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Jezabel Gambino
Jezabel Gambino
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I'm here to be closer
ft Cin



Elle admirait tellement Mani qu’elle s’était attendu à autre chose de sa part. Cinzia lui avait confié qu’elle était enceinte et qu’elle ne savait pas comment l’annoncer à son frère et Jezabel lui conseilla de lui dire franchement ou d’essayer, qu’il le prendrait toujours mieux comme ça. Visiblement, elle ne connaissait plus son frère ou pas aussi bien qu’elle se le figurait. Ce genre de réaction épidermique était du Herrera tout craché mais elle s’était imaginé qu’il se calmerait vite et apprécierait la nouvelle à sa juste valeur, au lieu de ça, il abandonna Cinzia dans un piteux état et elle dut ramasser les morceaux, elle ses compétences en gestion de l’émotionnel proche de zéro. Elle savait comment tuer quelqu’un, comment faire passer un message grâce à un cadavre ou suturer une plaie mais consoler un être humain, c’était une toute autre affaire. Elle avait déjà vu les gens faire et elle prit la sicilienne dans ses bras en lui caressant maladroitement les cheveux en tenter de trouver des paroles réconfortantes. Au final, elle se rendit compte que les gestes étaient plus forts que les mots et elle prit le parti d’agripper fermement la main de la brunette pour ne plus la lâcher, que ce soit dans l’aéroport, au moment de cracher à son frère qu’il n’était qu’un pauvre type, dans l’avion ou même une fois à l’hôtel. Elles partageaient la même chambre et c’était une aubaine, elle aurait la certitude de pouvoir veiller sur la jeune femme presque tout le temps. Elle en oubliait son propre malheur, focalisée sur sa mission. C’était tellement plus facile de renouer avec cette partie d’elle-même, dès que le mot mission entrait en ligne de compte, elle se sentait plus à l’aise et beaucoup moins sous pression, parce que son rôle se limitait à celui d’un soldat ou presque, cette fois, ses armes seraient l’écoute, le réconfort et les tentatives de compréhension. Elle n’était pas là pour juger Cinzia, tomber enceinte avant le mariage, ça arrivait tout le temps au Salvador, elle ne connaissait même aucun couple marié, les traditions se perdaient parce que tout le monde mourait jeune et avait bien autre chose à foutre que de se demander si c’était grave de perdre sa virginité dans la salle de bain d’un type qu’on connait à peine, pendant une soirée d’un genre particulier. Elle aurait sans doute suivi le mouvement si elle avait accepté qu’on la voit comme une fille parmi les autres mais c’était au-dessus de ses forces.

Sa valise ne contenait que des souvenirs, ses vêtements avaient disparus, elle ne put rien emmener hormis des sous-vêtements, les robes et les jupes de son armoire ne la tentèrent pas et elle les abandonna sur place mais ça deviendrait vite compliqué. « On va devoir aller m’acheter des vêtements, je n’ai rien ici et je n’ai même pas de carte de banque, mon frère m’a donné cinq cent dollars avant de partir mais il m’a dit que c’était pour toi, si tu avais besoin de quelque chose. Alors je vais les mettre de côté, comme ça, si tu as besoin, tu me dis ! » Elle n’échangeait qu’en italien avec Cinzia, parce que son anglais était saccadé et tout sauf naturel, parler italien était plus simple, ça ressemblait à sa langue maternelle, d’ailleurs, on aurait dit que c’était justement la langue qu’elle utilisait. « On va avoir beaucoup de temps toutes les deux, je vais pouvoir t’aider avec ton espagnol et tu pourras m’aider avec mon anglais, parce que je ne comprends pas toujours tout. » Et elle ne voulait pas faire honte à son futur époux, lui qui avait l’air si bien sous tous rapports et qui lui donnait l’impression de sortir tout droit de sa cambrousse dès qu’ils étaient près l’un de l’autre. Elle voyait bien le regard des autres femmes sur lui et elle lui aurait volontiers dit de s’en choisir une pour passer du bon temps, parce que ce serait sans doute bien plus drôle qu’un repas en sa compagnie. Elle manquait de manières et de classe. Elle eut le loisir de s’en rendre compte dans son pantalon et son top au mariage de Luciano et Lyla, elle faisait tâche. « Mon frère est un homme donc stupide par définition mais ne te rends pas malade, Cin, il va revenir en courant ! Il n’aime pas grand-monde mais quand il aime quelqu’un, il ne sait pas rester fâcher avec. Il va peut-être revenir et vouloir te faire croire que c’est lui qui a raison mais c’est sa manière de dire qu’il regrette ! Il est content pour ce bébé, sinon il ne serait pas venu à l’aéroport, tu sais bien, comme moi, qu’il ne se force jamais à rien ! Pas vrai ?! »  Elle ponctua le tout d’un sourire encourageant. « Tu sais quoi ? On devrait utiliser cet argent pour aller manger, ça te dirait ? » demanda-t-elle en agitant la liasse de billets sous son nez. Mais sa partenaire n’avait pas l’air disposée à sortir, elle proposa de commander au room service et Jezabel capitula, s’installant sur le lit, essayant de trouver une nouvelle façon de distraire sa belle-sœur. « Ça veut dire quoi, bègue ? » Elle le prononça en anglais, ne sachant pas si elle le prononçait correctement ou pas.  « Antonella a dit ça à ton frère et il avait l’air fou de rage, je me suis dit que ça devait être une insulte mais ça avait l’air plus personnel qu’un « enfoiré » ou « enculé », tu vois ! Après ça, il ne parlait plus, dans la voiture, je me suis demandé s’il était fâché contre moi ou pas ! Je ne savais pas quoi faire, alors j’ai fermé ma gueule mais pour la prochaine fois je… Ça a l’air bête…mais… » Et elle se mit à gigoter, se tordant les doigts comme chaque fois qu’elle parlait de Gaby, elle devait avoir les joues d’un rouge écarlate. « J’ai l’impression que c’est important pour lui et que donc, ça pourrait l’être pour moi de le savoir, tu vois ? »







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Cinzia Herrera
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Siamo liberi ma anche prigionieri  
ft Jez



C’était un fait avéré : j’étais du genre solide, mais pas indestructible. Or, sur une année j’encaissai la maladie de ma mère, la mort de mon frère et la peine d’Assunta. On me refusait la légitimité de mon union, ce qui me torturait au quotidien. J’avais démissionné. Je me débattis avec différents agresseurs, tantôt tenaces, tantôt moins, à commencer par les Irlandais, en passant par le gringe et son acolyte au teint hâlé, en finissant par Mona, Antonella, Achille et récemment, Teresa. Je perdis une matinée chez les flics à cause d’elle, forcée de supporter leur agacement face à mon silence. Pis encore, je fus trompée, on m’annonça un cancer, j’étais enceinte hors mariage et tout bonnement rejetée par le père de mon bébé. Que Dieu me pardonne, mais j’estimais n’avoir en aucun cas à craindre la pierre d’un croquant qui me la lancerait, persuadé qu’il se serait montré moins sensible que moi. L’aurais-je voulu, j’étais incapable de me relever de tant épreuves sans encombre. Je souhaitais pourtant. Je l’espérais de tout mon cœur. À l’heure du départ, je considérai même cette escapade vers Chicago comme une aubaine puisqu’elle m’offrait le luxe de réfléchir et permettait à Manuel de respirer un peu. Sauf que je n’avais pas envie de ça. Ce que mon cœur désirait ardemment, c’était d'affronter la rivière du temps à contre-courant pour en reprendre notre relation un peu avant que le bât ne blesse la bête de somme. Quand exactement ? C’était difficile à définir. Était-ce avant LA première version ? À cette après-midi où je cédai à mon fiancé ma virginité, ce qui compliqua autant que le contraire nos rapports ? À moins que ça soit juste avant le second tome de l’histoire à Los Angeles, quand il n’avait pas encore enfoncé sa queue dans le fond de la gorge d’une putain ? Peut-être serait-il plus utile de remonter jusque là et d’en revenir à l’heure où il découvrit les raisons qui me poussèrent à me terrer dans mes appartements comme un animal prisé des chasseurs… Quelle différence finalement. Je ne jouissais pas d’un tel don. Je ne pouvais que dépérir, enfermée dans ma chambre d’hôtel. J’ouvrais les rideaux uniquement parce que je la partageais avec Jezabel qui se démenait pour me consoler et elle était pour moi un soutien indéfectible.

Certes, elle ne trouvait pas toujours les mots. Elle n’était qu’une enfant. Elle avait ses propres soucis à régler et ignorait tous des jeux et des maux du cœur. Mais, elle faisait son maximum, si bien que je veillais à l’épargner, sans grand succès néanmoins. « Qu’il aille se faire foutre avec son argent. Je n’en ai pas besoin. » crachais-je agacée, mais le regrettant aussitôt, pour elle, parce qu’elle méritait plus que ma mauvaise humeur. « Je suis désolée. Je suis fatiguée et ça me rend irascible. On ira, je te promets, laisse-moi juste le temps de me reposer un peu. D’accord ? » Je fis de mon mieux pour lui sourire en me laissant aller contre le montant de mon lit, ramenant mes jambes contre moi. « Tu devrais d’ailleurs ne parler qu’anglais avec moi. » Bien que j’adorais parler italien. « Ça me permettrait de te corriger, d’élargir ton vocabulaire…c’est ce qu’on faisait avec ton frère pour l’espagnol, avant qu’il se mette à me mépriser. » Comme une salope de base… Y penser me déchira le cœur et je soupirai, me demandant où je trouverais la force de mener avec elle une discussion, aussi banale soit-elle, car elle était la petite sœur de l’objet de mon malheur, et que ça ne m’aidait pas vraiment, même s’il fallait bien admettre qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Sinon, pourquoi serait-il venu me saluer à l’aéroport ?

« Je sais tout ça, mais qu’est-ce que ça change ? Je suis contente d’être là avec toi, la question n’est pas là. Je pense que c’est bien que tu passes du temps avec mon frère et que tu n’aies plus à te coltiner l’emmerdeuse d’Achille. Mais, j’aurais voulu qu’il me demande de rester ou qu’il vienne avec nous. Je ne m’attendais pas ce qu’il prenne la nouvelle autrement, mais de là à ce qu’il m’insulte…Il ne m’a même pas écoutée. Il m’a tourné en dérision alors que je suis terrifiée. J’avais besoin qu’il me le dise s’il était content. On aurait pu réfléchir à une solution ensemble. »  J’aurais pu rentrer dans le détail de nos précédents échanges à propos de la confiance, mais à quoi bon entrer dans le crâne de cette jeune enfant que, l’amour n’étant pas suffisant pour qu’un couple s’entendre, celui qu’elle formerait avec mon jumeau était fatalement voué à l’échec. Qui étais-je pour lester ses épaules du poids de mes problèmes ? Qui ? « Mais, ne t’inquiète pas pour moi. Je vais m’en remettre. Une solution viendra.» conclus-je en serrant sa main qui traînait sur le drap. « Je n’ai pas envie d’aller manger ma puce, mais si cet argent est pour moi, garde-le. Ça pourrait t’être utile. » À commencer par se sentir plus à l’aise avec mon frère, car elle ne dépendrait pas de lui sous prétexte qu’elle n’avait pas un sou en poche, ce qui lui permettrait d’accepter ses cadeaux éventuels sans avoir honte. « On ne sait jamais. Tu pourrais peut-être envie d’offrir un petit quelque chose à Gaby, on ne sait jamais… un matériel je veux dire… » la taquinais-je ouvertement, puisque rien n’était plus frais que de la voir rougir quand j’abordais le sujet de sa relation avec ce dernier, quoique je n’en abusais jamais.

Je tenais lieu de « guide à la compréhension » de sa personnalité et, sans prétention aucune, il importait qu’elle soit en confiance avec moi, que je puisse les aider au mieux. Elle le savait d’ailleurs, car elle me posa une question à laquelle je n’étais pas préparée et qui me mit instantanément mal à l’aise. « Où est-ce que tu as entendu ça ? » m’enquis-je plus vivement que je ne l’aurais voulu. Sa réponse ne m’étonna guère et je dodelinai négativement de la tête, les lèvres pincées et les mains désormais crispées sur ma cuisse. « C’est important et tu fais bien de poser la question. » Vu ma réaction, la rassurer était primordial. « Et tu as raison, ça pourrait t’être utile, mais il faut que tu me promettes que tu ne diras rien à personne. À PERSONNE. Même à ceux qui semblent au courant. Et encore moins à lui. Tu pourrais te le mettre à dos et ce ne serait pas bon. » J’attendis qu’elle confirme l’évidence et je me lançai dans mon récit. « Un bègue, c’est… comment dire… c’est quelqu’un qui a des problèmes pour parler. Pas comme toi et l’anglais parce que tu ne connais pas la langue, mais plutôt comme quelqu’un qui a un problème d’élocution, quelqu’un qui bute sur chaque syllabe, sur un mot ou sur une phrase. Soit elle ne sort jamais, soit la syllabe est répétée indéfiniment ou aucun son ne sort. Ça dépend des moments, de l’émotion, de la perception du moment ou que sais-je encore. » expliquais-je non sans me sentir légèrement coupable de révéler le sale petit secret de mon frère. Il eut une grande incidence sur sa vie. Il participait à ce qu’il était. Était-ce bien à moi de raconter tout ça ?

« Mon frère est bègue. Plus autant qu’avant. Il a beaucoup travaillé sur lui, mais ça surgit encore de temps en autre, en fonction de certaines circonstances. Pour lui, ça a toujours été un véritable problème. » Pour ne pas dire un drame. « C’est pour ça qu’il t’a donné l’impression d’être fâché, parce qu’à son sens, elle l’a bel et bien insulté. Elle aurait préféré qu’il la traite d’enculé, ça ne l’aurait pas touché. Mais, ça n’avait rien à voir avec toi… C’était plutôt en rapport avec ce qu’il ressentait. Il n’est pas aussi stable qu’on ne peut se l’imaginer en le regardant comme ça. Il est parfois sujet à des formes de rechute, comme de crises si tu veux, parce qu’on ne guérit pas du bégaiement. Je ne sais même pas si c’est une maladie en tant que telle. » À moins que je ne refuse de l’admettre. « À toi de voir ce que tu veux faire de cette information… Savoir, c’est un cadeau empoisonné. Ça peut faire autant de bien que de mal. »








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Jezabel Gambino
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ft Cin



Manuel avait cette capacité incroyable de gonfler prodigieusement les gens et principalement ceux qui l’aimaient le plus. Jez en savait long sur la question parce qu’elle s’était déjà fait la réflexion. Elle était capable de le détester et de l’adorer sur cinq minutes de temps. Parfois, elle avait ressenti une folle envie de lui coller de grandes claques dans la gueule et elle l’aurait fait si elle ne s’était pas dit qu’il la tabasserait pour l’exemple juste après. Forcément, l’attitude de Cinzia ne l’étonnait pas, loin de là même, elle savait déjà qu’il viendrait faire le paon, qu’il n’aurait qu’à sourire et faire comme s’il s’excusait pour qu’elle le laisse revenir. Parce que c’était sa spécialité. C’était un charmeur, il pouvait tout obtenir d’une femme avec peu de choses. Il l’avait vu faire avec tellement et surtout avec leur grand-mère, leur mère ou même leurs sœurs. On ne résistait pas à un Herrera qui avait décidé que vous lui apparteniez. Elle rit quand sa belle-sœur envoya son frère au diable avec son fric, se disant que c’était déjà une bonne chose si elle ne lui était pas soumise à cause de ça. Tout le monde ne pouvait pas en dire autant et la dépendance financière à un mec, c’était la pire des choses, elle en avait vu tellement dans le ghetto… Elle s’était juré que ça ne lui arriverait jamais. Maintenant, elle était dépendante du pognon de son frère et de son père, elle espérait que ça ne durerait pas et qu’elle pourrait gagner son propre pain. Mariage ou pas, elle n’était pas handicapée et pouvait bosser. « T’en fais pas, Cinzia, ça ne presse pas. Supporter Mani au quotidien, ça demande de l’énergie et surtout quand il joue les gros cons de service ! Il tient ça de notre père ! » Elle ne put s’empêcher de regarder autour d’elles que personne ne serait susceptible d’aller répéter à Rafael ce qui venait de s’échapper de sa bouche. Pour un manque de respect pareil, il n’hésiterait pas à lui mettre les deux yeux au beurre noir. « J’ai du mal à trouver mes mots, ça me fait mal à la tête… Mais je vais essayer, parce que ton frère me parle espagnol pour me faire plaisir. » Un petit sourire mutin se dessina sur ses lèvres et s’effaça dès que la sicilienne parla de mépris. « Il ne te méprise pas, Cin ! Je les ai vu les filles qu’il méprisait et crois-moi, ça n’avait rien à voir ! Il en a baisé une plusieurs fois à une époque, elle croyait que c’était signe d’une relation ou je ne sais pas quoi ! Elle s’est pointée chez mes parents et il est passé à côté d’elle sans la voir, quand elle s’est présenté, il lui a demandé qui elle était et quand elle lui a rappelé qu’ils avaient couché ensemble, il lui a répondu que comme il ne l’avait jamais vu sous cet angle-là, ça pouvait être elle comme une autre, ça ne changeait rien ! » Elle ne put réprimer un ricanement, qu’il était con ! « Des comme ça, j’en ai en pagaille à raconter ! »

Il avait, lui aussi, contribué à sa volonté de ne surtout pas se laisser approcher par un homme, peu importait tout le miel qu’il pouvait avoir dans la bouche, ça ne durerait pas et il finirait par la déprécier et elle n’aurait d’autre choix que de l’égorger. Elle ne voulait qu’aucune rumeur ne court à son sujet, que rien ne puisse se dire et pour ça, il n’existait rien de mieux que la distance. « C’est un mec, Cinzia, tu lui en demandes trop ! Ils ne fonctionnent pas comme nous, ils ont besoin de temps pour assimiler les choses et savoir ce qu’ils en pensent. Ils sont plus lents que nous ! Il va te rejoindre, laisse-lui du temps ! S’il avait dû te jeter, ce serait déjà fait mais crois-moi, ce jour n’arrivera jamais ! J’ai bien vu comme il te regarde, tu le tiens par les couilles, il le sait et il essaie de donner le change. Mais il va revenir en rampant. » Ou du moins, il ferait en sorte de lui donner l’impression qu’il lui faisait une faveur, qu’elle était responsable et qu’elle lui en devait une mais ce serait pour ne pas dire qu’il était désolé et qu’il s’en voulait d’être parfois un complet abruti. Il y avait des choses qui ne changeaient jamais. La faiblesse n’était pas évidente à gérer pour les enfants de Rafael Herrera. « Un cadeau ? » Elle était perplexe, elle ne le connaissait pas assez pour savoir quoi lui offrir et était certaine qu’elle tomberait à côté. Il était si sophistiqué et intelligent qu’elle doutait qu’une de ses conneries puissent lui faire plaisir. D’un autre côté, il était le premier à rire à ses blagues douteuses, il y avait de l’espoir. Elle ne s’attendait pas à déclencher une réaction pareille chez sa belle-sœur à l’évocation de l’insulte lancée par Antonella. « Pourquoi tu voudrais que j’en parle ? Je ne parle déjà pas à grand-monde, encore moins de ce qui gêne les autres ! » la rassura-t-elle. Elle serait une tombe, surtout qu’elle savait que ça faisait de la peine à Gabriele et la dernière chose qu’elle désirait c’était l’humilier. « Je comprends. » dit-elle comme une invitation pour que Cinzia en dise plus. Ca devait être horrible comme sensation, comme si notre bouche ne répondait plus aux ordres de notre cerveau. Pour un homme qui semblait aimer tout contrôler, ça devait être terrible. « Tu sais, je me demandais s’il n’était pas parfait. C’est compliqué pour moi, d’essayer d’être proche de lui parce que j’ai l’impression de ne pas être à la hauteur, tu vois ? Je comprends mieux pourquoi il fait attention à tout comme ça. » confia-t-elle en s’asseyant au pied du lit, n’osant pas regarder Cinzia dans les yeux. « Si jamais ça lui arrivait pendant qu’il est avec moi, y a quelque chose à faire pour l’aider ? Faire diversion ou ? Il ne me laissera sûrement pas faire, il croit que c’est à lui de veiller sur moi. Mais au moins je saurais. Tu sais, j’ai de la chance, que ce soit lui et pas un autre. Il est vraiment gentil avec moi et ce qui le blesse, ça me fait de la peine. Parce que quelqu’un de gentil mérite pas ça. Et puis je me dis que lui a eu un peu moins de chance de tomber sur moi. » Elle ricana mais était sincère. Elle était une plaie, une vraie plaie.







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Cinzia Herrera
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MessageCloser  EmptyMer 15 Juin - 23:56





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ft Jez


Certes, elle méritait mieux que d’être enfermée dans cette chambre avec pour seule compagnie mes malheurs et mes lamentations, mais je n’étais pas capable de lui en offrir plus. Toutes les merdes que j’accumulai ces derniers mois me revenaient comme un coup de poing dans la figure et l’absence de Manuel cristallisait toutes mes peurs profondes, celles qu’il me quitte, qu’il en ait assez de mes problèmes toujours plus envahissants. C’était stupide. Quand je brillais dans un éclair de lucidité, je me raisonnais, mais ils étaient rares, en particulier quand je me sentais épuisée sans avoir rien fait, conséquence d’une grossesse que je ne pouvais pas ignorer et qui détruisait mes neurones les uns après les autres. Prétendre que mon fiancé me méprisait, c’était sans doute la remarque la plus ridicule au monde. Jezabel aurait d’ailleurs été en droit de soupirer et de rouler des yeux, me rappelant ainsi son frère. Elle était cependant d’une patience d’ange avec moi. Elle faisait son maximum pour me réconforter, allant jusqu’à me confier des anecdotes de leur vie passées, au Salvador, m’arrachant un rire frais. « Il est incroyable. » commentais-je en remerciant les cieux de n’avoir pas inventé le début de notre histoire comme cette pauvre fille. Je ne me serais pas donnée physiquement, pas avant de jouir de garanties, mais je lui cédai mon cœur si vite que j’en serais morte de honte. « Et d’accord, il ne me méprise pas. J’exagère un peu… beaucoup… mais la situation me dérange pour plein de raisons. J’ai peur qu’on gère mal et que ça lui retombe dessus. » Alors que j’étais tout autant responsable que lui de mon état. J’en arrivais à me demander si je ne m’étais pas montrée trop dure avec lui à l’aéroport. Il n’était pas venu par hasard. Il devait sans doute attendre quelque chose de moi. Un regard. Un baiser. Une promesse. Je n’étais pas prête et à présent, je m’inquiétais des conséquences. Et s’il lâchait prise ? Si, en toute mauvaise foi, il me jugeait égoïste ? J’en étais là quand le sujet de conversation s’axa sur mon frère, ce qui m’arrangeait plutôt bien. Je m’étais bien assez lamentée sur mon sort pour aujourd’hui. Je devais avancer. Peut-être même appeler Mani. Peut-être. Plus tard. On verra.

« Oui ! Un cadeau, oui. Si tu en as envie et que tu ne sais pas quoi lui offrir, je peux t’aider à trouver si tu veux, mais si j’étais toi, j’essaierais d’en choisir un sans te prendre la tête, de façon spontanée. Le but, ce ne serait pas forcément de lui faire plaisir, mais de l’aider à te découvrir à travers quelque chose qui te plaît à toi. Le cadeau, ce ne sera pas l’objet en lui-même, mais ce qu’il apprendra, ça lui plaira forcément dans ces conditions-là. » lui proposais-je convaincue que ce ne serait pas un coup dans l’eau. Pas seulement parce que je le connaissais bien, non, mais parce qu’au stade de leur relation, une peluche à l’effigie d’un personnage de dessin animé l’aurait attendri. Plus que d’apprendre qu’elle s’intéressait à l’insulte ronflante de sa belle-sœur. S’il savait qu’elle se posait autant de questions, il m’aurait fait jurer de ne rien lui dire, qu’il s’en chargerait lui-même le moment venu, quand il se sentirait prêt et qu’il lui ferait pleinement confiance. Le problème, c’est qu’elle arriva avant lui et que son interrogation ne relevait pas de la curiosité malsaine, mais de la nécessité de comprendre. « Je ne dis pas que tu le ferais ou même que tu le feras, Jez. Je te préviens surtout pour moi, pour ne pas me sentir coupable derrière d’avoir outrepassé mes droits. Il serait déçu de moi s’il savait que je t’en ai parlé et j’aime mon frère. » Si le sien était mon cœur, Gabriele était mon poumon. Le résultat demeurait identique cependant, j’avais besoin de l’un comme de l’autre pour être heureuse.

