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Chissà, chissà chi sei chissà che sarai chissà che sarà di noi
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Gabriele Gambino
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MessageDim 29 Mai - 23:41

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



Deux heures avant le mariage de Luciano et Lyla, il la trouva dans sa chambre dans une robe somptueuse qui lui allait à ravir, mais dans laquelle elle se trouvait ridicule. Ses doigts s’entortillaient les uns aux autres, son regard lançait des SOS, ses joues rouge écarlate trahissaient son embarras et elle lui fit mal au cœur. Ce n’était pas ce genre de peine déplaisante proche de la pitié. Non. Elle était de celle qu’il partageait parce qu’il ne se sentait pas moins dépaysé qu’elle sur le domaine. Il ‘avait quitté depuis trop longtemps. Gaby et Jez, bien que différemment, étaient les laissés pour compte de leur famille, les enfants abandonnés dont on attendait quelque chose sans s’inquiéter de leur opinion. À quoi pouvait-elle bien servir ? Pour gagner en valeur, il faut qu’ils soient là où l’autorité parentale les jugeait le plus utiles. C’était un fait indiscutable et désolant. Alors, touché par cette fragilité et fort des rapports détaillés de sa sœur, Gabriele avait pris le parti de cumuler les affronts envers les siens. Il emmena sa fiancée dans une boutique au cœur du Bronx pour lui acheter une tenue qui lui convenait mieux. Il s’était lui-même changé, troquant son costume griffé pour un bermuda et une chemise banale à pleurer. Un rien les habillait. Ils avaient au moins ça pour eux, quoique ça contraria assez Ettore Gambino qui leur tomba dessus dès leur arrivée, près de trois heures trop tard. Lucky, en revanche, il ne s’en préoccupa pas. Il nageait dans le bonheur et il accueillit les retardataires avec les honneurs. Rien n’aurait pu vraiment le vexer aujourd’hui, tandis que le fraîchement débarqué s’irritait à chaque fois que les voix du couple Achille Gambino parvenaient à ses oreilles. Il en aurait bien quitté la table s’il ne nourrissait pas pour le marié une profonde affection. C’était leur chance finalement. A contrario, il aurait certainement déclaré la guerre aux opportunistes séance tenante et s’il souhaitait une chose, cet après-midi-là, c’était d’imposer à Jezabel un quelconque sentiment d’inconfort. Mais Dieu que c’était difficile. Il crut perdre tout bonnement patiente en surprenant la dispute qui agitait sa jumelle et l’aîné. Il l’avait choisi pour victime, si bien qu’en découvrant son lourd secret, il estima plus judicieux de ramener la Salvadorienne et son acolyte sur ce territoire où il se sentait vraiment chez lui. Existait-il une autre solution ? Pas vraiment et si le soulagement de l’une le conforta dans sa prise de position, la Maruzella, déchirée entre tristesse et colère, le fit douter. Elle errait comme une âme en peine et tout ce qui sortait de sa bouche était déprimant. Comment pouvait-elle s’imaginer que Manuel ne voulait plus d’elle ? Sa réaction avait été un peu rude, mais les circonstances ne la justifiaient-elles pas ? C’était pour Gaby une évidence, mais sa petite sœur lui brisait tant et si bien le cœur, qu’en attendant que la femme enceinte se porte mieux, il reporta à plus tard son projet de conquête sur sa jeune fiancée.

Évidemment, il n’avait pas la prétention de croire qu’elle l’aimerait aussi éperdument que Lyla ou la Cinzia, mais il espérait pouvoir remporter son affection. Il était prêt à s’en contenter compte tenu des faits, mais ça demandait des efforts considérables. Il n’avait aucune envie que leur union devienne leur punition à tous les deux. Ils méritaient autre chose que des disputes à répétition qui n’en finissent jamais. Pour mettre toutes les chances de son côté, il prépara toutes sortes d’activités qui, pour ce qu’il en savait, pourraient éventuellement lui plaire, puisque dépourvu de toutes formalités. Pas de dîner dans un restaurant huppé de Chicago. Pas de rencontres protocolaires avec ses amies les plus proches. Ils y viendraient tôt ou tard, mais uniquement lorsqu’elle se sentira à l’aise avec lui et, à ce propos, il y avait encore pas mal de chemin à faire. Il l’intimidait, ce qui lui échappait complètement. Il n’en comprenait même pas les raisons. Après tout, il n’avait rien de particulier, si ce n’est d’être le futur époux qu’elle n’a ni choisi ni désiré. Dans le seul but de briser cette image, il n’envisagea que des moments ludiques où s'amuser serait le seul mot d’ordre. Ça lui changeait. Il s’était accordé peu d'instants d’une telle insouciance, mais il devait lui reconnaître qu’elle avait réussi à le détendre à chaque fois qu’ils avaient passé du temps ensemble. Il s’était surpris à apprécier de se battre sans enjeu réel dans une partie de laser game. Elle l’y traîna presque de force pourtant. Il ne regretta pas sa bonne composition et était bien décidé à continuer sur cette vaine. Petit après-midi dans un stand de tir tenu de main de maître par la Cosa Nostra, un tour sur un tatami, une balade dans une fête de foraine. Tout ferait l'affaire, tant qu’il lui ôtait de la tête cette impression qu’il était chiant comme la pluie ou mort à l’intérieur. Son impatience se manifesta au bout de quelques heures sur place. Il n’en fallut pas davantage. Lui, qui n’avait jamais consolé sa sœur que par amour pour elle, se découvrait d’autres raisons bien moins nobles aujourd’hui. Autant dire qu’il vit l’arrivée improvisée de Manuel d’un très bon œil. Il l’accueillit avec les honneurs, le salua comme un membre de sa famille – car c’est ce qu’il serait doublement sous peu – lui confia quelques détails sur l’état de nervosité de l’objet de ses tracas et sourit de satisfaction en apprenant qu’à chaque fois qu’il faisait livrer un bouquet de fleurs à sa jeune fiancée, il jouissait d’une faveur et d’un privilège.

La faire sortir de cette chambre où Cinzia restait cloîtrée comme une nonne en pénitence, là où elle se sentait la plus nécessaire pour apporter du soutien à la parturiente, exigea un subtil stratagème qu’elle seule serait en mesure de contrarier, mais il se présenta tout de même à sa porte en conquérant, le présent de Manuel à la main. Bien qu’il adorait la voir rougir, il les lui offrit sans cérémonie, parce que la gêner ne servirait pas à son beau-frère. C’était presque frustrant, mais il devait bien ça à Mani pour tous les conseils utiles qu’il lui prodiguait, pour sa patience envers Achille également. « Tu ne vas pas me faire croire que ça t’amuse de rester là ? » lança-t-il après les politesses d’usage. « Allez, enfile un truc, ce que tu veux, on va se promener. Je t’ai réservé ma journée. Tu ne vas pas me laisser là, tu ne voudrais pas que je m’ennuie, si ? » La culpabiliser n’était pas dans ses habitudes. Il s’en trouva dégueulasse, plus encore de jouer de son sourire de tombeur pour qu’elle lui cède. « Cinzia s’en sortira bien toute seule. Pas vrai ? » Il se tourna vers sa cadette qui les gratifia d’un « quoi » et d’un regard éteint. « Tu vois ? Elle dort à moitié. En plus, il te faut une nouvelle garde-robe. » Il supplia sa sœur d’intercéder en sa faveur. Elle usa de l’argument de la femme enceinte qu’il ne faut surtout pas contrarier, en particulier lorsqu’elle s’est fait jeter. Lui, il soupira, lassé par sa rengaine, mais il ne commenta pas, trop heureux que son pouvoir de persuasion agisse aussi bien. La gamine finit par accepter. Bonne chose. Le plus dur était fait et comme il avait épuisé son quota de phrases construites pour la journée, il ne lui restait plus qu’à espérer qu’elle se mette en route, ce qui arrivait rapidement en général. Pas cette fois. Elle ne pipa mot du couloir à la voiture. Elle demeura muette tandis qu’ils s’engouffraient dans la circulation. Elle ne sourit même pas quand il grossit le trait de sa galanterie en ouvrant la portière. Qu’est-ce que ça signifiait ? Avait-il le droit de lui demander ce qui n’allait pas ? Attendait-elle quoi que ce soit de lui ? Un truc précis ? Une question en particulier ? « Tu ne devrais pas te tracasser comme ça pour elle. Ton frère va rattraper le coup. Quand on rentrera, ce sera réparé. Il est ici. Il avait besoin d’être avec elle, ce qui m’arrange bien. J’aurais trouvé dommage que tu sois là et qu’on ne puisse pas passer du temps ensemble. On va aller te refaire une garde-robe digne de ce nom. Antonella n’aurait jamais dû faire ce qu’elle a fait. C’est une vipère. Ne te tracasse pas pour elle ou pour Achille. Veille seulement à ne pas te fâcher avec mes parents. Les autres, on s’en tape. »  





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La malavita
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Jezabel Gambino
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MessageMar 31 Mai - 18:14

 



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FEAT el marido



On ne lui laissa pas le choix de la tenue qu'elle pourrait porter pour le mariage, on la lui déposa sur son lit après qu'Antonella ait souligné qu'une vraie femme ne se cachait pas derrière des pantalons d'homme. Elle lui aurait volontiers dit que si elle était trop grosse pour trouver des pantalons à sa taille, ce n'était pas une raison pour obliger les autres à cesser d'en porter. Au lieu de ça, elle se contenta d'un regard glacial, se disant qu'elle trouverait bien dans sa garde-robe quelque chose d'habillé sans avoir l'impression d'être déguisé, visiblement, on décida à sa place. Elle l'enfila et elle eut beau se tourner dans tous les sens, elle se trouvait parfaitement ridicule.  C'était beaucoup trop court, pour commencer, et trop voyant et elle se sentait tellement mal ! Elle avait l'air d'une femme, ce qu'elle n'était pas. C'était une partie d'elle avec laquelle elle ne se sentait pas du tout en adéquation. Au contraire, elle chercha à la dissimuler le plus possible durant ses années dans la rue, parce que ça aurait pu lui porter préjudice même si elle se doutait que beaucoup ne parvinrent jamais à aller au-delà de ça. Grâce à Dieu, Gaby la délivra de cet enfer et l'emmena se choisir une tenue dans laquelle elle avait l'impression d'être elle-même et avec laquelle elle n'aurait pas à faire attention à sa façon de se tenir ou de s'asseoir. Elle le remercia à maintes reprises, des étoiles pleins les yeux comme s'il venait de lui promettre la Lune, juste parce qu'il avait été capable de voir ce que les autres refusaient de reconnaître sans ajouter qu'il était temps qu'elle grandisse et arrête de jouer les pleurnicheuses de service. Alors, forcément, elle s'évertua à tenter de le dérider durant le mariage malgré la proximité d'Antonella et d'Achille. Parfois, elle lui glissait une petite blague à l'oreille dans son italien hispanisé quand elle ne lui lançait pas de petites boulettes de papier ou de mie de pain en visant son front et son nez, comptant les points. Il la laissa gagner un temps jusqu'à inonder son top de boulettes pour qu'elle demande un cesser le feu et admette qu'il avait gagné. Il éclata de rire quand elle se leva et secoua son haut et qu'une flopée de minuscules boulettes se déversèrent sur le sol et comme Antonella n'était jamais loin d'une source de joie pour la gâcher, elle s'approcha en se dandinant, leur lançant qu'ils se comportaient comme deux gosses attardés. Avant même qu'il ne pense à ouvrir la bouche, Jez dégaina, emplie de témérité grâce au vin et répliqua que c'était toujours mieux que de se comporter comme une grosse mal baisée. La brunette réalisa la portée de ses mots à peine sa phrase terminée mais ce fut suffisamment efficace pour que la grosse dondon tourne le dos, rouge de colère et n'ajoute rien devant témoins. Le retour de manivelle ne tarda pas et n'était pas vraiment à la hauteur de l'insulte. Après tout, c'était de bonne guerre vu toutes les saloperies que la grosse femme d'Achille n'avait cessé de lui lancer à la moindre occasion. Elle ne parlait que très peu, sauf avec Gaby, se faisant violence ou bien le temps qu'ils passaient ensemble était balisé par le silence mais quand elle ouvrait la bouche, généralement, ce n'était pas pour rien, Antonella l'apprendrait à ses dépens.

L'arrivée à Chicago fut un nouveau choc émotionnel et culturel. Elle s'habituait tout juste au domaine Gambino et à New York de manière générale et voilà qu'elle changeait d'endroit, ne sachant pas vraiment quelle était exactement sa place et quel rôle elle devrait jouer. C'était aussi terrifiant qu'anxiogène pour quelqu'un comme elle qui avançait toujours avec un but précis, pour la première fois de sa vie, il n'y en avait pas, du moins, rien qui l'aidait à se battre suffisamment fort pour avancer et repousser la crainte et l'appréhension. Etre plus près de son seul point de repère était déjà motif à se rassurer mais ça amenait également une quantité d'autres questions auxquelles elle n'avait pas de réponses. Cinzia, dans l'état actuel des choses, ne pouvait pas l'aider, c'était même la gamine qui devait la soutenir moralement alors qu'elle traversait une période trouble  avec Manuel. Sa maigre expérience n'était pas d'une grande aide, elle décida donc de miser sur la bonne humeur et la distraction, ce dans quoi elle excellait bien qu'elle eut vite l'impression de lasser la Sicilienne. Les moments qu'elle put passer en tête à tête avec Gaby depuis leur arrivée à Chicago étaient inexistants, elle avait préféré prendre soin de sa belle-soeur, se disant que ça lui donnerait un peu de temps pour se figurer comment gérer le cas Gabriele Gambino. Après l'enterrement de vie de jeune fille, elle réalisa combien elle était en retard, ce n'était plus un train qu'elle avait de retard mais une armada. Elle pour qui un simple baiser impliquait de mettre de côté sa pudeur et de s'ouvrir au risque de le regretter en se sentant envahie pour ne pas dire conquise et contrainte à faire ce pour quoi elle n'était pas prête. La salvadorienne avait toujours eu une confiance limitée en la gent masculine et si son fiancé sortait du lot et avait su se montrer digne de celle-ci, elle se demandait parfois ce qui motivait la moindre de ses décisions. Il semblait prêt à se compliquer la vie et à faire en sorte d'impliquer un maximum la jeune femme alors qu'il aurait pu se contenter de l'épouser et de continuer à mener sa barque comme par le passé, entretenant des relations avec des femmes plus avenantes, expérimentées et beaucoup moins méfiantes. Il faisait pourtant des efforts pour elle, au risque de déplaire à sa famille, au risque d'aller à l'encontre de l'ordre établi, juste pour qu'elle se sente mieux. Quand elle prenait le temps d'y penser, ça ne pouvait pas être une quelconque manipulation, il allait trop loin pour que cette option tienne la route mais elle n'arrivait pas à imaginer qu'il ait pu se prendre d'affection pour elle. En restant focalisée là-dessus, elle arrivait à mesurer ses réactions et son ressenti. Il lui offrait des fleurs et elle rougissait comme une adolescente, sentant une vague de tendresse la submerger, lui donnant envie de l'embrasser et puis, avec le recul, elle se disait qu'il le faisait par gentillesse et pas parce qu'elle lui plaisait. Que ça ne méritait donc pas de se mettre dans des états pareils. C'était une technique facile à appliquer tant qu'il ne se trouvait pas dans le coin, à l'éblouir de son charme.

Le combo fleurs et sourire à se damner eurent raison de son intelligence, elle balbutia, rougit, baissa les yeux et se sentit conne, terriblement conne, avant d'attraper sa veste après l'avoir remercié d'un murmure et posé les fleurs sur une table pour le rejoindre. Le regarder dans les yeux était l'exercice le plus difficile qui soit, il fallait qu'elle soit près de lui depuis suffisamment longtemps pour soutenir son regard sans être intimidée. Parce que chaque fois qu'elle se retrouvait face à lui, elle semblait redécouvrir combien il était séduisant, il fallait un moment pour s'y faire. Elle jeta un regard à Cinzia qui semblait prête à rester seule pour quelques heures et elle céda, restant muette le temps de recouvrer ses esprits et d'être capable de s'exprimer autrement que par une successions de sons dénués de sens. Elle avait toujours passé le plus clair de son temps avec des hommes et avant ça, elle n'avait jamais eu de mal à leur parler, ni même le moindre souci de timidité handicapante. A sa décharge, jamais elle n'embrassa l'un d'entre eux, ça changeait forcément la donne. Sa quête de solutions se mua en véritable inquiétude quand elle entrevit la boutique pleine de jeunes femmes. Leur jugement ne l'avait jamais préoccupé mais elle allait sentir leur regard envieux sur lui et elle ne saurait pas comment le gérer, c'était toujours la même histoire, où qu'ils aillent et quoi qu'ils fassent. Elle s'arrêta net près de la voiture, attrapant sa main. « C'est pas ça, Gaby ! » commença-t-elle en italien, un peu hésitante. « De toute façon, après, tu seras à New York avec moi, pas vrai ? Antonella et Achille ne pourront plus rien me faire. » reprit-elle pour lui faire entendre que ça ne la tracassait pas le moins du monde. Elle jeta un nouveau regard affolé vers la boutique. « Je... Je ne sais pas du tout ce que je dois faire ! Je cherche des réponses où je peux mais ça ne me dit pas ce que toi tu attends de moi ! En public, je dois faire quoi ? Tu sais, quand on est que tous les deux, je me sens à l'aise, parce que tu me laisses assez de liberté pour décider si j'ai envie de me rapprocher ou pas et que je n'ai pas l'impression d'être à côté de la plaque. Tu ne les vois pas, toutes ces filles qui te scrutent dès qu'on va quelque part ? Elles sont à l'affût et moi, je ne sais pas quoi faire, je sais déjà à peine où je suis, je sais même pas ce que c'est qu'une relation. T'es mon seul point de repère dans tout ça et c'est comme si j'étais pas assez bien ! Je ne parle pas que de ton physique, Gaby, t'es tellement gentil et intelligent et adulte ! J'ai plus l'air d'être ta petite soeur boulet que tu traînes partout ! Je crois que c'est ça qu'Antonella essayait de me dire concernant mes fringues ! » Sa main tremblait alors qu'elle tournait désormais le dos à la devanture du magasin. « Je ne veux pas être un boulet pour toi alors il faut me dire ce que tu veux que je fasse, ce dont tu as besoin ! Je vois Cinzia et Mani et je me dis que moi, je suis à la masse. Est-ce que je fais assez d'efforts ? Han putain, ça y est, je parle comme une de ces filles qui me gonflaient quand j'étais encore au Salvador ! Ce que j'essaie de dire, c'est que je n'ai aucune expérience et que toi, tu me fais me poser pleins de questions auxquelles j'avais jamais pensé avant ! Il faut que tu me guides, Gaby, parce que je me retrouve dans une situation que je ne maîtrise pas puisque le sujet m'est complètement inconnu ! » Elle reprit sa respiration, laissa un ange passer. « Rahh putain, c'est n'importe quoi de compliquer les choses comme ça ! C'était supposé être une sortie sympa, je suis désolée ! On va entrer et régler ce problème de garde-robe ! » Et elle s'évertuerait à ignorer l'attention que les autres lui portaient, parce que c'était mieux ainsi. Il avait assez de complications dans sa vie sans avoir besoin qu'elle en rajoute une couche.

 





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Gabriele Gambino
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MessageSam 4 Juin - 21:56

 



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FEAT la salvadorienne



De manière générale, le silence ne gêne pas Gabriele. Taiseux lui-même plus par la force des choses que par nature, il apprit à ne l’ouvrir qu’en cas de nécessité. Rien de vain ne sort jamais de sa bouche et lorsqu'il y est contraint, il mesure le débit de paroles et se contente, pour en dire beaucoup, des mots les plus percutants. L’exercice réclamant un effort de concentration conséquent, le mutisme des autres finit par l’arranger. Il lui évitait le supplice de la conversation à mener de bout en bout. Pas d’énergie dépensée bêtement à garder le contrôle. Agir, c'était pour lui beaucoup plus confortable, sauf avec Jezabel. En soi, elle était déjà une exception. Habituellement, elle parlait tant, qu’il se laissait gagner par sa bonne humeur et ses babillages. Il lui répondait toujours avec plus de verve qu’avec quiconque. Il était d’ailleurs convaincu, pour ce qu’il l’avait fréquentée, qu’elle n’était pas de nature à s’effacer sans une raison valable. Elle était trop vivante et trop spontanée. Or, c’était exactement l’impression qu’elle lui donnait. Il en déduit aisément qu’elle avait un problème et la question suivante la plus pertinente, c’était lequel ? Difficile de deviner quels maux tourmentent son interlocuteur si l'on ne sait de lui que ce qu’il accepte de montrer ou ce que les autres se risquent à raconter. Il tenta tout de même en choisissant l’hypothèse la plus plausible et, pour lui, la plus agaçante. Achille et Antonella étaient ivres de pouvoir. Ils espéraient régenter toutes vies sur le domaine. Ils se servaient de droit que nul ne l’autorisait à prendre, mais rapporter à Ettore Gambino leur comportement était un pari osé. L’aîné était porté aux nues par son géniteur quand il fit peu de cas du cadet. Il suffisait de jeter un coup d’œil sur le couple de cette voiture pour s’en faire une idée. Pas que Jezabel ne soit pas ravissante et à son goût. Nul doute que le paradoxe entre son corps de femme et ses attitudes d’enfant auraient attiré son regard et son intérêt. Mais, l’aurait-il aimée ? L’aurait-il épousée ?

La Salvadorienne semblait penser que le retour de Gaby à New York arrangerait sa situation sur le domaine et, en théorie, c’était vrai. Il veillerait à ce qu’on lui foute la paix, quitte à se disputer avec chaque membre de sa famille. Dans les faits, il n’avait aucune raison de la date à laquelle il rentrerait à New York, il ne pourrait pas s’installer chez les Gambino avec elle, il ne pourrait pas donc pas prévenir les blessures, mais les guérir une fois béantes. Il aurait également à déjouer les plans d’Antonella qui déploiera des trésors de sournoiserie. Il en arrivait à se demander si ça ne serait pas pire finalement. « Pour ça, il faudrait que ma famille soit moins envahissante. Ils vivent tous ensemble sur le domaine. Du coup, ils sont convaincus qu’ils doivent tout savoir et se mêler de tout ce qui se passe chez les voisins. Pour tout t’avouer, je n’ai pas du tout envie de vivre là-bas. » Il se garda de préciser qu’il faisait allusion à l’après-mariage de peur de l’effrayer. Elle était déjà tellement tendue. Une feuille de papier à cigarettes n’aurait pas glissé entre ses fesses, mais à présent qu’il avait remis en marche la machine qu’elle pouvait être, il pouvait entendre ce qui la chiffonnait, tenter de comprendre et désamorcer ces petites bombes dans son esprit avant qu’elles n’explosent… ou tout du moins s’y essayer.

Les hommes dans sa situation ne sont pas doués pour les longs discours de politiciens, eux où l’essentiel est enseveli sous les belles paroles, histoire e noyer le poisson. Il était plutôt de ceux qui allaient droit au but et qui procédaient par méthode. Alors, stationné devant la boutique, il prit le temps de l’écouter et de réfléchir à ce qu’il convenait de dire pour la rassurer bien qu’il considérait ses craintes et ses plaintes aussi légitimes que prématurées. « Tu ne devrais pas nous comparer à Manuel et Cinzia. Ils ont décidé d’être ensemble, ça rend leur couple plus naturel. Qu’est-ce que tu as envie de faire toi ? » commença-t-il sans se précipiter. Ils avaient la journée pour eux après tout. Inutile donc de se presser. Ça rendrait cet interlude shopping particulièrement pénible. Or, son objectif, c’était de passer avec elle un moment simple et sans prise de tête. Il souhaitait la ramener vers ce qu’elle était en se choisissant des vêtements qui lui ressemblaient, pas ceux qu’on lui opposait. Quel intérêt s’il concédait à lui dicter sa conduite. « C’est tout ce que j’attends de toi, que tu fasses comme bon te semble sans te prendre la tête. » Il aurait pu ajouter que le regard des autres n’avait pas d’importance, mais Gaby n’était sculpté dans le bois de l’hypocrisie. Il s’était construit par rapport à e que l’on espérait qu’il soit. La différence, c’était qu’il n’accordait de crédit qu’à une poignée de gens. Tout inconnu, et c’était bien le statut de ces femmes qu’elles désignaient, ne lui inspirait rien de particulier. Elles étaient vouées à être ignorées. Il ne les remarquait même pas tout avouer. « Mon physique ? Qu’est-ce qu’il a mon physique ? » répliqua-t-il plus spontané qu’à l’habitude en réglant la glace du rétroviseur et s’y mirer. « Tu te poses trop de questions ! Pourquoi est-ce que tu te demandes si tu es assez bien ? Ça n’a inquiété personne jusqu’ici. Tout comme personne ne s’est demandé si je te convenais ou pas. Je doute que les femmes dont tu parles... » Lesquelles d'ailleurs ? Il les chercha des yeux, croisa ceux d’une vendeuse en uniforme qui fumait sa cigarette en le détaillant et il saisit un peu mieux ce qui la tracassait tant. Ça le dépassait un peu. À son sens, il n'avait rien d'exceptionnel et il reconnaissait volontiers que Jez était ravissante - et le mot était bien faible - mais il devait bien admettre que cette bonne fille le dévisageait étrangement. « Admettons qu’elles te voient comme ma petite sœur, qu’est-ce que ça va changer pour toi et moi ? Même si elles se mettaient à me draguer, le problème, ce ne serait pas ce qu'elle penserait, ce qu'elle voudrait ou ce qu'elle ferait, mais ce que je moi je ferai derrière pour ne pas te mettre mal à l'aise. » S’il répondait à un sourire, ce qui serait pour le moins étonnant maintenant qu’il était fiancé, il comprendrait qu’elle se remette en question par rapport à la place qu’elle devait tenir à ses côtés et l’image qu’elle renvoyait d'eux à ses éventuelles prétendantes. Au contraire, se laisser aller vaudrait beaucoup mieux pour eux.

« Jez, ne te mets pas dans des états pareils, tu veux ? »
lui conseilla-t-il alors qu’il était mû de l’envie d’enfermer sa main dans la sienne pour l’empêcher de trembler, mais la toucher était une audace délicate. Il n’y venait que si elle témoignait des gestes envers lui, sans quoi, il s’y refusait, de peur qu’elle se fourvoie sur ses intentions. « Antonella est une pauvre idiote qui ferait pas mal de refaire sa propre garde-robe au lieu de nous casser les couilles avec ta façon de t’habiller. Il n’est pas question que nous jouions le jeu de nos parents ou de ceux qui croient me connaître. Je n’ai pas la prétention de vouloir te changer. » Il visait davantage l’amitié que l’amour. La première exigeait que les protagonistes s’acceptent tels qu’ils sont. Le second les poussait à s’adapter aux besoins de l’autre. Il n’en était pas là. Ils n’y arrivaient peut-être même jamais. Elle pouvait donc se détendre, il s’accommoderait de ce qu’elle était, priant pour qu’elle en fasse de même pour lui. « Ni même de te faire faire des choses dont tu n’as pas envie. On va régler le problème de la garde-robe, mais pas ici. Ne bouge pas de là. J’arrive. » conclut-il parfaitement conscient que rien de ce qu’il pourrait dire ne l’aiderait vraiment. Il ajoutait sans doute de nouvelles interrogations par-dessus toutes celles qui réclamaient réponses en vain, exactement le contraire de ce dont elle avait réellement envie.

Parfois, les actes sont plus évocatifs que les mots. Il descendit de la voiture, marcha sur les pieds de la vendeuse se pâmant sans s’y intéresser vraiment, s’apprêta à rentrer dans la boutique, mais se ravisa pour frapper au carreau de la vitre passager « Ta taille ? » s’enquit-il sous l’expression ébahie d’une Jezabel qui répliqua sans comprendre où il voulait en venir. Il s’éclipsa avant qu’elle ait le temps de poser la moindre question supplémentaire et il reparut un énorme sac à la main, suivi d’un défilé d’employés chargé comme des mules d’autant de contenants identiques. L’avantage certain d’être communément ce qu’on appelle un habitué. Il lui était loisible d’exiger n’importe quelle folie capricieuse et de se ravir d'être exaucés au nom des sommes astronomiques dépensées par lui, ici, et jusque là, uniquement pour lui. Le patron se fit même un plaisir de proposer les services d’un ami, propriétaire d'un magasin de chaussures avec lequel il collaborait et qui ne verrait aucun inconvénient à le compter parmi ses clients fidèles. C’était parfait, presque trop facile, sauf à l’heure de caser les paquets dans le coffre de la voiture. Aussi difficile qu’une partie de Tetris au niveau cent. Quand il reprit sa place derrière le volant, ils étaient chargés comme des mules, mais il était dire de lui, assez pour sourire franchement. « Puisque tu ne te sens pas de côtoyer du monde pour une partie de shopping, c’est le shopping qui vient à nous. Le boss a proposé qu’une vendeuse nous accompagne, mais je me suis dit qu’on serait mieux tous les deux. » Il tenait l’information de source sûre, elle l’avait clairement exprimé un peu plus tôt et ce n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd. « Ils viendront chercher le surplus demain matin. On a donc le temps. » l’avertit-il alors en tournant la clé de contact dans le démarreur.

Et puis, tandis qu’il s’apprêtait à effectuer une manœuvre de demi-tour, il réalisa à quel point il en connaissait peu pour elle. Ça se résumerait sur un post-it. Avait-elle le permis ? Savait-elle manier le volant ? Aimait-elle ça ? En temps normal, l’idée qu’elle puisse le conduire l’aurait dérangée, par pur machisme, mais pour la détendre, il se serait soumis à l’exception, le lui précisant pour éviter de toute frustration future. La question tomba dès lors tout net. « Ils viendront nous déposer des pompes aussi. J’ai demandé que des trucs confortables, mais je peux rappeler pour demander autre chose si tu veux. » Il ne l’imaginait pas percher sur des talons aiguilles, mais valait mieux prévenir que guérir. « On se commandera un truc à bouffer à l’hôtel. N’aie pas de scrupule pour ma sœur, elle est avec ton frère. On ne les verra pas de la soirée à mon avis. » Du moins l’espérait-il. Il n’en pouvait plus de la voir broyer du noir en rabâchant des conneries plus grosses qu’elle. Elle lui faisait mal au cœur. « Alors ? Tu veux conduire ou pas ? Ce n’est pas bien plus compliqué qu’une automatique. Je changerai moi les vitesses. Tu n’auras qu’à embrayer quand je te le dirai. Il faut en profiter tant qu’il n’y a pas trop de circulation. » Il n’envisageait pas une seconde que la flicaille puisse les intercepter. Pour quoi faire ? Et qu’avait-il à craindre ? La police est-elle intègre de nos jours ? L’avait-elle déjà seulement été ?



 





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Jezabel Gambino
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MessageLun 6 Juin - 21:48

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido



Si elle en voulait à son père pour ce mariage arrangé ? Plus que jamais mais elle savait faire la part des choses et plus encore, elle savait utiliser son énergie à bon escient. A quoi bon se battre contre des moulins à vent alors qu’elle devait avant tout apprendre à connaître son futur époux et essayer de devenir celle qu’on attendait qu’elle soit. Elle n’était pas dupe, tout le monde attendait quelque chose d’elle. Tout le monde. Son père voulait qu’elle honore le nom de la famille et qu’elle se comporte avec dignité, son frère voulait qu’elle se féminise un peu et la ferme pour le bien de tous mais surtout le sien et Gaby aurait sans doute voulu qu’elle se montre plus avenante et engageante. Elle n’en savait rien mais il ne pouvait échapper à la règle. C’était le propre des hommes d’attendre quelque chose des femmes, enfin de l’autre sexe, parce qu’elle ne se rangeait pas du tout dans la catégorie des femmes. Mais elle aussi, elle attendait des choses de sa part et la première était qu’il veille sur elle dans les domaines où elle était impuissante. Parce que chez les Gambino, elle n’avait pas voix au chapitre, elle était soumise à leur volonté à tous et ses seuls remparts étaient Cinzia et Gabriele, si elle avait le malheur de l’ouvrir et de dépasser les bornes, ça irait mal pour son matricule et comme elle ne savait pas quelles étaient les limites, elle se tenait tranquille, refusant de tenter le diable en essayant de découvrir jusqu’où elle pouvait aller. A quoi bon ? Elle était certaine qu’une fois que Gaby serait de retour et sur le domaine, elle n’aurait plus de questions à se poser et pourrait respirer et être elle-même. Visiblement, elle se trompait. Il n’avait pas prévu de réinvestir le domaine et ça ne l’aidait pas du tout avec toute l’inquiétude qu’elle brassait depuis qu’ils se trouvaient près de ce magasin. Elle fronça les sourcils et lui jeta un regard chargé d’incompréhension. « Mais tu vas vivre où alors ? Et je vais rester avec Cinzia ? » Mieux valait savoir le plus tôt possible et se préparer à ce qu’elle devrait subir par la suite. Elle appréhendait déjà son retour alors qu’il n’était même pas question d’une date pour le moment. La brunette pouvait remercier son père de l’avoir mise dans une merde pareille !

« Alors on n’est pas obligés d’être comme eux, pas vrai ?! Tant mieux ! Je n’ai pas envie de me disputer avec toi et de passer mes journées, enfermée dans ma chambre ! » dit-elle avec un sourire amusé mais ça la soulageait malgré tout, ça signifiait qu’ils n’avaient pas à faire semblant pour les autres, personne ne leur demanda leur avis et personne ne devait s’attendre à ce qu’ils filent l’amour fou. C’était une pression en moins. « Moi ? Je sais pas, qu’on reste tous les deux et qu’on fasse des trucs stupides. Du roller, une bataille navale, un rodéo… Peu importe… Bon le rodéo, oublie, le Texas ça fait loin ! » Petit à petit, à mesure qu’il désamorçait de potentielles situations de crise, elle lâchait prise et renouait avec son humour, ce qui n’était pas du luxe compte tenu des sujets abordés. « Vraiment ? Super ! » exhala-t-elle mêlé à un soupir de soulagement en pressant sa main dans la sienne, contente qu’il n’en profite pas pour lui glisser qu’il aimerait qu’elle réalise qu’il avait un standing à tenir et qu’il était temps qu’elle se fasse à son futur rôle d’elle ne savait trop quoi. Elle ne s’attendait pas à ce que sa remarque sur son physique ait cet effet-là, elle le fixa, constatant qu’il n’avait pas conscience de ce à quoi il ressemblait et de ce qu’il dégageait. « Rien, Gaby, tout va très bien de ce côté-là ! Tu es très bien ! » Elle sentit ses joues rosirent alors qu’elle avait pourtant pris soin de ne pas le couvrir de compliments et lui prouver par A+B qu’elle le trouvait à tomber et que parfois, elle pouvait se contentait de le regarder et d’admirer, sans rien dire. Parce qu’elle aurait eu l’air ridicule et parce qu’elle ignorait quoi faire de ça pour le moment. « J’ai pas dit que tout ça avait du sens ! » lâcha-t-elle avec légèreté, prête à se moquer d’elle-même parce que tout ça ne tournait pas rond et ne lui ressemblait pas. « Tu as raison ! Je suis désolée, je ne sais pas où je vais chercher toutes ces conneries ! » Elle haussa les épaules et il termina en beauté, lui jurant qu’il ne voulait ni la changer, ni l’obliger à faire ce qui allait à l’encontre de tout ce qu’elle était et la réaction fut immédiate. Elle franchit la distance entre eux et le serra dans ses bras, technique subtile pour cacher qu’elle était touchée et que les larmes lui étaient monté aux yeux. En peu de temps, elle dut faire face à énormément de changements, savoir qu’il n’en voulait pas davantage la rassurait et lui faisait beaucoup de bien. Elle avait vraiment de la chance d’être tombée sur lui. D’autres n’auraient pas eu autant de scrupules. Il s’éclipsa, visiblement décidé à régler cette histoire de garde-robe. Après un retour prématuré, il repartit et ne reparut que plus tard, les bras chargés de sacs et suivi d’une armada d’employés. Ils parvinrent à tout caser dans la voiture sans qu’elle ne sache comment et il la rejoignit, tout sourire et visiblement content de lui. « Tu es fou ! J’aurais pu y aller, c’était le temps que… » Est-ce que quelqu’un d’autre avait déjà fait quelque chose d’aussi gentil pour elle ? Elle n’en avait pas le souvenir ! Son frère faisait ce qu’il pouvait mais il lui demandait toujours son avis ce qui lui permettait de tempérer son excessivité mais Gaby ne s’était pas encombré de détails. Avant qu’il ne puisse se sentir insulté de la manière dont elle accueillait ce cadeau, elle déposa une myriade de baisers sur son visage, s’attardant sur ses lèvres en laissant échapper une centaine de mercis.

Elle se réinstalla confortablement, passa sa ceinture, toute excitée alors qu’il lui exposait le programme. « Tu peux lui dire de mettre de tout, on verra bien ce que ça donne. » Compte tenu du nombre incroyable de choses qu’il faisait pour elle et rien que pour elle, elle pouvait envisager de s’essayer à être une femme, un peu. Les conseils de Cinzia seraient précieux, autant que leurs conversations. Tenter de plaire à Gaby serait sans doute compliqué mais elle pouvait au moins lui montrer qu’elle essayait de faire des efforts et de grandir un peu, de ne surtout pas rester enfermée dans ce qu’elle connaissait et qui la rassurait. « Si mon frère est là et reste, Gaby, va falloir trouver une solution parce qu’il ne va certainement pas me laisser dormir avec Cinzia pendant qu’il sera seul dans une autre chambre. Et je ne veux pas rester toute seule non plus… Si tu as de la place pour quelques jours sur ton canapé, je pourrais dormir là ! » Dans la bouche de n’importe qui d’autre, ça aurait pu sonner malsain ou bien même tendancieux mais pas dans la sienne. Dormir voulait dire ce que ça voulait dire, elle squatterait le canapé le temps que son frère déblaie le plancher et passerait du temps avec Gaby, elle n’y voyait que des avantages. « T’étais sérieux ? » Elle jeta un œil à son atèle, se disant qu’elle n’aurait sûrement pas besoin de ses deux mains pour le volant. « Ouais ! » Avant qu’il n’ait pu penser à ouvrir la portière, elle se redressait déjà pour s’installer entre ses jambes, se faisant une place en le repoussant un peu avec son derrière. « Redresse-toi légèrement et ouvre un peu tes jambes… Voilà ! Merci ! » souffla-t-elle en lui tapotant la cuisse, emballée comme une enfant de 5 ans le matin de Noël an bouclant leur ceinture. « Allez, on y va ?! » Elle cala la première fois avant de démarrer en trombe et d’éclater de rire, appuyant sur l’accélérateur en slalomant entre les voitures. Ils arrivèrent vivants au casino et elle était en feu, reboostée. Elle descendit la première, montée sur ressorts alors qu’il semblait avoir un peu plus de mal, elle l’avait senti se crisper dans la voiture à plusieurs reprises. « Je conduis si mal que ça ? Tu as cru que j’allais nous tuer, hein, avoue ?! Faut croire qu’on a une bonne étoile ! » Elle s’approcha pour lui offrir un énième baiser innocent, se disant qu’il le méritait bien avant de faire le tour pour tenter de décharger la voiture. « Tu viens ? »


***


Ils s’étaient installés chez lui et après qu’on ait déposé tous les sacs dans l’énorme suite, elle fit le tri, retirant déjà sa veste et son pull, en farfouillant. Elle ne s’inquiétait pas de savoir s’il était là ou pas, il l’avait vue en maillot de bain alors en culotte, quelle différence ? Quand elle trouva un pantalon qui lui plut, elle l’enfila après avoir retiré le précédent et jeta un coup d’œil à ses jambes, peu convaincue par l’effet que ça faisait. « J’aurais dû te dire de me prendre quelques tailles au-dessus, j’ai du mal avec les pantalons qui me collent, on voit tout… » Elle continuait de fouiller, étalant proprement les vêtements sur la table, les chaises, les fauteuils et sur tout meuble susceptible d’être utile. « Ah, je crois qu’il a mis des trucs pour toi aussi… Un costume orange ! » Elle pouffa de rire en le lui montrant. « Même toi, tu ne peux pas porter ça ! Vas y, essaie-le que je vois ce que ça donne… » La gamine le lui colla dans les mains sans lui laisser vraiment le choix, extirpant une robe jaune du lot qui la fit éclater de rire. « Si tu l’essaies, je vais enfiler ça, ok ? Comme ça on ira défiler dans les rues de Rio pour le carnaval ! » Il dut l’aider à remonter la fermeture. La robe était courte, trop courte et on pouvait tout deviner à la manière dont elle épousait ses formes, c’était vraiment un coup à se sentir mal à l’aise. Elle se regarda dans le miroir qu’il avait amené dans le salon et ne se reconnut pas. Elle n’avait jamais vu ses jambes comme ça. Interdite face à sonpropre reflet, elle demeura de longues minutes silencieuses, sans bouger avant qu’il ne s’invite dans son champ de vision et qu’elle retrouve le sourire. « Mais c’est pas possible ! Tout te va à toi ! Même les trucs aux couleurs improbables ! Comment tu fais ? Tu as un secret ? Allez, tu peux me le dire à moi ! » Elle fit volte-face en lui faisant signe pour qu’il ouvre la robe, se gardant bien de dire que pour une fois, elle n’avait pas complètement l’impression de faire tâche à côté de lui. « D’habitude, je vais acheter mes vêtements à l’arrache avec une de mes sœurs et je n’essaye pas, ça me change ! C’est plutôt cool ! » finit-elle par dire pour tromper sa gêne et rompre le silence. « Merci pour ça! » ajouta-t-elle en s'approcha pour déposer un baiser sur sa joue, restant à proximité, appréciant son odeur et la chaleur qui émanait de lui et qu'elle trouvait rassurante.


 





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Gabriele Gambino
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MessageMer 15 Juin - 23:54

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



Au départ, quand il fut question que Gaby rentre à Chicago pour préparer le terrain de son successeur, l’idée de laisser Jezabel s’acclimater seule à sa nouvelle vie lui parut acceptable. Ils étaient fiancés de force et, d’après son frère, elle s‘approchait plus de l’enfant asexué que de la jeune adulte chatouillée par ses hormones. Elle avait dès lors besoin de tout, sauf d’avoir cet inconnu dans les pattes tandis qu’elle devait encore se demander comment se comporter avec lui. Il y avait lieu d’attaquer le problème étape par étape, pas de lui enfoncer la tête sous l’eau. Il aurait d’ailleurs juré que ça lui convenait bien au regard de sa réaction lorsqu’il débarqua sur le domaine sans prévenir, lui justifiant sa présence par la vérité : j’avais envie de te voir. L’insécurité transpira de ses pupilles et de tout son être et il en conclut qu’elle avait craint la manœuvre destinée à l’émouvoir et ainsi écoper d’une petite pipe de remerciements derrière un buisson. C’était une angoisse légitime. Les hommes qu’elle fréquentait jusqu’ici ne contaient certainement pas fleurette pendant des semaines à leur prétendante. Il les manipulait et se servait. Gabriele ne valait peut-être pas mieux que les autres. Il n’aurait su dire. Il n’avait jamais dû se battre pour remplir son lit. Toutefois, parce qu’il était voué à la respecter comme une épouse et non comme l’objet d’une aventure sans lendemain, il l’abordait avec douceur et prévenance. Il avançait à tâtons, fort de sa patience et de sa compassion pour leur sort partagé, et ce fut payant. Grand vainqueur d’un jeu autour d’une piscine, il remporta un baiser hier et, aujourd’hui, il n’y avait plus trace de cette peur d’être bousculée prématurément. Elle s’inquiétait seulement du jour de son retour, comme si elle l’attendait plus que lui. Certes, les véritables raisons se nommaient Achille et Antonella, mais le Sicilien s’enorgueillit tout de même pour ce progrès. « Je ne sais pas. Quand tu pourras vivre avec moi, je suppose qu’on envisagera Manhattan. Pourquoi ? Il y a un problème avec ma sœur ? Vous avez l’air de bien vous entendre, non ? » La Salvadorienne était l’extension du fiancé de sa jumelle. Par conséquent, elle veillait sur elle comme s’il s’agissait de Manuel, par transfert, bien qu’elle ne cachait pas son affection pour sa belle-sœur. Elle devait se retrouver en elle à une époque désormais révolue. « Tu dois me le dire s’il y a un souci, même si c’est ma sœur. Je peux faire la part des choses, parce que même si je rentrais demain, j’aurais beau faire des pieds et des mains, je ne pourrai pas vivre là où tu es. C’est une histoire de respect entre ton père et le mien. » expliqua-t-il sans dissimuler son dépit.

Comment était-elle supposée se détendre et apprendre à le connaître en étant loin l’un de l’autre la plupart du temps ? Comment pouvait-il prétendre à la rassurer efficacement ? Ça relevait presque de l’impossible. La preuve en est, elle matérialisait chacune des présomptions de Gabriele. Lui, il les déficelait du mieux qu’il pouvait, histoire qu’elle ne se transforment chez Jezabel en certitudes, mais la dépense d’énergie était conséquente. La parole n’est pas l’alliée du jeune homme. Son atout, c’est sa propension à agir vite, bien et avec précision. Il fit ce qu’il put néanmoins, s’autorisant à sourire à mesure qu’elle se décrispait, pour souffler un peu, s’amuser de sa naïveté et rebondir sur le moindre sous-entendu. « Si tu veux faire du rodéo, on n’est pas obligé de se taper le bout du monde, tu sais…»  plaisanta-t-il en espérant la voir rougir un peu, se démener pour corriger son propos et non se vexer ou lui en vouloir pour cette audace. Ce serait un impair désastreux, mais nul ne pourrait l’en blâmer. C’était tendancieux, elle n’était pas dénuée d’humour et il se découvrait l’un l’autre. Sans quoi, elle n’aurait pas d’allusion à son physique, qu’il devinait appréciable et dont il prenait grand soin pour oublier son handicap. Au moins, avaient-ils ainsi clôturer cette discussion trop sérieuse qui les obligeaient à affronter une réalité qu’ils avaient encore le choix d’ignorer provisoirement, le temps de se lier d’amitié, quoiqu’il n’était pas persuadé que les bons potes se sautent au cou en guise de remerciements parce qu’ils sont acceptés par l’autre tel qu’ils sont réellement. Il doutait également qu’il soit tout à fait normal qu’elle dépose sur son visage et sur ses lèvres autant de baisers pour avoir organisé une séance de shopping privée à l’hôtel. Bien sûr, il ne soupçonnait pas qu’elle était motivée par quelque chose de beaucoup plus complexe, de plus féminin. Ça n’en restait pas moins aussi agréable que frustrant, car il aurait eu vite fait de garer la voiture sur le bas-côté de la route pour colorer cette myriade de douceurs de teintes plus chaudes. « Ah quand même » plaisanta-t-il pour ensuite corriger sa commande de chaussures pour qu’elles soient plus variées. Il était impératif qu’il se concentre sur autre chose que sur sa bouche qui l’appelait dès qu’il levait les yeux vers elle et sur l’éventualité qu’il puisse l’accueillir chez lui le soir même. Cette volonté de distraire son attention de l’interdit rendit la possibilité qu’elle conduise beaucoup moins idiote. Il serait forcé de se focaliser sur le chemin et de la guider. Normalement, le seul contact physique qu’ils s’autoriseraient se résumerait à une main posée sur sa semblable pour l’aider à changer les vitesses. Sauf que l’enthousiasme de sa fiancée l’emporta haut la main devant la raison et au mépris de la prudence. Elle enjamba derechef l’accoudoir et se creusa une place entre ses cuisses en remuant les fesses.

Ce qu’il trouvait si touchant en elle devint ainsi sa malédiction puisque mû par un réflexe de préservation, il leva les bras au ciel, ignorant s’il était capable de ne pas rompre ses promesses s’il l'effleurait. Elle gigotait trop pour qu’il demeure indifférent. Son corps réagit plus vivement que ses pensées qu’il tenta d’orienter vers des trucs ignobles ou des banalités tue-l-amour. Tout, sauf s’imaginer la renverser sur le siège passager pour achever ce qu’elle initiait sans même le réaliser, car c’était bien là où le bât blessait. S’il se pliait à ses désirs, l’adolescente le vivrait comme une punition doublée d’une trahison. Il reculerait de cent pas et les chances d’avancer à nouveau s’amenuiseraient considérablement. Autant dire qu’il la bénit d’être assez cavalière pour démarrer à la hâte et se jeter dans la circulation sans réfléchir. Après tout, quoi de mieux pour se raisonner que la peur de crever dans un accident de voiture ? Elle était aussi inconséquente que sa jeunesse le laissait présager. Elle lui injecta une telle dose d’adrénaline que ses mains trouvèrent naturellement le chemin du volant et du levier de vitesse. Il aurait eu à lui proposer de faire attention si elles souhaitaient les ramener entier, mais elle était si euphorique qu’elle n’y entendait rien. Néant. Pas plus qu’elle n’était lucide sur l’impact qu’elle avait sur son sang-froid. Chacun des mouvements de l'adolescente entraînait chez Gaby une réaction physique qui le mettait atrocement mal à l’aise. Son parfum l’enivrait plus que la nécessité de se faufiler sans danger dans le trafic. La chaleur de son corps était un appel au viol, mais il tint bon. C’était un véritable exploit dont il se félicita en s'accordant le temps de souffler et de se calmer malgré les invitations répétées du zébulon qui l’accompagnait. « J’arrive. » s’essaya-t-il sans grande conviction alors qu’elle surenchérissait, l’embrassant à nouveau. Il la retint par le bras d’instinct et il la pénétra de part en part d’un regard qu’elle ne lui connaissait pas, de ceux qui traduise que s’il osait – et il devrait – il lui en offrirait bien un digne de son nom. Il la relâcha à contrecœur dès qu’elle s’embarrassa et qu’elle baissa les yeux. Il venait de gagner quelque précieuse minute qu’il mit à profit pour se reprendre et quitter enfin la voiture. « Ne te fatigue pas. Ils vont nous les monter. On n’aura pas le temps d’arriver à la chambre que ce sera déjà là. » Ce fut d’autant plus vrai qu’ils firent un détour par celle de la Maruzella, préférant tourner les talons sans frapper pour récupérer les affaires de sa douce et bien avant que Jez n’approche et soit en mesure de deviner ce qui se jouait derrière ses portes. Ils étaient réconciliés, c’était le principal. En dire plus serait inutile…

S’il regretta cette escapade – il ne servait pas son sens de la maîtrise – il se décrispa rien qu’à l'observer fouiller dans les sacs en quête de la perle rare. Elle semblait satisfaite, éventuellement heureuse, et il devait bien admettre qu’il était fier de lui. C’était une idée de génie. « Si nous sommes nés sous une bonne étoile, elle saura me remercier » pensa-t-il sans imaginer qu’elle se changerait sans se dérober à son regard. L’espace d’un instant – parce qu’il doutait qu’il tienne le coup très longtemps – il fut tenté de lui rappeler que la salle de bain était libre, mais il se ravisa aussi vite. Pour quelles raisons lui intimer la pudeur ? Que récolterait-il si ce n’est encore plus de frustration ? Là, assis dans son sofa, il pouvait se rincer l’œil sans se sentir coupable ou avoir l’impression de la contraindre à quoi que ce soit. A bout, il songea même que, le moment venu, il n’aurait pas à batailler pour la déshabiller. Il lui parlerait de cet épisode et elle se détendrait d’emblée. « Hmm… pas autant qu’en petite culotte. Ça te va très bien en plus. La robe et la culotte.» Ce n’était pourtant qu’un sous-vêtement de coton que portent les enfants. De la dentelle noire et il lui sautait dessus séance tenante, ce qui n’était pas près d’arriver s’il enfilait ce costume bariolé façon année 60, patte d’éléphant et d’un orange criard. « Rien que pour te voir dans cette robe. » lui lança-t-il en choisissant de jouer selon ses règles à elle. Il se changea là, à sa vue si en faisait cas, prenant absolument tout son temps. Réagirait-elle qu’il lui opposerait un air ahuri et une cuillère de mauvaise foi. Au lieu de ça, elle semblait hypnotisée par son propre reflet dans le miroir. Il n’était même pas certain qu’elle l’avait remarqué tant elle était concentrée sur son image. « Tu devrais te prendre en photo. » Si elle venait à douter d’elle ou de son charme par exemple. « Regarde. » ajouta-t-il ensuite en ramassant ses cheveux dans son cou, frôlant volontairement sa peau fine. Il les ramena en chignon dans sa nuque, dégageant ses traits. « Tu n’aurais même pas besoin de maquillage ou de bijoux pour que les filles du magasin en crèvent de jalousie. Je peux garder mes secrets.» Ses lèvres effleurèrent son épaule et il immortalisa le moment, la prenant par surprise. « Non, je ne la diffuserai pas. Je ne l’enverrai qu’à toi. Je me dis juste que tu devrais la prendre au cas où je t’emmènerais au Carnaval de Rio un jour.» promit-il alors qu’elle le sollicitait pour dégrafer sa robe fermée dans le dos. Il n’en fit rien, du moins pas tout de suite. Il la saisit plutôt par la taille dès qu’elle le remercia. « C’est tout ? D’habitude, j’ai le droit à tellement de baisers que je ne sais même pas quoi en faire. Franchement, il y a dû laisser-aller. Je suis déçu. » se plaignit-il dans l’espoir d’un geste maintenant qu’il s’annonçait. Il comptait bien récupérer son dû, mais de la façon dont il l’avait décidé. Il n’était plus question d’une bise de récréation. « Merci ! Franchement ? » chuchota-t-il pour ensuite lui dérober un baiser, le premier qu’il initiait lui-même depuis le début de la journée.

Après s’être déshabillé au milieu du salon en détente et après l’épisode de la voiture, tant de résistance de sa part le perdait complètement. Il assumait désormais un échec cuisant. Ses lèvres demeurèrent soudées l’une à l’autre et les taquiner du bout de la langue ne l’aida pas vraiment. Il était pourtant persuadé d’avoir bien interprété ses divers messages. Tout ça manquait de logique. Il était presque offusqué en ouvrant sa robe. Il se changea là, pensif, réfléchissant à grand-peine sur les raisons de cette défaite. Revêtu à moitié – sa chemise non boutonnée n’avait pas retrouvé le chemin dans son pantalon – il ne pipa plus un mot. Il préféra vider les sacs et étendre toutes les fringues sur le sol dans l’espoir de trouver la perle rare, le vêtement dans lequel elle se sentirait à l’aise. Et puis, l’illumination. Se pourrait-il qu’elle ne soit pas de l’huile d’olive vierge, mais extra-vierge ? Que rien, dans son comportement, ne soit pas prémédité ? Intrigué, il la détailla d’un regard neuf et la question trancha le silence d’un coup net, quoiqu’elle ressemblait plutôt à une affirmation. « Quand tu dis que tu ne sais pas comment te comporter avec moi, tu ne fais pas seulement allusion à notre situation.  C’est bien plus général que ça. Tu ne sais pas comment te comporter avec un homme tout court, c’est ça ? Tu n’as jamais eu un petit copain ? Un gars qui te plaisait vraiment, qui t’emmenait au cinéma voir un film à la con, parce que de toute façon, vous n’auriez rien vu du film ? Je ne dis pas que c’est ce que je dois être, mais il y a une telle différence entre ce que tu fais et ce que tu sembles ne pas vouloir que j’ai besoin de savoir. Tu comprends ? » Il aurait juré qu’elle piqua un fard, si bien qu’il hésita un instant à poursuivre pour ne pas la mettre mal à l’aise, mais savoir était de première nécessité à présent. « Je ne te jurerai pas, tu sais. Je dois même admettre que ça me plaisait plutôt bien. Tu n’es pas curieuse ? Parce qu’on peut régler ça… ce serait comme une expérience. » Utile par ailleurs. Si leur relation prenait un autre tournant, la simple idée d’ouvrir la bouche la rendrait nerveuse, car ça l’engagerait. Mais là ? Que risquait-elle ?

