourrais même commencer ici que ça n’alarmerait personne… » Elle fit mine de se lever, il devint livide et elle éclata de rire. « T’es tellement coincé parfois, je te jure ! Et ça réveille tout un tas de trucs chez moi, t’imagines, si je passais sous la table maintenant, qu’est-ce que les gens diraient ?! » Elle le taquinait, juste pour le faire réagir et s’amusait de ce qu’il lui opposait.


« Comme tu le sens ! » répliqua-t-elle, un peu déçue, se gardant de lui lancer une boutade qui le collerait en rogne, il n’était jamais prêt à blaguer quand ils abordaient certains sujets, sans qu’elle ne s’explique pourquoi. « Alors, mon homme, prépare toi parce que tu seras mon cobaye mais on va bien s’amuser, tu verras ! Du moins, si tu te décoinces un peu ! Ca me semble nécessaire si tu veux qu’on investisse le bureau de ton père, on pourrait même essayer sa chaise ! » Un fin sourire étira un côté de sa bouche alors qu’elle y enfournait une énième fourchette de son plat. « Moi, tout ce que je remarque, c’est que tu fais beaucoup de promesses, Gambino ! Beaucoup, beaucoup, beaucoup mais qu’il n’y a rien de fait ! » Elle haussa les épaules et finit par lâcher la pire nouvelle de la soirée, ce qui eut le don de les décevoir tous les deux mais c’était peut-être mieux ainsi.



***



Se réveiller avec un coup de fil de son paternel, on faisait franchement mieux comme réveil et elle ne put réprimer son inquiétude et son angoisse, heureusement, il la serra dans ses bras pour tenter de limiter les dégâts et ça fonctionna. « Je n’en sais rien, il ne fait jamais rien gratuitement et j’ai peur de ce qu’il pourrait demander… Tu veux que j’aille voir s’il n’y a pas une boutique dans l’hôtel pour te trouver quelque chose pour te coiffer, doudou ? » Elle adorait passer sa main dedans et le couvrir d’attentions, ça la détendait toujours. Pourtant, elle ne put s’empêcher de se raidir quand il affirma qu’il était probablement fier d’elle. « Des années à survivre dans la rue et il est fier de moi parce que je renouvelle mes vœux ? C’est une blague ? » s’insurgea-t-elle, au bord de la crise de colère, ce qui ne présageait rien de bon pour leur retour sur les terres Herrera mais elle avait l’impression qu’on la prenait pour la reine des connes et ça la rendait folle. « Il peut aller se faire foutre, je ne veux pas de son pognon, même si je dois aller travailler dans un fast food pour payer notre mariage, son putain de fric, il n’a qu’à se torcher avec ! » La messe était dite et elle ne voulait pas du même mariage que son frère, ça ne l’intéressait pas le moins du monde, elle le ferait au gré de ses envies et de celles de Gabriele, ils géreraient tout et personne ne viendrait se mêler de leurs affaires, personne ! Il récolta un coup sur l’épaule et un rire quand il l’appela petite fille, réussissant à la faire redescendre alors qu’elle était encore remontée à bloc. « Oui, je vais y aller, ça me permettra d’imaginer notre mariage ! Pendant que je sauterais en parachute, tu arriveras en hélicoptère et puis on partira à dos de de dauphins ! » Elle pouffa de rire et l’embrassa à pleine bouche, initiant ce qu’elle n’aurait pu terminer et se maudissant en se détachant de lui. Une douche à deux, ça aurait été si agréable. « Garde tout ça pour dans deux jours, ok ! » lui dit-elle avant de se détourner et d’investir la salle de bain, maudissant son père de les contraindre à se farcir sa face et celles de ses sœurs alors qu’ils venaient à peine de se réconcilier. Il ne faisait aucun doute que Mona sauterait sur l’occasion pour foutre la merde, elle avait comme un sixième sens en la matière et elle s’attendait déjà au pire, s’il le fallait, elle lui collerait une putain de correction, ça aurait au moins le mérite de la détendre un peu. Ca ne loupa pas, elle venait à peine de passer la porte qu’on parla de son poids et elle répondit par un regard assassin à sa sœur qui approchait déjà. « Je te préviens que si tu approches pour tirer sur mes joues ou mon bide, je te pète le nez ! » « Oh, ça va ! Y a de l’eau dans le gaz chez les Gambino ou quoi ? » « Non, j’avais juste pas envie de voir ta gueule ! » Elle comprit que ce n’était pas le moment de jouer avec les nerfs de la petite et rendit les armes, laissant sa sœur embrasser Maribel, leur mère puis leur grand-mère qui l’invita à la suivre dans la cuisine pour qu’elle mange un truc, lui disant qu’elle avait l’air pâle et épuisé. Constatant que Gaby ne s’en tirerait pas si facilement, elle finit par prendre congés pour monter dans sa chambre et installer leurs affaires, retrouvant une tenue de Gaby soigneusement pliée dans un coin de sa chambre, elle sourit, se remémorant leurs quelques moments ici avant de réaliser qu’elle ne s’était jamais senti chez elle dans cette maison.



Mal à l’aise, elle fouilla dans sa planque à herbe et en tira quelques joints qu’elle fourra dans sa poche pour sortir en fumer un, tombant sur son mari au passage. Elle lui prit la main et l’entraîna dehors pour qu’ils puissent discuter en toute tranquillité. « Les deux, je ne suis pas chez moi, ici non plus. » Elle évita d’ajouter qu’elle ne se sentait chez elle nulle part, pour ne pas qu’ils se disputent mais elle avait un mal fou à trouver sa place, c’était le drame de sa vie. « Je ne veux pas qu’il paie quoi que ce soit, Gaby… Mais je suis contente pour toi, qu’il te propose quelque chose. » A défaut de le lui proposer à elle, sa fille dévouée qui n’avait de mérite que parce qu’elle était désormais mariée et qu’il s’attendait probablement à ce qu’elle ponde incessamment sous peu. Une colère sourde l’agitait et elle n’était pas du tout d’humeur à relever le moindre sous-entendu. Elle sortit un joint de sa poche et l’alluma, se disant qu’elle l’avait bien mérité. « Je n’ai pas envie de le voir, je suis obligée ? Y a rien que vous pourriez régler à deux ? » reprit-elle, se disant que comme, désormais, elle ne comptait plus qu’à travers son époux et donc son mariage, on pouvait bien se passer de sa présence. Et puis elle se dit que Gabriele ne méritait pas de subir sa mauvaise humeur, ils s’étaient promis de tout se dire. Elle lui jeta un regard de biais alors qu’il nageait dans l’incompréhension. Elle vint se blottir contre lui. « Je suis désolée, c’est pas contre toi mais je suis dégoûtée parce que je n’ai jamais existé pour lui avant maintenant et il te propose du boulot et si c’est super, je me dis que quoi que je fasse, je n’aurais jamais d’importance à ses yeux, c’est tout. Cette maison, ce n’est pas chez moi ! Chez moi, c’était dans la rue et maintenant, c’est près de toi ! » Ce moment passé avec lui, lui permit au moins de s’apaiser un peu avant de se confronter à son père qui la serra dans ses bras alors qu’elle se crispait et ne répondait pas à son étreinte, faire semblant ne faisait pas partie de ses prérogatives. Elle s’installa et l’écouta déblatérer ses conneries, parler de petits enfants alors qu’elle serrait la mâchoire. « Et comme j’ai participé aux noces de ton frère, j’aimerais faire la même chose pour vous ! » « On n’a pas besoin d’argent, on a tout ce qu’il faut ! » « Vous pourriez garder cet argent pour autre chose, les possibilités sont vastes ! » « Non, merci ! » « Ok, ok, alors passons à ma surprise pour toi ! » Il lui tendit une enveloppe dont elle extirpa des photos d’une maison grand luxe. « Elle est belle, pas vrai ? Elle se trouve à Chicago ! Je me suis dit que ça vous ferait plaisir ! » Il était excité comme un enfant mais elle se contenta de passer l’enveloppe à Gaby sans réagir, sa colère refaisant surface alors qu’elle avait l’impression qu’il se payait sa tête. « Ca ne te plaît pas ? » demanda-t-il, comme si ça l’intéressait vraiment. Elle haussa les épaules, ce qui voulait dire tout et n’importe quoi. « Je peux prendre congés ? » « Jez, j’aimerais qu’on discute tous les deux ! » « Je n’y tiens pas, je suis fatiguée, je vais aller me coucher. Mais je suis sûre que quoi que tu veuilles savoir, tu pourras en discuter avec mon mari ! » Elle se dépêcha de quitter la pièce, les larmes aux yeux et s’installa sur le balcon de sa chambre, un joint à la main alors qu’elle pleurait à chaudes larmes. A quoi s’était-elle attendue, franchement ? Elle ne voulait plus jamais refoutre les pieds ici, plus jamais.