Forte de ma confiance envers l’adolescente, je lui racontai donc la vérité avec un maximum de détail, usant d’un italien des plus familiers, d’un vocabulaire qu’elle était supposée maîtriser. Je sus qu’elle ne rate rien de mes explications au regard qu’elle me lança, un mélange de compassion – ce qu’il détesterait d’ailleurs – et de soulagement. « Non ! Non. Il n’est pas parfait. Il a fait pipi dans sa culotte comme tout le monde quand il était petit. Il a même une panoplie de défaut, mais je vais les garder pour moi ceux-là. Je vais te laisser les découvrir par toi-même parce qu’ils font partie de son charme, tu verras. Mais oui, c’est pour ça qu’il parle lentement, qu’il plie bien sa veste après l’avoir enlevée, qu’il vérifie toujours qu’il n’y a pas un poil de chat qui traîne sur ses fringues. Il a besoin de tout contrôler, tout le temps. S’il maîtrise l’image qu’il renvoie de lui, il se maîtrise lui… même s’il y a des ratées parfois. C’est normal je suppose.» Et il n’en manquait pas. Aidé par son physique d’Adonis, il se dégageait de lui une telle aura que même Jezabel, plus enfant que femme, plus inexpérimentée à son âge que je ne l’étais moi-même – et Dieu seul sait comme ma vie était pauvre de relations humaines – semblait avoir succombé autant que faire se peut au vu de la situation et de ce qu’elle était. « Après, je ne sais pas ce que je peux te conseiller si ça lui arrivait et que tu es là. J’aurais envie de te dire de ne rien faire, mais j’ai l’impression que ce serait te demander l’impossible. » Elle n’était pas mordue, mais il paraissait être parvenu à gagner un peu de son affection. Étonnant, mais de plutôt bon augure. « Avant toute chose, il ne faut pas que tu lui donnes l’impression de le plaindre. Ancre-le à quelque chose qui pourrait le calmer. Je pourrais te dire ce que moi je fais, mais ça ne peut pas être comparable. C’est mon frère. Tu es sa fiancée. Un jour ou l’autre, c’est vers toi qu’il se tournera quand il en aura besoin. Et pour ça, il faut impérativement que tu arrêtes de croire que tu n’es pas à la hauteur, qu’il n’a pas eu de bol d'être tombé sur toi. » Je lui pris la main pour qu’elle lève enfin les yeux vers moi et je la pressai un peu afin qu’elle ne doute pas de sa sincérité. « Tu es une fille géniale, Jez. Ce qui s’est passé avant, ça ne compte pas. » En l’occurrence, ce qui ne s’est pas passé la concernant. « Ce qui compte, c’est que vous trouviez de quoi vous apportez l’un l’autre. Il est gentil avec toi ? Parfait. Il a aussi besoin de tout contrôler. Toi, si tu t’y prends bien, tu peux devenir sa bouffée d’oxygène. Tu comprends ? C’est par là qu’il faut commencer. Sois son bol d’air frais et tu sauras quoi faire si jamais ça arrivait. Tu me suis ? »



***


Cette soirée à quatre au restaurant aurait dû être un bon moment, un instant suspendu où nous aurions pu rire tous ensemble. Sauf que Manuel manqua de délicatesse, que Gaby ne s’en offusqua pas au nom de sa fiancée et que cette dernière en rougit de rage. Ils m’en coupèrent l’appétit – si tant est que ça soit possible – et je ne tardai pas à le faire remarquer à Mani dès que nous fûmes tous les deux. Lui, il s’en défendit comme il put, mieux que bien en réalité, car si je me prédis une nuit à calmer la gamine, il lui suffit d’une caresse pour que j’agisse comme une égoïste, ce que je regrettai le lendemain matin. Pas l’acte, non, mais de ne pas avoir pris le temps d’appeler ma future belle-sœur pour m’assurer que tout allait bien. Pour me rattraper – et parce que Gabriele et Manuel se rencontraient - pour discuter de Dieu sait quoi – je me présentai à la porte de la suite de mon frère. « Dis-moi que tu meurs de faim et que tu as envie qu’on aille manger toutes les deux en ville ? Dis-moi aussi que tu ne m’en veux pas pour hier. J’ai fait ce que j’ai pu, tu sais… »










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MessageCloser  EmptyDim 19 Juin - 23:34





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ft Cin



« Tu ne devrais pas t’inquiéter de ça, il va trouver une solution ! »
lui assura-t-elle avec conviction et certitude. Prendre des décisions et trouver des solutions, c’était ce que Mani devait faire tous les jours et quand il était question de sa propre peau et de son petit confort, il ne lésinait jamais sur les moyens et les solutions. Ça prendrait peut-être un peu de temps mais il trouverait une façon ou une autre d’avancer le mariage ou de faire avaler cette grossesse à tout le monde, sans avoir l’air d’être coupable. Manuel était un manipulateur né, le genre qui arrivait à vous faire sentir coupable alors qu’il était le seul responsable d’une situation mais on était incapable de lui en vouloir bien longtemps quand sa séance de culpabilisation commençait par ce qui ressemblait à des remords ou des excuses. Jezabel aurait aimé avoir ce don hors du commun, ça l’aurait sans doute sortie de la merde plusieurs fois mais elle n’avait pas les yeux bleus de son frère, sa bouille de chien battu et son expérience mais elle ne désespérait pas. Donc, s’il existait une personne au monde capable de faire avaler un truc aussi gros qu’un bébé hors mariage, c’était bien Manuel Herrera. « Moins d’inquiétude et plus de repos, c’est ce qu’il te faut ! » Et elle y veillerait personnellement, se sentant investie de la mission de veiller sur sa belle-sœur le temps que son débile de frère trouve une solution pour se faire pardonner parce qu’il s’était comporté comme le roi des connards. « Expliqué comme ça, ça me paraît super compliqué mais si je trouve un truc qui me parle, je foncerai ! » Elle n’était pas douée pour ces trucs subtils et délicats, à vrai dire, brute comme elle était, ça risquait de donner lieu à une situation sacrément drôle. Peut-être que si elle commençait par-là et qu’elle jetait son dévolu sur un présent qui les ferait rire tous les deux, ça initierait le jeu tranquillement et sans prise de tête. Elle ne pouvait pas se prendre au sérieux, surtout pas compte tenu des circonstances qui entouraient leur futur mariage. Et ainsi, elle savait qu’elle ferait mouche. La conversation se fit plus sérieuse dès qu’elle bifurqua sur le problème principal du futur marié. « Je comprends mais tu peux compter sur moi, je ne lui dirai rien et je ne dirai rien à personne. C’est gentil de m’en parler malgré tout ! » Elle appréciait ce geste à sa juste valeur et remerciait Cinzia pour tout ce qu’elle faisait pour que les choses se passent le mieux possible. Elle avait bien conscience que tout ça n’était facile pour personne.

La brunette éclata de rire en imaginant le gamin qu’il était avec ses culottes sales ou bien courir cul nu comme n’importe quel gosse. C’était difficile de voir tout ça quand il était là, sous son nez, à être beau sans rien faire de spécial pour ça. « Ça doit être hyper fatiguant… » Presque autant que de veiller à garder le contrôle de ses émotions et de ses gestes pour ne pas envoyer des signaux qui rappelleraient à notre entourage que nous n’étions pas un homme comme les autres. Elle se garda bien de faire part de ce parallèle à Cinzia, elle préférait garder ses théories pour elle. « Je suis une enfant, Cinzia. Il ne m’a pas choisi et moi non plus, ça va être compliqué, je le sais bien. Je ne peux pas m’empêcher de me dire que je ne serai pas à la hauteur. Mais je ferai de mon mieux pour l’aider, s’il a besoin de moi. Il le fait pour moi depuis que je suis arrivée du Salvador. » Et elle lui en était terriblement reconnaissante, parce qu’il n’était pas obligé de s’impliquer autant et de faire en sorte de maintenir constamment le contact et pourtant, il le fit et même mieux que bien. Il mettait un point d’honneur à la faire se sentir en confiance et lui laissait de l’espace pour qu’elle décide et dispose. C’était quelqu’un de bien, elle espérait ne pas le décevoir. « Je verrai bien, de toute façon ! » Elle lui offrit un sourire énigmatique et un haussement d’épaules. Elle tenterait toujours de le faire rire pour masquer le fait qu’il l’intimidait et elle ne manquerait pas de lui proposer des idées folles parce qu’elle pouvait éviter d’avoir à exposer son inexpérience et ses craintes. Le temps passé avec lui était fait de bons souvenirs et de franches rigolades, si c’était ça, lui offrir une bouffée d’oxygène, elle n’était pas contre, de toute façon, c’était la seule chose qu’elle savait faire, le reste n’était pas dans ses cordes et ne le serait peut-être jamais. On n’apprend pas à être une vraie femme dans la rue, on n’apprend pas à devenir une femme modèle en courant pour sa vie un flingue à la main et encore moins en se faisant beugler dessus pour préparer correctement une sauce tomate.

***

Ce repas au restaurant avait laissé un goût amer à la gamine. Elle n’en avait pas dormi de la nuit, se repassant le film en boucle, pleurant parfois à chaudes larmes parce qu’elle avait le sentiment d’avoir participé à la mise en scène de sa propre ridiculisation et ça la rendait malade. Trahie, elle se sentait trahie par tout le monde et seule, terriblement seule. Ses frères lui manquaient, ses nuits à courir dans San Salvador aussi, la musique, la fête, l’odeur de la marijuana et de la nourriture qui chauffe, celle du pain chaud provenant de la boulangerie et le sourire des gens. Les blagues de Lulu et les soupirs de Rivera. Elle n’était pas faite pour se marier et mener une vie de femme, elle était faite pour la MS, depuis toujours. Mais on décidait à sa place et si elle avait eu un peu de cran et de courage, elle aurait mis les voiles. Malheureusement, elle craignait trop les colères de son père pour faire une chose pareille. Depuis une demi-heure, à vrai dire, depuis le départ de Gaby de chez lui et après avoir fait mine de dormir encore, elle essayait de joindre un de ses amis pour discuter mais personne ne répondait. Elle finit par abandonner et fuma une cigarette sur le balcon avant de rentrer et de chercher comment occuper son temps pour ne pas penser à son statut de prisonnière. Elle hésita à ouvrir la porte quand on frappa mais finit par le faire, enfilant un pantalon de pyjama pour ne pas se retrouver à moitié à poil. Son expression faciale se dégrada à la vue de Cinzia et elle fit un effort surhumain pour ne pas refermer la porte sur elle. « Je n’ai pas faim et je n’ai pas envie de manger avec toi, ni de te voir ! Je ne mange pas avec les gens qui vont raconter tout ce que je leur confie ! » Elle sembla heurtée par la rudesse de l’adolescente et Jez savait que ça lui vaudrait probablement des emmerdes avec son frère si ça venait à ses oreilles mais pour ce que ça changeait. « Vous, ça vous fait rire, mais moi, ça ne m’amuse pas ! Je suis obligée d’être là, obligée de deviner ce que je dois faire parce que je ne sais pas et je pensais qu’en te demandant de l’aide et en te parlant comme je l’ai jamais fait avec personne, je m’en sortirai mieux mais t’as juste été raconter tout comme si ça ne comptait pas ! Je n’ai jamais été raconter ce que tu me disais, je n’ai jamais ri des trucs que tu pouvais dire, même si ça me semblait stupide ! Je constate que je ne peux avoir confiance en personne, j’aurais dû garder ça en tête en arrivant, parce que ça ne change pas de là d’où je viens ! Si tu veux aller manger, t’as qu’à inviter ton frère et le mien, vous pourrez continuer à vous foutre de ma gueule ! » Elle étouffa un sanglot, se sentant ridicule d’agir comme ça alors que la meilleure des tactiques aurait été de la fermer, comme elle le faisait toujours. Elle souffla un coup et se poussa de devant la porte. « Si tu veux rentrer, je ne peux pas t’en empêcher, je ne suis pas chez moi. » finit-elle par dire avant de reprendre sa place dans le canapé et de s’installer pour tenter de grappiller quelques heures de sommeil. Non, elle n’était pas chez elle et ne le serait plus jamais.







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Cinzia Herrera
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MessageCloser  EmptySam 2 Juil - 0:11





Siamo liberi ma anche prigionieri  
ft Jez


Jez avait raison, m’inquiéter à ce point ne m’apporterait rien et certainement pas une solution. C’était néanmoins plus fort que moi, plus encore qu’il n’était pas avec moi et que nous étions quittés en froid. Je détestais ça et si me changer les idées m’aurait était plus profitable, sortir de cette chambre était pour moi insurmontable. Et si Mani cherchait à me joindre et que je ratais l’appel ? Je ne voulais pas prendre ce risque et ma belle-sœur étant conciliante, j’eus même tous le loisir de me mentir et de m’inventer des excuses pour ne pas admettre que mes humeurs défendaient surtout de l’état de ma relation. Aimer à ce point, je ne le souhaitais à personne, sauf à mon interlocutrice. Victime d’un mariage arrangé, tomber amoureuse de Gaby était la meilleure chose qui pourrait lui arriver. Au contraire, s’il ne la maintenait pas fermement dans ses filets, si elle ne se laissait pas charmer par les plus beaux aspects de sa personnalité, elle serait fatalement malheureuse. Elle s’enfermerait dans ce qu’elle aurait pu être, mésestimant de s’épanouir en essayant de devenir. Elle le verrait comme l’homme qui lui ôta toute liberté et moi, à mon niveau, tout ce que j’étais en mesure de faire pour les aider, c’était de l’écouter et de lui livrer des secrets que je m’étais pourtant juré de ne jamais révéler. Jamais. Je prenais des risques. Je le savais, mais j’avais confiance en cette jeune femme qui, au lieu de dénier ses obligations qu’elle n’a certainement pas souhaitée, donnait son maximum pour rendre sa situation la moins difficile à gérer possible. Je lui racontai donc tout, en partie, veillant à ne pas l’angoisser sur son avenir et à permettre à mon frère de garder la pleine mesure sur ce qu’il aurait envie de confesser ou non. Je ne parlais que des faits, ceux objectivement observables si tant est que l’occasion se présente. Je ne l’espérais pas. Ça lui ferait honte et ça la mettrait mal à l’aise. Quant à moi, en me contentant du minimum, je me lavais de l’impression de trahir mon jumeau. « Jez, ne te focalise pas sur cette histoire de mariage arrangé. C’est du temps perdu, parce que vous ne pourrez rien y changer. Essaie plutôt de te dire que tu lui aurais peut-être tapé dans l’œil. » L’inverse ne me semblait pas vraiment probable vu son aversion pour les hommes. « Il ne tient qu’à vous d’essayer de faire de cette obligation quelque chose de beau et de sincère. Vous n’êtes pas obligés de vous aimer comme des fous, mais vous pouvez apprendre à vous respecter. » Je serrai sa main plus fort pour lui insuffler le courage de s’ouvrir un peu à lui. « Pour ça, il faut que tu apprennes à te faire confiance et à lui faire confiance aussi. Mais, tu as raison. Tu verras bien. Vous ne vous mariez pas demain, tu as le temps. Et puis, qui sait, la vie vous réserve peut-être de belles surprises. » conclus-je en l’embrassant sur le front. J’avais manqué d’une petite sœur. J’en récupérais une aujourd’hui. Je me promis donc que je prendrai soin d’elle, non plus pour répondre à mon serment à Manuel – ou pas uniquement – mais parce que je l’aimais profondément. Elle était si touchante, Jez. Elle savait se faire apprécier, si bien que je comprenais mieux, à présent, pourquoi mon frère me glissa, dans une conversation téléphonique, qu’elle était attachante et qu’il ignorait si c’était toujours une bonne chose.  


***

Après cette soirée au restaurant, je ne pus tirer qu’un constat affligeant sur ce que j’avais été et sur le rôle que j’avais joué dans la catastrophe engendrée par Mani. En lui confiant les secrets de sa petite soeur, je lui avais donné des armes solides pour l’humilier. Mais, jamais je n’imaginai qu’il le ferait. Il l’aimait sincèrement, pas toujours comme un grand frère, plus souvent comme un père. Je n’étais pourtant pas déçue de lui, mais de moi surtout. Lui, il n’avait pas conscience des dégâts qu’il provoqua. Il parvint même à me convaincre que ce n’était pas si grave, qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat et qu’après une bonne nuit de sommeil pour tout le monde, les choses rentreraient dans l’ordre. J’aurais mieux fait de me fier à mon instinct, ça m’aurait évité de me frotter à la gamine impudente qui m’accueillit avec véhémence. « Je comprends que tu sois fâchée, mais laisse-moi au moins m’expliquer, tu veux ? » Bien sûr, une part de moi saisissait son sentiment, celui qui s’approchait de la trahison, mais à mon sens, elle exagérait un peu. Ses reproches allaient au-delà de ce que j’avais pu faire. Elle me mettait dans le sac que les hommes qui, par nature, sont insensibles à ce que nous pouvons ressentir. Elle me donnait également l’impression de me tenir pour unique responsable de ce drame contre la liberté dans lequel elle se trouvait, comme si j’avais joué un rôle dans l’organisation de cette union dont personne ne voulait visiblement, personne, sauf peut-être Gaby qui, à défaut de la désirer vraiment, en prenait son parti sans s’en plaindre. Je me mangeai ses attaques comme un claque en plein visage. Que dis-je, un uppercut. Elle me sonna un moment, le temps d’assimiler et de me maîtriser pour ne pas répondre à sa méchanceté par des horreurs qui aggraveraient la situation plus qu’elle ne l’arrangerait.

Malheureusement, elle dépassa les limites de ma patience en qualifiant mes inquiétudes adultes – car c’était bien ce dont il s’agissait – comme stupides. Elle me blessa tant et si bien que les larmes me montèrent aux yeux. Elles exprimaient un mélange de rage et de déception face à cette injustice. J’étais si sensible depuis que j’étais enceinte. « Tu veux que je te dise ? Tu as raison, tu n’es qu’une enfant. Tu vois ce que tu veux bien. Tu te contentes de la surface parce que ça te plaît de pouvoir faire la guerre à ceux qui veulent vraiment t’aider parce que tu ne peux pas la faire aux véritables responsables » sous-entendu, son père, et comme je ne l’en blâmais pas, je préférais ne pas le citer. Il avait, comme Ettore, quelque chose d’effrayant qui poussait quiconque à se taire et à ne surtout pas se battre. « J’ai raconté à ton frère parce que quand il a appris que tu allais te marier, il s’est inquiété pour toi. Moi, je lui ai promis que je ferais mon maximum pour que ça soit le plus facile possible pour toi. J’ai juste voulu le rassurer, mais toi, tu ne vois pas ça. Tu ne vois rien parce que tu es trop occupée à te regarder le nombril pour envisager ta situation comme autre chose comme un problème. Ce n’est pas facile pour toi. Je comprends. Mais en ce qui me concerne, jamais je n’ai considéré que c’était stupide. JAMAIS. Pas même en pensée, contrairement à toi visiblement. Tu me détestes ? Parfait ! Mais, tu ne vaux pas mieux que moi, tu ne vaux même pas mieux que Mona et ça non plus, je n’aurais pas dû l’oublier. Ça m’aurait évité de me confier à toi et d’apprendre plus tard que TOI, tu te foutais de ma gueule quand MOI j’ai vraiment essayé d’arrêter ton frère. » crachais-je des trémolos dans la voix. « La seule raison pour laquelle tu ne te sens pas chez toi, c’est parce que tu fais semblant de vouloir y être, mais tu n’essaies pas vraiment. Je plains Gaby de tout mon cœur… il fait des efforts, lui, que tu ne mérites même pas. »


***


Aucune discussion avec Manuel n’était vaine. Je ne recevais peut-être pas de réponse tout de suite à mes éventuelles requêtes, mais il entendait, y réfléchissait et y revenait quand l’occasion s’y prêtait. il arrivait qu'il m'étonne en se montrant plus large que je ne l’aurais cru et, cette fois, maintenant qu’il était question de ce blog pour lequel j’avais d’énormes projets-  je rêvais même d’un format papier – devoir rester enfermée me parût beaucoup moins difficile. Avec un but – et il m’était nécessaire parce qu’il me permettait de ne pas penser à ce qui nous surprendrait si notre mariage n’était pas avancé d’au moins un mois (deux de préférence) – je pus me concentrer, si bien que le temps sans Manuel me semblait moins long. Il n’était pas là souvent, j’avais toutefois le bonheur de le retrouver le soir. Je pouvais m’endormir dans le creux de ses bras, bercée par sa respiration. D’autres, je m'installais dans le divan et m’écroulais devant une série télévisée. J’en regardais une très à la mode quand Gabriele me téléphona pour s’assurer que j’allais bien. C’était un rituel entre nous. Nous échangions sur tout et sur n’importe quoi. Il fut un instant où je n’avais que son couple à la bouche, pas cette fois, ce qui l’inquiéta assez pour qu’il me questionne. Bien sûr, parce que l’expérience m’apprit qu’il était préférable de garder pour moi mes conflits avec les autres, les autres que j’aimais de tout mon cœur, pour ne surtout pas leur attirer des ennuis et dévoiler mes faiblesses, je ne dis rien. Or, Gaby n’était pas dupe. Il se douta que quelque chose ne tournait pas rond. Il insista un peu, se confronta à un mur et abandonna, du moins je le crois, car quand mon portable sonna et que le cadran afficha le prénom de la jeune fille, je le soupçonnai d’avoir intercédé en ma faveur. « C’est mon frère qui t’a demandé de m’appeler ? » sifflais-je non pas pour être désagréable, mais pour ne pas lui montrer que j’étais contente de l’entendre si, d’aventures, elle téléphonait pour me cracher son fiel à l’oreille.







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Jezabel Gambino
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I'm here to be closer
ft Cin


On la priva de la possibilité de tomber amoureuse, de choisir l’homme qu’elle voudrait épouser et avec qui elle finirait sa vie. Cette idée l’aurait sans doute fait éclater de rire si elle avait osé la rendre plus réelle en la prononçant à voix haute. Jamais ça n’avait fait partie de ses priorités et elle aurait sans doute fini par succomber à l’appel de la luxure en choisissant le premier venu. Il n’y aurait eu qu’elle, elle n’aurait même pas pris la peine de se marier et de s’enchaîner à un homme qui n’aurait fait que la ralentir en tentant de lui imposer des choses qui ne lui convenaient pas, s’il ne l’avait pas laissée porter la culotte et s’était contenté de suivre, se montrant encore plus inutile que dans le premier cas de figure. Dans son malheur, elle avait de la chance, elle n’aurait pas à vivre une relation aussi passionnée que celle de Cinzia et de son frère, elle n’aurait pas à supporter la jalousie, la volonté perpétuelle de contrôle, l’exaltation et les sentiments extrêmes que cela engendrait. Ça l’arrangeait, elle n’était pas très friande de ce genre de démonstrations parce qu’elle ne savait pas les gérer et n’étant pas d’un naturel jaloux, elle n’aurait pas su quoi opposer. Son inexpérience aurait probablement été un terrible handicap et l’aurait mise dans de situations embarrassantes. Au lieu de ça, elle tentait de se faire un ami, ce genre d’ami avec qui vous partagez tout et même votre lit sans pour autant vous prendre la tête. C’était en totale adéquation avec le tempérament indépendant de Jezabel et ça lui convenait totalement. Si elle plaisait un minimum à Gabriele, du moins, autant qu’il pouvait lui plaire, ils auraient la cerise sur le gâteau et pourraient se targuer d’avoir un couple équilibré, sain et sans fioritures. Elle plaignait Cinzia de tout son cœur, parce que son frère était difficilement gérable quand il aimait, elle en savait quelque chose. Elle sentit à maintes et maintes reprises qu’il tentait de l’éloigner de la rue et de la MS, de la surprotéger comme si elle était en sucre et elle n’était que sa petite sœur. Qu’est-ce que ça devait être avec sa future femme ! La sicilienne devait parfois se confronter à un Manuel peu clément et particulièrement insupportable, terriblement intrusif et intransigeant. C’était la contrepartie de l’amour, les sacrifices, les concessions et la souffrance. Jezabel préférait laisser ça aux autres, le respect, ça lui convenait parfaitement.