 





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La malavita
Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Jezabel Gambino
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MessageDim 19 Juin - 22:00

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido



Il ne la connaissait pas. Ce n’était pas un reproche mais une constatation. Sinon les choses auraient été plus simples et il aurait pu se passer des conseils de Manuel, bien qu’ils soient parfois avisés, ils n’étaient pas tous bons à savoir. Mais s’il avait su ce que signifiait une simple question ou telle ou telle réaction, il aurait su qu’il n’y avait pas le moindre problème avec Cinzia mais qu’à choisir, elle préférait être près d’un allié et ne pas se retrouver jetée dans la fosse aux lions sans autre défense que celle qu’elle pourrait se constituer. La salvadorienne ne laissait pas Cinzia monter au créneau uniquement parce qu’elle était déracinée et complètement perdue mais également parce que ses seules réponses étaient faites de violence, autant verbale que physique et qu’elle ne doutait pas qu’on lui ferait amèrement regretter. Les trois quarts du temps, elle la fermait pour ne pas commettre d’impairs dont elle devrait répondre devant son père. Rafael n’était pas la patience incarnée et il n’aurait pas hésité à lui faire subir une humiliation cuisante devant témoins et c’était le genre de choses qu’elle préférait éviter. Celles dont Mani fut la victime à maintes et maintes reprises lui servirent de leçon. Si son père ne pouvait la marier, il lui ferait regretter amèrement et s’arrangerait pour qu’elle ne revienne jamais de sa prochaine mission. C’était le lourd tribut à payer pour avoir le droit de porter le nom d’Herrera. « Non, j’aime bien Cinzia ! Mais elle ne va pas rester pour toujours sur le domaine et quand elle sera partie, je serai toute seule face à Antonella… Je préférerais aller avec toi, tu sais, je peux me faire toute petite… Même si je comprends cette histoire de respect ! » Elle hésita longuement avant de lui transcrire le fond de sa pensée, tel qu’il était. Elle ne parlait pas beaucoup et quand elle était intarissable, c’était surtout pour faire des plaisanteries et sortir des banalités. Ses sentiments, elle les enfouissait profondément et elle éteignait l’interrupteur de l’humanité. Avec Gabriele, elle essayait de se défaire de ses vieux réflexes et de sa méfiance naturelle. « S’ils me poussent à bout, Gaby, ce serait catastrophique ! Mon père me le ferait payer très chèrement ! Ne le prends pas mal mais ce mariage arrangé était pour moi une punition quand on me l’a appris mais si je gâchais ses espoirs, il ferait en sorte que je m’en souvienne. Je ne veux pas déraper. » Elle crut voir une ombre dans son regard et se demanda si sa franchise ne lui avait pas fait de la peine, ce n’était pas le but, il n’avait pas dû sauter au plafond non plus en apprenant la nouvelle. « Mais depuis que je te connais, je me dis que j’ai de la chance, parce que t’es vraiment super ! » tenta-t-elle avec un sourire confiant. Se marier avec un pote c’était déjà mieux que d’épouser un tyran.

« Le Texas c’est déjà moins loin que l’Argentine mais quand même… » La brunette allait enchaîner, croisa son regard, finit par tilter qu’il y avait une allusion graveleuse là-dessous et rougit jusqu’à la racine des cheveux parce qu’elle avait fini par comprendre l’invitation. Il plaisantait, il en faisait des tonnes comme ça parce qu’il n’aurait pas le choix que de passer par l’étape sexe avec elle mais elle peinait à croire qu’il ait pu ressentir la moindre attirance pour un garçon manqué comme elle. Se détendant un peu en pensant à ça, elle finit par en rire et par lui donner un coup de coude ajoutant qu’il était nul. Si elle commençait à penser au sexe, elle aurait son cœur qui s’emballerait et puis elle se sentirait à l’étroit dans ses vêtements avant de paniquer pour de bon. Peut-être que le moment venu, le plus simple serait de voir ça comme une mission. Pas d’implication sentimentale, pas de problème, pas de panique. Pas de panique, pas de traumatisme. Néanmoins, toute raison s’envolerait probablement quand il retirerait ses vêtements. Ne pas y penser, connasse ! NE PAS Y PENSER ! Elle sentait déjà sa gorge se serrer et Dieu merci, il détendit l’atmosphère en un temps record, assez pour qu’elle oublie ses conneries. Elle ne prêta pas vraiment attention à ce qu’elle sentait contre Gaby, sans doute parce qu’elle était trop innocente pour faire l’addition ou bien parce que ça l’arrangeait bien de ne pas s’en soucier. Sentir son souffle sur sa nuque était aussi grisant que de foncer comme une forcenée et en conduisant comme si elle était en pleine cambrousse. Revigorée, elle le trouvait trop mou et ne put s’empêcher de l’encourager à se dépêcher, elle ne s’attendait pas à ce qu’il agrippe son bras et ne lui envoie une décharge hormonale en un regard. Jusqu’à présent, tout ce qui agitait habituellement les adolescents du monde entier ne l’avait pas trop titillée parce qu’elle avait su focaliser son attention et son énergie sur le MS. Maintenant qu’elle ne l’avait plus, elle était sans doute plus réceptive. Elle baissa immédiatement les yeux mais il était trop tard, elle l’avait senti, ces ondes de désir qui émanaient de lui et qui vinrent lécher sa peau et susciter chez elle une réponse presque positive. Non, totalement positive. Elle avait chaud et froid à la fois et son estomac faisait des trucs bizarres. Elle se défit de sa prise et s’éloigna, lui laissant le temps de descendre à son aise et s’offrant la possibilité de faire le point et de refouler tant bien que mal. Pas de ressentis, pas de problèmes. Elle prit une grande bouffée d’air et avança jusqu’à la suite, tout irait pour le mieux. Et ce fut avec une détente totale qu’elle retira ses fringues comme elle le faisait autrefois avec ses compagnons d’arme, comme si elle était l’un d’eux.

La gamine leva un sourcil interrogatif à sa remarque. « C’est une culotte quoi, comme un maillot de bain, je suppose que ça va à tout le monde. » Elle haussa les épaules pour dire qu’il n’y avait vraiment pas de quoi susciter le moindre compliment et en lui collant le costume dans les bras tandis qu’elle ne savait pas vraiment par quel bout prendre sa robe. Jetant un coup d’œil dans le miroir, elle ne perdit pas une miette quand il défit sa veste de costume puis sa chemise et il devait y avoir une lueur d’avidité quand il ouvrit sa ceinture mais leurs regards se croisèrent dans la glace et elle détourna les yeux, gênée d’avoir été prise sur le fait. Si elle doutait encore de l’attirance qu’il lui inspirait, elle ne pouvait plus contester les faits à présent. Il était beau à se damner et elle aurait volontiers posé les mains sur lui pour voir ce que ça faisait. Mais t’es malade ! Arrête tes conneries ! A quoi ça te servirait ? Voilà qu’elle se fustigeait intérieurement pour se rappeler à la raison. Entre l’Apollon qui se trouvait là et celle qui lui ressemblait et n’avait rien à voir avec elle dans son reflet, elle était en perte totale de repères. « Pas besoin, cette robe est beaucoup trop courte… » commença-t-elle d’une toute petite voix alors qu’il effleurait sa peau et la faisait frissonner. Il déposa un baiser sur son épaule et ses yeux se fermèrent alors qu’elle sentait son cœur battre plus vite et que l’espace d’une seconde, elle ne s’était plus vraiment sentie maîtresse de ses réactions. Que lui arrivait-il ? La photo ? Une photo ? « Ça te fera une belle photo pour rire quand tu n’auras pas le moral ! » Elle repassait à la carte de l’humour pour faire retomber un peu de cette tension qui alourdissait terriblement l’atmosphère et qu’elle était incapable de gérer. « Bah si je te remercie toujours de la même façon, tu vas te laisser. » Elle ricana, mal à l’aise, ne sachant plus où se foutre, respirant son eau de toilette musquée et enivrante qui lui faisait tourner la tête et éloignait sa raison. Ce qu’il vécut comme un échec fit monter le rouge aux joues de la jeune femme et elle en eut les jambes qui tremblaient quand il la relâcha enfin. Lui tournant le dos, elle tentait de dissimuler son trouble, faisant mine de chercher d’autres vêtements, restant en sous-vêtements le temps de trouver son bonheur et de se remettre de ses émotions. Il allait faire exploser son cœur s’il continuait comme ça. Ce n’était pas bon pour elle, ça l’amènerait forcément à se bercer d’illusions et elle en souffrirait, mariage ou pas. Trop s’impliquer, trop donner et elle n’aurait plus que ses yeux pour pleurer. Il rompit le silence alors qu’elle essayait de savoir lequel des deux pantalons étaient plus amples que l’autre. « Je…Non en fait ! Il n’y jamais eu personne, si je voulais qu’on me respecte et qu’on me voit comme un semblable et un soldat et pas comme une femme, j’avais pas le choix. Et puis ça ne m’intéressait pas. Ma sœur, Mona, tout le Salvador lui est passé dessus et tout ce qu’elle a récolté, c’est de tomber en cloque en étant ado et de se retrouver mariée à une brute ! Moi, tout ce que je voulais, c’était me faire ma place dans la Mara et travailler pour mon frère. Je buvais et fumais avec les gars, je faisais la fête aussi mais ils ne m’intéressaient pas, j’étais leur pote, leur frère d’armes, tu vois ? » expliqua-t-elle, se demandant si elle faisait bien de se confier aussi ouvertement. Il était rare qu’elle parle d’elle et surtout pas de son passé mais il l’y avait invitée si gentiment.

« Je ne comprends pas ce que tu dis. Quelle différence entre ce que je fais et ce que je dis ? » s’enquit-elle, les sourcils froncés par l’incompréhension. « Curieuse ? Je…Quoi, tu me lances un défi ? » répliqua-t-elle avec un large sourire alors qu’elle n’avait pas pris la peine de remettre un t-shirt ou même un pantalon, voire même les deux. Elle s’approcha de lui et s’agenouilla près de lui. « J’adore les défis ! » ajouta-t-elle. « Allez, montre-moi tout ce que j’ai manqué ! » Elle était amusée, encore plus quand il lui demanda de le laisser faire et de s’évertuer à suivre ses instructions. Elle ricana quand il la titilla du bout de la langue. « Qu’est-ce que tu fais ? Ok, ok, ça va, je vais rester sérieuse et faire ce que tu me dis. Croix de bois, croix de fer ! » Au début, ce ne fut rien de bien différent de d’habitude, ses lèvres contre celles de sa fiancée, puis sa langue vint rencontrer la sienne et entama une danse lascive qui se termina trop rapidement à son goût. Elle avait toujours les yeux fermés, sa poitrine se soulevait à un rythme effréné et elle eut du mal à réaliser où elle se trouvait. Quand elle ouvrit les paupières, il souriait, fier de lui. Mue par une envie de reprendre l’avantage, elle fondit sur ses lèvres, tenant son visage entre ses paumes, mettant à profit ses conseils et ses cours de pratique. Elle sentait la peau de son torse contre la sienne, il lui communiquait sa chaleur alors qu’il l’allongeait sur un matelas de vêtements et qu’elle se risquait à toucher son épiderme du bout des doigts, comme s’il risquait de brûler. Elle n’aurait pas eu la volonté de mettre un terme à tout ça s’il ne l’avait pas fait, se redressant à la hâte et disparaissant dans la salle de bain après avoir tenté d’ouvrir la bouche sans qu’aucun son ne sorte. Sonnée, elle finit par se redresser pour remettre ses vêtements et lui laissa vingt minutes avant d’aller frapper à la porte. « Gaby, est-ce que ça va ? Je suis désolée. » Parce qu’elle avait forcément fait quelque chose de travers mais quoi, c’était la question.


***


Il avait refusé qu’elle dorme dans le canapé et l’avait confortablement installée dans son lit pour prendre le sofa, pourtant, elle vint le chercher une quinzaine de minutes plus tard, insistant sur le fait que le lit était assez grand pour deux et qu’ils devaient bien s’habituer à dormir ensemble. Elle lui confia que c’était la première fois qu’elle dormait avec quelqu’un et que ce n’était pas si mal que ça. Ils ricanèrent tous les deux et chacun put disposer de son côté du lit. Elle passa une partie de la matinée suivante à faire le tri dans les vêtements et les chaussures qui lui plaisaient, gardant des choses plus féminines au cas où et prit même la peine de se choisir une tenue pour l’invitation au restaurant de son frère, le soir même. Elle ne s’était pas attendue à ce que ça tourne comme ça, en humiliation orchestrée d’une main de maître par un Manuel au sommet de sa forme. Pour lui, rien n’avait d’importance, surtout pas les sentiments des autres. Mais elle le connaissait et n’était pas déçue de ce qu’elle savait déjà mais voir que Gabriele se gaussait de ces remarques, ce fut un coup de poignard en plein cœur. Elle se sentait abandonnée et humiliée, elle se leva après quelques remarques acerbes et retirant ses talons pour ne pas donner la satisfaction à son frère de s’étaler au milieu de tout le monde. Dire qu’elle avait fait un effort pour ne pas avoir l’air d’une petite fille à côté de celui qu’on lui avait choisi, il ne le méritait pas ! L’avantage de dîner dans le restaurant de l’hôtel c’était qu’elle pouvait rentrer seule et avoir le temps de pleurer de rage. Elle se débarbouilla avec hargne, se fustigeant d’avoir été si bête. Quand elle émergea dans son t-shirt informe et en culotte, il était là. Elle fonça dans la chambre pour récupérer son oreiller et le posa dans le canapé, se faisant un semblant de lit avec la couverture qui était soigneusement pliée. « Moi, je ne me moquerais jamais de toi ! » lui lâcha-t-elle en levant enfin les yeux pour le fixer. « Mais je suppose que c’est très drôle les blagues sur les insécurités des gens ! Je pensais que je pouvais te faire confiance, je pensais que tu étais mon ami parce qu’on était tous les deux dans la même situation, je me rends compte que j’avais tort ! Bonne nuit quand même, Gabriele ! » Elle n’avait pas haussé le temps, elle était calme, très calme, trop calme. Il pouvait s’estimer heureux qu’elle ait parlé, ce n’était pas le genre de la maison, elle préférait les silences accusateurs d’habitude.

 





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Gabriele Gambino
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MessageVen 1 Juil - 20:53

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



De la chance ? Plus il se le répétait, plus il peinait à croire que cette affirmation sortait bel et bien de la bouche de Jez. Il supposait d’ailleurs qu’elle s’en persuadait surtout. Sérieusement, elle avait été arrachée à ses terres, à ses amis et à ses habitudes parce que deux hommes égoïstes et ambitieux l’avaient décidé. Elle était forcée de renoncer à ses rêves et à sa vie pour s’en construire d’autres à des kilomètres de chez elle. Son unique solution pour rendre cette épreuve-là moins traumatisante, c’était de s’accrocher à la possibilité d’un avenir « pas si mal » et d’oublier rapidement qu’il ne sera jamais à la hauteur de ce à quoi elle aspirait. Pour ce faire, Gaby était devenu malgré lui – eux – son point de repère, outre un frère matériellement impuissant face à cette réalité et une belle-sœur plongée dans la merde jusqu’à la taille. Autant dire rien d’assez efficace pour qu’elle n’entrevoie plus leur mariage comme une punition. Dans ces conditions, il ne pouvait décemment convenir à ce qu’elle soit entièrement sincère, mais il ne la contraria pas vraiment. Il haussa plutôt les épaules et glissa sa main sous son menton. Dans son langage, ça signifiait : « Il n’y a pas de mal. » ou « T’inquiète, on s’en fout », car la seule justification plausible à cet aveu, c’était qu’elle craignait de l’avoir vexé en révélant son sentiment d’être victime d’un châtiment qu’elle n’avait pas mérité. Son crime était d’être née femme dans un monde fait pour et par les hommes. Il y avait de quoi les maudire tous, les uns après les autres, lui y compris. Ses efforts, ils étaient normaux et bien peu de choses comparés à ses sacrifices. Il pouvait bien être « super » avec elle, il ne pourrait jamais lui rendre ce que leur père respectif lui avait volé. C’était désolant, affligeant et parfois, il se surprenait à l’observer avec une pointe de compassion, tant pour elle que pour lui. Ils ne célébreront pas un mariage attendu depuis des lustres au point que la noce soit un soulagement. « Tu aurais pu te braquer. Tu aurais pu refuser de me voir, de passer du temps avec moi ou même de me parler, même si je n’ai rien à voir là-dedans. Ça m’est tombé dessus sans prévenir, comme pour toi. J’aurais compris, mais ce n’est pas ce que tu fais. Donc, non, c’est moi qui ai de la chance. » admit-il dépourvu de honte. Elle entreprenait contre son gré un voyage sans retour dans un univers à des kilomètres de celui qu’elle avait toujours connu. Elle était morte de trouille, mais elle était là, drapée dans le manteau de sa dignité d’adolescente, à essayer d’édifier autour d’eux une forteresse d’amitié. C’était plus qu’il n’aurait pu l’espérer. Ne méritait-elle donc pas qu’il lui épargne un bain de foule au cœur de ce monde qui lui est étranger ? Il n’avait qu’un mot à dire pour la soulager de cette appréhension de s’afficher à son bras alors que leur relation n’est définie que par le choix des autres. Elle n’est qu’un balbutiement, une ébauche à parfaire. Entre eux, tout reste à faire, et s’il veille à ne pas lui faire miroiter de l'indépendance, en quoi lui tendre les clés de sa voiture pour qu’elle s’amuse un peu serait-il un problème ?

Du moins était-ce ce qu’il avait pensé presque naïvement avant qu’elle ne transforme ce moment normalement simple et dans la continuité de leur complicité naissante en véritable torture pour Gaby. C’était douloureux à tout point de vue, mais il trouva néanmoins quelque réconfort à cette gêne différente que le malaise quand il traduit ce qu’il ressentait d’un regard chargé de désir. Elle n’était pas pleinement insensible à son charme, c’était plutôt une bonne nouvelle, même si dans le fond, pour cette fois, et cette fois seulement, dans sa suite aux allures d’appartement, elle est assez insouciante pour traîner en petite culotte. Certes, il y aurait des avantages, mais pour l’instant, elle compliquait tout. S'inventer mannequin en enfilant un costume « improbablement » ridicule n’apaisa nullement la tension charnelle dont elle n’avait pas conscience. Au contraire, elle balayait ses avertissements sous couvert de compliments sans les comprendre et sans s’en flatter. Elle tournait en dérision toutes ces tentatives pour lui faire entendre qu’elle était ravissante. Se sous-estimait-elle ? Pas exactement. Elle semblait surtout se découvrir ce qui la rendait aussi touchante qu’attachante. Il avait une furieuse envie de lui conseiller d’ouvrir rapidement les yeux sur son image. Il  pourrait lui gagner du temps si elle acceptait que, sous ses vêtements et ses jeux d’enfants, se cache une femme qui souhaiterait s’exprimer. Or, c’était trop tôt. Elle s’accrochait à ce qu’elle était pour se rassurer et il n’était personne pour exiger qu’elle entame enfin cette révolution. Il ne pouvait que lui en souffler le désir, s’il s’y prenait, avec douceur et patience, si bien entendu, il en trouvait assez en stock. Elle l’usait si vite. Elle la dépensait inconsciemment à chatouiller ses nerfs à chaque fois qu’elle baissait la tête ou qu’elle souriait pour dissimuler son embarras après qu’il ait posé le regard ou les mains sur elle. Lui, il était habité d’une folle envie de l’embrasser autrement que ce à quoi elle l’avait habitué jusqu’ici. Pourquoi ? Il n’en savait encore rien, mais en reculant assez pour analyser ses comportements, il saisit ô combien son innocence était digne de celle d’une gamine.

Il mit les pieds dans le plat sans grande délicatesse, ignorant comment enrober une question impertinente et intrusive de miel et de chocolat. En s’entendant, il grimaça, s’attendant à ce qu’elle pique un fard qu’elle lui cacherait en s’enfermant dans la salle de bain. Elle fit mieux que ça. Elle lui confessa une vérité précieuse et sans honte, comme ces Américaines pathétiques qui accumulent les flirts et qui aspirent à perdre leur virginité l’année de leurs dix-huit ans, le soir de leur bal de promo de préférence, parce qu’elle est fardeau pour elles. Pauvres idiotes. «Je comprends » commenta-t-il, appréciant assez qu’elle lui ouvre une porte sur ce qu’elle était pour taire ce qu’il en pensait réellement. Ses souvenirs, ceux que cette simple réplique avait sans doute réveillés, elle devait y tenir. Il ne voulait pas les abîmer en lui déclarant qu’en agissant de la sorte, elle accentuait certainement la différence. Quand on est un homme élevé pour tuer de sang-froid, peu importe le décor, le sexe devient une bouée de sauvetage efficace. Ces compagnons de galère devaient s’en donner à cœur joie, qui les jugerait ? Pas elle, et ce, malgré tous ses efforts pour leur ressembler, pour être considérée comme leur égal. « Tu as donc bu et fumer pour relâcher la pression, c’est ça ? Et tu n’as jamais voulu autre chose pour toi ? » Sa sœur, par exemple, avait fait des pieds et des mains pour rejoindre une université prestigieuse et être autre chose qu’une mère de famille au foyer. C’était le même combat, les armes étaient seulement différentes. Jez, en prime, avait été bercée d’illusions avec pour conséquence un rude retour à la réalité. Tout ça ne présageait rien de bon pour eux. Gaby en allumerait bien un cierge pour qu’elle n’oublie jamais d’où il venait et les valeurs qu’on lui inculqua, car s’il était d’une tolérance peu coutumière pour un Gambino, il ne transigerait jamais sur ce pourquoi il s’est battu : exister malgré cette tare qui le bouffe au quotidien, celle qui le dévore tant elle réclame du contrôle sur tout et sur tout le monde. Il aurait pu l’interroger plus allant sur son mode de vie là-bas, sur ce qu’elle avait vécu et ce qu’elle avait donc connu, puisqu'elle n’avait pas été la semblable de ses frères, comme elle les appelait, sauf en apparence. Il aurait également convenu de l’entretenir sur ces distinctions entre ses actes et les faits. Mais, ce n’était pas le plus important ou si ça l’était, ce n’était pas nécessaire.

Depuis leur virée en voiture, l’ordre des priorités selon Gaby était bousculé. Avant de mieux la connaître, il fallait l’empêcher de se reposer sur les lauriers de ses certitudes de petite fille. Si elle s'en persuadait qu’il se satisferait ad vitam aeternam de baisers qu’on échange en culottes courtes dans les cours de récréation. Il s’était préparé à l’idée d’avoir à batailler pour obtenir une maigre compensation pour ses audaces précédentes. Mais Jez était à l’image de ses confessions. Elle avait le sens du défi. Elle vint le rejoindre, déterminée, effectivement curieuse, et bien entendu, il ramena à lui la perche qu’il lui tendit et qu’elle saisit. Il lui chuchota quelques conseils, se lança et soupira lorsqu’elle l’interrompit en ricanements. Elle arriverait presque à lui foutre la pression à le priver de son élan. Déjà que ça ressemblait peu à ce qu’il avait imaginé. S’il avait su, il l’y aurait incitée autrement et il y aurait mis davantage de formes…mais, aurait-ce vraiment changé l’issue de ce rapprochement inattendu ? Non ! Bien sûr que non ! Surprise par la sensation d’un baiser, Jez souhaiterait l’apprivoiser pour en limiter les risques. Rien d’étonnant à ce qu’elle fonde sur ses lèvres. Le reste l’était bien plus.

Galvanisée par ces émotions nouvelles, elle se laissa renverser sur les vêtements répandus sur le sol. Ses doigts vinrent timidement chercher le grain de sa peau. Alors, d’une main, il les récupéra pour qu’elle la pose plus franchement sur son torse. Il semblait l’intéresser. Lui, comme elle n’était pas franchement très habillée, il était irrémédiablement attiré par l’élastique de sa petite culotte. Sa paume glissa le long de son flanc, doucement, lentement. Une caresse délicate à laquelle elle répondit d’un soupir. Le désir leur coupait le souffle, car il en était certain, cet émoi était réciproque. Peut-être que leur cœur battait à l’unisson et s’il ne ferait rien qui pourrait la mettre mal à l’aise, s’il ne l’obligeait à rien dans l’état actuel des choses, il ouvrit la bouche pour s’assurer qu’elle allait bien, que ça ne galopait pas trop vite. Il n’avait pas l’intention de s’étendre en palabre, mais un « ça va » aurait pu faire l’affaire. Rien ne sortit. Néant. Il se crispa instantanément et il sut qu’il ne serait pas utile d’insister. Il avait plus froid que chaud désormais, mais il suait à grosses gouttes. Il l’abandonna donc là séance tenante, la tête remplie de colère contre lui-même, la tête comme un seau, les poings serrés et bien trop excité pour un type voué à l’abstinence pour un paquet de temps encore. Furieux contre lui-même, il s’enferma dans la salle de bain, se passa de l’eau sur le visage et focalisa son esprit sur sa respiration pour se maîtriser. Tant qu’il n’aurait pas repris le dessus sur son handicap, il ne serait pas en mesure de prononcer une phrase complète sans répéter les mêmes syllabes indéfiniment, grimaçant comme s’il était sur le point de cracher. Il avait tellement honte de lui. Et qu’allait-il répondre – si tant est qu’il puisse – à la Jezabel qui s’inquiétait déjà derrière la porte ? Rien ! C’était sans doute le mieux. Il quitta la pièce, la rassurant d’un sourire et d’un baiser sur le front et l’abandonna là sans explication. Il reparut moins d’une heure plus tard, moins tendu. Il put ainsi s’endormir à ses côtés, après qu’elle soit venue le rechercher, sans en devenir complètement fou.


***

Au restaurant, il ne resta pas impassible devant les bêtises de Manuel parce qu’il se moquait des sentiments de Jezabel, mais parce qu’il ne réalisa pas que l’humour de son frère la blessait à ce point. Il n’avait pas conscience que ses réactions à lui puissent avoir sur elle une quelconque influence. Ils étaient étrangers l'un à l'autre. Au contraire, il aurait mis un halte-là avant que ça ne dégénère à table et, plus tard, dans la chambre, tandis qu’elle envahissait le sofa pour y passer la nuit. Il n’était plus question de partager le même visiblement. À l’entendre, il n’était même plus envisageable d’entretenir avec elle la moindre discussion. Elle lui balança sa propre vérité au visage et prit grand soin de conclure sans lui accorder voix au chapitre. II hésita un moment entre tourner les talons et ouvrir tout de même la conversation. Il ne la connaissait pas assez que pour savoir exactement quoi dire ou quoi faire, mais qu’elle prétende ne plus avoir confiance avec lui avec autant d’aplomb l’informa de l’urgence. Fuir n’était pas une option viable. « Je ne pensais pas que ça te mettrait mal à l’aise ou je serais intervenu. Je veux dire… » À tout niveau d’ailleurs. Au lieu de la titiller, il aurait cherché à discuter avec elle de ce qui la mettait tant mal à l’aise et qui, tôt ou tard, les concernerait directement. « Je n’ai jamais voulu me moquer de toi. Je ne l’ai pas fait non plus. Ça me désole que tu voies les choses comme ça et que tu m’en croies capable en plus. » compléta-t-il en s’essayant dans le divan. Il aurait bien pris ses mains dans les siennes pour alourdir d’authenticité ses aveux, mais il n’avait nulle envie d’être repoussé ce soir, alors qu’il avait le sentiment d’avoir merdé. Leur relation était si fragile encore. Il n’était même pas certain que ce qu’il partageait aurait pu être qualifié comme tel. « Je suis désolé si je t’ai fait du mal ce soir. » Il tenta une approche, laissant ses doigts atteindre le dos de sa menotte, mais ce ne fut pas très probant.

Les mots ne la toucheront pas si facilement, à moins qu’il ne détienne un secret qui compenserait, qui prouverait que lui aussi, il était prêt à lui dévoiler des faiblesses qu’elle pourrait utiliser contre lui à son gré. Elle ne le ferait pas, pas consciemment, il en était convaincu, mais les jetons seraient distribués plus équitablement. « Cette innocence, c’est ton choix. J’ai cru que tu en étais fière, je ne pensais pas que ça t’angoissait à ce point. J’aurais fait les choses autrement si j’avais su. Je t’aurais parlé de mes insécurités, comme le fait que j’ai besoin de garder le contrôle sur mon environnement parce que ça m’aide à m’exprimer, que j’évite toutes les conversations qui vont ressembler à une dispute parce que je n’ai pas le débit qu’il faut pour en entretenir une à couteaux tirés. Je… enfin, j’ai… » Embarrassé par ce qu’il s’apprêtait à dire, il se mordit la lèvre, regarda autour de lui, perçut dans le fond de son estomac l’appréhension d’une crise, inspira profondément et expira le plus lentement possible. Et, surtout, il évita ses prunelles, non pas qu’elle l’intimidait, mais parce qu’il n’assumait toujours pas ce qu’il était. « Est-ce que tu as déjà rêvé que tu étais en danger et que quand tu essayais de crier pour appeler à l’aide aucun son ne sortait ? Tu essaies encore, encore, mais rien ne vient ? » Il n’attendit pas vraiment qu’elle hoche de la tête pour continuer. S’il se ralentissait, il abandonnerait. « Ça m’arrive. Souvent. Mais pas seulement quand je rêve. Parfois, il y a bien un son qui sort, mais c’est toujours le même mot ou la même syllabe. Ça arrive, comme ça, que je m’y attende ou non. Tous mes proches sont des putains d’orateur, et moi… ce que je fais là, c’est un putain d’effort. C’est comme ça depuis que je suis gosse. J’ai toujours bégayé. Achille s’est moqué une fois et je suis devenue une tombe. Ma sœur parlait pour deux et on ne faisait plus attention à moi, ce qui m’arrangeait bien. Carolia m’a emmené voir un médecin. » Sa mère, malgré tout son amour, connaissait trop mal la langue pour s’en charger elle-même. « J’ai appris à… maîtriser. Je ne guérirai jamais, j’en ai pris mon parti maintenant, mais quand mon père m’a envoyé ici, je l’ai vécu comme un abandon. Il se débarrassait du maillon faible. Et voilà où nous en sommes. »

Il aurait pu lui raconter les conséquences de sa tare, mais le but n’était pas de l’effrayer. « Toi, tu es une femme. Moi, je suis un échec. Ça suffisait pour qu’on choisisse pour moi. C’est pour ça que je peux parler avec toi. Je peux aligner trois phrases intelligibles sans bégayer. On est en effet dans le même bateau, mais pas avec les mêmes expériences. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un comme toi auparavant. Je ne pouvais pas savoir que c’était difficile pour toi ou je n’aurais pas pris le risque de gâcher la confiance que tu as en moi, parce que moi j’ai confiance en toi. » Du moins, en partie. J’étais néanmoins certain qu’elle ne me causerait aucun tort, c’était amplement suffisant pour le moment. « Ce n’est pas de la flatterie, c’est la vérité. Si tu veux te moquer maintenant, vas-y si ça te donne l’impression qu’on est à nouveau à égalité. Mais, je te promets que je n’avais pas de mauvaises intentions. » Cavalier, il replaça une mèche de ses cheveux derrière son oreille et lui caressa la joue du pouce. « Tu veux bien me faire confiance et te rhabiller ? On va aller manger quelque part tous les deux. Tu n’as rien avalé. Et puis, je pourrai te montrer un endroit qui me tient à cœur comme ça. Si tu m’en veux toujours après ça, je resterai moi dans le canapé. »



 





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Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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MessageDim 3 Juil - 14:38

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido



Quand son père lui annonça sans ménagement qu’il allait la marier avec ou sans son consentement et qu’il lui avait déjà trouvé l’heureux élu, elle avait prévu de se rebeller de toutes les manières possibles et imaginables. A vrai dire, son plan initial impliquait de faire tellement honte à son père qu’il la massacrerait pour mettre un point final à toute cette mascarade. Sans Mani et son don pour arrondir les angles, elle s’en serait tenue à ce plan-là. Il la ramena à la raison, lui rappelant qu’elle ne voulait pas faire de peine à ceux qu’elle aimait et qu’il y avait peut-être pire que ça, qu’elle pourrait peut-être trouver sa place dans toute cette histoire si son futur mari la laissait être ce qu’elle avait toujours été. Sans le connaître, elle s’était dit qu’elle pourrait toujours mettre d’immenses murailles entre eux, qu’elle se contenterait du minimum syndical et que ça irait bien comme ça. Ce fut plus compliqué de s’en tenir à ça quand elle apprit à le connaître un peu et qu’elle se rendit compte qu’il n’était pas seulement gentil mais également séduisant. Il lui avait tapé dans l’œil dès qu’elle l’avait vu mais elle était tellement habituée à refouler ce genre de sentiments inutiles qu’elle ne s’était pas attardée sur cette impression. Pour faire enrager son père, elle aurait pu choisir de ne pas apprendre à le connaître et d’attendre le mariage pour se le coltiner mais les conseils de Manuel étaient précieux. Si elle jouait les mauvaises têtes, tout ce qu’elle y gagnerait, ce serait d’être privée de liberté et du luxe de choisir. Pas de respect, de douceur et de précautions, seulement de la violence, de l’insécurité et des regrets. Elle en avait vu tellement vivre de la sorte, elle ne voulait pas être la prochaine sur la liste. Et savoir qu’il était dans la même position qu’elle avait facilité les choses. Sa gentillesse aussi. C’était un terme général qui regroupait tout ce qu’elle ne savait pas nommer, comme la galanterie, la prévenance et l’intérêt qu’il semblait lui porter et toute cette sincérité qu’il y avait dans leurs échanges. Elle avait la prétention de croire qu’elle savait repérer quelqu’un qui lui mentait et jusqu’à présent, il ne l’avait pas fait une seule fois, il méritait donc ce qu’il y avait de mieux en elle et de plus sympathique. De là à ce qu’il pense qu’il avait de la chance … Elle n’aurait pas dit ça comme ça, récolter une gamine bonne à rien et inexpérimentée, c’était un cadeau empoisonné. On avait monnayé sa virginité mais elle ne s’était jamais préservée pour le seul et l’unique mais pour se protéger et gravir les échelons sans risquer d’être mal comprise ou moquée, ça faussait tout. Elle ne savait même pas s’il serait capable de venir à bout d’elle et de son sale caractère. Pour le moment, il ne s’était frotté qu’à celle qui était sage et docile, quand l’autre ferait surface, pas de doute que la donne changerait.

Elle n’était qu’une gamine impétueuse qui essayait de dompter une situation inédite et compliquée, il l’y aidait en la rassurant et en lui donnant l’impression d’être autre chose qu’un boulet mais elle se demandait comment ça tournerait quand il se lasserait. Ca, comme le sexe, elle ne voulait pas y penser non plus. Pourtant, il l’y contraignait avec ses questions. Non, elle n’avait jamais fréquenté l’autre sexe et oui, pendant que tout le monde baisait dans tous les coins, elle fumait et picolait pour tromper la solitude et cette sensation d’être anormale, elle préférait se convaincre que c’était le lot de tous les génies d’être incompris et différents. Il lui demanda si elle ne voulait pas autre chose pour elle et elle haussa les épaules, signe qu’elle ne s’était jamais posé la question. En tout cas, elle n’aurait jamais rêvé d’un mariage arrangé par son père, même si, en posant les yeux sur lui, elle ne cessait de se répéter qu’elle aurait pu tomber sur bien pire. Puis le silence complet se fit dans sa tête alors qu’il se collait à elle et qu’elle se retrouvait allongée à la vitesse de la lumière, sans trop savoir comment il était parvenu à un exploit pareil. Le contact de sa peau sous sa main était un plaisir dont elle aurait aimé ne plus se priver et ses caresses lui faisaient tourner la tête. Elle avait le cœur qui entamait une course folle tandis qu’elle le sentait se crisper sous ses doigts. Il disparut avant qu’elle n’ait le temps de réaliser ce qui venait de se produire. A vrai dire, la gamine se posait un millier de questions maintenant qu’elle se retrouvait seule. Comment avait-elle pu se laisser faire aussi facilement ? Où se serait-elle arrêté ? Elle s’était concentré sur son plaisir et en avait oublié la raison. Tout ça pour quoi ? Le pousser à s’enfermer dans la salle de bain parce qu’elle n’était qu’une débutante stupide. Elle se promit de ne plus le toucher si ça signifiait le mettre dans un état pareil. Il ne répondit pas à ses questions, de l’autre côté de la porte et elle soupira. Quelle idiote ! Peut-être que c’était à cause de ce problème, celui qui l’empêchait parfois de parler. Mais elle n’avait rien fait pour le mettre mal à l’aise, si ? « Gaby, je vais ranger un peu, d’accord, je serai là-bas, si tu as besoin de quelque chose, app-… » Il ouvrit la porte, lui offrit un baiser sur le front et disparut, l’abandonnant à ses considérations avec cette impression qu’elle avait fait quelque chose de mal.


***


Elle avait tellement ruminé durant cette heure d’incertitude qu’elle finit par faire le lien entre cet épisode et celui du restaurant alors qu’elle n’osait pas se regarder dans le miroir de la salle de bain tandis qu’elle se défaisait de son maquillage. Il lui faisait payer sa maladresse et son inexpérience, elle avait fait quelque chose de terrible pour qu’il en vienne à ne plus pouvoir parler. Mais ça ne méritait pas une punition pareille. Finalement, il montrait son vrai visage, celui que ses traits parfaits ne pouvaient dissimuler bien longtemps. Avaient-ils tous conscience de ce qu’elle ressentait, jour après jour ? Loin de chez elle, de ses amis et de sa famille, loin de tous ses points de repère ? Non, il s’en foutait, parce que tout ce à quoi ils pensaient, c’était rire de ce qu’elle ne savait pas faire et ce pour quoi elle resterait une novice jusqu’à la fin de sa vie. Elle n’était déjà pas bien douée pour les relations avec les autres, tout ce qui se passait avec Gabriele lui venait naturellement parce que jusqu’à présent, elle s’était sentie en confiance et parce qu’elle savait qu’elle allait l’épouser, il avait fallu du conditionnement et du temps. Tout ça pour que ça se termine par une humiliation. Elle l’avait autorisé à la toucher, à l’allonger et à faire ce qu’il voulait d’elle. Elle l’avait laissé parler à son cœur plutôt qu’à sa tête et voilà précisément ce que ça donnait. Elle aurait dû se souvenir que ça se terminait toujours mal pour les idiots qui ne se méfiaient pas. Voilà pourquoi elle avait érigé des murs si hauts entre elle et les autres, parce que si elle les laissait approcher, ils la prendraient dans leurs filets et elle passerait de mains en mains, tout ça pour quoi ? Terminer comme ses sœurs ? Elle rêvait de mieux pour elle. Pour qu’elle réalise que si elle ne s’était pas attachée à son futur mari, elle n’aurait pas été si blessée et peinée, il en aurait fallu de la remise en question et de la maturité, elle n’en avait pas assez. Mariage arrangé ou pas, si elle n’avait jamais eu un coup de cœur pour lui, il aurait pu faire une danse de la pluie pendant des heures, jamais elle n’aurait voulu qu’il la touche, même pas avec un bâton. Lui faire face et lui parler, c’était ouvrir le dialogue, c’était lui laisser une chance de lui prouver qu’elle se trompait. La Salvadorienne ne l’admettrait jamais mais une part d’elle avait envie qu’il lui montre qu’elle avait tout compris de travers, qu’elle ne s’était pas investi pour rien et n’avait pas dépensé autant d’énergie pour une situation qu’elle ne faisait qu’enjoliver. A n’importe qui d’autre, elle aurait fermé la porte de la discussion, se serait enfermé dans une prison de silence et de violence. En ça, il pouvait s’estimer heureux et privilégié, mieux encore, elle l’écoutait, même si elle s’était installée dans le canapé et lui tournait le dos. Il paraissait sincèrement désolé ou c’était un menteur né, quoi qu’il en soit et si elle se sentait fondre, elle détourna les yeux et tint bon, une petite voix lui hurlant de ne surtout pas céder, SURTOUT PAS. Elle n’avait pas besoin de lui, ni de ses excuses, ni du reste. Cette part d’elle préférait s’accrocher à ce sentiment d’humiliation et à cette douleur que ça engendra par la même occasion. Il fallait reprendre le contrôle et… Il lui effleura la main et elle n’entendit plus cette petite voix déplaisante, même si elle essayait de lui faire gober que c’était le début des emmerdes.

Si elle était fière de ce qu’elle était ? Bien entendu, du moins jusqu’à ce qu’il lui donne l’impression d’être la pire des empotées. Elle allait répliquer quand il s’aventura là où elle ne l’attendait pas. Elle le regarda enfin, pour la première fois depuis qu’il s’était installé près d’elle et l’écouta avec attention, finissant par se redresser alors qu’il lui parlait de ce qui lui faisait le plus mal, ne s’attendant pas à ce que ça vienne sur le tapis un jour. Il n’avait pas besoin d’ajouter qu’il avait confiance en elle, elle en avait la preuve sous le nez et se sentit soudain moins ridicule. Il avait beaucoup vouloir en donner l’impression pour que personne n’y regarde de plus près, il n’était pas cette perfection incarnée qu’il aimait montrer aux yeux du monde, il avait ses failles, des failles qui le faisaient souffrir et qui allaient bien au-delà qu’une histoire de virginité et de fierté. Elle voulut lui prendre la main mais se ravisa, se souvenant de comment avait tourné la dernière fois où elle l’avait touché. Cette fragilité et cette sincérité qu’elle pouvait presque toucher du doigt ne faisait qu’accroître ce qu’il suscitait chez elle. La gamine qu’elle était le trouvait touchant et avait un besoin quasi irrépressible de le rassurer et de prendre soin de lui. Il était vulnérable, ça aurait été le moment idéal pour une contre-attaque basse et indigne mais ce n’était pas au programme. Il ne méritait pas ça, il lui avait présenté ses excuses, il se confiait et s’ouvrait un peu à elle, écornant cette image puant la perfection qui la mettait mal à l’aise. « Gaby… Je te l’ai dit, jamais je ne me moquerais de toi ! Et me moquer de quoi ? De tout ce que tu as accompli pour ton âge ? Du fait que tu travailles dur pour étendre ton petit empire ? Y a pas de quoi rire, je trouve ça admirable ! Peut-être que si tu n’avais pas eu ce souci quand tu t’exprimes, tu n’aurais pas pu faire tout ça. Peut-être que sans mes principes, je ne serais pas la même. Si mon avis t’intéresse, j’ai toujours trouvé plus impressionnant les gens qui s’expriment en peu de mots et font tout passer dans le regard et l’attitude que les orateurs qui ont l’art d’embobiner.» Elle marqua une pause, essayant de rassembler ses idées et de ne surtout pas céder à la tentation de l’embrasser. Pas tant que cette histoire ne serait pas réglée. « Je ne veux pas me disputer avec toi, d’accord ? D’habitude, les blagues de mon frère me font rire mais là, je … J’ai peur et c’est un sentiment que je ne gère pas très bien. Tu as besoin de contrôler ton environnement et moi j’ai besoin de contrôler tout ce que je ressens. J’assume mes choix et ce que je suis mais tu… Tu m’intimides. J’adore passer du temps avec toi, on rigole bien et je me sens à l’aise mais je suis en train de donner tellement d’importance à ton avis et ton opinion que je deviens susceptible. Tu as l’air tellement accompli et bien dans ta vie et moi je ne suis qu’une gamine, j‘arrive au milieu de tout ça et ça fout le bordel, je ne voudrais pas que tu me voies comme un poids. » Elle soupira, se passant une main sur le visage. « Je ne me posais jamais toutes ces questions avant, enfin tu me diras c’est la première fois que je vais me marier ! » Elle plaisantait pour cacher sa gêne et avoir l’impression de ne pas passer pour la bécasse de service.


« Tout ça pour dire que je fais beaucoup d’efforts pour m’ouvrir à toi, non pas que ce soit difficile parce que tu es génial mais parce que je ne montre jamais rien, d’habitude je ne discute même pas. Et je sais que tu en fais aussi, mais du coup, je me sens plus facilement blessée. Tu n’imagines pas ce que ça m’a demandé comme courage, la première fois, pour oser t’embrasser et combien je me suis sentie ridicule quand mon frère en a parlé. Parce que pour moi, c’était important et pour lui, ça sonnait comme un détail que n’importe quel gamin pouvait faire. Mais je te crois quand tu me dis que tu ne voulais pas me faire de la peine. J’aimerais que tu saches que tu peux être toi-même quand on est que tous les deux, parce qu’on s’en fout, on est entre personnes de confiance, moi, je ne me moquerais pas de toi et je sais que l’inverse est vrai aussi. Tu n’as pas besoin de te cacher de moi et si je fais quelque chose qui te dérange, il faut le dire. C’est pour ça que tu t’es enfermé dans la salle de bain l’autre fois ? J’ai fait quelque chose qu’il ne fallait pas et ça t’a mis tellement mal à l’aise que tu ne pouvais plus parler ? Je suis désolée. Si tu as besoin de moi à un moment, je répondrai toujours présente, comme tu le fais pour moi. Y a que toi et moi maintenant, on doit pouvoir compter l’un sur l’autre. » Elle, surtout, n’avait plus que lui. Sa famille était loin et son frère ne se mêlerait de rien pour ne pas saper l’autorité de son futur beau-frère. Il remit une mèche de cheveux derrière son oreille et elle se sentit rougir à nouveau, elle se serait bien volontiers tapé la tête contre le mur de désespoir. « Je ne veux pas que tu dormes dans le canapé, si quand je te touche, tu finis par ne plus pouvoir parler, je ferais attention de ne plus te toucher, d’accord ? Je dormirai de mon côté du lit ! Je vais aller mettre quelque chose, on aura qu’à aller où tu veux m’emmener et revenir ici pour manger, je ne veux pas voir de gens, juste rester avec toi. On peut faire ça ? Et je te mettrai une raclée à FIFA ! »  Je n’étais pas habituée à parler autant et je me sentais épuisée, j’espérais simplement qu’il n’utiliserait rien contre moi, me faisant regretter d’être sortie de ma zone de confort.


 





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Gabriele Gambino
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MessageDim 17 Juil - 19:06

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



Il ne s’était pas retrouvé enfermé dans la salle de bain en raison de ce rapprochement soudain – et peut-être même prématuré – entre lui et Jez. Il laissait à d’autres, aux jeunes puceaux qui tremblent d’excitation en découvrant le corps à demi-nu d’une femme pour la première fois. Il n’était pas à son coup d’essai en la matière et s’il n’accumulait pas les conquêtes d’un soir, il en connu un lot assez conséquent pour ne pas douter de lui. Même après s’être enfui en lâche de la chambre, il ne s’inquiéta pas de cette éventualité, tout comme il n’imaginait pas possible que sa promise se tienne pour responsable de cet incident dérangeant et déplacé. Egoïstement, il ne songea qu’à cette perte de contrôle significative, non pas sur la situation, mais sur celle son débit de parole. Là, penché sur elle dans une position approximative et loin d’être confortable puisqu’il veillait à ne pas l’écraser de tout son poids, les mots – somme toute pas très utile dans ces circonstances - demeurèrent coincés dans sa jugulaire et rien ne le frustrait davantage que cette forme d’impuissance pour laquelle aucune solution n’existait, aucune, juste sa force et sa volonté mise à rude épreuve bien trop souvent. Rien. Surtout lorsqu’il s’agissait d’elle. Le lendemain, la gamine était d’une froideur sans nom. Il envisagea qu’elle était vexée, qu’elle s’était mis en tête qu’elle ne lui plaisait pas, ce qu’il prévint à l’heure des préparatifs pour cette soirée au restaurant avec le couple Herrera en lui rappelant que, juchée sur ses talons et dans sa petite robe noire, elle était ravissante. Mais, à la voir hésiter avant de poser les mains sur lui – même sur le bras, ça paraissait trop difficile – il alla jusqu’à penser qu’elle regrettait d’avoir lâcher prise sur ses habitudes, dernier vestige de sa vie d’antan. Toutefois, en la retrouvant dans le divan, en tenue de nuit, le visage défait par la peine et la déception, il comprit bien vite qu’il se cachait derrière cette distance qu’elle leur imposait un tout autre problème : la confiance. Certes, elle ne l’accusait que de sa passivité face aux attaques de son frère, attaques qu’il n’interpréta pas comme telles. Mais, dans le fond, il était certain que le manque de communication notoire après l’épisode premier baiser et caresses sur matelas de vêtements colorés la heurta violemment. Et Dieu qu’il le regrettait. Il regrettait de ne pas être capable de beaucoup plus alors qu’il redoutait qu’une crise le rattrape maintenant, soit, au pire des moment. Jez avait besoin d’être rassurée. Elle avait besoin d’être certaine qu’elle ne commettait pas une erreur monumentale à se fier aveuglément à sa gentillesse, à ce type super qui, dans l’absolu, en dissimulait un autre, plus manipulateur, moins courtois, plus pressant, moins avenant. C’était légitime. Aussi, Gaby jugea-t-il bon de lui retourner la politesse en prenant ses couilles en main pour les déposer sur la table. Les confessions sur ce qu’il était, ce n’était pas son fort. Il détestait tant ce sentiment d’être le canard boiteux de sa famille qu’il en faisait des tonnes pour cacher son handicap. Avait-il seulement d’autres options ? Jez était blessée. Faire amende honorable, c’était continuer à goûter aux fruits de sa patience. Le jeu en valait la chandelle, mais c’était loin d’être facile. S’il était homme sensible, il en aurait rougi comme une adolescente devant la coqueluche de son lycée. Là, il ressemblait plutôt à un gamin pris en faute à jouer avec ses doigts, à trouver un intérêt neuf à ses chaussures et à enrober la vérité dans du beau papier, qu’elle ne soit pas dégoûtée qu’on lui ait choisi pour futur époux un gars doté d’une tare qui compliquera fatalement leur quotidien.

Nombreux sont ceux qui, d’un point de vue extérieur, l’aurait traité d’imbécile de dévoiler ses faiblesses à une femme offensée et ce n’était pas tout à fait faux. Qu’elle le voie différemment ou qu’elle cherche à l’écraser à la première occasion était une possibilité plausible. Il ne manquait pas d’armes cependant. C’était même bien plus dangereux pour elle d’user à mauvais escient de ses aveux, car il aurait tôt fait de se venger sans la ménager, mais elle ne le ferait pas, pas volontairement, il en était persuadé, car elle respirait l’authenticité. Bien sûr, elle était jeune. Elle changerait avec le temps. Elle mûrirait, mais dans la loyauté. Elle ne s’apprend pas. On nait avec ou on meurt sans. Il en fut d’autant plus certain alors qu’elle avançait sa main dans sa direction, réprimant par la suite son envie de le rassurer, ce qui n’était pas plus mal. Susceptible à ses heures, il aurait interprété ce geste anodin comme de la pitié. La pitié. Il la détestait tellement. Elle allumait dans les regards de la condescendance, la même dont usait Achille quand il s’adressait à ses cadets, en particulier l’imparfait. Aurait-il souhaité s’empêcher de se montrer désagréable qu’il aurait échoué. Néanmoins, il apprécia qu’elle ait choisi de faire grand cas de cette conversation à cœur ouvert. Rien n’était vain entre eux. Rien n’était impossible non plus. « Alors, accepte que je n’ai jamais eu l’intention de le faire et que je ne le ferais jamais. » Il lui sourit, touché qu’elle le décrive comme un homme d’affaires accomplis, bien qu’il ne soit pas tout à fait d’accord avec elle. « Ce que j’ai, Jez, je ne me le dois pas. Je ne suis pas un génie capable de construire un empire à vingt-trois piges. Tout ce que j’ai existait avant moi et existera encore après moi. J’apprends, c’est tout, pour me le construire seul, mon petit empire. » la détrompa-t-il les lèvres pincées par la honte. Pour lui, se détacher en partie de la famille Gambino, c’était primordial. Il serait toujours un homme d’honneur, un soldat de Cosa Nostra, mais il estimait avoir gagné le droit de choisir celui qui jouirait de ses apprentissages et de ses spécificités. « Mais, je te l’accorde, sans ça.... je ne me serais sans doute pas battu à ce point, mais qu’est-ce que ça peut faire ? » Il haussa les épaules, regrettant son pessimisme. Il n’honorait pas vraiment sa douceur et ses efforts. Il saisit donc sa main lui-même, profitant de son silence pour puiser la force de continuer cette conversation dans un profond soupir. Il lui en faudrait. Elle n’en avait pas fini avec lui. Elle parlait, parlait encore, à cœur ouvert, à son image, offrant à cette mise au point plus de poids qu’un baiser appuyé. Il existait entre de parfaits inconnus, ceux-là même qui se préoccupe du jugement des autres par rapport à leur image. Mais, la seule raison pour laquelle une jeune femme bravant les clichés pour affronter les dangers de la rue s’encombre de l’opinion du sexe oppose, c’est qu’il soit parvenu à l’émouvoir, à la toucher, à recueillir assez d’affection pour qu’elle redoute de le décevoir. C’était bien plus logique à ses yeux que d’entendre qu’il l’intimidait. Aucune relation, qu’il s’agisse d’amour ou d’amitié, ne se construit sainement dans ces conditions.

« C’est mon côté… lisse, ça, mais c’est une façade. Et, si ça peut t’aider, tu n’es pas un poids. Je dirais plutôt que tu es intimidante toi aussi. Vu les circonstances, je n’ai pas vraiment le droit à l’erreur.» expliqua-t-il effaré par cette information capitale pour la suite. « Aux moindres faux-pas, tu vas serrer la vis. » Il ricana, aidé par toutes ces informations capitales qu’elle distillait dans son discours. Ça n’éviterait pas le pire, mais contribuerait à ce qu’il garde le contrôle sur lui-même. « Blague à part, est-ce que je dois comprendre que tu as cru que j’étais d’accord avec ton frère ? Parce que c’est pas le cas. Il n’y a pas d’étapes, il y a juste ce dont tu as envie et le contraire. C’est tout. On a le temps, non ?» Ou plus tout à fait puisqu’il était question que le mariage soit avancé, ce qu’il garda pour lui d’ailleurs. Ce n’était pas le moment. « Jez. C’était important pour moi aussi et ça nous appartient. Ne te mets pas des trucs à la con en tête. » Comme, par exemple, avoir commis un impair de taille quelques jours plus tôt. « Tu n’as rien fait de mal. Ça n’a même rien avoir avec toi. Je ne sais jamais quand ça va arriver. Il n’y a pas toujours d’éléments déclencheurs. Et ça me met en colère, parce que j’aimerais pouvoir contrôler ça et que je n’arrive pas. Comme ce que tu ressens. Je veux bien être moi-même avec toi, mais de là à te rendre témoin de ce que ça provoque. » Il dodelina de la tête de gauche à droite, affligé, parce qu’il n’était pas encore prêt pour ça et qu’il avait peur de la peiner s’il lui annonçait tout de go. « On verra bien, d’accord ? Mais, ça n’a rien à voir avec le fait que tu me touches ou non. Regarde. » Détenant toujours sa main dans la sienne, il la posa sur son torse et sur son visage. « Tu vois, je parle quand même. » plaisanta-t-il avant de la surprendre en la ramenant vers lui, l’enfermant dans ses bras et embrassant tendrement le haut de son crâne. « Ne te fais pas de bile avec ça, d’accord ? C’est comme le reste. Chaque chose en son temps. Là, c’est l’heure de manger, d’aller prendre une douche, d’allumer la console… » Qu’il avait achetée exprès pour elle, quand Cinzia lui rapporta qu’elle aimait ça. «…de te laisser me mettre une branlée à FIFA. » Il ne jouait jamais l’équipe italienne d’ailleurs, par principe, détestant les voir perdre, même de cette manière. « Aller nous coucher, te voler un baiser ou deux, voire trois. » chuchota-t-il ensuite à son oreille, ses lèvres cherchant la peau fine de son cou. Et la soirée s’acheva plus ou moins de cette manière, sauf qu’il prit le temps de lui poser une question qui les tinrent éveillés longtemps. « Parle-moi du Salvador. De ce que tu y faisais, de ta vie là-bas quoi… » tout ce qui la concernait. Absolument tout.