***


Il y avait au moins l’un d’eux qui apprécia le moment et elle était contente qu’il se soit senti à sa place, elle regrettait seulement de ne pas avoir pu trouver la sienne, peut-être qu’elle ne la trouverait jamais vraiment, ce qui ne faisait que nourrir son mal être. « Non, il ne m’a rien dit, hormis qu’on devait arrêter de bosser ensemble pour ne pas te froisser mais je n’ai pas bien compris pourquoi, je dois bien le dire ! » Ce n’était pas vraiment le bon timing pour avoir cette conversation, pas maintenant alors que son père offrait tout ce dont elle avait toujours rêvé à son époux. Il était méritant, tout autant qu’elle et il avait bien besoin de reconnaissance mais elle avait l’impression qu’on lui fermait toutes les portes, les unes après les autres, comme si son genre était une raison suffisante pour l’enfermer dans un moule, pour un peu, elle en aurait chialé. « Non, je dois avouer que non, parce que j’avais l’impression de ne rien faire de mal en aidant la famille et moi, ça me faisait me sentir utile plutôt que de rester chez nous à rien faire, à manger, manger, manger jusqu’à tripler de volume, quand je ne buvais pas jusqu’à m’assommer complètement. »  Elle frotta ses paumes sur ses cuisses, mal à l’aise, c’était visiblement toujours le cas quand elle faisait un passage express dans sa famille. « Explique-moi, ce qui posait problème, je veux dire. Je pensais que ça tenait aussi au fait que je m’entende bien avec Lucky et que tu étais jaloux, y avait de ça aussi ? »



***



« Tu seras joignable, de toute façon, non ? » demanda-t-elle avec une once d’inquiétude alors qu’il l’attirait à lui. Elle n’aimait pas l’idée qu’il parte sans elle, mais elle n’avait aucunement l’intention de le lui dire, elle lui faisait confiance et si les tentations étaient nombreuses, il saurait y résister et ne pas les abîmer, elle en était convaincue. Leur quotidien était bien huilé, elle venait tôt le matin et sa prof arrivait peu de temps après, elle passait des heures à faire de l’anglais avec elle, s’améliorant de jour en jour et puis elle se mettait au boulot avec Gaby après ça, elle gérait l’intendance du restaurant et finissait par rentrer avant lui pour bosser ses cours et ses exercices et préparer le repas – ce qui consistait à commander ou à faire réchauffer un truc – avant de l’appeler pour savoir où il en était et lui faire couler un bain. Parfois, elle l’invitait à prendre une douche avec elle mais il n’avait qu’à se montrer pour qu’elle arrête tout et ne s’occupe que de lui. Pino lui apprenait aussi les rudiments de la cuisine dès qu’elle avait un peu de temps libre, elle espérait pouvoir réaliser quelques-uns des plats préférés de Gaby avant le prochain millénaire. « Tu vas me manquer ! » avoua-t-elle en se pressant contre lui, entamant un jeu dangereux qui prit fin dès qu’il parla de sa nièce. « Non… Non, non, non ! Je n’ai pas envie de lui faire ça par-dessus le marché ! Déjà que tout le monde décide pour elle ! Ca me dégoûte ! » Elle s’éloigna de lui, essayant de ne pas se faire avoir par son regard de chien battu et sa proposition indécente. « Surtout que tu me fais marcher, tu vas encore trouver une excuse pour que ça n’arrive pas ! J’ai compris, t’aurais l’impression que je commande, ça va, c’est pas grave… » Elle haussa les épaules alors qu’il approchait et l’enlaçait à nouveau, usant de stratagèmes ignobles pour qu’elle ne le repousse pas, réitérant sa question. « Ils sont ensemble à l’université, ils n’ont rien fait mais ça ne devrait plus tarder sauf s’il tient vraiment tant que ça au mariage avant, va falloir que quelqu’un se dévoue pour lui annoncer la nouvelle ! » exhala-t-elle, se fustigeant intérieurement pour être si faible dès qu’il posait les mains sur elle. Elle attrapa ses paumes et les défit de son corps pour prendre ses distances. « Je vais rentrer bosser mes cours ! Je préfère te le répéter mais je ne prendrai part à rien concernant ce mariage, rien du tout, je n’ai même pas envie d’y aller ! Et je ne veux pas non plus foutre les pieds dans la maison que mon père a offert à la femme mariée, pour les mêmes raisons ! Je t’ai laissé des annonces immobilières sur ton bureau mais je pense qu’embaucher un agent immobilier serait mieux ! L’hôtel, c’est bien mais je me sentirais mieux dans un chez nous ! »