Après cette soirée désastreuse, Gaby parvint à rattraper le coup comme un chef, se faisant pardonner en un temps record, ce qui ne manqua pas de créer chez Jez un sentiment de faiblesse terrible. Elle l’avait laissé gagner et peu importait les raisons, les faits étaient là. Elle voulait toujours avoir le dernier mot, quitte à tout gâcher, quitte à s’en manger une et à pleurer toutes les larmes de son corps par la suite. Mais pas cette fois, elle lui avait laissé l’avantage. Que lui arrivait-il ? Elle se ramollissait ! Malgré les excuses de son fiancé, son mal du pays ne s’effaça pas pour autant, pas plus que cette terrible impression de solitude. Quand Cinzia était encore digne de confiance et de son côté, elle avait l’impression d’être moins perdue mais elle n’avait pas besoin de quelqu’un qui œuvrait contre elle. Elle le faisait assez bien toute seule. Se montrer véhémente et agressive avec Cinzia, c’était une manière comme une autre de se venger du pardon trop rapide et facile qu’elle avait offert à son frère et de cette humiliation à laquelle elle eut le droit en public. « Parce que ça empêchera le mariage ? » Elle laissa échapper un rire chargé de moquerie et d’ironie avant d’ajouter : « Non, je m’en prends aux gens qui balancent mes confessions à tort et à travers et qui m’offrent une magnifique humiliation en public, exactement ce dont j’avais besoin ! Qu’est-ce que tu croyais que Mani ferait en entendant tout ça ? Pour lui, rien n’a d’importance, tout est sujet à plaisanterie ! Je suis certaine que tu aurais apprécié que je dise à Gaby tout ce dont on a parlé ensemble ! » Cinzia avait l’air presque surprise qu’elle soit aussi blessée mais bordel de merde, c’était la chose la plus naturelle du monde, si la situation avait été inversée, aucun doute qu’elle aurait été aussi véhémente, si ce n’était plus. « Pense ce que tu veux, Cinzia, je n’en ai rien à foutre ! » lâcha-t-elle en haussant les épaules, lui lançant tout de même un regard noir. Elle n’avait jamais trouvé stupide quoi que ce soit concernant son frère et sa relation avec lui mais l’avait dit pour la heurter, la secouer et la blesser et elle avait tapé dans le mille. Elle pouvait remercier Mona pour lui avoir appris à faire de la peine aux autres avec autre chose que ses poings. « Pas plus que tu ne mérites tout le mal que se donne Mani ! Faut croire que toi et moi, on est dans le même sac, pas vrai ?! » Elle se fichait que ce ne soit que des mensonges, elle se moquait bien qu’elle soit sur le point de pleurer, ça n’avait gêné personne toute cette détresse qui émanait d’elle, ça n’avait secoué personne qu’elle parte toute seule jusqu’à la suite de Gaby, ça n’avait pas plus préoccupé qui que ce soit de savoir comment se passerait sa nuit. Si elle avait des remords de dernière minute, ce n’était pas son problème, elle, elle avait essuyé ses larmes et écouté ses peines, tout ce qu’elle avait récolté, c’était une trahison en bonne et due forme. Non, elle n’avait pas envie d’être là mais ça n’avait rien à voir avec son prétendant mais tout avec cette histoire de mariage arrangé et elle faisait autant d’efforts que lui mais ça ne regardait plus la jumelle de son fiancé, elle perdit ce privilège en balançant tout ce qu’elle savait à un Mani qui n’avait jamais besoin de grand-chose pour démarrer.

***

Ils les avaient laissés seuls, ce qui était aussi grisant qu’effrayant. C’était un vent de liberté qui soufflait sur Jez maintenant que son chaperon officiel était retourné à New York avec son frère dans la clandestinité la plus totale et qu’elle se sentait un peu plus libre d’être elle-même. Gaby et elle passaient énormément de temps tous les deux, ils s’étaient irrémédiablement rapprochés depuis cette nuit où ils s’étaient expliqués à cœur ouvert et cela ouvrit la porte à l’inattendu. Après qu’il lui assura que le fait qu’elle le touche n’était pas la cause réelle d’une éventuelle crise, elle avait repris ses habitudes qu’elle poussa sans doute à l’extrême quelques fois mais rien de comparable avec la veille au soir. Ça avait commencé bêtement, par un jeu stupide où elle lui arrachait son téléphone des mains parce qu’elle trouvait qu’il passait tout son temps dessus, surtout quand ils se trouvaient tous les deux. Ils étaient couchés et elle dut lutter fermement pour qu’il ne le récupère pas pour terminer son message. Il la chatouilla et elle répondit par quelques coups d’oreillers qui le déséquilibrèrent et lui permirent de récupérer le dessus. Quelques baisers suivirent, rien de méchant, jusqu’à ce que leurs mains s’en mêlent et que ça devienne compliqué. C’était de sa faute, elle avait initié les hostilités en posant ses paumes sur lui et en flirtant avec les limites de son sous-vêtement. Le reste, elle ne s’en souvenait pas très bien ou plutôt, elle ne voulait pas y penser, parce qu’elle était gênée et qu’il s’en était fallu de peu pour que ça aille plus loin. Ce fut la panique qui la ramena à la raison et mit un terme à tout ça. Elle n’en ferma pas l’œil de la nuit et eut un mal fou à le regarder dans les yeux le lendemain. Elle jouait à la console quand il passa un coup de fil à sa sœur et raccrocha, perplexe. « Je crois qu’elle a dû se disputer avec ton frère, elle n’a pas l’air très en forme… Tu voudrais bien l’appeler et voir si ça va ? Elle ne me dira rien. » Ce fut l’une des rares fois de la journée où leurs regards se croisèrent et il avait l’air particulièrement inquiet et tracassé. « Ouais, je vais l’appeler, t’as qu’à terminer ma partie. » La gamine lui tendit la manette en évitant soigneusement de le frôler ou même de le toucher et elle fonça dans la chambre pour appeler Cinzia, se demandant ce qu’elle pourrait bien lui dire vu la manière dont elles s’étaient quittées. « Qui d’autre ? Il est inquiet pour toi et je n’aime pas le voir comme ça, alors j’appelle. Tout va bien avec Mani ? » Un long silence s’installa et elle eut une envie irrépressible de raccrocher mais s’abstint. « Je n’aurais pas dû te dire tous ces trucs méchants, j’étais blessée mais je ne pensais pas un traître mot… Je me sens seule Cinzia et tout ce qui s’apparente à une trahison me donne l’impression que c’est la fin de mon monde, ici. Je n’ai personne, à part toi, mon frère et Gaby. Je ne sors pas cette prise de conscience de nulle part… Hier, on… Je… C’était bizarre et j’ai réfléchi toute la nuit et je ne peux pas rester toute seule dans mon coin, parce que je ne sais rien gérer de tout ce qui arrive. Je suis terrifiée, Cinzia ! Je sais que tu pensais m’aider mais ils ne peuvent pas comprendre, ils ne pourront jamais. » Elle prit une grande inspiration, retint ses larmes se faisant violence pour cesser d’être aussi ridicule. « Si tu veux raccrocher, tu peux. Mais tu ne sauras jamais ce qu’on a fait la nuit dernière et je risque d’aller chercher des conseils au mauvais endroit et je suis certaine que mon frère n’a pas envie d’entendre l’histoire de comment pour la première fois, sa petite sœur a laissé quelqu’un mettre sa main dans sa culotte. Il va seulement me dire soit d’écarter les cuisses, de fermer les yeux et d’attendre que ça passe ou m’acheter une ceinture de chasteté. »








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ft Jez


Je lui accordais visiblement beaucoup trop d’importance, plus que le contraire. Quand je veillais sur elle, elle n’hésitait pas utiliser mes confidences contre moi, me tournant en dérision et me laissant sous-entendre que je ne frôlais pas seulement le ridicule, que j’en étais l’archétype même. Sans doute souhaitait-elle me blesser, se venger, et ça, je pouvais comprendre. Tout comme j’aurais pu entendre qu’elle me jette dehors en me traitant de traître, manifestant sa déception en froideur et en reproches. De telles bassesses, en revanche, je ne les tolérais pas. Elles faisaient d’elles une gamine hypocrite, d’autant qu’elle paraissait fière d’elle en plus. Elle jouait d’ironie et de sarcasmes. Elle se riait de moi et de la peine causée par son frère hier et de celle qu’elle provoquait en moi aujourd’hui. Si je n’étais pas enceinte, et si j’avais fait le poids ne fut-ce que trente secondes, je l’aurais giflée séance tenante pour lui rappeler que la véhémence n’est une victoire que lorsqu’elle est digne. Mais, à quoi bon ? Je lui attirerais des ennuis avec Mani et elle n’avait pas besoin de ça. Quant au retour de manivelle, il mettrait en danger mon bébé. Je n’osais même pas imaginer les répercussions sur sa relation avec Gabriele qui, jusqu’à la veille au soir, était plutôt en bonne voie. Je battis donc en retraite, dodelinant de la tête de gauche à droit, l’affliction peinte sur mon visage, à deux doigts d’être aussi insultante qu’elle pouvait l’être. Elle n’était qu’une enfant qui avait plus besoin de moi que le contraire. Cette attaque puérile, je m’en relèverai. J’étais au-dessus de ça. Je regrettais simplement qu’elle soit trop jeune et donc trop bête pour réaliser qu’elle y perdrait au change. « Dans le même sac, oui, sauf qu’il m’a choisi, lui. Je ne suis pas son cadeau empoisonné. » fus-je cependant incapable de réprimer en méchanceté avant de tourner les talons et de me jurer que le jour où je lui raconterai quel mal me ronge, les Hommes enfanteront.

Elle n’était plus la seule à être envahie du sentiment d’avoir été abusée. Nous étions deux désormais et, les faits étant ce qu’ils sont, si ce n’est qu’une maigre consolation finalement, elle s’en mordra les doigts avant moi. Je n’avais pas parlé contre elle, mais pour Mani, pour le rassurer, car il était pour moi d’une importance capitale. Si c’était à refaire, je ne changerais donc rien et, dans l’ascenseur qui me ramenait à ma chambre, mon reflet me dérangea pour une seule raison : avoir accordé à Jezabel le privilège d’avoir fait couler mon mascara. Jamais. Plus jamais je ne verserai la moindre larme devant elle. Je m’en fis la promesse et Dieu seul sait comme mes serments sont d’or et d’argent. Ils compensent mon manque de rancune envers cette poignée de gens auxquels je pardonnais tout ou presque et dont elle faisait partie. Je n’oubliais rien bien sûr. Une fois les plaies pansées, il demeurait toujours des cicatrices, mais, dans l’absolu, la relation précédemment entaillée d’une blessure profonde retrouvait son cours normal si mon assaillant le désirait. Même Matthew, qui ne me prenait pas moins pour une idiote que ma belle-sœur en faisait toujours partie, sauf qu’il paraissait bien vivre sans moi. Parfois, lorsque je m’arrêtais sur le souvenir de notre dernière rencontre, la colère s’emparait de tout mon être. D’autres, j’espérais pour lui le meilleur malgré mon absence et ses insultes. Pour Jezabel, c’était différent encore. Elle était bien plus qu’une amie de longue date. Elle était membre de famille, un membre privilégié de surcroît. Une fois la douleur estompée, je cessai simplement de lui en vouloir au profit d’une inquiétude profonde. Pour cracher dans la main que je lui tendis, elle devait être foncièrement malheureuse, si bien que je me demandai de quelle manière lui venir en aide sans l’aborder, sans m’opposer à la volonté de son frère et de son fiancé et sans lui donner l’impression que j’étais la faiblesse incarnée, exactement ce qu’elle présumait.

J’y réfléchis longuement durant les heures impatientes où, à New York, cloîtrée à l’appartement pour que chacun ignore que j’avais quitté Chicago sans chaperon et que je m’endormais chaque nuit auprès de l’homme de ma vie. Mille idées me traversaient l’esprit, mais la solution émana de mon fiancé. Un blog. C’était parfait pour tromper l’ennui. Je n’aurais aucun compte à rendre, aucun patron en mesure de loucher sur mon décolleté, pas d’horaire interminable ou de déplacement éventuel que Manuel refuserait systématiquement, me frustrant et mettant à mal ma carrière. Sauf que j’avais besoin de beaucoup plus que quelques pages rédigées et mises en page sur une plateforme internet que seuls quelques croquants liraient par hasard. J’avais besoin d’enjeu. Je l’imaginais viral, incontournable, aussi collant qu’un chewing-gum dans des cheveux, aussi ennuyeux qu’un spam. J’aspirais à ce qu’on en parle partout, même dans la presse écrite et si je comptais parmi mon entourage nombres de personnes capables de le bidouiller, informatiquement parlant, pour que j’atteigne mon objectif, mon choix se porta instantanément vers ma belle-sœur. Le hic, c’était qu’elle n’était toujours pas revenue vers moi pour dissimuler des excuses derrière un prétexte pour engager entre nous une vraie conversation. Elle n’avait même pas esquissé l’ombre d’un sourire pour me dire au revoir lorsque Mani et moi décollâmes. Que dalle ! Je pensais que j’avais hérité du spécimen le plus têtu de la famille Herrera, mais à côté, mon fiancé, c’était du petit lait. Il est imbattable en matière de mauvaise foi, mais il n’hésite jamais à reconnaître ses torts sous couvert de mots cachés. Qu’à cela ne tienne, ça attendra. Si les activités manquaient, j’avais une batterie d’autres chats à fouetter pour ne pas virer folle avant que mon ventre rond ne trahisse mes faiblesses. Je ne m’attendais plus à recevoir le moindre coup de téléphone d’ailleurs. Aussi, l’accueillis-je sur un ton mêlant froideur de rigueur et joyeuse stupéfaction. « Et bien, tu viens de te faire avoir en beauté. Il n’est inquiet pour personne. Je l’ai eu au téléphone tout à l’heure et tout s’est très bien. Quant à ton frère, il va bien, si c’est la question. » lui répliquais-je en me faisant violence pour être la plus désagréable possible alors que, dans le fond, j’étais contente de l’entendre. Je brûlais de lui demander comment elle allait, mais je me retins de justesse, lui opposant un silence qui me mit moi-même mal à l’aise. « J’ai été maladroite, mais je n’ai pas imaginé qu’il réagirait comme ça, sinon, je ne serais pas rentrée dans le détail. » Je ne revenais pas sur ma décision consciente de rendre compte à Mani de l’évolution positive entre Gabriele et Jezabel. Je maintenais que j’agirais de façon identique s’il m’était donné la chance de retourner dans le temps. La différence, c’est que j’aurais gardé pour moi tout ce qui concernait ses sentiments, car elle avait raison.

Les Hommes ne sont pas tous des êtres sensibles qui font de leur côté féminin et de leur sentiment des atouts notoires. Ils s’en prémunissent en les rejetant par la moquerie. J’en avais moi-même fait les frais finalement. Mani et moi n’accordions pas la même importance à ma virginité. Il était convaincu qu’il m’aurait aimé de la même manière, ce dont je doutais affreusement, sans me tracasser pour autant. « Pour le reste, je crois que je ne serai d’aucune utilité. » lançais-je en le regrettant aussitôt. La curiosité est probablement mon plus grand défaut, hormis le bavardage, bien que les deux soient savamment liés l’un à l’autre. « Et puis, ce n’est pas le moment, j’ai promis à ton frère que je lui préparais des pâtes fraîches. » Mensonges ! J’avais cuisiné la veille pour un régiment. Il y avait tant de reste qu’on aurait pu nourrir l’immeuble tout entier. « Ça prend du temps. Et je n’ai pas encore commencé alors, tu m’excuseras, mais comme tout est réglé et que tout le monde est rassuré, je vais te laisser. On s’appelle dans la semaine. Bisous. » Alliant le geste à la parole, je raccrochai, mais moins de cinq secondes plus tard, rattrapée par mes travers, je la rappelai en bougonnant. « Qu’est-ce que tu veux dire par : mettre sa main dans sa culotte ? » m’enquis-je sans me préoccuper des banalités. J’aurais été forcée de lui préciser que les Herrera avaient quelque chose de pas net en eux, un truc qui m’attirait vers eux, comme si j’étais née pour les aimer différemment, mais considérablement. « Et par : ce qu’on a fait la nuit dernière ? » Elle hésita et, ignorant si la cause était son manque de confiance en moi ou l’embarras, je la rassurai comme je pus. « Crois-moi, ce n’est pas le genre de choses que j’irai raconter à ton frère. Certainement pas ça, non ! Alors, tu peux y aller… et tu peux aussi te sortir de la tête que c’est mal, parce que ça ne l’est pas. Je pourrais te raconter comment ton frère a mis sa main dans ma petite culotte pour la première fois à tout point de vue, mais là, je suis comme une pile électrique dans le divan parce que tu en as trop dit ou pas assez. Donc, je t’écoute… » Plus tard, je profiterai de l’avoir au téléphone et qu’elle soit plus au clair avec ses révolutions pour lui faire part de mon projet. Plus tard. Là, elle n’était pas en état. Sa voix la trahissait. Elle était morte de trouille, ce qui n’était pas moins normal que ses largesses par rapport à ses principes, ses idéaux ou ses réflexes pour le plus grand plaisir de Gabriele, sans aucun doute.










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Jezabel Gambino
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ft Cin


Son cadeau empoisonné ? Elle pensait réellement lui faire de la peine avec ça ? Qu’est-ce qu’il y avait de nouveau là-dedans ? Rien, absolument rien et elle aurait pu lui beugler si elle n’avait pas mis les voiles aussi vite. Ce n’était pas plus mal, s’engueuler avec Cinzia n’était pas l’idée du siècle et elle s’en rendit compte les jours suivants, alors que ses rapports avec Gabriele évoluaient et qu’elle n’y comprenait rien, rien du tout. Elle était novice et le moindre changement l’inquiétait quand elle ne paniquait pas littéralement mais ça restait tolérable. Ce le fut moins quand ça dérapa. La brunette aurait été incapable d’expliquer comme ils étaient passés de quelques baisers sympathiques et doux à ça. Dans le feu de l’action, ça lui avait paru être absolument génial mais avec le recul, le plaisir dissipé et les bourdonnements dans sa tête, éteints pour de bon, elle réalisa ce qu’il venait de se passer. Ils n’étaient pas mariés et elle lui permettait déjà de faire ce qu’il voulait d’elle, c’était un peu plus compliqué que ça mais elle ne pouvait s’empêcher de se jeter la pierre parce que chaque parcelle d’elle rêvait que ça recommence et qu’une petite part de sa personne savait que ce serait, pour lui, une façon d’avoir le dessus sur elle et de la contrôler. C’était débile, de la paranoïa pure et dure mais elle avait toujours éloigné les hommes pour cette exacte raison, parce que s’abandonner complètement l’effrayait, parce qu’elle se retrouvait à la merci du jugement et des sentiments d’une autre personne et qu’elle ne voulait pas que ça entaille son joli manteau d’illusions, d’assurance et de force. Elle était belle la fille des rues du Salvador qui après quelques jours seules avec lui se laissait retirer sa culotte comme la reine des putains. Il y aurait dû y avoir du défi, de l’attente et de l’incertitude, pas autant de facilité. Mais pour ça, il aurait fallu qu’elle s’y connaisse un minimum et qu’elle explore un terrain méconnu. Elle ignorait où se trouvaient ses limites, ce qu’elle aimait ou détestait, ce qu’elle était prête à accepter ou pas, puisqu’elle voyait tout avec une extrême naïveté. Oh, un baiser avec la langue, super, ça ne pouvait pas faire de mal, sauf que ça se terminait avec une putain de main dans son sous-vêtement, bordel de merde ! Il avait forcément tout calculé, parce qu’il savait ce que c’était, il avait la force de l’expérience. Il lui fallait des conseils, à tout prix ou la prochaine fois, elle risquait bien d’y laisser sa virginité ainsi que sa dignité. Elle n’avait pas le don de son frère pour se persuader que tout allait bien alors que ça partait littéralement en couille.

Elle avait besoin de Cinzia, mais comment revenir après leur dernière dispute et ce sans avoir à proférer de vraies excuses ? Elle détestait ça, ça lui donnait l’impression de se mettre à genoux et d’offrir une jolie machette à l’autre tout en tendant le cou pour qu’il puisse mieux viser. Sauf qu’elle ne pourrait s’en sortir par ses propres moyens et elle serait amenée à la fréquenter, encore et encore, bordel de merde, son frère allait l’épouser. Et merde, c’était si dur d’admettre qu’elle s’était prise d’affection pour une autre gonzesse ? Oui, parce qu’avec Cinzia, elle révélait une partie de sa personnalité qu’elle ne pensait pas avoir. Mais elle n’en voulait pas à la Sicilienne pour ça, au contraire, elle faisait de son mieux pour l’aiguiller et la rassurer depuis le début. Tout ça, c’était une dispute à la con, parce qu’elle avait perdu son sens de l’humour en même temps que sa raison. La gamine tenta tant bien que mal de lancer la conversation et de montrer qu’elle avait pensé à tout ça et qu’elle s’en voulait, un peu, mais n’obtint pas vraiment la réaction escomptée. « Oh, euh, ok ! » Gaby avait remarqué qu’elle n’osait plus le regarder, c’était sans doute la raison de son coup fourré et elle lui était reconnaissante de ne pas avoir tenté d’en discuter avec elle, parce qu’elle n’aurait plus été capable de parler distinctement. « D’accord ! » opposa-t-elle simplement, ne sachant pas vraiment si ça valait la peine de revenir là-dessus, de lui dire qu’elle était blessée. Non, ça ne l’intéressait sûrement pas. Jez préféra embrayer sur ce qui la préoccupait, se disant que ce serait une façon comme une autre de lui faire comprendre que leur conflit était oublié et qu’elle apprécierait bien un peu d’aide. Ce qui lui valut un revers qui dut lui arracher quelques dents au passage. « Je ne voulais pas te déranger. Bonne cuisine ! » Son bras retomba lourdement alors qu’elle fixait le vide et qu’elle se demandait sérieusement comment elle, l’empotée de service, elle allait pouvoir gérer ce qui se passait avec Gaby. Ca allait être une catastrophe, une véritable catastro-… Le téléphone se remit à sonner et elle regarda le prénom de sa belle-sœur s’afficher, se demandant si elle rappelait parce qu’elle avait oublié les insultes à glisser entre chaque remarque. Elle décrocha, lâchant un « allô » timide. Elle aurait pu jouer avec les remarques lancées par Cinzia pour raccrocher à son tour mais elle la boucla, ne sachant comment lancer le sujet. « Je… On a… » Un soupir lui échappa alors qu’elle se frottait le visage. « Je ne le vois jamais arriver. La minute d’avant, tout est normal, on rigole et on s’embrasse et puis je me retrouve allongée, à faire des trucs que je n’aurais jamais osé faire en rêve. Je crois que c’est moi qui l’ai touché la première ! Tu te rends compte ?! Il doit se dire que je suis… Que je suis… Putain j’en sais rien mais de la part d’une meuf qui n’a jamais rien fait, ça doit paraître bizarre qu’elle se mette à… je sais pas comment dire, le frotter ? Comment voulais-tu qu’il ne réponde pas à l’invitation, sauf qu’il était moins à court d’idées que moi. C’était bien, ce n’est pas le problème. Ce qui m’inquiète, c’est que si je n’avais pas paniqué, je l’aurais laissé me faire ce qu’il voulait ! »

Un ange passa alors qu’elle mesurait la gravité de ce qu’elle venait d’oser énoncer à haute voix. Pour le commun des mortels, c’était de la rigolade, pour elle, il en allait de son honneur et de son intégrité. « Des années sans m’intéresser à personne, je contrôlais bien. J’ouvre la porte et ça s’emballe. J’ai plus de contrôle sur rien, sur rien du tout. Il y a comme un truc en moi prêt à se déchaîner qu’il allume parfois en faisant quasiment rien mais moi, après, je fais n’importe quoi. J’ose même plus le regarder dans les yeux. » Sa voix se brisa et elle dut faire silence pendant une bonne minute histoire de se calmer. « Je ne sais pas quoi faire. Je ne suis pas quelqu’un avec beaucoup de limites mais alors dans un domaine que je ne connais pas et qui me transforme en malade, encore moins. Tu crois que je dois dormir dans le canapé ? »








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Cinzia Herrera
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Siamo liberi ma anche prigionieri  
ft Jez


En raccrochant, ma volonté était moins de lui faire de la peine que de redorer le blason de mon égo qu’elle avait quelque peu abîmé et j’userais encore si je lui pardonnais trop vite. Mais, c’était inutile. Sa déconfiture, face à mon mensonge, m’aurait arrêté si je n’avais été aussi bien partie dans mon élan. De plus, il y avait des combats que je n’avais nulle envie de mener de front avec Jez, pas tant que je sentirais qu’elle avait besoin de parler et qu’en prime, elle n’avait pas tout à fait tort. Je regrettais simplement la manière. Je n’avais pas toujours la rancune tenace. Ça dépendait de mon humeur et de la portée de l’attaque. Dans ce cas-ci, je ne lui en voulais pas assez pour ne pas répondre à l’appel de sa détresse, mais beaucoup trop pour lui confier mes futurs problèmes avec son frère. Il y en aurait. C’était indéniable. Outre nos points communs et nos sentiments mutuels, aucun couple ne file le parfait amour jusqu’à la nuit des temps. Je jouissais simplement de cette confiance en nous qui m’autorisait à croire que nous pourrions tout surmonter. C’était l’avantage de notre passion, celle qui n’existait pas entre Jez et Gaby. Je m’étais longuement inquiétée pour leur sort après le conflit qui se profilait au restaurant. Je craignais qu’elle perde foi en lui et qu’elle se retranche derrière l’indifférence et la méfiance, compliquant ainsi leur rapport. Visiblement – et pour mon plus grand bonheur, je les sous-estimai, ce qui ajouta à ma frustration de couper net cette conversation tandis que la curiosité me poussait à rappeler. Je ne la saluai pas. Inutile. Je ne m’encombrai que des questions essentielles puisqu’elle n’était pas la seule à rencontrer des difficultés à présenter des excuses et la réponse tardant à venir, je lui rappelai que si elle s’était sentie trahie, j’étais tout de même en mesure d’écouter sans rien répéter, évaluant justement les limites de ce Mani supporterait ou non concernant les rapports entretenus par Jez et Gaby. Je fus forcée de lui souligner que j’étais passée par là moi aussi. La différence supposée compte tenu de son hésitation, c’était que je l’avais mieux vécu qu’elle, parce que les circonstances se prêtaient mieux au lâcher prise. J’étais amoureuse et je n’étais pas asexuée. J’avais simplement fait le choix de me réserver. Ce n’était en rien comparable à ce que Jez vivait actuellement, mais je ferais de mon mieux pour dédramatiser ce rapprochement pour le bien de tous. Ça commençait pas ne pas la bousculer pour l’inciter à cracher le morceau plus vite qu’elle n’en était capable et entendre sans sourire. Elle croirait à de la moquerie alors qu’en réalité, je la trouvais simplement touchante.