***


Outre les petites attentions matinales – lui commander le petit déjeuner à l’étage par exemple – il ne comptait plus les lieux, les activités et les gens qu’il mourrait d’envie de lui présenter avant qu’il soit forcé de quitter Chicago pour n’y revenir qu’en de rares occasions. Sa vie était ici. C’était sur ces terres qu’elle en apprendrait le plus à son sujet. Il l’emmena donc à la rencontre des bars presque inconnus du grand public. Il la présenta à quelques-unes de ses connaissances qui s’accordaient à dire qu’elle était charmante, bien que d’aucuns ne semblaient préparer à la nouvelle de ses fiançailles. Il ne l’était pas lui-même d’ailleurs. Les mots sonnaient presque faux dans sa bouche, non pas qu’il en avait honte, mais parce qu’il appréhendait les questions sur leur rencontre, ce qui le forçait à couper court à toute conversation. Il vérifia à plusieurs reprises qu’elle était à l’aise, parce que c’était primordial au vu de la conversation qui s’annoncerait dès que son instinct lui dicterait que le moment opportun. Ça avait l’air d’aller. Elle tenait pas une forme olympique, mais chacun était assez aimable pour ne pas la dévisager et même les laisser seuls si la mayonnaise de la discussion polie ne prenait pas. ça l’arrangeait bien, il ne l’avait pas emmenée chez Renato pour l’afficher comme un trophée. Il préférait lui conter quelques anecdotes intéressantes à son propos, anecdotes rappelées à son bon souvenir grâce à une odeur, un son ou un visage amical. Elles n’étaient jamais très amusantes, mais certaines étaient assez cocasses pour qu’elle en rit à pleins poumons. Elle était charmante quand l’hilarité l’aidait à oublier qu’elle n’était pas vraiment à sa place ou, du moins, pas à celle qu’elle avait espérée pour elle. Il s’employa donc à cultiver son sourire le plus souvent possible, conscient qu’elle l’incitait à l’imiter plus souvent qu’il ne l’avait jamais fait auparavant. Elle saupoudrait son quotidien de fraîcheur en quantité non négligeable et il songea qu’il était dommage de tout gâcher en les ramenant à la réalité de leur destin, plus tard, au-dessus du gratte-ciel le plus haute et le plus célèbre de Chicago. Il dominait tant et si bien la ville qu’il donnait à n’importe quel homme l’impression d’être Dieu en personne. La vue était imprenable d’ici. Il tenait à la partager avec elle. « Pas trop fatiguée ? On se balade depuis tout à l’heure. Tu veux peut-être rentrer ? » s’enquit-il avec prévenance. « Bien qu’il n’y ait pas trop de monde finalement. » Et ce n’était pas un hasard. A cette heure, les touristes rentraient dans leur hôtel pour envahir les restaurants. Quant aux autochtones, il n’avait que faire de gravir les marches qui mène au belvédère de la tour Hancock. Il pouvait parler librement et il se jeta à l’eau malgré qu’il ne soit pas ni l’un ni l’autre en sécurité dans la suite de Gabriele. « J’ai discuté avec ton frère récemment, à propos d’Achille et d’autres trucs que j’aurais du mal à t’expliquer en quelques mots, mais sur lesquels nous reviendrons plus tard. On a essayé de trouver une solution pour le calmer sur le long terme. Sauf que sur le court, il va être enragé et donc, dangereux. » Il aurait aimé entré dans les détails, mais il n’était pas marié et s’il avait confiance en son jugement, lui parler de Cosa Nostra, en public de surcroît, n’entrait pas dans ces prérogatives.

« J’ai aussi mis assez d’ordre ici pour rentrer à New York le plus rapidement possible si mon père est d’accord. » admit-il en sachant que cette nouvelle la ravirait bien plus que les conséquences. « Mais, comme je te l’ai dit, on ne pourra pas vivre ensemble à moins que nous ne soyons mariés… Et j’’aimerais t’éloigner un maximum de mon frère. » Il n’était pas habitué pour les sous-entendus. Elle n’aurait su que faire d’une franche demande aux allures de négociation d’affaires. Il l’enrobait donc le plus possible, mais il doutait sincèrement du résultat. « Du coup, j’ai proposé à Mani d’envisager d’accélérer un peu les choses…du moins, les officielles. Si tu es d’accord, on se marierait dans quoi ? Une semaine ? Au Salvador. Le temps d’en discuter avec ton père et de voir comment on peut s’arranger pour ne pas que ça ressemble à des noces au rabais. » Elle méritait mieux que ça, qu’elle puisse en garder un beau souvenir, ce serait déjà ça de pris. « Bien sûr, ça ne changera rien à ce qui se passe ou pas entre toi et moi. C’est plus une formalité qu’un réel engagement. » Il crut naïvement qu’une fois la grenade lancée, le poids qui lui écrasait la poitrine se dissiperait, mais le contraire se produisit presque instantanément, faute à cette expression indescriptible qui se dessinait sur ses traits. « Tu peux refuser évidemment. C’est la seule solution pour te préserver d’Achille et éviter qu’une catastrophe de plus n’arrive, mais si ça te fait flipper, ce que je comprends tout à fait, je réfléchirai à une autre possibilité, mais elles sont minces. C’est de loin la meilleure. » Nerveux, il regretta cette stupide idée que fut d’arrêter de fumer après la mort de Fedele. Il en aurait bien grillé deux, voire trois. A défaut, son zippo tournait inlassablement entre ses doigts. « J’ai pas besoin d’une réponse maintenant. Tu peux y réfléchir et poser toutes les questions que tu veux. Je te répondrai dans la mesure du possible, mais…. » La fin de sa phrase demeura en suspens tandis que son téléphone vibrait dans sa poche. Il s’excusa, ennuyé d’être interrompu, mais Cosa Nostra était une priorité depuis trop longtemps pour qu’il ait eu le temps de se défaire de ses vieux réflexes. Il s’exprima en Sicilien, dialecte qui, pour elle, s’apparentait à du chinois. Puis, après avoir raccroché, il soupira, ennuyé, car la requête de son boss était urgente et qu’il ne jouissait pas du délai nécessaire pour ramener la gamine. « Désolé. Faut qu’on bouge. »

Il demeura silencieux pendant le trajet, trop concentré à ses mettre en condition pour jouer les redresseurs de torts. Il se demandait également ce qu’il ferait de Jez puisqu’il n’était pas réellement question qu’elle l’accompagne dans un hangar puant la pisse, le sang et la sueur. Pas qu’elle était impressionnable, mais ça ne l’aiderait pas à être moins intimidée s’il en faisait un témoin privilégié de son insensibilité aux cris et aux supplications du coupable somme toute universel à ses yeux. Pour juger impartialement, il aurait fallu qu’elle soit au courant des tenants et aboutissants de cet interrogatoire qui déboucherait sur une exécution, mais jusque là, il n’avait pas forcément estimé utile de lui rapporter dans le détail qu’elles étaient ses activités, par ailleurs fort calme, ces derniers temps. « Bon ! Je n’en ai pas pour longtemps. Tu vas m’attendre ici, OK ? Donnie va passer te chercher. » Ou Donatella, la cinquantaine bien tassée, responsable des filles du casino dont le seul rôle est d’escorter les requins. Il aurait pu demander à quiconque était déjà arrivé sur place, mais la simple idée qu’elle reste seule avec un homme autre que lui, son frère ou les siens le dérangeaient. « Je me rattraperai pour ça. Promis. » S’il l’embrassa, il prit le temps de soigner la caresse de ses lèvres sur les siennes pour ne pas se frustrer et ne surtout pas lui donner l’impression qu’il a négligeait. « On rediscutera de tout ça plus tard… quand tu seras prête. Ciao bambolà. » Il quitta la voiture, chemina vers son objectif, se ravisa et fit demi-tour. « Tu attends sagement, hein. Tu prends pas la voiture…tu ne la déplaces pas… tu es en sécurité. Le gars là-bas, il veillera à ce que Donnie te récupère bien. je compte sur toi. »



 





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La malavita
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Jezabel Gambino
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MessageJeu 21 Juil - 22:48

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido



Pour lui, il ne s’agissait peut-être que de mots mais pour la gamine, c’était une véritable promesse. Celle qu’il ne se payerait jamais sa tête, qu’il la prendrait toujours au sérieux malgré son jeune âge et ses traits angéliques. Cela comptait tellement pour elle et depuis si longtemps. Elle avait construit tout son parcours sur cette idée fixe de se faire respecter en plus de se faire une place là où tout le monde prétendait qu’il était impossible pour une femme de se faufiler. Son propre père ne la prenait pas assez au sérieux pour lui laisser voix au chapitre mais Gaby, oui, c’était un sacré paquet de points de gagnés pour lui. La brunette ne put réprimer ce petit sourire satisfait alors qu’elle le couvait du regard. Heureusement qu’elle ne pouvait pas se voir où elle aurait probablement eu envie de se gifler violemment. Son sourire disparut à la description peu flatteuse qu’il fit de lui. Elle soupçonna de la fausse modestie avant de réaliser que sur ses traits ne se lisait que la sincérité. Etre le dernier de la famille ne devait pas être position enviable et le fait qu’il se soit retrouvé à Chicago pour des raisons qu’on ne lui communiqua pas n’avait pas dû aider, ça devait donner l’illusion d’être un paria, d’autant plus quand on souffrait de bégaiement et qu’on en faisait une affaire d’état parce que les autres l’utilisaient comme prétexte pour vous tourner en dérision. Lui c’était ça et elle, ce fut sa condition de femme. Mais existait-il quelqu’un en ce bas monde mieux placée que Jezabel pour comprendre ce qu’il avait traversé et ce que ça avait pu foutre comme bordel dans sa tête ? S’il montrait au reste du monde une assurance inébranlable, le masque s’effritait dans l’intimité pour laisser place à un jeune homme meurtri et peu conscient de ce qu’il avait entre les mains. Elle s’était construite en totale opposition. Elle regorgeait de confiance en elle et d’assurance qui n’étaient pas simulées, elle était fière d’elle et du chemin parcouru, fière de tout ce qu’elle avait réalisé, sans doute avec l’appui de son frère mais tout ce qu’elle avait acquis dans la rue, elle ne le devait qu’à la sueur de son front. « Tu te sous-estimes, Gaby ! Tu as apporté ta pierre à l’édifice, tu as accompli des choses qui n’appartiennent qu’à toi et qui n’auraient pu exister sans toi. Si je pars de ton principe, je n’ai eu le droit à plus de respect que les autres femmes uniquement grâce à mon nom de famille. Et pourtant, dans la rue, il n’y avait que moi pour faire mes preuves, comme il n’y avait que toi ici, pour diriger et mener à bien les affaires. Guidé ou pas, qu’est-ce que ça change, c’est toi qui est responsable de ta réussite et de ce que tu fais de la chance qu’on t’a donnée ! Tu as le droit d’être fier de ça ! » Et il poursuivit dans la négativité, ce qu’elle trouvait particulièrement surprenant de sa part, elle ne s’était pas attendue à ça, pas du tout même. « C’est important ! Tu puises de la force dans tes faiblesses, tu avances, c’est un truc de grands ça ! » Elle l’encouragea d’un sourire et serra sa main dans la sienne. Si elle devait le lui répéter tous les jours, elle n’hésiterait pas, il devait ouvrir les yeux.

« Non, tu es tout sauf lisse, Gaby. Ce qui m’intime c’est ce qui se dégage de toi, tu as l’air de tout maîtriser parfaitement, comme un vrai adulte. Sans parler de ton physique irréprochable et de la pression que ça me met ! » Elle le tournait à la rigolade parce qu’elle avait parfaitement conscience de ne rien pouvoir faire contre ça, elle ne deviendrait pas reine de beauté pour l’action du saint esprit en pleine nuit, elle devrait vivre avec le fait qu’il était beau comme un dieu et donc un fantasme ambulant pour la gent féminine. « Tu me trouves intimidante ? T’es pas sérieux, je suis juste radicale mais pas intimidante. Mais t’es dans mes petits papiers alors t’es épargné par mon mauvais caractère. » Et voilà qu’elle parvenait même à se faire rougir toute seule, comme une parfaite crétine. « Oui, on a le temps. » Son teint passa de rosé à rouge pivoine, comme chaque fois qu’ils verbalisaient des allusions directes, ou pas d’ailleurs, au sexe et à tout ce qui s’y apparentait. « Gaby, moi ça ne me gêne pas, d’accord ? Je ne serai pas témoin et une alliée, ça change tout ! Crois-moi, quand tu auras vu l’animal que je peux être parfois, tu n’auras plus de craintes de partager ça avec moi. On a tous quelque chose qu’on aimerait cacher au reste du monde, j’aime croire qu’on peut se permettre de la montrer à un nombre restreint de personnes. Sinon on devient fou. » C’était l’embrigadement MS qui avait fait d’elle une machine à tuer, elle avait encore bon nombre de failles et de faiblesses, malgré tout, une fois qu’elle était lancée, il était difficile de la faire cesser. Il lui assura que le toucher ne constituait pas un problème et elle soupira de soulagement, même si elle aurait préféré le contraire, elle peinait de plus en plus à réfléchir, surtout quand il déposait ses lèvres dans son cou ou qu’il la titillait alors qu’elle essayait de se montrer raisonnable. Si elle allait plus vite que la musique, elle risquait de déchanter. Elle gagna 4 parties sur 5 à FIFA mais il intégra les tuyaux qu’elle lui refila et il remporta la dernière avec brio. Bien entendu, elle l’accusa de tricherie et de corruption de l’arbitre et ils se chamaillèrent en riant tout en rangeant tout ce qui traînait. Elle fut surprise de sa question alors qu’elle trouvait une position confortable pour sombrer dans un sommeil où elle n’aurait pas à se demander ce qui était convenable ou non quand on dormait avec son fiancé. « C’est tellement beau, tellement ! Un jour, je t’y emmènerais et je te montrerais mes coins préférés. Tu adoreras ! Mais je vivais dans la partie la plus délabrée de la ville, je dormais souvent par terre mais ça ne me gênait pas, c’était là qu’il faisait le moins chaud. Mes journées se ressemblaient, il était question de tout faire pour rester en vie et ce n’est pas facile. Tu as vu cette cicatrice sur mon ventre, il leur a fallu des heures pour s’occuper de moi correctement. Elle m’a ouvert avec une machette mais je l’ai achevée avant de sombrer. J’étais tellement fière de moi, jusqu’à ce que mon frère me regarde avec horreur et que je réalise que pour le reste du monde, ma place là-bas ne leur semblerait jamais tomber sous le sens. La musique, l’ambiance, l’alcool, les joints et la bouffe. C’était super, je n’avais pas grand-chose, trois pantalons, trois débardeurs et deux paires de basket mais j’étais heureuse. Je passais mon temps à trouver de nouveaux plans pour récupérer des territoires, massacrer nos ennemis, me battre, m’imposer. Je comptais, mon opinion aussi. J’étais invitée aux réunions des chefs de cliquas après avoir pris la place de celui de la mienne. Je me faisais une place et un nom. Diablesa qu’ils m’appelaient. » Elle éclata de rire, pourtant, ce nom, c’était celui que tout le monde utilisait, celui qui lui donnait l’impression d’être le bon. « J’espérais que mon père se rendrait compte que j’étais digne de confiance et d’attention. Il me demandait parfois de l’aider, il paraît que je suis douée avec un ordinateur mais ça n’allait jamais plus loin… Je ne sais pas ce que je vais faire maintenant, Gaby. Parce que je ne sais rien faire de normal. Ni le ménage, ni à manger, ni la lessive… Tout ce que je sais n’est d’aucune utilité en Amérique. Je ne suis même pas sûre d’avoir le bon gène pour être une épouse. » termina-t-elle dans un murmure.


***


Il avait tenu à lui présenter du monde et elle accepta avec plaisir. Elle ne comprenait pas toujours ce qu’on lui demandait et se sentait parfois ridicule quand elle articulait dans un anglais lamentable quelques phrases et c’était pire quand elle entendait qu’on voulait savoir comment ils s’étaient rencontrés. Gêne qui paraissait partagée par un Gaby qui écourtait la conversation. Il n’avait pas honte d’elle, ce qui était déjà une bonne chose, mais bien de la situation et elle ne pouvait que le comprendre. Pourtant, elle ne perdit pas une seule fois son sourire, elle trouvait toujours une remarque gentille à faire. Quant au temps qu’elle passa en tête à tête avec Gaby, il fut précieux. Il lui livra des petits bouts de son existence qu’elle trouvait exceptionnels, ce qu’elle souligna en étant absorbée par ses récits, riant ou bien poussant des soupirs effarés selon les circonstances. Elle se permettait parfois quelques commentaires qui les faisaient rire tous les deux. Ce fut une journée sans accroc et elle fut heureuse de se trouver au sommet de cette tour, profitant d’un peu de calme pour digérer toutes les informations de la journée et essayer de statuer sur la question suivante : se sentait-elle bien ? Chicago, contrairement à New York, ne l’oppressait pas et dégageait une ambiance qui lui plaisait assez. Elle regrettait de devoir bientôt retourner à New York. « Non, ça va. » répondit-elle laconiquement, passant son bras sous le sien pour s’accrocher à lui et poser sa tête tout contre lui. « Je vois, je vais devoir être vigilante. » Elle hocha la tête signe qu’elle avait compris avant qu’il n’annonce qu’il serait prochainement de retour à New York, plus tôt que prévu. « Vraiment ? C’est trop cool ! » Elle l’étreignit plus fort, contente de savoir qu’elle aurait la possibilité de s’échapper un peu plus souvent du domaine et de profiter de sa présence pour respirer. « Mais on ne sera pas mariés avant des mois, à moins d’un miracle, je vois mal comment on va pouvoir faire ça. T’en fais pas, je me débrouillerai. » assura-t-elle en haussant les épaules, comme pour dire qu’elle en avait vu d’autre et que puisqu’ils n’avaient pas le choix. « Qu-…Quoi ? Une semaine ? » Son visage se décomposa alors qu’elle lâchait son bras et essayait de ne pas paniquer, difficile alors qu’on lui proposait de sceller son destin plus vite que prévu. Elle venait à peine d’accorder un peu de confiance à Gaby et voilà qu’ils devaient déjà se marier. Elle n’était pas prête, elle ne serait pas capable d’être une femme, pas maintenant et on attendrait ça d’elle, inévitablement, même lui. « Oui bien sûr ! » répondit-elle, moins par conviction que pour donner le change alors qu’elle reprenait peu à peu contenance. Refuser ? Aujourd’hui ou demain, après tout, qu’est-ce que ça changeait, son destin avait déjà été écrit par les autres. Non, elle n’avait aucunement le choix et elle le savait alors qu’elle fixait l’horizon, se demandant comment elle allait pouvoir appréhender tout ça. Une putain de semaine… Il reçut un appel qui l’empêcha de lui dire que c’était ok, elle se contenta de suivre silencieusement, installée sur le siège passager, tourmentée par des milliers de questions et une inquiétude récurrente : la nuit de noces.

Ça allait être un putain de fiasco, le pire mariage de l’histoire, organisé en une semaine, avec une mariée déprimante et des convives inexistants. Elle ne pourrait pas inviter toute la clique, on refuserait de les voir et elle aurait l’impression d’être une fois de plus seule face au monde, abandonnée par les siens et offerte en pâture. Gaby faisait au mieux mais tout c’était compliqué à gérer pour elle. En d’autres temps, elle aurait demandé pourquoi Donnie et pourquoi ça gênait qu’elle attende dans la voiture mais elle n’en avait pas la force, elle acquiesça sans un mot. Il lui offrit un baiser plein de douceur, sûrement parce qu’il se sentait coupable de participer à ce que leurs pères avaient initié mais il ne faisait que son maximum pour éviter les problèmes. Il la laissa là, toute seule avec ses sombres pensées avant de revenir sur ses pas pour lui donner quelques dernières prérogatives qui lui firent lever les yeux au ciel. « Je ne peux pas venir avec toi ? Tu vas faire quoi ? Tuer un type ? Le torturer ? Lui extorquer des informations ? Gaby, tu sais d’où je viens ! Laisse-moi venir ! A quoi ça sert que je reste dans la voiture de toute façon ? Hein ? Je pourrais me rendre utile et à deux, ça ira plus vite ! Je ne veux pas rester toute seule ou je vais péter un câble après ce que tu viens de me balancer. Je ne sais pas comment gérer la situation alors ne m’ouvre pas la porte en grand pour faire une connerie ! S’il-te-plaît.» Il n’y avait pas la moindre trace d’ordre dans ses mots, seulement une supplique. Elle allait devenir folle si on la laissait ressasser et chaque fois que ça arrivait, elle optait pour la pire des options.


***


Leur arrivée au Salvador fut difficile. Jez y allait à reculons et l’accueil en demi-teinte de son père ainsi que les remarques déplacées de Mona n’aidèrent pas à la faire se sentir comme chez elle. Sa sœur déplorait le fait qu’on lui ait choisi un paysan plutôt qu’un bellâtre italien qu’elle aurait su satisfaire. Pourquoi lui coller la gamine dans les pattes, gamine dont il se lasserait forcément. Elle ajouta que ce n’était pas contre Jez mais qu’il fallait être réaliste deux minutes. Comme si la petite n’avait pas suffisamment de pression sur les épaules et que toute cette histoire ne lui pesait pas assez sur le cœur. Elle s’enferma dans un mutisme total et de ce qu’elle put entrevoir de Gabriele, il ne passait pas franchement un super moment non plus avec son propre père. Il parlait peu et se montrait peu et quand elle croisa son regard au détour d’un passage de plat, elle reconnut celui qu’il avait avant qu’il ne batte en retraite et n’aille s’enfermer dans la salle de bain. Prenant son mal en patience, elle ne toucha pas vraiment à son assiette et fila un coup de main à sa mère pour débarrasser avant de tenter de rejoindre sa chambre, interceptée par Maribel et Mona qui tenaient absolument à ce qu’elles aillent choisir sa robe le lendemain matin. Elle accepta pour qu’elles lui fichent la paix et s’enferma dans sa chambre pour avoir tout le loisir de faire le mur et le tour de l’immense villa pour grimper au balcon de la chambre de Gaby et attendre qu’il l’investisse. Il lui fallut une éternité pour se montrer et alors qu’elle était prête à l’aborder, il retira ses vêtements et elle ne sut trop quoi faire. Bercée entre tentation et raison, elle opta pour la tentation et recula, tournant d’abord le dos en se disant que c’était vraiment bizarre de faire un truc pareil pour admettre qu’il n’y avait pas de mal à regarder, un peu. Il n’y avait vraiment rien à jeter, ce qui ne faisait qu’ajouter du stress à son appréhension de la nuit de noces, elle ne pourrait pas faire le poids. Et bordel, qu’est-ce qu’elle foutait ? Elle n’aurait pas aimé qu’il se permette un truc pareil… Mais c’était un mec, c’était différent, pas vrai ? Elle soupira et s’avança jusqu’au balcon pour jeter un œil au territoire de son père, un brin mélancolique. Quand elle eut la certitude qu’il était sorti de la douche et qu’elle ne le surprendrait pas dans un moment gênant, elle frappa au volet. « Gaby, c’est moi, je peux entrer ? » N’étant pas certaine d’avoir bien entendu, elle s’invita, le trouvant en serviette mais faisant de son mieux pour le regarder dans les yeux. « Je me suis dit que tu avais besoin de te détendre un peu, du coup, j’ai trouvé ça dans ma chambre, je me suis dit qu’on pourrait partager ! » Elle extirpa d’une cache dans sa veste une bouteille de téquila et quelques joints parfaitement bien roulés. « Mais on peut aussi papoter, on en a pas trop eu l’occasion depuis notre arrivée et ça me manque. » Le rouge lui monta aux joues et elle retira sa veste de survêtement pour la jeter dans un coin et s’installer sur le lit. « Pas facile avec ton père, hein ? » m’enquis-je en tapotant la place près de moi. « Ce sera bientôt fini, on aura la paix après ça. Et puis je n’aurais pu à voir ma sœur essayer de te draguer alors qu’elle est mariée et a des gosses. Tu lui plais beaucoup ! Je crois qu’elle est jalouse et je crois que ça me fait plaisir. » Elle éclata de rire avant de mettre sa main devant sa bouche pour l’étouffer, ce qui accrut son hilarité et elle se laissa tomber sur le lit le temps de se calmer, la tête contre les couvertures. « Ah putain ! Pour une fois qu’elle m’envie ! Mais du coup, elle m’a servi tout un truc pas très glorieux sur la nuit de noces, du coup je suis plus bien sûre de savoir ce qu’il va se passer. » Elle plaisantait toujours, pour détendre l’atmosphère et tenter de le faire rire. « Je sais que tu ne bois et ne fumes pas mais on pourrait faire une exception, non ? On fait notre petite fête privée et puis après tu pourras me filmer, ivre morte, escalader le mur et rentrer dans ma chambre. Avoue que c’est un super programme ! On fait ce qu’on peut, ni toi ni moi ne savons danser, on s’amuse avec ce qui reste et une partie de dominos, ça craint grave ! Allez, Gaby ! Alleeeeeeeeez » Elle lui enfonçait son doigt dans les côtes à intervalles réguliers, à genoux sur le lit alors qu’il se tenait toujours face à elle. « Et mets des vêtements, s’il-te-plaît, parce que si ta serviette se détache, il va me falloir une bonne heure pour m’en remettre, arrêter de rougir et de balbutier ! » La bouteille avait été entamée bien avant son escalade, histoire de se donner du courage et ça se sentait.


 




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MessageMar 26 Juil - 13:22

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



Il se sous-estimait. Ce n’était pas la première à le lui dire, si bien qu’il était parfois tenté de se convaincre qu’il était un homme qui inspire le respect et respire l’honneur. Mais quel avantage y trouverait-il ? Cette négativité à son propos, c’était la clé de contact qui mettait en branle les moteurs de son ambition et de sa motivation. Elle le maintenait en alerte, tout le temps, car il évitait ainsi ce narcissisme qui coûta la vie à quelques-uns de ses proches amis auxquels il tenait.  Ça l’aidait également à ne  pas crever bêtement. Aussi était-il devenu imperméable aux compliments trop semblables à la flatterie qui sert à endormir le corbeau pour qu’il abandonne son fromage, durement gagné, au premier renard venu. Les types rusés courraient les rues. Ça ne signifiait pas qu’ils étaient plus valeureux ou plus malins qu’il ne l’était lui-même, mais seulement qu’il méritait d’être entendu et qu’on s’en méfie. Vis-à-vis des autres, son jugement était revu régulièrement. Le concernant, c’était un perpétuel statu quo, même s’il la remercia pour ses efforts d’un sourire franc et d’un baiser tendre qu’il annonça avec lenteur, pour s’assurer qu’elle ne le repousserait pas, qu’elle lui avait véritablement pardonné le quiproquo de cette soirée et que malgré son discours encourageant, elle n’avait pas reculé de dix mètres pour se protéger du mal qu’il était en mesure de lui causer sans jamais le vouloir vraiment. Ces attentions, elle partait toutes de bonnes intentions. Il n’était par ailleurs que rarement maladroit avec les femmes. Son physique lui permettait de tout obtenir sans trop de résistance. Quiconque le côtoyait lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Avec Jez, la main était différente. Elle voguait à des kilomètres de l’Américaine de base. Elle était plutôt comparable à ces Italiennes fortes de leur principe pour ne décevoir personne, elle les premières, leur fierté comptant plus que tout au monde. Autant dire que ça compliquait leur histoire, pas tant d’un point de vue sexuel, mais d’un point de vue purement relationnel. À moins qu’elle l’y pousse, il n’y songeait pas vraiment – souvent – pour se préserver de toute frustration qui tournerait à l’obsession. Il n’était pas meilleur que les autres, juste légèrement plus patient que la norme face à la tentation. En revanche, il essayait vraiment d’établir entre eux un entrelacs indénouable de confiance, avançant à l’aveugle, car elle bousculait tous ses repères.

Il opta pour la sincérité tout au long de cette discussion qui épuisa une quantité astronomique de son énergie, celle utile à ne pas offrir trop d’espace à son handicap. Il se vêtit donc d’humour pour répliquer, souhaitant par-dessus tout délester l’atmosphère de cette gravité palpable. Et ça fonctionna plutôt bien. Leur mise au point fut assez fructueuse. Ils finirent devant la console comme deux gamins. Elle réveillait son insouciance malgré lui. Il lui arrivait même de se demander ce qu’elle serait capable d’obtenir de lui à grand renfort d’innocence. En attendant, parce qu’il était exténué, il l’invita, sur une victoire à deux buts contre un, à aller se coucher, moment idéal pour s’intéresser de plus près à ce qu’elle était. Il n’aurait pu supporter, sachant que les chances pour que leur mariage soit avancé s’amplifiaient de jour en jour, de faire tenir ce qu’il connaissait d’elle sur la moitié d’un post-it. « Si tu dois m’y emmener, je ne veux pas voir seulement tes coins préférés, c’est là où tu as passé le plus de temps qui m’intéresse » sous-entendu, là où chaque morceau de trottoir lui rappelait un souvenir qu’elle aurait subitement envie de partager. Le reste, comme la rassurer à propos de ses cicatrices, il y reviendrait plus tard, à condition qu’il s’agisse d’une nécessité. Au vu de l’affection qu’elle portait à son frère, ce « dégoût » qu’elle décrivait avec une pointe d’amertume, il n’était plus certain qu’elle en soit si fière désormais. Inutile donc de remuer le couteau dans une plaie à l’âme. « Les pères ne voient que ce qu’ils veulent bien voir. C’est là toute l’ironie du sort. » Tout comme l’avoir autorisé à approcher du bout des doigts ses rêves les plus fous et tout lui reprendre par la suite aussi violemment. « Tu as tout le temps de penser à ce que tu veux faire plus tard, Jez. Et pour le reste, la bouffe, le ménage, la lessive, ce qui plaît à l’Amérique, dis-toi que ton malheur, tu as de la chance. Je ne suis pas l’Amérique. » conclut-il finalement en déposant ses lèvres sur son front. Ils avaient eu leur quota d’émotions pour la soirée. Il chatouillerait le cul du Diable avec sa fourche plus tard.

Il l’avait dit honnêtement, ils avaient tout le temps pour ça. Il le lui répéta au-dessus d’un gratte-ciel qui surplombait un panorama enchanteur alors qu’elle réagissait plutôt mal à la dernière nouvelle en date : un mariage la semaine prochaine. Lui, il ne l’aurait pas qualifié de « mauvaise ». Il le trouvait prématuré. Il ne s’en réjouissait pas non plus. Néanmoins, il y comptait de nombreux avantages. Les gens dans leur situation ne se découvrent véritablement qu’en partageant le même toit régulièrement, pas en se croisant par hasard une fois de temps en temps. Jez, par contre, elle était littéralement défaite. Il n’avait pas besoin de la regarder pour le réaliser. La distance qu’elle leur imposait suffisait amplement. Une part de lui serait presque ravi que le programme de la soirée soit écourté. L’autre, elle était frustrée par la lâcheté de la première à renoncer à une discussion qui s’avérait primordiale. Une multitude de questions peu flatteuse lui traversait déjà l’esprit. Toutefois, quand Cosa Nostra le sonnait, il accourrait séance tenante, qu’importe l’urgence de ses obligations. Et puis, finalement, ce n’était pas si mal qu’elle l’apprenne aujourd’hui. Ça ferait partie de son quotidien, l’honorable société n’étant jamais bien loin. Il aurait simplement préféré pouvoir la ramener lui-même plutôt que de l’abandonner dans la voiture sur un parking à l’extérieur de la ville. Un immense entrepôt le surplombait. Trois petites cylindrées étaient stationnées non loin d’eux. De vieux modèles. Noires. Vitres teintées. Au milieu de ce décor, la sienne dénotait. Il aurait à s’en débarrasser, comme de ses fringues et celle de Jez si elle continuait à le supplier pour gagner le droit de l’accompagner. « Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que je ne peux pas. » tentais-je de lui expliquer sans trop y croire lui-même. Les femmes de ses acolytes ne se déplaçaient jamais. Elles étaient néanmoins tolérées si elles estimaient avoir essuyé un affront. Il n’était pas rare non plus que des gamins serrant fermement la main de leur papa pour les éduquer à la réalité de leur avenir le plus tôt possible. De plus, il savait de source sûre que Lyla avait déjà participé à des scènes du genre sans que son père n’émette la moindre objection. Luciano lui avait même raconté qu’Ettore s’en était passablement amusée. Il y avait donc peu de chance pour qu’il s’offusque que la Diablesa des rues du Salvador découvre les tenants et aboutissants de leurs activités d’apparence légale.

Le problème, en soi, c’était qu’il n’avait aucune idée de ce qu’on attendait de lui ce soir-là. Les informations en sa possession étaient maigres. Et, non négligeable, souhaitait-il qu’elle le voie détenir la vie d’un homme en échec comme Dieu en personne ? Était-ce l’image qu’il avait envie de lui renvoyer ? Dans quelle mesure la nostalgie de ses folles années au sein de la MS ne la chatouillerait-elle pas au point de la rendre irrémédiablement malheureuse, quoi qu’il fasse pour corriger le tir ? « Tout comme tu ne peux pas te rendre utile. » tiqua-t-il alors qu’il avait le sentiment de perdre le contrôle de la situation. « Même si je te prenais avec moi, tu ne pourrais rien toucher et surtout, ne rien dire. Tu me causerais plus de tort que de bien et je sais que ce n’est pas ce que tu veux. C’est difficile pour toi d’être arrachée à ce que tu étais. Tu as vraiment envie de te prendre une grosse claque en réalisant que pour ton père ou pour tout ce qui fait ce que je suis, tout ça, c’est terminé ? » Loin de lui l’envie de la vexer ou de lui faire de la peine, mais les faits sont ce qu’ils sont et plus tôt elle intégrerait les règles, mieux ce serait. « Tu peux venir, mais seulement si tu me jures que tu te tiendras à carreau et que tu te feras aussi petite qu’une souris. Ça marche ? » Il patienta aussi longtemps que nécessaire pour détenir son serment entre les mains avant d’ajouter. « En contrepartie, réfléchis déjà à ce que tu vas me répondre quand je vais te demander si tu prends aussi mal ce que je viens de te balancer parce que tu t’imaginais que quelqu’un reviendrait à la raison et annulerait le mariage ou s’il y a autre chose dont tu ne veux pas me parler. »  

Ils pénétrèrent dans l’entrepôt par une petite porte dissimulée à l’arrière derrière des ronces et du lierre par mesure de précaution. À l’intérieur, rien de neuf pour elle, sauf la langue utilisée par les ravisseurs du pauvre type qui gisait genoux à terre sur une planche en bois au-dessus d’une brasero, les mains attachées dans le dos à une corde elle-même accrochée à un palan relevé assez haut pour lui briser les bras s’il moufte. Sans mot dire, Gaby l’observa attentivement sans le reconnaître. Il n’avait jamais eu affaire à ce gars. Tout ce qu’il savait, il le devina à l’aide de cette corne sicilienne qui pendait autour de son cou. Préférant le geste à la parole, il se retourna vers Ricky pour s’enquérir des raisons de sa présence et l’homme grassouillet qu’ils rencontrèrent plutôt sous son meilleur jour – en dehors des manigances de Cosa Nostra - il compensait sa laideur par un humour intelligent – livra tous les détails de l’opération sans même remarquer la présence de Jezabel. « Ça fait plusieurs mois qu’il essaie d’intégrer les rangs, mais le Don est persuadé que c’est une taupe. » « FBI ? » « C’est ce qu’il aimerait savoir, et c’est la raison pour laquelle tu es là…et pas tout seul visiblement. Vous êtes devenus inséparables, ma parole. » Gaby, penché sur le pauvre hère gémissant, ignora cette plaisanterie douteuse et inutile pour en venir aux faits. « Et comment je suis censé le faire parler s’il est inconscient ? » Il haussa les épaules tandis que ses fidèles partenaires s’affaissaient comme une tortue qui se réfugie dans sa carapace. « Raison ? » « Son père est un pentito. » Il était rare que Gabriele, qui vouait un respect sans nom à l’homme qui l’avait forgé, se demande s’il ne perdait pas la tête par moment. Il avait toujours été à cheval sur les règles. Un fils de repenti ne méritait que la mort. Il n’y avait pas lieu de s’encombrer de détail et de l’ameuter au passage. Or, à la question précise : « pourquoi est-il toujours vivant. », la réponse l’alerta assez pour qu’il regrette d’avoir entraîné Jez dans cette galère. Le gamin – parce qu’il était à peine plus jeune que lui – jurait les grands dieux qu’il cherchait simplement à laver l’honneur de sa famille, qu’il avait honte du comportement de son père après la décès de sa mère, qu’il était prêt à souffrir mille supplices pour se regarder à nouveau dans une glace. « Et il est convaincant, je présume. Qu’est-ce que tu sais sur lui ? ». « Irréprochable. » « Moyen de pression ? » « Sa sœur !  Dix-sept ans. » « Inutilisable. » « À peine. » « Réveille-le et cassez-vous. » Ils acquiescèrent et il en profita pour s’inquiéter de Jez. « Ça risque d’être long. Très long. Tu devrais t’asseoir quelque part… ou rentrer si tu veux. » Pisser dans un violon aurait eu le même effet. Elle était curieuse et risquait d’être déçue. Gabriele ne coule le sang que si c’est réellement nécessaire. Ça, c’était la spécialité de Luciano, pas la sienne. « Tu vas te faire chier hein. Je peux rester en face de lui pendant des heures, dans le silence… » À le fixer longuement sans jamais détourner les yeux. Jezabel était pire qu’un Pitt Bull.

Quand elle avait une idée en tête, elle ne la lâchait jamais. Ça leur faisait au moins un point commun. Gabriele était du genre tenace. Ces interrogatoires se résumaient en quelques phrases généralement et elle commençait toujours de façon identique. Il déclinait son identité, se montrait aimable, s’assurait que sa victime ne manquait de rien, comme les bons flics à la télévision. La variante du jour, ce fut de présenter de Jezabel comme son épouse et expliquer à ce gosse qu’ils n’avaient rien de mieux à faire que de l’écouter. Ensuite, il ajoutait avec détermination, lentement, très lentement que : « Tu dois voir ça, comme un jeu. À chaque fois que mon téléphone sonnera, si tu ne m’as dit ce que je veux entendre. » Et il ne le répétait jamais puisqu’il était le dernier recours de son boss. « Je te brûle, au sens littéral bien sûr. » Théâtral, il allumait son briquet pour que danse la flamme. « Tu as de la chance. D’habitude, c’est elle qui m’appelle plus ou moins toutes les dix minutes, pour ne pas que je m’ennuie. Là, ça te fait un rabais acceptable, si elle ne s’ennuie pas elle-même. Elle a toujours son téléphone dans sa poche. C’est son joujou préféré. » Il se tourna vers Jez, lui sourit malicieusement et elle sortit son téléphone de sa poche pour l’agiter sous son nez enflé. « J’ai déjà tout dit. » se défendit-il sans attendrir son bourreau. C’était la parole de trop. Il n’y en avait pas toujours aussi vite, ce qui allongeait le processus, mais elle arrivait systématiquent. Alors, il ne s’intéressa plus qu’au boutefeu au milieu des déchets inflammables imbibés d’alcool inodore, le tout surplombé d’une grille immense sur laquelle on dorerait la barbaque lors d'un barbecue. Le Sicilien préférait largement les effluves de la chair qui cuit et la mélodie d’un foyer crépitant aux craquements des os qui se brisent. Ça, c’était ce que Don Domenico appelait : son grain de folie, son plaisir coupable, cette part animale qui faisaient de lui un gars dangereux, une bête comme les autres. L’aurait-il souhaité qu’il n’aurait pu cacher son enthousiasme en allumant le bout de carton qui rejoignit ses congénères. La partie était lancée. Il ne restait plus qu’à attendre que le fils du soldat désavoué courbe comme une feuille de roseau par grand vent en observant les couleurs chatoyantes de la plus belle réussite de l’homme. « Alors ? » demanda-t-il à Jezabel qu’il sentit approcher. « Je ne les ai pas fait partir pour rien. Qu’est-ce qui te tracasse à ce point ? » Il parlait à voix basse pour ne rien dévoiler de sa mascarade. Il aurait à se concentrer pour distinguer le son de sa voix au milieu du brouhaha, mais ce n’était pas un problème. « Ouais. Ce n’est peut-être pas le moment. Mais, il va falloir au moins quinze minutes avant que le feu prenne. La chaleur sera insoutenable, il bavera. » Et il aurait le choix entre enlever la grille et nourrir son brasier ou le libérer, ce qui n’arrivait que rarement en de pareilles circonstances. Il n’était pas là pour l’épargner, mais pour connaître le nom de celui qui l’envoya à la mort. Quand ils quittèrent les lieux, Ricky l’attendait, gelé, inquiet et impatient de rentrer chez lui. Gaby, il lui marmonna ce qu'il souhaitait savoir. Sa mission était une réussite alors qu’un point d’interrogation surplombait toujours son avenir avec Jez. Pourtant, une fois dans la voiture, il sortit son Zippo de sa poche et l’offrit à Jezabel. « On ne sait jamais quand ça peut être utile. Prends-en soin. J’en ai d’autres. » Une véritable collection. « Mais, j’y tiens. »


***

Il arriva au Salvador en même temps que la Cinzia et sa fiancée, mais bien après son père, ce qui l’enchantait guère. Sa présence l’embarrassait toujours un peu, car il avait beau prétendre lui en vouloir du plus profond de son âme, il espérait encore lire dans ses yeux que, malgré tout, il était fier, fier de ce qu’il était et de ce qu’il était devenu, soit, rêver tout éveillé. Ce n’était pas le genre de la maison. Sans doute aurait-il pu s’estimer heureux qu’il ne le rabaisse par à la première occasion, mais Gabriele avait besoin de plus, beaucoup plus, sauf qu’il ne dérogeait pas à ses habitudes. Lorsque sa jumelle était dans les parages, il n’y en avait plus que pour elle. Il n’avait que son prénom à la bouche et, en ça, il n’enviait pas Manuel. En plus d’être forcé de s’imposer une distance certaine, il la partageait avec son beau-père les rares instants qu’ils auraient pu voler tandis que les futurs époux – les plus récents – étaient au cœur de l’agitation. On parlait décoration réussie malgré le temps imparti. On causait robe et costume, bagues et cérémonie. À table, après une conversation avec le maître de maison pour le remercier, l’une des sœurs de la mariée en devenir – il avait du mal à les distinguer – lui tourna tant et si bien autour qu’elle lui filait la nausée. Elle cherchait à entendre le son de sa voix par tous les moyens, usant avec abondance de questions sans jamais obtenir de réponse qu’un haussement de sourcils, d’épaules ou une grimace qui signifiait dans son langage corporel qu’il n’en savait rien. Jezabel, elle était logée à la même enseigne, exception faite que personne à cette table ne lui jouait un numéro de charme. Gaby et elle s’adressaient à peine la parole. Ils n’étaient pas en froid. Bien au contraire. Leur regard complice en disait long. Gabriele était paralysé depuis qu’il apprit de la bouche d’un Luciano soulagé et donc, en grande forme, que la punition d’Achille, outre la mort, était l’exil à Chicago. Ça déchira le cœur de l’enfant enfoui profondément en lui, car ça confirmait ses doutes. Jamais il ne fut envoyé là-bas parce qu'il représentait un espoir quelconque de renouveau. On l’éloigna pour la simple et mauvaise raison qu’Ettore le voyait comme un bègue, faible et inutile par définition. Pourquoi donc se faire violence pour dompter sa tare dans ce cas ? Il n’était pas chez lui. Il ne contrôlait rien ni personne. L’insécurité le rongeait alors il jouait les hommes taiseux, priant pour que d’autres, à part Jez, l’envisagent comme un observateur patenté qui impressionne par son silence. En attendant, quitter la table tient lieu de délivrance. Il se retira dès que Gustavo prétexta des affaires urgentes pour s’éclipser. Ça l’arrangeait bien. À l’abri derrière les murs de sa chambre, il pourrait essayer de se détendre et ainsi reprendre le dessus sur sa paralysie verbale. Il tenta de prononcer une phrase complète à plusieurs reprises en se déshabillant pour se rasséréner d’une douche tiède, mais il butait à la seconde syllabe, ce qui le crispa assez pour lutter difficilement contre sa colère. Si elle le tenait en échec, il serait muet jusqu’à ce que son père soit loin de lui, ce qui ne pourra être toléré. Il avait, au minimum, un « oui » à déclarer devant témoin. Pas grand monde, mais il suffisait d’un seul être pour le désarçonner. Un seul.

Prétendre qu’en émergeant de la salle de bain, il envisageait de se préparer pour dérober du temps à sa fiancée serait mentir. Pour soigner le mal qui l’habitait, il avait besoin de quelqu’un d’aguerri, quelqu’un comme sa petite sœur, habituée à le rassurer par rapport à Ettore. Pourtant, il fut plus qu’agréablement surpris de la trouver dans chambre, bien qu’il ignorait s’il arriverait à s’exprimer normalement. Il redoutait l’idée d’essayer d’ailleurs. Aussi, se contenta-t-il de l’écouter, un sourire charmé par son audace illumina ses traits. Elle parlait tellement, Jez, un peu comme si elle lui renvoyait toute sa frustration au visage, d’avoir été forcée à se taire durant des années puisque les femmes ont la réputation de l’ouvrir à tort et à travers. Ce n’était pas une légende cependant. La Maruzella était un bel exemple de bavardage. Elle avait néanmoins un petit quelque chose qui rendait ses babillages touchants, parce qu’ils étaient spontanés et, dans la confiance, dénués de malignité. Sa fiancée, c’était plus ou moins pareil et ça lui plaisait plutôt bien. Ça le ramenait lentement mais sûrement vers quelque chose qui ressemblait à un point de repère, quelque chose qu’il pouvait faire. Écouter. Retrouver en contenance jusqu’à ce que le rythme de son cœur ralentisse. Elle n’en avait certainement pas conscience, mais le soiger en ces circonstances, juste avant qu’il ne frôle la crise de nerfs ou d’angoisse, peu importait son nom médical, c’était un énorme pas en avant, car avec le temps, peut-être songerait-il à se réfugier dans ses bras sans honte afin qu’elle l'apaise, qu’elle le calme, le détende et lui rende l’usage fluide de la parole. Qui sait ? ça ne lui paraissait plus aussi impossible qu’à l’annonce de ses fiançailles désormais. Moins encore alors qu’elle se cachait dans les couvertures pour que son hilarité contagieuse n’ameute pas tout l’étage. « Je… » tenta-t-il pour évaluer sa capacité à communiquer avec elle pour poursuivre, soulagé. « Je le pense aussi. Mais, ne t’occupe pas d’elle et de ce qu’elle raconte. Et je te l’ai dit, on a le temps. » Il insista sur chaque mot, que les choses soient claires, même si, pour lui, ça devenait de plus en plus compliqué. Elle avait une façon de le regarder qui chavirait la barque sur laquelle voguait sa patience. Elle était également dotée d’un charme devant lequel aucun homme normalement constitué ne serait resté insensible. « Mais, si tu veux te faire une idée, écoute. » Il posa une main sur ses lèvres pour l’obliger à se concentrer sur l’ambiance et bientôt, la chanson préférée de sa belle-sœur résonna jusqu’à ses tympans. « Tu entends ? Hé bien, je peux te garantir que ça ne sera pas comme ça. » lança-t-il alors qu’il aurait juré voir ses pupilles se dilater plus qu’elles ne l’étaient déjà. Il en éclata de rire. « Eux, tu sens qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai et qu’elle a confiance en lui surtout, assez pour lâcher prise sur ce qu’elle ressent. » Tant qu’elle n’y arriverait pas, malgré le courant qui l’emporterait à l’heure des préliminaires, c’est qu’elle ne serait pas prête. Or, Gaby n’aspirait nullement à gâcher l’instant en profitant d’une occasion téléphonée.

« Plus sérieusement, Jez, si ça t’inquiète autant, pourquoi tu acceptes de jouer à leur sale petit jeu. Ça t’oblige à y penser et à flipper alors que tu as le droit de choisir le moment et le lieu et de leur mettre la carotte du siècle. » Cette idée, il ne la suçait pas de son pouce évidemment. C’est la Cinzia qui se départit de cet argument pour se justifier tandis qu’une œillade lui suffit à deviner qu’elle avait croqué le fruit défendu. À l’époque, il n’avait pas très bien compris où elle cherchait à en venir. Aujourd’hui, ça faisait sens et il lui livrait contre lui pour la rassurer le mieux possible avec ses faibles moyens. Elle avait indéniablement entamé la bouteille sans lui et qu’elle le houspillait pour qu’il participe à sa petite fête improvisée. « Je ne sais pas si c’est une bonne idée de boire avec toi. Je ne sais pas quel effet ça aura sur moi… » Il dessina un cercle invisible autour de ses lèvres de son index. « J’ai joué les types super mystérieux toute la journée en brillant par mon silence, mais la vérité, c’est que j’ai été incapable de prononcer un seul mot jusqu’à maintenant. Je n’ai pas envie que ça s’aggrave à cause d’une gueule de bois. Je suis tellement en colère contre mon père que j’utilise trop d’énergie à la contenir pour être sympathique. Je ne veux pas lui faire le plaisir de se sentir encore plus fort qu’il ne l’est. Achille s’est désavoué. » anticipa-t-il sur la question suivante : les raisons de son énervement. « Et pour le punir, il l’envoie à Chicago. Chicago. Tu te rends compte ? Je sais très bien comment je dois le prendre. Ça ne fait que me confirmer ce que je pense déjà. J’ai eu envie de lui planter un couteau à steak dans le cœur toute la soirée. Si je bois, je… » Elle ne put cacher sa déception. Il lui prit donc la main, s’amusa de sa dernière réplique et plaisanta avec elle, uniquement parce qu’il refusait qu’elle se sente mal si le seul endroit où elle avait envie d’être, alors qu’elle retrouvait les siens et sa maison, c’était auprès de lui. Ce serait une erreur de calcul monumentale.

« Très bien ! Dans ce cas, il va falloir choisir. La bouteille ou les fringues. Ce serait trop de sacrifices d’un coup sinon. »
Elle hésita moins de trente secondes, lui confia la bouteille et, stupéfait, il en rit le plus discrètement possible. « Tu n’as plus peur de laisser l’écrevisse s’exprimer en toi et de balbutier comme une adolescente ? »la taquina-t-il en levant un sourcil. « Je me disais bien que si ça ne te gêne pas de te balader en petite culotte, c’est pas une serviette de bain susceptible de se décrocher qui t’aurait arrêtée…très bien. Tu as gagné. » Il but une goulée de Tequila pour la première fois de son existence. C’était fort. Très fort. Il s’en étouffa et toussa comme un gosse qui tire sur sa première cigarette. « Putain de sa mère. C’est immonde. Et je t’interdis de rire. Je n’ai jamais bu une goutte d’alcool, à part une goutte de Sambuca dans le café pour faire illusion. » Ses joues rosirent, non pas de honte, mais parce qu’il peina à se ravoir. Une fois fait, il trouva bête de ne pas profiter de ses talents pour l’évasion et s’organiser une virée dans les rues du Salvador à l’arrache. « Allez, viens, on bouge. Je suis sûre que tu as des tas de choses à me montrer. Et tant qu’à faire la fête, autant le faire bien » Ses mains se posèrent sur la serviette et il annonça : « Attention. Cache-toi les yeux petite fille. Je vais m’habilller, juste là… au cas où tu te sentiras assez téméraire pour foutre la carotte de l’année à tes sœurs. » conclut-il d’un sourire en s’exécutant, mais sans s’attarder. Elle avait bu. Il ne se passerait rien ce soir. Néant. Car pour être certain de ne pas flancher, il se contenterait de quelques gorgées supplémentaires pour donner le change et ainsi garder le contrôle.



 





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La malavita
Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Jezabel Gambino
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MessageMer 27 Juil - 21:18

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido



Lorsque son père lui lança l’idée du mariage arrangé qu’il avait déjà décidé et dont il avait déjà négocié les conditions avant même de l’en avertir, elle se fichait bien de savoir qu’il était beau ou gentil, qu’il était italo américain ou bien même moine ninja, tout ce qu’elle voyait, c’était qu’on la refilait à un type inconnu au bataillon qui s’attendrait à ce qu’elle lui serve d’esclave, comme tous les autres types de la création et comme ses propres frères qu’elle aimait pourtant de tout son cœur. Au fil du temps, elle s’était aperçue que Gabriele avait beaucoup de respect pour la personne qu’elle était, avec le lot de bizarreries et d’originalité que ça impliquait et qu’il semblait apprécier. Tout ça c’était nouveau et soudain pour elle, comme tout ce qu’il éveillait en elle et qu’elle ne savait expliquer et encore moins décrire, sans ça, elle aurait pu se rendre compte qu’elle en tombait doucement amoureuse. Tant mieux pour elle, ça aurait sans doute été salement perturbant de se dire qu’on s’emmourachait d’un type que votre père avait choisi et à qui vous deviez être dévouée bon gré mal gré. Ses sentiments et cet attachement n’avaient pas tout à voir avec son physique de dieu grec mais tout avec sa patience, sa compréhension et le respect qu’il lui témoignait sans qu’elle n’ait besoin de jouer les bonhommes de service pour que ce soit le cas. Il la voyait et la respectait, en tant que personne et elle espérait lui rendre correctement. Elle se fit la promesse de l’emmener dans ces coins où elle avait grandi dans San Salvador, de lui transmettre l’amour de ses terres et de cette vida loca qui l’avait animée jusqu’à présent. Elle ne s’attendait pas à ce que d’un revers de main, il balaie ses inquiétudes et fasse battre son cœur à une vitesse folle. Heureusement qu’ils étaient dans le noir car elle sentit ses joues s’empourprer alors que son cœur entamait une course endiablée et qu’un million de papillons prenaient leur envole dans son ventre. Il ne la forcerait pas. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle devienne quelqu’un d’autre, une femme parfaite de magazine pour son bon plaisir. Elle aurait pu en chialer de joie, bénissant son père d’avoir choisi quelqu’un de bien sans le faire exprès. Ne pouvant se contenter d’un baiser sur le front, elle vint chercher ses lèvres des siennes, à tâtons, avant de se nicher au creux de ses bras pour se caler, épousant la forme de son corps pour rester là, à l’endroit où la chaleur était aussi agréable qu’enveloppante mais surtout terriblement rassurante. Il ne lui promettait pas la Lune ou l’impossible, seulement ce que personne ne daignait lui donner en dépit de ses efforts : de la considération. Avec le coup de la boutique de fringues, il remporta déjà pas mal de suffrages mais cette simple remarque offerte avec sincérité et cœur venait de faire exploser son score, il était élu à l’unanimité. Ces mots valaient toutes les promesses de la terre et elle se promit de lui offrir tout ce qu’elle pourrait lui donner. Bien que si on lui avait posé la question sur le moment, elle aurait répondu qu’elle lui donnerait tout ce qu’il demandait, absolument tout.