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MessageSam 28 Jan - 23:16

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne


Jugez-le imbécile de douter aussi souvent des sentiments de son épouse. C’est la conclusion la plus facile, bien plus que la réalité de leur relation compliquée. Pour quelqu’un comme Gaby, quelqu’un qui se sentit mal aimé très jeune par sa propre famille et qui ne trouva jamais de preuve du contraire. Alors, que sa femme puisse l’adorer à ce point relevait pour lui de l’ordre du fantasme. Elle le clamait haut et fort, c’est vrai. Il ne le niait pas, mais la part la plus craintive de sa personnalité interprétait mal sa chanson. D’après lui, elle confondait habitude et affection avec ce sentiment bien plus fort qu’il nourrissait véritablement pour elle. Elle s’était persuadée d’être amoureuse de lui pour mieux accepter son sort. Elle se forgea cette illusion pour se faciliter la vie, mais c’était aussi fragile qu’un château de cartes prêt à s’écrouler au moindre soupir. Ce n’était pas des bases solides pour avancer sereinement, juste de quoi brider son tempérament. Il se méfiait de tout, d’elle et de lui surtout. Il faisait attention à ce qu’il disait – préférant dès lors le silence – et à tout ce qu’il faisait-  choisissant trop souvent la fuite – pour les préserver d’un drame. Il était persuadé du bien-fondé de son attitude, persuadé qu’il abondait dans le sens de ses désirs à elle en lui fichant la paix. Alors qu’il mourrait d’envie de lui hurler de rentrer avec lui, il se fit violence pour prétendre l’inverse, histoire de ne pas la brusquer. Que récolta-t-il ? L’effet contraire à celui escompté et une comparaison peu flatteuse avec un pleutre de la part de son beau-frère. Loin d’être idiot, il saisit assez aisément que la démarche était plus louable qu’elle n’y semblait, qu’elle le tuait à petits feux, qu’il avait l’impression de baigner dans un bain d’injustice, mais ça ne changeait pas grand-chose. D’un point de vue extérieur, il était le coupable et il ne le réfutait pas. Non. Il se pressa à présenter des excuses et reçut miséricorde comme une grenouille de bénitier pendant l’eucharistie. Il était soulagé, pas tant parce qu’elle confessait entre d’autres mots ce qu’elle n’avait de cesse de répéter, mais parce qu’il donnait tout ce qu’il avait pour la croire sur parole cette fois. Sans doute était-il plus détendu d’être loin de New York qui ne leur avait jamais rien valu, ce qui les aidait toujours. Ils débarquèrent au Salvador sur un cas fortuit. Le choix du restaurant relevait aussi du hasard. Tant qu’ils étaient loin des Etats-Unis d’Amérique et de cette ville maudite où il vit le jour, Gaby se sentait de toute façon mieux. Il ne prit donc pas le risque d’amener sur le tapis ce contre quoi il luttait, contre cette idée tenace que Jezabel se berçait de faux-semblants sans vraiment le vouloir. A son sens, ce serait une erreur de calcul monumentale, autant que se taire, mais il ne l’apprendrait que bien plus tard. Sur l’heure, ils avaient d’autres sujets à aborder, comme le déménagement, l’avenir de sa conjointe et celui de son ex, la call-girl.

Le premier bon point, c’était son enthousiasme à l’idée de bosser avec lui au restaurant, ce qu’il ne comprenait pas vraiment pour tout avouer. Elle déchanterait, c’était certain. Jezabel était une fille bâtie pour relever des défis, pas pour commander des kilos de poissons et réceptionner des caisses de fruits et de légumes. Elle serait, au même titre que lui, un talent gâché, mais ce n’était pas ce qui l’inquiétait le plus. Ce qui le tracassait, c’était l’ennui. Il avait peur qu’elle se lasse de la tâche et de l’avoir constamment dans les pieds. Lui, ça ne lui posait aucun problème. En réalité, s’il n’y avait que de lui, il la traînerait avec lui partout où il se rendait. Moins elle s’éloignerait, moins vite elle se rendrait compte qu’elle distinguait mal l’amour d’autre chose. Mais, la routine, ne serait-ce pas un accélérateur ?  Des couples qui se déchirent à vivre l’un sur l’autre, il en existait des mille et des cents. « Oui. Je suis sûre que ça te plait, mais c’est pas l’éclate non plus. Tu vas vite te faire chier. » Remake de sa  discussion avec Mani, il lui confia que ce n’était pas assez palpitant à son goût. « Je ne te dis pas ça pour te dissuader ou te dégoûter, mais parce que je ne veux pas que tu sois déçue. C’est d’une simplicité et d’une banalité à pleurer… Mais, je me dis qu’au moins, comme ça, on sera tous les deux… jusqu’à ce que tu te lasses.» Il grimaça ce qui ressemblait à un sourire, mais qui n’en était pas vraiment un. C’était plutôt l’expression d’une angoisse naissante. « Je te trouverai quelqu’un pour s’en charger. Une professionnelle. » Et le genre employé n’était pas un hasard. « On peut faire ça au restaurant ou, si tu as besoin de changer d’air parfois, je pourrai d’y déposer. On s’arrangera au fur et à mesure. Le but, ce n’est pas que tu fasses une indigestion de moi et du I Fratelli. » Nous y étions enfin. Il enclencha le détonateur sans même s’en rendre compte.

Elle, en revanche, elle saisit bien le problème et démontra de son immense capacité à le rassurer, toujours. Posséderait-il un dixième de ce don d’exception que leur couple se porterait tellement mieux. Au lieu de ça, il opta pour le silence, une fois de plus, à la différence qu’il n’était pas une punition ou un moyen de reculer. Il réfléchissait uniquement au bien-être de sa dulcinée cette fois. Plus personne ne lui ravissait la place au cœur de ses priorités, même pas ce gosse qu’il adorait tant et qu’il sacrifierait, même si elle s’y opposait, ce qui était somme toute étonnant. Un bouffée d’admiration l’envahit et il se pencha sur sa conjointe, souleva son menton et l’embrassa tendrement. Au Diable les curieux. Une telle proposition méritait d’être accueillie par un baiser et soulignée comme il se doit par une je t’aime ému. « Personne ne va prendre qui que ce soit et je m’en chargerai bien tout seul. Ne t’inquiète pas. » la rassurais-je conquis par son sens du sacrifice, un peu moins lorsqu’elle se leva de sa chaise après avoir sous-entendu qu’elle ne verrait aucun inconvénient à glisser sous la table. C’était excitant, à condition qu’elle soit une vulgaire putain.  Lizzie aimait ça : ramper à ses pieds en public pour défaire sa braguette. Ça ne changeait rien à l’image qu’il avait d’elle et ça ne modifierait sans doute pas celle de son épouse à ses yeux. Mais, était-ce respecter sa femme ? Avait-il le droit de la priver de son innocence, mais si elle donnait l’impression d’être plus que consentante ? Il ne savait pas trop où se situer dans tout ça… Il aurait bien aimé vérifier quelques théories la nuit même, sauf que…la vie est pleine de surprise. A défaut de réconciliation, ils gagnèrent une invitation chez son beau-père et les prémices d’une crise de panique pour sa femme.