« Tu m’étonnes. Je me suis dit la même chose un nombre incalculable de fois. Je vivais ma petite vie tranquille et hop, sans que je le vois venir, il était complètement nu dans ma chambre allongé dans mon lit ou sur mon lieu de travail pour m’entraîner dans les toilettes. Et, crois-moi, c’est comme ça que c’est le plus facile. Si tu le sentais arriver de loin, tu te mettrais à cogiter et à paniquer justement. Il ne faut pas culpabiliser, ma puce. »
Plus facile à dire qu’à faire cependant. Combien de fois, quand j’explorais ce que j’avais sous le nez et qui représentait à mes yeux ma plus vile tentation, ne m’étais-je pas demandée si l’image que Mani s’était forgée à mon sujet, ne s’entacherait pas à chacune de mes audaces ? Il m’avait fallu une bonne discussion et une sacrée dose de confiance pour arrêter de me considérer comme la fautive ou l’hypocrite de base ? « Tu vas perdre du temps et de l’énergie pour rien, parce que lui, il est à des kilomètres de ça. C’est un homme, ce qui signifie qu’il s’agit de nous ou de leur vie sexuelle, il ne voit pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez. » Ce qui me sidérait d’ailleurs. Ils étaient assez malin pour négocier sur le long terme des transactions pécuniaires, mais dès que leur queue prenait le dessus sur leur cerveau, il s’abêtissait. « Pose-toi seulement les bonnes questions. Tu dis que c’était bien. Dans ce cas, où est le mal à recommencer ? Et quel serait le problème à le laisser te faire ce qu’il veut si tu es consentante ? » m’enquis-je en attendant patiemment une réponse qui n’arriva pas assez vite à mon goût. Elle y réfléchissait sans doute. C’était plutôt logique. Aussi, poursuivis-je en temps utile. « Tu sais, tu peux contrôler des tas de choses, mais il y aura toujours des limites. De un, parce que ce sont des macho finis. De deux, parce qu’ils sont persuadés qu’on n’est pas fichue de penser par nous-même. Et de trois, parce que s’il y a bien un moment où tu peux te permettre de t’abandonner complètement sans avoir l’impression d’être l’incarnation de la soumission, parce qu’il y a une chose qu’ils ne peuvent pas t’enlever dans de tel rapprochement, c’est le droit de dire non. Non, j’ai peur. Non, je n’ai pas envie. Non, je n’aime pas ça. Non, plus tard. Non, je ne suis pas prête. »

ça m’était déjà arrivé, quand je ressentais le besoin de réfléchir ou d’appréhender les états dans lesquels Mani me mettait parfois ou une sensation de n’être rien d’autre qu’un objet. Sauf que mes refus, ils n’étaient jamais catégoriques. Il arrivait toujours un moment où l’appel de la découverte, jumelée à la confiance, suscitait en moi de nouveaux désirs. Les siens au départ. Mais je les appréhendais souvent. « C’est tout ce que tu as besoin de savoir pour le moment. Est-ce que tu as l’impression qu’il te force la main ? Est-ce que tu le fais uniquement pour lui faire plaisir ou parce qu’on t’a dit que c’était ce qu’il fallait faire ? Si c’est ça, alors dors le canapé si tu crois que c’est le mieux, même si, de toi à moi, c’est peut-être un peu drastique et il risque de ne pas comprendre. Si tu veux te freiner, ne te balade plus en petite culotte et en soutif. Embrasse-le si tu veux, mais sans y mettre ce petit truc qui va fatalement allumer la mèche. C’est possible. Mais, qu’est-ce que ça va t’apporter ? Qu’est-ce que ça va VOUS apporter ? Parce que j’ai le sentiment, en t’écoutant, que ça risque de te frustrer plus qu’autre chose si tu fais ça et là, là… je n’ose même pas imaginer ce que ça va donner quand tes hormones vont te travailler. Ça va démanger tellement fort que c’est plus le « frotter » que tu vas faire…. Crois-moi sur parole. » ponctuais-je formellement en toute connaissance de cause. « Tu sais, je pense que ça pourrait pas vous faire de mal et que tu prennes ton courage à deux mains pour en parler avec lui franchement et sans sous-entendu, ça ne marche pas. J’ai essayé, c’est peine perdue. »

Je resongeai avec amusement à cette nuit où il m’abandonna sur le pas de la suite alors que je lui lançais des appels de phares. A mes yeux, je n’aurais pu être plus claire, mais Mani ne sembla saisir où je voulais en venir qu’au terme d’une mise au point aux allures de suppliques. « Alors, bien sûr, je ne te garantis pas que tu te sentiras pas ridicule. Peu importe ce que tu lui dis, que ça soit positif ou non, mais ça aura au moins le mérite de ralentir la machine si c’est ce que tu veux. Il pourrait même te freiner lui-même et te rassurer sur l’image qu’il s’est fait de toi. Fais-lui confiance, Jez. Ça vaut mieux pour vous deux et il pourrait te surprendre. » conclus-je sans trop savoir si j’étais parvenue à la rassurer ou non, s’il n’aurait pas mieux valu que je lui confie quelques bribes de mon histoire avec son frère, qu’elle se sente moins seule. Ce n’était pas totalement idiot. Je jugeai donc bon de lui préciser qu’elle était tout à fait normal. « Ce que tu ressens, Jez. Et ce que tu fais. C’est plutôt bon signe pour l’avenir. C’est ce qui pourrait t’arriver de mieux, dé-formaliser ce mariage arrangé en le transformant en quelque chose de plus spontané. Je n’aurais jamais cru que je dirais ça un jour, mais la nuit de noces, l’honneur, et tutti quanti, c’est de la pression inutile quand il s’agit de sexe. Du stress dont on n’a pas besoin pour une première fois. C’est déjà bien assez flippant comme ça. Naturel, mais flippant quand même.»


***

Avant d’arriver au Salvador, j’étais convaincue que nous nous étions relevées de notre petite brouille. Elle s’était à nouveau confiée à moi et si l’inverse n’était pas vrai, c’était à mon sens le plus important. Dès lors, quelle ne fût pas ma surprise, le matin qui suivit notre première soirée sur place, d’apprendre que Jezabel s’était enfuie avec ses sœurs pour se choisir une robe de mariée ? J’en demeurai sans voix de longues secondes alors que son Abuela me conseillait d’aller les rejoindre, qu’un avis de plus ne serait pas inutile et que sa petite fille aurait aimé que je sois là. Je m’en étais persuadée en demandant à ce qu’on me dépose dans la boutique où elle buvait du champagne en assistant à un défilé dont la cadette de famille n’avait aucunement besoin. Je déchantai aussitôt que je fus confrontée à une Mona mauvaise et fière d’elle. Je n’étais pas bienvenue, sous ordre de la future mariée. L’envie de lui coller une me saisissant à la gorge, il me fallut une immense dose de self control pour ne pas céder à la tentation et tourner les talons sans provoquer un scandale. J’étais à fleur de peau depuis ma conversation avec mon père. Je l’étais d’autant plus que j’avais perdu tout contrôle sur mes hormones, à cause de la grossesse, ce qui me poussait parfois à faire n’importe quoi. Néanmoins, égarée dans l’immense jardin de la propriété, je profitai de ma solitude pour pleurer tout mon saoul. En parler à Manuel créerait des problèmes. Gaby, il affichait cette mine contrite de frustration qui signifiait qu’entretenir une conversation lui était impossible. Je me sentais seule, malheureuse de voir tout le monde autour de moi se marier, sans même l’avoir voulu quand moi, je n’en pouvais plus d’attendre. Mais quand je reparus, constatant par ailleurs que j’avais alarmé mes proches – en ce compris Mani – un sourire était figé sur mes lèvres. Je ne m’en débarrassais que lorsque mon père m’offrait la possibilité de respirer un peu. Néanmoins, il s’effaça quand Jezabel, que j’avais trouvé d’une froideur sans nom envers moi, comme si je l’avais tout bonnement abandonnée, frappa à la porte de ma chambre pour m’appeler à l’aide. Elle avait des vœux à rédiger et elle était complètement perdue.

Si la panique ne se lisait pas au fond de ses prunelles caramel, je l’aurais envoyé chier, mais je n’eus pas le cœur de la rejeter. « Pourquoi tu ne demandes pas à Mona ? Ou à Maribel ? Elles feront ça mieux que moi… Et c’est de quelqu’un qui connait bien Gabriele dont tu as besoin, demande à Gloria. Elle est très douée pour enjoliver une phrase simple quand elle résume tout ce qu’on a dire de gentil sur quelqu’un. » persiflais-je en lui ouvrant néanmoins ma porte. « Je peux l’appeler si tu veux. Andy n’est pas là en plus. Elle est avec ma mère et la tienne. Elle se fera une joie de t’aider, mieux que moi, parce que là, je suis pas vraiment d’humeur. » Lui cracher au visage que j’étais outrée par son culot me brûla les lèvres, mais je m’abstins de toute mauvaiseté pour en venir tout de même au fait. « Tu sais, Jez… » initiais-je en retrouvant ma place dans mon lit, sous les couvertures, alors que la chaleur était écrasante, signe que je n’allais pas bien. Pas bien du tout. Couvant une crise de rébellion sans précédent sans le réaliser vraiment. « Tu as peut-être l’habitude de faire tourner ton monde comme des girouettes en soufflant le chaud et le froid, mais j’en suis pas une. Un jour, on est copine. Le suivant on ne l’est plus. Je peux pas vivre une amitié comme ça et qu’on sera bientôt de la même famille ne te donne pas tous les droits. Ce matin, tu n’avais pas besoin pour ta robe de mariée. Tu m’as chassée alors que j’ai fait des pieds et des mains pour te rejoindre. Alors, pourquoi je t’aiderais maintenant ? Parce que tu m’as sifflée ? Je ne suis pas un chien, Jez. Je pense que je mérite plus d’égard, parce que moi, j’en ai pour toi. »







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Ressentir. C’était nouveau pour la gamine qu’elle était. Un nouvel univers s’ouvrait devant elle et ça la faisait autant paniquer que ça l’intriguait. Elle avait toujours ressenti de la sympathie et de la tendresse pour ses sœurs, son frère Gustavo, sa grand-mère et même sa mère. Beaucoup de respect pour son père et une immense admiration autant que beaucoup d’amour pour Mani, celui avec qui elle avait indéniablement le plus d’affinités. Cependant, tout le reste, elle faisait en sorte de l’occulter. Tout ce qui n’avait rien à voir avec de la loyauté, le sens du devoir et de l’amitié presque trop virile pour un bout de femme comme elle. Elle vivait sans le reste depuis des années et ça lui convenait parfaitement, ça lui évitait tout un tas de questions dérangeantes qui l’auraient forcément amenée à remettre en question ses choix, ce pour quoi elle n’était absolument pas prête. Avec Gaby, les choses avaient pris une autre tournure, parce qu’on lui avait vivement conseillé de s’ouvrir et de lui laisser une petite chance de se faire une place dans sa vie. Elle aurait très bien pu vivre jusqu’au restant de ses jours comme une ombre, le laissant faire d’elle ce qu’il souhaitait et subissant tout ça sans broncher, voyant les choses comme une mission et pas comme un changement dont elle pourrait tirer profit. Mais il était gentil et tellement attentionné en plus d’être charmant et drôle. Il faisait plus que voir ça comme une obligation imposée par leur père, il avait envie que ça se passe le mieux possible et ce fut suffisant pour qu’elle ne joue pas les gamines butées de service. Sauf qu’elle ne s’attendait pas à une telle débandade et à ce que ça dérape aussi vite. Jusqu’à présent, leurs moments d’intimité avaient été rares et elle s’était dit qu’en l’absence de Cinzia et Manuel, elle pourrait gérer la proximité et le fait d’être livrée à elle-même pour prendre des décisions. Son erreur c’était celle-là. Elle ne gérait absolument rien et se prenait un violent retour de flammes pour ses années passées à refouler. Elle pouvait se raconter tous les mensonges de la création, elle n’était pas faite de pierre et encore moins de bois. Il l’effleurait et elle se retrouvait en ébullition. Il émettait un avis sur une tenue et elle envisageait de troquer son pantalon et ses baskets pour tenter d’enfiler une robe et se déguiser pour lui faire plaisir. Il lui arrivait quelque chose de bizarre et ce qui l’était plus encore, c’était la facilité avec laquelle il était parvenu à lui faire accepter toutes ces choses, ces changements et ses rapprochements qui la mettaient dans tous ses états et lui donnait l’impression de trahir sa mission. N’était-elle pas supposée se tenir tranquille jusqu’au mariage et assurer l’image de son père, de l’éducation qu’elle avait reçue et de toute sa famille ? A vrai dire, elle ne pensait plus vraiment dans ces moments, en réalité, son cerveau cessait de fonctionner dès qu’il était torse nu et penché au-dessus d’elle. C’était ridicule ! Où était passée sa ténacité, et sa volonté ?

Elle ne put réprimer un ricanement en pensant à Mani qui faisait son enfoiré de tentateur, c’était bien le genre. Gaby avait seulement affirmé qu’il pouvait attendre et n’avait rien fait de semblable mais il avait défié cette part d’elle qui ne refusait jamais de prouver sa valeur et ce dont elle était capable. « Je suis supposée avoir plus de volonté que ça, Cinzia. On n’est pas mariés et je crois que pour lui, c’est important, cette histoire de virginité, tu vois ?! Là j’ai l’impression que tout ça, ça lui donnera de quoi me détester plus tard. » Malgré son jeune âge, c’était un homme de principes et qui était d’une droiture qui ne lui avait pas échappée, elle ne voulait pas que tout ce qui se passait maintenant soit un sujet de discorde plus tard. Elle refusait qu’il lui reproche d’avoir été facile à lever, comme n’importe quelle morue du coin, alors qu’elle était simplement dépassée par ce qui était la suite logique de son ouverture à lui. Personne n’aurait été capable d’obtenir autant d’elle. Ils allaient se marier, c’était pour ça qu’elle l’avait fait et parce qu’il lui plaisait mais qu’elle n’arrivait pas à l’admettre. « Je ne sais pas, s’il ne me regardait plus de la même façon ? Je sais bien comment les hommes regardent les femmes qui couchent ! A ton avis, pourquoi je refusais d’envisager ça ?! » Elle allait terminer avec une putain de migraine ou bien prendrait encore davantage ses distances avec un Gabriele qui n’y était pour rien dans tout ça. Dire non ? Alors que son corps tout entier clamait un oui franc et massif ? Putain de merde ! « Si je le faisais pour lui faire plaisir, Cinzia, je n’aurais pas peur. C’est… C’est moi qui provoque ça, parfois consciemment. Je fais des trucs débiles pour lui faire plaisir, je suis contente quand il me sourit, c’est pathétique ! Je ne sais pas ce qu’il m’arrive, j’ai jamais eu ce genre de trucs en tête avant ! Je me sens tellement ridicule et puis il y a ça ! Il fait un truc gentil et je… Je ne sais pas mais je me retrouve toujours avec mes mains où elles ne devraient pas être. Je ne sais pas comment gérer ça, je sens que ça va dégénérer parce que j’ai beau me faire violence, c’est plus fort que moi ! Il est dans la même pièce que moi et pose les yeux sur moi et c’était comme si ma volonté se barrait en vacances. C’est quoi ça, putain ?! » Maniaque du contrôle sur sa petite personne, tout ça était difficile à endurer, parce qu’on était à des lieux de ce pour quoi elle avait fait tant de sacrifices et travaillé si dur. Lui parler ? Franchement ? Elle n’arrivait déjà pas à utiliser les bons mots, s’il ne comprenait pas les sous-entendus, ils étaient dans la merde et ce serait une conversation hyper longue et compliquée. « Quoi ? Tu me conseilles de lâcher la bride ? Mais il va penser que je suis une fille facile, non ?! D’un autre côté, je ne sais pas si je vais tenir des mois à ce rythme, je me sens déjà pas super à l’aise. » Ou alors, il faudrait de la distance, beaucoup de distance, ce dont elle ne doutait pas qu’il y aurait une fois qu’elle serait de retour sur le domaine Gambino, si elle ne faisait pas le mur pour débarquer chez lui. Il fallait qu’elle se détende sur la question et vite.

A vrai dire, elle le fit peut-être même trop vite si on tenait compte de ces occasions ratées qui n’étaient pas de son fait mais des obligations de monsieur ou bien de ses états d’âme. Et qu’il lui annonce que leur mariage aurait lieu plus tôt que prévu n’arrangea pas vraiment les choses, bien au contraire. C’était comme justifier ce bouillonnement perpétuel dont elle était victime et l’inciter à y mettre un terme. Cela manqua de peu la veille de leur départ mais ses obligations l’appelèrent à l’autre bout de la ville, si bien qu’il ne les rejoignit qu’à l’aéroport, la laissant cogiter sur tout ça une bonne partie de la nuit. L’arrivée au Salvador fut difficile pour elle et encore plus à cause de la distance qu’il mettait entre eux, probablement sans vouloir lui faire de peine. Entre la pression que lui collait son père et sa sœur qui la reléguait au rang de boulet pour son futur époux, c’était difficile de ne pas se sentir mal, d’autant plus en l’imaginant dans un état proche de l’Ohio alors qu’il ne prononçait pas le moindre mot. Elle n’avait pas prévu le reste et ce fut avec une tête de déterrée qu’elle se rendit dans cette boutique pour essayer des robes toutes plus dévalorisantes les unes que les autres, expressément choisies par Mona qui avait visiblement peu de sympathie pour sa cadette. Elle finit par en choisir une au hasard, la laissa décider elle-même des sous-vêtements qu’elle trouva d’une vulgarité sans nom et rentra avec le moral dans les chaussettes malgré sa folle nuit. Il lui restait ses vœux à écrire et elle ne savait pas quoi y mettre, pas à cause du principal intéressé mais parce qu’elle estimait que ça ne regardait personne d’autre que lui, ce qu’elle ressentait. Elle peinait déjà à le lui montrer alors balancer ça sous le nez de toute une assemblée. Elle avait besoin d’aide pour ne pas faire de peine au futur époux sans se livrer de trop. Elle frappa à la porte de Cinzia, refusant de lui demander pourquoi elle se fichait du choix de sa robe, préférant se dire que c’était peut-être douloureux à cause de son mariage sans cesse reporté. « Je ne veux pas te déranger mais je dois écrire mes vœux et j’aurais besoin de tes lumières… » expliqua-t-elle un peu gênée alors que Cinzia avait l’air fâché. Elle lui en voulait encore pour leur dispute. Il allait falloir prendre son courage à deux mains et faire de vraies excuses, pas vrai ?! Ca faisait beaucoup de changements en deux jours et d’un point de vue émotionnel, elle n’était pas certaine de pouvoir suivre. « C’est encore pour notre dispute de Chicago ? Ecoute Cinzia je… Tu… Je suis dé… Enfin je te présente mes excuses, je ne voulais pas te faire de la peine, j’étais blessée et… Je t’ai quoi ? »

Son visage devint livide alors qu’elle sentait de la colère en elle et une rage incommensurable monter par vague. « Mona m’a dit qu’elle t’avait demandé et que tu n’étais pas intéressée, que tu préférais dormir parce que tu avais mieux à faire que de choisir la robe d’une gamine pour un mariage arrangé. Je me suis dit qu’elle en rajoutait mais que tu n’avais pas envie d’être là ! Tu es venue ? Et pourquoi tu n’es pas entré ? » Elle aurait bien apprécié un peu de soutien pendant cette douloureuse épreuve et elle ne serait sans doute pas revenue avec une robe façon grosse meringue. « Je voulais que tu sois là, pourquoi pas avec Lyla et Carolia, tout ça, et Mona a dit qu’elle s’en occupait mais je vois que ce n’est pas le cas ! Je vais la tuer et lui faire bouffer sa robe ! C’était horrible ! J’ai passé la matinée à entendre parler de mes petits seins, de mes fesses plates et du fait qu’il avait sûrement couché avec moi pour la gloire ou par pitié ! Elle m’a fait acheter des sous-vêtements répugnants ! Ce qui fait qu’en plus de ne pas avoir choisi le mari, ni la date, ni la décoration, ni les conditions, les invités, je vais me retrouver à porter une robe affreuse que je n’ai pas choisie non plus, c’est bien, ça fera pas tâche avec le reste ! » La brunette en voulait à sa sœur et si elle s’était écouté, elle aurait bondi hors de cette chambre pour lui enfoncer la tronche dans le premier meuble à sa portée. « Je crois que je peux échanger cette daube, peut-être qu’on pourrait retourner à la boutique et m’acheter autre chose qu’un costume de pute pour mettre en-dessous ! Ce serait bien ! Je pourrai te parler de mes vœux qui me posent souci, parce que j’en ai déjà écrits mais ça ne va pas, pas du tout ! Tu veux bien ? S’il-te-plaît, Cinzia ? Je sais que je suis parfois infecte mais si je ne t’appréciais pas, je ne me serais pas excusée et je ne te demanderais pas de l’aide, je ferais avec … Toute cette merde brassée par ma famille ! Et je ne peux pas emmener Mani, le mec qui serait capable d’exiger qu’on me fabrique une robe pantalon façon burqa ! » Elle ricana et s’éclipsa quand Cinzia accepta, pour aller voir si Gabriele allait mieux, lui apportant quelques fruits, de l’aspirine et de l’eau froide alors qu’il n’avait pas bougé de sa chambre, blanc comme un linge, cuvant pour la première et sans doute la dernière fois de sa vie. Elle en profita aussi pour se changer, attraper le sac avec les sous-vêtements démoniaques qu’elle brûlerait quelque part avant de rejoindre la voiture dans laquelle la mexicaine et la sicilienne se trouvaient déjà, des gardes du corps à l’avant et une voiture qui en était pleine à l’arrière. « J’adore quand on sort de façon aussi discrète ! »







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Cinzia Herrera
Cinzia Herrera
ADMINE INTREPIDE ET SANS CLE

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Siamo liberi ma anche prigionieri  
ft Jez



La volonté, ça n’existe pas lorsqu’on est tombée amoureuse aussi brusquement. Quand on a la chance de le voir venir – ce qui ne fut pas mon cas d’ailleurs – ériger de hautes barrières et se terrer juste derrière, c’est facile. On a le temps de voir venir, de se préparer et de se rappeler qu’il n’y a pas de raisons de se précipiter. Ce ne fut pas vraiment son cas. Gabriele était si charmant et si bon qu’il la ravit à la vitesse de la lumière. Avant cette conversation, j’avais des doutes. A présent, j’en étais tout bonnement convaincue. « La rigueur, c’est important quand on est face à un ennemi et il ne l’est pas. Quant à la virginité, ce n’est pas tant de la garder jusqu’au mariage qui compte pour un type comme mon frère, c’est plutôt le fait qu’il soit le seul et l’unique de préférence. Alors, ne te bile pas, il te détestera pas parce que tu lâches du lest. Il te respectera toujours pour ce que tu as été prête à lui offrir. C’est comme ça que ça marche. Et, oui, il te regardera différemment, mais pas comme les gars qu’on a passé notre vie à éviter, Jez. Il te regardera… Je ne sais pas quel mot utiliser… mais tu aimeras ce que tu verras dans son regard, tu peux me croire.» lui promis-je, consciente que toutes ces questions, je me les posais encore quelque fois. Il convenait que je la rassure, sauf que mon petit doigt me soufflait à l’oreille qu’elle n’apprécierait pas ce que je m’apprêtais à lui dire. « Ok ! Ok, ma puce. Souffle un bon coup et écoute-moi bien. Tu n’es pas une fille facile et tu ne le seras jamais. Tu es juste amoureuse, chérie, et ce n’est pas grave. C’est même génial. C’est la meilleure période dans un couple… » Quand notre seul problème est de se faire aimer, de plaire, de dessiner un sourire sur le regard de l’autre. « Quand on reste enfermé des jours entiers, à bouffer n’importe quoi et à… Enfin, tu vois ce que je veux dire. » Tout ce qu’elle avait à retenir de cette conversation, c’était qu’en parler avec Gabriele ne pourrait que les aider.