Que cette idée était loin quand il l’informa que la date du mariage avait été avancée. Elle n’était pas prête, elle tâtonnait encore pour savoir quoi faire et comment et voilà qu’on lui annonçait qu’elle deviendrait une dame avant même d’être certaine qu’elle était vraiment une jeune femme. Il restait tellement de zones d’ombre et de paramètres dont ils n’avaient pas pu parler. C’était trop tôt, beaucoup trop tôt mais elle n’eut pas le temps de lui expliquer qu’ils partaient déjà et qu’elle était de nouveau renvoyée à son état de femme. Elle lui en voulut aussitôt, parce qu’il lui faisait miroiter depuis le début qu’il avait confiance en elle et qu’il la considérait avec respect et pourtant, ça ne le gênait pas de la reléguer dans la voiture, comme un putain de chien. La gamine l’avait mauvaise. « Ouais, tu préfères que je reste là, sagement, comme une pétasse en détresse ! » ne put-elle s’empêcher de s’insurger jusqu’à ce qu’il aggrave son cas en soulignant qu’elle ne pourrait être d’aucune aide et qu’en prime, elle risquait de lui causer du tort. Ses yeux en disaient long sur sa volonté de commettre un meurtre. « Je sais me tenir et je n’ai pas besoin d’une piqûre de rappel pour savoir que je n’ai plus ma place dans la rue ou dans une quelconque organisation ! Si t’as d’autres saloperies à lancer, c’est le moment, Gaby ! » La mine renfrognée et l’air revêche, elle ressemblait plus à une enfant contrariée qu’à une femme. « Mais bien sûr ! J’essaie de te faire comprendre que je sais me tenir depuis dix minutes ! » lança-t-elle, exaspérée. Elle émergea de la voiture alors qu’il revenait sur cette histoire de mariage avancé et elle leva les yeux au ciel. Elle s’appuya contre celle-ci pour chercher son regard par-dessus le toit. « C’est pour ça que t’es odieux depuis qu’on a quitté ce gros immeuble ? » Il ne prit pas la peine de répondre, se renfrognant à son tour comme un gamin. Un fin sourire se dessina sur les lèvres de la Salvadorienne alors qu’elle le suivait. A peine entrée, elle se plaça dans un coin, là où elle ne gênerait pas le passage et où on la verrait à peine, tenant à lui montrer qu’elle était digne de confiance, encore plus que ce qu’il s’imaginait. Il était d’un sérieux imperturbable et elle voyait une petite ride se dessiner sur son front chaque fois qu’il parlait, il était doué et respecté de ce qu’elle pouvait constater. Ils ne se firent pas prier pour tous sortir et le plus gros d’entre eux lui offrit un clin d’œil auquel elle répondit d’un petit sourire. « Je vais bien, t’en fais pas pour moi ! » marmonna-t-elle d’une voix dans laquelle on pouvait percevoir ce brin d’excitation qui était bien loin de décrire précisément l’état dans lequel elle se trouvait. « Et bien ce sera des heures dans le silence. » conclut-elle sans prendre les portes de sortie qu’il semblait désireux de lui offrir, comme s’il craignait le jugement qui découlerait de ce qui allait se dérouler dans et entrepôt. C’était sous-estimer l’envie d’apprendre à le comprendre de la brunette et son désir de découvrir ce qui faisait son quotidien. Elle prit part bien volontiers à son petit jeu et ne put réfréner son émoi en surprenant dans ses yeux ce qu’elle connaissait bien, un sentiment familier, une part d’elle qu’elle apprenait à apprivoiser petit à petit mais qui était foutrement séduit par celle qui se révélait chez l’homme auquel on la mariait.

Malgré elle et toute sa retenue, cette vision alluma un brasier en elle qu’elle eut beaucoup de mal à maîtriser. Elle rêvait de choses dont elle ne savait rien, c’était un mauvais plan, un très mauvais plan. Son corps décida à sa place, cependant, elle avança vers lui, déposa une main sur sa nuque et ça aurait pu dégénéré s’il ne l’avait pas ramené à la réalité. Miséricorde ! « J’ai l’impression que tu crois que c’est par rapport à toi mais pas du tout. Je pense juste avoir des tas de trucs à apprendre et à comprendre avant qu’on se marie. J’ai peur que ce soit trop tôt et que ce soit une catastrophe. Et à vrai dire, j’ai peur tout court. » admit-elle dans un souffle, tortillant ses mains. Elle n’admettait jamais ses craintes et ses faiblesses, il pouvait se sentir privilégié. « Tu te souviens la dernière fois quand on a… Tu vois ? Je travaille encore là-dessus, sur ce que j’ai ressenti et ce que j’en pense. C’était bien mais j’ai lâché prise et si je n’avais pas eu un rappel à l’ordre interne, je ne t’aurais jamais arrêté. J’avais plus de contrôle sur moi, plus aucun. Je ne sais pas comment gérer ça, et là, tout de suite, ça a recommencé ! Je te vois foutre le feu et mon cerveau se met sur pause, je ne pense plus qu’à des trucs… Ca me terrifie et je pensais qu’il me fallait des réponses avant qu’on se marie et qu’on vive ensemble. » Au fond, tout ce qui l’angoissait c’était parce qu’elle n’était plus maître de ses émotions et d’elle-même, soumise au désir, elle ne pensait plus que par ce prisme. Elle aurait pu le comprendre si elle était armée comme le commun des mortels et sexué depuis suffisamment longtemps. Malheureusement, elle était incapable de comprendre ses émotions et d’accepter que lâcher prise n’était pas toujours une mauvaise chose, surtout pas quand elle se trouvait avec quelqu’un de confiance. Elle bondit de joie quand il lui offrit son briquet, ce qui lui valut un baiser enflammé qui ne l’aida pas vraiment à faire le point.


***


Après des jours de réflexion intense, sa conclusion était simple, claire, nette et précise : il la rendait folle. Aussi bien dans ce que cette expression avait de plus négatif que de plus positif. Il arrivait à faire ressorti le meilleur d’elle aussi bien que le pire, selon comment il était disposé et ce qu’il lui opposait comme attitude. Néanmoins, dès qu’il avait le malheur de la toucher, elle sentait son cœur battre plus vite et ses mains devenir moites. Il était dangereux pour elle et elle l’aurait probablement éloigné si elle n’était pas destinée à l’épouser. Ce qu’il faisait était aussi difficile à endure que ce qu’il ne faisait pas, c’était à n’y rien comprendre ! Quand elle réalisa qu’elle souffrait de la distance qu’il leur imposait, elle refusa de creuser et de chercher à analyser cet état de fait, elle préféra agir et grimper à son balcon, un peu entamée par la téquila pour le surprendre en train d’essayer de balbutier quelques mots, sans pouvoir. Le cœur serré, elle se promit de tout faire pour l’aider et pour plaquer un sourire sur ses lèvres. Elle et son don pour mettre les gens mal à l’aise en mettant les pieds dans le plat ! Elle espérait ne pas commettre d’impair ! En guise de précaution, elle avala une rasade de téquila et frappa au volet avant de s’inviter et de mettre en branle la machine à rigolade qu’elle devenait parfois et surtout avec lui. « Tu la trouves belle, toi, je veux dire par rapport à moi ? Te sens pas mal à l’aise de dire qu’elle est mieux, c’est juste pour me faire une idée ! » Ca se sentait qu’elle avait picolé, elle posait des questions dont elle se fichait éperdument des réponses, enfin presque. C’était surtout qu’en temps normal, elle n’aurait jamais osé poser une question pareille. Ecouter ? Comme s’il était nécessaire de tendre l’oreille pour entendre la douce chanson de Lyla qui n’hésitait pas à l’entonner autant de fois que nécessaire depuis son arrivée. Si ça frustrait les habitants de la maisonnée, ça arrivait également à atteindre Jez à un degré qu’elle ne s’expliquait pas. « Super, merci pour la publicité mensongère ! Alors ce sera comment, horrible et terrifiant, comme un épisode des feux de l’amour ? » plaisanta-t-elle en ricanant pour repousser sa nervosité. Elle haussa les épaules à sa question suivante, parce qu’elle ne voulait pas entrer dans le détail et donner des réponses qu’elle n’était pas sûre de pouvoir assumer. Elle n’avait pas bu assez, définitivement pas et il fallait une autre gorgée pour repousser encore un peu plus sa conscience. « T’as peur d’être déchaîné et de me raconter tes secrets les plus honteux tout en dansant la macarena ? Je te promets que je ne te laisserai pas te faire honte comme ça, croix de bois, croix de fer ! » La gamine leva la main droite en un geste solennel, tenant toujours fermement la bouteille. Bouteille qu’elle reboucha alors qu’il lui expliqua sa journée et les raisons de sa colère. « Gaby, ce n’est peut-être pas ce que tu crois ! » Ce fut une belle tentative qui se solda par un changement de sujet radical, il n’avait visiblement pas envie d’aborder ce sujet pour le moment, surtout pas s’ils avaient prévu de passer la soirée à profiter et à rire.

« L’écre-…Espèce de sale petit… ! » Elle le chatouilla aux endroits où il était le plus sensible mais il aurait fallu la torturer pour qu’elle admette comment elle découvrit ce moyen de pression. « Ce ne sont que des culottes, tu en fais des tonnes mais une serviette, c’est pire, ok ? PIRE ! » se défendit-elle en le pointant de son index accusateur tandis qu’il y allait franco sur la téquila et qu’il faisait une grimace hilarante. Elle ne put réprimer un éclat de rire gras qu’elle finit par étouffer dans ses mains alors qu’elle peinait à s’en remettre. « Tu aurais vu ta tête, je suis dégoûtée de ne pas avoir pris de photo ! » Mais son idée d’aller en ville lui plaisait et elle se redressa, descendant du lit, prête à remettre sa veste pour mettre les voiles avec monsieur je lance des défis et je m’attends à ce que tu te débines. Assez téméraire ? Il plaisantait ? Il avait les mains sur sa serviette lorsqu’elle fit demi-tour pour le rejoindre en quelques enjambées et lui retirer elle-même sa serviette sans pour autant le quitter des yeux. Puis elle s’attaqua à son débardeur et à son short pour finalement abandonner ses sous-vêtements aussi en lui lançant un : « Je ne suis pas une petite fille. » avec cet air déterminé qui annonçait toujours qu’elle entreprenait quelque chose et qu’elle avait bien l’intention d’aller au bout.


***


« Hé, Joaquim, ça fait un bail ! » lança-t-elle à l’énorme videur devant la boîte, lui faisant un discret signe de ralliement à la MS auquel il répondit avant de la serrer dans ses bras. « Jez ! On te voyait plus, il paraît que tu faisais la gringa à New York ! » Elle ricana et se tourna vers Gaby. « Non, je vais me marier et monsieur ici présent vit là-bas. Je te présence Gabriele, et c’est Joaquim ! » L’armoire à glace n’en croyait pas ses oreilles, elle dut lui montrer sa bague pour qu’il accepte la nouvelle pour ce qu’elle était, la vérité. « Et le barrio ? » « Fini ! » Aucun regret ne semblait susceptible de gâcher ce sourire qu’elle affichait depuis qu’ils avaient fait le mur et que Gaby était tombé, calculant mal son coup, la faisant éclater de rire. Heureusement, elle avait pris des vêtements de rechange dans un sac de toile, bien consciente qu’il ne réussirait pas l’exploit de passer tous ces obstacles sans se salir. « Tu nous laisses entrer ? » « Bien sûr ! Félicitations, mec ! » A l’intérieur, il faisait une chaleur monstre et la musique était abrutissante. Les corps se frottaient les uns aux autres dans des entrelacs incompréhensibles, même pour les initiés. Elle se dirigea vers le bar, attrapa la responsable de ce pan de bar et lui glissa un billet pour avoir une bouteille de téquila de qualité avant de migrer dans un coin libre. Ils burent quelques verres et plaisantèrent avant qu’il ne lui lance un énième défi et qu’elle se lève pour bouger comme un pantin désarticulé. Aucun sens du rythme, aucune grâce et toute sa souplesse ne lui servait à rien là-dedans mais plus il riait, plus elle en rajoutait jusqu’à ce qu’il la rejoigne après qu’elle l’ait tiré par le bras pour qu’ils se désarticulent en duo, peinant à rester sérieux jusqu’à ce qu’elle empoigne son t-shirt et ne l’embrasse à pleine bouche et qu’il lui offre deux options. Elle choisit la voiture. Grimpant sur son dos et se laissant porter, sa bouteille à la main, elle fit un signe de la main à un Joaquim stupéfait de la voir agir de la sorte quand ils passèrent près de lui, ce qui accrut son hilarité. « Je crois qu’il te trouve à son goût aussi, il n’arrêtait pas de te regarder ! » Enième plaisanterie d’une longue série alors qu’elle descendait enfin de son dos, près de la voiture. « Qu’est-ce qui ne va pas ? » s’enquit-elle alors qu’il ralentissait les choses, se montrant soudain plus mesuré. « C’était une blague hein, je ne crois pas qu’il aime les autres gars. » Ce n’était visiblement pas le problème. Il lui fallut quelques minutes supplémentaires pour percuter. « Tu n’as pas envie ? Si tu n’as pas envie on peut retourner à l’intérieur ou bien on peut bouger ailleurs, Gaby, on fait comme tu préfères. Moi, en tout cas, j'ai envie. De le faire, j'veux dire, encore. Tu veux de la téquila ? »

 




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MessageLun 29 Aoû - 10:47

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



Note pour lui-même : les femmes sont toutes des emmerdeuses particulièrement susceptibles. Il n’avait pourtant rien dit de blessant ni même de réducteur. Elle seule se comparait à une pétasse, ce qui lui fit lever les yeux au ciel par départ. « Non ! Une pétasse, je l’aurais laissée sur son gratte-ciel. » précisa-t-il, mû par la culpabilité d’avoir à écourter leur soirée, mais ajoutant tout de même une panoplie d’arguments indélicats pour la convaincre de demeurer là où il l’avait décidé sous de faux prétextes. Cet échange lui servait surtout à exprimer sa frustration sans en partager la cause. La réaction de Jez, en apprenant que leur inévitable mariage était avancé, elle le désarçonna au plus haut point. Il se doutait qu’elle ne sauterait pas de joie, mais cette distance qu’elle leur imposa lui échappait complètement. Demain ou dans un an, qu’est-ce que ça changeait finalement. Si elle espérait que nos familles feraient machine arrière, pourquoi se donnait-elle tant de mal pour lui faire confiance ? Il n’entrevoyait qu’une seule réponse : elle se moquait de lui, de ses efforts et de ce qu’il ressentait. C’était indéfinissable et, une chose était certaine, il se posait sûrement moins de questions qu’elle. Il était le mieux nanti des deux. Néanmoins, il aurait apprécié plus de délicatesse, sans quoi, il ne trouvait aucune raison de la ménager davantage ou de l’autoriser à mettre un pied dans son univers. Aucune. Outre peut-être cette moue indescriptible qui le fit céder bien trop tôt, ce qu’il détesterait plus tard, lorsqu’elle en userait et en abuserait pour le manipuler. Le tout cumulé le rendait désagréable, bien que lui-même ne se serait pas qualifié d’odieux. Il s’en défendit en grommelant, avançant d’un pas décidé vers le hangar où l’attendait sa prochaine victime. Ses complices lui communiquèrent les informations importantes. Il était fin prêt, mais probablement moins patient qu’à l’accoutumée. Ce froid polaire entre sa fiancée et lui, froid qu’elle installa la première et qu’il nourrit à force de non-dit, il le privait en partie de son plaisir coupable. Il n’était pas maître de la torture, mais le feu le fascinait assez pour qu’il s’enthousiasme comme un gamin à l’idée d’en allumer un. Il en aurait sautillé, appelant Jezabel auprès de lui pour lui décrire les couleurs des flammes dansantes sous ses yeux. Là, il se contenta de s’assurer qu’elle allait bien et de se servir de leur connivence nouvelle pour accélérer le processus. Il ne l’aborda franchement qu’en sentant sa présence derrière lui et sa main fraîche dans sa nuque. D’une certaine manière, elle le ramena vers l’essentiel, car il amorça une discussion qu’il n’avait strictement aucun désir de mener de bout en bout, mais néanmoins nécessaire puisqu’elle se montrait assez douce pour lui tendre la main. Les disputes arriveraient bien assez tôt. Toutes celles qu’il était en mesure d'empêcher méritaient d’être entravées par plus de bonne volonté et moins de susceptibilité.

Par chance, ce fut payant, car il s’attendait à quelques confidences, il ne s’était pas préparé à de tels aveux. Ils flattaient son oreille et son ego, si bien qu’il jugea bon d’éviter les discours monosyllabiques et les grognements laconiques. Il réprima même cette envie un peu puérile de l’inciter à prononcer à voix haute tout ce qu’elle qualifiait à mi-mots. Ça lui aurait servi pourtant. La pudeur du verbe est plus difficile à combattre que celle, bien plus physique, qui fait trembler toutes les jeunes filles quand on les déshabille. Mais, il se raisonna, se montrant aussi sage qu’il se l’était promis, pour mieux la rassurer, si tant est qu’il en soit capable. « On apprend encore après quarante ans de mariage, Jez. » Sa mère en était l’exemple personnifié, quoiqu’il n’était pas certain du nombre d’années qui la liait à son père. « Si tu fais allusion à ce que tout le monde te fout dans le crâne depuis qu’on est fiancé… » Tâches ménagères et autres réjouissances que les diktats sociétaux prêtent aux femmes. « Je pensais avoir été clair. Il existe un service pour chaque chose que tu ne sais pas faire et que je n’ai pas envie que tu fasses. Si j’avais voulu une fée du logis, si c’était le plus important, je serais déjà marié... » Ce genre de spécimen court les rues. Souvent, ce sont les mêmes qui chantent haut et clair qu’elles ne seront jamais à la botte d’un « négrier » des temps modernes. « Et si tu essayais de ne pas penser ? » proposa-t-il ensuite le plus sérieusement du monde. « Ça ne t’apportera rien à part nourrir tes craintes. J’en ai moi aussi. Je ne sais pas ce que c’est d’être lié à quelqu’un de façon définitive. Je n’ai jamais vécu qu’avec moi et moi seul. Je suis bourré de tocs. Je suis jaloux possessif et je n’ai aucune idée d’où se situe mes propres limites. Mais j’évite d’y penser, tout simplement parce qu’il n’y a pas de réponses toutes faites. Ça doit se vivre et c’est tout. C’est comme ça. Et je présume que ça s’applique aussi à toi, peu importe ce qui te tracasse le plus. » Et, en l’occurrence, la vie à deux était le cadet de ses soucis. Elle se tracassait surtout des conséquences du mariage : le sexe et son implication personnelle et affective. « Si ça peut te rassurer, ça me fout la pression à moi aussi. » admit-il en lui adressant un sourire témoignant de sa sincérité. Il n’était ni complaisant ni condescendant, juste prévenant et charmant. « Si je me loupe, c’est toute ma vie sexuelle que je fous en l’air et aucun homme normalement constitué n’a envie de se condamner à l’abstinence éternelle. On est dans le même bateau, Jez. Quand je te dis de prendre ton temps, je ne le dis pas seulement pour toi, mais pour moi aussi. » Il saisit sa main, la serra un peu plus fort et l’embrassa tendrement. Il n’était pas question qu’elle se mette martel en tête où elle n’arriverait jamais à se défaire de ses angoisses. Elle lui avoua une fois qu’il l’intimidait. Il n’était dès lors pas envisageable que ça persiste sur le long terme où la catastrophe qu’elle présumait les rattraperait sans qu’ils n’aient eu le temps de l’empêcher.



***


Comme il ne souhaitait pas la mettre mal à l’aise outre mesure, Gaby s’employa à ne jamais plus la toucher déraisonnablement. Ses mains, elles s’étaient trouvé une place confortable dans le fond de ses poches. Ses baisers, ils étaient plus timides que le dernier, à Chicago, quand elle le remercia trop passionnément à son goût. Ce n’était pas des plus évident, mais il essayait vraiment de s’y tenir pour leur bien à tous les deux. Malheureusement, Jezabel ne l’entendait pas vraiment de cette oreille. Elle était de plus en plus cavalière. Son corps lui réclamait parfois plus d’attention qu’il n’était prêt à lui offrir de peur de la forcer. Lutter lui était de plus en plus pénible et, à ce rythme-là, il ne doutait plus que ces belles promesses seraient bientôt si fugaces que l’air ou l’eau. C’était, finalement, le seul bon côté à l’ambiance délétère au Salvador. En sachant leur famille respective sous le même toit, leur chambre séparée par un étage, garder les mains le long de son corps serait plus facile. Bien sûr, il ne l’ignorait jamais. Il était toujours aussi attentif et il ne ratait jamais l’occasion de lui rappeler qu’elle était spéciale à ses yeux, lui adressant des sourires uniques ou riant de bon cœur à ses blagues. Il jouissait simplement du loisir de cloisonner son désir en évitant de se mettre dans des situations où l’envie de la toucher se muait en besoin irrépressible. Pour s’assurer que rien ne déraperait ce soir où une Jezabel éméchée le rejoignit, il aurait presque juré que Mona était irrésistible, mais il n’avait ni le cœur ni les compétences efficaces pour la baratiner. « Vulgaire. Aguicheuse. Trop grande. Trop ronde. Mais, elle est sympa quand elle se tait et qu’elle est loin de moi. Surtout quand elle est loin de moi. » plaisanta-t-il, bienheureux d’être à nouveau capable de prononcer une phrase cohérente sans buter sur chaque mot. Il fallait lui reconnaître qu’elle savait le détendre, même dans les pires moments, y compris quand il était question de son seul et unique sujet de conversation récurrent : la nuit de noces. Soucieux de ne pas lui mentir, il démentit les allégations feulées par une Lyla comblée par son mari et ne put s’empêcher de rire à gorge déployée à la remarque de sa fiancée plus curieuse que jamais. « Non ! N’exagère pas… ce sera plutôt comme un épisode de…SOA ? Sanglant et violent. » Son hilarité décupla et, comme elle ne la partageait pas, il revient à plus de gravité, estimant  sa blague de mauvais goût. « Je plaisante. Ce sera comme la fin du pilot d’une série. Tu ne sais pas si tu as aimé, mais tu es curieux de voir le prochain épisode. » ajouta-t-il non sans l’avoir interrogée sur son regain d’inquiétude. Ses sœurs, évidemment. Il ne lui fallut pas moins de cinq minutes pour conclure qu’elles n’étaient qu’une paire de vipères. Moins encore pour réaliser qu’il n’obtiendrait aucune réponse probante. Non ! Elle préférait le défier plutôt qu’analyser ce qu’elle ressentait. Bonne chose finalement. Tout serait beaucoup plus facile désormais. Plus encore une fois qu’Ettore Gambino sera sorti du décor. C’était l'ultime personne sur laquelle il avait envie de s’épancher. Alors, il rattrapa le wagon des plaisanteries stupides et du défi. Elle n’était pas la dernière à en lancer. Il y répliquait toujours avec plaisir et l’inverse n’était que trop vrai.




***

« Je n’ai pas envie que tu te maries » avoua la Cinzia qui, après avoir abandonné Jez avec ses sœurs, histoire d’éviter l’incident diplomatique, vint vérifier que son jumeau était serein. Nul doute qu’elle était maladroite, mais ça eut le mérite de ranimer le futur marié qui haussa les sourcils. « Pas avant moi. C’est ce que je voulais dire. J’aurais trouvé ça plus juste. Mais, ce n’est pas le sujet. Comment tu vas, toi ? » Un coup d’œil pour ses mains tremblantes pendant qu’il rajustait sa lavandière l’inquiéta assez pour qu’elle l’observe plus attentivement et repère de la peur au fond de ses prunelles caramel. « Jez ? » demanda-t-elle en prenant le relais, s’appliquant à rendre honneur à son allure. Lui, il hocha négativement de la tête. « Papa ? Si c’est lui, ignore-le. Fais comme s’il n’était pas là. » « Et si je n’arrivais pas à dire oui ? » « Ce n’est qu’un mot. Une syllabe. Tout le monde croira que c’est l’émotion. » Il grimaça et enchaîna sur la nature même du problème : les vœux. « Gaby ! N’y pense pas. Ça ne sert à rien à part provoquer ce que tu redoutes. Tu sais, si je n’adorais pas Jezabel, je serais jalouse de ce qu’elle arrive à faire avec toi. Tu as l’air à l’aise avec elle. Alors, concentre-toi sur elle, comme si vous n’étiez que tous les deux. » C’était vraisemblablement un excellent conseil, si bien qu’à l’heure d’embrasser son front et de clôturer cette conversation par une étreinte fraternelle, il avait l'impression d'être aussi fort qu’un lion. Imperturbable. Confiant. Il s’avança dans l’allée d’honneur avec décontraction jusqu’à ce qu’Ettore, intransigeant, lui chuchota à l’oreille de ne pas le décevoir. Il n’en fallut pas beaucoup plus pour qu’il se sente envahi par une émotion incontrôlable compte tenu de toutes ces paires d’yeux curieuses braquées sur lui. Il en avait des sueurs froides. Il chercha à recouvrer sa contenance alors que la mariée, radieuse malgré son teint blême, cheminait dans sa direction au bras de Rafael. Elle capta toute l’attention de l’assemblée. Il soupira, souffla, desserra le ridicule artifice autour de son cou qui le distinguait des invités en costume-cravate. Lucky, fort de son insouciance, lui asséna une grande claque dans le dos, lui jurant que c’était un sacré veinard, que la femme choisie pour lui était magnifique, mais s’il l’entendit, il l’écouta à peine. Il ne perçut pas davantage les premiers mots de la cérémonie. Son sourire pour sa future épouse était crispé et il le fut bien plus encore quand on lui donna enfin la parole. Il ouvrit la bouche une première fois sans qu’aucun son n’en sorte. Il réitéra vainement l’expérience. Des chuchotements parmi les convives – et ils n’étaient pas nombreux – étouffèrent la voix du prêtre qui le rappela Gaby à l’ordre. Il lui jeta un regard rempli de détresse, le même qu’il opposa à une Jezabel qui se douta rapidement de ce qui se jouait sous ses yeux. Sa faiblesse en partie révélée au grand jour, il ne rêvait plus que d’un trou pour y enterrer sans honte. Mieux. Prendre la fuite, sauf qu’il insulterait sa famille et ses associés. Ce n’était pas une option, mais il n’en trouvait aucune autre alors que ses jambes le lâcheraient bientôt si quelqu’un ne lui venait pas en aide.  




 





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Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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MessageMar 6 Sep - 19:58

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido



Les gens se fichaient de savoir quels étaient ses objectifs depuis toujours, la personne qu’elle était et la personnalité qu’elle se construisit au fil de ses périples dans les rues chaudes de San Salvador. On exigeait d’elle qu’elle devienne ce pour quoi elle n’avait pas été formée, on s’attendait à ce qu’elle comprenne ce qui fallait parfois des années à intégrer pour certaines et qui prenait toute une vie pour d’autres. On s’attendait à ce qu’elle sache quoi faire et comment, parce que ces abrutis façonnés par la patriarchie croyaient que c’était inné chez toutes les femmes, le mariage, les enfants et le reste. Pourquoi ne le serait-ce pas ? Celles qui affirmaient le contraire mentaient ou étaient porteuses d’une tare pour laquelle elle devait à tout prix être soignées. Au milieu de tout ça, la gamine était complètement perdue et chaque fois qu’elle se construisait quelques points de repère, on faisait tout voler en éclats de quelques réflexions auxquelles elle n’avait pas pensé et qui lui donnaient l’impression d’être indécrottable. Était-elle un cas désespéré ? Sans doute pas, Gabriele affirmait avoir également son lot d’inquiétudes et de défauts et n’hésita pas à lui assurer qu’il ne voulait pas qu’elle s’occupe de tout ce dont on voulait lui attribuer parce qu’elle était née avec un vagin. Ca n’avait pas de sens, c’était un mariage arrangé et pourtant, tout le monde s’évertuait à leur mettre une pression monstre sur les épaules, comme si c’était le mariage de l’année, comme s’il s’agissait de celui de Manuel et Cinzia. Elle aurait pu se contenter de ses angoisses de jeune femme concernant la nuit de noces si les autres n’avaient pas décidé de faire de tout ça une affaire d’Etat. Elle ne manqua pas de noter que ça inquiétait également Gaby, pour des raisons différentes des siennes mais cette simple idée l’aida à surmonter ses craintes, au moins pour la soirée, se disant qu’elle aurait tout le temps de paniquer quand elle se retrouverait complètement nue sous le regard inquisiteur de celui qui serait devenu son mari. Mais tout ça, c’était de la théorie, si elle avait été plus honnête avec elle-même, elle aurait volontiers reconnu que les choses risquaient d’arriver beaucoup plus tôt que prévu, à cause de leurs petits jeux innocents qui tournaient toujours à des choses beaucoup moins enfantines et parce qu’en un regard, il lui rappelait qu’elle avait cessé d’être une adolescente asexuée et désintéressée par la question. Un putain de regard ! Au fond, le plus inquiétant ce n’était pas les autres et leur volonté de la transformer en épouse parfaite, leur volonté de faire ressortir la bobonne qui sommeillait en elle mais bien ce que monsieur était capable de faire d’elle en peu de mots et en quelques gestes. Elle ne se laissait dicter sa conduite par personne et voilà que les choses changeaient et qu’elle se retrouvait face à une situation qu’elle ne savait gérer. Pour le moment et parce que le déni lui allait bien au teint, elle gardait le cap, ne gérant pas trop mal, mais quand elle se mangerait de plein fouet ce qu’une petite voix se contentait de murmurer dans sa tête, cela risquait de se solder par des prises de décision drastiques.

Le défi ! Le meilleur moyen de la faire réagir sans qu’elle ne se laisse gagner par l’inquiétude. Elle était sereine ou presque, complètement nue et sous le feu de son regard alors que le sien accrochait les détails bourrés de perfection de celui qu’on avait choisi pour elle. Si elle avait pris la peine de penser, ça lui aurait mis une putain de pression parce que de son côté, elle était loin d’être parfaite. Maigrichonne et couverte de cicatrices et de tatouages, elle manquait de formes pour qu’on puisse réellement penser qu’elle était une femme. Elle faisait pâle figure à côté de ses sœurs mais ça lui allait très bien, qui avait besoin d’un gros cul pour sauver sa peau en courant ? C’était encombrant et lourd, pas vrai ? Mais elle aurait eu de quoi le faire rêver, bien qu’il ne lui donna pas l’impression de détester ce qu’il voyait, bien au contraire. Son corps ne mentait pas ! La suite fut un enchaînement de moments et de points culminants entrecoupés de tendresse, de plaisir et d’une très grande proximité, autant de choses avec lesquelles elle n’était pas à l’aise, probablement parce que ça la contraignait à lever le pied complètement et ça, elle n’en était pas capable. Depuis si longtemps, elle faisait en sorte de tout faire pour rester en vie et baisser sa garde c’était la mort assurée ou bien la porte ouverte aux trahisons ou aux blessures, il était difficile de revenir sur un mode de vie aussi bien ancré. S’attacher, c’était souffrir et elle n’avait pas la force de supporter la moindre once de souffrance psychologique. Des coups, des brimades ou des blessures par balles, elle pouvait supporter mais si on touchait la corde des sentiments, cela devenait dramatique. Bien plus que de se donner pour la première fois et d’être à la hauteur de leur vie maritale, elle avait peur de lui offrir une chance de la blesser. Elle ne voulait pas être une de ces filles au regard vide, elle se l’était promis. Tout ça vola en éclats à la première vague de chaleur qu’il fit naître et elle devait bien admettre qu’à défaut de vraiment profiter de l’instant, elle apprécia de voir ses traits changer, se transformer à mesure qu’il était submergé par le plaisir qu’elle semblait lui procurer, de façon détournée mais malgré tout, ça venait d’elle. C’était comme avoir la bonne clé pour la bonne porte. Il ne s’agissait pas d’une porte qui s’ouvrait à tout va, une vulgaire porte en bois bon marché mais une magnifique, sculptée à la main et en chêne massif, une pour laquelle il y avait une clé spéciale, une et une seule. C’était ce qu’elle ressentait, elle avait l’impression d’être spéciale, pour ne pas dire extraordinaire. C’était la première fois qu’elle ressentait une chose pareille, la première fois que quelqu’un d’autre lui donnait cette impression d’être hors du commun et bien à sa place. Malgré ses plaisanteries, elle eut du mal à supporter ce débordement d’émotions et s’isola pour une douche. Elle était loin de s’imaginer qu’elle lui avait opposé cette image d’une fille insensible et un peu blasée. Si seulement il avait pu entrevoir ce qui l’agitait… Si seulement !

Tout ça retomba comme un soufflé quand il ne sembla réceptif ni à ses marques d’esprit, ni à ses baisers. Se pouvait-il qu’elle ait la forme et l’air d’être la bonne clé sans l’être ? Elle l’observa, interdite, ne comprenant pas ce qui se jouait là et trop ivre pour être à même de réfléchir à la question. « Moi, ça m’avait l’air hyper spontané, parce que si j’avais prévu de finir à poil, j’aurais sans doute pris la peine de me raser ! » lança-t-elle, hilare pour accrocher un sourire sur les traits du sicilien, elle n’aimait pas l’expression qui flottait sur son visage. « Tu ne m’as pas forcé la main, t’as pas idée comme c’est difficile de m’obliger à faire quelque chose dont je n’ai pas envie ! Et je trouve que cette voiture est très bien ! Si ça me posait un problème, j’aurais refusé. » expliqua-t-elle en haussant les épaules, espérant désamorcer la situation. Le but n’était pas de le mettre mal à l’aise, seulement de profiter de la soirée jusqu’au bout. Il n’était pas dit qu’ils auraient la chance d’en passer une nouvelle de la même manière ! Un moment gênant ? Elle se repassa le film dans sa tête et ne se souvint pas de ce qu’elle avait pu faire pour qu’il pense qu’elle était gênée. « J’ai fait ça ? Mais j’ai fait quoi ? » Il lui mima en expliquant et elle ouvrit grand la bouche, comprenant mieux le pourquoi du comment ! Merde ! « Non, c’était pas gênant, je veux dire, je suis mal à l’aise avec ce qui se passe en moi parce que je ne maîtrise rien, tu vois ? C’est la première fois que ça m’arrive, j’ai toujours du contrôle sur tout, TOUT ! Et toi, tu débarques, tu fais ton truc et putain… » Elle fit un geste de la main qui évoquait une explosion. « C’est un ouragan, je ne sais pas ce que je dois faire, ne pas faire, comment. Alors j’essaie de serrer les dents et de me cacher. Je suppose que c’est pas ce qu’il faut faire ?! » Elle se passa une main derrière la tête, geste très masculin qui rappelait la garçonne qu’elle était à son bon souvenir. Bourrée comme elle était, elle n’aurait pas de soucis à se laisser aller à ce qu’elle craignait de laisser échapper par mégarde dans la chambre de Gaby. Il était toujours aussi mal, se sentant coupable des circonstances de sa première fois et elle le trouvait encore plus attirant et désirable. Les bougies et la musique romantique, ce n’était pas son délire, elle préférait leur première fois, c’était amusant et inattendu, ça leur ressemblait. « Non, je me dis que t’es vraiment trop mignon de t’inquiéter mais ça va, je te promets ! Et c’est vrai, tu me trouves belle, tu ne dis pas ça parce que t’es bourré et que du coup t’as pas vu comment elles étaient toutes belles à tomber dans leur robe ? On devrait y retourner et faire un classement et… »


***


Ils tentèrent de regrimper pour atteindre la chambre qu’occupait le sicilien mais avec autant d’alcool dans le sang, c’était mission impossible. Cela fit beaucoup rire Jezabel qui s’étala au sol, secouée par des éclats de rire bruyants qu’elle n’arrivait plus à réprimer alors que son comparse tentait de la calmer et de la faire taire en ricanant comme un gamin. Ils avaient la discrétion d’un troupeau d’éléphants. « On ne pourra jamais monter par-là, je suis trop torchée, on va aller dans ma chambre ! » Il protesta mais elle le fit taire, en l’enlaçant. « Allez, tu ne veux pas tester mon lit ? Personne ne nous entendra… Et personne ne saura rien, je te réveillerai avant tout le monde pour que tu ailles dormir dans la tienne ! Je ne veux pas dormir toute seule, s’il-te-plaît ! » Heureusement que Lyla et Luciano n’avait pas terminé leur petite séance, le boucan des futurs mariés passa presque inaperçu jusqu’à ce que Gaby fasse l’erreur d’avaler une nouvelle fois de l’alcool. La demi-heure suivante, il la passa à vomir tripes et boyaux, Jez lui caressant le dos, un verre d’eau à la main. Elle lui prêta sa brosse à dents et l’aida à retourner se coucher alors qu’il se plaignait que tout tournait. « Je vais laisser la lumière allumée et ne pas dormir avant que tu t’endormes, ça va aller ! Viens, viens par-là. » Elle lui caressa le visage, déposant quelques baisers sur sa joue de temps à autres, parfois sur sa tempe, son nez ou au coin de ses lèvres, toujours avec la même douceur. Il avait l’air endormi quand elle lui murmura au creux de l’oreille. « C’était une super soirée, j’ai vraiment de la chance de t’avoir ! Je te promets que je prendrai soin de toi ! » Il se réveilla deux fois pendant la nuit pour vomir et elle l’accompagna à chaque fois, le faisant boire de l’eau et lui donna une aspirine pour limiter la gueule de bois du lendemain pour venir se coller à lui dès qu’ils reprenaient leur place dans le lit. Vers neuf heures, la porte s’ouvrit à la volée, causant un courant d’air qui réveilla la jeune femme en sursaut, elle n’aurait pas apprécié que son père la trouve à poil dans son lit mais elle se rappela qu’il n’avait jamais pris la peine de se déplacer jusqu’à elle, il la convoquait toujours dans son bureau. Elle se trouva nez à nez avec la mine choquée de Mona dont le regard accrochait le corps dévoilé de Gaby. Machinalement, Jez le cacha de la couverture et fit un geste à sa sœur. « J’arrive, sors ! » « Quel gâchis ! Offrir tout ça à une débutante qui aurait presque pu se faire pousser une queue si on l’avait laissé faire ! » marmonna-t-elle en sortant, mettant sa petite sœur d’une belle humeur pour commencer la journée. Elle fila à la douche pour tenter de se réveiller et réapparut pour trouver son futur mari agonisant. « Faut prendre encore de l’aspirine et je vais t’amener une mixture, faudra tout boire d’un coup, ok ? Sans la sentir ou quoi ! Puis tu pourras manger un peu de fruits et boire de l’eau ! Je dois aller avec mes sœurs pour ma robe ! Mais je peux annuler pour rester avec toi ! T’as qu’à rester dans ma chambre, on s’en tape ! Est-ce qu’ils nous ont demandé notre avis pour quoi que ce soit de toute façon ?! » Elle aurait d’ailleurs adoré qu’il dorme avec elle toutes les autres nuits mais il ne voulait pas froisser Ettore ou Rafael et décida de réinvestir sa chambre et à mesure que la cérémonie approchait, il avait l’air nerveux et elle redoublait d’imagination pour le faire rire et le distraire. Cela lui permettait d’oublier sa propre nervosité et ses propres inquiétudes.

Porter une robe devant autant de gens qu’elle connaissait la mettait mal à l’aise et elle aurait aimé que les choses soient accélérées, éviter les formalités pour une union qu’on avait décidée à leur place. Ce n’était vraiment pas la peine de se montrer aussi protocolaire. Surtout que son père n’avait pas manqué de lui servir un petit discours détestable sur ce qu’elle risquait à l’humilier d’une façon ou d’une autre. Elle détesta l’air satisfait qu’elle surprit sur son visage quand il la vit débarquer, il n’y avait rien d’autre, pas de fierté, de bonheur ou de tristesse, seulement cette tête de fils de pute qui se soucie moins de sa famille que de son pognon. Mani était ému, son expression avait l’air de hurler que c’était beaucoup trop tôt pour la marier et il la prit dans ses bras quand elle passa à sa portée. Le blabla du prêtre lui passa au-dessus, elle détestait ces crétins asexués qui prétendaient pouvoir sauver l’humanité avec les paroles d’un type inventé pour soulager les âmes en peine. Elle n’écoutait pas, perdue dans ses pensées, ayant l’impression d’être un épouvantail. Elle avait même vu ses sœurs rirent alors qu’elle avançait de sa démarche masculine et sûre d’elle perchée sur ses talons, c’était une technique de défense comme une autre pour faire face à autant de stress. La mariée n’avait pas l’air d’être la seule à se sentir dépassée et quand le prêtre s’adressa à son époux et qu’il n’articula rien, elle comprit que c’était le moment des vœux, elle tourna la tête vers lui et réalisa qu’il était en difficulté. Sa paume moite glissa dans la sienne, elle avait juré de prendre soin de lui tant qu’il la laisserait faire. « Oh, désolée padre, j’étais à l’ouest ! En fait, on a décidé d’écrire des vœux communs ! » « Comment ? Mais ils doivent être… » « Ouais, et les mariages arrangés ne sont pas supposés avoir lieu, tout ça c’est dans un monde parfait ! Je suis un peu stupide, j’oublie toujours tout. Gaby les a rédigés et je devais les lire ! » Elle gloussa, fit mine de les chercher dans son corsage, sans grand succès. « Bon, je crois que je les ai oubliés mais si vous voulez un résumé, ça parlait de fidélité, de bonheur, de protection et de gaudriole ! » Le rire de Mani retentit et elle sentit une part de la tension de ses épaules s’enlever un peu alors que d’autres riaient à leur tour. « On a décidé de bien s’entendre et de faire attention l’un à l’autre, hein ouais Gaby ! » Elle lui donna un coup de coude, il hocha la tête avec un rictus ce qui devait être une tentative ratée de sourire. « Bon et sinon, passez l’étape du voulez-vous prendre pour époux, la réponse est oui, c’est pas comme si on avait le choix maintenant ! Ca va, je rigole ! » Jouer les imbéciles, faire le clown et amuser la galerie alors que son père tremblait de rage, c’était périlleux mais si ça pouvait éviter l’humiliation à Gabriele, elle acceptait bien volontiers une éventuelle raclée. « Je vous déclare maintenant… » « Super, mon moment préféré ! » ajouta-t-elle alors que tout le monde était désormais hilare. Gaby l’embrassa brièvement sur le front et elle serra sa main plus fort. Dès qu’il en eut l’occasion, il disparut, l’empêchant de lui toucher deux mots et de s’assurer qu’il allait bien. Elle mit un point d’honneur à éviter son père, ne sachant que trop bien par quoi ça se solderait, il ne lui pardonnerait pas un coup pareil mais la situation l’exigeait. Elle fouilla une partie de la villa sans parvenir à trouver Gaby, se demandant s’il avait vraiment envie qu’on le trouve et surtout elle. Peut-être que c’était finalement elle qui l’avait humilié et qu’il regrettait de se retrouver coincé pour toujours avec un spécimen pareil. Elle aurait aimé se défaire de sa robe, passer un pantalon et aller courir pour évacuer tout ce qu’elle ressentait. Pour l’heure, elle était trop inquiète pour lui pour se laisser dévorer par ce qui l’agitait mais ça finirait par arriver.

Sa discussion avec Cinzia fut salutaire et après une fouille minutieuse, elle le débusqua dans le troisième cabinet de toilette du bas. Elle n’eut pas à faire grand-chose pour forcer la serrure, c’était sa spécialité. « Ouf, t’es pas sur le trône, j’ai pas arrêté de me demander ce que je ferais si c’était le cas ! » lança-t-elle en ricanant, refermant derrière elle. « Tu te caches de moi, ça y est, t’as déjà honte de ta femme ! T’as pas honte ?! » Il n’avait pas l’air d’humeur à plaisanter mais elle ne comptait pas lui laisser le choix, il fallait couper court à cette lutte interne qu’il menait pour recouvrer la parole et qui aggravait plus le trouble qu’il ne le réglait. Elle fondit sur ses lèvres et il fut peu convaincu, il bloqua même ses mains qui tentaient de le défaire de son nœud papillon. « Gaby, je suis hyper nerveuse, mon père veut me parler pour me faire passer un sale quart d’heure, faut que je me détende et je ne connais qu’un seul moyen pour ça !  Enfin, deux, mais je me vois mal aller casser la gueule de quelqu’un en robe de mariée et je préfère l’option où t’enlèves tes vêtements. » Il la fixa un moment dans les yeux et libéra ses poignets. « Et ne me fais pas croire que tu ne prendrais pas un soupçon de détente maintenant ! J’ai mis une robe pour toi ! Si ça ne mérite pas un petit effort ! » Un rire lui échappa alors qu’elle caressait son visage avec douceur, se hissant sur la pointe des pieds pour couvrir son cou de baisers. « J’ai même acheté des sous-vêtements rien que pour toi, si tu m’aidais à enlever ma robe tu pourrais les voir ! » Il eut du mal à se mettre en route et à se laisser convaincre, il fallut quelques blagues supplémentaires et une invitation qui n’était plus une perche mais un tronc d’arbre pour qu’il cède, il avait besoin de récupérer le contrôle de la situation et de réaffirmer sa virilité et elle lui donnait l’occasion sur un plateau sans véritablement savoir ce qu’elle était en train de faire. Merci Cinzia ! « On devrait aller s’installer à table, faire semblant de rien et se barrer dès qu’on pourra ! » lâcha-t-elle en reculant le moment où elle devrait remettre sa robe. « J’aimerais éviter de me retrouver seule avec mon père, faut pas que tu t’éloignes, s’il-te-plaît ! Hé, tout va bien ! Tout ce dont ils vont tous se rappeler, c’est que j’avais l’air à la masse à notre mariage et que j’ai failli m’étaler en faisant demi-tour et en marchant sur ma robe ! T’as pas à t’en faire, de quoi que ce soit, tout va parfaitement bien et puis, je me suis dit que tu voudrais peut-être lire les vrais vœux. Ce sont ceux que j’ai écrit juste pour toi, ça ne regarde pas les autres ! » Elle ramassa un morceau de papier plié par terre et le lui tendit, il était tombé de son soutif. « T’as pas de raisons de te mettre la pression, Gaby, tu es génial comme tu es et le seul avis qui devrait compter, c’est le tien ! Ce que tu considères comme un handicap n’en est un que parce que tu le laisses le devenir, si tu le voyais comme un atout, ça changerait tout ! Mais maintenant, on dirait bien que je risque d’être dans le coin pour un moment, j’aurais le temps de te rappeler combien tu es au top ! Allez, aide-moi à fermer ma robe, laisse-moi vérifier qu’il n’y a pas de traces de notre épisode yoga acrobatique et retournons-y avant qu’on finisse par être débusqués ! »

 




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MessageLun 12 Sep - 17:10

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



Il aurait adoré que l’alcool endorme son cerveau un peu plus profondément et plus longtemps que celui nécessaire à formuler une proposition indécente. Jez avait répondu positivement et avec enthousiasme de surcroît. Il n’avait aucune raison valable de se prendre la tête si elle n’émettait pas d’objections à s’encanailler dans une voiture, mais l’homme saoul considérait qu’il dépensait son énergie à tort, une énergie qu’il serait bon d'épargner pour l’utiliser à meilleur escient. L’autre, celui qui luttait vaillamment contre les effets de la Tequila pour garder le contrôle, estimait cruellement pour son instinct qu’elle méritait mieux que la première fois qu’il lui avait offerte. Certes, il ne s'était pas précipité. Il avait veillé à se montrer doux, tendre et attentif. Il n’empêche qu’il n’arrivait pas à se défaire de cette impression qu’il profita de la pression que qui pesait sur ses épaules à cause de ses soeurs afin d’obtenir d’elle ce qu’il attendait. N’était-il pas plus patient habituellement ? Ne s’était-il pas promis qu’il lui accorderait tout l’espace dont elle avait besoin, histoire qu’elle apprivoise ses émotions nouvelles ? il avait fait preuve de faiblesse en lui lançant défi, jouant le type persuadé qu’elle se dégonflerait comme un ballon de baudruche. Comme si c’était son genre ! Ils avaient s’être rencontré hier, il avait déjà eu l’opportunité de constater qu’elle portait sa fierté en étendard et qu’elle ne supportait pas qu’on la sous-estime d’une quelconque manière. En ça, il s’était montré plutôt fin. Il aurait pu être satisfait de lui s’il n’était pas question de l’épouser dans les jours à venir. Qu’adviendrait-il d’eux s’il se permettait de la manipuler pour assouvir ses propres désirs au souvenir de ses formes qu’elle dissimulait peu souvent ? Il se sentait dégueulasse, plus encore maintenant qu’elle décrivait les récents événements comme « spontanés ». Quelle candeur ! Elle le culpabilisait tant qu’il ne sut réprimer cette envie de se justifier, parlant trop, avec une aisance peu coutumière.

A un moment différent, il n’aurait pas délivré le quart de ces explications. Il serait revenu sur son invitation sans autre forme de procès, s’excusant à demi-mot et insistant pour rentrer. Pas cette fois et il devait reconnaître qu’il y avait du bon à se montrer plus ouvert par rapport à ses principes. Tout comme il était agréable de rire à ses plaisanteries qui avaient le don de le détendre. Il lui sourit, cherchant d’autres arguments à lui opposer pour ne pas réitérer ce qu’elle vivrait comme une erreur, plus tard, quand elle ne serait plus totalement ivre, quoiqu’elle l’était bien moins que lui qui expérimentait sa première cuite. Sans doute convenait-il qu’il se fie à elle et à ce qu’elle en pensait. Peut-être qu’il serait également judicieux de lui confier ce qui motiva en partie toutes ces questions inutiles qui pourrissaient la soirée. Il fit de son mieux pour se montrer le plus clair possible et elle s’en défendit comme une professionnelle. Elle parvint même à le flatter, ce qui contribua certainement à ce qu’il néglige ce qui le mettait lui-même mal à l’aise dans cette pudeur somme toute normale. Comment avait-il pu l’oublier ? Et à quel moment était-il devenu si vieux ? Aussi chiant ? Il se rappelait son père et il chassa bien vite cette comparaison horripilante de son esprit, avant qu’elle ne gâche tout. Jez, sans rien faire de plus qu’être là, devant lui, les joues rosies et les pupilles envieuses l’y aida d’ailleurs. Il la trouvait tellement belle qu’il ne se contenta pas de le penser cette voix. « Si, je te dis ça à cause de l’alcool, mais parce que la Tequila m’a rendu aveugle, mais parce que c’est fou comme il y a des vérités qui sont plus faciles à dire quand on a picolé. » constata-t-il à voix haute, se demandant s’il n’aurait pas mieux fait de se taire. Se taire. Oui. C’était la meilleure chose à faire, après avoir récupéré son dû, cédant aux arguments de sa fiancée, curieuse de lever le voile sur les joies de l’amour charnel. Il leur faudrait une panoplie d’autres essais pour rendre honneur aux dernières délices gratuites de cette fichue planète. Alors, autant ne pas se stopper en si bon chemin et entreprendre cet apprentissage dont il serait tantôt élève tantôt professeur. Découvrir ce qui enchanterait sa future épouse nécessitera qu’il écoute comme un écolier attentif et qu’il se montre des plus pédagogues. Elle aurait également à lui faire confiance pour que la première saison de leur série en production remporte autant de succès que celle de Lucky et Lyla. Aussi, jugea-t-il adéquat de ne plus réfléchir une seconde et d’arracher quelques plumes des ailes immaculées de l’ange qu’on choisit pour lui. Il l’entraîna dans la voiture séance tenante.





La fierté, elle serait un fléau à bien des égards dans différents pans de leur quotidien. Il n’en doutait pas, il espérait simplement qu’elle ne lui crierait pas des insanités à l’oreille le jour de son mariage. Il en détestait déjà la forme, non pas par la faute de la discrétion de cette cérémonie – ça lui convenait plutôt bien – mais parce qu’il l’avait été uniquement à cause de la précipitation. C’était une union « à l’arrache » qui lui laissait un goût amer. À peine s’il comprenait l’obstination de son père à alourdir ses épaules comme il l’avait fait, abîmant l’échange des vœux, seule chose qui aurait pu contredire le jugement du peu de gens assis sur des chaises en plastique décorées de fleurs colorées, pour donner l’illusion aux quelques invités extérieurs aux familles qu’ils assistaient à une fête, mais qui n’était qu’un leurre. Personne ne sautait de joie ni ne sembla heureux ou ému pour eux, si ce n’était Mani et son regard empli de désarroi, la Cinzia qui ne cacha pas qu’elle trouvait la situation injuste ou Lyla, trop sensible, la grossesse aidant. Avec ou sans noblesse, ça ne changea cependant rien à ce qui arriva par la suite. L’inaptitude de Gabriele à ouvrir la bouche efficacement gâchait ce qu’il envisageait comme un pied de nez envers les marionnettistes qui leur servaient de papa, le priva de la satisfaction de les détromper sur la nature de sa relation avec Jezabel. Ils avaient construit quelque chose de sain et de beau en partant de peu de choses, une décision somme toute arbitraire dont la seule motivation était les affaires à perpétuer ou à faire évoluer. Ils avaient de quoi être fier d’eux. L’ébauche de ce que pourrait devenir leur vie de couple était prometteuse. Il aurait donné n’importe quoi pour que chacun l’entende de lui. Au lieu de ça, cette partie normalement obligatoire qu’étaient les vœux et qui, en d’autres temps, arracheraient des larmes aux plus sensibles, se transforma en farce. Un véritable fiasco. Paralysé par le trac et par le poids des prunelles inquisitrices de son père réduit le Sicilien au silence le plus complet. De son assurance, il ne demeurait plus qu’une panique grandissante.

En jetant un regard circulaire sur les spectateurs, il constata que les uns nageaient dans l’incompréhension alors que d’autres étaient hilares suite au petit numéro de son épouse. Elle se tournait en ridicule dans le seul but de préserver son secret qui n’en était pas totalement un cependant. Elle sacrifiait sa vanité, risquait de blesser ses proches et leurs impératifs. Une vague de reconnaissance prit doucement le pas sur le reste. Assez pour lui rendre l’usage de la parole ? Il ne rêvait que d’être une taupe pour creuser un trou grâce auquel il échapperait aux œillades curieuses ou désapprobatrices, au choix. Prononcer distinctement la sacro-sainte syllabe était insurmontable. Il ignorait par quel miracle il y parvint et remercia le Ciel sans ingratitude qu’on n’exige pas de lui qu’il la répète. Qu’en avait-il à foutre ? Il embrassa sa femme pieusement, sans effusion de tendresse, se contentant uniquement d’un baiser sur le front. D’aucuns ne s’en offusquèrent. N’était-ce pas la preuve que ce mariage représentait aux regards de tous une formalité ? Une union qui ne comptait pas puisque dénuée de sentiment. Rafaël et Ettore paraissaient plus soulagés que transportés de bonheur, comme si cette fois, plus rien ne pourrait entacher leur folie des grandeurs, comme s’ils avaient redouté que les protagonistes ne commettent une erreur irréparable qui aurait mis en question leur association et, plus allant encore, l’autre du même nom à célébrer dans le mois à venir. Il en avait le tournis et dégoûté tant par son comportement que par celui des maigres invités de cette noce, il abandonna lâchement son épouse, qui avait cependant tant fait pour lui aujourd’hui, afin de se terrer dans un endroit où nul n’oserait venir le chercher : les toilettes.

Pour être tout à fait franc, il n’aurait su dire s’il était heureux ou non que la Salvadorienne l’ait débusqué dans sa tanière improvisée. Les émois qui l’animaient étaient innommables. C’était un mélange de tristesse, de peur, de colère et de frustration. Pourtant, à sa première blague de faibles altitudes, il ne put réprimer un semblant de sourire. C’était probablement plus proche de la grimace du Joker de Batman, que celle du séducteur invétéré. Rien que d’y penser, ça le paralysait. Il comprit sans essayer que parler serait impossible. Alors, il l’écouta attentivement. Il saisit sa main pour la porter à ses lèvres, qu’elle n’ait pas le moindre doute sur sa gratitude. Sans elle, aujourd’hui, son image d’homme taiseux se serait brisée en mille morceaux au pied de son paternel. Certes, elle n’était pas totalement intacte. Sa famille devina forcément de ce qui l’agita. Il aurait pitié de lui. Le plus dur d’entre eux devait bien rire de cette démonstration de faiblesse. À l’heure actuelle, il se confortait sans doute dans l’idée que son petit dernier n’était qu’un échec. Même Cinzia, qui n’était qu’une femme, avait mieux réussi. Elle était à l’aise en société. Elle s‘adaptait à tout et nageait comme un poisson, peu importe les eaux où on la plongeait. Il ne la jalousait pas, il l’enviait juste un peu. Pour lui, tout était un combat, y compris son mariage. Il posa dès lors un regard éploré sur Jez. Il était pathétique. Un jour ou l’autre, elle finirait bien par s’en rendre compte et ne se fatiguerait plus. Elle cesserait de gaspiller son temps avec le raté qu’on épinglait comme le faible de la famille et qui s’affichait dès qu’un fait lui échappe.