Il la désamorça comme il put et, surtout, en repoussant, dans les propos tenus par sa femme, tout ce qui était susceptible de le blesser. Il y songea tandis qu’elle se douchait et, le mari aimant et compréhensif qu’il aspirait à devenir, prit finalement le dessus. Ses années dans les rues, c’était son combat pour gagner de la valeur aux yeux de son père. Sa déception, ce n’était pas de l’avoir épousé lui, mais que ça soit pour Rafael le seul critère qui offrait à sa fille un quelconque intérêt. Il y avait de quoi l’avoir mauvaise. C’était même légitime. Il en gardait bien un léger goût amer, mais il disparut dans le bureau du grand manitou. Chicago lui tendait à nouveau les bras. Son bonheur était à son comble. Il croyait du comme fer que rien ni personne ne le contrarierait, mais il dégringola de son nuage quand il intégra, à la réaction de Jez, qu’elle ne partagerait pas son allégresse. « Okay. Je peux refuser si tu préfères. Ça reviendrait à insulter la seule personne qui n’a pas oublié qu’on était marié et qui essaie de nous rendre justice par rapport à Mani et Cinzia, mais si ça t’indispose à ce point, je vais refuser. » Dans l’absolu, sa décision était déjà prise. Il sentait la mort s’insinuer dans son âme, mais il s’était promis de ne plus se comporter comme un égoïste. Il s’employa donc à jouer les types détachés, le gars qui n’y tenait pas vraiment, celui qui ne cherchait pas à tout prix la reconnaissance, peu importe d’où elle venait. Ce qu’il pouvait être pathétique parfois. Il était complètement perdu et qu’elle se presse contre lui lui fit un bien fou. Il l’entoura de ses bras et embrassa sa tempe, l’air pensif et inquiet. Il n’aimait pas lui forcer la main. « Je sais exactement ce que tu ressens… et je n’ai même pas le loisir de me dire qu’on m’ignore parce que je suis une femme. Alors, tu vois, on est dans le même bateau. Mais, au lieu de te dire que tu ne comptes pas pour lui, pourquoi est-ce que tu ne te dis pas qu’il tient justement une occasion, à travers moi, de te prouver qu’il est fier de toi, fier de tout ce que tu peux accomplir, mais ce pour quoi tu n’avais pas l’air taillée ? C’est pas impossible, tu sais. Il se sert de moi pour que toi, tu sois heureuse, parce que maintenant que je suis là, il peut se le permettre, ce qui n’était pas le cas avant, parce que tu es une femme, tout simplement. Franchement, qui aurait pu s’imaginer que tu en serais là aujourd’hui, amoureuse et déterminée à réussir ton mariage ? C’est normal qu’il le voie comme une réussite, même si ce n’est pas celle dans laquelle tu aurais préféré t’illustrer. » Dit à voix haute, c’était terriblement cruel pour lui, mais il ne méritait pas grand-chose de mieux. Il avait chié dans la colle bien trop souvent pour s’en offusquer. Il ravala sa propre tristesse et surenchérit. «  Tu n’es pas ton frère. Tu ne pourras jamais l’être. Mais, s’il veut participer à notre re-mariage, comme il l’a fait pour Mani, alors qu’il pourrait trouver ça complètement con, c’est peut-être parce que, toutes proportions gardées, il te voit à son égal parce que tu lui auras été aussi utile que lui… » Parce que ça ne tenait qu’à ça, à ce que ses enfants avaient à lui apporter. En ça, il pouvait serrer la main à son père. « Si mon père m’appelait pour me proposer de participer aux frais, je crois que c’est le plus beau cadeau qui me ferait, pas à cause de l’argent, ça, je m’en fous, mais parce qu’il réaliserait qu’on existe, comme tous les autres de ses enfants et de ses beaux-enfants. »

Ce qu’il pouvait être naïf parfois ! L’attitude de son épouse devant son père attestait de tout ce qu’il avait perdu en temps à discuter avec elle pour qu’elle change son fusil d’épaule. Elle était têtue. Il le savait pourtant. Enfermé dans cette bulle d’ouate que son départ ne supposait pas, il l’avait simplement oublié. Il se crispa sur sa chaise et ce fut pire quand elle quitta la pièce l’air maussade ou fou de rage. Tenir ses promesses serait particulièrement difficile si elle n’y mettait pas du sien. Il était furieux à son tour, furieux d’avoir à présenter des excuses à son beau-père. Tout ce qu’elle renvoyait comme image de lui, c’était qu’il ne savait pas la tenir, qu’elle décidait pour eux, que ce n’était qu’un couillon et il aurait juré avoir reconnu le mépris dans le fond du regard de son interlocuteur. Il fit de son mieux pour ne pas sortir d’un pas pressé et ne pas bondir directement dans la chambre qui leur était allouée. S’il se présentait à elle avant de se calmer, il perdrait son sang-froid et il n’avait aucune intention de la mettre plus mal à l’aise dans cette maison qu’elle ne l’était déjà. Il consomma la moitié de son paquet de cigarette dans l’immense jardin de la villa et dès qu’il se sentit moins près d’exploser, il se montra. Il la trouva en train de fumer un joint, un de plus, il soupira profondément pour maintenir sa colère et sa frustration à l’écart. Il l’invita ensuite à s’asseoir et il amorça ce qu’il ne tolérerait pas en utilisant son propre frère. Ce serait mieux que de se lancer dans une diatribe remplie de reproches et il trancherait plus facilement cette question : le faisait-elle exprès ou non ? De prime abord, à sa réponse, il opta pour la négative. Tant mieux ! Ce serait plus aisé de nuancer si elle ne réalisait pas ce qu’elle sous-entendait. Provoquer une nouvelle dispute l’épuiserait. « Oui, il y a de ça. Je n’aimais pas l’idée que tu passais plus de temps avec lui qu’avec moi. Ou, plutôt, que tu t’amusais mieux avec lui, mais il n’y a pas que ça. » Compte tenu de ces accusations lors de la médiation, celles où elle prétendait que seule ma réputation comptait, il était bien conscient qu’il se lançait sur une pente glissante juché sur des patins à roulette, mais avait-il le choix ? elle pouvait tenir les rênes en initiant en lui des révolutions sur tous les pans de leur vie, même sexuelle, mais le faire passer pour un con devant témoin, c’était intolérable à cause de son statut et de sa position loin d’être confortable. « Il y aussi que ce que ça renvoie comme image de nous et de moi. Je sais que je t’ai dit que ma réputation n’était pas essentielle. Si tu avais accepté ma fausse demande de divorce, je l’aurais fait, parce que je ne veux pas que tu sois malheureuse. C’est la dernière chose que je veux, mais… »  Il soupira et pria de toutes ces forces pour qu’elle intègre qu’il agissait pour le bien à tous les deux cette fois, pas seulement le sien. Ils allaient au-devant des ennuis si elle ne changeait pas son fusil d’épaule et, de plus, il n’avait aucune envie de hausser le ton..