La communication, c’était souvent la clé d’ailleurs. C’était une façon de mieux appréhender les situations délicates et une manière utile de régler un conflit et je fus heureuse de m’en rappeler alors que ma belle-sœur frappait à ma porte pour m’appeler à l’aide à l’écriture de ses vœux. Je la trouvai culottée. Après avoir expressément fait dire à ses sœurs que je n’étais pas la bienvenue pour le choix et l’essayage de sa robe, il aurait mieux valu qu’elle ne s’y risque pas. De tous l’entourage de Manuel, Mona et Maribel étaient de loin les personnes qui m’horripilait le plus. Peu importe, la méthode que j’employais où le comportement que j’adoptais, elles prenaient un malin plaisir à tester mes limites. M’évincer de la vie de leur jeune sœur semblait être devenue leur nouveau passe-temps maintenant qu’elles avaient intégré que je n’étais pas le choix par défaut de Manuel. De réels sentiments d’une noblesse perceptible nous liait tous les deux. ça existait bien avant que je porte son enfant, ce qu’elles ignoraient et ne devaient surtout pas découvrir. Aussi, étais-je en partie soulagée qu’elles s’inquiètent davantage de Gaby que de moi. Je l’étais moins de constater qu’elle parvenait à éloigner Jezabel de moi. Je fus aussi peinée que fâchée quand elles n’invitèrent, devant la boutique, à rebrousser chemin, insistant sur le caractère intrusif de ma démarche. J’étais une pièce rapportée et s’arrangerait pour que je ne l’oublie jamais. Ce point-là, je le leur accordais volontiers, mais pas à leur cadette. Elle passa à peine la porte que je rouvris la blessure infligée par notre vieille querelle. Elle s’en excusait encore, mais ce n’était pas utile. J’ai le pardon dans le cœur, je suis plus revancharde que rancunière. Tout comme la jeune fille en face de moi est plus maladroite que menteuse. Je la savais sincère quand elle révéla au grand jour les manipulations de ses harpies qui lui servaient de sœurs. « Elle ne m’a jamais invitée. Je me suis réveillée et il n’y avait plus personne. Ça me fait mal au cœur que tu puisses imaginer que ton mariage ne m’intéresse pas. Pour moi, il n’est pas question que je ne sois pas là. C’est pour ça que je suis venue, mais Mona m’a clairement dit que tu ne voulais pas de moi, que tu avais dit, texto, que tu n’avais pas besoin des conseils d’une américaine bardée du fric de papa. » Je grimaçai sous le poids de l’injure. Je me sentais insultée, non pas parce que cette horreur sortait de la bouche de ces vipères, mais parce que je les imaginais sorti de celle de de ma future belle-sœur. « Qu’est-ce que tu voulais que j fasse ? Que je lui saute à la gorge ? J’ai été tentée, mais ça n’aurait servi à rien. » conclus-je en me rasseyant sur mon lit. « Par contre, il n’est pas question que je les laisse m’emmerder plus longtemps, mais j’y penserai plus tard. Alors, tu as trouvé de quoi faire le bonheur de tout le monde ? » Vraisemblablement non, hormis Gaby si je me fiais à ces révélations et confidences fortuites qui me laissèrent pantoises. « Attends, attends. Plus tard la robe et la dentelle. Qu’est-ce que tu viens de dire ? » Elle me dévisageait de ses yeux ronds, me rappela son frère et une vague d’affection teinta ma curiosité, mais elle était bien trop souvent plus forte que moi. « Tu as dit un truc comme : mes sœurs disent qu’il a couché avec moi pour la gloire ou par pitié. C’est bien ça que tu as dit… ? Je dois en conclure que Gaby et toi vous…» Assise sur mon matelas et tapotant la place à côté de moi, je mimai de mes deux index une scène plus proche de celle du baiser que de celle de l’amour charnel, mais j’avais peur de la mettre mal à l’aise en nommant explicitement ce qui lui échappa plus spontanément qu’elle ne l’aurait souhaité. « Tu en as trop dit ou pas assez. Alors, raconte, pendant que je me prépare pour que tu sois la plus belle d’entre toutes le jour de ton mariage. »


***

« ça va, on n’est que trois. Ça aurait pu être bien pire si toutes les Gambino avaient décidé de venir avec nous. Gloria, à elle-seule, vaut au moins dix personnes. » répliquais-je à Jezabel qui me donnait le sac qu’elle tenait du bout des doigts avec un air de dégoût mélangé à de l’incompréhension. « Tu parlais des gars peut-être. » Je pointai du doigt un type que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam et qui baissa les yeux quand mon regard croisa le sien. « Va falloir que tu y habitues tout doucement parce que ça ne va pas aller en s’améliorant. J’ai même l’impression qu’ils augmentent de façon exponentielle. » informais-je Jezabel sous le regard approbateur d’une Lyla qui découvrait les tenues légères que mes futures belles-sœurs avaient fait acheter à la gamine. Je ne pus réprimer un regard horrifié à destination quand elle sortit du paquet une espèce de string-ficelle – à moins que ça ne soit qu’une ficelle – bien trop vulgaire pour Jezabel. « Heureusement qu’il n’y avait pas le même en cuir.  Je n’ose pas imaginer ce que ça aurait donné. » D’autant que tout était plus ou moins du même acabit : sans grande classe. « Même si j’organisais une soirée cuir moustache sur le thème de la ringardise, je ne les porterais pas. Et pourtant, Dieu sait si parfois je suis audacieuse. Ces idiotes n’ont absolument aucun goût. » Et nul ne me blâmerait de les insulter ouvertement, surtout pas Lyla à qui je rapportai le détail de leur dernière bassesse. « Tu sais ce qu’on va faire ? On va les laisser prendre leur place le jour de ton mariage. Et puis, à un moment donné, tu prétexteras devoir aller aux toilettes et moi, je serai derrière la porte et je les enfermerai à double tour à l’intérieur. Comme ça, non seulement on se débarrasse d’elles, et en plus, c’est Lyla, Carolia et moi qui nous occuperont de te préparer. Bon, il faudra trouver une solution pour ne pas coincer ta mère avec elle. Je voudrais pas la vexer, mais je suppose qu’il doit y avoir moyen. Je suis open si tu veux m’exposer d’autres idées que leur casser la gueule… » Nous ourdîmes toute une série de plan de vengeance plus machiavélique les uns que les autres tout au long du trajet jusqu’à la boutique. Nous nous fîmes rembourser et nous échangeâmes les horreurs achetées plus tôt dans la matinée pour une robe plus élégante et mieux taillée pour Jezabel. Elle était radieuse. J’en eus presque les larmes aux yeux, considérant que mon frère avait de la chance qu’on la choisisse elle plutôt qu’une autre. Je l’aimais assez pour ne pas la considérer comme mon ennemie. « Je me demande si tu as vraiment besoin de lingerie. Je crois qu’après t’avoir vu dans cette robe, il aura juste envie de te l’enlever sans prendre le temps de regarder ce qu’il y a en dessous. »

Cette hypothèse, j’aurais aimée qu’elle soit vraie. Or, durant la cérémonie, alors que Gabriele perdait ses moyens, je ne pus m’empêcher d’imaginer leur nuit de noces sous les plus mauvais auspices. Il gérait mal le sentiment de honte qui accompagne un échec et je n’avais pas besoin de le connaître aussi bien pour me douter qu’il ressasserait tout au long de cette journée. Alors, tout de suite après l’échange des alliances, tandis que chacun regagnait sa table en attendant la suite des festivités, j’accrochai le bras de la sœur de mon fiancé entre deux portes. « Première chose : tu crois que tu pourrais me préparer une assiette en catimini et la planquer quelque part où je pourrais aller manger quelque chose ? C’est la Somalie dans mon estomac. Je suis une enfant du tiers-monde. » Je la tirai avec moi là où j’étais certaine que personne ne pourrait distinguer ce que nous échangions. « Deuxième chose : c’est bien ce que tu as fait pour abréger ses souffrances. Faut pas que tu en doutes. S’il te donne l’impression de tirer la gueule, il en a pas après toi, tu sais, mais après la situation. Je l’ai vu tout à l’heure, pendant qu’il se préparait. Il flippait à cause de ce discours et… j’ai fait ce que j’ai pu pour le rassurer. J’aurais voulu que ça fonctionne, parce qu’il va pouvoir se terrer là où il se cache durant des heures encore. Je présume qu’il n’arrive pas à parler correctement et je sais pas ce que je peux te conseiller pour qu’il montre le bout de son nez, mais s’il est pas à table pendant le repas, mon père va croire qu’il insulte le tien et se sentir insulté lui-même etc. Je te laisse imaginer la suite. » Ma nervosité était palpable. J’étais par ailleurs bien consciente qu’elle savait aussi bien que moi qu’il fallait débusquer de son terrier l’animal apeuré. Cette mise en garde, elle m’aidait surtout à me sentir mieux. J’aurais fait ma part, à défaut d’être totalement utile. « Je sais que tu sais. Je ne devrais pas te mettre autant de pression sur les épaules. Je suis désolée. Je voudrais juste t’aider et je ne sais pas quoi faire. » Je réfléchis un moment avant de songer à ce qui détendait tous les hommes, peu importe leur nature : le sexe. « Je pense à un truc, comme ça. Ça marchera peut-être pas, mais quitte à avoir anticiper sur la nuit de noce, je me dis que ça pourrait peut-être l’aider à se rappeler son alphabet. Je ne sais pas si ça peut marcher, mais ça peut valoir le coup d’essayer. Vous avez quoi ? Dix minutes devant vous ! C’est pas grand-chose, mais on peut en faire des tas en si peu de temps. »  









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Jezabel Gambino
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MessageCloser  EmptyMar 6 Sep - 20:01





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ft Cin


Amoureuse ? Elle avait ri quand Cinzia le lui avait balancé, parce que c’était sans doute la meilleure blague de l’année. C’était tout bonnement impossible, surtout. On ne passait pas d’adolescente asexuée à fille amoureuse du jour au lendemain parce qu’on tombait sur un gars gentil et attentionné. Ça n’avait pas de sens ! Elle voulait bien essayer de se montrer ouverte d’esprit et penser à tous les paramètres, celui-là ne faisait pas partie de ses options. Elle l’appréciait, c’était indéniable, sinon il ne serait jamais parvenu à obtenir quoi que ce soit d’elle et elle appréciait également sa compagnie mais de là à dire qu’elle était amoureuse ! Il ne fallait pas exagérer. Il y avait forcément une explication rationnelle à tout ça. Elle était curieuse de découvrir tout ce qu’elle s’interdisait pour son bien-être et sa longévité au sein de l’organisation et c’était de son âge, après tout. Et puis l’avis de Gaby était aussi important pour elle parce qu’ils étaient presque des amis et que dans ces conditions, on avait forcément envie de faire plaisir et surtout, elle avait bien l’intention de ne pas être mise de côté une fois qu’ils seraient mariés. Si elle ne le contrariait pas, elle pourrait obtenir une petite place quelque part et n’aurait pas à rester continuellement chez eux. Ouais, la brunette bossait surtout sur son avenir et ça s’arrêtait là. Il y avait des tas de questions en suspens, des tas de choses qu’elle laissait volontairement dans l’ombre parce que si elle ouvrait cette porte, ce serait comme ouvrir la boîte de pandore. La vérité c’était qu’il y avait énormément d’appréhension et une bonne quantité de peurs qu’elle ne voulait pas affronter. Ca allait au-delà de la nuit de noces, au-delà de ce qui était explicable et c’était la raison pour laquelle elle faisait porter le chapeau à ce moment en particulier. Personne ne chercherait plus loin et ne serait étonné, cela semblerait naturel à tout le monde et pourtant, il y avait le reste. Aimer, c’était un sport que la Salvadorienne laissait aux autres, elle n’était pas faite pour ça, elle ne pouvait supporter l’idée de s’exposer, de se dévoiler de la sorte et de risquer un revers. Elle préférait la sécurité et les balises d’une amitié améliorée. Cinzia avait enfoncé une porte entrouverte et chaque fois qu’elle s’y attardait, elle sentait un nœud se former dans son estomac et une folle envie de vomir la tenailler. Elle ne pouvait se laisser aller à cette faiblesse, cela se terminerait mal et pire que la souffrance, il y avait la vengeance. On voudrait le lui prendre, c’était toujours comme ça. Comment pouvait-elle imaginer que ce qu’elle avait toujours connu ne s’appliquer pas au reste du monde ? Difficile alors qu’elle quittait un univers fermé pour un autre.

Fort heureusement, les questions finirent par être mises en sourdine presque naturellement par le mariage et le voyage au Salvador et tout ce qu’on demandait à la gamine de faire pour en faire un vrai moment alors que ce n’était que politique depuis le début. Elle ne le faisait pas pour ravir son père ou son auditoire mais parce qu’elle estimait que les efforts de Gabriele méritaient qu’elle prenne tout ça avec un minimum de sérieux. Elle aurait pu avoir l’air tout à fait détachée et désintéressée, elle était bonne comédienne, mais à vrai dire, elle trouvait un peu de satisfaction dans tout ça. Ils pourraient avoir la paix une fois que ce serait passé et ils pourraient passer tout le temps du monde tous les deux, à rire, à jouer et maintenant à… Ouais, à ça aussi ! « Sachant que mon propre père est bourré de pognon, j’aurais été mal placée de lancer un truc pareil ! » s’offusqua-t-elle, outrée par la débilité de ses sœurs. « Faut pas la laisser te faire chier comme ça, Cinzia ! Elle croit avoir du pouvoir parce que sa vie est à chier alors, humilier les autres, ça lui donne un sentiment de puissance mais pour moi, ça veut simplement dire que c’est une faible. Quand t’as ça en tête, t’as presque de la peine pour elle ! » ajouta-t-elle en haussant les épaules, essayant d’oublier toutes les saloperies qu’elle lui avait craché durant leur matinée ensemble. Le pire avait été les remarques sur le physique du mari qu’on lui avait choisi et si elle reconnaissait volontiers ne pas être jalouse, qu’on puisse parler de son anatomie et de ce que ça évoquait lui donnait des envies de meurtre. Sa sœur ne reculait devant aucune bassesse, ce n’était pas une nouveauté et elle s’était dit que ça pouvait se comprendre vu son mari mais il y avait des limites. Elle n’avait pas voulu lâcher le morceau comme ça, c’était sorti dans le flot de mots qui s’échappa de sa bouche, ça non plus, elle ne faisait pas souvent, parler autant et surtout d’elle. Réalisant la bombe qu’elle avait balancée, elle ouvrit de grands yeux ronds, se demandant comment on pouvait être si con avant de finir par s’installer près de Cinzia. « Ouais ! » fut tout ce qu’elle répondit, ce qui signifiait qu’effectivement, ils avaient organisé une nuit de noces surprise avant l’heure. Cinzia n’avait pas l’intention de se contenter de ça et le lui fit comprendre, bien entendu, elle piqua un fard, chercha un point à fixer dans la chambre et se racla la gorge à plusieurs reprises, ne sachant pas vraiment ce qu’elle devait raconter ou non. Peut-être que si elle commençait par le contexte, ce serait plus facile. « Je voyais bien qu’il n’était pas très en forme, à cause de votre père et du coup, je me suis dit que j’allais investir sa chambre, tu vois ? Avec de l’herbe et de l’alcool, pour le détendre un peu et lui remonter le moral. Je suis tombée au moment où il prenait sa douche… Et c’est mal mais je l’ai maté pendant qu’il se déshabillait, ne le lui dis pas, ok ?! Il va me prendre pour une… Une je sais pas quoi ! Alors on rigole, on rigole et puis là, il me lance un défi ! A moi ! Avec cet air qui dit que nous savons tous les deux que je ne ferais rien ! Il ajoute, petite fille ! PETITE FILLE ! Il est fou ! Là, j’ai pas trop réfléchi, j’ai retiré mes fringues, j’ai arraché sa serviette et voilà. C’était pas très… Enfin y a une partie c’était bien et l’autre, c’était pas dérangeant mais pas aussi fantastique que Lyla a l’air de le vendre. » Elle n’avait rien contre les explications du Sicilien mais elle avait besoin d’avoir l’avis d’une autre fille, quelqu’un qui serait capable de la rassurer vraiment. « Après ça, on est sortis, en boîte. Et puis il y a eu la voiture, et on est rentrés et on a dormi dans ma chambre, il y a eu mon bureau, mon lit et ma salle de bain et puis après, il a bu encore et il a été malade le reste de la nuit. » Elle pouffa, le revoyant jurer qu’il ne toucherait plus jamais une bouteille de téquila de toute sa vie. « D’une certaine façon, on pourrait considérer que je l’ai fait boire pour abuser de lui, en réalité, je voulais juste qu’il se sente bien et surtout avec moi. »

***

Elles avaient enfermé ses sœurs dans une pièce pour que la gamine puisse aller se préparer avec des personnes qui ne voulaient pas du mal. Ce fut dans la bonne humeur et la détente et ça lui fit du bien, elle put se défaire un peu de cette appréhension qui la tenaillait et qui lui donnait envie de se taper la tête contre les murs. Qu’est-ce qui pouvait arriver de si terrible après tout ? Tomber ? Ca la ferait rire ! Qu’il ne veuille plus ? De toute façon, ils n’avaient pas le choix ! Au pire, elle se ridiculisait et ça lui était égal, elle savait que tout ça n’était qu’une sale épreuve à passer et que tout irait mieux dès qu’ils seraient loin d’ici, de son père et de toutes ces personnes desquelles elle avait cherché à s’éloigner depuis des années. Elle fit de son mieux pour compenser la perte de moyens de son fiancé, jouant les idiotes et faisant rire les invités pour que leur attention ne se focalise pas sur lui mais elle avait l’impression de tout avoir fait foirer. Il avait disparu dès qu’on lui en offrit l’occasion et elle se demandait s’il ne lui en voulait pas personnellement. Peut-être qu’elle l’avait coupé à un moment où il reprenait le dessus. Peut-être qu’elle avait fait pire que mieux. C’était difficile pour elle de savoir, elle savait reconnaître les signes avant-coureurs mais elle ne le connaissait pas assez pour savoir quelles étaient les limites, ce qu’il appréciait ou vomissait. Entre ça et son père qui cherchait à tout prix à avoir un tête à tête avec elle pour régler ses comptes, on ne pouvait pas dire que cette journée était aussi drôle et amusante qu’elle aurait dû l’être. Non, en fait, elle avait toujours visualisé ça comme un cauchemar éveillé et la seule personne qui aurait pu rendre ça moins terrible se cachait d’elle. Lorsqu’on lui agrippa le bras, elle se retourna vivement, la mine renfrognée, s’attendant à trouver Rafael mais se radoucit en constatant que c’était Cinzia. « J’ai cru que c’était mon père ! Il va me faire la peau ! » avoua-t-elle en écoutant la requête de sa belle-sœur. « Mais pourquoi tu ne manges pas ? Je vais te faire ça, je te dirai où je l’ai posée, je peux même l’amener dans ta chambre, tu sais ! » Ce n’était déjà pas le mariage du siècle alors si en plus, les invités se privaient de manger et donc d’un des rares plaisirs de la vie qui demeurait sans conséquences ou presque, ce serait encore pire que tout ce qu’elle avait pu imaginer. « Oh… Je pensais qu’il m’en voulait et qu’il pourrait croire que j’ai tenté de l’humilier… Ok, tant mieux ! Si j’arrive à le trouver, je pourrais lui sortir quelques blagues, ça marche quand il est comme ça, du moins quand il me laisse faire ! » proposa-t-elle avec toute l’innocence dont elle était capable. Il n’était pas question de donner le moindre prétexte à qui que ce soit de leur chercher des noises, elle en avait fait suffisamment lors des vœux et elle ne voulait pas que son père la sorte par les cheveux de table pour lui apprendre la politesse. Elle fixa un moment Cinzia sans comprendre ce qu’elle lui conseillait avant de percuter, d’ouvrir de grands yeux et de rougir, baisser le nez et bafouiller. « Tu sais, dans ces moments-là, c’est surtout lui qui fait ! Moi je n’y connais rien, je le laisse faire, enfin j’essaie mais là, j’ai peur qu’il croie que je ne pense qu’à ça et qu’il me repousse et tu vois… » Une demi-heure plus tard, il était près d’elle à table et papotait avec Manuel, sa main tenant fermement celle de Jez, comme si elle allait s’envoler mais elle rêvait d’être ailleurs, elle ne levait pas les yeux et ne parlait à personne, attendant que ça se passe.