Il n’avait ni la force ni l’énergie pour se reprendre sans sa femme. Elle avait démontré d’un talent inné pour discipliner son verbe. Il s’en remit donc à elle, sans compromission, sans méfiance, se détestant simplement de ce qu’il l’obligeait à faire. Initier des jeux de mains dans un espace si exigu, alors qu’on entendait des pas pressés résonnés dans le couloir, c’était une épreuve pour sa pudeur.  Un sacrifice qu’il n’exigeait pas et qu’il tente de lui éviter au mépris du bien fou qu’il en retirerait. Le sexe soignait tous les maux. C’était le remède universel, la panacée. Il ne réfléchit pas davantage et prit ce qu’elle semblait prête à offrir. Ce fut un instant étonnant, hors du temps, pas tout à fait dénué de culpabilité, loin d’être empli de la tendresse des premières fois, mais assez pour rendre le moment agréable. Elle parvint à lui faire oublier ce qui le travaillait depuis qu’il s’était enfermé et regretta qu’elle le lui rappelle aussi durement. Il la maintenait toujours étroitement serrée contre lui. Se rhabiller ne lui traversait même pas l’esprit. Il profitait de cette étrange et éphémère sérénité qui coulait dans ses veines, exactement ce dont il avait besoin pour renouer avec ce qui le distinguait de l’animal : le langage.

« Ton père peut te dire qu’il n’est pas content, mais il ne peut plus te passer à savon. Ce serait détruire tout ce qu’il a voulu construire avec ce mariage. Il est ce qu’il est, mais il n’est pas stupide. De plus, je n’ai aucune envie de m’éterniser à cette…fête. »
Il manqua de laisser échapper que c’était une mascarade plus qu’un véritable mariage, mais il se retint de justesse. Il n’avait aucune envie de la blesser et il n’était pas certain de l’importance qu’elle aurait pu accorder à cette noce où elle aurait normalement dû être traitée comme une princesse. En comparaison de celle de Lyla et Lucky, il n’était nullement nécessaire d’être désagréable en pointant du doigt ce qu’elle aurait pu remarquer seule. « Attends. » la rattrapa-il alors qu’elle souhaitait se dérober, secouée par le sentiment urgent d’honorer les convives de leur présence. « Nous ne sommes plus à une minute près. » Il lui vola un baiser et lui présenta des excuses et sa gratitude… enfin. « Je sais que ce sera qu’en partie crédible. » Il était tellement obsédé par le regard des autres que prétendre qu’il s’en moquait était presque risible, mais il y avait une part de vrai. « Je suis dégoûté que ça se soit passé comme ça, que tu aies du faire ça pour me sortir de là. J’aurais voulu pouvoir te dire ce que j’avais sur le cœur. J’aurais aussi voulu qu’il y ait au moins ça de bien et de sincère dans ce mariage. C’est ça qui m’embête le plus maintenant que ma petite crise est passée. Je n’ai même pas de petits papiers à te confier en plus, tout était là. » Il désigna sa tempe d’e son index. « Peut-être qu’un jour, qui sait… » Il haussa les épaules en récupérant le bout de papier soigneusement plié qu’elle lui tendait. « En attendant, je peux quand même te dire que je t’ai trouvé magnifique dans ta robe. » Il la relâcha à contrecœur. Affronter la réalité ne l’enchantait pas réellement. Pourtant, il enfila sa chemise, la reboutonnant et l’écoutant attentivement chanter ses louanges. Elle ne paraissait pas heurtée par les conditions de son mariage. Ça ne durerait pas. Il en était sûr, mais il se contenta de se nourrir de ses certitudes pour l’instant. Elles le rassuraient et tandis qu’il l’aidait à fermer le plus bel apparat qu’il la vit porter jusqu’à ce jour, il déposa un baiser sur sa peau nue et la tourna vers lui pour planter son regard dans le sien. « Hormis ma sœur, personne n’avait jamais rien fait de pareil pour moi. Je te remercie, Jez. Je ne l’oublierai pas… »


***


Leur relation avait démarré sur des chapeaux de roue et le mariage, au départ, n’étiola en rien cette harmonie qui étonnait les témoins et qui les caractérisait. D’aucuns ne les entendaient réellement là. Nombreux pensaient en silence qu’ils se déchireraient au terme des premières semaines. C’était comme une règle pour les couples formés de toutes pièces, une réalité indiscutable dans le meilleur des cas. Il détrompait les défaitistes cependant. Trois mois de vie commune, pas de lune de miel et ils s’amusaient toujours autant ensemble. Gaby sortait sa femme aussi souvent que possible. Il oeuvrait pour lui faciliter l'existence, sans rien demander en retour, si ce n’est respecter son rang, ne pas se mettre en danger et accepter d’être entouré par des gardes du corps et de se faire conduire où elle le souhaitait. Au départ, elle ne semblait s’offusquer de rien et il finit par considérer qu’il n’était plus utile de l’empêcher de s’épanouir. Un dans New York était proscrit – elle ne maîtrisait pas assez bien la langue – à moins qu’elle ne bosse dans le Bronx où l’espagnol était répandu, ce qu’il se refusait obstinément. Mais, le blog ? C'était une bonne alternative. La Cinzia trépignait à l’idée qu’elle la rejoigne sur ce projet. Alors, un soir, tandis qu’il se préparait pour l’emmener choisir son cadeau de mariage dans le refuge tenu par le père de sa belle-sœur, il entama avec elle ce qui serait sans doute la conversation la plus complexe qui soit. Il avait pu lui parler de ce que serait leur vie ensemble sans trop de difficulté – du moins, le pensait-il avant que tout ne dégénère – mais lui proposer de faire quelque chose de ses neurones, c’était comme mettre la charrue avant les bœufs. Il était convaincu que ça créerait des problèmes, mais il ne pouvait pas l’enfermer dans un donjon comme une princesse de conte. « Tu savais que ma sœur avait envie d’ouvrir un blog journalistique ? Ton frère a l’air d’accord, d’ailleurs. Je n’ai pas exactement compris en quoi ça consistait exactement, elle a parlé beaucoup trop vite, mais ça a l’air de lui tenir à cœur. » se lança-t-il pour prendre la température. « C’est bien, qu’elle ait un truc qui l’emballe comme ça. Elle en parle comme si elle avait gagné au loto. Du coup, je me suis demandé si tu n’avais pas un truc qui te botterait toi aussi. Quelque chose que tu aurais envie de faire… »

Il n’eut pas le temps d’entendre sa réponse que son téléphone vibra dans sa poche. Il jeta un coup d’œil à l’écran par curiosité, se promettant qu’il ne décrocherait pas maintenant, que ce serait se tirer une balle dans le pied. Sauf que c’était son père et que personne n’ignorait sciemment Ettore Gambino. « Excuse-moi. » opposa-t-il en s’isolant dans la cuisine pour s’entretenir avec son paternel sans être déconcentré par les courbes de sa femme qui s’habillait. Dix bonnes minutes s’écoulèrent. Il était convaincu qu’il la trouverait dans le salon, prête à partir, enthousiasmée à l’idée d’exposer ses envies et ses besoins ou de connaître la destination qu’il avait choisie pour cet après-midi-là. Elle n’y était pas. Il pouvait en revanche entendre son rire s’échapper depuis leur chambre à coucher. À qui parlait-elle exactement ? Qui l’amusait à ce point ? Gaby, habité d’un mauvais pressentiment, s’approcha à tâtons et la découvrit en sous-vêtement concentrée sur l'écran de son ordinateur. Elle employait sa langue maternelle, ce qui présumait qu’elle était en grand débat avec une amie du Salvador, mais en prêtant l’oreille, le grave d’un ténor lui hérissa le poil. Était-il en train de rêver ? Elle se pavanait en petite tenue devant témoin ? Devant un type qui en avait peut-être toujours pincé pour elle ? Ce n’était pas la première fois qu’elle lui donnait l’impression de le prendre pour un con. Sur l’heure, elle dépassait tout bonnement les limites de l’entendement. Furax, tandis qu’elle l’interpellait comme si la scène était tout à fait normale, il ramassa le portable sur la commode, ouvrit la fenêtre et y balança le cadeau de son frère sans le moindre scrupule.


***



Après cet épisode, leur histoire ne fit que s’éroder. Jez était de plus en plus distante. Elle brillait davantage par sa froideur que par son humour. Leur vie sexuelle ressemblait au désert du Sahara. Leurs échanges étaient creux et sans intérêt. Il n’était plus question de travail. Plus question de lui faire confiance. Elle accumulait les erreurs et il se demandait  ce qui le retenait de ne pas épancher sa peine dans les bras de cette putain qui, à défaut d’être noble et vertueuse, savait lui donner l’impression qu’il était unique et qu’elle avait besoin de lui. Elle réussissait où sa conjointe échouait à chaque fois qu’elle luttait pour faire valoir sa liberté au mépris de ce qu’il en pensait, de ce qu’il désirait ou de ce qu’il exigeait. Un jour ou l’autre, il se battrait autrement que dans le silence ou dans les cris. Viendrait une heure où, submergé par la colère, il lui en collerait une. Il la chargerait de toute sa frustration et toute sa rage. Au lieu de ça, alors qu’il ne lui avait toujours pas offert son cadeau de mariage, furieux à cause de l’épisode strip-tease par Cam interposée, il se défendait de l’indifférence de son épouse en essayant encore d’attirer son attention. Est-ce que ça fonctionnait ? Pas le moins du monde. Elle n’était pas assez réceptive et il y mettait moins de cœur qu’au début de leur histoire. Il se démenait beaucoup moins. Il rentrait de plus en plus tard. Il n’accordait plus son emploi du temps pour aller se coucher en même temps qu’elle. Il demeurait dans son bureau à prévoir, compter et construire une étude de marché solide pour convaincre ses futurs investisseurs. Il ne lui racontait plus non plus ce qui comblait ses journées. Il filait vers le désamour et la grandiloquence des noces de Mani et de la Cinzia ne les aidèrent pas vraiment. Il s’en fit la réflexion dans les Hamptons et, au cours de la cérémonie, il posa ouvertement la question à Jezabel. « Tu aurais aimé quelque chose du genre ? » demanda-t-il simplement sans même la regarder, les yeux rivés sur la foule qui se pressait aux portes de l’Église pour tenter d’apercevoir un pan de la robe de la mariée. « Car, si c’est le cas, peut-être que tu ne t’en prends pas aux bonnes personnes… » Le plus malheureux, c’était qu’elle semblait ne jamais comprendre le moindre de ses sous-entendus alors qu’il était bien connu que c’était l’apanage des femmes. N’importe laquelle des représentantes du sexe faible aurait saisi qu’il lui adressait un message dans lequel se cachait de la détresse. Pas elle. Elle se renfermait bien sur elle-même, mais elle ne se fâchait pas. Elle n’ouvrait aucune porte pour qu’il règle leur problème comme des adultes non plus. Elle accumulait plutôt les maladresses.

Il pensa : « ce qui devait arriver arriva. » avec une amertume qui le poussa à déposer les armes le jour où il devrait définitivement faire le deuil de sa petite sœur. Il en était le premier surpris, persuadé qu’en plus d’être à l’abri des sensibleries du genre – il adorait Mani. Il n’aurait pu espérer mieux pour elle – qu’il était également plus tenace. Or, Jezabel et son indifférence quand une beauté à la voix suave s’installait à leur table pour se lancer dans un numéro de charme – leur mariage était tellement passé inaperçu qu’on les prenait pour deux célibataires formant un couple improbable pour l’occasion – qu’elle ne réagissait même pas. « Elle vient de me proposer de la rejoindre dans une salle de bain. Celle des mariés plus précisément. Elle trouverait ça terriblement excitant. » expliqua-t-il à son épouse dans l’espoir d’éveiller en elle un soupçon de jalousie alors qu’il crevait à chaque fois qu’un homme posait les yeux sur le bout de femme qui l’accompagnait. Elle se contenta de rire de l’audace, précisant que Manuel n’apprécierait que moyennement et qu’elle conseillait à cette pétasse de trouver un autre moyen d’assouvir ses fantasmes. Son frère ! Son Dieu vivant ! C’était tout ce qui l’important : son comportement à lui. Qu’on drague son mari, c’était le cadet de ses soucis. « Je suppose que oui ! Je suis ravi que ça t’amuse. » Il se leva et disparut un temps infini, toujours dans l’espoir qu’elle ressente le besoin de se montrer plus territorialiste. Rien. Rien n’y fit. Tout ce dont il écopa, une fois qu’ils jugèrent bon de se retirer, aux petites heures du matin, ce fut une prise de conscience. Oui ! Gaby était susceptible de la tromper. Oui ! C’était peut-être ce qu’il faisait depuis qu’il rentrait aussi tard. Et non, il ne la contredit pas, alors qu’il n’avait mis aucun pied de côté pour l’instant. Il aurait cependant dû deviner que la tester était certainement la plus mauvaise idée qui soit… tout simplement parce qu’il n’y avait aucune malignité en Jezabel. Aucune. Il l’avait juste oublié.




 




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Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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MessageSam 17 Sep - 11:58

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido



Pour sa santé mentale et son besoin de contrôle, elle évita soigneusement de repenser à l'épisode de la voiture. Jamais elle n'avait laissé qui que ce soit l'approcher de si près et l'investir sans résister. Elle ignorait quoi faire de ces sentiments que ça réveillait en elle et elle n'était même pas sûre de ce qu'ils étaient réellement. De la honte ? Du regret ? Un plaisir coupable ? De la crainte ? Chaque fois qu'elle pensait que ça pourrait éventuellement se reproduire, elle sentait une vague d'inquiétude la gagner. En effet, il avait eu raison sur un point, certaines choses étaient beaucoup plus simples avec de l'alcool. Elle avait peut-être moins bu quel lui mais ça restait suffisant pour la rendre plus téméraire qu'à l'accoutumée. Le fait de faire ça dans une voiture n'était que la partie émergée de l'iceberg. Au fond, ce n'était même pas le vrai problème. Tout ça la ramenait seulement à ce qu'elle l'avait laissé faire d'elle et avec elle avec une facilité déconcertante et le fait qu'ils soient bientôt mari et femme ne changeait rien, rien du tout. Bien au contraire ! Que serait-il capable de faire après ça ? Il la modèlerait à sa guise, en deux coups de cuillère à pot ? Il la manipulerait sans même se forcer et elle serait à sa botte, elle deviendrait tout ce qu'elle avait toujours fui. Elle chérissait sa liberté et son indépendance autant que sa place dans la MS parce que ça n'appartenait qu'à elle et qu'elle ne le devait qu'à son propre travail. Jezabel n'avait jamais projeté de se marier pour la simple et bonne raison que ça ne l'avait jamais intéressé de se retrouver sous une autre autorité que celle de l'organisation et donc de son père. Elle avait déjà bien assez à faire avec tout ça et elle ne comprenait pas pourquoi un homme, de par son genre et le choix de la nature avait plus de légitimité pour décider et dominer qu'une femme. Pourquoi était-ce organisé comme ça dans le mariage ? Elle ne se faisait aucune illusion, Gaby avait beau être la gentillesse incarnée, il ne laisserait pas sa place, à qui que ce soit et surtout pas à elle. Il faisait partie d'une communauté qu'elle put longuement observée durant ses semaines de vie chez les Gambino et qui lui laissait entendre que sa vie ne serait pas drôle tous les jours. Qu'elle le veuille ou non, on la réduirait à son état de femme et sa seule arme ce serait le sexe, ce qu'elle voudrait ou non durant ces moments d'intimité. C'était sacrément maigre comme compensation pour tout le reste. Sa paranoïa ne cessait de l'interroger sur les raisons de tant de gentillesse. N'essayait-il pas déjà de l'asservir d'une manière douce ? Devait-elle se concentrer sur le plaisir ressenti durant ces moments qui n'appartenaient qu'à eux ou bien sur tout ce que ça engendrerait et qui serait terrible pour elle et son avenir ? Non, elle ne pouvait imaginer qu'il lui ferait le moindre mal, il l'avait affirmé, il ne ferait rien pour la blesser ou lui couper les ailes, il voulait qu'elle se sente le mieux possible alors qu'elle n'avait pas plus choisi que lui la personne avec qui elle partagerait le reste de ses jours.

S'accrocher à cette idée lui permit de refouler toutes ses craintes. Il y avait plus urgent, comme le fait de sauver les apparences pour Gabriele à leur simulacre de mariage. Elle se fichait bien de son image, elle, elle savait ce qu'elle valait et ce qu'il y avait dans sa tête et son coeur. Les trois quarts des invités ne lui disaient que vaguement quelque chose et s'il n'y avait eu qu'elle, elle aurait expédié les choses encore plus vite et n'aurait pas fait tant de chichis. Ca semblait faire chier tout le monde de toute façon alors pourquoi faire semblant ? Non, elle ne faisait pas partie de celles qui rêvaient de leur mariage depuis toujours, non, ça n'avait jamais fait partie de ses projets et n'avait jamais été une finalité pour elle et elle se fichait de savoir qu'il était moins important que celui d'untel ou d'unetelle, tout ce qu'elle voyait c'était sa propre tranquillité après toute cette mascarade. Pour les autres, ça se justifiait pleinement, ils s'aimaient à en crever et avaient choisi du début à la fin, ce n'était pas leur cas et non, elle refusait de penser à ce qu'elle ressentait pour le sicilien, parce que ça n'avait pas de sens. Les trucs romantiques c'était bon pour les autres, pas pour elle. Qu'est-ce qu'elle pourrait bien faire avec des sentiments ? Pourquoi aurait-elle besoin de s'encombrer de ce qui ne ferait que l'affaiblir ? Elle ne serait peut-être plus dans la rue mais elle devait continuer de se protéger ou bien les conséquences seraient terribles. Elle s'obligeait à ne rien ressentir depuis si longtemps que lorsque quelque chose parvenait enfin à percer sa carapace, cela prenait des proportions énormes. Alors elle se bornait à se justifier et à s'expliquer les choses en termes simples. Elle et Gaby était désormais une petite cliqua, elle lui devait loyauté et franchise et ça l'arrangeait parce qu'elle l'appréciait. Ils se trouvaient dans une forme de partenariat qui pourrait leur servir à tous les deux. Elle était douée pour rendre tout terre à terre et surtout pour nier l'évidence. On ne passait pas du garçon manqué à la jeune femme sentimentale du jour au lendemain, et peut-être même jamais mais était-ce si grave ? « Ouais, mais j'aimerais quand même éviter de me retrouver seule avec lui, la dernière fois, il m'a collé une baffe qui a failli me faire traverser le domaine. » précisa-t-elle. Ses exemples masculins n'étaient pas très reluisants, on ne pouvait pas vraiment lui en vouloir de se méfier également du mari qu'on lui désigna. Bien sûr, tous ses doutes ne s'exprimaient jamais quand elle se trouvait en sa compagnie, bien au contraire, elle était dans le moment présent, profitant de ce qu'il lui offrait et la faisait se sentir bien et à sa place mais dès qu'elle était seule et avait le temps de cogiter, les choses devenaient moins reluisantes. «  Il n'y a pas mort d'homme, Gaby, ne t'en fais pas ! On est une équipe de choc, je te couvrais, normal quoi ! » lui assura la gamine en souriant, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, parce qu'elle n'aurait pu supporter que les gens rient de lui.

Pourquoi ? Alors qu'elle aurait sûrement craché à d'autres que l'avis du reste du monde ne comptait pas et qu'il fallait se montrer un peu plus fort que ça ! Non, ne pas penser, ne surtout pas penser maintenant ! « C'est sûrement les restes de tequila de la dernière fois ou bien parce que j'en mets si peu que t'as l'impression que ça rend super bien ! » La brunette éclata de rire, remettant en place son noeud papillon qu'elle trouvait un peu trop de travers mais il l'ajusterait sûrement après elle, c'était bien son genre. Elle piqua un fard quand il la remercia de son aide, la flattant un peu trop facilement, elle qui ne prenait jamais aucun compliment au sérieux. Elle baissa les yeux, un sourire en coin se dessinant sur ses lèvres avant de lever un peu le nez pour venir déposer un baiser sur ses lèvres. « C'est normal. » finit-elle par bredouiller, Quelques mots et elle avait retrouvé un peu de confiance en elle et en lui. Peut-être qu'elle voyait le mal partout et qu'elle dressait un tableau trop noir de ce qui arriverait.




***



Les trois premiers mois furent harmonieux et un véritable délice. Chaque fois que cette petite voix médisante lui soufflait qu'il ne tarderait pas à chercher à l'enchaîner, il faisait quelque chose de complètement inattendu qui remplissait le coeur de l'adolescente d'amour. Oh, elle se gardait bien de le définir mais ça se soldait par des élans de tendresse envers lui. Très discrète en public, un peu plus chaque fois que ses sentiments se renforçaient, dès qu'ils étaient entre les murs de leur appartement, elle ne le lâchait plus, se demandant parfois s'il ne finirait pas par être fatigué d'elle. Quand il avait un peu de temps devant lui, il lui donnait quelques leçons de conduite ou d'anglais. Elle se souvenait avoir repris la même position que lors de leur première leçon de conduite et comprit mieux le désarroi de son mari, ça les fit beaucoup rire alors qu'elle louait sa patience et son self-control. Il y avait encore des choses qu'elle ne comprenait pas, d'autres qui lui semblaient naturelles et qui pourtant étaient mal vues. Il existait une toute nouvelle logique à laquelle elle n'entendait pas grand-chose. Elle était une enfant qui apprenait tous les jours et essayait de changer des habitudes qui avaient la dent dure. Etre une femme n'était pas à la portée de tout le monde. Elle sortit ses vêtements, les posant sur le lit alors qu'elle terminait de se brosser les cheveux, cherchant un élastique pour les attacher à la hâte tandis qu'il lui parlait du blog de Cinzia. « Non mais je suppose que ce sera pas pour raconter sa vie privée, sûrement un truc en lien avec son ancien travail ! » mentit-elle alors que sa belle-soeur lui avait fait un exposé complet sur la question mais elle ne voulait pas que Gabriele s'imagine qu'elles manigançaient des choses dans son dos et donc, refuse qu'elle participe. Surtout que pour le moment, il était seulement question qu'elle s'occupe de la partie technique et de la mise en ligne. Ni plus, ni moins. Avant qu'elle n'ait pu lui parler de ses envies ou de ses projets, son téléphone sonna et il disparut. Un soupir lui échappa, elle n'aurait sans doute plus l'occasion de lui avouer qu'elle était perdue et qu'elle ne savait même pas définir ses envies et ses besoins pour le moment. Déracinée et dépaysée, il était difficile de s'y retrouver. Et au fond, elle avait l'impression de ne pas savoir faire grand-chose. L'alerte Skype retentit à ce moment-là, un vieil ami l'appelait. Elle ne réfléchit pas, elle décrocha sans se soucier de sa tenue, il l'avait vu un millier de fois comme ça, tout le monde s'en tamponnait. Elle s'installa dans la chaise qui se trouvait là et papota gaiement, prenant des nouvelles de tout le monde alors qu'il lui demandait à quoi ressemblait sa vie maintenant. Tant bien que mal, elle tenta de décrire les choses sans que ça paraisse trop déprimant mais il comprit exactement ce qu'elle tenta de dissimuler. « Ouais, t'es une femme au foyer quoi ! » « Ta gueule ! Parce que la prochaine fois que je reviens, j'te botte le cul ! » « Non mais sérieusement, Jez, t'es vraiment enfermé chez toi comme ça ? Putain, il a fallu un américain pour te faire rentrer à la maison, là où était ta place ! Tu fais la vaisselle aussi ? » Il la taquinait mais il la vexa et un flot d'injures lui échappa alors qu'il riait comme le connard qu'il était.


« Hé, Gaby, tu sais ce que ce con vient de me dire ? » lança-t-elle alors qu'elle allait les présenter mais elle n'en eut pas l'occasion. Il agrippa la machine et la balança par la fenêtre sous le regard médusé de sa femme. « MAIS T'ES MALADE ?! Pourquoi t'as fait ça ? » Elle se leva pour se précipiter vers la fenêtre et tenter de voir ce qu'il restait de son cadeau préféré mais plus grand-chose, la chute avait été vertigineuse et fatale. Une grimace de tristesse déforma ses traits alors qu'elle avait mal au coeur. C'était une des rares choses à laquelle elle tenait, une des rares qui lui restait du Salvador. « C'était un cadeau de mon frère ! J'avais tout là-dedans ! Je ne pourrais même pas récupérer le disque dur ! » balança-t-elle en enfilant ses vêtements à la hâte. « T'as vraiment des problèmes ! Balancer un ordinateur par la fenêtre, putain ! Je devrais balancer ton putain de téléphone, pour toutes les fois où il nous interrompt alors qu'on est occupés ! J'ai envie d'aller nulle part, pas avec toi ! Comment t'as pu me faire une chose pareille ?! Tu sais très bien qu'ici, y a rien à moi hormis deux ou trois choses et tu me les bousilles pour le plaisir ! » Bercée entre colère et tristesse, elle avait les yeux exorbités. Elle enfila un pull par-dessus son t-shirt et fila pour récupérer les miettes de son fidèle pc. Elle récupéra le plus gros, espérant que certaines parties auraient survécu. Une fois de retour, elle posa le tout sur la table de la cuisine et s'installa en face, n'en croyant pas ses yeux, demeurant silencieuse alors qu'elle avait l'impression qu'on l'enfermait un peu plus dans sa solitude et son quotidien sans but ni sens. Sa profonde tristesse se lisait sur ses traits. Comment un putain d'ordinateur pouvait être à l'origine d'un conflit pareil ? Il n'aurait eu qu'à lui dire clairement au lieu de devenir fou et elle aurait sans doute cherché à comprendre et à corriger le tir. Au lieu de ça, il ne rentra pas de la nuit, creusant un trou béant dans la poitrine de la gamine qui n'entendait rien à son attitude. Elle l'attendit, toute la nuit, inquiète et finissant par s'en vouloir, réalisant alors combien elle pouvait en être amoureuse. Chaque fois qu'il se rendait responsable de quelque chose ou qu'il lui imposait sa vision des choses et qu'elle tentait de lutter, elle finissait par s'excuser et par courber l'échine. Ses sentiments allaient l'asservir, si ce n'était déjà fait. Pourtant, elle voulait qu'il rentre, pour être sûr qu'il allait bien, elle se fichait de passer pour la conne de service tant qu'il revenait. Ce mariage, c'était tout ce qu'elle avait, aussi triste que ça sonnait. Il reparut aux petites heures du matin, elle l'attendait à la même place, dans la même position que lorsqu'il était parti. Il lui lança un regard si glacial qu'elle referma aussitôt la bouche. La réalité la frappa de plein fouet, il s'était lassé, il était passé à autre chose et elle devait se faire une raison. Elle n'était pas son choix, il se mettrait en quête d'autres pour se consoler et oublier le boulet qu'il avait chez lui.  Plutôt que d'aller se coucha, elle démonta les ruines de son appareil et tenta de ressusciter ce qui pouvait l'être, sans succès.


***


Elle vivait dans une attente oppressante et étouffante. C'était comme avoir un sale pressentiment et ne pas savoir quand le sort frapperait. Alors Jezabel luttait comme elle pouvait, en sortant, en essayant de s'amuser et en éteignant tous ses sentiments avec beaucoup d'alcool et de déni. Plus son coeur se gorgeait de ce qui lui faisait un mal de chien, plus elle mettait de barrières entre elle et Gaby, parce qu'elle ne voulait pas lui offrir l'opportunité de lui faire plus de mal. Il n'était pas question d'ouvrir les portes en grand et de le laisser tout gagner, elle tenait à sa dignité. Il tenta parfois de contrer la froideur ambiante avec quelques gestes tendres qui restèrent sans réponses, elle s'obligeait à ne pas réagir, le laisser revenir pour qu'il la déçoive encore plus, à quoi bon ? Il avait surtout l'air de se forcer pour les apparences. Aux yeux du monde, elle affichait un bonheur factice pour qu'il soit content et n'ait rien à lui reprocher mais maintenant qu'elle était sur le point de perdre la seule constante de sa vie à New York, elle se sentait sur le point de dégringoler d'un précipice et elle était déjà prise de vertiges. « Non, trop tape à l'oeil pour moi ! » répliqua-t-elle à sa question alors que les voeux des deux époux s'échangeaient et qu'elle essayait de comprendre avec ses maigres bases en anglais. « M'en prendre à qui ? » Comme d'habitude, il essayait de lui faire passer des messages subliminaux et elle ne comprenait strictement rien à ce qu'il essayait de lui dire. Elle attendit qu'il précise sa pensée mais il se contenta de lever les yeux au ciel, exaspéré, comme si elle était la débile du village et elle serra la mâchoire et détourna le regard, se fustigeant intérieurement que son opinion d'elle lui fasse tant de peine. Bientôt, quand le travail de conditionnement serait terminé, tout ça ne serait plus qu'un détail. Oui, qu'un putain de détail. Une fois sur place, elle bondit sur son cousin Jandro, le serrant dans ses bras et le couvrant de baisers pour lui coller du rouge à lèvres partout en éclatant de rire. « Alors, la belette, ça va ?! » « Oui et toi ? Ca fait longtemps j'ai l'impression ! » Il la chatouilla comme si c'était encore une gamine avant de passer son bras massif autour de ses épaules et de déposer un baiser sur le sommet de son crâne. L'arrivée de son frère et de Cinzia la ramena à la réalité des festivités et dès qu'elle le put, elle alla serrer son frère dans ses bras en le félicitant et en lui disant combien elle était heureuse. Elle en fit de même avec Cinzia et se retrouva à être embarquée à droite à gauche, voguant de conversation en conversation pour finir au bar après la danse avec son frère, le visage rouge écarlate. « Bonsoir ! » Elle se retrouva nez à nez avec un brun qui n'était pas de chez elle, un invité du côté de Cinzia sûrement, elle lui répondit d'un sourire. « Je peux t'inviter à danser ?! » « Je ne suis pas intéressée, j'ai tout ce qu'il me faut déjà, merci et je ne sais pas danser, dommage hein ! » répondit-elle en italien ce qu parut l'enchanter, autant que son petit accent latin. « Si tu préfères un autre genre de danse, ça peut s'arranger aussi ! » Elle lui jeta un regard un peu méprisant, haussant un sourcil. « Pour quoi faire ? Je suis mariée et pas intéressée. » « Je suis sûr que ça ne le gênera pas ! » Il tendit le bras, près à l'effleurer mais elle renversa son verre de vin sur sa chemise immaculée. « Oh... Je ne suis vraiment pas désolée ! Connard ! » A choisir, elle aurait préféré lui coller un coup de genou dans les burnes mais ça aurait fait mauvais genre.

Apparemment, elle n'était pas la seule à avoir été sollicitée et quand Gaby lui raconta sa petite mésaventure, elle se dit qu'il aurait peut-être dû la suivre, ça l'aurait au moins détendu alors qu'il avait l'air de s'attendre à une réaction épidermique qui ne vint jamais, lui mettant une pression de malade sur les épaules. Comme tous les hommes, il irait voir ailleurs, elle n'avait aucune expérience et devait autant l'amuser qu'un nouveau jouet, maintenant qu'il avait fait le tour, il préférait tout ce qu'il y avait à prendre chez les autres et pouvait-elle réellement le blâmer ? Il allait chercher ailleurs ce qu'elle n'était pas en mesure de lui offrir. C'était de bonne guerre. Elle choisit d'en rire pour éviter de lui montrer combien toute cette situation lui faisait du mal. Elle aurait aimé faire mieux qu'essayer, lui donner ce qu'il recherchait mais elle avait l'impression de se confronter à un mur à chacun de ses efforts, tant et si bien qu'elle avait cessé d'en faire, pour de bon. Néanmoins, quand il se leva, lui donnant cette impression d'avoir presque autant de peine qu'elle, elle ne put résister et le suivit. Ce n'était pas comme ça qu'on arrêtait de se soucier de quelqu'un et de son opinion ! Dans le hall de l'immense bâtisse, elle lui attrapa la main pour l'inviter doucement à lui faire face. « J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ? Gaby... Je te présente mes excuses ! » Elle ne savait pas vraiment pourquoi mais elle espérait que ça suffirait pour éteindre ce conflit ci, elle était fatiguée et tout cet amour dont son frère et Cinzia débordaient était communicatif. Elle ne voulait pas laisser la situation dans cet état. Priant pour qu'il ne la repousse pas, elle vint se blottir contre lui. « Je n'aime pas que tu sois malheureux à cause de moi, parce que je ne suis pas douée ! Peut-être qu'on pourrait s'isoler un peu, non ?! »


Plus tard, elle lui dirait qu'elle comprenait qu'il puisse aller voir ailleurs, parce qu'elle n'était qu'une novice et que c'était quelque chose que beaucoup d'hommes faisaient. Elle n'avait pas conscience de ce sur quoi ça déboucherait. Elle eut l'impression qu'ils étaient presque parvenus à se réconcilier jusqu'à ce rendez-vous au restaurant avec son ami avocat. Les choses dégénérèrent sans qu'elle ne comprenne vraiment comment et elle se retrouva toute seule des jours entiers. Quand elle comprit qu'il ne rentrerait pas, elle noya son envie de pleurer dans une des bouteilles du bar, éteignant sa douleur suffisamment longtemps pour parvenir à s'endormir. Mais quand elle ouvrit les yeux, il n'était toujours pas là. Malade d'inquiétude, elle se servit de l'ordinateur qui se trouvait là et qui était à Gaby, pour traquer son téléphone. Elle obtint une adresse et un nom. Elle creusa, tant et si bien qu'elle déterra l'identité complète de cette fille et que son coeur eut un mal fou à supporter le choc. Une pute ! Il lui préférait une pute ! Ne chiale pas ma grande, tu peux juste te dire merci ! Maintenant, tu dois te démerder avec ça et le laisser faire, parce que t'es clairement pas à la hauteur ! Elle passa les heures suivante à passer sa rage sur les appareils de sport de la pièce prévue pour ça, prit une douche et rangea un peu avant de passer un coup de fil à son mari pour lui demander de rentrer pour discuter. Si elle avait su que cette putain de conversation précipiterait sa chute, elle qui pensait affronter ça comme une adulte responsable. Tout ce qu'elle savait, c'était que maintenant qu'il en avait une autre, elle devait à tout prix se préserver et fermer toutes les écoutilles. Il était assis là, face à elle, depuis cinq minutes et elle n'avait toujours rien dit, ne sachant par où commencer. « T'aurais pu me frapper, ce soir-là, mais tu ne l'as pas fait... Je t'en suis reconnaissante ! » Il ne la détestait pas encore à ce point là, c'était déjà ça de pris, c'était pour elle l'apanage d'un vrai homme, ne pas avoir besoin de cogner pour se faire entendre. « Je sais où tu as passé tout ce temps... » Elle prit une grande inspiration, ne pouvant vraiment dissimuler l'état dans lequel ça la mettait mais essayant de garder le cap. « Est-ce que ça te rend heureux ? » C'était tout ce qui importait, s'il était heureux, elle ne pourrait que lui dire de continuer, pourquoi le priver de ça ?

 




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MessageJeu 22 Sep - 23:42

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



La dernière fois, tu n’étais pas ma femme, aurait-il aimé lui opposer alors qu’elle craignait de son père. C’était certainement le mieux à faire d’ailleurs. Mettre les choses au point le plus rapidement possible. L’éclaircir sur ce qu’on espérait elle, donc lui, par extension. Ça leur aurait sans doute évité des problèmes pour l’avenir. En d’autres circonstances, il s’en serait rendu compte tout seul. Il n’était pas en état de discuter ou d’entrer dans ce genre de conversation tandis que tout le monde les attendait et qu’ils étaient enfermés dans une salle de bain. Ce n’était ni le moment ni l’endroit. Il était bien trop concentré sur sa gratitude qu’il exprima sans détour et sur la pudeur de son épouse qui refusait pertinemment d’apprécier un compliment. Les pensait-elle exagérés ou malhonnêtes ? Certainement. Ça n’en demeurait pas moins frustrant, bien qu’une fois encore, il ne protesta pas sur l’heur, se contenant de lever au ciel et de déposer un dernier baiser sur ses lèvres. S’il lui restait un peu d’énergie en stock, il était primordial de la conserver pour affronter le simulacre de fête organisé pour eux. Il aurait à faire face aux plaisanteries douteuses de son père concernant son comportement, au regard compatissant de ses frères et sœurs présents qui devinèrent ce qui lui était arrivé. N’avaient-ils pas toute la vie devant eux pour apprendre à communiquer ? Ils étaient liés désormais. En théorie, s’ils y mettaient chacun du leur, tout devrait bien se passer. Ils s’amusaient bien tous les deux. Malheureusement, avec le temps, l’impression que leur relation se résumait à cette réalité se vérifia. Tout ce qu’il craignait se matérialisa et il n’était pas encore en mesure d’admettre que s’ouvrir davantage aurait pu éviter quelques conflits. Pour ça, il aurait fallu qu’il puisse prendre plus de recul, qu’il analyse, qu’il se remette en question, qu’il se concentre sur autre chose que ses problèmes égoïstes qui comprenaient son rapport à sa famille, aux affaires ou à sa place dans cette ville qu’il jugeait hostile depuis son retour. C’était bien trop lui demander. C’était un homme.

Les hommes, ils ne sont pas programmés pour s’intéresser à leur conjointe différemment que pour leur assurer du confort. Leur sentiment ? C’était secondaire, probablement à cause de ce qu’on fout dans les têtes des gosses. Le sexe fort entretient l’épouse quand cette dernière fait de la cuisine et du sexe une valeur primordiale. C’est dans les mœurs et, à peu de chose près, Gaby ne brillait pas en figure d’exception. Certes, il se moquait bien que Jez lui serve des plats trop salés et à l’aspect douteux. Il mangeait pour souligner l’effort et en redemandait pour la remercier. D’après lui, ce n’était pas un critère suffisant pour classer cette union dans la catégorie peu reluisante des échecs. A contrario, il ne supportait pas que le monde de la Salvadorienne se construise ailleurs qu’autour de lui. Il détestait Taylor par réflexe. Il méprisait Amelia pour des raisons identiques. Il haïssait ses anciennes connaissances de son pays natal. Elles cultivaient sa nostalgie et cette émotion l’agaçait au plus haut point. Il comprenait que son existence d’antan lui manquait au même titre que Chicago qu’il regrettait amèrement. Amer ! C’était le mot exact pour qualifier ce qu’il ressentait lorsque sa conjointe s’apprêtait pour vivre sans lui avec ses grandes copines. C’était le même sentiment qui l’envahissait après un moment câlin qui ne ressemblait en rien à cette seconde fois dans une voiture. Jamais elle ne lâchait prise. Elle luttait contre ce qui l’agitait. C’était systématique et le temps n’y changea pas grand-chose. Il avait l’impression que ça empirait de jour en jour.

Il chercha longuement des raisons pour justifier son comportement qui entachait lourdement leur rapport. Il envisagea toutes les pistes, y compris celle qui le mettait directement en cause. Après les avoir minutieusement analysées, il s’arrêta sur son mode de vie, se rappelant qu’elle exprima clairement qu’elle s’ennuyait dans son quotidien, celui qu’elle partageait avec lui, celle qu’il s’arrangeait pour la rendre la plus facile possible. Pourtant, un soir où il s'ancra dans le crâne que lâcher du lest les aiderait plus que sa psychorigidité, il lui tourna autour avant de se lancer et d’amener maladroitement cette histoire de blog qu’il rangea au placard après leur première véritable dispute. Il était peut-être temps de la ressortir. Le jeu en valait-il la chandelle ?  Gaby en était persuadé. Elle serait enchantée. Il avait même espéré que, touchée et ravie, elle cesserait de brandir la carte de la pudeur pour le remercier comme il se doit. Au lieu de ça, elle profita d’une fortuite interruption pour se donner en spectacle avec un type de son ancienne vie. Jeter son ordinateur par la fenêtre fut moins une sanction qu’un acte impulsif mû par la frustration et la jalousie. Il aimait son rire habituellement, mais quand elle les partageait avec lui ou, mieux encore, ‘il en était la source. Il ne comprenait pas non plus qu’elle trouvait de normal de se balader à moitié à poil devant un autre, négligeant toute gêne, alors qu’elle la hissait en étendard durant leur ébat de plus en plus rare. Ça lui échappait complètement. Tout comme son expression face aux faits.

Elle le traitait de malade, l’accusait de son malheur, lui reprochait d’avoir détruit un cadeau de son évangile. La coupe de sa patience était désormais pleine puisque ce qui motiva son geste ne l’inquiétait pas le mois du monde. Elle ne pensait qu’à elle et à sa peine. Celle de Gaby n’existait pas. C’était un enfoiré de première, rien de plus. « Tu le demandes ?» cracha-t-il en espérant la ramener à la raison, mais elle n’était qu’une enfant. Ça lui sautait au visage de plus en plus souvent, mais ça n’animait aucune indulgente en lui. Elle récolta plutôt l’effet contraire. « Si tu n’as rien ici, c’est uniquement de ta faute, Jez. C’est toi qui as décidé que ça se passerait comme ça. » tenta-t-il la mine déformée par l’injustice, effaré d’être parvenu à prononcer ces quelques mots tant il était furieux. Or, elle ne l’écoutait déjà plus. Elle se pressait pour récupérer le cadavre en bas de l’immeuble. Ah, pour ça, pour le présent de Manuel, elle courrait. Elle se montra par ailleurs plus alerte à ressusciter la machine qu’à chercher à comprendre ce qui s’était passé dans la tête de son marie pour qu’il perde les pédales. Déçu, il lui octroya quinze minutes, un quart d’heure pour quitter l’émotionnel au profil du rationnel, mais il gâchait son temps. Jamais ils ne s’entendraient. Ils étaient tous deux trop égoïstes, chacun à leur façon, et surtout trop accabler par les changements radicaux de leur mode de vie respectif. Alors, épuisé, il découcha. Le but, c’était de s’isoler au maximum pour faire le point sur la situation. Parqué au pied de l’appartement de son ancienne conquête, il hésita à descendre pour retrouver celle qui l’avait suivi jusqu’ici, l’aimant assez pour refuser qu'il s'enfuie à cause des lubies de son père. Il renonça après s’être demandé à maintes reprises si Jezabel ne méritait pas des excuses, si son attitude n’avait pas été démesurée comparé au crime. Elle l’était. Il en était parfaitement conscient. Il attendait d’elle un dévouement sans faille, à l’image de toutes les femmes gravitant autour de lui. La Salvadorienne, elle l’aimait son mari, mais elle ne l’aimait pas tout court et il le regrettait sincèrement. Plus encore maintenant qu’il aurait été incapable de jurer sans mentir qu’il n’était pas tombé amoureux d’elle. Il n’en était pas certain, mais il reconnaissait nombreux symptômes significatifs de cette maladie, de cette malédiction. Ça aussi, ça l'attristait.

Le manque flagrant de réciprocité compliquait leur histoire. Sans les sentiments, la frustration n’aurait pas lieu d’être. La peine n’aurait pas court non plus. Les problèmes de communication ? Envolés puisque la fierté n’entretait pas en ligne de compte durant leurs échanges. IL n’aurait pas à penser chaque mot pour qu’ils ne révèlent pas malgré lui cette faiblesse. Car, ç’en était bien une, cet intérêt étant à sens unique. Las, il estima plus prudent de s’éloigner d’elle le plus longtemps possible, le temps de digérer et de se composer un comportement de circonstances pour limiter les dégâts. Il rentra chez lui après avoir tourné en rond dans les rues de New York aux petites heures du matin et, à son retour, il souffla un vent polaire sur tout l’appartement, au mépris de la patience de celle qui l’attendit visiblement tout la nuit. Il était trop trop tôt, même si ni l’un ni l’autre n’avait profité du sommeil du juste. En s'étendant dans le divan pour recharger ses batteries, il était persuadé d’avoir tout essayé et qu’il serait mieux pour tous les deux qu’il abandonne la partie faute d’avoir espéré qu’elle s’amourache de lui. En se réveillant, une poignée d’heures plus tard, il se dit qu’il dramatisait peut-être et que le plus adéquat, pour en avoir le cœur net, c’était de la tester à la première occasion.

Au-delà du plaisir que le couple de Manuel et Cinzia se concrétise enfin officiellement, cette semaine de festivités servait idéalement ses desseins. C’était le lieu rêvé pour trouver réponse à ses questions. Il avait beaucoup de monde. Une majorité ignorait qu’il était lié par un sacrement religieux avec sa cavalière. Il en fut certain quand un invité les proclama comme les prochains mariés de la famille. « Ils seraient si beaux ensemble. » ponctua-t-on ensuite charmé par ce duo. C’était triste et risible à la fois. Il ricana. Quant à elle, elle fit mine de ne pas comprendre. Évidemment. Et quand bien même, les aurait-elle détrompé ? Elle ne s’encombrait d’aucune gêne à enlacer son Cousin Jandro, mais se serait presque crispée si Gaby tendait la main dans sa direction. Elle était avec lui aussi avenante qu’une porte de prison et semblait se porter bien mieux lorsqu’il était loin d’elle. Elle se complaisait à jouer les idiotes également ignorant volontairement les sous-entendus plus clairs que les gros phares d’un camion sur une autoroute en pleine nuit.

Elle se moquait de lui, dans tous les sens du terme, si bien qu’il se crut sur le point de commettre un meurtre devant témoins quand il la surprit en grande conversation avec un type qui la dévisageait comme un chien salivant devant un os inaccessible, l’écume au bord des lèvres en moins. Certes, le Sicilien n’était pas en reste. La première proposition indécente tomba sans l’étonner vraiment et s’il n’y accorda aucun intérêt personnel, il en usa pour réveiller chez son épouse un brin de jalouse. Il ne demandait pas grand-chose, juste la preuve qu’il n’était pas tout seul à craindre la débâcle de leur couple et qu’elle tenait à lui un minimum, assez pour que nul ne lui prenne ce qu’on lui imposa, mais qu’elle apprit à apprécier à défaut de l’adorer. Il déchanta, quitta la table, complètement déphasé et démuni et il eut un mal fou à ne pas la chasser brusquement quand elle le rattrapa, agacé par ses excuses. « Elle faisait ça aussi. Elle faisait une connerie et elle répétait mille fois à la seconde qu’elle était désolée, qu’elle voulait qu’on la pardonne. » Il désigna Cinzia qu’il aperçut tout sourire en train de remercier les convives du menton pour la situer. « Elle avait cinq ans. Peut-être même un peu moins » soupira-t-il en posant sur Jez un regard indifférent construit de toutes pièces. « Quand on lui demandait pourquoi elle présentait ses excuses, elle était incapable de répondre. Comme toi, finalement. Tu n’as aucune idée de ce que je pourrais te reprocher si j’étais fâché, mais tu t’excuses comme même, sans raison. Et en quoi ça pourrait nous aider ? » Il n’y avait dans cette explication aucune volonté de la froisser, de l’insulter ou même de se montrer désagréable. Mais, quand elle se blottit dans ses bras, il ne sut s’il devait la serrer un peu plus fort pour la rassurer ou la repousser doucement. Il n’aurait pu être plus ravi de voir son géant de cousin apparaître dans l’embrasure de la porte pour la héler. C'était l'heure de son discours. Une déclaration. Il avait besoin de soutien et Gaby donna son congé à la jeune fille qui refusait de grandir. Qu’elle aille s’amuser. C’était un important moment pour elle. Lui, tout cet amour dégoulinant le déprimait. Il valait mieux qu’il s’isole sans elle.

Le coup de massue qui l’assomma n’était qu’un monologue bien ficelé au cours duquel Jezabel lui démontrait tous les avantages qu’il tirerait en la trompant. Prostré dans un silence morne, il ne lui opposa aucune réponse. Pas un son ne quitta ses lèvres et cette fois, son bégaiement n’en était pas responsable. Une boule aussi dense que de la chair s’était formée dans son estomac, remontait le long de son oesophage et demeura là, dans le fond de sa gorge, forçant le passage pour s’échapper. S’il ouvrait la bouche, il la vomirait en horreur dont le sel but serait de la blesser autant que le contraire. Un boule de chair ou un caillot de sang. Cette invitation à l’adultère, c’était une attaque au surin d'une vingtaine centimètres. Ça ne guérirait sans doute jamais. Il faudrait de longs mois pour que la plaie cicatrise, d’autant qu’elle avait l’air fière d’elle. Fière d’avoir trouvé la parade adéquate pour le sortir de l’équation en douceur puisqu’elle lui offrait une compensation. Toutes les femmes si ça lui chantait. Qu’à cela ne tienne, elle avait choisi et il s’y plierait. Il lui foutrait la paix dès leur retour à New York et après avoir veillé à discuter avec elle son plan d’urgence pour la sauver des griffes de sa famille en cas de pépin. L’accueil pour cette dernière tentative aggrava la situation. Pour peu, il aurait pu la cogner pour lui apprendre les bonnes manières. Il était à deux doigts de la bousculer, ce qu’il s’était juré qu’il ne ferait jamais. Quelle image un miroir lui renverrait-il s’il usait de sa force pour se faire entendre ? Il ne pourrait plus se regarder en face. Tout comme il ne se supporterait plus s’il persistait à mettre à mal sa vanité pour être systématiquement confronté à son insatisfaction. Il était éreinté par toute cette histoire. Il la déposa et il ne rentra plus. De lui, elle ne garda que sa garde pour bercer d’illusions les commanditaires de ce fiasco. Il en voulait autant à leur père qu’à sa bêtise. Il aurait dû lever les poings plus hauts afin d’éviter son innocence de le toucher pour ensuite le coucher au tapis. Fin du match. Victoire de Jez par KO de son adversaire.

Le soir où il frappa à la porte de Lizzie, il envisageait, très égoïstement, de se débarrasser de sa souffrance entre ses cuisses et repartir. Ses nuits, il était censé les passer dans son bureau au « I Fratelli », sauf que peu à peu, et sans vraiment s’en rendre compte. Ça lui fit du bien. Ce n’était pas la panacée, mais quand il était avec elle, il avait l’impression de retrouver la routine de Chicago. De là à se considérer comme un homme heureux, il y avait de la marche. Il n’était jamais tombé amoureux de cette call-girl de luxe qu’il n’avait dès lors aucun problème à partager. Elle le rassurait, tout simplement. Elle le regardait avec une telle admiration que ça le grisait. Elle s’en remettait à lui au moindre souci. Elle n’avait pas peur d’exprimer à voix haute qu’il était un excellent amant. Elle ne redoutait pas l’idée même de l’aimer. Elle se jetait à corps perdu dans cette histoire sans avenir. Elle savait qu’il ne pourrait jamais rien construire. Elle prenait ce qu’il y avait à prendre sans rien attendre de lui. C’était rafraîchissant, mais loin d’être si salvateur qu’il l’aurait souhaité. Il ne se passa pas un jour sans qu’il n’aspire à ce que son épouse le contacte. N’importe quel prétexte ferait l’affaire. Elle feindrait une erreur de numéro qu’il en aurait été soulagé, mais elle ne se manifestait pas. Il n’y croyait plus d’ailleurs. Aussi fut-il particulièrement étonné de l’avoir au téléphone à réclamer sa présence. Deux options s’offraient à lui : jouer les hommes agréables, mais débordés ou accourir en mode « je tire toujours la gueule. » Il choisit la seconde, pas tant qu’il mourrait d’envie de la refroidir, mais parce que ce coup de fil rallumait en lui l’espoir qu’elle ait réalisé où le bât blessait ou, mieux encore, qu’elle avait saisi qu’elle en était amoureuse, qu’elle ne lutterait plus, que maintenant qu’il était parti, elle lui manquait terriblement. Tu parles !

Hormis des excuses cette fois sincères qu’il balaya d’un haussement d’épaules, la conversation ne s’engageait pas du tout comme il l’avait souhaité. Au terme de cinq minutes de silence à se regarder en chien de faïence, elle qui cherchait ses mots, lui qui tournait inlassablement sa petite cuillère dans un café. Une minute de plus, il se serait levé et aurait quitté l’appartement, non sans lui préciser qu’il avait été content de la voir en bonne forme, non pas car elle avait pris du poids, mais parce qu’elle avait réellement l’air de se porter comme un charme. Il le pensa jusqu’à ce qu’elle brise la glace maladroitement. Elle l’obligea à poser les yeux vers elle et il constata sans mal que la malice qui la caractérisait avait disparu. Elle était pâle également et il aurait été tenté de lui demander comment elle se sentait si elle ne l’avait pas devancé. Est-ce qu’i respirait le bonheur ? Qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Elle était la dernière personne avec laquelle il avait envie de débattre à ce sujet. « Qu’est-ce que tu répondrais si je te posais la même question ? » s’enquit-il pour éluder la sienne.

« C’est pour ça que tu m’as fait venir ? Pour te rassurer ? Pour être certaine que je te ficherais la paix désormais ? Mets ton cœur à l’aise, Jez. On sait tous les deux que la seule raison pour laquelle je n’ai pas ramassé toutes mes affaires et toi, demander le divorce, c’est parce qu’on n’y a pas le droit. Mais, j’ai bien compris le message. Tu peux t’approprier les lieux maintenant. Je suis désolé que tu ne puisses pas demander à Mani de rejoindre ses rangs. Je sais que ce serait ton vœu le plus cher, mais ça, c’est impossible. Par contre, tu peux bosser avec ma sœur sur son blog si ça te chante. Je m’en tape. Tu peux même sortir avec toutes tes copines. Je ne lèverai pas la garde par contre. Je veux savoir ce que tu fais et avec qui tu es puisque tu as retrouvé un moyen de savoir comment j’occupe mes journées » expliqua-t-il en désignant le portable flambant neuf qui le narguait de la table basse du salon. Demander où elle se l’était procuré le démangea, mais il se retint, posant simplement devant elle une carte de crédit. « Je l’alimenterai pour que tu ne manques de rien. Tu en fais ce que tu veux, je ne te demander jamais ce que tu as fait de cet argent. Il est à toi. C’est la seule chose que je peux faire pour toi puisque le reste ne t’intéresse pas. En échange, je te demande simplement de faire attention à ma réputation. De mon côté, je m’assurerai qu’il en aille de même pour la tienne. » Il avala son café court en une gorgée et sortit de table. « Ce n’est pas comme ça que j’aurais voulu que ça se passe, Jez, mais je ne peux rien faire de plus. » conclut-il en ramassant sa veste. Le sujet était clos.

lI fut incapable de se concentrer du reste de la soirée. Il tournait en rond dans son bureau depuis des heures, cherchant à comprendre ce qui l’agitait à ce point. Voir Jez l’avait retourné. Il avait aussi le sentiment d’avoir tout raté et de s’être montré trop dur avec elle. Peut-être lui avait-il coupé l’herbe sous le pied en la repoussant avec autant de panache. Il en avait le vague à l’âme. Alors, il attrapa ses clés de voiture et prit la route vers leur appartement, prêt à présenter des excuses à sa femme et lui proposer d’effacer leur dernière conversation et de la recommencer depuis le début. Pressé d’arriver sur place, il grimpa l’escalier quatre à quatre, l’interpella en ouvrant la porte, mais elle ne répliqua pas. Elle était là pourtant. Les lampes étaient allumées dans le salon et dans la salle de bain. Elle s’était endormie visiblement et il n’eut pas le cœur de la réveiller. Il jeta plutôt un regard circulaire autour de lui pour trouver réponse à sa question de tout à l’heure concernant son PC portable, mais il trouva simplement des preuves de ce qu’il pressentait. Une bouteille de Tequila vide gisait au sol à côté d’une autre à moitié remplie. D’autres s’entassaient dans la cuisine. Elle picolait.