« En roulant avec Luciano, tu as laissé sous-entendre que vous décidiez, ensemble et sans vous préoccuper de moi et c’est dangereux. Je veux dire, j’ai des projets et je sais ravi de t’y associer, mais je ne pourrai le faire que s’il n’y a aucun doute sur qui est à la tête de tout ça. Tu ne peux pas porter le pantalon aux yeux du monde. A la limite, à la maison, quand on aura enfin trouvé un équilibre sur le long terme, ce dont je ne doute pas, on fera encore ce qu’on veut. Si tu as un projet à me soumettre, on pourra le mettre en place sans aucun problème. Je ne te garantis pas que je pourrais être totalement honnête sur qui a eu vraiment l’idée par contre. Et, tu dois trouver ça injuste, je m’en doute. Je trouve moi-même que ça ne l’est pas vraiment, mais c’est tout ce que j’ai à t’offrir, parce que j’ai tout à prouver et que rien n’est sûr dans mon monde. Alors, quand tu me fais des choses comme aujourd’hui, devant ton père, quand tu m’obliges à m’excuser pour toi, parce que tu refuses de lui donner l’illusion que tu restes à ta place. » Il ne choisit pas le terme « illusion » par hasard. Il cherchait surtout à la créer, qu’elle ne s’insurge pas en estimant qu’il souhaitait surtout la brider lui-aussi. Dieu que tout ça était compliqué. Que ne donnerait-il pas pour grimper dans le premier avion et s’enfuir avec elle sur une île déserte, là où personne ne ferait pression sur eux, là où il pourrait s’aimer sans s’inquiéter de protocole désuet. Il n’était pas un homme moderne. Ces règles et ses lois lui avaient parfaitement convenus jusqu’ici. Elles entraient cependant en totale contradiction avec les besoins de Jezabel et il ne savait plus sur quel pied danser. « J’aurais préféré que tu acceptes que je refuse tout ce qui venait de lui moi-même plutôt que de te comporter comme une gamine qui me mène à la baguette et que je suis incapable de tenir. Parce que, tu vois, j’ai été tenté de te de demander fermement de rester, mais on serait reparti sur une bagarre. Alors, je te le demande comme une faveur, Jez. Fais un effort, parce que je crains de ne pas pouvoir respecter toutes mes promesses si tu n’y mets pas un peu du tien. Tu comprends ? »


***


« Evidemment. Peut-être même que je te sonnerai une fois par jour, peut-être même deux ou trois, ou toutes les heures. » souffla-t-il dans son cou alors qu’il ceignait ses hanches pour la ramener tout contre lui. Elle sentait bon, Jez. Elle lui faisait tourner la tête d’un rien pas grand-chose. Plus encore maintenant qu’il se prenait moins la tête à demeurer perpétuellement dans la retenue. D’après ses statistiques fumantes, la majorité des couples qui s’affichaient étaient plus épanouis. Ça se vérifiait pour eux. Il dégoulinait d’amour et ça leur allait plutôt bien. Gaby appréciait également cet air prostré qu’affichait quelque fois l’un ou l’autre de ses hommes dès lors qu’ils interrompaient le couple dans une caresse ou une accolade. Il se sentait grand et fort, parce qu’il était indéniable que chacun trouvait son épouse magnifique. Elle l’était. Seul un aveugle ou un homme sans goût la trouverait sans saveur. « Tu vas me manquer aussi, tu sais… » Si bien qu’il songeait parfois à la prendre avec lui durant cette escapade. Ce qui le retenait, c’était la peur qu’elle s’ennuie ou qu’elle souffre de ne pas être mandatée pour cette mission au nom de son propre père. Il ne repoussait pas totalement cette éventualité néanmoins. Il n’avait pas encore statué et lorsqu’elle était là, dans ses bras, aussi douce que de la soie et câline qu’un félin apprivoisé, la balance penchait du côté que la demoiselle préférerait sans doute. Cette invitation, elle l’apprécierait bien plus que celle qui consistait à espionner Bianca. Jezabel n’avait pas bien réagi en apprenant le mariage arrangé de sa nièce et manqua de vexer le Sicilien qui se demandait toujours si ce ne serait pas le point de départ du désamour irréparable cette fois. Oui. Il s’en inquiétait à chaque fois qu’elle refusait de prendre part à une réunion ou à une fête qui traiterait de cet événement.

« Non ! Je te fais peut-être pas marché cette fois. J’ai peut-être envie de me rassurer avant de partir loin de toi pour quelques jours. » Il dénudait déjà son épaule pour y poser des lèvres tendres et des dents plus coquines. Ce genre de rapprochements valait mieux qu’une querelle à propos de son ressenti et du sort de la plus jeune des Gambino. Il priait pour que sa dulcinée se laisse charmer et passe ainsi à autre chose maintenant qu’elle avait craché le morceau. C’était trop lui en demander cependant. Elle le repoussa séance tenante et l’ombre de la contrariété voila son regard. « Pourquoi ? Pourquoi tu ne prendrais part à rien et pourquoi tu n’irais pas à ce mariage ? » s’enquit-il sur ce ton qui présumait qu’il avait cessé de jouer. « Tu ne veux pas de la maison que ton père t’offre, tu ne veux pas soutenir Bianca dans ce que tu as l’air de considérer comme la pire épreuve au monde pour une femme. Sérieux ! ça ressemble à quoi ? C’est une façon de protester contre quoi ? ça va mieux pourtant, toi et moi. Je pensais que tu étais heureuse et en tout cas, je fais tout pour que tu le sois. Tu n’es pas satisfaite ? Tu aurais préféré qu’un autre fasse tout ça pour toi ? Un que tu aurais choisi ? Parce que si tu en es encore là, Jez, ça veut dire que les problèmes ne vont pas tarder à nous sauter à nouveau à la gueule et que dans ces conditions-là, je vois pas pourquoi je devrais me casser le cul à chercher un appartement ou une maison, ici, à New York, juste pour pas que tu sois loin de ton frère, alors que moi, j’ai juste envie de me casser à Chicago avec toi. » L’aurait-il souhaité qu’il aurait été incapable de dissimuler qu’il avait mal au cœur, ce qui changeait du ton acerbe et désagréable de l’homme bafoué qui troque son affliction contre de la mauvaiseté, histoire de préserver sa fierté. « Tu vois, quand tu réagis comme ça, je peux pas m’empêcher de me demander pourquoi tu me dis que tu m’aimes. Si tu essaies surtout de t’en convaincre toi pour avoir l’impression que ton mariage n’était pas la pire des choses qui te soient arrivés ou si tu essaies de m’en convaincre moi pour pas que je me rende compte que tu pleures toujours les rues de San Salvador. Je ne sais pas non plus comment je dois le prendre d’ailleurs. Si je dois en être triste ou si je dois le vivre comme une insulte. » Froid comme le marbre, il se rassit derrière son bureau et n’accepta aucune marque d’affection. « Rentre bosser, je me chargerai de nous trouver un agent immobilier dans le coin. En général, il y a des questionnaires à compléter, quand tu sauras ou tu en es, on le fera ensemble, si tu veux. » Il eut à peine conclu sa phrase qu’Amadeo frappa à sa porte. Un homme bien portant était désireux de lui parler, un problème avec un plat visiblement. Comme s’il y connaissait quoi que ce soit en cuisine… il ne serait d’aucune utilité, mais il ramassa son blazer, embrassa le front de sa femme et s’éclipsa, peu disposé à entrer dans la peau du médiateur.