***


A l’arrière d’une voiture, Gaby et Mani devant, elle était près de Cinzia qui avait l’air de se poser autant de questions qu’elle. « Tout ce que je sais, c’est que Gaby en doit une à mon frère, ce qui explique qu’on soit là tous les quatre, à priori, tu vas avoir le droit à une nuit mémorable à la salvadorienne ! » Malgré le rouge qui lui montait aux joues, elle parvint à rire, elle pouvait remercier le vin qu’elle s’était envoyé toute la journée et qui l’avait aidée à tenir. « Quand je suis allée en ville avec mes sœurs, je t’ai trouvé ça, ça m’a fait penser à toi et je me suis dit que ça me permettrait de te remercier ! » C’était une breloque, un petit pendentif en forme de fleur mais elle l’avait trouvé joli et s’était dit qu’il irait bien à Cinzia. « Je ne suis pas très douée, pour parler et tout, mais je n’oublie pas ce qu’on fait pour moi ! T’es ma sœur, maintenant ! Et t’es ma préférée, d’ailleurs ! »







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Cinzia Herrera
Cinzia Herrera
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Siamo liberi ma anche prigionieri  
ft Jez



J’avais cessé depuis longtemps d’imaginer que Mona, Maribel et moi pourrions entretenir des relations fraternelles. Pour tout avouer, j’avais même exclu la possibilité que nos rapports soient cordiaux. Elles n’étaient que deux teignes qui ne méritaient pas que je déploie de l’énergie à améliorer l’entente entre nous. En revanche, je détestais leur acharnement à gâcher ce que Jezabel et moi avions durement construit. Il n’était pas écrit que nous puissions nous apprécier. Je lui dérobais son frère, elle me volait le mien et qu’elle ne l’ait pas choisi n’arrangeait rien. Si j’avais été une autre, une petite peste sans cervelle, j’aurais pu la haïr, persuadée qu’elle serait et sera toujours incapable de rendre Gabriele heureux. Au lieu de ça, je l’aidais comme je pouvais, évitant au maximum de lui parler de Manuel et moi. J’avais digéré notre dernière altercation. J’avais cependant pris des dispositions pour qu’elle ne puisse jamais plus me blesser. Je les croyais solides d’ailleurs, jusqu’à ce que j’arrive devant la boutique où elle essayait ses robes et que je sois refoulée par l’une de ses aînées si proche de mon but. « Tu ne comprends pas, ma puce, ce n’est pas ce qu’elle pense de moi qui me dérange. J’en ai soupé d’elle. Elle ne mérite pas que je me fatigue ou que je m’en fasse. Ce qui m’a peiné, c’était que toi tu puisses vraiment penser tout ce qu’elles m’ont rapporté. Maintenant, je sais que c’est faux, mais compte tenu des circonstances, sur le moment, je me suis vraiment demandé si je ne gaspillais pas mon énergie pour rien avec toi. Elle, je les plains de mon cœur. »  Et, c’était vrai. Pas tant parce qu’elle n’avait pas pu tomber amoureuse de leur époux. Lorsqu’il s’agissait de la cadette des Herrera, je ne m’encombrais pas de pitié ou de compassion. J’avais mal au coeur pour elle, car, au lieu de redresser la barre au vu de la conséquence de leurs choix précédents, elle se repaissait dans le pré de leur bêtise sans jamais se remettre en question, sans jamais, pour le propre bien, réagir à la solitude qui en découlera fatalement. Qui pourrait avoir envie de s’acoquiner avec ce genre de personnage aigri avant l’heure ? Qui ? Gaby ? Elle était méchante et méprisante. Quel besoin avait-elle ressenti de diminuer leur petite sœur après qu’elle ait passé une étape aussi importante dans sa vie de femme ? Avait-elle oublié le caractère primordial d’une première fois ? Le flot d'anxiété qu’elle génère ? Les interrogations et les inquiétudes qui s’en suivent ? Elles étaient pathétiques et je me promis que je ferais mieux qu’elles avec Jezabel. Elle méritait une alliée, une vraie, et une fois le masque de surprise chassé de mes traits, je me tracassai de la seule partie de cette discussion qui en valait la peine, celle qui la fit rougir et écarquilla ses grands yeux. « Pas de panique ! Ce n’est pas grave. Personne ne va te clouer au pilori pour ça. Tu peux te détendre et tout me raconter. »

Je l’écoutai attentivement, grimaçant des « oh » et des « ah » silencieux du bout des lèvres. Je n’aurais pas osé intervenir. Dieu seul savait comment elle pourrait interpréter une expression faciale ou une remarque. Il n’était pas question qu’elle se croie coupable d’avoir anticipé sur l’inévitable. Je me permettais simplement de rire avec elle en apprenant qu’elle avait réussi à traîner mon frère dans une boîte de nuit et, mieux encore, qu’il s’était pris sa première cuite. De nous deux, c’était moi l’enfant terrible…un du genre plutôt soft comparé à d’autres, mais j’étais largement plus ouverte d’esprit que lui. « Hé bien, quelle soirée. Tu sais que ça fait des années que j’essaie de lui faire boire une goutte de vin blanc sans succès ? Il repère l’odeur de l’alcool à plein nez. J’ai essayé d’en cacher dans une préparation une fois, de la vodka, parce qu’il paraît que ça n’a pas d’odeur, mais il n’a pas prétendu goûter mes gâteaux. » expliquais-je pour ôter un peu de gravité à cette situation. « Mais, revenons à nos moutons. Ne te fie pas à ce que tu entends par rapport à Lyla, même si elle chante très bien. Déjà, on ne réagit pas toute pareille et, en prime, c’était une première fois. Enfin, une succession de premières fois si j’ai bien compris… » Elle confirma en hochant la tête et je haussai les épaules. « Si tu m’avais dit que c’était le grand kif, je t’aurais détestée, je crois. Personne ne vit une première expérience fabuleusement géniale, même si ton partenaire est l’homme le plus attentif de la Terre. Déjà, parce que tu es trop tendue et, ensuite, parce que tu te prends la tête à te demander ce que tu dois faire et pour finir, parce que c’est un peu douloureux ou gênant. L’essentiel, c’est que tu sois remontée en selle. Ça ira de mieux en mieux. Il faut du temps. Des fois, je me dis qu’il doit falloir une vie pour expérimenter tout ce qui se fait sexuellement parlant. » pensais-je à voix haute, me demandant si je n’étais pas en train de l’effrayer plus qu’autre chose. « Moi, je crois plutôt qu’il a senti que toi, tu te sentais bien et que sans vouloir abuser de toi, il a sauté sur l’occasion de vous débarrasser de cette pression-là. J’ai fait la même chose. Rien que d’imaginer que, le jour de mon mariage, tout le monde me regarderait partir avec Mani en se disant qu’il allait me sauter toute la nuit, ça me dérangeait à un point imaginable. Je voulais que ça n’appartienne qu’à nous, alors j’ai pris le taureau par les cornes. Tu regrettes ? » m’enquis-je avant d’aborder le point délicat suivant : son frère. Il aurait mieux valu que Mani reste dans l’ignorance le plus longtemps possible, au moins jusqu’au mariage, mais pour ce faire, il aurait fallu que Maribel et Mona ne soient pas au courant. « Et, comment elles le savent ? Les harpies qui te servent de sœur ? C’est toi qui leur as dit ? Parce que tu sais qu’elles vont s’empresser d’aller le raconter à Mani et que…tu es sa préférée. Tu le sais ça ? » À bon entendeur.


***

L’assemblée ne partagerait sans doute pas mon avis, mais elle avait été grandiose. Jez, alors que mon jumeau était dans une situation délicate, n’hésita pas une seule seconde entre son honneur et le sien. Elle choisit pour celui du futur marié au détriment de sa propre vanité. Elle se ridiculisa pour la cause, la bonne, si bien que je ne m’inquiétais plus le moins du monde pour leur avenir. Ils s’en sortiraient. Il y aurait des moments de doutes, des hauts et des bas, mais s’il s’écoute comme aujourd’hui, ils seront heureux tous les deux. J’en serais presque guillerette si je ne me demandais pas où se cachait mon frère et si je n’avais pas l’impression d’avoir un fossé à la place de l’estomac. Je mourrais de faim et je fus d’autant plus ravie de croiser ma belle-sœur dans un couloir, d’autant que j’avais à lui parler. « Je mange, mais comme si j’étais toute seule, si tu vois ce que je veux dire. Sauf que je crève la dalle, tout le temps, j’ai l’impression que rien ne me rassasie. Absolument rien. Si tu m’amenais un plateau dans la chambre en toute discrétion, je te bénirai jusqu’à la nuit des temps. » Étrange, j’avais promis le contraire à son fiancé à cause de l’histoire du blog. C’était en suspens en attendant son assentiment. J’étais pressée, bien que ça ne soit ni le moment ni l’instant pour m’en inquiéter ou même aborder le sujet. « Et ton père te fichera la paix. Il te passera peut-être bien un savon, mais il ne te fera certainement pas la peau. À quoi bon te marier à mon frère si c’est pour le vexer quelques heures à peine avoir dit oui ? Pense aux enjeux de ce mariage et tu pourras te détendre. Surtout que je te le répète, tu as fait ce qu’il fallait. Si Gaby n’est pas fâché après toi, ce dont je doute, tu n’as pas de raisons de t’en faire.Et, s’il fait la mauvaise tête, tu sais quoi faire. » Visiblement, pas exactement. J’imaginai donc assez clairement tout ce qu’on pouvait faire dans des toilettes, réveillant mes propres hormones en ébullition, surtout qu’ici, dans la maison des Herrerra, il n’était pas question de déroger à une règle établie. Ça me rendait complètement dingue, plus encore de lui chuchoter quelques petits tuyaux à l’oreille. Elle vira au rouge et je ricanai. « Je me demande si c’est la tête que je tirai quand Lyla me glissait ce genre d’idées. » C’était il n’y a pas si longtemps. Je n’ai pas non plus une professionnelle. Il me restait des tas de terrains à explorer, mais je lui faisais profiter de ma maigre expérience, sans condescendance, comme on le fit avec moi, m’allumant tout seule. « Personne ne te repoussera, Jez. Et personne ne croira que tu es une obsédée. Au mieux, il te remerciera plus tard. Au pire, il se sentira flatté. Zéro risque. Allez… lance-toi. » insistais-je en perdant légèrement le fil de la conversation, repérant Mani au lieu. À défaut de pouvoir me rouler dans la luxure avec lui, nous pourrions au moins danser, c’était déjà ça de pris. « Courage ma puce et, tu es radieuse. » J’embrassai son front en m’éclipsant, soucieuse de retrouver mon futur époux qui n’était pas au mieux de sa forme.


***


Si j’étais pressée de quitter le Salvador ? Pas exactement. Ici, en plus de rasséréner de température clémente et d’un panorama à me couper le souffle, je jouissais également du plaisir de déjeuner avec mon « mari » officieux tous les jours. Nous n’avions pas toujours l’occasion de passer du temps seul à seul, mais nous nous croisions assez régulièrement pour que je redoute l’heure où je rentrerais chez mes parents. Mon père avait été formel. Il avançait la date du mariage, mais il y avait des règles à respecter. Plus jamais, Mani et moi, avant d’avoir dit oui devant un prêtre, nous ne pourrions profiter d’intimité. Ça me dérangeait. Pas uniquement pour ce que nos mains tendaient à découvrir lorsque nous étions livrés à nous-mêmes, mais parce que je chérissais ces moments simples où nous échangions durant des heures autour de sujets tantôt futiles tantôt sérieux. Je n'ignorais pas qu’il me manquerait. Aussi, ne discutais-je pas vraiment quand il me proposa une balade en ville. J’étais épuisée. À lutter pour ne pas passer le plus clair de mon temps à dormir, je commençais lentement, mais sûrement, à m’enfoncer. Mes traits étaient tirés. Seul mon hâle grâce au soleil ravivait mon teint, si bien que je n’avais pas l'apparence d'une morte. C'était déjà ça de pris. Je me montrai pourtant particulièrement enthousiasme, comme si ces mots avaient remonté la manivelle dans mon dos. « où on va ? » demandais-je à Jez qui n’avait pas l’air d’en savoir plus que moi. Elle avait simplement une idée précise du programme qui m’arracha un sourire que je souhaitai le plus discret possible. « C’est le genre de nuit mémorable à laquelle je pense ou à laquelle mon père penserait pour moi ? » plaisantais-je sans ignorer vraiment la réponse. Jouer les idiotes, c’était me moquer gentiment de mon papa dès qu'il tournait les talons. Personne ne m’en voudrait pour si peu. J’étais toujours hilare quand Jezabel me surprit avec un présent que je n’avais pas encore ouvert. J’étais déjà charmée, sans avoir vu ce que contenait le petit paquet, l’attention me touchant énormément. « Me remercier ? Mais, tu n’avais pas à me remercier. Je n’ai rien fait de particulier. J’ai fait ce qu’on fait pour les gens qu’on aime. »

Elle m’embarrassait, bien que je comprenne tout à fait la démarche. N’avais-je pas offert à Lyla un coup de poing américain ? Je déballai donc mon cadeau sans protester et avec curiosité. Que lui avais-je inspiré ? La rudesse ? La fragilité ? Visiblement, au vu du pendentif, elle m’estimait raffinée, car la fleur était réalisée avec précision. Ce n’était certainement pas de l’or - je n'en avais par ailleurs aucunement besoin -, mais la finition était parfaite, travaillée, soignée et, comme à l’habitude depuis ma grossesse, mes yeux se chargèrent de larmes. « Bon sang. Je pleure tellement en ce moment que je mettrai un terme à la sécheresse dans le monde. » Je me tournais en dérision, de peur qu’elle me juge aussi mal qu’elle ne l’avait déjà fait, mais la réalité, c’était qu’avec ou sans hormone, j’étais de nature sensible face à ce genre d'attentions qui émanent du cœur. « Toi aussi, tu es ma préférée. Et je ne dis pas ça parce que je n’ai que des frères. » Je la serrai un peu plus fort sans me préoccuper de ce qu’en penseraient les Cro-Magnon à l’avant du véhicule. « Merci. Tu n’aurais pas pu me faire plus plaisir. » Je détachai mon collier, j’y ajoutai mon nouveau bijou et, réclamant un peu d’aide pour rattacher le fermoir, j’en profitai pour lui glisser à l’oreille ce qui aurait dû rester secret. Qui nous entendrait ? La musique battait son plein dans la voiture. « Ton frère m'a proposé que tu bosses avec moi sur le blog. Tu sais, je t’en avais vaguement parlé déjà. Tu penses bien que j'étais ravie. J’ai demandé à mon frère, ce qui a mis Mani en pétard, mais je m’en fous. Je veux qu’il accepte, parce que j’ai envie qu’on le fasse ensemble, que ça devienne notre truc à nous. On s’amuserait bien et tu verrais New York sous tous les angles. Ça te ferait même progresser en anglais. Je n’ai pas le droit d’en reparler avec Gabriele, mais je le connais, je suis sûr qu’il va accepter. Ça te plairait, toi ? Parce que tu sais, je n’ai pas voulu marcher sur tes plates-bandes. Tu n’es pas obligée d’accepter non plus, mais j’ai pensé que ce serait mieux que de rester enfermée du matin au soir. Alors, tu en penses quoi ? »


***

Il n’était pas rare que Jezabel me téléphone, mais habituellement, elle était d’humeur enjouée malgré son ennui perpétuel. Mon frère ne lui lâchait pas la bride, provoquant exactement ce qu’il redoutait, mais s’entêtant quand même, comme un l’homme têtu qu’il pouvait être. Cette fois, en revanche, sa voix trahissait sa panique. Il s’était disputé. Il n’était pas rentré. Pourquoi ? Impossible de comprendre. Elle s’exprimait dans sa langue maternelle, trop secouée pour employer l’anglais ou l’Italien qu’elle maîtrisait beaucoup mieux. Autant dire que j’y perdis quelques informations capitales. « Ne bouge pas, je vais arriver. Je ne comprends strictement rien à ce que tu racontes. » lui promis-je en me demandant comment annoncer à Mani que je m’absentais sans l’inquiéter. Toutes les vérités n’étaient pas bonnes à dire, mais je me refusais à lui mentir. Je frappai doucement à la porte de son bureau où il s’enfermait pour laisser parler sa créativité. Je lui rapportai ce que je crus saisir en édulcorant le propos et, de fait, compte tenu de ma garde, il ne s’opposa pas à ce que je vole au secours de Jezabel. Quand elle m'ouvrit, elle était complètement démunie. Gaby n’était pas là. Sur la table du salon, le PC portable de belle-sœur était en morceau. Méconnaissable. « Ton ordi ? Mais, qu’est-ce qui s’est passé ? vous vous êtes disputés, ça j’ai bien compris. Mais, pourquoi ? »







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Jezabel Gambino
Jezabel Gambino
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I'm here to be closer
ft Cin


Entendre Cinzia dire qu'elle parvenait à faire ce qu'elle n'avait jamais réussi à faire avec son frère brossa son ego dans le sens du poil. C'était bon signe, pas vrai, de parvenir à tirer de lui ce que même sa jumelle ne parvenait pas à obtenir. La gamine ne pouvait s'empêcher de se répéter que ce serait toujours ça de pris pour la suite, que ça leur faciliterait la vie et que ce serait moins dur. Elle sentait bien qu'il existait un lien privilégié entre eux mais avait l'impression de se monter la tête parce qu'elle était dépassée par ce qui se passait en elle et ce qu'elle vivait. Avoir confirmation, c'était comme une putain de consécration, elle n'était pas si nulle que ça. Se mettre un gars dans la poche, c'était à la portée de n'importe quelle pétasse mais parvenir à créer une vraie relation de confiance avec un homme qu'on a choisi pour soi et que l'on respecte, c'était au-delà des mots. Elle se sentait fière d'elle. « Il buvait peu au début et puis, il a bu de plus en plus, trop, il a vomi une partie de la nuit ! » lui avoua-t-elle, présentant les choses comme si c'était la meilleure blague qu'elle n'ait jamais raconté. Ca l'amusait parce qu'elle aurait imaginé qu'un gaillard comme lui tiendrait mieux que ça. « Je verrai bien... » Façon plus ou moins claire et sympa de dire qu'elle ne voulait pas vraiment approfondir la question mais qu'elle prenait malgré tout les conseils qu'on lui donnait et les mots rassurants. Mais à vrai dire, ça la mettait relativement mal à l'aise et encore plus quand elle pensait à touts les questions gênantes qu'elle se posait et qu'elle n'osait pas partager avec Cinzia de peur de passer pour une grosse abrutie ou bien une coincée. Il y avait des choses qu'elle devait apprendre seule et des réponses qu'elle devait trouver par ses propres moyens. Ce n'était peut-être pas une bonne idée de se renseigner auprès d'une femme déjà sexuée depuis plus longtemps qu'elle et qui maîtrisait déjà la partition, bien plus qu'elle en tout cas. « Ils vont quand même se le dire, je pense, quand toi et Mani allez partir pour vous isoler... Tu ne peux pas empêcher les gens de se faire des films ! Mais toi, tu aurais tenu jusqu'au mariage, si tu n'avais pas tenu à t'approprier ça ? » Ou bien était-elle une putain de tordue avec ses idées déplacées, alors qu'elle n'avait jamais rien fait et pourtant, son esprit fourmillait de tous les trucs tordus qu'elle avait pu voir dans ces films passés pour tenter de s'instruire et de décompresser. Résultat, rien ne s'était passé comme dans l'un d'eux et elle n'avait pas du tout hurlé de cette façon et encore moins eut l'impression d'être désenchantée. « Non, pourquoi je regretterais ? Et toi, tu regrettes ? » répliqua-t-elle du tac au tac, essayant de ne pas trop se dévoiler sur ce qui l'agitait. Elle ne regrettait rien et pour tout dire, elle était impatiente d'en voir plus sans savoir ce que ça impliquerait vraiment. « Mona est entrée dans ma chambre ce matin, elle nous a trouvé ensemble, à poil. Il ne lui a pas fallu un communiqué pour deviner. J'aime pas trop comment elle le regarde, comme un bout de viande, comme s'il n'était pas une personne. Elle m'a énervée pour la journée! Raconter à Mani ? T'en fais pas, il est doué pour faire semblant de ne pas comprendre ! »


***


« Faudrait pas que ton père en entende parler ! » lui assura-t-elle en ricanant, son rire finit par s'éteindre quand elle passa à la phase critique de cette soirée. Se dévoiler n'était pas une chose aisée pour elle, encore moins quand il était question de gens qui comptaient réellement pour elle, plus tard, Gabriele deviendrait sa victime sans avoir rien demandé mais pour le moment, elle essayait encore, sans doute dans cette volonté d'être plus normale que la normalité elle-même. Elle avait l'impression de lui avoir offert une parure de bijoux hors de prix et cela lui mit du baume au coeur. Elle l'aida à l'accrocher et dissimula son émotion avec un silence assourdissant. Elle resta dans cette position, simulant une étreinte entre amies alors qu'elle profitait de cette proximité pour lui répondre en toute discrétion. « Ca me ferait plaisir, oui ! Mais on va attendre que Gaby m'en parle. » Son frère avait été clair, il fallait lui laisser le temps de se faire à l'idée qu'il n'avait pas épousée une femme au foyer et qu'elle pourrait lui être utile et qu'elle pourrait aussi travailler. Le brusquer ne donnerait rien de bon et elle voulait vraiment faire partie de ce projet, ce fut d'autant plus vrai quand ils furent de retour à New York et que ses journées s'articulaient autour du vide abyssal de ses envies. Elle attendit qu'il aborde le sujet mais chaque fois qu'elle le pensait sur le point d'attaquer, il passait à autre chose et elle se demandait ce qu'elle avait fait de travers pour qu'il prenne autant de précautions. Quand il lança enfin le sujet, ça se termina par une dispute, comme si ça l'arrangeait bien de couper court parce qu'il ne voulait la voir nulle part ailleurs que chez eux. Il n'avait pas fait que la provoquer pour une dispute, il avait cassé en mille morceaux un bout de sa vie. Son ordinateur avait été son compagnon de misère pendant des années, c'était un vieux machin qu'elle avait amélioré elle-même et dont elle était fière et qui était désormais en ruines. Il y avait pire que cette histoire de blog. Il ne rentrait pas. Elle s'était dit qu'il irait faire un tour pour se calmer les nerfs et qu'il finirait par revenir mais rien. Son téléphone était éteint et elle pensait déjà au pire. Dépassée par la situation et ce qu'elle ressentait, elle appela Cinzia, incapable de retrouver son anglais ou même son italien, ne laissant échapper que quelques mots avant que sa belle-soeur ne lui assure qu'elle était en route. « Je ne sais pas ! Je discutais avec Juan et il est entré, il a pris l'ordinateur et l'a jeté par la fenêtre. Il est devenu fou et puis il est parti ! Mais il ne rentre pas Cinzia, il ne rentre pas ! Il attend des trucs de moi, je ne comprends pas ! Il fait et dit des choses que je ne comprends pas, parce que chaque fois que je réponds, je vois bien que ce n'est pas ce qu'il attend. Je suis nulle ! Il s'en rend compte, il en a marre ! Je devrais le laisser tranquille ! Je ne sais pas pourquoi je t'ai appelée, je suis désolée. Juste, lui envoyer un message, peut-être qu'il te répondra et te dira qu'il va bien ! » Elle se tenait devant la fenêtre, le regard dans le vague, les bras croisés, se demandant combien de temps ça durerait encore avant que tout ne vole définitivement en éclats. « Je ne suis pas assez sophistiquée, c'était voué à l'échec ! Je ne suis pas une vraie fille, forcément ! » soupira-t-elle en se montrant résignée et défaitiste, ce qui ne lui ressemblait pas mais à quoi bon retarder l'inévitable ?


***


Elle s'était proposée pour aller aider Cinzia à défaire ses bagages au retour de la Lune de Miel mais elle oublia en cours de route. Gaby ne rentrait plus, pourquoi l'aurait-il fait alors qu'elle lui avait quasiment donné le feu vert pour s'envoyer cette pute de luxe ? Pute qui avait un gosse qui aurait très bien pu être celui de Gaby compte tenu de son âge et du fait qu'ils se voyaient probablement à Chicago, elle avait lu trop de choses qui coïncidaient pour que ce soit de pures coïncidences. C'était son problème, dès qu'elle commençait à creuser, elle ne savait plus s'arrêter. Elle ne manqua pas d'inscrire cette salope sur des sites de rencontre et sur des sites pour filles comme elle histoire qu'elle reçoive des tas d'appels et se fasse harceler, le tout sans laisser de traces. Pour le reste, elle ne sortait plus beaucoup. Lucky l'appelait pour leur  petite affaire et il s'agissait là des seuls moments où elle mettait le nez dehors et pour lesquels elle restait sobre. Quand elle était seule chez elle, elle passait ses journées à jouer à la console quand elle ne matait pas des débilités à la télé. Elle ne ressentait pas le besoin de boire tout le temps, seulement quand elle était assaillie par des choses sur lesquelles elle n'avait plus de contrôle. Parfois, elle rédigeait des messages entiers à Gaby et puis elle les effaçait, se reprenant au dernier moment, se disant qu'il n'était pas intéressé le moins du monde par ce qu'elle pouvait avoir à dire. Pourtant, le jour de son anniversaire, elle n'hésita pas à émerger de sa tanière pour faire des courses et lui préparer un dîner à peine comestible. Pour compenser ses talents culinaires limités, elle mit le paquet sur la table et la décoration et lui envoya un message pour le lui souhaiter et lui signifier qu'il était le bienvenu s'il voulait passer, qu'elle avait son cadeau. Elle avait retourné tout internet pour mettre la main dessus. Il n'apparut jamais et incapable de tenir en place, exigeant des réponses, elle fouilla les comptes de l'autre morue sur les réseaux sociaux pour y trouver des photos d'eux au restaurant. Tu t'attendais à quoi ? Hein ? Tu lui as dit qu'il pouvait ! Que tu n'étais pas jalouse ! Tiens, regarde bien ce que tu as toi-même provoqué ! Tu ne peux t'en prendre qu'à toi ! Elle ravala sa rage et tenta de se concentrer sur un jeu mais ça ne fonctionna pas, elle se roula quelques joints, se servit quelques verres et fit disparaître sa peine et la réalité dans un nuage de fumée. Elle sursauta quand on sonna à la porte. C'était déjà le matin, ou peut-être le midi, elle n'en savait rien mais elle avait mal à la gueule. Elle se traîna jusqu'à la porte d'entrée et l'ouvrit sur une Cinzia radieuse, au teint halé et pleine d'entrain. Elle la laissa passer, sentant sa migraine s'intensifier face à tant d'énergie. La sicilienne lui demanda comment ça allait et elle lui servit la même réponse qu'aux autres. « Ca va, j'ai pas répondu à tes appels parce que j'étais en pleine partie mais tout va bien ! » Elle était bloquée devant la table dressée et la nourriture qui était encore là. Elle agrippa les plats et alla les vider dans la poubelle, sans donner la moindre explication. « Le voyage de noces ? C'était bien ? Vous avez bien profité ? T'as l'air d'être super bien en tout cas, je suis contente pour toi. Et le bébé, ça va ? » Elle ramassa son cendrier, la bouteille et le verre, jeta ce qui devait l'être et mit en route la cafetière. « Je te sers quelque chose à boire ? Et comment va Mani ? »






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Cinzia Herrera
Cinzia Herrera
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Siamo liberi ma anche prigionieri  
ft Jez



« Bien sûr qu’ils y penseront. Ça, je ne peux pas mettre la main devant, mais ils s’imagineront qu’on essaie d’accrocher le wagon alors qu’en réalité, la locomotive est déjà partie. Conclusion, j’ai un train d’avance sur eux. » ricanais-je fière de ma métaphore. « Et avec un passager clandestin en plus. » Je baissai les yeux sur mon ventre dur comme du caillou. À ce stade de ma grossesse, on m’aurait cru davantage ballonnée qu’enceinte, ce qui n’arrangeait plutôt bien. Si ma grossesse se révélait au grand jour avant les noces, ce serait un véritable coup d’État. Pourtant, je le prenais de plus en plus avec philosophie. Le hasard n’existait pas. Me serais-je montrée plus prudente, que ça serait tout de même arrivé. J’en étais convaincue. La seule façon de l’empêcher aurait été de préserver ma vertu aussi longtemps que l’exigeait mon éducation. Or, c’était tout bonnement impossible. Qu’importe qu’on me qualifie de folle ou de faible, cette idée avait le mérite de m’aider à gérer au mieux le stress qui découlait de cet heureux événement à venir. « Et pour répondre à ta question, non, c’était impossible. Et je ne dis pas ça pour te déculpabiliser. » Dans l’éventualité où ce genre de sentiment l’animait. « On était quasiment tout seul à Los Angeles » Gloria était un chaperon du genre indépendant, superficiel et peu impliqué dans sa mission. « Je m’endormais près de lui toutes les nuits. On sortait souvent et ça avait déjà failli arriver. Ajoute à ça que je suis raide dingue de lui et que l’idée de le partager me rendait malade de jalousie, j’ai fini par ne plus penser qu’à ça. Tout le temps. Et plus il retardait l’échéance parce qu’il avait l’impression de me forcer la main, plus j’en mourrais d’envie. Alors, non, je n’aurais pas pu tenir. » expliquais-je hochant négativement de la tête à maintes reprises. « Et non, je ne regrette pas du tout. Si c’était à refaire, je ne changerais rien. Comment t’expliquer… ça allait bien au-delà de l’envie de m’approprier tout ça. C’était juste plus fort que moi… » Ce qui rendait d’ailleurs cette conversation compliquée.