 



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Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Jezabel Gambino
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MessageMar 27 Sep - 21:00

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido


Si elle ne possédait rien ici c’était de sa faute ? DE SA FAUTE ? Cette phrase la hanta alors que Cinzia essayait de lui expliquer les règles d’un jeu italien, puis les heures suivantes qu’elle affronta seule à se répéter cette phrase en boucle, en passant tout en revue et en essayant de comprendre à quel moment elle s’était condamnée à cette existence là, celle de totale dépendance à lui. La gamine avait beau fouiller, elle ne trouvait aucun événement significatif, aucune bonne raison hormis ce mariage forcé et tout ce qu’on lui prit de force pour tenter de faire d’elle une épouse modèle. Non, tout ce qui lui sautait à la gueule dans tout ça, c’était qu’il n’était plus amusé par ses traits d’humour et encore moins par son incapacité à comprendre correctement l’anglais ce qui les mettait dans des situations très bizarres parfois. Ils parlaient de moins en moins pour ne pas dire plus du tout. Chicago lui manquait, ces moments partagés aussi, parce que depuis, elle avait l’impression que ce qu’ils échangeaient était limité. Leur complicité s’était érodée pour ne laisser que des ruines et comme si c’était là une conséquence logique, ils ne couchaient quasiment plus ensemble. Ca changeait sacrément de leurs premiers mois de vie commune où ils passaient le plus clair de leur temps nus. Si seulement il lui avait clairement dit qu’elle était retombée dans ses anciens travers et quelle impression ça lui donnait, elle aurait fait plus attention, elle aurait cherché à comprendre et peut-être même qu’elle aurait pu avoir envie de se livrer sur son propre ressenti mais dès qu’une conversation s’amorçait, il l’éludait pour ne surtout pas avoir à affronter leurs problèmes, non, les laisser pourrir c’était tellement mieux ! Tout ce qu’elle vit dans cette activité sexuelle réduite c’était qu’il ne la désirait plus et que le peu de fois où ça arrivait encore, c’était parce qu’il fallait bien se vider les couilles de temps à autres et que pour le moment, elle était la seule qu’il avait sous la main. On ne pouvait pas vraiment dire que ça donnait une réelle envie de faire des efforts ou bien même de recommencer. Il avait l’air certain qu’elle était lesbienne en plus d’être responsable de leur situation catastrophique, elle ne voyait pas comment ils pouvaient redresser la barre, elle ne voyait pas comment ils pouvaient arranger les choses alors que ça semblait être une situation désespérée. Sans sa pudeur, elle aurait sans doute appelé Cinzia pour lui demander de l’aider et des conseils, peut-être même qu’elle aurait appelé Mani si elle n’avait pas craint que ça ne fasse plus de mal que de bien mais elle la boucla, attendant que l’inéluctable se produise.


A quel moment s’était-elle imaginé qu’elle aurait le pouvoir de changer quoi que ce soit à son état ? Parce qu’une fois, elle avait réussi à le faire parler après des heures de silence ? La chance du putain de débutant ! Elle avait le cœur gorgé d’espoir comme une abrutie, complètement assommée par tout cet amour qui dégoulinait partout pendant ce mariage, elle aurait aimé que ça change quelque chose pour eux, une partie d’elle l’avait secrètement espéré, sûrement celle qui s’habillait en rose, se maquillait sans se louper et portait des talons et des robes depuis la nuit des temps. Cette partie qui frémissait dès qu’il prononçait son prénom et qui faisait des plans sur la comète quand il souriait. Cette putain de part sentimentale qu’elle mettait en sourdine depuis des semaines et qui se rebellaient, là, maintenant, alors qu’il n’y avait plus rien à sauver et qu’il était déjà perdu. Elle ne fit que tout précipiter, elle et sa maladresse légendaire. Il la rabroua, crachant sur ses excuses qu’il était pourtant les seuls à recevoir, parce qu’elle ne faisait ce genre d’efforts que pour quelques privilégiés et ça lui fit un mal de chien. Oui, en quoi ça les aiderait ? Lui en tout cas, il n’avait pas envie d’être aidé, pas avec ce regard qui signifiait qu’il en avait assez soupé de ses conneries et le sentir se crisper sous son étreinte fut encore plus dur que le reste. Elle se détacha de lui et fut sur le point de faire une énième tentative, à croire qu’elle aimait recevoir des coups et semer ses dents… Jandro arriva à ce moment précis et elle comptait lui dire qu’il devrait se débrouiller sans elle mais constatant que Gabriele y voyait l’occasion parfaite de se débarrasser d’elle, sûrement pour retrouver une vraie femme dans la salle de bain de la chambre des mariés, elle n’insista pas et tourna les talons, sentant un vide abyssal se creuser en elle et une tristesse irrépressible l’envahir. Ce vide et cette mélancolie devinrent ses compagnons de misère et quand ils étaient trop difficiles à gérer, elle les faisait taire à grand renfort d’alcool et de marijuana. Presque naturellement et dans une nécessité de se créer une nouvelle carapace, elle fit de son mieux pour éloigner tout le monde. Elle n’appelait personne et ne répondait à personne et si Lucky n’avait pas pris la peine de se pointer à l’improviste, il n’aurait sûrement jamais eu de nouvelles concernant l’affaire qui les occupait à présent. Cette impression d’avoir été ridicule restait ce qu’elle avait le plus de mal à vivre. Comment avait-elle pu s’imaginer qu’un homme, pas un enfant, bel et bien un homme, pourrait sincèrement s’intéresser à elle la chérir, l’aimer et la protéger comme son frère le faisait depuis sa plus tendre enfance ? Le mariage, c’était une putain de mascarade qui ne voulait plus rien dire pour personne. PERSONNE ! Ils étaient deux à voir ça comme la panacée, les autres, surtout ceux qu’on obligeait à épouser une garçonne ingérable, ils essayaient de tout faire pour se débarrasser de leurs obligations le plus rapidement possible. Elle l’avait amusée, ça avait dû le faire marrer terriblement de la voir rougir, de jouer avec elle et de tester ses limites mais elle n’avait plus rien à donner. Il n’y avait plus de premières fois à lui prendre, il pouvait retourner à ses occupations.

La jalousie ne faisait pourtant pas partie de ses attributs mais elle haïssait cette pute d’être capable de réussir là où elle avait échoué lamentablement. On l’avait formée à entrer et sortir de partout, on l’avait formée à tuer et à cacher des corps mais pas à épouser quelqu’un, pas à se comporter en société et à trouver un nouveau sens à sa vie déconnectée de ses points de repère de toujours. Son insouciance, quoi que toute relative, elle la noya dans la téquila avec son envie de rire et une part de sa naïveté. Tomber amoureuse… Quelle idée à la con ! Même ça, elle l’avait raté ! Tout le monde semblait vivre les choses tellement bien et traverser tout ça comme sur un bateau de croisière sur l’océan de la plénitude mais pas elle, il fallait qu’elle fasse tourner ça au drame. Sa pire erreur avait été de détruire toutes ses barrières pour lui ouvrir grand la porte, il n’avait eu qu’à entrer, tout saccager pour mieux se tirer et recommencer avec une autre, comme une invasion de sauterelles. C’était un fléau que l’on pensait être un renouveau et presque un cadeau et qui se transformait en malédiction dès que la réalité réclamait ses droits. Une pute… UNE PUTE ! Elle vivait sacrément mal le parallèle alors qu’elle avait pris soin de se tenir loin de tous les hommes pendant des années et qu’il avait eu le privilège de tout lui apprendre et malgré tout, il préférait la compagnie d’une femme qui avait été éduquées par tous les hommes d’une grande métropole, puisque c’était sûrement à peu de choses près le nombre de types qui l’avait sautée. Pour la punir, elle ne manquait pas d’idées et lança ses offensives les unes après les autres mais ça ne l’aida pas vraiment à se sentir mieux. Une nouvelle photo d’eux était publiée et elle avait envie de plonger sa main dans sa poitrine pour retirer son cœur. Mais la pire des idées fut d’enclencher la caméra de son ordinateur pour les voir batifoler. Après ça, elle s’installa sur le balcon, assise sur le rebord, les pieds dans le vide avec une bouteille dans les mains, se demandant si elle ne ferait pas mieux de sauter sans comprendre ce qui l’animait. La honte ? Le sentiment d’échec ? La tristesse ? La solitude ? Le dépaysement ? L’impression de tout avoir perdu pour ne rien avoir ici ? La jalousie ? Ou bien l’amour ? Elle finit par redescendre, se trouvant ridicule en se disant qu’elle n’était pas venue jusqu’ici pour en finir comme ça, à choisir, elle préférait offrir l’opportunité à celui qui était las d’elle de s’en charger lui-même. Avec un peu plus de courage et de dignité qu’en se jetant d’un balcon. Dans un moment de lucidité, elle l’appela pour lui demander de venir et en se trouvant face à lui, elle réalisa combien c’était une idée stupide. Il n’avait pas envie d’être là, il n’avait pas envie de la voir ou de lui parler, tout ça était un supplice pour lui alors qu’elle sentait s’allumer en elle un espoir fou, celui qu’il pourrait rester ici.


Ce qu’elle répondrait ? Rien, parce que la vérité ne l’intéressait pas et qu’elle n’avait pas pour habitude de déballer son ressenti comme ça pour se manger un revers derrière. A quoi bon lui dire qu’elle était triste qu’il ne rentre plus, triste de ne plus vivre ce qu’elle pensait éternel ? Pour qu’il reparte comme il était venu, fier de l’avoir écrasée un peu plus ? Plutôt crever ! Elle se contenta d’un haussement d’épaules qui voulait tout dire et rien à la fois. Il voulait ramasser ses affaires… Il lui fallut énormément de volonté pour obliger ses prunelles à ne pas se remplir de larmes. Elle baissa les yeux un moment, serra les dents et finit par reporter son attention sur lui. Il se fichait de tout ce qui la concernait, pourquoi était-elle étonnée ? C’était le cas depuis qu’il habitait ailleurs mais il le verbalisait avec tellement de violence qu’elle avait l’impression de se manger une succession de claques en plein visage. La brunette ne gaspilla pas sa salive à tenter de se défendre, il était tellement sûr de lui que ça ne servait à rien et elle n’avait plus la force de se battre et plus l’envie de prendre sur elle et sa fierté pour tenter d’arranger leurs rapports, surtout qu’il était bien heureux de comprendre des sous-entendus qu’elle ne pensait même pas avoir proférés. Grand bien lui fasse. Mais il lui fit la pire des offenses en lui tendant sa carte de crédit. Non, il se trompait, le reste ne l’intéressait pas lui et en ce qui la concernait, l’argent n’avait pas le moindre sens. Elle avait vécu avec quasiment rien, il pouvait même la foutre dehors, ça lui était égal. « Je ne fais pas l’aumône ! Je n’ai pas besoin de ta carte et de ton argent ! T’as pas besoin de me payer pour que je ne salisse pas ta réputation, quant à la mienne, je n’en ai pas, fais ce que tu veux ! » Elle bondit de sa chaise ce qui lui fit tourner la tête et elle ramassa la carte pour la coller contre son torse. « Tu peux la reprendre ! » Elle la glissa dans la poche de sa chemise et fit volte-face. C’était précisément comme ça qu’il voulait que ça se passe. On ne la lui faisait pas à elle ! Après avoir frappé dans le mur jusqu’à en faire saigner sa main, elle s’ouvrit une bouteille et fit taire ses appels à l’aide de la bonne vieille méthode. Elle s’assomma tant et si bien qu’elle s’endormit dans le canapé devant la chaîne mexicaine du câble, n’entendant pas l’intrus s’inviter dans l’appartement, elle qui était pourtant si vive en temps normal. Son cœur s’emballa quand un cri de douleur la sortit de son repos loin d’être réparateur. La salle de bain, il y avait du bruit dans la salle de bain. Sa main lui faisait mal, sa tête aussi mais elle se traîne jusque là-bas, un revolver dans la main, celui d’un de ses gardes du corps, elle lui avait subtilisé sans qu’il ne s’en rende compte et il l’avait remplacé en préférant n’en parler à personne. Elle portait un pantalon beige qui commençait à être dégueulasse et une chemise boutonnée jusqu’en haut, ses cheveux lui tombaient devant les yeux. Elle braqua Gaby avant de baisser son arme, essayant de comprendre ce qui se passait, une migraine terrible en prévision. « C’est qui lui ? Qu’est-ce qu’il fout là ? En souvenir de quoi ? Je ne comprends rien à ce que tu dis, Gaby. GABY ? » Il posa les deux bouts de charbon qui lui servaient d’yeux sur elle et elle la boucla aussi sec, ce n’était pas le moment. Il la vomissait de toute son âme, il la détestait et ce soir, cela venait d’atteindre son paroxysme.



***


Un étrange bip se répétait inlassablement et l’agaçait prodigieusement. Elle entrouvrit les yeux pour en voir la source et ne reconnut pas l’endroit où elle se trouvait. C’était sûrement un mauvais rêve, celui où on a l’impression d’être ailleurs alors qu’on est chez soi. La gamine ferma les yeux et les rouvrit mais rien n’avait changé. Le moniteur, les fleurs, les murs d’hôpital et cette odeur d’antiseptique… L’infirmière entra à ce moment-là et lui sourit. « Bonjour mademoiselle, vous allez bien ? Je suis Malia, votre infirmière. Vous vous souvenez de votre prénom ? » « Jezabel. » « Nous sommes en quelle année ? » « 2016. » « Le président ? » « Obama ! » Elle l’auscultait au passage observant ses réflexes pour être sûre qu’elle était sortie d’affaire. « Vous nous avez fait peur, vous savez ! Un peu plus tard et vous y passiez ! Vous vous sentez comment ? » Morte à l’intérieur ? Déçue d’être réveillée ? Il y en avait des choses à dire mais elle se contenta de mentir et de dire que ça allait. « Quand moi pouvoir sortir ? » « Dans quelques jours mais ce serait bien de prendre rendez-vous avec un addictologue, boire autant à votre âge, c’est du gâchis et ça se soigne ! La dame enceinte qui est arrivée avec vous m’a dit de vous dire, si vous vous réveilliez avant qu’elle ne revienne, qu’elle allait revenir ce soir. Mais le jeune homme qui est allé chercher du café sera content de savoir que vous êtes revenue à vous. » « Qui ? » « Grand, brun, avec une barbe, très séduisant ! » La salvadorienne soupira, c’était la dernière personne qu’elle avait envie de voir. En parlant du loup, il ouvrit la porte et parut surpris de la trouver éveillée mais il ne dit rien. Sentant l’atmosphère se charger d’électricité, Malia promit à sa patiente qu’elle reviendrait un peu plus tard et quitta la pièce. « T’es venu voir si j’étais toujours en vie ? Pas trop déçu ? J’ai failli te débarrasser de ton plus gros problème, toi et ta pute de luxe vous auriez pu filer le parfait amour ! » Elle était amère, ce n’était pas peu dire. Comme un animal blessé, elle montrait les crocs pour cacher l’étendue des dommages, espérant le faire fuir. Au lieu de ça, il s’installa dans le fauteuil près d’elle et l’observa ce qui eut le don d’accroître sa colère. « Tu ne l’as pas amenée avec toi ? Elle et le gosse, enfin je devrais dire ton gosse ! C’était ça le programme ? M’endormir pour faire revenir toute ta famille ici et jouer sur les deux tableaux ? Dire que j’aurais pu me prendre une balle perdue dans la rue et te faciliter la vie ! Franchement, tu n’étais pas obligé de venir, maintenant que tu sais que je respire encore, tu peux retourner la voir, je suis certaine qu’entre deux clients, elle aura un peu de temps pour toi ! » Ca faisait beaucoup d’un coup, surtout pour elle. Des mois de silence et de colère contenue, d’incompréhension et de douleur. Il fallait que ça sorte, elle se sentait à fleur de peau et elle refusait qu’il l’achève à coups de pied, parce qu’il était certain qu’ici, dans cette position, elle ne se relèverait pas. Sa voix tremblait et elle n’avait pas le moindre contrôle sur les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues, elle le refoulait tant qu’elle le pouvait encore. « J’ai pas besoin que tu viennes ici faire semblant pour repartir après. »


***


Elle ne saurait expliquer précisément comment les choses s’étaient goupillées mais il avait fait un retour éclair et mécontent de ce qu’il récolta, il disparut à nouveau, plongeant sa femme dans une profonde détresse et sans l’intervention de Cinzia, elle aurait sans doute attendu que l’alcool l’emporte pour de bon cette fois. Au lieu de ça, elle la suivit dans tout un tas de boutiques pour se trouver des vêtements et écouta ses conseils. Maintenant qu’elle admettait enfin qu’elle voulait récupérer ce qui lui appartenait, il était possible de l’aider et de l’aiguiller. Quand elle se vit dans le miroir de ce magasin, redécouvrant son corps pour la première fois depuis des mois, elle trouva métamorphosée et belle, séduisante et pulpeuse, elle avait davantage l’air d’une femme que d’une gamine des quartiers malfamés. Peut-être qu’elle pourrait le ramener chez eux, finalement. Elle débarqua alors qu’ils étaient au restaurant tous les deux, débordant de confiance en elle, rien ne pouvait l’atteindre. Cette autre était belle et sophistiquée mais elle n’en restait pas moins une pute et s’il y avait bien une chose dont elle était convaincue, c’était qu’elle valait bien mieux qu’une putain. Elle lui tendit la main avec un large sourire après avoir embrassé Gaby sur la joue. « Je m’appelle Jezabel Gambino, je suis la femme de Gaby ! » Elle avait appris cette phrase par cœur, celle que Cinzia lui avait soufflée et sur laquelle elle s’était concentrée en traversant ce restaurant bondé alors qu’elle ne mettait plus beaucoup le nez dehors. Sa putain lui serra la main timidement. Elle récupéra la chaise d’une autre table et s’installa sur le côté, suscitant les foudres du chef de salle qui vint lui rappeler que c’était une table pour deux. « Maintenant être pour trois ! » « Mademoiselle… » « Chuuuuut ! » Lui dit-elle en lui glissant des billets dans la poche pour qu’il se casse et vite avant qu’elle ne le pende avec sa cravate. Elle se pencha sur le sicilien pour lui retirer la marque de ses lèvres sur sa joue. « Je t’ai mis du rouge à lèvres. » se justifia-t-elle en italien, le tout accompagné d’un sourire. « Gaby, qu’est-ce que tu fais avec elle ? T’es sérieux ? » On vint prendre leur commande et après avoir parcouru la carte, elle opta pour des fruits de mer alors que l’autre prenait une salade, ce qui la fit rire. « Tu l’emmènes au restaurant pour qu’elle mange une salade ? Super fun ! Heureusement qu’elle maîtrise d’autres sujets alors ! » « Vous pourriez parler en anglais, je ne comprends rien, c’est très impoli ! » « Toi et moi pas avoir pris même cours, pendant que toi être à genoux, moi apprendre italien. Toi avoir dû mieux choisir ! Toi croire que prendre mari des autres être poli ? » Ce fut à son tour de rire, sans doute à cause de l’anglais approximatif de son interlocutrice.  « Ah oui, je comprends mieux pourquoi vous vous cantonnez à l’italien ! » lâcha-t-elle avec mépris. « Toi devoir être plus facile à comprendre avec quelque chose dans bouche de toi, non ?! » Même si la grammaire était mauvaise, elle comprit parfaitement l’insulte ce qui amusa beaucoup Jez et lui donna une entière satisfaction, à défaut de pouvoir lui faire cracher ses dents. Cinzia avait été claire, il était hors de question de la frapper. Dommage.



 




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MessageMar 4 Oct - 21:32

 



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FEAT la salvadorienne



Le plus difficile à tolérer pour Gaby, ce n’était pas tant que son mariage tournait en peau de chagrin. Il l’avait pressenti, car les plus terre à terre de leurs connaissances n’eurent de cesse de lui répéter que vivre ensemble serait un quitte ou double, un tapis dans une partie de poker quand on n’a entre les mains une paire de deux et que la river s’exhibe deux As et un roi. Pour que ça marche entre eux, les efforts mutuels étaient de rigueur. Or, son épouse cumula les erreurs avec brio. Il crut à des maladresses dues à sa jeunesse, mais plus il essayait de redresser la barre du navire, plus il virait de cap. Jez soufflait sur leur mariage un vent mauvais sur leur embarcation fragile. Elle n’aspirait qu’à se débarrasser de lui. Ce fut, à son sens, la seule explication pour justifier son égoïsme après des heures et des heures de remise en question. Peut-être ne parlait-il pas assez. Il s’employa à rembobiner toutes leurs discussions, imaginant des répliques plus adéquates. On ne changeait pas le passé cependant. Il en était conscient, mais ça l’aidait à se déculpabiliser au même titre que cette aventure avec Lizzie. Elle, elle avait besoin de lui. Elle l’aimait. Elle l’acceptait dans sa globalité sans jamais l’interroger sur ses secrets dont elle ignorait tout. Elle lui facilitait la vie en lui permettant de prendre soin d’elle, en s’enorgueillissant d’un compliment sincère ou en l’accueillant avec le sourire malgré les règles découlant de leur couple illégitime. Ils ne la sortaient jamais que dans des endroits retirés de New York, mais ce n’était pas grave. Il n’avait aucune promesse à formuler ou à tenir, mais elle s’en moquait complètement. En résumé, tant qu’ils étaient ensemble, elle était parfaitement heureuse. Elle ne respirait que pour lui. Il était au cœur de ses priorités, avant son propre fils qu’elle adorait pourtant d’un amour démesuré. Elle répétait perpétuellement que les avoir tous les deux à ses côtés suffisait à son bonheur. Et Jez ? Jez vivait dès que Gabriele avait le dos tourné. Elle ne pensait qu’à elle et à sa déception, à ce qu’elle laissa à sa suite au Salvador, à ce qu’on lui imposait à s’allonger au nom d’une union à caractère obligatoire. Elle se dissimulait à merveille derrière les silences de Gabriele. Il lui servait une excuse sur un plateau. Elle aurait eu tort de s’en priver, bien que ça soit terriblement frustrant, frustrant et désagréable d’avoir cette sensation qu’on nous coupe les ailes ou les couilles. En agissant comme tel, en se souciant uniquement de son petit confort, Jezabel l’empêchait d’être ce qu’il souhaitait devenir pour elle et pour lui également. Un type correct, capable de prendre soin de sa conjointe, assez gentil pour qu’on s’y attache à défaut d’en tomber amoureuse, un gars qui donne envie de s’investir, de transformer cette affection en quelque chose de plus grand. Là, au beau milieu de ce salon où il était plus étranger que bienvenu malgré qu’il y soit invité, il se sentait comme le roi des cons, la merde dans laquelle on vient de marcher et qu’on racle de la semelle de sa chaussure en la frottant dans de l’herbe humide. Confier à son épouse une carte de crédit à alimenter, ce n’était moins une manière de l’humilier que de se bercer de l’illusion qu’au lieu d’être un homme d’honneur, il remplit l’une des tâches qui lui incombaient en tant qu’époux : la mettre à l’abri du besoin.

Maintenant qu’elle l’avait réduit au rang de minable, accepter était la moindre des choses. Elle le lui devait bien, mais non ! Même ça, c’était trop lui demander. Elle préféra lui écraser le bout de plastique sur le torse, du mépris au fond des yeux. « L’aumône ? » cracha-t-il, déçu. « Ça t’arrange de faire semblant de ne pas comprendre. Je ne te paie pas pour que tu fasses ton devoir. Je m’assure que tu ne manques de rien parce que c’est le mien. » Cette conclusion, elle était chargée de sous-entendus qu’elle ferait, une fois de plus, semblant de ne pas saisir. Aurait-elle fait l’effort qu’elle aurait certainement compris qu’il lui lançait le message un peu fou que son bien-être comptait encore pour lui, que l'unique raison pour laquelle cette visite ressemblait à un au revoir, c’était parce qu’elle l’avait décidé, toute seule, et qu’elle aurait toujours le loisir de revenir en arrière. C’était possible. Jamais Gabriele ne la repousserait si elle désirait recoller les morceaux. À moins qu’elle ne le trompe, profitant de sa pleine liberté pour découvrir les bienfaits du sexe avec quelqu’un qui l’émoustillerait vraiment, il lui ouvrirait la porte en grand sans sourciller. Alors, reconsidérant cette scène qui aurait forcé un impulsif incontrôlable à détruire l’appartement tout entier, il fit marche arrière avec au cœur l’infime espoir de sauver leur histoire. Elle avait si bien démarré. Ce n’était pas totalement idiot. Ça le devint dès qu’il tomba nez à nez avec cet animal qu’il éventra comme le porc qu’il était de fait et d’apparence. Il poussa un tel cri qu’il réveilla la maîtresse de maison. Sur ce point, il l’aurait presque remercié s’il ne se sentait pas dégringoler de l’échelle de la raison. « C’est qui ?  Tu oses me demander qui il est ? » Plus calme, il admettrait que Jez et ce type ensemble, c’était presque insultant pour elle, mais ça n’excluait pas que le visage de ce gars lui était fatalement familier. Ils étaient voisins. Elle l’avait déjà croisé, avec lui d’ailleurs, il s’en souvenait comme si c’était hier. « Je vais te dire qui il est. C’est ton PUTAIN de problème. » Il ressemblait à une bête aux abois, un cheval mort de trouille prêt à se cabrer. Il s’engouffrait lentement dans la brèche qui mène vers la folie. Si elle prenait le pas sur cette part de lui sur laquelle il gardait le contrôle, il lèverait sa main sur elle. Il la cognerait sans s’inquiéter de la blesser, parce qu’elle le méritait, elle méritait qu’on lui apprenne à se tenir tranquille et à respecter son mari sans distinction de bons ou de mauvais sentiments. Ce n’était pas le problème. Il s’agissait là du strict minimum. Après cette soirée, il passa près de deux jours sans parler. Il avait grillé toutes ces cartouches. Il ne transmit aucun message à sa femme. Il n’en prenait pas directement non plus, se contentant du récit de ses allées et venues de la part de Carlo.

Carlo était un type fiable et dénué de toutes formes de malice. Il ignorait ce qu’était le jugement. Ce qui se remplissait la vie des autres, ça l’importait peu. Tant que sa paie tombait à la fin du mois, il obéissait sans rechigner. De plus, particulièrement bien élevé, son langage était châtié et il baissait les yeux par politesse à chaque fois qu’il s’adressait à Jet ou Gaby. Jamais il ne faillait à sa tâche, pas même quand les nouvelles n’étaient pas bonnes. Son épouse était à l’hôpital. Elle avait été emmenée par les secours avec Cinzia qui, quant à elle, était saine, sauve et muette comme une carpe. Elle répondait exclusivement par des oui et des non évasifs, signe qu’elle était au courant de tout et qu’elle n’approuvait pas le moins du monde. « Qu’est-ce qui se passe ? » l’apostropha Lizzie complètement nue dans son lit tandis que Gabriele sortait de la salle de bain plus habillé qu’avant ce coup de fil. « Tu ne vas rien me dire, pas vrai ? » ça ne la regardait pas. Leur échange se limitait à des futilités. De temps à autre, il lui confiait bien un rôle pour favoriser ses affaires, mais elle ne savait pas grand-chose sur les raisons de cette requête étonnante. « Je t’avais dit de laisser sonner. Mais, ce n’est pas bien grave. Je me languirai dans la même position, au même endroit et sans rien porter d’autre que ce drap jusqu’à ce qu’à ton retour. Tu ne m’embrasses pas ? » En avait-il seulement envie ? Il ne songeait à ne pas revenir. Une part de lui, celle qu’il n’arrivait pas à persuader qu’il n’était pas tombé amoureux de Jezabel, priait pour que cet épisode – bien qu’il ne soit pas au courant des tenants et aboutissants de cette hospitalisation – les aiderait à renouer. C’était malsain, mais ne l’étaient-ils pas par la faute de leur père ? Un mariage arrangé, c’est des fondations peu solides pour construire un bâtiment stable qui ne s’effondrerait pas au premier vent violent. Mais si Dieu leur offrait l’opportunité de tout recommencer, il n’hésiterait pas longtemps. Il répondrait à toutes ces questions et, après avoir discuté avec les infirmières, il se jura qu’il lui confierait l’étendue de ce qu’il ressentait dès lors qu’ils entreraient en altercation. Ce fut cependant plus compliqué qu’il ne l’avait imaginé.

Un coma causé par l’alcool, c’était trop à gérer pour lui. Ça soulevait tout un tas d'interrogations à propos du pourquoi et du comment. Était-il à l’origine de cette décadence ? Devait-il s’en flatter ? Il n’en savait trop rien. En revanche, il ne débloqua de l’hôpital que pour céder sa place à sa jumelle, qui ne prétendait pas le regarder ou lui adresser la parole. Il la veilla, observant ses doigts en espérant les voir frétiller d’un quelconque mouvement. Rien ne se produisait et l’anxiété finit par gagner du terrain sur son optimisme. « Ça va aller, Monsieur Gambino. Elle se réveillera d’ici quelques heures, ça ne dure jamais plus longtemps. Il faut qu’elle se réhydrate. Vous deviez en faire de même. Allez-vous chercher un café. Je vous garantis que quand vous remonterez de la cafétéria, vous pourrez lui parler. » En remontant, il fut tenté de lui souligner qu’elle avait un don de médium. Au lieu de ça, il la salua d’un signe de tête et d’un sourire pour se rasseoir dans le siège inconfortable de la chambre, se préparant à un accueil plutôt froid de la part de la Salvadorienne, mais certainement pas aussi cinglant. « Tu as fini ? Je peux parler maintenant ? » Il rapprocha sa chaise, ne se risqua pas à la toucher, mais réclama son attention en l’interpellant. « Je suis venu parce que j’étais inquiet pour toi et je trouve plutôt gonflé de ta part de prétendre que je veux me débarrasser de toi. C’est TOI qui m’as dit que ça ne poserait aucun problème si je voyais quelqu’un d’autre. C’est toi qui avais l’air décidée à me faire déguerpir. » S’il n’avait l’impression qu’elle cherchait à lui faire porter le chapeau de ses erreurs sans reconnaître son implication, il lui aurait volontiers précisé qu’un mot suffirait à le ramener définitivement. « Quant au gamin, il n’est pas de moi. Si j’avais eu môme illégitime quelque part, je te l’aurais dit avant qu’on se marie. Tu te souviens, quand on arrivait à discuter parce que tu ne faisais pas exprès d’être la reine des connes parce que ça t’arrangeait bien. C’était il y a longtemps, mais on ne sait jamais que la mémoire te reviendrait. » Il s’appuya sur le dossier, leva les yeux au ciel et soupira de lassitude. « Quand tu seras calmée, peut-être que tu pourras m’expliquer avec qui tu as bu autant… ou en tout cas, pourquoi tu l’as fait. En attendant, je vais rester là à bouquiner jusqu’à ce qu’on te laisse sortir et puis on rentrera à la maison. » C’était non négociable et il l’accompagna comme prévu, le regrettant au terme des premières vingt-quatre heures. Butée, elle l’ignorait à chaque tentative d’amorce de discussion. Les réconcilier lui demanderait une énergie qu’il n’avait pas en stock. Aussi, renonça-t-il pour repartir exactement de là où il venait, là où on l’attendait, là où le son de sa voix était accueilli comme l’évangile disparu du Messie lui-même : chez Lizzie.


***


Il s’était rendu définitivement à l’évidence. Il n’y avait pas de place pour lui dans la vie de Jezabel. Non. Elle préférait flirter avec ses bouteilles selon Carlo. Les ordres avaient changé. Il convenait désormais de lui rapporter dans le détail la liste de ses achats. Se procurerait-elle un déshabillé – ce qui l’aurait cependant profondément étonné – qu’il compterait parmi les premiers informer. Aussi, apprit-il qu’elle s’était enfin décidée à sortir à nouveau de l’appartement. Elle courrait les boutiques avec sa jumelle et Gabriele n’en rassurait autant qu’il s’en irritait. Elle reprenait goût à « la vie » visiblement. Cette période d’enfermement à s’enfiler assez d’alcool pour enfler à vue d’œil était révolue. Elle était certaine qu’il ne reviendra pas à présent. Elle se sentait plus libre et serait bientôt plutôt heureuse. Il songea à faire une réapparition afin qu’elle se souvienne qu’ils étaient mariés et qu’il détenait toujours une forme d'influence sur ces humeurs. C’était tout ce qu’il lui restait et, au demeurant, il ne s’en flattait pas réellement. Ce serait éphémère de toute façon. En se comportant comme ça, il la détruirait, elle se vengerait sans doute et ni l’un ni l’autre n’en ressortirait plus fier. Pour chasser cette idée de son esprit, il évita au mieux de s’interroger sur cette folie acheteuse. Qu’avait-elle choisi ? Avait-elle prévu de renouer avec Taylor ? Une soirée avec Amalia ? Une entre filles avec Lyla et Cinzia ? S’il n’était pas en si mauvais terme, il serait parti à la pêche aux informations dans le giron de sa petite sœur, mais c’était perdu d'avance. Elle le fuyais pour ne pas lui sauter au visage et s’attirer des ennuis avec Manuel qui, par ailleurs, lui rendit une visite de courtoisie dont il ne savait pas trop quoi penser. Cette discussion hors du temps lui laissa un arrière-goût amer. Il peina à se concentrer sur le menu du restaurant où il emmena Lizzie et sur sa conversation. Elle n’avait jamais rien de très passionnant à raconter. Elle était maligne, mais pas totalement intelligente. Elle était en revanche magnifique. Ses longs cheveux blonds brillaient sous le soleil. Son teint hâlé par les séances de bronzage artificiel accentuait le bleu de ses yeux. Ce qu’il détestait le plus chez elle, c’était ses activités pour gagner sa croûte dès lors que Gaby n’en faisait pas partie. Elle se faisait entretenir pour payer ses études qui lui permettraient d’offrir à son gamin une vie décente.

Comparé à elle, Jezabel était une perle, malgré ses manières et le peu de soin qu’elle s’accordait jusqu’à aujourd’hui. Juchée sur ses talons et dans cette robe cousue pour elle, il manqua de ne pas la reconnaître, elle, si à l’aise, à traverser la salle du restaurant. Elle se présenta, s’assit à une table, soudoya grassement un serveur afin qu’il cesse de discuter. Elle prenait les choses en main et à la contempler dans cette tenue dessinée pour elle, il lui plut de croire qu’il était l’instigateur de cette petite révolution. « Je fais avec elle ce que ma femme refuse de faire avec moi parce que je ne suis pas assez bien pour elle. En gros, je pense que c’est plutôt bien résumer. Quant à ce qu’elle maîtrise ou non, ce n’est pas mon problème. Disons qu’au moins, quand je pose les mains sur elle je n’ai pas l’impression de la violer. Tu n’as pas idée comme c’est divertissant et plaisant. » Il la défia du regard un moment et le sien s’alluma d’une étrange lueur. Comprenait-elle enfin ? Était-ce véritablement le début d’une nouvelle ère pour nous deux ? Était-ce la fin de la période Lizzie ? Non ! Y penser, ce n’était déjà pas bon. C’était la route vers la désillusion. « Je ne sais même pas pourquoi je te rends des comptes, pour que ça t’intéresse.» Lizzie, lasse de cet échange auquel elle ne saisissait rien, les interrompit pour se montrer insultante à souhait. La force de la jalousie. C’était plaisant. Il les aurait bien admirées se battre pour lui dans la boue, bouffant du pop-corn et commentant le match dans sa tête. Il serait reparti avec la gagnante, comme un trophée, et aurait tout misé sur sa femme sans la moindre hésitation. Sa réplique l’aurait même amusée s’il n’avait pas de l’affection pour Lizzie. « Exactement. Ça fonctionne très bien. Tu devrais essayer, au moins, tu servirais à quelque chose. » se moqua-t-elle en sortant les crocs, ce que Gaby supporta mal. Il se redressa sur sa chaise et pointa sa conquête du doigt. « Ferme là, Liz ! C’est à ma femme que tu parles. MA femme. Et si elle veut manger avec nous, elle mange avec nous. Si ça te pose problème, tu te lèves et tu t’en vas, c’est aussi simple que ça. » Les pupilles de son interlocutrice virèrent au cramoisi et son teint passa par différentes couleurs. « Dans ce cas, je m’en vais. Et ce n’est pas la peine de rentrer, Gaby. » Elle tourna les talons les bras croisés. « Hé bien, voilà, tu as eu ce que tu voulais. C’était plutôt malin, je dois dire. Tu es ravissante. Tu te pointes en terrain conquis. Tu aurais dû m’embrasser, ça aurait été encore plus clair, mais c’est pas mal. Le seul truc, c’est que… j’ai du mal à comprendre ce que tu cherches. La faire dégager en pensant me mettre à genoux ou c’est autre chose ? Parce que, tu constateras que ce n’est pas ce qui m’effraie le plus, bien que ça me fasse chier d’avoir été mis à la porte… Ceci étant dit, tu es là, je suis là, des plats ont été commandés, essayons de passer une bonne soirée. Ça ne coûte de rien et ça ne mange pas de pain. »


***

Se réconcilier avec Lizzie ne fut pas évident. Gaby, sous la contrainte, fut forcé de lui rappeler ce qu’elle paraissait avoir oublié : il n’avait pas d’avenir ensemble, ce qu’elle sembla intégrer. Hormis quelques messages, Jezabel ne se montra plus après son petit jeu au restaurant. Ça lui déchirait le cœur, mais il se rendait à l’évidence. Elle était instable, parce que très jeune, et comme il n’était pas assez expérimenté en matière de relation humaine pour trouver un moyen de la gérer sans son aide à elle. Son silence servit donc sa vie sexuelle à défaut de soigner la blessure de cet espoir déchu. La call-girl s'attendrit. Elle insista pour aller au cinéma et il ne protesta pas. Elle était son médicament contre la dépression et contre la solitude le plus efficace qui soit. En bon gentleman, elle choisit le film  et sa place dans la salle. Suspendue à son cou, elle respirait le bonheur et la joie de vivre. Son sourire rayonnant soufflait quiconque posait les yeux sur elle, mais il ne restait plus rien de cette admiration auprès des inconnus tandis que Jezabel apparut dans une robe qui mettait en valeur le galbe de ses hanches nouvellement dessinées. Il avait bien constaté qu’elle avait pris du poids, mais pas qu’elle n’en était que plus désirable. Pantois, il fut à peine capable de balbutier un « salut » quand elle l’embrassa à pleine bouche sous le regard médusé de Lizzie. « Viens, Gaby, on s’en va. »  ordonna-t-elle rouge pivoine, consciente qu’elle n’avait pas le droit de régler son compte à sa rivale désignée gagnante par les liens sacrés du mariage. « Le film commence. N’attire pas l’attention sur nous ! Un peu de dignité. » cracha l’homme qu’elle aimait.


 





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Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Jezabel Gambino
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MessageJeu 13 Oct - 13:27

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido


Elle ne faisait pas semblant, elle n’entendait rien à ce qu’il disait ou faisait, elle ne comprenait pas ce qui le motivait à agir de telle ou telle façon et encore moins ce qui l’avait poussé à venir jusqu’ici. Si elle avait pu lire dans ses pensées, elle se serait rendue compte qu’ils étaient tous les deux dans la même situation, elle aurait pu mettre un terme à ces âneries et faire en sorte que les choses se remettent en place. Ils étaient capables de s’entendre, ils pouvaient parler sans se prendre la tête, ça avait marché les premiers mois, pourquoi tout était si rapidement parti en couille ? Elle n’aurait jamais la réponse, il préférerait user de sa salive pour honorer la putain chez qui il vivait. Cette histoire de carte bancaire lui donnait l’impression que l’autre femme à entretenir, c’était elle et ça lui était insupportable. Il n’était pas question de devoir lui dire merci, pas question d’être redevable de la traiter comme ça. Son devoir ? Son devoir c’était d’être ici avec elle et de ne pas s’éparpiller chez une autre, elle rêvait de lui hurler que son devoir, c’était de l’empêcher de boire parce qu’elle ne pensait plus qu’à ça, son devoir c’était de lui donner une bonne raison de rester en vie et de ne plus jamais lui faire regretter son départ du Salvador. Son devoir, c’était de lui parler et de lui expliquer, de lui apprendre parce qu’elle se retrouvait dans un monde qui n’avait rien à voir avec le sien. Ca, c’était son putain de devoir, certainement pas de lui refiler du pognon dans l’espoir que ça la ferait taire ou bien que ça suffirait à faire son bonheur. Ouais, elle lui aurait hurlé tout ça si elle avait eu le sentiment que ça changerait quoi que ce soit mais il se précipita si vite vers la porte d’entrée qu’elle s’abstint. A quoi bon ? Ca avait déjà dû être un supplice de se retrouver là, face à elle, à l’écouter et à avoir un simulacre de conversation, elle en avait soupé de s’excuser, de prendre sur elle, de tenter de recoller les morceaux sans entendre quoi que ce soit à ce qu’il avait à lui reprocher. Tout ce qui émanait d’elle avait l’air d’être un problème, parfois, elle se demandait même s’il n’avait pas cherché à collecter de bonnes excuses pour justifier sa fuite chez l’autre. Pourtant, une petite part d’elle eut envie de le retenir, de lui dire de rester et de le serrer dans ses bras, de s’enivrer de son parfum et de profiter de sa présence pour souffler un peu. La solitude et la tristesse n’étaient pas de bonne compagnie. Sa gentillesse lui manquait autant que ses sourires. Il lui faisait un mal de chien et malgré tout, elle n’avait envie de personne d’autre à ses côtés. Si ce n’était pas de la stupidité à l’état pur ! Les fondations des barrières qu’elle tentait de reconstruire à la hâte prenaient l’eau dès qu’il se trouvait à proximité. Elle aurait volontiers arraché son cœur pour le poser quelque part et ne plus s’en encombrer. Jamais.


Malgré son état d’ébriété avancé, elle parvint à réfléchir vite, aussi paniquée que choquée. Le meurtre, le sang et la barbarie n’étaient pas une surprise, c’était la façon d’agir de son mari qui l’inquiétait et évita soigneusement de croiser à nouveau son regard, tentant d’effacer les traces de ses méfaits, essayant de trouver une façon de le contenter à défaut de le rendre heureux. C’était perdu d’avance, elle avait fini par le comprendre. Ici, elle n’était pas au Salvador, si elle pouvait se charger d’un corps elle-même, il y avait des modalités pour lesquelles elle était bloquée, les morceaux de corps devraient dormir ici le temps qu’elle sache quoi en faire, s’arrachant déjà les cheveux à l’idée que l’odeur puisse attirer les curieux. Pendant ce temps, elle ne pensait pas au fait qu’il la haïssait, à sa peine ou au reste, juste à ce qui convenait de faire de ce gros porc qui s’était retrouvé dans leur salle de bain sans qu’elle ne sache comment ni pourquoi. Maintenant que la panique s’estompait au profit de l’appréhension, elle pouvait observer tout ça avec du recul et réaliser qu’il avait sincèrement pensé qu’elle couchait avec lui. C’était donc l’image qu’il avait d’elle ?! Si ce n’était pas si déprimant, elle en aurait probablement ri. C’était l’hôpital qui se fichait de la charité, il avait annoncé qu’il viendrait récupérer ses putains d’affaires pour aller s’installer chez une traînée et il trouvait le moyen de péter un câble à l’idée qu’elle puisse coucher avec un autre. Elle ? Coucher avec un autre ? C’était aussi crédible que lui qui faisait semblant de ne pas voir toutes les têtes se tourner sur lui à son passage dans le moindre endroit sur cette foutue planète. Non content de la rendre malheureuse, il voulait, par-dessus le marché, en faire sa prisonnière, ça l’arrangeait bien qu’elle ne mette pas le nez dehors, au fond, il pouvoir garder le contrôle sur elle, il pouvait gérer sa vie à distance, parce que c’était un malade, comme tous les autres types, comme son propre père ! Toujours besoin de lui… C’était malheureusement vrai mais pas pour les raisons qu’il se figurait, cette constatation fit remonter son envie de fondre en larmes alors qu’il semblait se délecter de l’instant. Le voir partir fut un réel soulagement. Elle ressassait, verre après verre, essayant de comprendre, essayant de trouver des réponses, fixant son téléphone, se demandant si ça valait le coup de l’appeler, son regard avait parlé pour lui. Elle l’éteignit et s’assomma à la téquila sans se laisser le temps de respirer. Ce n’était pas la manière dont elle voulait vivre, ce n’était pas la vie dont elle voulait pour elle, elle ne l’aurait même pas souhaité à son pire ennemi. Il fallait mettre un point final à ces conneries pour de bon et elle ne voyait que ça. Si elle avait pris la peine de réfléchir plus de deux secondes, elle aurait probablement opté pour le balcon, personne n’avait dit que c’était l’idée du siècle la plus infaillible qui soit.



***



Il était forcément là parce qu’il se sentait obligé d’y être, pour ne pas donner l’impression que tout tombait en ruines, pour maintenir l’illusion que leur mariage était une bonne idée et qu’il était fait pour fonctionner. Elle n’avait pas besoin de sa compassion de circonstance et encore moins de son visage sous le nez alors qu’elle ne cessait de le revoir avec cette fille. Pire encore, elle n’était pas en état d’endurer cette expression qui alluma son regard ce fameux soir. « Tu dis n’importe quoi ! Je voulais que tu sois heureux et tous les types que je connais le sont en sautant tout un tas de gonzesses, c’était ça, que je te disais ! CA ! Pas de t’en trouver une et une seule, ou de la faire venir de Chicago et de vivre avec elle ! Tu dis que c’est moi qui fait semblant de ne jamais rien comprendre, Gaby, mais t’es pas mal doué à ce jeu-là aussi ! » Ces types sautaient tout ce qui passait à leur portée et revenaient toujours auprès de leur femme, mais pas lui, non, lui, il fallait qu’il fasse les choses en grand. Il n’avait pas pu se contenter d’en sauter une par ci par là pour compenser l’inexpérience de sa femme, non, il avait ramené sa pute personnelle de son ancienne vie. C’était pire que tout ! « J’ai tenté de discuter avec toi, Gaby, des milliers de fois ! Et tu oses dire que tout ça, c’est de ma faute et uniquement de ma faute ?! Putain tu t’attendais à quoi ? Je n’y connais rien, rien du tout et chaque fois que j’ai demandé des explications, tu bottais en touche ou tu m’ignorais ! Tu crois que je devrais tout savoir mais ce monde ne ressemble en rien à celui d’où je viens et toi, t’as arrêté d’essayer de m’y faire une place ! » Elle n’était pas blanche comme neige dans toute cette histoire, elle avait agi comme une ado attardée et égoïste bien des fois, ne sachant pas vraiment quelles étaient les limites et ne comprenant pas toujours ce qu’impliquait son nouveau statut et elle en était désolée mais il n’était plus question de lui présenter la moindre excuse. La dernière fois, il la tourna en dérision, elle ne lui offrirait plus pareille occasion. « JE SUIS TRES CALME ! » opposa-t-elle en hurlant presque, ce qui fit ouvrir la porte à l’infirmière qui jeta un coup d’œil à sa patiente, lui demanda si ça allait et après un hochement de tête en guise de réponse, disparut. « Je bois toute seule, avec qui tu veux que je boive, t’es pas là ! Et je bois parce que je suis triste et que je me sens seule ! Ca endort tout ça, sinon je passerais mes journées à pleurer et chez mon père, on ne pleure pas, on n’a pas le droit ! » Pourquoi elle ne s’était pas contentée de lui opposer un silence franc et massif ? Parce que le silence, c’était son quotidien depuis qu’il avait quitté la maison et qu’elle en était lassée, elle avait encore le cœur d’essayer pour qu’il fuit à nouveau, quelques jours plus tard. Que lui restait-il à disposition ? Repasser à l’acte et parvenir à ses fins cette fois et tout déballer. Cinzia avait été claire, tant que son frère n’aurait pas la certitude qu’elle le voulait près de lui, il continuerait à agir comme un abruti parce que c’était un homme et que les hommes ne comprenaient jamais rien à moins de leur expliquer et de leur faire des dessins en prime.


Reprendre le dessus n’était pas si facile, encore moins avec une addiction à l’alcool relativement prononcée. Elle essayait de se limiter au maximum pour garder la pleine possession de ses facultés. Elle avait repris contact avec Amelia et faisait de son mieux pour organiser ses journées autrement, s’obligeant à sortir et travaillant avec Cinzia. Quand après avoir fouillé les messages sur le téléphone de sa putain, elle comprit qu’ils iraient au restaurant et qu’elle eut l’adresse avec son mouchard sur le portable de Gaby, elle fonça sans se soucier de ce que ça donnerait. Cinzia lui avait assuré qu’il ne la repousserait pas et elle avait envie de lui faire confiance, quand bien même, aussi douloureux cela serait-il, les choses seraient claires. Elle avait une bataille à mener et elle pénétra dans cet endroit à la mode comme une conquérante, cela eut beaucoup d’effet sur les personnes présentes et surtout sur le serveur qui finit par se laisser convaincre, autant par ses billets que son décolleté. Elle n’était pas là pour impressionner qui que ce soit, elle voulait ramener son homme à la maison et faire comprendre à la pétasse blonde qu’elle avait eu la vie facile pendant trop longtemps. « C’est faux, Gaby et tu le sais très bien ! » Il s’était convaincu qu’elle sortait avec ses nouveaux amis parce que sa compagnie ne lui plaisait pas alors qu’elle avait seulement tenté de se sociabiliser et de se créer un petit réseau, ni plus ni moins. Sa petite pique sur leur vie sexuelle lui serra le cœur mais lui permit au moins de prendre conscience du problème. Bien avant qu’il ne rende les armes, ils ne couchaient ensemble qu’occasionnellement, elle avait dû mettre ses désirs en sourdine, pensant qu’il n’avait pas la tête à ça, visiblement, ça venait d’elle. « Peut-être que si tu l’avais dit plus tôt, on en serait pas là ! » répliqua-t-elle, ne le quittant des yeux que pour remettre sa pute à sa place. « Ca m’intéresse, sinon je ne serais pas là ! » Sa blonde se sentit pousser des ailes et elle eut une fulgurante envie de lui faire mal, très mal, au lieu de ça, ce fut Gabriele qui s’en chargea et il alluma chez sa femme une pulsion de désir qu’elle eut beaucoup de mal à réprimer. « Au revoir, Liz ! » lui lança-t-elle avec un grand sourire en agitant la main avant de prendre sa place sans s’inquiéter du regard désespéré du serveur. « Je ne voulais pas que tu me repousses, je l’aurais mal vécu ! » admit-elle avant de poser sa paume sur la sienne. « Non, je veux que ce soit elle qui arrête de se mettre à genoux. J’aimerais qu’on discute et qu’on arrange les choses. Je suis fatiguée d’avoir l’impression d’être l’autre femme. Gaby, si ça ne t’intéresse pas, il faut me le dire, que je ne me fatigue plus. » Elle était gênée, se sentait mal, tremblante et elle retira sa main de la sienne, commanda une vodka pour tenter de faire passer le malaise, se demandant si c’était à cause de ce qui se passait ou bien du fait qu’elle n’avait rien bu depuis le matin même. « Tu aimes ma tenue alors ? Ca ne fait pas trop lesbienne pour toi ? » le taquina-t-elle, espérant qu’ils seraient capables de passer une bonne soirée. Elle ne joua pas toutes ses cartes en une fois, faisant monter la sauce comme Cinzia le lui avait conseillé mais elle aurait préféré qu’il rentre avec elle, au lieu de ça, ce fut Carlo qui l’escorta jusqu’à l’appartement pendant que Gaby rentrait chez sa putain, répondant à ses messages de façon distante.


Un coup dans l’eau, ça la rendait malade. Mais elle ne but que trois verres de plus ce soir-là, un exploit. « Il a dit qu’il avait l’impression de me violer à chaque fois qu’on couchait ensemble ! » débriefa-t-elle avec sa belle-sœur au téléphone le soir-même, dépitée, ne sachant plus vraiment comment s’y prendre pour empêcher le Titanic de sombrer. « Tu sais quoi ? Je viens te chercher demain et on va chez Lyla ! » « Pourquoi chez Lyla ? » « Parce que, tu vas voir ! » Tous les jours pendant près d’une semaine, elle se retrouva sur le domaine Gambino à apprendre des trucs peu catholiques dans l’appartement du nouveau parrain, rien que ça, c’était un putain de Kamoulox qui l’amusait. Elle s’arrangeait pour maintenir le contact avec son mari, qu’il comprenne qu’elle n’abandonnait pas mais pour se laisser le temps d’apprendre ce qu’il y avait à savoir. « Il va au cinéma ce soir, c’est ce qu’il me dit ! » « Ok, souviens-toi de ce qu’on a vu et ça ira ! Mais garde en tête qu’il ne faut lui donner qu’un aperçu, tu fais ça et tu te casses, il va te suivre comme un petit chien ! » « Et s’il ne me suit pas ? » « Il va te suivre, ma chérie, faut sortir l’artillerie lourde ! » confirma la mexicaine avec un large sourire.

Les vêtements avaient été choisis par les filles et elle pouvait dire merci à Amelia pour le maquillage, une fois qu’elle entra dans le cinéma puis dans la salle de projection, il ne lui fallut pas longtemps pour le repérer et foncer. Elle avait retenu sa leçon, l’embrasser. Elle gravit les marches avec une élégance qu’elle ne se connaissait pas, arriva à leur hauteur et se pencha sur Gaby qu’elle enlaça en lui offrant un baiser passionné qui sonnait comme une promesse. « Salut ! » dit-elle enfin contre ses lèvres. « Toi partir si toi vouloir, Liz ! » lui lança-t-elle en s’installant à la gauche du sicilien, bien contente de son petit effet et le sentant fébrile près d’elle.Il ne lui laissa aucune chance, abattant ses cartes les unes après les autres, prouvant qu’il était un bien meilleur joueur qu’elle, bien qu’elle fut plus réceptive que jamais. Il y avait encore du boulot mais elle était certaine qu’ils étaient en bonne voie. Nichée au creux de ses bras, elle ne put réprimer une vague d’émotion et se mit à pleurer alors qu’il demandait s’il avait fait quelque chose de travers. « Non, je suis juste contente que tu sois revenu ! Je voulais tellement que tu reviennes et je ne savais pas comment te le dire parce que je pensais que tu t’en foutais ! Que tu me détestais ! Je voulais pas que tu me détestes, Gaby ! » Elle s’assit près de lui et prit sa main pour entrecroiser leurs doigts, essuyant ses larmes de son autre bras. « Je sais que c’est pas facile avec moi, je sais bien. Et dès que quelqu’un compte trop pour moi je mets de la distance parce que ça me fait peur, j’avais peur de ce que tu pourrais me faire et je me le suis fait toute seule. Je t’ai poussé à partir ! » Il semblait prêt à répliquer et elle leva les yeux : « Attends avant de dire quoi que ce soit, laisse-moi juste finir, je ne sais pas si je pourrais le faire plus tard. Quand j’ai réalisé que je t’aimais, je me suis renfermée pour me protéger, parce que je ne sais pas quoi faire de ça. Je nous ai rendu malheureux tous les deux et je suis désolée pour ça ! Y a des tas de choses que je ne comprends pas mais si tu veux bien m’expliquer, si tu veux bien rester ici, avec moi, alors je te promets que j’apprendrais et que je ferais de mon mieux. T’es tout ce que j’ai, Gaby. Si tu n’es pas là, je n’ai plus de raisons de continuer et j’essayais de me convaincre du contraire mais c’est faux. J’ai besoin que tu me souries, que tu sois là pour me serrer dans tes bras et me dire que tu te sens bien. Voilà… Maintenant faudrait que tu dises quelque chose parce que je parle jamais autant d’habitude et je me sens pas à l’aise, j’étais ridicule ? Ok, faut peut-être oublier ça et que j’ai pleuré aussi ! » Se dévoiler comme ça était risqué et terriblement effrayant pour quelqu’un qui aimait tant avoir du contrôle sur tout, et cela expliquait sans doute ce qui suivit. « Sur une échelle de 1 à 10, t’as trouvé ça comment dans les toilettes ? » demanda-t-elle en rougissant jusqu’aux cheveux, reprenant ses bonnes vieilles habitudes.