Ce soir-là, il ne rentra pas aussi enjoué que ces dernières semaines, mais il s’employa à ne surtout pas lui tirer la tête. Pourquoi faire ? Il reproduirait la bonne vieille rengaine d’antan. Il se rembrunissait, elle paniquait et il jouait à celui qui serait le plus odieux ou le plus silencieux. Ça ne leur apporterait rien, surtout qu’elle avait mis les petits plats dans les grands, sans doute soucieuse de créer un climat favorable à la conversation. « Tu sais, tu n’es pas obligé de faire tout ça. Je ne suis pas fâché pour toi. Je suis…perplexe, en fait. »








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La malavita
Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Jezabel Gambino
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MessageVen 3 Fév - 23:34

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido

Elle ne se voilait pas la face, elle avait sans doute mérité le fait qu’il n’ait pas confiance en elle, pas suffisamment pour croire qu’elle puisse l’aimer sincèrement. A vrai dire, elle ne comprenait pas bien pourquoi il refusait de l’envisager, comme si c’était une idée aussi folle que l’existence d’une vie extraterrestre. Pour qu’il accepte d’entendre quoi que ce soit à ce sujet, elle devait constamment se battre pour un résultat qui n’était pas vraiment à la hauteur de la bataille. C’était aussi décourageant qu’inquiétant. Elle se demandait ce qu’il adviendrait d’eux s’il n’était déjà pas capable de voir ce qui crevait les yeux et que tout le monde remarquait sans qu’on leur fasse un putain de dessin, une dissertation, un dessin dans le ciel et une chanson portant son nom. Que pouvait-elle faire de plus ? Elle se donnait corps et âme, au point de s’abîmer chaque fois qu’il la rejetait ou qu’il lui imposait sa logique ou son mode de vie, soi-disant pour son bien, simplement parce qu’elle voulait qu’il soit heureux et accessoirement, avec elle. Elle ne savait pas ce qu’elle pourrait lui donner comme preuve supplémentaire de son amour inconditionnel. Ils ne seraient jamais Lyla ou Luciano et encore moins Manuel et Cinzia, ils devraient se faire une raison mais ça ne signifiait pas qu’ils auraient moins bien, pas pour elle, ça voulait simplement dire qu’ils auraient quelque chose de différent qui n’appartiendrait qu’à eux. S’il commençait à revoir son mode de pensée et s’il cessait d’attendre de l’amour et de la reconnaissance de la part de ceux qui se fichaient bien de lui apporter tout ça sur un plateau, peut-être qu’ils pourraient avancer plus vite. Jezabel était jeune et débordait de confiance en elle, même si les débuts chaotiques de leur mariage avaient un peu entamé son optimisme juvénile, il lui en restait suffisamment pour qu’elle lui offre tout. Il n’eut pas l’air plus ravi que ça qu’elle s’enthousiasme de travailler avec lui, insistant sur le fait qu’elle allait s’ennuyer et qu’elle se lasserait de lui et du restaurant. Il ne s’imaginait pas quelle signification ça pouvait avoir pour elle d’avoir la possibilité de gérer autre chose que l’intendance chez eux, enfermée la quasi-totalité du temps en s’occupant à des choses futiles qui lui donnaient l’impression d’être une inutilité flagrante. Le restaurant, c’était le début de quelque chose, de projets à deux et peut-être une preuve de confiance, à moins qu’il s’y sente obligé. Son enthousiasme fut un peu entamé mais elle refoula sa mauvaise humeur et refusa de se laisser gagner par l’insolence ou elle gâcherait tout. Elle devrait seulement passer un temps fou à lui rentrer dans le crâne qu’après un quasi abandon, elle voulait bien signer tout ce qu’il souhaitait pour avoir la chance de faire une overdose de sa présence, tout pourvu qu’elle n’ait plus l’impression d’être un boulet accroché à sa cheville. Sa proposition de récupérer le petit ou de l’achever elle-même ne remporta aucun suffrage, à son plus grand soulagement et elle crut distinguer dans son attitude et dans son regard qu’il avait saisi qu’elle ne le faisait pas de gaieté de cœur mais par amour.



Ils étaient rabibochés mais elle avait l’impression qu’il continuait à prendre tout ce qu’elle lui disait et lui assurait avec des pincettes, forcément, elle n’était pas dans les meilleures des dispositions pour entendre la grande nouvelle qui disait que son père venait de confier une lourde tâche à Gaby. Elle se souvenait avec exactitude de ce qu’elle lui promit en Sicile, qu’elle serait dans l’ombre pour l’aider à atteindre le sommet, d’une manière ou d’une autre, qu’elle agirait pour qu’il puisse obtenir ce qu’il désirait puisque le jeu de la chance était terminé pour elle mais ça ne signifiait pas qu’elle n’en souffrait pas pour autant. Il faudrait du temps pour qu’elle soit capable de prendre assez de recul pour ne plus se sentir trahie. Elle fit de son mieux pour dissocier ses sentiments et tenter de se montrer heureuse pour lui, parce qu’il méritait tout ça, il n’avait pas été mieux loti qu’elle jusqu’à maintenant et il était grand temps que la roue tourne pour le sicilien. Néanmoins, elle ne voulait pas de l’argent de son père, elle ne voulait rien de lui qui l’avait refourgué à quelqu’un pour une histoire de gros sous et qui se réjouissait à présent que tout se passe bien mais pas grâce à lui ou à ses efforts pour préparer sa fille ou pour faire en sorte qu’elle soit heureuse. Ca la rendait malade, être réduite au rang de femme ou de vagin sur pattes, ça lui collait la gerbe. Et on se demandait encore pourquoi elle refusait que les hommes l’approchent avant son mariage… Ce fut difficile mais elle s’empêcha d’éclater de rire quand il lui parla de réussite parce qu’elle était amoureuse et avec l’envie de réussir son mariage. Le rêve de toute une vie ! Pensa-t-elle avec ironie. Elle n’avait plus que ça, tout ce qu’elle avait tenté de mettre en place pour donner une autre direction à sa vie new yorkaise avait échoué ou avait été réduit en pièces par Gabriele, directement ou pas, là n’était pas la question. Non, elle n’était pas contente, non, elle ne croyait pas que son père l’aimait suffisamment pour faire quoi que ce soit à travers Gabriele, il espérait seulement les encourager à faire tout un tas de gamins rapidement et sûrement à avoir le droit à des petites infos en gardant Gaby sous sa coupe, parce qu’elle, elle ne lui dirait rien, absolument rien. Vexée et triste d’en être arrivée là, elle refusa d’entrer dans le moindre débat, préférant garder les bras enroulés autour de lui pour qu’il ne puisse voir la déception sur son visage. Ravaler sa rancœur, c’était ça, être une femme. Tout ce qu’elle retira de ses tirades, c’était qu’elle était le problème et qu’elle devait mettre de côté son ego et son amour propre, oui, les siens étaient primordiaux mais pas ceux de sa femme, à quoi ça pouvait bien servir à une femme de toute façon ? Hm ? « Il ne fait ça que pour nous contrôler, c’est un cadeau empoisonné, Gaby, je ne veux pas que ça nous explose au visage ! » murmura-t-elle avant de se détacher de lui, terminant son joint pour tenter de se détendre avant la grande entrevue qui l’emballait autant qu’un festival du film norvégien sanas sous-titres. Utile en se mariant… C’était d’un déprimant ! Elle regrettait de ne pas avoir insisté pour ne surtout pas débarquer ici et ça ne s’arrangea pas quand il la rejoignit. Elle qui pensait avoir tout fait pour que son père soit certain qu’il pourrait tout gérer avec Gaby sans son consentement, après tout, elle n’était qu’une représentante du sexe faible, elle était à côté de la plaque. Heureusement, avant qu’il ne la rejoigne, elle avait eu le temps de sécher ses larmes.