Jez m’obligeait à verbaliser ce qui me sembla naturel. Je n’avais jamais réfléchi à mes motivations. Aujourd’hui, en me forçant à y songer, elle renforçait ma certitude : en cédant du terrain sur mes principes à mes sentiments, je nous facilitai grandement la vie. Je nous aidai à cimenter notre complicité aussi. Est-ce qu’il en serait de même pour ma future belle-sœur ? Est-ce que ce rapprochement charnel leur servirait autant qu’à Mani et moi ? Probable, à condition que Mona n’étale pas sur la place publique ce qu’elle avait découvert le matin même. Ça pourrait être mal perçu. Gaby, en bon pudique, pourrait s’offusquer de cette ingérence dans leur intimité. « Non ! Je ne dis pas que tu dois lui raconter, ça n’appartient qu’à toi. Je dis juste que s’il doit l’apprendre, vaut mieux que ça ne sorte pas de la bouche de Mona. Tu sais comment elle est. Elle tournera ça comme une insulte. » N’était-ce pas ce qu’elle avait fait en épiant mon frère à moitié nu avec la gourmandise d’une enfant devant une sucette en chocolat ? « Putain, elle est tellement chiante celle-là aussi. Elle me fatigue. » Je tapai du poing sur le matelas, me levant dans un même mouvement. Quoi qu’on en fasse, on ne pourrait pas contredire sa nature, mais on pouvait l’empêcher de transformer le mariage de sa petite sœur en étalage vulgaire de mauvais goût. L’heure était donc à l’échafaudage d’un plan de vengeance et de corriger le tir en lui changeant sa robe et ses sous-vêtements de toute urgence.


***

Ce séjour au Salvador pour célébrer son mariage nous avait fortement rapprochées elle et moi. Je ne fus dès lors qu’en partie surprise qu’elle me téléphone pour partager avec moi sa détresse. Nous étions amies de la même famille. C’était une double raison pour elle de le faire – malgré sa fierté – et pour moi d’accourir. Nous rencontrions tous des moments où l’on se sent minable de n’avoir pu agir comme nous l’aurions fait sans l’appui d’un facteur extérieur et parasitaire. Je ne la jugerais pas. Je n’étais pas à l’abri de vivre une situation où je déposerai les armes pour protéger quelque chose auquel je tiens plus qu’à ma fierté. Pour moi, c’était Mani et mon bébé. Mais, pour Jez ? Je peinais à croire que la perte de son ordinateur justifiait l’état dans lequel je la trouvais. Il y avait autre chose, fatalement, peut-être cette impression d’être privée de liberté et, plus elle m’expliquait, plus j’étais persuadée de toucher du doigt le nœud du problème. « Juan ? C’est qui Juan ? » demandais-je en m’asseyant dans le salon, observant la jeune femme égarer son regard vers l’agitation des rues de New York. Elle me donna le détail et je sus précisément le sentiment qui secoua Gabriele. Je le reconnus aussitôt pour l’avoir souvent fréquenté au travers de Manuel : la jalousie.

Mon frère n’avait pas supporté qu’elle puisse discuter sereinement avec un gars appartenant à son ancienne vie et je comprenais. Je ne cautionnais pas les conséquences, non, mais je saisissais que la cause puisse le blesser. Qu’il l’aime ou non ne changeait rien. Jezabel était à lui. Si elle ne se le rentrait pas dans le crâne, elle allait au-devant des ennuis et elle en passerait des heures à l’attendre en se rongeant les sangs. « Là, j’ai envie de te dire que le problème, ce n’est pas que tu ne comprennes pas ce qu’il te veut ou qu’il s’est lassé de toi. Si tu veux mon avis, si ça avait été le cas, il n’aurait pas balancé le PC par la fenêtre. Il est jaloux, chérie. Et visiblement, as qu’un peu. Pour qu’il en arrive à faire un truc pareil. » Cette excessivité, ça ressemblait davantage à Lucky ou à mon fiancé. Gaby était de nature plus pondérée. « Il n’y a donc aucune raison pour qu’il en revienne pas. La jalousie, c’est chiant, mais c’est plutôt bon signe, ça veut dire qu’il tient à toi. » Ou à son honneur, mais je n’étais pas la pour détruire cette gamine en lui semant dans le crâne de mauvaises graines. « À moins que tu ne me dises pas tout évidemment. Tu lui racontais quoi à ce type ? Rien que ça ne change pas grand-chose au final. Tout ce qui a un appendice pendant entre les cuisses est à éviter de toute manière. Entretenir une amitié masculine, même avec n gay, c’est synonyme de catastrophe. Et je te parle en toute connaissance de causes. En fait, les hommes, et je n’en connais pas un qui fait l’exception, ont une imagination terriblement fertile et, en plus, ils sont susceptibles. Conclusion, il s’imagine que ce gars, même s’il est de l’autre bord, veut forcément ce qui lui appartient de plein droit et, pour ne rien gâcher, se sentent très vite ris pour des cons. Et, le pire, c’est que je crois que ça vaut aussi pour les femmes. Tout ce qui est en mesure de nous éloigner d’eux est à éliminer. Je sais, c’est dingue, mais c’est comme ça et il va falloir t’y faire Jez. Je sais que ce n’est pas facile. Déjà moi parfois, je ne sais pas sur quel pied danser alors que ma situation est différente de la tienne, mais tu n’as pas vraiment le choix si tu veux que tout se passe bien. » Car Gaby était bon comme le pain, mais il n’était pas un enfant de chœur. Homme d’honneur jusqu’au bout des ongles, il n’était pas à l’abri d’un excès de colère ou de déception qui le pousserait à aller au-delà de la doctrine sicilienne.

« Tout comme tu ne dois pas te dévaloriser comme ça. Ne le laisse pas douter de toi. Tu es une fille formidable. Vous vous disputez souvent. OK. Je comprends que ça soit fatigant, mais ce n’est pas grave. »
De ma part, c’était presque hypocrite. J’arrêtais de vivre à chaque querelle entre Mani et moi, mais l’amour entrait en ligne de compte, ce qui impliquait un manque d’objectivité dont je ne manquais pas pour les autres. « Ouais ! Je sais. C’est pas forcément très crédible quand on sait ce que ça a donné pour moi à Chicago, mais à chaque fois, je me dis que j’ai perdu mon temps. » J’aurais pu lui rapporter la dernière crise en date pour la rassurer, mais elle m’avait qualifiée d’idiote une fois et je ne lui tendrais pas le bâton pour me battre une seconde fois. « Se prendre la tête comme ça, je peux te garantir que c’est un truc de gonzesses en plus. Tu vois que tu es une vraie fille… » Je ricanai en m’avançant vers elle pour poser ma main sur mon épaule. « C’est quoi une vraie fille, d’ailleurs ? Explique-moi, parce que je ne saisis pas bien la nuance. » Certes, elle avait des habitudes plus proches de celles de la gent masculine, mais ça plaisait. « Tous les hommes n’attendent pas qu’on entre forcément dans le moule. Allez, viens, je vais l’appeler. Je ne sais pas s’il va répondre, mais je vais au moins essayer de savoir où il est. » lui promis-je ensuite en la serrant dans mes bras. Je récupérai mon téléphone dans ma poche, mais comme de bien entendu, il ne répondit pas, sentant le coup venir à des kilomètres. « Je n’arrive pas à le joindre. Je vais lui envoyer un message. Qu’est-ce que tu veux que je lui dise ? Pour qu’il ne se doute pas que ça vienne de toi… » J’obéis sans discuter, ajoutant tout de même les sobriquets que je lui prêtais. « Je suis désolée. Jez. Je vais rester près de toi le plus longtemps possible, en espérant qu’il rentre dans sur l’entre-fait. En attendant, je vais t’apprendre à jouer à la Scopa. On adore tous ce jeu… » Je l’étreignis une dernière fois avant de lui expliquer les règles d’un jeu qui ne l’intéressait pas. Elle était si triste que se concentrer nécessitait de l’énergie qu’elle n’avait plus. Je persistai cependant à lui changer les idées du mieux que je pouvais, regrettant de ne pas pouvoir lui proposer de lui offrir un nouvel ordinateur. Ternir ma relation avec mon frère serait un mauvais plan. Mon petit doigt me dictait qu’elle nous serait encore utile.  


***


Je n’en voulais pas à Jez qu’elle oublie notre petit rendez-vous dans ma nouvelle maison – superbe de surcroît – pour m’aider à défaire mes valises. Si elle avait oublié, c’était bon signe. Ça signifiait que mon frère l’avait accaparée et que mon instinct s’était trompé, que l’incident qui détruit l’ordinateur de la Salvadorienne n’avait pas provoqué une période de vache maigre sans précédent. Autant dire que je fus déçue de constater que mon entrain à mon retour de lune de miel l’inondait au sens propre du terme. L’appartement était mal aéré et peu éclairé. Elle avait pris du poids sur un mois. Elle le portait bien, mais ça ne lui ressemblait pas. « Oh, ce n’est pas grave. Je me suis inquiétée, donc je suis venue voir ce qui se passait. Ne te tracasse pas.  C’était un super voyage. » Hormis une dispute ou l’autre engendrée par l’insistance de Teresa à nous pourrir l’existence et autres incidents que je lui raconterai lorsqu’elle sera tout à fait avec moi. Son œil hagard et brillant présumait qu’elle avait picolé. Les effluves de Tequila qui se dégageaient d’elle le vérifièrent. Qu’est-ce qu’il lui arrivait exactement ? « Je t’ai ramené quelque chose, mais je n’ai pas encore eu le temps de vider toutes mes valises. Ça me donnera une bonne idée de repasser cela dit. Et le bébé est en pleine forme. On devrait connaître le sexe bientôt. Je suis excitée. Mon père a moins apprécié quand il est venu à l’aéroport nous chercher, mais ça ne dura pas. Après avoir accusé le coup et le temps de faire semblant que ça n’existait pas avant, il avait l’air plutôt content. Et, je veux bien un verre d’eau, si tu en as. Et ton frère, il est en pleine forme. »

Mon hôte disparaissant dans la cuisine, je jetai un œil inquisiteur autour de moi et il ne me fallut pas longtemps pour être irrémédiablement attiré par un amas de papiers traînant sur la table basse du salon à proximité de son ordinateur flambant neuf. « D’où tu sors ce PC ? C’est Gaby qui te l’a offert ? » hurlais-je afin qu’elle puisse m’entendre depuis la cuisine. « Et c’est qui cette fille, Jez ? » Je tournais les pages de son dossier le cœur battant en découvrant des photos de cette même pétasse avec mon frère. « Ce n’est pas ce que je crois. Ce sont de vieilles photos… » J’en doutais. Je reconnaissais New York. « Qu’est-ce qu’il fout avec cette pétasse ? Elle est moche en plus. Elle est même dégueulasse. » crachais-je mauvaise à souhait et décryptant les notes griffonnées ça et là. « Tu me dirais bien à quoi ça te sert d’engranger des infos sur elle si c’est pour la laisser te prendre ce qui t’appartient ? Tu le fais pourquoi ? Pour assouvir ce ta curiosité ? Parce que tu as l’impression qu’elle, elle est une vraie fille ? Ce n’est pas une fille, c’est une putain. Une vraie en plus. Tu ne vas pas la laisser t’humilier sans réagir. Il faut se bouger. » Je me précipitai vers la fenêtre et j’ouvris les volets, signe que nous entamions une nouvelle vie pour elle. « Jez… tu as entendu ce que je viens de te dire ? Faut passer à l’offensive. À moins que ça ne te fasse strictement rien, mais dans ce cas, il faut m’expliquer pourquoi tu connais même son numéro de compte bancaire et que tu ne l’as pas encore vidé. » Réalisant que j’étais sur la voie de l’oppression et de la persécution, je soupirai pour mesurer mon émotion, je tirai sur une chaise et m’assis pour repartir à zéro. « Qu’est-ce que tu fous, Jez ?  Et qu’est-ce que tu veux surtout ? C’est par là que j’aurais dû commencer, qu’est-ce que tu veux, toi ? »






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Jezabel Gambino
Jezabel Gambino
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MessageCloser  EmptyMar 27 Sep - 21:02





I'm here to be closer
ft Cin


EPersonne n’avait rien osé dire à Mani, elle ne savait pas trop pourquoi mais elle appréciait le geste. C’était déjà suffisamment compliqué pour elle d’avoir une vie sexuelle, elle ne tenait pas à ce que tout le monde sache que parfois, elle pouvait occuper son temps libre de cette façon. Moins il y avait de gens au courant, mieux elle le vivrait. C’était une forme de pudeur comme une autre et sans doute les restes de son côté très enfantin qui ressortait. Pour le moment, elle tentait encore de gérer certains paramètres de sa vie à deux et si à tout cela s’ajoutait une pression extérieure, elle n’était pas bien sûre que ça tournerait bien. Surtout que pour le moment, leur vie sexuelle ressemblait à un tour de train sur les montagnes russes et si elle ne s’était pas inquiétée au début, ça commençait doucement à la faire paniquer. Ce n’était pas normal ! Un homme de son âge et dans sa condition physique devait être beaucoup plus actif que ça, elle se souvenait parfaitement ce que ça donnait chez ses frères au Salvador et une chose était sûre, c’était bien plus régulier que ce qui se passait entre eux. Objectivement, il n’existait pas des milliers d’explications à cette absence de rapprochements. Elle ne le satisfaisait pas et il s’était lassé de la nouveauté. Son expérience était inexistante et forcément, le côté répétitif de leurs ébats n’avait rien de très engageant. Ca la rendait malade ! Pour la gamine, le simple fait de se mettre nue devant un homme et de l’autoriser à lui faire toutes ces choses était un pas de géant et une preuve de confiance gigantesque mais pour le commun des mortels, cela relevait de l’anecdotique. Elle se sentait terriblement conne et ne sachant trop comment régler la situation, elle essayait de trouver des réponses là où elle en chercha de prime abord : dans ces films pornos qui faisaient passer leurs rapports pour de la gnognotte. Les femmes y faisaient des choses répugnantes et subissaient tout du long, elle n’était pas certaine d’être prête à faire ça, même pour lui. Elle n’était même pas sûre de savoir comment s’y prendre et chaque fois qu’elle avait tenté d’initier quelque chose, ça s’était soldé par une magnifique esquive de son partenaire. Peut-être que le message avait été trop subtile, peut-être que les signes avaient été mal interprétés, toujours était-il qu’ils avaient déjà l’air d’un vieux couple et qu’entre ça et leurs disputes de plus en plus fréquentes, ça ne sentait pas très bon pour la suite.

La suite lui donna raison et cette histoire d’ordinateur lui mit un sacré coup au moral. Elle pouvait sentir qu’il s’agissait du début de la fin. Plutôt que de se résigner, elle paniqua et décida d’appeler des renforts. Elle ne voulait pas que ça se termine, elle avait besoin de ça, elle avait besoin de lui. Bientôt, quand elle aurait un accès de lucidité, elle se ferait pitié de croire qu’une dépendance à un homme pouvait rendre sa vie un peu moins merdique, c’était justement à cause de lui qu’elle se retrouvait dans cette putain de situation. Jezabel expliqua à sa belle-sœur que Juan était un ami de la rue, un type qui l’avait toujours couverte et qui avait pris un nombre incalculable de balles pour elle. Un vrai frère. « Jaloux de quoi ? Je ne comprends pas ! Je ne comprends pas la jalousie ! Pourquoi être jaloux alors que tu possèdes déjà quelque chose ?! » s’étonna-t-elle, dans son petit monde à la logique particulière, ça ne faisait pas sens. Que voulait-il de plus ? Il avait déjà tout d’elle, absolument tout ! Jaloux de quoi ? Pourquoi ? De qui ? C’était tellement bizarre ! Et à vrai dire, elle peinait à croire qu’il puisse tenir à elle d’une quelconque façon, sinon, il donnerait moins l’impression que son contact le gênait. « Je ne suis pas comme ça, jalouse… Pour quoi faire ? Je ne vais pas perdre mon temps et mon énergie. S’il ne trouve pas ce qui le comble avec moi, qu’il aille en voir d’autres je peux le comprendre. Je suis débutante, ça peut vite devenir fatiguant. » De son côté, elle ne considérait pas qu’elle pouvait s’autoriser la réciproque, pour la simple et bonne raison que ça ne l’intéressait pas, pourquoi s’encombrer d’un autre homme quand on avait un mari, deux frères, un cousin et des gardes du corps ? POURQUOI ? C’était se faire chier pour rien ! « Je suis seulement réaliste, Cinzia. Ce n’est pas grave, c’est comme ça ! » expliqua-t-il avec un brin de fatalisme en haussant les épaules. « Mon frère est venu te chercher, non ? Vos disputes font du bien, pas vrai ? Parce qu’il te parle, que vous discutez et ça va mieux. C’est pas comme ça avec Gaby, il esquive les conversations et fait semblant de rien et puis la situation se dégrade. L’attrait de la nouveauté est passé, il est lassé. Faut que je m’y fasse ! » Il fallait se détacher de lui, prendre du recul et se blinder pour ne pas souffrir et ne plus ressentir ce nœud autour de son cœur chaque fois qu’elle affrontait la vérité. « C’est toi, ou Lyla ! Une femme quoi, qui sait séduire et faire des trucs de filles comme se maquiller, se coiffer ou je ne sais pas ! Qui sait voir des choses que je ne vois pas, même si j’essaie ! » Tout ça la faisait souffrir, il suffisait de prêter attention à sa voix qui avait tendance à trembloter sur les fins de phrases. Elle essaya de l’appeler et il ne décrocha pas, ce qui la plongea dans une certaine détresse et elle fit le minimum syndical pour le message à lui envoyer, se demandant si ça en valait vraiment la peine avant de s’asseoir par terre autour de la table basse pour essayer d’enregistrer les règles d’un jeu dont elle avait déjà oublié le nom alors qu’une part d’elle lui rappelait que son mariage n’aurait pas fait long feu.


***


Les choses partirent en couille à la vitesse de la lumière si bien qu’elle ne vit pas le temps passer et fut surprise que Cinzia soit déjà rentrée de Lune de Miel. Elle fit de son mieux pour reprendre ses esprits et avoir l’air en pleine forme mais comprit bien vite que ce ne serait pas utile de dissimuler ce qui ne pouvait l’être. « Tu as trouvé que c’était comment le Costa Rica ? » demanda-t-elle avec intérêt, ça lui donnerait l’impression d’y être allée, elle aussi, elle qui se languissait de l’Amérique latine comme personne. « Ah oui, vraiment ? Tu m’appelleras quand tu sauras ? Je suis pressée de découvrir si ce sera une fille ou un garçon ! Je suis contente d’être tata ! » Elle l’était déjà et adorait ses neveux et nièces mais les enfants de Mani auraient une place toute particulière dans son cœur, pour bien des raisons. « Tout le monde va se concentrer sur la finalité de tout ça, le bébé et tant mieux ! » constata-t-elle en sortant un verre pour lui servir de l’eau, se sentant un peu revigorée par cette conversation qui ne lui demandait aucun effort, pour changer. L’anglais, surtout quand elle avait bu, ce qui était le cas tous les jours maintenant, c’était très laborieux. « Non, Lucky ! » l’informa-t-elle, se disant qu’elle n’avait rien à lui cacher et que si elle voulait en apprendre davantage, elle lui dirait tout. Ce n’était pas un secret d’état de toute façon. L’autre question la poussa à se précipiter dans le salon avec le verre d’eau à la main dont le contenu se renversa un peu sur le sol. « Qu’est-ce que tu veux que je fasse, Cinzia ? Il l’a choisie, l’a fait venir ici avec son fils, je ne sais même pas s’il est de lui ou pas ! Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Il ne m’appartient pas, on l’a obligé à m’épouser ! J’ai piraté son compte, je lui ai pris des rendez-vous avec des clients en donnant son adresse, j’ai débité son compte pour des tas de trucs et j’ai piraté ses comptes professionnels pour lui rajouter des compétences. » exposa-t-elle avec un petit sourire en pensant aux mentions partouze, scatophilie et golden shower. Merci les pornos ! La brunette finit par poser le verre de son invitée devant elle et s’installa sur la chaise en face d’elle. Elle haussa les épaules en guise de réponse, il n’y avait rien à faire. « Qu’il soit heureux ! Il a l’air heureux sur ces photos, tu ne trouves pas et le peu de fois où j’ai eu accès à la webcam de son ordi à elle, ils avaient l’air plus qu’heureux. Je ne vais pas me battre, Cinzia ! Le message est clair, il est là où il se sent le mieux, c’est tout. On ne s’est pas choisis, c’était le risque ! Allez, te rends pas malade pour moi, je n’en vaux pas la peine, raconte-moi ce que tu as vu pendant ta Lune de Miel et je ne parle pas de mon frère à poil ! » Sujet clos, pas de solution à un problème qui n’était qu’une conséquence logique de ce merdier imposé par leurs pères. Gain d’énergie et de temps.