 




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MessageLun 17 Oct - 21:26

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne



Qu’elle sous-entende clairement comprendre qu’il n’était pas le bienvenu dans cette chambre d’hôpital où elle se rétablissait lentement, mais sûrement, d’un coma causé par une surconsommation d’alcool le dérangeait sans le surprendre. Elle l’avait presque mis à la porte. Elle n’avait ni besoin ni le désir qu’il soit près d’elle. S’ils n’étaient pas mariés, sans doute aurait-il respecté son choix de le garder loin d’elle. Il n’en avait cependant ni le droit ni vraiment l’envie. Il s’inquiétait pour elle, au nom de toute cette affection et de ses sentiments qu’elle gagna à la genèse de leur relation, mais dont elle ne faisait aucun cas. Chaque fois qu’il s’était vu, depuis son départ pour Lizzie, elle s’arrangeait pour l’insulter, en lui refusant d’accomplir ses devoirs ou en le comparant à la majorité. Il n’était pas comme les autres. Il ne l’avait jamais été. Il était né bègue et le resterait toute sa vie. Sa personnalité, il la construit autour de ce handicap. Il limitait ses conquêtes et le privait de confiance en lui. Sa consolation, c’était qu’il y avait plus grave ailleurs. Cette tare n’était pas une maladie incurable qui aurait raison de lui. Il n’en crèverait pas directement. Néanmoins, ne pas reconnaître qu’il n’en était pas moins un homme différent du commun des mortels, c’était injurieux. « Non ! Tu disais que tu aimais bien t’inventer des généralités quand elles t’arrangent bien. Je n’ai jamais fait revenir qui que ce soit de Chicago, Jez. Elle est venue d’elle-même, parce que, elle, elle a bien conscience que je ne suis pas comme tous les types que tu connais. Elle a de l’intérêt et du respect pour moi, elle. » cracha-t-il en priant pour qu’elle ne surenchérisse pas. Une dispute la fatiguerait. Quant à lui, il se montrerait si désagréable qu’il finirait par le regretter. Elle avait toutefois des tas de choses à dire, des reproches à formuler et il soupira, agacé par sa détermination à être de mauvaise foi.

« Ah oui ? Pourquoi ? Quand est-ce que tu as vraiment voulu t’y faire une place ? Hein ? » Cette fois, il se leva du fauteuil, les pupilles cramoisies de colère. « Tout ce que j’ai fait, pensé ou proposé, tu t’en es moqué comme de ta première chemise. Tu m’as clairement dit que ton rêve le plus fou, c’était de retrouver ta vie d’avant. Alors, quand ? Quand est-ce que tu as essayé de te faire une place dans mon monde ? Quand tu es sortie dans une boîte pour les putes en rut dégoûtées par les hommes qui s’échangent comme on se prête un sac à main ? Quand tu m’as clairement fait comprendre que tu avais été si mal mariée que quand tu as de la reconnaissance à exprimer envers quelqu’un ou que tu as envie de l’aider, c’est chez Mani que tu vas pleurer ? Parce qu’accepter un cadeau de Luciano, ce n’est pas entrer dans mon monde, ça. C’est me faire passer pour le salaud de l’histoire, parce que tu aimes bien, ça, pas vrai ? T’arranger pour que ma petite sœur me tourne le dos… Mais, ce n’est pas moi qui t’ai tout pris, Jez. Je te l’ai dit, tu trompes de coupable et un jour, ça va te retomber dessus. Précisément quand la Cinzia se rendra compte que tu te fous complètement d’elle, que tout ce qui t’intéresse, c’est de rester le plus près possible de ton frère et de la MS » s’emporta-t-il au point de ne pas être capable d’exprimer le fin fond de sa pensée. Elle était calme, pas lui. Il reconnaissait les symptômes de la crise de bégaiement approché. Il buta sur le mot suivant et, de rage, il lança un pot de fleurs à travers la pièce et s'éclipsa pour quelques minutes. Il évita de relever les raisons de sa passion pour la boisson. Il était dans un tel état qu’il aurait fait dire à un innocent qu’il était coupable de tous les maux de la terre. Le mieux, c’était de revenir, provisoirement, de prendre la température et d’aviser pour la suite par la suite.

Il rentra vite chez Lizzie, mais il n’était pas heureux pour autant. Sa place n’était pas là-bas, mais dans cet appartement, il était toujours le bienvenu. On lui réserva un accueil digne de ce nom. Ça soignait les blessures de son âme et de son cœur. Ces dernières conversations avec sa conjointe n’étaient pas une franche réussite. Elles débouchèrent sur plus de peine que de joie. Ils ne se comprenaient plus, ou pas. L’attrait de la nouveauté les avait conquis un temps, tout comme l’idée de détromper ceux qui pariaient sur leur échec. Il fallait se rendre à l’évidence. Ceux-ci avaient raison et Jez et Gaby, tort de s’acharner au point de se détruire. Elle, elle choisit l’alcool. Lui, il courait à sa perte en jouant les hommes adultères. Un jour viendrait où on le débusquerait pour lui faire la peau. Il ne croyait ni en la clémence de Cosa Nostra, ni aux sentiments de son épouse et encore moins aux miracles. Pourtant, il se produit. Elle traversa la salle de restaurant et il revit son jugement à la seconde. Et s’il était trop dur avec elle ? Si elle était simplement maladroite, comme elle ne cessait de le chanter ? Ce n’était pas si fou, dans le fond. Elle présentait toutes les caractéristiques de la femme jalouse et amoureuse qui déterre la hache de guerre pour récupérer son dû. Elle s’incrusta à la table et insulta sa maîtresse sans vergogne. Pour peu, elle s’asseyait sur les genoux du Sicilien incrédule, mais néanmoins ravi de la tournure que prenaient les choses. « Ah oui ? Et comment veux-tu que je le sache exactement ? » riposta-t-il en évitant de se vexer. La situation ne s’y prêtait pas. Il musela sa fierté et encaissa le reproche à peine voilé en lui rappelant qu’il l’avait fait, en discuter avec elle. Il le lui avait sous-entendu au Salvador, sur un trottoir, alors qu’il s’apprêtait à remettre le couvert dans une voiture. Lizzie, agacée par cet aparté, commit finalement une erreur fatale. Agresser verbalement Jezabel n’était pas une bonne idée, pas devant lui. Elle lui sauterait à la gorge sans qu’il en soit témoin, elle l’aurait certes regretté, mais n’aurait pas récolté cette mauvaise humeur qu’elle ne saisissait pas. C’était compréhensible. Elle le pensait à lui. Son attitude lui ressemblait peu. Elle était déroutée et dégoûtée. En se levant pour quitter la table, elle s’imaginait sans doute qu’il la suivrait, mais elle n’était que la roue de secours à ses yeux. Le réaliser lui ferait une claque monumentale, mais sur l’heure, il ne songeait qu’à ce tête à tête que Jezabel leur improvisa. Serait-ce le début d’une réconciliation ? Qui sait ? S’ils y mettaient du leur et s’il se montrait moins susceptible, ils y gagneraient peut-être quelque chose.

« Pourquoi voudrais-tu que je te repousse, Jez ? Je n’ai jamais voulu ce qui arrive et si c’est l’impression que je t’ai donnée, j’en suis désolé. Tu veux recoller les morceaux, très bien, considère que si je suis resté, c’est que ça m’intéresse, non ? » Il aurait volontiers ajouté qu’il ne voyait pas comment une soirée pourrait tout arranger, mais il n’en pipa mot. Il s’était passé des tas de choses, mais il lui plaisait de croire que c’était possible. Il suffisait de s’arrêter un moment et d’analyser les causes du courant électrique qui le traversa dès lors que ses doigts se mêlaient aux siens. « Tu n’es pas l’autre femme, Jez. Je suis parti parce que je n’avais aucune intention de te tromper. On avait des problèmes, c’est vrai, mais je cherchais des solutions, et elle n’en faisait pas partie. Imagine comment je me suis senti quand tu m’as dit que je pouvais tromper, que ça ne te posait pas le moindre souci ? Ce que j’ai compris à cette invitation, c’était que je me prenais la tête pour rien, parce que tu n’as jamais voulu de moi et que tout ce que tu as fait, jusqu’au mariage, ce n’était pas pour nous, mais pour les autres. Pour leur prouver que tu sais une bonne fille obéissante, qu’un ordre, c’est un ordre, surtout quand il s’agit d’offrir plus de poids à la MS. » Ces explications, c’était la face visible de la lune. Celle qui justifiait qu’elle soit là, dans cette tenue magnifique, à se débattre avec son passé pour l’arracher aux griffes d’une professionnelle du sexe néanmoins raide dingue de lui. « Et, oui, j’aime ta tenue. J’aime ce que tu portes habituellement aussi. Ça ne tenait pas à ça quand je t’ai demandé si tu étais lesbienne. » conclut-il tandis qu’on déposait les trois assiettes devant eux. C’était, pour le moment, inutile de lui souligner que sa relation avec Taylor le dérangeait, parce qu’elle plaisait à l’homosexuelle et qu’elle semblait persuadée que les manucures et autres efforts dépendaient d’elle. Il aurait été forcé de lui raconter expliquer qu’elle était venue le trouver – ce qui manqua de signer son arrêt de mort – pour le narguer. Il n’avait pas envie de lui rapporter qu’il était resté impassible, mais que depuis, il fomentait des plans de vengeance. C’était comme lui crier qu’il l’aimait et qu’il crevait de jalousie. Il n’était pas prêt pour ça. « Je ne veux pas te froisser. J’aime bien l’idée qu’on puisse passer du temps ensemble sans se sauter à la gorge, mais je ne rentrerai pas pour autant. Pas ce soir. Ce n’est pas correct et… et je ne sais toujours pas sur quel pied danser avec toi. » Par rapport à Mani, Amelia, Lowen, Taylor, ses potes du Salvador… « Alors ? Tu t’éclates avec ma sœur à bosser sur le blog ? C'était ça dont je voulais te parler avant de balancer ton PC par la fenêtre. C'était excessif. J'ai pas réfléchi. » révéla-t-il avec un soupçon de possessivité qu’il ne fut pas en mesure de cacher. Pour donner le change, il subtilisa son verre et le troqua pour de l’eau. « Et, tu sais, si tu veux que ça s’arrange, tu devrais éviter. Pourquoi j’accepterais pour toi ce que je ne tolère pas pour moi ? » Boire, fumer… et parfois vivre, simplement.

Il hésita longuement entre la suivre – ce qu’elle semblait vouloir – ou repartir seul, pour s’isoler et trier ses idées. La précipitation ne servirait à rien. Leur mise au point n’était pas aboutie. Ils restaient encore des griefs à formuler et à justifier, autant de la part de l’un que de l’autre et ateler la charrue avant les bœufs provoquerait une seconde chute, bien plus grave, car ils ne supporteraient pas les désillusions. Jez était jeune, instable et portée sur la boisson. Demain, elle écrirait peut-être une partition différente et il n’y aurait pas sa place. Les fausses joies, c’était dangereux. Utiliser Lizzie, dégueulasse, mais il rentra, se fit pardonner à sa manière et détesta ce qu’il ressentir. Sa femme était partout. Les cuisses de son amante n’effaçaient en rien son image et le souvenir de cette conversation prometteuse. Ils sortirent moins. Il se montrait distant, tant avec sa compagne illégitime qu’avec l’officielle, plus obsédante que jamais et à laquelle il rendit des comptes la première fois, depuis ce restaurant, où il mit le pied dehors avec elle. Secrètement, il espérait que Jezabel se pointerait dans ce cinéma. Il pourrait alors clore tous les débats et décider de la suivre. Ça ne tenait qu’à ça finalement, mais elle offrit bien mieux en glissant ses doigts dans son pantalon devenu soudainement trop étroit. « Je me demande si tu es ivre, ce qui ne semble pas être e cas. » répondit-il sans chercher à la vexer. Il énonçait plutôt sa surprise avec sa maladresse légendaire, heureux qu’elle ne se démonte pas, mais terriblement mal à l’aise vis-à-vis de sa voisine de droite. La « blondasse », comme l’appela la Maruzella en la croisant dans un couloir, chez leurs parents. Ça lui avait échappé, dit-elle. En revanche, ce qui n’était pas le cas pour Gaby, c’était qu’il intégrait le « pourquoi » elle se réfugia avec sa jumelle au côté de Lyla. Ce qui restait un mystère, c’était le comment. Comment transforme-t-on une jeune femme aussi prude en une audacieuse capable de tomber à genoux dans des toilettes ? Comment ? « Tu n’es pas obligée de faire à ça. » tenta-t-il alors qu’elle déboulait sa ceinture, ahuri par sa détermination et impressionné par son avidité. Ce n’était pas exactement ce qu’il attendait d’elle. Le lâcher-prise l’aurait contenté. Il ignorait ce que les filles lui mirent en tête et où elle trouva la force de s’occupe r de ses besoins au détriment de sa pudeur. il ne savait d’ailleurs ce qu’il convenait d’en penser. Devait-il l’arrêter ? Rentrer avec elle et discuter ouvertement de leur vie sexuelle ? Certainement, mais à l’impossible nul n’est tenu. La raison le fugua à l’instant même où ses mains et ses lèvres s’employèrent à le rendre complètement fou. Sa respiration haletante en témoignant, il n’était plus à même de réfléchir correctement et, soudainement, tandis qu’il approchait du point de non-retour, elle se redressa et le défia d’une phrase dont le but était clairement défini. Plus que la débauche, c’était lui qu’elle voulait, chez eux, pas à des kilomètres où il s’oublie trop souvent dans les draps d’une autre.

Abasourdi et son pantalon à ses chevilles, il fit un bilan rapide de la situation, lui reconnaissant qu’elle avait su y faire avec lui. Aurait-elle été différente qu’il se serait imaginé qu’elle n’en était pas à son coup d’essai. Sauf que ça ne collait pas au personnage. Elle n’était pas seulement une jeune vierge quand il la rencontra, elle était asexuée. Elle n’était pas programmée pour le vice et le plaisir, contrairement à lui qui, durant des années, tria sur le volet ses conquêtes, par respect pour lui, mais qui en comptait tout de même plus d’un à son actif, assez pour la modeler s’il y avait mis du sien. Il n’en avait rien fait. Rien du tout. Il était si con, parfois ! Et il n’était pas trop tard visiblement. Elle l’espérait. Il remonta son froc à la hâte et courut derrière elle, persuadé qu’il apercevrait sa silhouette sur le trottoir, mais elle était toujours dans le corridor. Il la surprit d’une main sur ses fesses plus généreuses que dans son souvenir, enroula son bras autour de son épaule et lui souffla : « Je peux peut-être te déposer, c’est sur mon chemin. » Il lui sourit et, libéré d’un poids, il se comporta à nouveau comme l’homme naturellement galant qu’il était en tout temps et surtout avec elle.

Bien sûr, ce fut compliqué. L’envie irrépressible de lui sauter dessus était difficilement gérable. Il bouillonnait et, étonnamment, elle n’était pas en reste, quoique plus coriace que lui. Un pied dans le hall de l’immeuble de l’appartement, il la déshabillait déjà. Il la débarrassa de sa petite culotte à une vitesse fulgurante, son visage enfoui dans son cou. Il mordilla sa peau fine et, plus tard, dans la chambre qu’ils rejoignirent à grand-peine, celle de ses cuisses, synonyme d’une proposition indécente. Elle se crispa sur-le-champ et il crut d’abord que ça tournerait en déconfiture, mais non ! Elle désirait allumer. Ça, c’était une première. Elle le remonta comme une boîte à musique. L’idée de voir ses traits s’éclairer sous le joug du plaisir accéléra le rythme de son cœur. Elle était d’une beauté incomparable et ce fut probablement le plus excitant et le plus rassasiant de tout leur rendez-vous charnel. Plus elle l’appelait, plus il était doux et attentif. Qu’elle finisse par pleurer, tandis qu’elle souriait encore quelques secondes auparavant, lui laissa une drôle d’impression, celle qu’il n’aurait jamais, ô grand jamais dû venir. « Oh, putain, Jez, ne me fait pas ça, s’il te plaît. » supplia-t-il en se redressant, étirant son bras pour ramasser son boxer. Il l’enfilait, assis sur le bord du lit, lorsqu’elle le rattrapa, s’installant à ses côtés, ses doigts s’entrelaçant aux siens. « Je ne te déteste pas. Je ne m’en foutais pas non plus. Arrête de pleurer, s’il te plaît. » Il trouvait ça étrange, compréhensible, mais ça le foutait fichtrement mal à l’aise. « Je suis là, maintenant. Non ? Si tu ne veux pas que je parte, il n’y a pas de raisons que je le fasse. » La suite de ces confidences, il n’y était aucunement préparé et demeura sans voix un temps certain, la dévisageant et essuyant une larme de sa joue. « C’est vrai ? J’ai le droit de dire un truc maintenant ? » la taquina-t-il non sans l’avoir embrassé au préalable, à défaut de pouvoir sonner la cloche qui lancerait le second round. Ce serait plaisant, certes, mais horriblement déplacé. Elle lui dévoilait absolument tout ce qu’elle avait sur le cœur, de la nature de ses sentiments en passant par des excuses. Elle se renfermerait sur elle-même s’il ne s’ouvrait pas un minimum. Qu’avait-il à perdre de surcroît ? Elle avouait elle-même qu’elle était amoureuse de lui dans un effort considérable. Elle méritait bien qu’il lui renvoie la pareille.

Le mieux, c’était de ne rien calculer et ne pas réfléchir avant de parler. Il respira un grand coup, l’attira contre lui et se jeta à l’eau, fort de ses confessions. « Tu n’es pas responsable de tout, ma puce. J’ai mes torts moi aussi. Je suis conscient que j’agis parfois comme si tu étais forcée de tout savoir, mais ça n’arrivera plus. Je n’essaierai plus d’éviter les sujets qui me mettent mal à l’aise parce que j’ai peur de l’impact qu’ils peuvent avoir sur moi. C’est aussi pour ça que je ne sors pas souvent, sauf si on est que tous les deux. Ce n’est pas parce que ça ne m’intéresse pas. Tout ce que tu fais à de l’importance pour moi, parce que j’ai envie de tout connaître de toi. J’ai parfois eu des réactions excessives, et je sais que tu ne les as pas comprises, mais je ne supporte pas que quelqu’un d’autre puisse poser les yeux sur toi, encore moins quand tu es à moitié nue. J’ai besoin que tu n’appartiennes qu’à moi, tu comprends ? J’ai besoin de ça, parce que tu en sais plus sur moi que n’importe qui… » Même sa jumelle. Elle ne partageait pas son intimité et ne vivait plus avec lui depuis longtemps. « Ce que tu as entre les mains, c’est mon équilibre et je sais que ça peut paraître complètement dingue, à cause de ce putain de mariage arrangé, mais, je me suis surpris à croire que c’était la meilleure chose qui puisse m’arriver avant que tout ne dégénère. Je crois que j’ai flippé, parce que je n’avais pas envisagé de m’engager avant ça, encore moins sentimentalement. J’ai besoin que tu me fassses confiance et que tu m’aimes aussi, parce que même si c’est pas l’impression que ça donne de ton point de vue, jamais je ne serais parti m’installer chez une autre si je ne t’aimais pas et si je n’étais pas tomber amoureux de toi. Je ne pouvais pas de te forcer à ce que ça soit réciproque. Ça m’a fait chier. Je n’ai pas supporté que tu m’envoies promener. Mais je n’ai jamais douté que tu ne me causerais aucun ennui pour autant. Jamais. » Au fur et à mesure de son monologue, il se réinstalla sur les couvertures, l’étreignant et la retenant fermement contre lui. « Je tiens à toi, Jezabel. Je veux que ça se passe bien entre nous. » Il lui assura par la suite que, si le 10 correspondait à : « quand on recommence », il lui aurait accordé une bonne moyenne. Peut-être même la note maximale. Il la taquina encore un peu, puis l’entraîna avec lui sur les chantiers de la lubricité.

Ils passèrent beaucoup de temps enfermés dans l’appartement, se commandant des plats préparés et répondant à peine au téléphone, à moins que ça ne soit jugé urgent. De l’amour et un peu d’eau fraîche, ça semblait leur suffire, mais ça ne durerait pas. Gaby le savait et il n’en douta plus alors qu’il la trouva, un matin, tremblante et transpirante dans leur lit. Le manque d’alcool commençait lentement, mais sûrement à la rappeler à l’ordre. En d’autres circonstances, il s’en serait offusqué, mais il était en partie responsable de son accoutumance qui débuta il y a un moment, si bien qu’il la ramena contre lui pour déposer sur ses joues quelques baisers. « Tu as pris rendez-vous chez l’addictologue ? Tu vas quand ? Je vais venir avec toi, comme ça, je vais pouvoir t’aider à rendre tout ça moins compliqué que ça n’y paraît. Je suppose qu’il faut y aller progressivement, que tu n’es pas obligée de prendre des cachets comme ils tous tendance à dire. » Elle se retourna dans ses bras pour lui faire face et lui adressa un semblant de sourire qui lui transperça la poitrine. « Tu sais. Je me dis qu’on devrait peut-être partir tous les deux. S’isoler quelque part. On pourrait terminer ce qu’on a commencé. Discuter, je veux dire. Discuter de ce qui s’est passé, de ce qu’on veut et de ce qu’on ne veut plus. J’aurais tout le temps de répondre à tes questions comme ça. On devrait partir en Sicile. C’est le meilleur endroit pour toi comprendre ce que je suis. Je suis un vrai stéréotype, alors. Et puis, c’est beau. Vraiment beau. Je suis sûre, ça te plairait. Qu’est-ce tu en penses ? Tu nous bidouilles l’agenda de ton médecin, on va le voir, comme ça je suis rassurée et on prend l’avion ce soir. » De fait, le soir même, Luciano, guilleret, les déposa à l’aéroport, les taquinant lourdement. « Putain, Lucky, mais tu me fatigues à un point. »

Ça le fit rire aux éclats, mais Gabriele fut heureux que son emploi du temps ne lui permette pas d’attendre avec eux qu’ils embarquent. « Il se passe quoi entre Luciano et toi, exactement ? » s’enquit-il ensuite brusquement tandis qu’il buvait un café dans un petit bar. « Je te demande parce que vous avez l’air très complice. Je sais que vous vous êtes vus à cause du gars qui a chopé le téléphone de Lyla. D’ailleurs, je n’ai pas pensé lui demander comment ça s’était terminé. Tu peux peut-être me dire. Je suis curieux, je t’avoue. Et, avant que j’oublie, je me disais que ce serait bien que tu ne boives pas une seule goutte d’alcool du tout, si tu peux. Si ce n’est pas trop difficile. Tu crois que tu pourrais ? Parce que, en contrepartie, j’ai pensé que ce serait le bon moment pour moi d’arrêter de fumer. Quand c’est trop difficile, on en parle et on voit comment on peut régler le problème. Je connais un truc bon pour la santé qui peut devenir très addictif aussi. » Au moment où il lui fit cette proposition, il n’imagina pas trente secondes que, plus tard, après avoir passé quelques jours dans sa famille, elle le solliciterait pour louer une moto et de partir faire le tour de l’île en empruntant les petites routes, quelque frusques dans un sac à dos, un peu de produits à lessiver et des tas de trucs qu’elle jugea utiles. Non ! Il n’en avait pas la moindre idée. Il était encore à tout ce qu’il prévoyait de lui montrer dans le fondement de l’organisation et quel endroit était le plus approprié que le village de Corleone ? Un retour aux sources, ce serait formateur, autant pour l’un que pour l’autre.    


 





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La malavita
Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Jezabel Gambino
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MessageJeu 20 Oct - 14:35

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT el marido


Qu'il soit malgré tout rentré demeurait un mystère. Elle n'avait pas manqué de lui dire que puisque sa prostituée avait l'air d'être bien mieux qu'elle, il n'avait qu'à s'arranger pour faire disparaître sa femme et donc le problème, qu'il n'aurait qu'à l'épouser elle, comme ça il n'y aurait plus de problème. Jezabel vivait mal qu'il puisse imaginer qu'elle ne le respectait pas ou bien qu'elle le détestait, n'avait-elle pas montré à maintes et maintes reprises que son opinion comptait ? Qu'il avait de l'importance dans sa vie et qu'elle avait de l'admiration pour lui ? Le problème venait peut-être du fait qu'elle ne se prosternait pas comme une putain de soumise. Sinon pourquoi choisir une pute plutôt qu'elle ? Le problème ce n'était pas qu'il avait l'impression de ne pas être assez bien, le souci c'était que la femme qu'on lui avait choisi n'était clairement pas à la hauteur de ses attentes et contre ça, il n'y avait rien à faire, surtout pas s'il refusait catégoriquement de l'aiguiller. Si elle n'avait pas été si remontée contre lui, elle aurait pu reconnaître que seule la jalousie le faisait parler ainsi que la peine mais il renchérissait, sous-entendait qu'elle faisait tout pour le faire passer pour le connard de service en le court-circuitant, préférant passer par son frère plutôt que par lui. C'était arrivé une fois. UNE SEULE PUTAIN DE FOIS ! Et il fallait qu'il remette ça systématiquement sur le tapis, comme si c'était la fin du monde, comme si une erreur méritait d'être rappelée jusqu'à la fin des temps. Le pire fut quand il affirma que la gamine mettait tout en oeuvre pour que Cinzia lui tourne le dos. Comme s'il était possible de séparer des jumeaux, comme si elle était suffisamment sournoise pour faire une chose pareille ! Il osa ajouter qu'elle avait noué des liens avec Cinzia uniquement pour rester à proximité de son frère et donc de ses racines et de l'organisation qui l'avait vue évoluer. Bien sûr, c'était balancé pour blesser et ce fut des plus efficaces. Elle ne se laissa pas impressionner par sa démonstration de force mais cela ne fit que nourrir son courroux et son ressentiment envers lui. Elle aurait pu faire des efforts pour qu'il ne reparte pas mais cette dispute lui laissa un goût amer et elle décida de ne se forcer à rien, parce que quoi qu'elle pourrait faire, il trouverait toujours une bonne excuse de l'accuser de tous les maux du monde. En effet, il devait être plus heureux avec l'autre puisqu'elle avait l'air d'approcher de la perfection selon Gambino parfait. Sans sa belle-soeur, elle aurait replongé et attendu que le pire la fauche en plein vol, se disant qu'elle aurait enfin la paix, au lieu de ça, elle se remit en condition et monta au créneau, il était temps que les choses rentrent dans l'ordre.



Sa confiance en elle avait été entamée par tous ces conflits et la situation et la concernant, ce n'était pas anodin. Elle avait toujours respiré la confiance, plus sûre d'elle que Jezabel, c'était difficile à trouver et pourtant, après ces déboires, elle n'était pas bien sûre de faire le poids en débarquant au restaurant. Oh, elle pourrait facilement péter les dents de celle qu'il avait choisie, la démolir et lui faire mal mais gagner un combat à la loyale en termes de séduction, c'était tout autre chose. Jolie, elle l'était, comme une fille innocente et insipide mais séductrice, pas vraiment. Pourtant, elle put compter sur la stupidité de sa rivale pour se tirer une balle dans le pied et lui donner l'avantage. Ca ne durerait peut-être pas mais elle saisit cette occasion, se sentant un peu nerveuse. Elle n'avait pas prévu que ce serait si simple. « Je ne sais pas, parce que tu es fâché contre moi ou bien parce que même si tu as essayé, je ne t'intéresse pas. »  répondit-elle, incapable de le regarder dans les yeux de peur d'y lire une réponse qui lui ferait mal au coeur. Il avait envie d'arranger les choses, c'était déjà une bonne nouvelle, il y avait un peu d'espoir mais tout reposait désormais sur les épaules de la jeune femme et elle espérait ne pas tout faire foirer en mettant le feu aux poudres, ce qui demeurait sa spécialité. « Non, non... » assura-t-elle en alliant le geste à la parole et en secouant la tête. Cinzia avait affirmé qu'elle devait s'ouvrir et arrêter de jouer l'huître de service, parce que si elle s'enfermait dans sa carapace, ils ne s'en sortiraient jamais et Gabriele ne trouverait aucune raison d'aller au-delà de ses aprioris.  « Je sentais bien qu'il y avait un problème entre nous, surtout pour le sexe, parce que quand j'essayais d'initier quelque chose, tu me faisais comprendre que ça n'arriverait pas. Je ne comprenais pas ce que je faisais mal même si j'avais bien saisi que c'était ma faute. Je me suis dit que c'était parce que tu trouvais ça nul, avec moi. Alors je me suis dit que si tu pouvais t'amuser avec d'autres, tu te sentirais moins lésé mais que tu rentrerais toujours auprès de moi. Gaby, tu n'es pas ma mission, sinon je n'essayerais pas de trouver ce qui pourrait te rendre heureux. Tu comptes beaucoup pour moi, je voudrais que tu sois bien avec moi et j'ai l'impression que dès que je fais un truc, je suis à côté de la plaque. » Elle aurait pouvoir compter sur son instinct mais on ne pouvait pas dire qu'il avait été d'une grande aide jusqu'à présent, bien au contraire. Elle s'était plantée en beauté. « J'aime pas, quand tu me dis des trucs comme ça, parce que tout le monde croyait que j'étais lesbienne déjà avant et chaque fois, ça me blesse ! Parce que je ne le suis pas mais les gens qui le sont me gênent pas. C'est pour ça que je suis devenue folle quand tu m'as balancé ça ! » Elle jouait nerveusement avec les doigts de son époux, les mains légèrement tremblantes, se demandant si elle faisait bien d'en dire autant, de lui permettre de la blesser si l'envie lui prenait. C'était un jeu dangereux. Qu'il lui annonce qu'il ne rentrerait pas lui fit l'effet d'une gifle, elle baissa les yeux et se demanda ce qu'elle faisait là. « D'accord. » répondit-elle simplement, sentant qu'elle était sur le point de fondre en larmes et elle accueillit son verre avec soulagement, elle l'avala d'une traite et en commanda un autre, le premier n'était là que pour éviter le manque. « Oui, c'est drôle et intéressant, je travaille aussi pour le site de la boutique d'Amelia, pour que les gens viennent à sa boutique et puis parfois, j'aide un peu Luciano aussi, quand il a besoin. Mais ça tu sais déjà. Ce n'était qu'un ordinateur, j'ai été excessive aussi, je suis désolée. » Finalement, elle ne se sentait pas vraiment à sa place, ayant l'impression d'être la maladresse personnifiée. La brunette abandonna la main de son bien aimé pour tenter d'avaler quelque chose mais le coeur n'y était plus, heureusement, le serveur apporta son salut sur un plateau et Gabriele s'en saisit avant qu'elle n'ait pu y tremper les lèvres. « Oui, bien sûr. J'essaie d'arrêter mais c'est pas si simple... Et puis ça m'aide à faire taire mes émotions, j'ai plus de contrôle sur grand-chose. Gaby, quand tu es parti j'étais folle de rage et triste, j'aurais fait n'importe quoi. C'était la seule façon de m'en empêcher, parce que j'étais persuadée que tu étais bien avec elle, mieux qu'avec moi. »


Ils se quittèrent sur un baiser qu'elle lui offrit avant qu'il n'ait pu penser à tourner les talons après un ridicule baiser sur la joue. Il ne prit pas le chemin de leur appartement et ce soir-là, elle ne put dire non à son pansement habituel, souffrant en silence et seule. Ce n'était pas vraiment une victoire mais c'était mieux que rien, peut-être qu'elle ferait mieux la prochaine fois. Et pour être sûre de mettre toutes les chances de son côté, elle s'entoura des meilleures pour faire le meilleur effet. Ses conseillères étaient de qualité et ça ne manqua pas, il rentra et ils purent se réconcilier dans la luxure et le plaisir. Elles n'eurent de cesse de lui répéter que c'était la façon favorite des hommes pour se faire pardonner et régler un conflit, les mots les faisaient chier, ils en usaient uniquement pour faire plaisir à leur partenaire, ni plus ni moins. Se retrouver dans ce lit qu'elle n'osait même pas regarder en son absence et avec lui, ça faisait beaucoup d'un coup et submergée par l'émotion, elle ne se sentit pas de la refouler, une fois de plus. Sa réponse fut immédiate, il bondit, prêt à partir et craignant qu'il déserte leur nid à nouveau, elle le rattrapa, le serrant contre elle. Il n'était plus question qu'il aille où que ce soit désormais. « Désolée ! » marmonna-t-elle en essuyant ses larmes à la hâte. A vrai dire, elle n'avait pas la certitude qu'il resterait définitivement près d'elle et elle ne voulait pas lui donner le moindre prétexte pour la quitter à nouveau, elle ne le supporterait pas, ça elle le sentait à la manière dont elle était à fleur de peau. Ses grands yeux s'écarquillèrent sous l'effet de la surprise et de la compréhension. Là se situait donc le noeud du problème : la jalousie. La femme de Mani lui en avait bien touché deux mots mais à l'époque, elle n'était pas vraiment en état de comprendre et surtout pas dans les bonnes dispositions. «  Oui, maintenant je comprends mieux. Sur le moment, j'aurais sans doute mieux compris si tu l'avais dit avant de jeter mon PC. » Elle ricana en caressant son ventre avec tendresse. « Tu m'aimes vraiment ? C'est vrai ? » Il confirma et elle lui sauta au cou pour le couvrir de baisers, embrassant chaque parcelle de son visage, comme cette fameuse fois à Chicago, dans la voiture après qu'il ait amené le magasin à elle en sentant sa nervosité. Elle retrouvait son Gaby bourré de gentillesse et de douceur. « Je sais que j'ai un sale caractère et c'est pire quand je suis vexée ou blessée mais maintenant, on se dira les choses, d'accord ?! Toute façon, compte pas sur moi pour te laisser partir ! » Ils s'amusèrent comme deux gosses à se chahuter et passèrent les jours suivants coupés du monde. Jez n'eut pas vraiment l'occasion de s'occuper de son plus gros souci, mais celui-ci se rappelait à elle dès que Gaby s'assoupissait. Elle désertait le lit pour passer ses insomnies d'une façon ou d'une autre. Parfois, elle avait des hallucinations et tentait de gérer ça en silence quand il n'était pas obligé de venir la rassurer. Mais le manque en tant que tel mit un petit moment à s'exprimer mais la happa avec une véritable violence. Elle buvait un shot pour faire passer le pire mais elle savait que ce n'était qu'une solution à court terme et pire encore, elle avait peur que ça pousse son mari vers la sortie.


Comment Cinzia s'était débrouillée pour la convaincre de la rejoindre pour une après-midi à se baigner ? Sans doute quand Gabriele lui avait dit qu'il avait quelques affaires à régler et qu'il ne serait pas là de l'après-midi. Elle lui demanda des détails précis sur ce qu'il comptait faire et avec qui, devenue parano depuis l'affaire Lizzie. Elle embarqua son maillot de main et se retrouva sans après une bataille débile avec Cinzia. Pas plus débile que de se faire voler ses affaires et son téléphone. Tout ça aurait pu tourner bien pire et elles finirent par tout récupérer avec le concours d'un inconnu et du principal responsable, Carlo était malade, couché et avec de la fièvre tandis que Damiano avait un membre de sa famille à l'hôpital et avait demandé à prendre sa journée. Elle s'était retrouvée avec de parfaits inconnus et se dit que ça ne servirait à rien de tenter de négocier leur silence sur ce coup-là, de toute façon, ils étaient déjà morts. On leur ferait payer d'avoir osé les lâcher du regard une seule seconde. Non, ce qu'elle appréhendait, c'était que ça arrive aux oreilles de son mari et ça arriverait forcément, il faudrait dédramatiser pour éviter une dispute, ça se passait trop bien pour tout gâcher. Elle poussa la porte de l'appartement pour le trouver installé à la table de la cuisine, il l'attendait visiblement. « Coucou toi ! Tes rendez-vous se sont bien passés ? » Elle n'avait pas les vêtements qu'elle avait enfilés le matin même, lui qui avait le sens du détail ne manquerait pas de le remarquer. Elle s'approcha pour l'embrasser et il poussa la chaise près de lui ce qui était une invitation à s'asseoir. « Ok, si je comprends bien, on t'a raconté... On se baignait tranquillement, on a fait un pari stupide avec Cinzia et on a retiré nos maillots mais on les a perdus et des cons ont volé nos affaires. J'ai dû sortir de l'eau pour trouver quelqu'un et le faire s'arrêter. Alors ouais, c'est pas forcément très drôle mais c'était ça ou ta soeur, elle était mal à l'aise, moi je m'en foutais. Je suis désolée, parce que je sais que tu n'aimes pas ça mais on n'avait pas le choix. Les gars n'étaient pas avec nous justement parce qu'on voulait pas qu'ils nous voient en maillot. C'était stupide ! Est-ce que t'es beaucoup fâché après moi ? » On ne pouvait pas lui en vouloir de tâter le terrain et de tenter de se prémunir d'une dispute ou d'une éventuelle crise. Sa main vint chercher la sienne, elle la caressa du pouce, espérant que ça l'adoucirait un peu. Elle espérait de tout son coeur que sa jalousie ne prendrait pas le pas sur sa raison, ce n'était pas bien grave, il n'y avait pas mort d'homme, bien au contraire mais pour lui, que deux types dont un qui avait filmé, aient vu sa femme nue, autrement dit aient accès à ce qui devait être SON privilège, ça devait s'approcher de la fin du monde. « Doudou, je te jure que je ne l'aurais pas fait si on avait eu le choix ! »



***



Certaines attitudes ne firent que la pousser à se couper davantage des autres durant l'absence de Gaby de l'appartement. Notamment celle de Taylor chez qui elle atterrit pour trouver une oreille attentive, celle d'une amie et pour pouvoir chercher des solutions. Ce qu'elle récolta fut une déclaration enflammée et un baiser auquel elle mit un terme avant de ramasser ses affaires pour rentrer chez elle. Ce qu'elle cherchait ce n'était pas davantage de complications et de tracas mais des solutions pour faire rentrer son homme chez elle. Elle s'était dit que peu importait qu'il s'agisse d'une femme ou d'un homme, le problème restait le même et qu'une lesbienne était avant tout une personne, elle n'avait pas imaginé que Taylor puisse être amoureuse d'elle et qu'elle verrait la situation comme l'occasion parfaite de prendre ce qui lui faisait envie. Forcément, elle choisit de l'éviter. Elle lui donnait des nouvelles et en prenait mais ne voulait plus la voir pour limiter les risques et parce qu'elle ne voulait pas qu'elle s'imagine ce qui n'arriverait jamais. Gabriele avait beau se comporter comme un vrai con, c'était lui qu'elle désirait et personne d'autre, certainement pas une femme. Son amie eut beaucoup de mal à supporter cette distance imposée, principalement en comprenant que non seulement monsieur était de retour à la maison mais qu'en prime, elle ressortait et profitait à nouveau de la vie sans pour autant lui passer un coup de fil pour la convier. Pour quoi faire ? Se créer de nouvelles emmerdes ? « Pourquoi tu ne veux plus me voir, Jez ? »lui lança-t-elle alors qu'elle rentrait de l'épicerie d'à côté pour acheter des cigarettes à Gaby. « Oh,salut Taylor, toi aller bien ? » « Non ! Je veux savoir pourquoi tu ne viens plus me voir ! Parce que l'autre connard est revenu ? Je suppose que c'est pour lui les cigarettes ! Mais tu ne vois pas qu'il n'en a rien à foutre de toi ?! » « Ca pas être problème de toi, Taylor, si toi vouloir savoir pourquoi moi plus vouloir voir toi, être pour ça ! Gaby être mari de moi ! Moi pas aimer que toi parler comme ça de lui ! » « Ca te gêne parce qu'au fond tu sais que c'est la vérité, je ne sais pas pourquoi tu t'obstines, surtout qu'on serait bien toutes les deux. J'ai pas grand-chose à t'offrir mais je ne te ferais jamais un coup pareil. » La salvadorienne ne put s'empêcher d'éclater de rire. « Toi croire que moi vouloir venir avec toi ? Même un peu ? Toi folle ! Moi être amie de toi mais moi aimer mari de moi ! Si toi aimer femmes, pas moi ! Si toi pas comprendre, toi laisser moi et lui tranquilles ! » « Mais tu ne vois pas qu'il te manipule ! » reprit-elle en ayant l'air d'une malade, lui chopant le bras. Elle se défit de sa prise et la repoussa, lui jetant un regard noir avant de lui tourner le dos pour rentrer chez elle, passablement énervée. Dire qu'elle s'était dévouée pour aller chercher des cigarettes en enfilant un pantalon de sport à lui et un vieux t-shirt pour y aller rapidement et pouvoir profiter du fait qu'elle était parvenue à le convaincre de rester nu jusqu'à ce qu'elle revienne. Elle n'était plus d'humeur.


Il la rejoignit dans le salon, s'installant près d'elle dans le canapé, une cigarette entre les doigts, lui demandant si ça allait. « Non, Taylor était en bas de l'immeuble, elle est devenue folle ! » lâcha-t-elle alors qu'il avait passé son bras autour d'elle pour qu'elle se niche au creux de ses bras. C'était le moment de lui raconter tout pour que personne ne puisse se servir de ça contre eux, jamais. « Quand tu es parti, je me suis dit qu'une amie pourrait me conseiller, je suis allée la voir. En fait, elle a cru que ça voulait dire qu'elle pouvait tenter sa chance. Elle m'a dit qu'elle m'aimait et m'a embrassée. Je l'avais pas vu venir, alors j'ai pris mes affaires et je suis partie, j'ai plus voulu la voir après ça, j'avais assez avec ses messages. Elle essayait de me convaincre que tu te servais de moi, que tu n'étais qu'un enfoiré, comme tous les hommes. N'importe quoi ! Je supporte pas de l'entendre dire du mal de toi ou bien me faire passer pour une imbécile. Je préférais que tu saches ce qui s'est passé pour pas qu'elle te raconte n'importe quoi ! »



***



Tout volait dans l'appartement, elle lançait ce qu'elle avait à portée de main, le visant systématiquement alors qu'il avait eu le malheur de lire un message et de lui dire que ce n'était personne. Elle fit une jolie crise de paranoïa, certaine que c'était Lizzie et que c'était elle qu'il était allé voir la veille quand il prétendit ne pas pouvoir se rendre au restaurant avec elle, Amelia et Olivia. « Tu te fous de ma gueule ?! Tu crois que je ne sais pas ?! » Outre la jalousie, c'était l'un des effets secondaires de son alcoolisme, toutes ses émotions étaient exacerbées, elle qui gardait toujours tout pour elle, sans l'alcool comme barrière se retrouvait obligée de les affronter. « Tu vas attendre que je dorme et tu vas aller la rejoindre, pas vrai, Gaby ?! » Elle était en perte totale de contrôle, ça l'angoissait tellement qu'elle explosait, donnant l'impression d'être complètement folle à lier. Puis elle arriva à court d'objets à lancer et éclata en sanglots, tremblant, balbutiant des excuses qui tournaient en suppliques. « Ne pars pas, s'il-te-plaît ! Je suis désolée, je ne voulais pas dire ça, je suis désolée... » Le souffle court, elle se laissa tomber au sol, enfouissant son visage entre ses jambes, pleurant à chaudes larmes comme une enfant. « Je suis en train de tout gâcher, je suis désolée. Tout est de ma faute ! »



***



Le rendez-vous chez l'addictologue fut un supplice, déballer ses soucis n'était pas une chose qu'elle affectionnait, encore moins face à un inconnu, elle ne lâcha pas la main de son mari une seule fois, se sentant au fond du trou, se demandant si elle serait capable de sortir de cette mauvaise passe. Même la bonne humeur de Luciano ne parvint pas à l'atteindre cette fois et elle fut heureuse qu'il doive partir plus tôt, il l'avait épuisée. Oui, partir au soleil et quitter la grisaille de New York, c'était peut-être de ça dont elle avait besoin. Perdue dans ses pensées, elle parlait peu, essayant de se rassurer, espérant surtout qu'il ne serait pas lassé d'elle avant qu'elle n'ait pu trouver une solution à son problème. « Oui, on s'entend bien. Quand il est venu me voir pour Lyla, on a fait la misère à son dentiste et à d'autres gens, on s'est bien amusés. Lui et moi, on rigole bien. Parfois j'ai l'impression que c'est lui qui a 18 ans ! » admit-elle en affichant un petit sourire pour la première fois depuis quelques heures. « On a trouvé le gars, je lui ai donné toutes les informations le concernant et puis il m'a proposé de l'accompagner, pour que je l'aide à lui faire payer. C'était un grand moment! Ce type a regardé sa femme nue, il a vu toutes leurs vidéos intimes, je comprends que ça le rende malade. Visiblement c'est un truc commun, ta soeur envoyait aussi des photos à mon frère et ils se filmaient. T'aimerais qu'on fasse ça ? Ou d'autres trucs... » Ils n'avaient pas parlé ouvertement de leur vie sexuelle mais il était temps même si le timing était mauvais, ils trouveraient toujours une bonne raison de ne pas le faire, mieux valait mettre les pieds dans le plat. « Je vais essayer ! » Elle le faisait pour lui faire plaisir parce que ça la rendait systématiquement malade mais il fallait qu'elle se débarrasse de cette sale manie, il fallait qu'elle ramène un peu de normalité dans leur couple. « Tu ferais ça avec moi ? » s'étonna-t-elle. « T'es le meilleur ! » A leur arrivée, elle était morte de froid et en sueur, elle avait l'air d'être morte et ressuscitée, pâle comme une morte, mais elle tenait bon, parce qu'elle le lui avait promis. De toute façon, là où ils se trouvaient, de l'alcool, il n'y en avait pas ou peu. Leur première soirée dans la famille fut agréable mais difficile. Elle n'était pas au mieux de sa forme et essayait de se faire une place parmi eux. Elle donna un coup de main à mettre la table, se tenant loin de la nourriture pour le bien de tous mais peinant à ne pas craquer et voler une bouteille de vin. Ce fut pire quand on leur avoua que leur mariage était passé inaperçu. Comment une chose qui avait bouleversé leur vie à tous les deux avait pu se faire dans l'indifférence générale ? Son salut vint de Gaby qui se raidit et qui fut sur le point de faire une crise, elle lui pressa la cuisse et prit le relais avec un regain d'énergie, se renversant son assiette sur elle pour détourner l'attention. Comme à chaque fois, cela fonctionna du tonnerre.
 



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MessageSam 22 Oct - 21:41

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne


Était-il fâché contre elle ? Il n’en était pas certain. Il ne s’était jamais interrogé sur la question. Il était en colère contre la situation, mais il s’était contenté de cette émotion, la jugeant suffisante pour déposer les armes. Ce qui ne l’intéressait pas, ce n’était pas elle à proprement parler, c’était les faits et cette impression qu’elle ne le trouverait jamais à la hauteur. Quiconque l’approchait devenait ainsi source de jalousie, y compris son frère, exactement ce qu’il lui reprocha et ce qu’il ne manquera pas de lui ressortir encore et encore jusqu’à ce qu’il ait le sentiment que sa dette envers lui était rachetée. Laquelle ? Celle où elle le présentait aux yeux du monde comme le roi des imbéciles ou l’incompétent de service. En agissant comme tel, elle donnait raison à son père de faire de lui le vilain petit canard et, le pire, c’était qu’elle ne semblait ni le réaliser ni le comprendre. Était-ce le moment de lui expliquer à quel point le regard d’Ettore était important ? À quel point il se battait pour être reconnu, mais que c’était vain et, donc, frustrant. Elle s’ouvrait, elle. Elle offrait un sens à ses comportements. Ça le rassurait, sans doute parce qu’elle confirmait ce qu’il refusait d’entendre pour ne pas plonger la tête la première dans le flot d’emmerdes et de souffrances que l’espoir engendrerait. La moindre des choses, dans ce restaurant, c’était de rendre la pareille à sa jeune épouse, ne fût-ce que pour rendre honneur à son effort. Elle semblait encore persuadée qu’une belle robe, du maquillage, une manucure ou autre artifice féminin était primordial pour l’équilibre de leur couple alors que lui, il s’en moquait. Ô, bien sûr, il la trouvait agréable à regarder. Jezabel est magnifique en temps normal. Ses atouts mis en valeur, elle était tout bonnement splendide. Difficile de discuter quand on est hypnotisé par les courbes d’une femme qu’on redécouvre. Il n’avait pas souvenir qu’elle était aussi charmante au mariage de son frère. Quant à celui où elle se confessait en partie, il était loin. Il remontait à l’époque où il n’était que fiancé, où tout était beaucoup plus facile, parce que oui, il était sa mission. Mani lui avait demandé de faire un effort, elle l’avait fait. Elle obéissait aux ordres de celui qui avait toujours été là pour elle. C’était logique et sain. Leur relation était basée sur la confiance. Il n’avait pas à la jalouser, il en avait partagé une avec sa sœur. La différence, c’était que Cinzia, éperdument folle de Manuel, adapta ses réflexes au profit de celui qu’elle adorait plus que Gabriele et il aurait tout donné afin que son épouse en fasse pareil. Il n’attendait pas qu’elle l’aime aussi intensément que sa jumelle. C’était impossible. Il se contenterait du minimum, même s’il ressemblait plus à du respect qu’à de l’amour. Un peu d’affection lui suffirait pour le moment. Le reste viendrait sans doute tout seul avec les années. Alors, incapable de se fier entièrement à elle, il haussa les épaules, balaya ses aveux d’un revers de la main et embrassa la sienne fermement maintenue à ses doigts. Il en faudrait plus pour qu’il rentre avec elle. Les mots, c’est pour tromper ou raisonner. La vérité, elle se révèle à travers des actes, pas ceux d’hier, mais ceux de demain, car les choses évoluent, toujours, et pas forcément comme on l’espère. L'unique hypothèse dont il était certain, c’était de sa loyauté, mais elle ne l’était pas vraiment pour lui, rien que pour elle, parce qu’elle l’apprit à la rude et qu’elle se détesterait si, d’aventures, elle renonçait à ce qu’elle fut toute sa vie.

Bien sûr, toute cette méfiance s’envola, d’abord dans les toilettes du cinéma, puis dans leur chambre dont il n’avait plus vu la couleur depuis longtemps. Ils s’aimèrent passionnément, comme ça n’était jamais arrivé auparavant. C’était plaisant, apaisant et, non négligeable, jouissif. Nul doute qu’il prendrait goût à cette dévotion mutuelle si tant est qu’elle s’abandonne à nouveau de cette manière. Face à ses larmes, il détruit que c’était fortement compromis. Elle se sentait coupable. Peut-être même qu’elle avait honte de ce qu’elle avait fait ou de ce qu’elle ressentait. Pour peu, Gabriele aurait pris la poudre d’escampette sans demander son reste, s'interrogeant sur ce qu’il avait bien pu faire au Bon Dieu pour qu’il le punisse en l’humiliant. Or, elle ne pleurait pas de déception. Jezabel se débarrassait de la pression de ces dernières semaines, celle émanant directement de sa volonté de nous sortir la tête de l’eau. Qu'elle lui déclare sa flamme accéléra le rythme de son cœur dans sa poitrine et il la serra contre lui, se réinstallant plus confortablement sur le matelas. Elle en avouait tant qu’elle l’assommait et l’obligeait, bien malgré lui, à déposer ses couilles sur la table. Il était détendu. Aucune crise ne le frapperait soudainement. Il respirait bien et ne souffrait d’aucune frustration sexuelle. C’était le moment de revenir sur leur précédente discussion et cette nouvelle, qu’elle initiait, bien qu’elle semblait toute disposée à se contenter d’un « je suis tombé amoureux de toi. » « Ça va, n’exagère pas. Je n’ai pas dit ça non plus. » la taquina-t-il avec amusement. Elle lui dispensa un léger coup de poing sur le torse et il en rit de bon cœur avant de retrouver tout son calme. Il en aurait besoin. « Je ne sais pas faire comme toi. Me forcer à faire des choses dont je n’ai pas envie parce que c’est peut-être un début de solution. Je ne le fais que dans certains cas, quand je t’ai blessée au restaurant avec ton frère par exemple. Là, ça me semblait judicieux. Ça m’engageait, mais je déteste faire du mal aux gens qui ont de l’importance pour moi ou qui m’en accorde un tant soit peu. Parler de ce que tu ressens, tu fais ça bien mieux que moi. Mais, tu veux que je reste avec toi, alors, je me dis que tu tiens vraiment à ce qu’on a, même si c’est pas très reluisant. Tu t’accroches et je t’admire pour ça. »

En réalité, Jez et Gaby n’étaient pas au bout de leur peine. Même s’il parvenait à recoller les morceaux, lorsque plus tard, avec le recueil, il se remémorerait tout ce que Jez avait fait pour eux, il nourrirait envers lui une profonde colère. Dans le seul but de soigner son ego et de répondre à son besoin de reconnaissance, il laissa son épouse se battre toute seule pour les sauver. Lui, il avait déjà baissé les bars et ce n’était pas digne d’un homme. Ce n’était pas l’attitude qui convenait, c’était plutôt celle d’un lâche. Il avait préféré fuir au lieu d’affronter ses craintes et sa douleur. Mais, qu'est-ce qui n’allait pas chez lui ? Son père le traitait-il comme un gosse parce qu'il lisait en lui ? Et quoi ? Qu'il était un moins que rien ? Un gamin dont on se méfie ? Avait-il seulement des raisons de lui en vouloir ? L’avait-il seulement détesté un jour ? Non ! Au contraire, son couple n’en serait pas là aujourd’hui. « J’aimerais bien te faire croire que si je suis parti, c’est entièrement de ta faute, mais ce n’est pas tout à fait exact. Au-delà de tout ce que je viens de t’expliquer, je n’ai pas su trouver la force de me battre sur tous les fronts comme toi tu le fais. Je me bats tous les jours pour que ma relation avec mon père ressemble à quelque chose, pour ne pas perdre ma sœur qui est complètement aveuglée par ses sentiments pour ton frère et qui ne voit plus que lui, lui et exclusivement lui. Et, c’est un fiasco. Alors, j’ai espéré qu’au moins, toi, tu avais de l’estime pour moi. Que tu ne voyais pas seulement en moi le mari imposé, mais quelqu’un de bien avec qui tu avais envie de faire un long bout de chemin, mais ce n’était pas ce que je trouvais en rentrant. Tu cherchais partout ailleurs de quoi te construire une vie ici et c’est normal. C’est même très sain. Aujourd’hui, je m’en rends compte. Mais, à chaque fois qu’on s’est disputé, que tu as voulu sortir et que tu t’es fait des amis, je me suis dit que tu voulais surtout trouver un moyen de m’échapper. C’était comme si tu refusais ce que j’étais. Si tu mêles tout ça à la jalousie, tu te retrouves avec toute cette merde qu’on a brassée ces derniers temps. De la colère, de l’injustice et de l’excessivité. » Que ses seuls efforts pour l’intégrer consistaient justement à la tenir à l’écart de Cosa Nostra ne lui traversait pas l’esprit tout de suite. Il avait vécu chaque comportement de la part de Jezabel comme un désaveu, mais à quel moment lui avait-il donné envie de comprendre qui il était et d’où elle venait ?

Il le réalisa tandis qu’il brodait son discours tel un artisan débutant. Les grands monologues, ce n’était pas son fort. Il était lui-même surpris de ne pas avoir trébuché sur la première phrase. Elle avait ce pouvoir sur lui, parce qu’elle n’était pas parfaite, loin de là, et qu’elle l’assumait, non pas comme une enfant, mais comme une femme. « Tous tes amis, Jez, sont des dangers pour toi. Et je ne dis pas ça seulement parce que je déteste que tu tournes autour de quelqu’un d’autre que moi, je le dis parce que New York regorge de gens qui sont susceptibles de servir de toi pour intégrer l’organisation. C’est la seule manière de faire, se servir de nos proches, parce que Cosa Nostra est pernicieuse et vicieuse. Elle agit dans l’ombre. Elle ne s’affiche pas avec des tatouages. Elle ne se bat pas dans la rue. Elle est discrète et secrète et elle agit dans l’ombre. » Il plongea son regard dans le sien et fut particulièrement déçu de constater qu’il ne lui apprenait rien. Quelqu’un d’autre s’était chargé de lui raconter tout ça avant lui, son Don, et néanmoins frère, qui avait certainement pensé bien faire, mais qui mettait surtout en lumière son échec. « J’aurais voulu pouvoir te raconter tout ça moi-même. Mais, ce n’est pas bien grave. » Le mot était trop faible, mais il ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même. « J’aurais dû commencer par là, par t’expliquer ce qu’est la famille Gambino exactement. Ça m’apprendra. » avoua-t-il en chassant au loin la colère que lui inspirait la frustration. « En ce qui me concerne moi, directement, je n’ai pas non plus envie que tu croies que je ne voulais pas sortir avec vous parce que je ne m’intéressais pas à ce que tu faisais ou ce que tu voyais, c’est juste que je ne sais jamais comment je vais réagir en société. Je n’ai pas envie d’avoir honte de moi et de te faire honte au passage parce que je vais me murer dans le silence si je suis contrarié par un détail. Enfin, tout ça pour te dire que oui, je vais essayer de te dire les choses. Je vais essayer de te parler beaucoup plus. » conclut-il en se sentant vulnérable et dégueulasse. Heureusement, il pouvait toujours compter sur elle pour égayer son humeur. De bataille de coussins en jeux de main, ils entamèrent un nouveau round aussi plaisant que le précédent, quoique, même ça, il n’était pas parvenu à faire sans aide et ce triste état n’expliquait pas seulement l’indifférence de son frère, il justifiait son manque d’estime de soi dont il souffrait depuis si longtemps.