Il ne le réalisait peut-être pas mais il lui avait collé un sacré coup de massue un peu plus tôt, elle se sentait encore dans les vapes et elle aurait aimé éviter une autre prise de tête mais ça semblait utopique. Sa place ? Dans l’ombre, en silence ? Si ses larmes ne s’étaient pas taries, elle aurait pu repartir de plus belle. C’était ça, son avenir et si elle ne trouvait pas quelque chose dans lequel s’épanouir, elle finirait par s’éteindre pour de bon, elle n’agirait plus que mécaniquement, comme un putain de robot. Elle n’était pas ses belles sœurs, elle ne vivait pas que pour une autre personne mais pour elle-même, depuis toujours, pour sa position, pour se hisser à la tête de l’échelle sociale d’où elle avait salement dégringolé pour se retrouver absolument nulle part, en suspension dans le vide mais surtout dans l’ombre de son mari, derrière lui qui devenait son bouclier mais aussi sa cloche en verre doré. Le silence, c’était sa seule réponse et la plus sûre. Dès qu’elle ouvrait la bouche, il n’en sortait rien qui lui convenait, jamais rien. Au fond, il n’avait pas vraiment envie de savoir ce qui se passait dans sa tête, il n’était pas capable d’assumer tout le négatif qui avait seulement besoin d’être dissipé. Non… Il ne comprendrait pas parce qu’il faisait des efforts monumentaux, elle le savait et le voyait, à quoi bon lui donner l’impression que c’était inutile ? De toute façon, se débattre ne servirait à rien hormis la rendre malheureuse. Ca ne changerait pas cet état de fait, il décidait et elle suivait, fin de l’histoire, fin de négociations. Des efforts, elle ne faisait que ça, elle mordait sur sa chique, encore et encore, sans voir le moment où les choses changeaient pour elle, le moment où on la traitait comme un être capable de penser et de décider. Elle écrasa son joint sur le rebord du balcon et le jeta par-dessus. Si elle avait encore un doute concernant l’amputation de ses ailes, elle savait désormais qu’elle n’en avait plus du tout. Elle se tourna vers lui et lui offrit un sourire triste, s’approchant pour lui voler un baiser. « Je ne voulais pas donner cette impression. Je suis désolée ! Je vais aller présenter des excuses et faire en sorte qu’il sache que tu n’étais pas d’accord avec moi et que tu m’as remis à ma place, tu vas voir, je fais ça bien ! » Un petit rire lui échappa, elle embrassa à nouveau ses lèvres. « Je vais prendre mon air de sale gamine qui vient de se faire passer un savon et ce sera réglé, tu verras. » Ce fut une véritable épreuve de se pointer dans le bureau de son paternel sans que tout le fiel qui emplissait sa bouche ne s’échappe, encore plus de lui faire croire qu’elle avait été corrigée par son mari. Elle ne fit que mépriser davantage Rafael et accepter son pognon et cette maison lui fit un mal de chien mais il eut l’air satisfait et ce fut suffisant pour ramener la paix dans la maison. Le dîner se passa dans la bonne humeur générale et elle n’eut pas besoin de trop se concentrer pour jouer son rôle de femme docile. Elle loucha quelques fois sur les bouteilles qui traînaient sur la table et répondait quand on s’adressait à elle mais elle n’avait rien à dire et pas envie de parler. Il tenta bien de savoir comment elle se sentait mais elle le plaqua contre la porte et lui défit sa ceinture pour le faire taire d’une façon sacrément efficace. « J’ai hâte qu’on s’en aille ! » Lui confia-t-elle une fois qu’ils furent allongés, pressés l’un contre l’autre.


***


Elle fumait son cinquième joint dans le belvédère, incapable de fermer l’œil, elle avait fini par sortir pour prendre l’air et tenter de faire le point. Habituellement, c’était à son frère qu’elle parlait mais il était loin et elle n’avait pas le cœur de l’appeler et de le déranger. Elle avait pleuré, encore, se demandant à quel moment elle était devenue une putain de faible. Ce fut une véritable surprise de voir Mona débarquer dans un gros gilet pour s’asseoir près d’elle. « Alors modèle réduit, qu’est-ce qu’il y a ? » lui lança-t-elle. Des deux, elle avait toujours été la moins méchante, en fait, elle ne se souvenait pas d’une seule méchanceté lancée par Mona, Maribel était la seule à avoir le fond méchant et la plus mal mariée mais chacun aucune de ses conversations avec Mona n’avait été répétée. La gamine hésita et après de longs silences, finit par tout lui expliquer. Sa sœur eut un petit rire sans joie, lui prenant son joint des mains. « Le bonheur d’être mariée, ma chérie ! T’as peut-être eu le droit à un type plus sophistiqué que nous mais ils restent tous les mêmes ! Plus tu vas résister, plus tu seras malheureuse. Nous, Maribel et moi, on nous a jamais fait croire qu’on pourrait faire autre chose alors ça a été moins difficile mais toi … Papa aurait jamais dû te laisser faire ça, regarde maintenant, regarde combien tu souffres alors que c’était prévisible. Tu dois lâcher prise ou il va se sentir menacé et il va te mener la vie dure. Tu n’auras plus jamais une autre place que celle qu’on veut bien te donner et personne ne te donnera rien à part lui. Tu as de la chance, Jez, il accepte que tu aies une autre place que celle à la maison, avec les gosses et le chien. Tu as tout ce que tu pourrais avoir, ne gâche pas tout. Il est gentil avec toi, non ? » La brunette hocha la tête, se gardant bien de lui parler de leurs problèmes de couple, il n’était pas question de mettre de l’huile sur le feu ou de faire passer Gaby pour un salaud, ça ne regardait qu’eux. « Laisse couler, ne te rends pas malheureuse, tu ne peux rien changer, plus vite tu te feras à l’idée, plus facile ce sera ! » De la chance ? Oui, elle en avait. Sa vie n’était pas terminée, il avait accepté de lui ouvrir des portes, il fallait qu’elle relativise avant de tout gâcher. Elle déposa un baiser sur la joue de sa sœur et lui abandonna ses joints roulés pour retourner dans sa chambre. Elle se brossa les dents et se colla contre le sicilien, déposant des baisers sur son visage et sur ses lèvres pour le réveiller. « Doudou… Tu dors ? » Il répondit par un grognement ce qui l’obligea à redoubler d’effort pour le convaincre d’ouvrir un œil. « Je me suis dit que tu serais peut-être intéressé par l’idée de tenter la phase deux de notre réconciliation, on peut maintenant ! » Sa main s’égara, parvenant à capter toute l’attention de son partenaire tandis qu’elle lui murmurait à l’oreille : « Je voulais que tu saches que je t’aime et que je suis contente de t’avoir et que tu es le meilleur mari du monde mais ce serait encore mieux si tu ouvrais les yeux ! »