***


Elles se retrouvaient plusieurs fois par semaine chez Jez ou bien dans le Bronx pour travailler sur les articles de Cinzia, enquêter sur place, dehors, c’était toujours plus compliqué mais Cinzia ne désespérait pas de pouvoir l’embarquer et lui donner à nouveau envie de sortir. C’était sans doute pour ça qu’elle tenta de l’appeler sans succès alors que Jez était étendue sur le sol, baignant dans son vomi depuis un moment déjà. Une belle façon de crever, c’était bien la peine d’avoir enfilé des vêtements corrects pour finalement terminer comme une pochtronne ! Gaby avait fait un retour fracassant et en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, il l’avait convaincue que ça ne valait même plus la peine de continuer à respirer. Donner autant de pouvoir à quelqu’un qui ne savait pas ce qu’il avait entre les mains, c’était du suicide. Sans Cinzia et son inquiétude dévorante, elle serait morte et si elle lui en voulut une fraction de seconde, ça ne dura pas. Elle fut là tous les jours pendant son hospitalisation et fut là après sa sortie, passant pour s’assurer que tout allait bien. Gaby avait tenu peu de temps avec elle, sans doute impatient de retrouver ses bonnes vieilles habitudes avec sa putain et abandonnant sa femme au passage, lui offrant sur un plateau l’opportunité de ne pas se louper cette fois. Quand Cinzia débarqua ce midi-là, ça faisait des heures qu’elle observait sa bouteille pleine et son verre, tentant de résister de son mieux à la tentation alors qu’il y avait plus de raisons pour l’ouvrir que contre. « Salut Cin ! » dit-elle alors qu’elle entrait dans le salon. Elle avait désormais son propre trousseau, juste au cas où. « Ca va, je vais bien ! » dit-elle en posant enfin les yeux sur elle. « C’est quand ton rendez-vous chez le gynéco déjà ? » La sicilienne lui demanda où était Gaby et immédiatement, elle posa de nouveau ses prunelles sur la bouteille. « Parti. Chez l’autre ! » Ses yeux s’emplirent de larmes et avant même qu’elle ne réalise ce qu’il se passait, elle sanglotait comme une enfant de deux ans. « Je ne veux plus vivre comme ça, Cinzia ! Je veux rentrer chez moi ! » Elle resserra sa couverture autour d’elle, se laissant tomber dans le canapé qui faisait office de lit, de bureau et de tout un tas d’autres trucs depuis que la situation déraillait. « Il me déteste ! Je ne le supporte pas, qu’il me déteste comme ça ! J’ai tout fait pour lui et il me déteste ! Je lui ai dit qu’il pouvait aller voir d’autres filles pas qu’il devait faire sa vie avec une autre ! Je vais finir par la tuer, Cinzia ! Je vais l’attendre en bas de chez elle et la tuer ! Comment il peut me faire une chose pareille, avec une pute ! Comment je suis supposée le prendre ? Y a des milliers de pétasses et il prend une pute ! Et moi je suis là, à boire, boire et boire, à pleurer sur lui qui s’en fout ! Je me déteste encore plus que je le déteste ! » lâcha-t-elle entre ses sanglots, laissant échapper un flot contradictoire de sentiments qui ne demandait qu’à s’échapper depuis si longtemps déjà. « Je veux qu’il rentre ! J’ai besoin qu’il rentre ! J’ai que lui Cinzia ! J’ai tout perdu, si je le perds lui aussi, c’est fini ! »







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Cinzia Herrera
Cinzia Herrera
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Siamo liberi ma anche prigionieri  
ft Jez


C’était de loin la question la plus improbable et la plus effarante qui soit pour quelqu’un comme moi. La jalousie était inhérente à ma personnalité. Elle n’avait d’égale que celle de Mani, quoi qu’à bien y réfléchir, il me dépassait d’une bonne longueur d’avance. Il ne représentait pas mon monde à lui seul uniquement parce que je suis raide dingue de lui. Non ! Il l’avait surtout décidé et donc mit tout en œuvre pour que je lui tourne autour. Quiconque bénéficiait d’un peu de mon temps, temps que je n’étais plus en mesure de lui accorder, était savamment chassé de mon entourage. Homme, femme, chat ou chien, il ne faisait aucune distinction de sexe ou de genre. Alors, pourquoi n’en serait-il pas de même pour Gaby ? Parce que sa jeune compagne le présumait moins amoureux que le contraire, elle qui refusait d’admettre l’évidence ? Parce que ce mariage n’est pas de leur fait ? Je connaissais Gaby. Il était possessif, comme tout le gars du milieu. Leur réputation dépendait des agissements de leur épouse et tout contrôler est pour eux l’assurance de se maintenir en vie et qu’elles sont, à cause de la promiscuité, témoin de leur faiblesse, de leur victoire ou de leur échec. « Jez, posséder n’est pas suffisant, parce que ce n’est pas une fin en soi. Rien n’est jamais acquis. Le vol, ça existe et crois-moi, les voleurs courent les rues. Certains s’en prennent à ton temps, à ton intégrité… en bref, à ton bonheur. La jalousie, ça sert à préserver ce que tu ne veux surtout pas qu’on te prenne sans ton autorisation.  C’est tout sauf une perte de temps. C’est un excellent baromètre pour savoir où se situe ton couple sur l’échelle de la passion. Le jour où je n’aurai plus envie d’arracher les yeux à toutes ces pétasses qui tournent autour de ton frère, c’est qu’on sera sur une mauvaise pente. Et tu veux que je te dise, c’est qu’ils ont beau s’en plaindre, la jalousie, ça les rassure. Comme la leur nous fait du bien. En plus de flatter, c’est comme crier je t’aime devant le monde entier. Tu ne vas quand même pas me dire que ça ne te ferait rien si Gaby allait voir ailleurs. Tu ne lui as pas conseillé un truc pareil, pas vrai ? » Erreur ! Si j’en croyais la suite de son explication bancale sur cette bizarrerie dans sa vision du couple, elle l’avait donnée à la première pétasse venue.

Gaby, Mani, Lucky partageaient un point commun : le charme. Ils plaisent aux femmes sans avoir à prononcer le moindre mot. J’en étais la preuve vivante, un sourire de mon mari et j’étais chipée. Si ça fonctionna sur moi, pourquoi pas sur les autres ? Elles se pressaient au portillon. Ce n’était pas de la prétention. Au contraire. C’était si fatigant pour Lyla et moi de ne pas sombrer dans la paranoïa depuis Los Angeles. J’aurais largement préféré que mon époux attire moins le regard des prédatrices aux dents longues qui rêveraient d’être culbutée par mon homme, le mien, impressionnées par son physique ravageur. Je n’osais même pas imaginer ce que ça aurait donné si, du fait de mon inexpérience, je lui avais conseillé de s’enrouler dans des draps diférents des nôtres. « Non, Jez, ce n’est pas comme ça que ça marche. Comment veux-tu en acquérir si tu l’envoies ailleurs ? Tu ne crois pas qu’il y a déjà assez de gonzesses à l’affût prêtes à bondir pour récupérer ce que tu as ? Pour te voler ce qui est à toi ? Parce que, ce que je comprends de ce que tu me dis, c’est que tu le pousses dans les bras d’une autre, et ça, ça, c’était une mauvaise idée.» l’avertis-je en manquant de tomber de ma chaise alors que l’expression de son visage en disait long. « Tu sais pourquoi nos disputes nous font parfois du bien ? Ce n’est pas seulement parce qu’on communique, c’est parce qu’on a passé le stade où on se voile la face par rapport à nos sentiments. Pas vous ! Et c’est de là que découle tous vos problèmes, pas de toi qui n’es pas une femme comme tu l’entends ou de lui qui n’est pas très loquace, bien que je te reconnais volontiers que ce n’est pas toujours facile de discuter avec lui. Mais, c’est un homme et celui-là, il est passé maître dans l’art du sous-entendu depuis un sacré bout de temps. Tu veux un conseil ? Apprends à les déchiffrer et vous irez beaucoup mieux. Par exemple, quand il te dit : il y a plus de mouchoirs, ce n’est pas seulement une constatation, ça veut dire qu’il t’invite à en racheter rapidement. Tu me suis ? » Difficilement. Je reconnaissais le regard typiquement Herrera qui signifiait : tu causes trop, nous sommes perdus. Elle me rappela Mani, une fois de plus et je lui souris, l’embrassant sur le front. « Je repasserai. Mais, essaie de cogiter tout ça et de trouver une solution avant que ça ne saute au visage comme de la dynamite. »


***


Jez buvait trop. Elle sortait peu et vivait en autarcie avec sa console et sa Tequila. Tous les signes avant-coureurs ce la dépression et de l’addiction étaient réunis, mais que pouvais-je faire ? Tant qu’elle ne réaliserait pas son mal et n’accepterait pas sa douleur, je serais définitivement impuissante. Mes conseils ne percutant pas, je me contentais donc d’être là, à faire le récit de mon voyage de noces, à lui rapporter des nouvelles de son frère, en veillant à ne pas lui jeter mon bonheur en pleine figure. Son destin aurait pu être le mien. Je me sentais presque coupable d’être passée entre les mailles du filet, plus encore que Lucky, réputé pour son caractère intéressé, était lui aussi concerné par le sort de Jezabel. « Lucky, Luciano ? Mon frère ? Le mari de Lyla ? Ce Lucky là ? C’est surprenant ? » J’avais peine à le croire, mais c’était ma journée apparemment. Les clichés que j’avais sous les yeux m’horrifiaient autant qu’elles ne rendaient Jezabel nerveuse. « Son fils ?! Ce n’est pas son fils ! Si Gaby avait un fils, je le saurais. » Je balançai le paquet de photos sur la table, écoeurée et en colère. « Te battre Jez, qu’est-ce que tu veux faire d’autres ? Tu lui appartiens, il l’a démontré. Pourquoi l’inverse ne serait pas vrai ? Moi, de ce que j vois, c’est que tu l’as jeté dans les bras d’une autre, que tu ne sais pas comment réparer et que tu préfères jouer les filles que ça ne touche plutôt que de l’admettre, mais je vois claire dans ton jeu, Jez. Alors, sors-toi les doits du cul et fais-moi le plaisir d’aller récupérer ce qui est à toi. Qui a la bague au doigt ? Hein ? Qui s’appelle Gambino dans cette pièce ? Non, mais parce que moi, je n’en vois pas trente-six là, tout de suite. Quand ça va te revenir au visage, tu vas tomber de haut. À moins que je ne me sois trompée sur toi ? Je croyais que tu étais une battante, mais j’ai dû faire erreur… tu préfères laisser à l’ennemi la possibilité d’empiéter sur ton territoire, c’est ton choix, je ne savais pas que tu avais moins peur d’une machette que d’une pute, sans cervelle, moche et… » Je m’agitais en tous sens, mais c’était vain ! Elle n’en avait pas envie. Elle ne s’en sentait pas la force et j’en soupirai par dépit. « Tu vaux mieux que cette vie-là. Tu mérites d’être heureuse, je pensais que tu le savais et que tu ferais en sorte d’avoir au moins ça. Ce n’est pas grave. Si tu ne veux pas en parler, parlons du Costa Rica…c’est tout aussi bien comme ça. » J’évitai les sujets comme Teresa, Lupe et Paco en lui contant mon histoire sans grand enthousiasme comparé à la réussite de ce voyage. J’étais inquiète, angoissée et je m’en voulais. Je m’en voulais d’avoir promis à mon mari que je n’irai pas toucher deux mots à Gabriele de son comportement. Il méritait qu’on lui apprenne à respecter son épouse à grands coups de clé à molette sur le crâne et je ressentais une telle envie de m’en charger moi-même que ça m’empêchait parfois de respirer librement.

Cet oppressant besoin s’accentua lorsque je trouvai Jezabel inconsciente au milieu de son salon, baignant dans sa pisse et sans son vomi. Un coma éthylique. Les bouteilles vides en témoignaient. D’après mes maigres connaissances en médecine, elle n’en mourrait pas. J’étais arrivée à temps. J’appelai cependant les secours, alarmés, mais assez calme pour profiter du délai d'attente pour me débattre avec le corps inanimé pour sauver sa dignité. Je la changeai et je la débarbouillai jusqu’au bout de mes forces. Il était hors de question que la honte se aggrave son état lamentable. Elle me donnait de plus en plus souvent l’impression qu’elle se détestait. Moi, qui l’adorais comme une sœur, je la préservais au mieux de tracas supplémentaire en évitant Gabriele au maximum. Si j’interviens, ce fut par le bien de Mani que je suppliai de ramener mon jumeau à la raison. Qu’importe qu’il soit forcé de lui botter les fesses ou de buter sa gonzesse. Ce n’était pas mon problème. Je voulais et j’exigeais qu’il rentre. Il le fit de bonne grâce. Il parlait également, certes, peu, mais c’était déjà un début. À la sortie d’hôpital de Jez, il reprit sa place au côté de son épouse, quelques jours tout au plus. Je sus exactement le moment où il déserta à nouveau, car elle était assise à la table de la cuisine, un verre vide sous les yeux et une bouteille qui l’hypnotisait. Cette détresse, elle la ressentait depuis longtemps, mais jamais elle ne fut aussi tangible. Jamais elle ne l’exprima par des larmes et, en mon for intérieur, à défaut d’être ravie qu’elle pleure, je me dis que ce n’était pas une mauvaise chose. Je l’encourageai d’ailleurs. Installée à côté d’elle, mes bras enroulés autour de son épaule, je lui conseillais de se débarrasser de sa colère et de sa frustration. Elle avait besoin de sentiments plus nobles et de croire en elle. « Très bien ! Alors, première chose, ça, c’est terminé. » Je cachai la Tequila dans mon sac. « Ensuite, tu vas aller prendre une douche pendant que j’allume ton PC et que je te prépare des fringues. On sort, faire les boutiques, mais avant ça, je veux savoir quand il a prévu de sortir avec elle et surtout où. Tu peux pirater son téléphone pour avoir cette information ? » Évidemment ! C’était un génie de l’informatique. « Pendant que tu seras seule, je veux aussi que tu te répètes que ta féminité, ce n’est pas une honte. Ce n’est pas une faiblesse, mais une arme redoutable. Entre-toi ça dans le crâne, parce que c’est le moment de me faire confiance. » Trente minutes plus tard, nous étions dans une boutique au cœur de Manhattan, de loin ma préférée avant que je ne ressemble à un ballon de baudruche.

« Tu veux connaître la dernière nouvelle en date ? » m’enquis-je en fouillant les tringles de vêtements en quête d’une robe adéquate pour piéger mon frère. « C’est un petit garçon. J’aurais été contente avec une petite fille, mais un garçon…c’est… » Mon but, c’était d’accrocher un sourire sur ses lèvres et ça ne manqua pas. « Que dirais-tu de celle-là ? Ou ça ? Ne grimace pas, Jez. On a deux jours pour peaufiner ce plan de reconquête, mais il va falloir que t’y mettes du tien et que tu essaies. Elle est sobre, non ? Qu’est-ce que tu lui reproches ? » Toutes les excuses étaient bonnes pour que mon entreprise se casse la gueule et je soupçonnais que, si elle avait vraiment envie de le récupérer, elle partait déjà perdante, rattrapée par des certitudes à la con. « Écoute, ma puce, je mettrais ma main au feu que s’il est parti, ce n’est pas parce qu’il te déteste ou qu’il la préfère à toi. Il est parti parce que c’était plus facile pour lui de te fuir que d’être avec toi. Je sais de source sûre qu’il ne supporte pas l’idée que tu ne l’aimes pas alors que lui, il est amoureux de toi. Ne me demande pas comment je le sais, je ne parlerai pas, même sous la torture, mais tu peux me faire confiance. Un geste de ta part, il reviendra en courant, mais il faut la jouer fine, ne pas se précipiter et ne pas donner à sa pétasse, que tu vas être amenée à rencontrer, l’impression que tu es toujours une enfant. Elle s’en servirait contre toi et on reviendrait à la case départ. Il ne faut pas non plus qu’elle croie que tu es une sauvage qui répond avec les poings à toutes les attaques. Ça ne marche pas en plus. J’ai déjà essayé et ça a fait pire que mieux. Alors, enfile-moi ça, et vite, parce qu’on a rendez-vous chez le coiffeur dans une heure. » Je la poussai dans la cabine et, tandis qu’elle passait la première tenue, je lui amenais encore et toujours plus. « Celle-là… Elle est magnifique. Tu es magnifique. Tu chausses du combien ? »  









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Jezabel Gambino
Jezabel Gambino
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MessageCloser  EmptyJeu 13 Oct - 18:23





I'm here to be closer
ft la hermana


Si elle avait bien tout saisi de l’argumentaire de Cinzia, elle aurait dû être jalouse, cela aurait été le meilleur moyen de rassurer son frère. Mais pour quoi faire ? Se donner de faux espoirs pour le voir partir malgré tout ? Non ! Elle avait opté pour la meilleure des options, celle qui le rendait heureux et lui permettait d’avoir ce qu’il désirait. Il y avait des tas de questions qu’elle refusait de se poser, comme savoir si elle était prête à se plier en quatre pour lui faire plaisir, ce qu’elle pourrait accepter pour qu’il se sente mieux, parce que les réponses la dérangeaient. Il n’était pas question de se fatiguer à faire des sacrifices dont il n’aurait cure, il n’était pas question de s’abîmer dans l’espoir. L’expérience ? Oui, en effet, il aurait pu lui en apprendre des choses et gonfler son expérience en prenant la peine de s’y intéresser deux minutes, mais il y avait toujours un problème, toujours une bonne raison de ne pas répondre à ses interrogations légitimes, qu’est-ce qu’elle devait faire ? Se battre contre des moulins à vent ? Dans quel but ? Elle n’en dit rien mais tout ce qui découla du discours de Cinzia lui donna l’impression qu’elle était l’unique responsable du naufrage de son mariage et elle en ressentit un pincement au cœur. Elle avait essayé, elle y avait mis tout son cœur et toute son âme mais était-ce sa faute s’il n’était pas fichu de s’exprimer clairement ? De dire non quand il le pensait et de dire pourquoi ? Au lieu de ça, il endossait le rôle du rabat-joie de service, lui faisant penser à son père et la rendant excessivement agressive. Dans ces moments-là, il n’était plus question de chercher à comprendre ce qui lui prenait, ce qu’il avait à lui reprocher ou quel était le problème, elle fonçait tête baissée et faisait ce que bon lui semblait sans se soucier des conséquences. Mais qu’est-ce que signifiait un putain de refus sans explication ? Ca n’avait pas le moindre sens ! PAS LE MOINDRE ! Et on lui demandait de trouver la force et la foi de traduire la moindre de ses réponses ? D’interpréter ses regards et ses silences pour que tout aille mieux ? Bien sûr, parce qu’elle avait appris italien par la force de la volonté ! Personne ne lui avait refilé le manuel de décodage pour Gabriele et ce n’était pas avec ce genre de combine qu’elle s’en sortirait, la preuve, il finit par déserter l’appartement.



« Oui, j’en avais besoin pour lui rendre un service, pour les affaires, alors il me l’a offert. Ton frère a pété le mien, je ne peux pas travailler sans bon matériel. » expliqua-t-elle en haussant les épaules, ne voyant pas vraiment où se situait le problème. C’était un échange de bons procédés, il lui payait un ordinateur et elle veillait à ce que ce fils de pute souffre pour avoir osé reluquer Lyla dans le plus simple appareil, s’en vantant et cherchant en prime à en avoir plus. « Je ne l’ai jeté nulle part, Cinzia, il a choisi de partir ! Je lui ai proposé d’aller voir d’autres filles, pas une seule qu’il entretiendrait comme si c’était sa femme ! Mais si y a quelqu’un qui a besoin d’un putain de décodeur, c’est bien lui. Parce que quand t’es trop clair, il ne comprend rien ou ce qui l’arrange ! J’ai pas besoin qu’il revienne ici s’il n’y tient pas, il n’a qu’à profiter de sa pute et me foutre la paix ! Il a choisi, Cinzia ! » Elle redescendit aussi vite qu’elle était montée en pression, sentant qu’elle manquait de force. Gabriele ne lui appartenait pas, il n’était pas son territoire à défendre, c’était le type qu’on lui avait désigné pour sceller un accord, la seule raison pour laquelle il avait tenu à la revendiquer c’était pas fierté masculine, ce genre de trucs qu’elle peinait à saisir et qui leur procurait une entière satisfaction. Mais elle ne comptait pas, il suffisait de voir comme il avait l’air de s’épanouir avec cette autre, parfois, elle se demandait même s’il avait déjà eu l’air aussi heureux en sa compagnie. C’était douloureux mais vrai. « C’est comme ça, la vie ! » assura-t-elle avec un sourire triste avant de retrouver un peu d’enthousiasme en écoutant les mésaventures de sa belle-sœur et de son frère, tenant à voir les photos non censurées et à savoir tout ce qu’ils avaient fait et mangé. Elle n’éprouvait pas la moindre jalousie ou envie, elle les aimait tous les deux du fond de son cœur et se réjouissait de leur bonheur et de l’idée d’être tata, comme si c’était la première fois. Pourtant, ce ne fut pas suffisant pour qu’elle continue à s’accrocher après le dernier coup d’éclat de Gaby. Elle lâcha prise, se disant qu’ainsi, elle rendrait service à tout le monde. En se confrontant au regard paniqué de la sicilienne, elle s’en voulut et lui aurait volontiers présenté ses excuses si elle s’en était senti capable sans éprouver de la honte. Elle ne méritait pas son attention et son aide, encore moins celle de ses amis qu’elle avait laissé volontairement sur le carreau pour sombrer en silence et sans entraîner qui que ce soit dans sa chute. Sauf qu’on ne tombait jamais seul, jamais quand on était aimé. Faire du mal à Cinzia la rendait malade et si elle ne put formuler de véritables excuses en bonne et due forme, elle lui fit comprendre qu’elle s’en voulait, la remerciant autant de fois que ce fut nécessaire.



Cette crise de larmes paraissait inévitable, elle se prit son trop plein d’émotions en plein visage alors qu’elle réalisait en expliquant à Cinzia qu’il avait été de retour pour finalement abandonner. C’était pire encore que de ne plus essayer. Elle ne savait plus à quel saint se vouer. Heureusement, Cinzia avait plus d’un tour dans son sac, ce même sac dans lequel elle dissimula l’une de ses nombreuses bouteilles, espérant que ça changerait la donne mais pour ça, il était déjà trop tard. Elle obtint les informations dont elles avaient besoin, se demandant à quoi cela pourrait bien lui servir mais ne posa pas de questions, allant prendre une douche, enfilant des vêtements trop amples et tout sauf féminins pour partir en quête d’artefacts susceptibles de l’aider dans son projet de reconquête. « C’est vrai ? Un petit garçon ? C’est tellement cool ! Vous allez l’appeler Manuel ? Je suis tellement contente pour vous ! Je vais être tia Jez, j’ai tellement hâte ! » Ca l’enthousiasmait vachement plus que ces tenues que Cinzia lui proposaient et qui étaient soit vieillotes, soit courtes, soit bizarres, soit tout un tas de choses qui lui faisaient dire qu’elle aurait l’air terriblement fade à côté de l’autre blondasse. Elle n’aurait jamais l’air d’une femme, pas même avec tous les artifices du monde. « Il est amoureux de moi, tu crois ?! » Partir avec des certitudes, c’était tout de suite beaucoup plus facile que de se lancer dans l’inconnu sans filet. Depuis quand était-elle aussi peu sûre d’elle et craintive ? Ca ne lui ressemblait pas du tout. Pourtant, elle se plia aux essayages et elles dévalisèrent la boutique, embarquant robes et chaussures pour filer chez le coiffeur qui fit des miracles. Elle était parée à s’inviter à un dîner en tête à tête. L’opération avait fonctionné, il était de retour et n’avait plus l’intention de bouger désormais, à son plus grand soulagement. Dès le lendemain, elle passa un coup de fil à Cinzia pour le débrief alors que Gaby prenait sa douche. « Je suis entrée dans la salle de cinéma, comme une déesse et je l’ai embrassé, elle a voulu partir mais il l’a fait rasseoir. Et là, je me suis inspirée de ce que vous m’aviez dit, Lyla et toi. Bon, j’ai mal partout maintenant et j’ai peur de faire une connerie qui va le pousser à repartir mais j’ai gagné notre pari, tu me dois une boîte de beignets ! » claironna-t-elle alors que Gaby l’appelait pour qu’elle le rejoigne. « Je dois te laisser, je te rappelle tout à l’heure. » Ce fut le silence radio pendant des jours avant qu’elle ne débarque un beau matin, accompagnée d’un type bien en chair, des sacs de nourriture à ne plus savoir quoi en faire. « Je te présente Damien Duchamp, pâtissier français, il va venir cuisiner pour nous toute la journée. Montre lui la cuisine ! » Elle avait invité Lyla pour profiter de toutes ces bonnes choses mais elle déclina, épuisée par sa fin de grossesse. « C’était pour te remercier de ce que tu as fait pour moi et c’est de la part de Gaby aussi. Il aimerait bien venir discuter avec toi bientôt, il est triste que tu sois fâchée après lui. Je veux pas que vous vous disputiez à cause de moi, ça ne me plairait pas. Alors, comment ça se passe la grossesse, tout ça? »







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