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***



Jamais il n’aurait pu imaginer que respecter une promesse aurait pu être aussi difficile. Toutefois, en apprenant que son épouse s’était trimballée complètement nue au beau milieu de New York, il fut pris d’une impérieuse envie de détruire l’appartement, de l’appeler pour l’incendier, d’aller la récupérer lui-même pour lui passer le savon de sa vie. Il n’en fit cependant rien, car il avait juré qu’il tenterait d’être davantage dans la communication que dans la rage qui n’apportait rien. En théorie, ça semblait facile. Dans les faits, c’était une autre paire de manches. Elle dédramatisait. Elle se tenait là, en face de lui, à jouer avec ses doigts, comme si rien ne s’était passé, comme s’il n’avait pas le droit d’être en colère ou comme si elle le lui autorisait, mais pas trop longtemps. « Tu recommences ? Tu vas me prendre à nouveau pour un con Jez ? Personne. PERSONNE ne se balade à poil dans New York à part les putes et les tarés. Tu es une pute ? Non ! Tu es tarée ? Non plus ! » Quoiqu’il lui arrive de se poser la question compte tenu des crises de nerfs incessantes auxquelles elle était sujette parfois. « Donc, TU ne le fais pas et TU ne fais pas non plus comme si ce n’était pas grave. C’est TRÈS GRAVE. Et, tu ne peux pas me dire non plus que tu t’en fous ! Qui s’en fout ? QUI ? » Elle, vraisemblablement, et c’était somme toute particulièrement agaçant, presque autant que cette décision à la con d’avoir éloigné les gars chargés de la surveiller. « C’est une idée de ma sœur. Il y a qu’elle pour inventer des trucs pareils. Éloigner les hommes, c’était une belle idée à la con ça aussi. » cracha-t-il en quittant sa chaise pour faire les cent pas autour de la table en soufflant pour tenter de se calmer. Impossible. Plus que les faits en lui-même ou l’idée qu’un autre homme ait pu la voir nue – plusieurs en réalité et c’était terriblement irritant – qu’elle ne fasse pas l’effort de comprendre où se situait le problème le rendaient fou. « Tu sais quoi ? Je vais te montrer à quel point tout le monde s’en fout. Viens avec moi. » Il l’attrapa par le bras et la traîna sur le trottoir de l’immeuble où il déboutonna sa chemise. Il faisait froid. Il en chopperait sans doute une bronchite, mais il s’en tapa. Il ôta le bout de tissu et quelques curieuses se retournèrent et d’autres s’arrêtèrent pour mater le spectacle offert par ce désaxé qui se désape au su des passants en plein automne. C’était complètement dingue. « Alors ? Ça te semble tout de suite plus grave, hein ? » Depuis Lizzie, elle n’était plus en mesure de cacher sa possessivité. « Et moi, je ne suis pas à poil. Et je suis un mec en plus…tu situes où il est le problème maintenant ? C’était qui ? Les gars ? Celui qui t’a pris tes fringues ? Et celui qui t’est venu en ide ? C’était qui ? »  Discuter de tout cela à l’intérieur aurait mieux valu, mais il était trop en colère pour faire preuve de bon sens.

C’était rare. Homme aimant et vivant pour le contrôle, il perdait peu souvent les pédales, mais ces deniers temps, ils les accumulaient. Quand il apprit l’audace de Taylor, il dévala les escaliers en espérant la trouver, la kidnapper et lui rappeler qu’elle n’était qu’une putain de croûteuse de minou sans pouvoir. La cogner, il ne ferait pas. Il avait cependant les moyens de les faire souffrir mille supplices. Au lieu de ça, il serra les poings, sa mâchoire s’agita et une veine de son front palpita. « Ouais. Tu as bien fait de me le dire. » se contenta-t-il d’ajouter en se relevant. Il l’embrassa, mais il était surtout pressé de se rhabiller et de s’isoler. Il devait agir, car cette fille, cette pétasse de lesbienne, elle lui attirerait plein d’emmerdes. Le problème, c’était que ça faisait un moment qu’il ne savait plus distinguer ce qu’il convenait réellement de faire et ce dont il avait véritablement envie. Finalement, au bout de trois heures passées cloîtré dans son bureau, il envisagea de tuer ses émotions dans le boulot. Il le jura sans craindre les foudres du seigneur. Il n’avait aucune mauvaise intention, mais Jezabel brisait tout ce qui lui tombait sous la main, le prenant pour cible. « Ma puce, je vais juste au restau. C’est tout. » Elle était hermétique à sa bonne foi. C’était l’alcool. Il en était certain, mais c’était tellement frustrant qu’il finit par lui hurler de la fermer. Il ignorait si cet éclat de voix la précipita les genoux au sol, en larmes, mais il se sentit coupable. Terriblement. Elle était solide avant lui. « Jez. Je ne vais pas partir. » chuchota-t-il en s’asseyant par terre, à côté d’elle, la ramenant tout contre lui. « Enfin, si, je dois m’en aller, mais j’avais l’intention de revenir. » Il embrassa sa tempe, une fois, deux fois jusqu’à ce qu’elle soit plus calme. « Tu veux venir avec moi ? Je demanderai à Pino de te préparer un désert. Celui que tu voudras. Je ne voulais pas te faire peur. Je sais bien que je n’aurais pas dû réagir comme ça par rapport à Taylor. Tu as dû croire que tu étais fâché, mais pas du tout. Ce n’est pas de ta faute, je le sais bien. Je ne suis juste pas habitué à gérer ce genre de problèmes de jalousie, de diffamation, tout ça. Je parle de thunes en général. Tous ces problèmes de couples, ça me dépasse un peu. Tu comprends ? » Il n’aurait pu se montrer plus sincère. « Alors ?Tu enfiles un truc et tu viens avec moi au restaurant ? Je pourrai te présenter les gens avec qui je bosse tous les jours. Ça ne te plairait pas ? »



***



Jez était tellement instable qu’il appréhendait ce voyage. Il devait bien l’admettre. Néanmoins, il suffisait qu’il se rappelle sa fonction pour qu’il s’enorgueillisse de cette idée. En plus de se retrouver, il l’éloignerait de Luciano qui la faisait rire trop souvent à son goût. « Non, en réalité, il en a 16. Peut-être même 12. Et, tu sais, je peux être très drôle moi aussi. Quand je suis de bonne disposition. » répliqua-t-il vexé comme un pou. « Oui, donc, qu’on voit Lyla à poil, c’est grave, mais toi, pas. J’ai du mal à te suivre, là. Est-ce que ce n’est pas plutôt qu’il t’ait proposé de régler son compte à ce type qui t’a excité ? Ça doit expliquer cette proposition qui a l’air de sortir de nulle part. » S’il était jaloux ? Évidemment. Il n’arrivait pas à définir le lien qui les unissait et ça le rendait malade au point qu’il en soit mauvais. « Si j’ai besoin de quelque chose, je t’en parle. Ce n’est pas la peine de laisser les autres te remontrer le bourrichon. C’est ce qu’on a dit non ? Qu’on parlerait ? » Et ça aurait certainement mieux fonctionné s’il ne s’était pas montré aussi désagréable. Il le regretta instantanément et il ramassa la main de sa femme qui traînait sur la table avant que ça ne dégénère. « Pardonne-moi. Je ne suis pas sympa pour le coup. Difficile à croire que je peux être un gars marrant moi aussi. » chipota-t-il en jouant avec les doigts de sa jeune épouse. « C’est juste que … je n’aime pas ça, ce qu’il fait, avec toi, s’il ‘agissait de moi et Lyla, il le vivrait mal et ça me saoule qu’il s’accorde le droit de passer autant de temps avec toi ou de te faire des cadeaux sous prétexte que c’est mon boss ou que… que c’est un mariage arrangé… parce que pour moi, ça ne change rien. Ça ne veut pas dire qu’on ne partage rien et qu’on ne mérite pas d’être respecté en tant que coupe, toi en tant que femme mariée et moi en tant que partenaire, ou l'inverse. Je ne sais pas, ça me semblerait normal, non ? Tu ne crois pas ? » Il lui conseillait tacitement de ne pas le contredire, car il ne le supporterait pas et ça les poursuivrait tout au long de cette escapade européenne. « Et, je n’aime pas non plus ce que tu me dis à propos de ma sœur. Si c’est elle qui t’a dit ça, elle t’a fait mousser, parce que ce n’est pas possible. Je veux dire, elle ne peut pas se filmer ou faire d’autres trucs du genre. Non, ça me semble complètement aberrant. Et, si elle le fait, j’aimerais autant ne pas le savoir. »  La suite, ce fut des promesses et moi qui, pour me faire pardonner, lui cédait tous ses caprices.



***

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Ils furent accueillis à l’aéroport par un cortège composé de la famille et de ses amis les plus proches, ces mêmes membres des Gambino qu’il n’avait plus vus depuis les noces de sa jumelle. Toute la table en parlait encore. Ils eurent droit à tout leur souvenir, de la robe de la mariée à l’amabilité de son mari. On félicitait Jez, parce qu’il était son frère, mais pas parce qu’elle était la première casée des deux. Non, ça, tout le monde s’en foutait, car personne n’avait l’air au courant. Il en eut la confirmation lorsque sa tante leur affirma qu’ils avaient fait préparer deux chambres, une pour lui et une pour sa si charmante fiancée. Il en avala de travers un goût amer, mais il fut incapable de protesta. Il buta sur un premier mot, son teint vira au rouge, il serra les poings si fort que ses ongles s’enfoncèrent dans sa paume au point de s’en faire mal. Jezabel, quant à elle, agit exactement comme elle en avait l’habitude. Elle renversa son assiette sur son pantalon et il saisit l’occasion pour les isoler dans la cuisine. Il prit tout son temps, appréciant les quelques baisers dont elle dispensait son visage tandis qu’il nettoyait les dégâts au produit vaisselle. Elle était monstrueuse. Ça demanderait beaucoup d'application, assez pour qu’il retrouve ses moyens, assez pour conseiller à son épouse de rétablir la vérité. Confus, ils leur préparèrent la petite maison où Lyla et Luciano avaient passé leur lune de miel. Lui, il demeura plongé dans le silence une bonne partie de la soirée. Le temps que durèrent une douche et un recadrage mental. Quant à Jezabel, il la surprit en train de fouiller les tiroirs en quête d’un mot qu’aurait laissé Lyla au prochain résident des lieux. « Ouais, c’est bien le genre. » s’amusa-t-il sans l’aider pour autant.

« Je crois que j’ai besoin de fumer une cigarette. Enfin, je ne sais pas. Tu te rends compte qu’ils ne savaient même pas qu’on était mariés ? Enfin, je ne sais pas, c’est important quand même, mais mon père n’a rien dit. » Cette fois, il y avait peu de chance pour qu’elle le dissuade qu’il n’était pas le vilain petit canard de la famille, le mouton noir. « Je ne suis pas jaloux de Cinzia. Je suis heureux pour elle, heureux qu’elle ait trouvé sa place chez les Gambino, qu’elle ait rencontré quelqu’un qui l’aime et qu’on lui offert le mariage de ses rêves. Qu’elle ait reçu une maison en cadeau non plus ça m’ennuie pas. Le problème ne vient pas de là. C’est juste que tous mes frères ont eu un beau mariage. Et nous ? Regarde-nous ? Tout ce qu’on aurait pu espérer, au mieux, c’était un appartement sur le domaine. Génial. » Il leva les deux mains en l’air, ironisa une joie incommensurable et se laissa finalement tomber dans le sofa. « Ça me dégoûte. Et pas seulement pour moi, pour toi aussi. Enfin, je ne sais pas. Tu méritais quand même mieux que ça. » Il soupira profondément, réfléchit un instant et se dit que la Sicile, romantique à souhait, c’était le meilleur endroit au monde pour faire une vraie demande. Peut-être était-ce le moment de faire les choses bien. Peut-être même qu’il se sentira plus prompt à aborder les sujets qui l’inquiétaient, parce qu’elle avait la sensation de ne pas être à la hauteur, s’il avait davantage celle d’avoir fêté de véritables noces. Pas un simulacre d’union et de soirées dont tout le monde se moquait complètement. 





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MessageVen 28 Oct - 18:37

 



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FEAT el marido


Cela faisait des semaines qu'elle vivait dans l'inquiétude permanente et dans l'addiction la plus totale à l'alcool. Des semaines qu'elle s'enfermait dans le refoulement et l'indifférence pour souffrir le moins possible de son absence et de son comportement. Comme toute personne qui n’accordait de l'importance qu'à peu de choses, quand il y avait une nouvelle priorité à sa liste, les choses prenaient des proportions délirantes et son changement de vie drastique n'arrangea rien. Difficile de ne pas se détester quand la vie vous oblige à vous séparer de tout et que vous n'êtes pas foutu de garder la seule et unique chose qu'il vous reste. Pleurer n'était pas dans ses habitudes mais elle se sentait soulagée. Il était là, près d'elle et n'avait pas émis le désir de repartir et si cela l'effraya, il ne résista pas quand elle le ramena près d'elle. Il n'était plus question qu'elle le laisse partir, jamais. Il était désormais clair pour elle qu'elle ne pouvait vivre sans lui et qu'elle devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour qu'il n'ait jamais de raison de retourner d'où il venait. La gamine se servit de tout ce que ses belles soeurs lui avaient appris, tout ce qu'elles lui conseillèrent avec bonté et compréhension, pour qu'elle puisse recoller les morceaux et reconstruire son mariage qui n'était clairement pas une réussite. Ils jouaient de malchance et le sort ne penchait pas vraiment en leur faveur non plus, malheureusement. Mais il y avait moyen de changer ça, elle ne croyait pas en la fatalité et fit de son mieux pour le ramener au bercail, à sa place, auprès d'elle. Le garder serait bien plus ardu que le fait de le faire rentrer mais elle était prête à mener cette bataille de bout en bout, fière et la tête haute. Pourtant, il devait comprendre et tant qu'elle ne parlerait pas, il n'entendrait rien à tout ça. Rien du tout ! Pourquoi elle buvait, pourquoi elle s'était tu pendant si longtemps, pourquoi elle avait l'air si insensible et dans la retenue, pourquoi toute cette situation l'avait rongée de l'intérieur et toutes ses difficultés à admettre qu'elle ressentait des choses. Le plus dur après l'avoir admis fut de l'accepter. N'était-ce pas une belle preuve de confiance que d'accepter de l'aimer et tout ce que ça impliquait quand on connaissait l'animal qu'elle était ? Elle lui ouvrait la porte en grand sur tout ce qu'elle était, tout ce qu'elle ressentait et tout ce vers quoi elle aspirait. Il n'était pas uniquement le premier amant de toute sa vie, il était la première personne qu'elle autorisait à aller aussi loin dans son intimité. Pour lui, elle dévoilait des pans entiers de ce qui la constituait, elle lui décortiquait tout pour qu'il puisse comprendre et se rapprocher d'elle. Elle acceptait de déposer les clés à ses pieds, personne ne pouvait se targuer d'un tel exploit.


« Trop tard, tu l'as dit, n'essaie pas de revenir en arrière ! » lui répliqua-t-elle en le cognant gentiment pour qu'il arrête de se foutre de sa gueule. Ca ne faisait que la conforter dans ce que Cinzia lui avait affirmé des jours plus tôt et c'était rassurant. Existait-il pire que l'amour à sens unique ? « Je ne me force que pour toi et indirectement pour moi aussi. » admit-elle alors qu'elle rougissait déjà comme une adolescente, comme s'il avait besoin qu'elle en rajoute une couche, comme si tout ce qui avait précédé n'était pas suffisamment clair. « Parler de ce que je ressens, Gaby, c'est difficile ! T'as l'impression que ça coule tout seul mais c'est pas le cas, ça fait des semaines que je cogite, j'ai eu envie de t'appeler tellement de fois, de t'envoyer des messages ou de venir te voir mais je... Je n'aurais pas pu, tu avais l'air heureux, je... » La détresse s'afficha sur ses traits et ses mains se mirent à trembler, elle se fit violence pour reprendre le dessus. « Il m'a fallu du temps et beaucoup y penser. » Elle fronça les sourcils quand il affirma que ce qu'ils avaient n'était pas très reluisant, ils ne devaient pas voir la même chose, assurément pas. « Tu trouves que ce qu'on a n'est pas terrible ? » s'étonna-t-elle en sondant ses traits pour tenter de comprendre à quoi ça tenait. « Gaby, je trouve qu'on s'en sort très bien malgré les circonstances. Y a eu des soucis d'incompréhension, bien sûr ! Tu nous a vu ? Plus têtus que nous, tu meurs !  Bon, c'est vrai, surtout toi ! Parce que je l'ai décidé ! » Mieux valait le taquiner et plaisanter pour détendre l'atmosphère, une dispute maintenant et elle tombait en syncope. « On a fait de notre mieux, Gaby, on ne doit pas être trop durs avec nous-mêmes. » Elle effleura sa peau du pouce pour qu'il ne pense pas à entretenir une quelconque culpabilité, il n'était pas question que ça arrive. Ce qu'il répondit la mit dans une position difficile, elle n'avait plus le choix, parce que si elle continuait à garder pour elle ce qui lui donnait l'impression de tendre le bâton pour se faire battre, ils n'avanceraient jamais et il n'était pas question de le laisser croire des mensonges. Ce n'était pas bien différent que le fait de se faire passer pour une conne quand il était sur le point de bégayer. « Je n'avais qu'un seul combat, c'était notre mariage. Toi, tu avais ça, et tout le reste. Je m'en veux d'avoir été un problème supplémentaire, du coup. J'ai beaucoup d'estime pour toi, je te trouve génial et gentil, et tellement beau ! Mais tellement, tellement beau ! » Elle devait avoir des étincelles dans les yeux en disant ça et ça papillonnait sévèrement dans son estomac, néanmoins, elle tint bon, les joues qui brûlaient. « Je ne suis pas douée, je n'ai pas de filtres et je dis ce qui me passe par la tête au moment où tu me poses une question, je ne pense pas que ça va te faire de la peine et y a rien que je déteste plus que te faire de la peine. Tu te souviens, que je t'avais dit que tu m'intimidais. En fait c'est pas ça, tu m'impressionnes. Tu es quelqu'un de bien et parfois, j'ai la sensation que je ne serais jamais à la hauteur. » Heureusement qu'elle n'avait pas à le regarder dans les yeux, elle aurait probablement fui son regard, mal à l'aise. Au lieu de ça, elle réajusta la couverture sur elle, se collant un peu plus à lui pour profiter de la chaleur que dégageait son corps.


« Gaby, tu dois me faire confiance ! Je n'ai que dix-huit ans mais je ne me trompe pas sur les gens, amis ou pas. » Et jamais elle ne laisserait échapper la moindre information concernant les Gambino, Gaby ou même ce qu'elle savait de l'organisation, pas plus qu'elle n'impliquerait ses amis d'un autre monde dans celui-là, les deux n'étaient pas compatibles et elle en avait parfaitement conscience. Elle était immature pour bien des choses mais pas celles-là. « Moi, je n'ai jamais honte de toi, au contraire ! Et tu devrais garder en tête que quoi qu'il arrive, je te couvrirais ! » Même si pour ce faire, elle devait mourir de honte, pour lui, elle était prête à ce sacrifice.


***


L'idée n'était pas qu'il ait l'impression qu'elle le prenait pour un con, seulement de faire redescendre un peu la pression pour lui montrer que ce n'était pas si grave que ça. Il y avait pire dans la vie, la faim dans le monde, la guerre, le terrorisme... Mais se retrouver à poil devant des inconnus, ce n'était pas ce qu'on pouvait qualifier d'apocalyptique, même si elle comprenait sa jalousie et ne la tournait pas en dérision, elle ne tenait pas à ce qu'il se rende malade comme ça pour des broutilles. Pas alors qu'ils se réconciliaient à peine. « Mais non, pas du tout ! » se défendit-elle, s'offusquant de la manière dont il présentait les choses, sentant qu'il était en colère et qu'incessamment sous peu, la situation lui échapperait. Elle se sentait un peu nerveuse. Il la grondait comme une gamine et elle fronça les sourcils, soupirant et prenant sur elle pour ne pas monter au créneau et déclencher une engueulade alors qu'il avait raison, si elle avait décidé de s'en foutre, il avait le droit d'être gêné, mais il n'y avait pas de raisons de se foutre en rogne comme ça. Où allait-elle chercher cette patience et cette compréhension ? Probablement dans le pan le plus mature de sa personnalité ! « J'aurais pu refuser, ce n'est pas que de sa faute ! On ne peut même pas respirer sans qu'on ait tout un tas de types à nos basques ! De temps en temps, de l'air, ça ferait du bien, même si cette fois, c'est parti en vrille. On sait pourquoi vous faites ça, on sait que c'est important mais parfois, Gaby, c'est lourd, parce qu'on a l'impression que le problème vient de nous et pas de ce que les autres pourraient faire. » Elle se garda bien d'ajouter qu'elle aurait aimé pouvoir se promener comme avant, à l'époque où il était entendu qu'elle savait se défendre toute seule et qu'il n'y avait pas de raison pour l'empêcher de le faire, à quoi bon gaspiller des hommes pour lui coller au cul alors qu'elle n'avait besoin de personne, hein ? Il lui attrapa le bras pour l'obliger à se retrouver devant l'immeuble où il se débarrassa de sa chemise, attirant le regard appuyé de pétasses qui n'avaient pas besoin de ça pour le reluquer et elle vit rouge. Elle lui arracha sa chemise des mains et la lui colla contre le torse, le poussant vers la porte du hall tant bien que mal en faisant barrage de son corps, essayant de ne pas s'attarder sur les regards ou ça tournerait mal. « Je te dirais tout si tu rentres, s'il-te-plaît, Gaby ! » Cela n'alla pas assez vite, l'une des spectatrices eut le temps de s'avancer pour tendre son numéro et Jez lui agrippa le poignet pour le lui tordre, elle lui aurait probablement cassé si monsieur ne lui avait pas attrapé la main pour qu'elle rentre à sa suite. « Ca ne me fait pas rire ! PAS RIRE DU TOUT ! » Elle déplia sa chemise pour qu'il la remette, lui tendant pour qu'il passe un bras puis l'autre. « Je ne parlerais pas tant que tu es torse nu ! Déjà parce que je n'arrive pas à me concentrer, c'est déjà difficile quand je dois te regarder dans les yeux alors quand tu enlèves des vêtements ... Mais en plus je ne veux que personne puisse te voir ! Ca va, t'as gagné, j'ai compris ce que tu voulais dire ! JE COMPRENDS ! Mets cette chemise, par pitié ! » Il finit par mettre ce foutu bout de tissu et elle se sentit un peu mieux, ce fut encore plus efficace de se retrouver dans l'ascenseur, loin de tout le monde. « Luka, le copain de Quinnie, il nous a aidé ! J'aimais pas comment il matait Cinzia ! Et puis il y avait ce gros type, j'ai pris son porte-feuilles ! » Elle l'extirpa de sa poche et le lui tendit . « Je peux vite le retrouver, si tu veux ! On pourrait même aller le débusquer, je l'ai déjà un peu amoché mais il est encore en état de parler. » lui assura-t-elle avec un sourire en coin.




***



La brunette n'avait absolument jamais bien vécu leurs moments de mésentente et d'autant plus quand il avait l'air triste ou même déçu, elle n'osait plus bouger, attendant qu'il sorte de sa retraite et lui fasse un signe, celui que tout allait bien. Malheureusement, les effets de l'alcool aidant, elle perdait tout contrôle. Le pire lui venait en tête et ça prenait des proportions démesurées. A sa place, n'importe quel homme serait devenu fou et lui aurait opposé de la violence à l'état pur. En ça Lucky avait raison, elle avait de la chance, elle s'en apercevait chaque fois qu'elle était en pleine possession de ses moyens. « Si tu m'abandonnes je vais mourir, Gaby ! » sanglota-t-elle contre lui, s'accrochant à lui comme une naufragée à son bout d'épave, il était sa bouée de sauvetage, sa raison de limiter sa consommation d'alcool. Ce comportement, ces mots, tout ça était une raison suffisante de le pousser à jeter l'éponge et à fuir le plus loin possible d'elle, elle était pathétique mais il était la patience incarnée et elle le serra plus fort contre elle alors qu'elle sentait la pression redescendre. Elle hocha la tête en guise de réponse pour lui faire signe qu'elle comprenait. « Oui, je vais aller mettre autre chose. » La salvadorienne renifla bruyamment et se releva tant bien que mal, essuyant ses larmes d'un revers de bras, elle tendit la main à son époux pour l'aider à se remettre sur ses pieds et elle fonça dans leur chambre, se sentant épuisée. Elle enfila un des rares pantalons qui lui allait encore, une chemise et un gros blouson qui n'avaient rien de féminin, elle s'en fichait, elle ne sortait pas pour se pavaner mais parce qu'elle avait besoin de se rassurer. Tout le monde se montra agréable et elle leur offrit autant de sourires que possible mais celui dont elle attira toute l'affection, ce fut le cuistot qui, en la voyant dévorer son assiette de pâtes fraîches, lui demanda ce qu'elle voulait manger pour qu'il n'en prépare que pour elle. Aux petits soins pour elle, elle put déguster tranquillement à une table de choix tout ce qu'on lui apportait, le tout accompagné d'un soda et de pain à l'ail. Quand Gaby reparut, elle en était à son troisième dessert et elle se sentait bien plus sereine qu'un peu plus tôt. Elle lui offrit un sourire et lui tendit la main pour qu'il s'asseye en face d'elle. « Je t'ai fait faire des pâtes aux vongole, il faut que tu manges. C'est très beau ici, j'aime beaucoup ! » Avec son humour décapant et sa simplicité, elle avait conquis presque tout le monde, sauf une des serveuses qui avait sûrement nourri l'espoir secret de s'envoyer son patron ni vu ni connu. Jez se promit de venir de plus en plus souvent, histoire de lui faire comprendre que la place était prise et de réussir à la choper dans un coin pour lui faire passer l’envie d’envisager quoi que ce soit.




***



« Je sais que tu es drôle, je m'amuse toujours quand on est ensemble. » Et contrairement à l'impression que cela donnait, elle n'essayait pas de le rassurer ou de le brosser dans le sens du poil, elle le pensait sincèrement, elle se souvenait encore de sa chute de sa chambre au Salvador, de leurs sorties improvisées dans des endroits improbables et de leurs fous rires. Il était drôle et bon public. « Pas qu'on la voit à poil mais dans des positions particulières et en pleine action. La nudité, c'est relatif et non, j'ai pas besoin que tu retires ta chemise ici... Ca ira ! » Elle esquissa un sourire et fit de son mieux pour conserver le caractère enjoué de cette discussion malgré sa fatigue et son état. Lui était déjà à des milliers de kilomètres de là. « Non, je te pose la question, de savoir si ça te plairait, pas besoin de te mettre en colère, Gaby ! On parle beaucoup mais jamais de ça ! » Elle haussa les épaules, signe qu'elle ne se battrait pas avec lui et détourna les yeux pour regarder ailleurs, se demandant si l'attente serait longue parce que dans cette ambiance, cela risquait d'être compliqué. « Oui, je comprends et oui, c'est normal. Le mariage arrangé n'a rien à voir là-dedans, on est mariés, point ! Il m'a acheté cet ordinateur parce qu'il avait besoin que je l'aide, c'était pas vraiment un cadeau mais si tu veux, je peux le mettre de côté et tu peux m'en offrir un ! » Elle entrecroisa leurs doigts et lui opposa un sourire niais mais amoureux, elle ne voulait pas de conflit, seulement qu'il se sente à l'aise et ne surtout pas provoquer de conflit entre les deux frères, Lucky ne faisait pas ça en pensant à mal, il avait simplement voulu l'aider à sortir de sa bulle et retrouver un peu goût à la vie. Quel mal y avait-il là-dedans ? « Ce qu'elle fait ou pas, on s'en fout, mais peut-être que nous on pourrait le faire. On a le temps avant l'embarquement et les toilettes ne sont pas loin. » On ne faisait pas plus explicite, elle lui offrit un large sourire, le même que lorsqu'elle aperçut ce polaroid et trouva l'idée géniale, malgré le prix, il le lui offrit et elle se pendit à son cou, le bombardant de photos qu'elle secouait avec joie et qu'elle lui montrait, comme si c'était la huitième merveille du monde. Ce fut le calme avant la tempête. Le voyage fut insupportable pour elle qui gigotait dans tous les sens et se sentait terriblement mal. Elle aurait donné cher pour un verre qui aurait calmé ses tremblements et ses angoisses, au lieu de ça, elle tint fermement la main de son mari, incapable d'entendre ce qu'il lui disait, il tentait sûrement d'entretenir la conversation. Soulagée d'être arrivée, ce sentiment ne fut que de courte durée puisque bien vite, ils eurent le déplaisir de s'apercevoir que personne ne savait quoi que ce soit de leur mariage. Si Gabriele le vivait comme une preuve de plus de sa position de mal aimé de la famille, Jezabel le vivait comme une confirmation du fait qu'elle était insignifiante et par conséquent, tout ce qu'elle touchait le devenait. Triste pour lui, elle n'hésita pas à rétablir la vérité alors qu'il se battait contre lui pour recouvrer l'usage de la parole.


« Trouvé ! Elle dit : Méfiez-vous de la piscine !  J'ai pas envie de savoir pourquoi ! » conclut-elle en reposant le mot, jetant un drôle de regard à l'étendue bleue éclairée à l'extérieur. « Viens, on a qu'à aller s'installer sur la terrasse pour que tu fumes ! » Elle l'entraîna à l'extérieur et l'installa sur une des chaises longues pour venir se coller contre lui. « Doudou, moi je sais, je suis contente de ce que j'ai et de t'avoir. Mais je comprends ce que tu ressens, ça me fait de la peine aussi, de me dire que personne ne sait rien de ce qui nous arrive, comme si on était transparents. Peut-être que c'est le signe qu'on doit leur montrer qu'on est bel et bien là et qu'on est aussi capables que les autres. Peut-être qu'on pourrait en discuter avec Lucky ou avec Ettore. Tout s'est enchaîné tellement vite, même mon frère ne nous a pas encore offert notre cadeau de mariage... Je crois que personne n'avait prévu qu'on se marie si vite. Mais tu sais, je ne pense pas que ton père t'ait oublié, il attend peut-être simplement le bon moment. Tout le monde sait que tu es fiable et intelligent, si on voulait te proposer quelque chose, je pense qu'on voudrait venir avec du solide et quelque chose de bien construit. Pourquoi te faire revenir de Chicago sinon ? Tu dois prendre confiance en toi, parce que quand les gens parlent de toi, ils le font avec respect et considération, ton opinion compte. Et moi, je sais qui tu es et de quoi tu es capable, tu te demandes peut-être comment et pourquoi, après tout, on se connaît encore peu mais c'est dans les tripes ces trucs là, c’est là que ça se sent ! » D’où lui venait toute cette sagesse ? Le retour de manivelle serait forcément violent, parce que tout ça ne lui ressemblait pas vraiment, elle avait pris du plomb dans la tête comme dans l’aile mais sa candeur et son insolence finiraient par reprendre leurs droits.




 



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MessageVen 4 Nov - 23:25

 



CHISSÀ, CHISSÀ CHI SEI CHISSÀ CHE SARAI CHISSÀ CHE SARÀ DI NOI

FEAT la salvadorienne


Non ! Il n’avait jamais été heureux avec Lizzie. Elle le flattait et, d’une certaine manière, alors qu’elle ne dissimulait jamais la nature de ses sentiments, elle le rassurait, mais il n’était pas amoureux d’elle. Ce qu’il aimait, chez elle, c’était lui. Dès lors qu’il se mirait dans les grands yeux clairs de cette belle blonde torride, il se sentait important, unique, maître du monde. Avec elle, il ne perdait jamais le contrôle, il gardait son sang-froid face à n'importe quelle situation. Il en était parfaitement conscient et il en tenait pour preuve son manque de détermination à sauver l’histoire qu’il partageait avec elle à l’annonce de ses fiançailles. Il accepta la situation sans broncher, car son amante n’avait jamais été une priorité pour lui. Elle n’était qu’une poule de luxe. Elle ne méritait pas qu’il renie celui qu’il était et qu’il s’oppose à sa propre famille. Il cherchait toujours à s’y faire une place, désespérément, maladroitement, comme avec Jezabel. Plus habile, il n’aurait pas réveillé son désarroi tandis qu’il signait ensemble le début d’une nouvelle ère. « Ne t’inquiète plus avec tout ça. Au moins, tu as fait quelque chose. » Contrairement à lui qui lâcha le morceau. Sans elle, il n’en serait sans doute pas là. Alors, il la serra un peu plus fort contre lui, embrassa son front et tenta de la rassurer au mieux en chassant loin sa susceptibilité légendaire. « Non ! ce n’est pas ce que je dis. Je dis que, parfois, je voudrais que ça soit aussi simple que pour Mani et Cinzia ou Lucky et Lyla. Je voudrais que ce qu’on partage ne soit pas toujours entaché par les circonstances du mariage et le mariage en lui-même. Je ne parle pas de nous, de ce qu’on fait ou de ce qu’on ne fait pas. » expliqua-t-il en considérant avec attention ce qu’elle en pensait. Il était d’accord. À quoi bon ressasser le passé et s’attarder sur leurs erreurs ? Il lui promit de faire des efforts pour communiquer davantage. Des maladresses, ils en commettraient encore, tous les, mais elle fut la première à rempiler en se baladant à poil aux yeux et au su de tous, en toute normalité. Bien sûr, il exagérait. Les témoins de cette scène étaient rares, mais son esprit malade imaginait qu’un parterre de spectateurs s’était rincé l’œil en bouffant du pop-corn. Ça le rendait fou et puisqu’il ne parvenait pas à verbaliser ce qu’il ressentait, il opta pour une méthode plus pragmatique et radicale.

Torse nu au milieu du trottoir, il était certain qu’il obtiendrait du résultat. Jezabel détesta instantanément toutes les femmes qui matèrent, s’arrêtèrent ou se pâmèrent. « À ton avis, si j’enlève mon pantalon, combien s’ajouteront à toutes celles-là ? » À son sens, toute des filles légères, et New York en comptait son lot, ce qui l’arrangea bien jusqu’à ce qu’une plus téméraire lui tende son numéro de téléphone. Son épouse vit rouge et il s’en fallut de peu pour qu’elle se retrouve à l’hôpital avec un poignet cassé. Pour éviter les dommages collatéraux, il était grand temps de rentrer, d’autant qu’il avait atteint son but. Elle était plus disposée à entendre et elle ne cherchait plus à se trouver des excuses pour justifier leur ânerie. « Il n’est pas question que je remette quoi que ce soit. Pas tant que tu n’auras pas saisi où se situe le problème, du moins une partie du problème. » s’insurgea-t-il à l’image des gosses, les bras croisés et l’air renfrogné. Il lui cédait uniquement parce qu’elle parvenait à le flatter et qu’elle admettait enfin qu’il était urgent qu’elle rende à sa pudeur ses lettres de noblesse en cessant de l’être avec lui à l’avantage des autres. Ce serait plus facile de discuter désormais. Il en était convaincu. Alors, une fois le confort de l’appartement retrouvé, il s’installa dans le divan et tapant la place à côté de lui afin qu’elle le rejoigne. Le tout, pour que ça soit productif, c’était de ne surtout pas s’énerver, même si elle était peu réceptive et bien que l’un des pervers à abattre était quasiment intouchable par amour pour Bianca. « Sois bien attentive à ce que je vais t’expliquer parce que je ne sais pas si je trouverai la force de me répéter. » Pour lui assurer que l’avertissement n’était pas une menace, mais qu’il les renvoyait à sa tare, il agrippa sa main et joua avec ses doigts. Il n’avait pas envie d’entrer en conflit avec elle et de déclarer une guerre dont ni l’un ni l’autre ne sortiraient vainqueurs. De plus, il craignait qu’abrupt, il récolte l’effet contraire à celui escompté, soit qu’elle le lâche concernant sa garde. Si elle la semait par pure provocation, nul doute qu’il se montrerait moins patient et il ferait un retour fulgurant vers la case départ.  Or, ils avaient donné. « Si c’est ma sœur qui t’a foutu dans le crâne que tous les dispositifs de sécurité, et non pas de surveillance, comme tu as l’air de le croire, sont inutile ou sont une façon de vous fliquer, ce n’est qu’une idiote et elle gaspille son temps parce que je ne la lèverai pas. » C’était par ailleurs non négociable, il pensait qu’elle l’avait compris. Ils en avaient déjà parlé, non ? En y resongeant, il n’en était plus certain.

« Je suis sérieux. Elle ne ferait pas mal de te parler de cette fois où elle a été kidnappée par les Irlandais et la manière dont ils s’y sont pris. Crois-moi que, même toi, malgré ton entraînement et ta vie dans la rue, tu n’aurais rien pu faire. Elle a eu de la chance de ne pas être violée ou tuée. Si elle a oublié, nous, pas. Et Mani encore moins et va falloir que je lui en touche deux mots parce qu’il n’est pas question que je la laisse te pourrir l’esprit parce qu’elle n’est pas fichue de se montrer responsable. » Il ne crachait pas dans la soupe. Il était reconnaissant des efforts déployés par sa jumelle pour sauver son couple, mais parfois, il était tenté de limiter leur contact tant elle lui compliquait l'existence. "La raison pour laquelle je te fais accompagner, ce n’est pas parce que je n’ai pas confiance en toi, mais parce que de nous tous, je suis le plus exposé, que tu es mon talon d’Achille et que dès lors, ça fait de toi une cible. Alors, je veux bien admettre que j’en fais peut-être un peu trop, mais moi, ça me rassure. Ça nous rassure tous. Qu’est-ce que tu crois ? On ne le fait pas de gaieté de cœur. Je continue de penser que c’est le genre de vie qu’aucun homme n’aurait envie d’offrir à sa femme, mais c’est la mienne, Jez. Il faut que tu l’acceptes. » ponctua-t-il sur le ton de la supplique et non de l’ordre. Ça ne fonctionnait pas avec son épouse. Elle se braquait instantanément. Comme une enfant, il était nécessaire qu’elle comprenne avant d’abdiquer et il lui reconnaissait que ça demeurait une qualité honorable.

« Ensuite, tu n’as pas aimé comme ces filles m’ont regardé. Tu n’as pas aimé non plus la façon dont Luka a maté Cinzia » Et, il se chargerait de lui sournoisement. Il ne perdait pour attendre. « Alors, imagine un peu ce que moi ça me fait. Le pire, je crois que ça n’a même pas l’air de te choquer alors que moi, j’ai galéré à ce que tu lâches prise avec moi. Ça me rend dingue, mais tellement. Il faut que tu arrêtes ça, Jez, te balader à moitié nue comme ça, parce que c’est nécessaire ou parce que ça te semble normal. Ça ne l’est pas. Je dois être la seule à pouvoir te regarder, c’est mon privilège. Qu’est-ce qui me reste si tu en fais profiter les autres ? » Il récupéra enfin sur la table basse le portefeuille qu’elle lui confia et qu’il n’avait pas encore ouvert. D’après lui, l’heure était venue de mettre un terme à cette histoire en allumant un feu d’artifice. « Leonard Cooper. Une belle tête de vainqueur. On devrait aller lui rendre une petite visite, en effet, histoire de lui apprendre les bonnes manières. » Il avait l’adresse grâce à sa carte d’identité. Il leur suffirait donc de se lever et de grimper dans la voiture, mais il se ravisa. « Quoique, non, dis-moi d’abord tout ce qu’il y a à savoir sur lui. Tout. Même le nom de sa première meuf. »

Ils apprirent qu’il était le maillon faible d’un réseau plus grand qu’il le prétendit lorsque Jezabel lui mit la main dessus. Il ne s’amusait pas. Il était en quête de chair fraîche pour servir les intérêts d’un gars dont ils ignoraient l’identité. Du moins, était-ce l’information que supposait le mail qu’ils avaient sous les yeux. « Putain, mais dans quelle merde vous vous êtes encore fourrées toutes les deux. Je plains ton frère parfois, je te jure, je le plains de tout mon cœur. Allez, viens, on va aller voir ce qu’il a à raconter… à moins qu’il ne soit déjà mort.» Quand ils arrivèrent sur les lieux, la porte était close. Après vérification, Jezabel constata que sa dernière transaction bancaire remontait à plusieurs semaines, un après les faits qui les préoccupaient. « Ouais, il est bel et bien mort et je me demande ce que ça cache, parce que moi, ça me donne l’impression que vous étiez les prochaines sur une liste qui ne me plaît pas beaucoup. Tiens-toi à carreaux, s’il te plaît, je ne sais pas qui a déjà obtenu quoi, si tu vois ce que je veux dire. » Il aurait pu lui demander d’enquêter encore davantage. Elle avait des dons indéniables qu’il ne tarderait pas à mettre à profit. En attendant, son projet de rachat de la l'organisation financière et le voyage en Sicile étaient plus importants que tout le reste. Il l’avait bien assez négligé comme ça. Il sera toujours possible, à leur retour, de s’inquiéter de tout cet ordre criminel. Elle ne livrait pas les mêmes combats et, si menace il y avait pour les filles, Jez serait en sûreté loin de New York. Quant à Cinzia, un coup de fil à Manuel pour lui rapporter les faits et il veillerait au grain. Il partit donc le cœur serein… plus ou moins.


***

Cet acoquinement entre Luciano et son épouse titillait sa jalousie. Ils donnaient cette impression, vu e l’extérieur, qu’il partageait une forme de complicité que lui-même n’arrivait pas à atteindre avec Jezabel., une sorte d’amitié où la confiance ne nécessitait pas que son aîné entre dans des débats à couteaux tirés pour que la jeune femme agisse selon son bon vouloir. Gaby avait ouï dire qu’elle aida autrement qu’en pianotant un clavier pour débarrasser Luciano du type qui s’empara du téléphone de Lyla. C’était frustrant. Qu’il lui accorde tant de place alors que son petit frère en était incapable le dérangeait, car, oui, évidemment que le  couple s’amusait ensemble, mais c’était toujours à l’initiative de la Salvadorienne. Sans elle, Gaby aurait tôt fait de s’enfermer dans ses responsabilités avec la gravité d’un vieux de la vielle. Il en était conscient, mais il ne parvenait pas à se jeter ses réflexes aux oubliettes. Cette rigidité maintenant son bégaiement écroué dans sa cage. C’était dangereux de vivre spontanément pour un gars comme lui, à moins qu'il n’accepte de se dévoiler tel qu’il était et il n’était pas prêt. Il avait beau être certain qu’elle ne se moquerait pas, ça ferait écho à l’enfer de son enfance, quand les quolibets et les railleries de ses camarades de classe réveillaient ses pires travers. Il castagna nombre d’entre eux, pour sa fierté, mais il n’en était pas moins handicapé. Il était craint, mais loin d’être respect.

« Peu importe, admettons qu’on oublie ce paramètre, je ne fais pas de cadeau à sa femme, moi. Qu’il soit intéressé, je m’en tape. Ça ne change rien au fait que ça ne me plaît pas. Et il est hors de question que je me rabaisse à t’en offrir un autre, à moins qu’il ne chute malencontreusement de l’immeuble, une fois de plus, à cause de ta conception de la nudité. » persifla-t-il particulièrement contrarié tandis qu’elle essayait de détourner la conversation vers un sujet plus badin. « Et, je ne suis pas en colère, je me demande juste pourquoi tu viens avec ça, là, maintenant. Si tu essaies de me manipuler parce que quelqu’un… » En l’occurrence, sa sœur et Lyla. « T’as dit que ça fonctionnait avec tous les hommes, je te préviens, tu perds ton temps. » tenta-t-il alors qu’elle suggérait plutôt habilement et sans le moindre sous-entendu qu’il pourrait mettre leur temps à profit pour se repaître dans la luxure. Il eut beau protester qu’ils se retrouvèrent tout de même dans les toilettes des femmes. Il en ressortit apaisé, mais également frustré par ses propres faiblesses. À ce rythme, elle le mènerait par le bout du nez avant qu’il comprenne ce qui arrive. Il était urgent qu’ils s’équilibrent. C’était l’une des utilités de ce voyage. Lui permettre de mieux intégrer d’où il venait, se familiariser avec ses valeurs toutes siciliennes et d’apprendre à s’ajuster loin du tumulte des États-Unis d’Amérique, sauf que l’escapade commençait mal. La famille les accueillait comme s’ils étaient à peine fiancer. Elle était honorée qu’il fasse le déplacement pour présenter l'élue, jusqu’à ce qu’elle s’étonne ou s’offusque, selon le cas, que leur mariage ait été organisé dans la plus totale indifférence, la sienne, pas celle de Gaby. Ils étaient à mille lieues de se douter que la cérémonie avait été supplantée par des noces de sa jumelle. Serait-il d’un tempérament jaloux qu’il l’aurait enviée, détestée. En l’occurrence, il était heureux pour elle et déçue pour lui comme pour sa femme. Ettore ne méritait pas qu’il le dédouane, mais il le fait tout de même, une fois le calme retrouvé grâce à l’intervention de sa seule alliée. Il rapporta les circonstances de leur union, sans se soucier des yeux ronds que lui opposèrent les siens. Il était bien trop en colère pour ça, si bien qu’il souffrit d’une recrudescence dans son besoin de nicotine.

« Quand je pense que j’avais arrêté. Mon père aura ma peau. Si ça continue, il va m’avoir à l’usure. » admit-il, honteux, en s’installant sur l’un des transats autour de la piscine sous l’invite d’une Jezabel inquiète. « Je suis désolé pour ça. » Il agita sa cigarette sous son nez avant de l’allumer. « Je ne respecte pas ma part du marché, mais si je la fume pas, je vais lui téléphoner pour l’insulter, enfin.. si j’y arrive. » il ricana, mais le cœur n’y étant pas. il se sentait vidé, floué et l’acharnement de son épouse à le rassurer le remplir à peine. « Ce n’est pas qu’une histoire de confiance en moi, ma puce. C’est bien plus compliqué. Il n’y a pas de places pour nous tous à New York. Il n’y a pas de place pour moi et si Dieu sait si je n’en ai pas fait des sacrifices pour qu’il soit fier de moi. J’ai tout accepté, vivre loin d’eux alors que j’étais un gosse, comme si j’étais un paria. Je n’ai jamais rechigné à transiter entre ici et Chicago pour ramasser les merdes que d’autres ont chiés sans s’arrêter comme des poneys. Je leur ai fait cadeau de mon adolescence, j’ai agi comme un bon petit soldat et comment on me remercie ? » Il réfléchit à ce qu’il aurait espéré pendant un court instant et il conclut qu’il n’attendait pas de la gratitude, juste du respect.

« Après, je comprends. Regarde, Luciano, il a tout pour lui. Il est beau, malin comme un singe et quand il arriverait à convaincre un esquimau qu’il a besoin d’un frigo pour conserver son poisson. Il inspire confiance aussi. En tout cas, il en inspire à mon père. Pourtant, quand il doit lui parler à mon père, il chie dans son froc, comme nous tous. Alors, qu’est-ce que tu veux que j’aille lui dire ? Que je voudrais rentrer à Chicago ? Que je n’ai pas ma place à New York ? Que je lui parle de ce que je ressens ? Mais, pour quoi faire ? Ça ne compte pas et ça n’a jamais compté. Tu l’as déjà écouté parler ? Il fait des rébus. Il te lance des pièces de puzzle à la gueule et tu sors de son bureau avec plus de questions encore qu’avant d’y être rentrer. C’est une perte de temps. Et Luciano a ses limites. Il ne peut rien faire ou il l’aurait déjà fait. On s’est toujours bien entendu lui et moi. Il ne me laisse pas sur le carreau de gaieté de cœur. Et quand bien même, je préfère crever que d’aller mendier des responsabilités. J’en ai assez fait. Je n’ai rien à demander à personne. Encore moins maintenant qu’Achille est revenu et que tout le monde a l’air de trouver ce qu’il fait et ce qu’il est assez normal que pour l’autoriser à me casser gravement les couilles. » Cette simple allusion à son aîné aggrave ce sentiment d’injustice qu’il nourrissait en lui depuis toujours, qu’il avait réussi à rassasier, mais qui criait à nouveau famine depuis quelques mois.

« Mais, ce n’est pas grave. Je n’ai pas besoin d’eux. Je travaille sur des projets et, si tu me soutiens, je n’ai besoin de rien de plus. » Il ramassa sa main qui traînait sur son genou et l’embrassa. « Et toi ? Comment tu te sens ? Tu as passé une bonne soirée ? Ils ne t’ont pas fait peur à crier comme si on était sourds ? Je voudrais que tu te sentes chez toi ici, parce que c’est là que je viens quand j’ai besoin de me ressourcer… et je crois que, dans le fond, ça me ferait plaisir que tu t’y sentes bien aussi. » Même si ça ne rivaliserait jamais avec sa terre natale et il ne l’en blâmait pas, ou plus, il apprenait à accepter qu’elle était issue d’un monde différent, aux cultures ressemblantes, mais pas identiques pour autant. Si elle arrivait à creuser son trou grâce à leurs points communs, ils seraient somme toute l’homme le plus heureux. « Demain, j’aurai une course à faire dans la matinée, mais je n’en aurai pas pour longtemps. Après, je t’emmènerai manger en ville et je te ferai visiter un peu. Tu vas voir, c’est beau, la Sicile. C’est une terre pauvre, mais fertile. On ira rendre visite au gros Tony aussi. Il est particulier, mais il va te plaire, j’en suis sûr. Il a un petit côté fantasque et un peu inventeur fou d’un genre différent. » Il embrassa sa tempe et la serra contre lui avant que la fatigue ne le rattrape. « On devrait rentrer, prendre un bain chaud et aller se coucher. »

Sans cette déconvenue, il lui aurait certainement reparlé de ses propositions licencieuses pour pimenter leur vie de couple. Au lieu de ça, il se promit qu’il y reviendrait plus tard, quand le moment s’y prêterait. Il n’avait pas envie de faire d’elle sa putain et compte tenu de leur passif, il redoutait qu’elle se force pour s’assurer qu’il ne la quitterait jamais plus. Il était temps qu’il l'apaise à son tour et, si au détour de ses efforts, il rendait justice à leur histoire, il n’en serait que plus heureux. Dès lors, le lendemain matin, il écuma les bijouteries en quête d’une bague de fiançailles, une vraie. Les alliances, ils les choisiront ensemble et, cette fois, elles représenteront quelque chose, le symbole de leur sentiment encore naissant, mais grandissant. Fier de lui, et content d’avoir mis la main sur ce qui lui convenait – un anneau fin, mais orné d’un solitaire. Rien de trop ne tape à l’œil pour ne pas l’embarrasser – il rentra plus guilleret que la veille. Rien n’était oublié, mais il agissait et c’était suffisant pour lui rendre de sa bonne humeur. « Tu es prête ? On prend la Panda 4X4 de Luciano et on bouge. Pas mon frère hein, mon cousin. » Elle le dévisagea, perdue par cette redondance dans les prénoms. « Laisse tomber. On s’en fout. Elle est moche, mais elle grimpe partout, c’est un vrai chamois. » Il ne répondit à aucune de ses questions franchement, préférant attiser sa curiosité. Il ne l’emmenait pas dans un de ses lieux touristiques où se pavanaient des étrangers dans leur tenue qui puait le fric à plein nez. Le paysage, elle le découvrirait durant cette longue balade dans les montagnes, car il rencontrait Cosa Nostra qui, à Corleone, n’avait pas d’heures pour détruire, tuer ou torturer.

« Tu te souviens, hier, je t’ai dit que le Gros Tony était un savant fou ? Hey bien, bienvenue chez lui. » Il frappa à la porte d’une bâtisse vieille de l’antiquité selon le code qui leur était propre. Une petite femme replète, aux cheveux noirs de jais, aux teints pâles et aux yeux noisette se dessina dans l’ombre, le reconnut et lui sauta au cou. Nunzietta, l’épouse de son ami de toujours, était une force de la nature. Elle avait mis au monde sept enfants, mais le temps n’avait aucune prise sur elle. Elle n’était ni laide ni belle. En revanche, elle dégageait chaleur et affection pour quiconque servait les intérêts de son mari. Les autres, elle les visait de son calibre et n’hésitait jamais à tirer. « Nunzia, je te présente ma femme, Jezabel. » précisa Gabriele après avoir essuyé les politesses et avant d’être félicité. « Tony t’attend. Tu tombes à pic, il essaie justement une de ses inventions. Vous devriez enfiler ça, pour vos vêtements, c’est mieux. » Elle leur remit la panoplie complète du parfait boucher d’abattoir, son véritable métier. « Oh. GABY… C’est un plaisir de te voir. Enfin, de vous voir. J’ai entendu dire que tu étais marié. Je suppose que c’est l’heureuse élue. » Il hocha de la tête et renonça aux étreintes pour tous au vu de son état. « Qu’est-ce que tu fous pour être couvert de sang ? » « Oh, j’ai mis en place une chaise qui… » Il se lança dans des détails techniques que Gaby, qui tenait fermement Jezabel contre lui, son bras passé par-dessus ses épaules, ne comprit absolument pas. En gros, c’était un dispositif en cercle. La victime était placée au milieu. Puis, elle se mettait à tourner et le bourreau, à l’autre bout de la pièce, choisissait entre lui jeter des projectiles, lui envoyer des décharges ou autres réjouissances. Il nous expliqua ensuite que le pauvre type attaché comme un porc revendait de la drogue devant le lycée du village sans avoir demandé l’autorisation à la famille Gambino. Or, tout le monde savait qu’ici, en Sicile, ils étaient contre ce genre de marché, certes juteux, mais qui causa plus de mal que de bien à cete bourgade en souffrance.

« Tu veux essayer ? Je m’amuse comme un fou… surtout avec les petites haches. Ça gicle et il hurle, mais je sais tout ce que j’ai à savoir alors. » Gaby déclina poliment, mais il proposa à Jezabel de prendre part au jeu si ça l’amusait. « Tu n’es pas obligée, mais si je te le propose, c’est que ça ne me pose pas de problème. Au contraire. Mais avant, pour que ça prenne tout son sens, il faut que je t’explique ce qui est en train de se passer. Cosa Nostra ne se bat plus pour le territoire. Du moins, plus aussi souvent. En Sicile, parce que c’est petit, ça arrive encore. Comme il arrive parfois qu’à New York, des familles se fassent la guerre pour récupérer un marché, mais c’est de plus en plus rare, grâce à ce qu’on appelle la commission. C’est long à expliquer, mais tu dois te dire que c’est comme un département ministériel, tu vois ? Comme dans les États, car c’est ça que nous sommes, un état à côté de l’État. Nous rendons justice aux familles qui nous le demandent parce qu’elle ne croit pas en la police. On aide les plus pauvres de la communauté à payer leurs impôts ou à envoyer leur enfant aux études. On entretient nos relations pour pouvoir continuer nos petits trafics, parce que l’illégalité est lucrative, mais c’est souvent de la criminalité en col blanc, comme on l’appelle. Ce type-là, il n’a pas respecté les règles. Pour faire affaire à Corleone, il faut demander l’autorisation, mais en général, quand il s’agit d’affaires de drogues, le Don s’y oppose systématiquement. Il n’est pas question qu’on vende la mort en bas de la rue, pas sur sa juridiction. Tu vois ce que je veux dire ? »



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La malavita
Mio caro amico, disse, qui sono nato, in questa strada ora lascio il mio cuore. Ma come fai a non capire, è una fortuna per voi che restate. Passano gli anni ma otto son lunghi, però quel ragazzo ne ha fatta di strada, ma non si scorda la sua casa.
   
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Chissà, chissà chi sei chissà che sarai chissà che sarà di noi
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