***



Cette discussion avec Mona fut salutaire et le quotidien finit par reprendre ses droits et elle laissa de côté tout ce qui impliquait son père de près ou de loin, pour le moment, le mariage n’en était qu’à ses balbutiements et elle n’avait pas encore mis les pieds à Chicago pour la maison. D’ailleurs, Taylor et compagnie étaient toujours en vie et elle aurait aimé savoir quand Gaby comptait s’en occuper. A vrai dire, elle aurait préféré le faire elle-même, ça ne lui aurait pas fait de mal de renouer avec cette part de sa personnalité et ça lui aurait permis d’évacuer tout ce qu’elle gardait enfoui et qui risquait de déborder tôt ou tard. Elle se battrait et tout le monde se demanderait pourquoi elle en était arrivée là pour si peu. « Peut-être même qu’on pourrait s’appeler non-stop et je pourrais t’entendre respirer ! » C’était flippant mais elle, ça la rassurait. Elle vivait mal l’idée de se retrouver seule, la dernière fois que c’était arrivé, on ne pouvait pas dire que ça s’était très bien terminé et elle n’était pas sûre d’être capable de bien gérer la situation entre l’alcool, le restaurant et les cours, elle avait peur de faire une connerie. « Vraiment ? Tu vas me manquer encore plus ! » Elle fut ravie qu’il le lui dise et aurai aimé qu’ils puissent continuer à se bécoter comme deux adolescents sans avoir à parler du sujet qui fâche, c’était trop demander mais elle ne lui jetait pas la pierre, ça occupait l’esprit de tout le monde ces derniers temps. Si elle avait mal au cœur pour Bianca, elle était dégoûtée pour Jandro, le pantin de son frère, son cousin méritait mieux que ça. Elle n’avait plus envie de jouer et pourtant, la proposition était terriblement alléchante mais elle n’était plus emballée. Tout ça la mettait sur les rotules. « Parce que je n’en ai pas envie ? » répondit-elle comme si c’était l’évidence même. Elle n’était pas stupide et savait qu’elle ne pourrait pas échapper au mariage mais elle ne comptait aider en rien, elle refusait d’être complice de ce merdier comme son frère avait pu l’être, elle refusait de passer le flambeau à qui que ce soit, elle n’en était pas fière même si elle était contente de ce qu’elle avait. « Ca n’a rien à voir avec toi Gaby, rien ! Je ne veux personne d’autre et je ne dis pas que je ne suis pas contente de ce que j’ai, je ne comprends pas qu’on impose un autre mariage arrangé à d’autres. Nous, on a eu de la chance parce que ça a bien tourné mais qui nous dit que ce sera leur cas ? Tu te rappelles de ce que tu as ressenti quand on t’a dit que tu allais devoir te marier à une inconnue ? Ne me dis pas que tu étais ravi ! Tu t’es dit qu’on te prenait pour un con ! On la marie pour la punir du comportement de son père, c’est injuste ! Le problème ce ne sont pas les protagonistes mais les raisons derrière tout ça ! » On l’avait mariée de force pour la tenir en laisse, parce qu’elle devenait ingérable et que bientôt, on aurait eu un mal fou à la faire plier. Elle se sentait plus que jamais proche de Bianca. « Doudou, tu sais que je t’aime et que je suis heureuse avec toi. Je… » C’était inutile, il était remonté comme une pendule et elle finit par abandonner, s’approchant pour tenter de prendre sa main mais il se débarrassa d’elle ce qui lui fit mal au cœur. « Ca n’a aucun rapport avec nous Gaby… Je ne mens pas quand je dis que je t’aime… Tu es injuste ! » Fatiguée de se justifier face à des accusations uniquement fondées sur sa déception et sa tristesse, elle la boucla et ramassa ses affaires avant de mettre les voiles. Il ne se rendait pas compte de tout ce qu’elle mettait en place pour lui, comme il le faisait pour elle, chaque fois, elle devait lui offrir justification sur justification, toute occasion était bonne pour tout remettre en question et surtout ses sentiments, elle en souffrait terriblement.



Une fois chez eux, elle tourna en rond, inquiète et se demandant déjà comment il lui ferait payer. Une vague d’angoisse la prit aux tripes et elle se mit à ranger et à mettre la table, commandant le traiteur. Il livra un peu avant l’arrivée du principal invité de ce dîner et le seul. Elle l’accueillit et l’aida à retirer sa veste, elle lui prit des mains ce qu’il tenait et lui demanda s’il allait bien avant de l’entraîner dans la salle à manger pour l’installer. « Je fais ce qui me fait plaisir pour te faire plaisir ! » dit-elle en déposant un baiser sur le sommet de son crâne avant de ramener les plats qu’elle avait disposé aussi joliment que possible. Elle posa tout sur la table et s’installa. « Tu l’es toujours, Gaby, quand il est question de ce que je te dis. Tu ne me crois jamais. Toi, tu crois toujours que je nous attaque, nous, le mariage, toi, ce qu’on représente et moi, j’ai l’impression que tu ne m’écoutes pas quand je te dis ce que je ressens pour toi, comme si c’était faux, comme si ça pouvait changer ! Je suis fatiguée de me battre avec toi pour que tu comprennes que je ne me convaincs de rien, c’est comme ça ! » Elle prit une grande inspiration et poursuivit, tout en le servant avec délicatesse. « Je sais que tu réagis comme ça parce que tu te sens blessé mais pour moi, notre mariage n’a rien d’arrangé, je ne fais même plus le lien pour autre chose que ce que mon père fait à ses proches. Nous, ce qu’on forme, je ne le mets pas dans le même sac ! Et non, je ne veux pas retourner à San Salvador ou dans la MS, ma place est près de toi, avec toi, pour t’aider à obtenir ce que tu veux mais tant que tu croiras que je mets mon propre intérêt avant le tien sur ma liste des priorités, on aura un problème. Si tu fais des efforts, j’en fais aussi et je ne me donnerais pas autant de mal pour quelqu’un que je n’aime pas ! » Elle déposa l’assiette devant lui et reprit sa place, remplissant la sienne, sachant qu’elle allait se goinfrer pour combler la tristesse et l’angoisse. « Je n’ai pas envie que tu t’en ailles pour Chicago alors qu’on sera fâché, je ne vais pas bien le vivre. Je ne me sens pas de rester sans toi ici. Je ne sais pas comment je vais faire, et si je bois ? Je suis perdue quand tu n’es pas là… Je me sens abandonnée et alors si on est fâchés, je n’arriverais pas à dormir. » Elle remplit sa bouche de nourriture, peina à mâcher mais avala tout et recommença, mangeant de façon compulsive, comme chaque fois qu’elle était contrariée. « Je sais que je ne t’ai pas donné beaucoup de raisons d’avoir confiance en moi, je sais que je te déçois toujours mais si tu doutes même de mes sentiments, Gaby, tu vas nous détruire. Pourquoi les tiens seraient plus sincères que les miens ? Pourquoi je devrais toujours me justifier de ça, pourquoi ? Parce que toi, tu n’as pas oublié qu’on nous a organisé ce mariage ? Parce que toi, tu ne pardonnes rien ? Laisse-moi pardonner pour nous deux et t’aimer pour nous deux, ok ? Laisse-moi faire ça et je te laisse t’occuper de tout le reste ! » Il n’y avait aucune animosité ou colère dans sa voix, seulement un ton de supplique et une certaine lassitude.




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