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[FLASHBACK] Winter came as a load frozen down to the bone [Jasper]
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MessageSam 7 Mai - 20:47

Winter came as a load frozen down to the bone
I lived here half asleep


« Bon appétit et bonne soirée.
- Merci. »

Je récupère les poches plastiques et sors du restaurant indien. J'ai beau être dans la rue, l'odeur me parvient et j'ai beau manquer cruellement d'appétit depuis quelques temps, l'odeur est agréable, c'est indéniable. Je traîne un peu les pieds pour rentrer à l'appartement et si je traîne les pieds, c'est parce que l'heure du dîner approche : le dîner auquel Jasper et June sont conviés. C'était une idée de Jess. Elle m'a balancé ça de but en blanc un soir. Elle a estimé que ça faisait trop longtemps que Jasper et June n'étaient pas venus nous rendre visite et du coup, elle m'a soufflé l'idée d'organiser un dîner ou, plus exactement, elle m'a un peu forcé la main mais j'ai accepté parce que c'est Jasper, c'est June, que je les adore et que mon frère de cœur me manque. Le problème est que, même s'il me manque, ce n'est pas par hasard que j'ai pris mes distances : j'ai trop peur qu'il ne décèle les signes de mon addiction, tellement peur de ça... Et puis, plus le temps passe, moins j'ai envie de voir du monde. Je suis bien à la maison, devant la télé, ou dans ma chambre à lire un bouquin en écoutant de la musique. J'ai de plus en plus de mal à être entouré, même au boulot ça me le fait. Certains vous diraient que ce sont les effets secondaires de la drogue moi je me contente d'ignorer que c'est clairement ça. Je suis secouriste, je connais les effets dévastateurs mais quand on devient consommateur et dépendant, on porte des œillères et les miennes sont foutrement bien fixées. Lorsque j'arrive devant la porte de l'appartement, je reste là quelques instants avant de me décider à entrer à l'intérieur de l'appartement. Je referme la porte, pose mes clés, pose les sacs au sol avant de retirer ma veste. Puis, je récupère les sacs et en m'avançant, j'aperçois Jess qui termine de mettre la table et je m'arrête, observant la table avec des yeux écarquillés : c'est quoi tout ça ? Elle a même mis un peu décoration.

« Euh... C'est très joli mais... Pourquoi t'as fait tout ça ? » je lui demande.

Elle plisse les yeux et me fusille du regard en replaçant une serviette.

« Quoi ? Je te demande parce que rassure-moi, tu sais que c'est qu'un petit dîner entre amis hein ?
- Je sais papa mais j'avais envie de faire quelque chose de joli.
- J'ai cette vaisselle moi ?... »

Je m'approche, étonné de voir de telles assiettes que je me souvenais pas avoir.

« Oui, elles étaient dans le fond du placard pleines de poussière. »

Je secoue légèrement la tête en esquissant ceci dit un petit sourire puis je m'éloigne jusqu'à la cuisine et commence à défaire les sacs qui contiennent des plats du meilleur restaurant indien du coin. Jess ne tarde pas à me rejoindre.

« Même si ça sent super bon, je continue à croire qu'on aurait dû essayer de cuisiner un truc nous-mêmes pour une fois.
- Oh non, non, parce que ça aurait fini en drame et qu'on aurait été obligé de commander des pizzas à la dernière minute et ça aurait juré avec ta jolie décoration.
- Oui. Bon. C'est vrai.
- Donc, on va mettre tout cette bonne nourriture dans de jolis plats et on ne va même essayer de prétendre qu'on a fait ça nous-mêmes.
- De toute façon t'es tellement nul que Jasper te croirait pas.
- Merci beaucoup.
- C'est vrai, tu sais même pas faire cuir un œuf papa.
- Oui, je sais, mais tu pourrais ménager ton vieux père.
- Jamais ! »

Elle laisse échapper un petit rire et moi aussi. Ceci dit, mon sourire s'évapore rapidement tandis que je jette un coup d'oeil à l'horloge.

« Papa... T'énerve pas mais... »

Je tourne mon regard vers elle. Pourquoi me dit-elle ça ? Parce que j'ai tendance à m'énerver pour un rien, c'est vrai.

« Ce dîner a pas l'air de te faire plaisir.
- Hein ? Si. Bien sûr que ça me fait plaisir. Je suis content qu'ils viennent.
- Mais ? »

Je soupire.

« Mais je me suis tellement habitué à ce que plus personne ne vienne que ça me fait bizarre, c'est tout.
- Justement, il était temps qu'on fasse revenir du monde. C'est trop... Silencieux ici. »

Je l'observe en silence et me doute qu'elle a voulu dire « triste » mais qu'elle s'est reprise. Oui, cet appartement est triste et j'en suis responsable. Je déglutis.

« Tu peux finir de préparer s'il te plaît ? Je vais aller me changer. »

Elle m'adresse un sourire, vient prendre ma place, j'en profite pour déposer un bref baiser sur le haut de son crâne avant de filer jusqu'à ma chambre. Quand je suis tout seul, je porte des manches courtes. Quand Jess est là, je porte systématique un sweat-shirt mais pour le dîner, ne peux pas m'habiller comme ça même si c'est, comme je l'ai dit, un simple dîner entre amis. J'opte pour une chemise noire à manche longues, manière à cacher mes avants-bras et j'enfile mon jean et met mon éternel ceinture avec le chapeau de cow-boy. J'observe le résultat dans le miroir et ça ne me semble pas si mal. Je regarde l'heure : ils arrivent bientôt. Je m'approche de la porte, l'entrouvre doucement et tend l'oreille : Jess est toujours dans la cuisine visiblement. Je file donc m'enfermer dans la salle de bain et me prépare un rail. Trop de stress. Trop d'anxiété. Trop d'appréhension. Trop de tout ça et j'ai besoin de me détendre et c'est la seule chose qui soit capable de vraiment me détendre depuis un moment maintenant. Je m'assure qu'il ne reste aucune trace visible sur mon visage, range ma trousse dans sa planque derrière le meuble de la salle de bain et je sors de là empreint de plus d'assurance. Je sais que bientôt je vais sentir les effets, je sais que je vais me sentir bien, que mes amis verront un Daniel qui s'en sort plutôt bien et c'est le but.

« Un simple dîner entre amis et tu sors la belle chemise noire ? » me lance Jess quand je la rejoins.

Je hausse les épaules, esquisse un sourire juste avant que la sonnette ne retentisse. Je jette un regard vers la porte et mon cœur pourrait se mettre à battre comme un dingue à cause de l'appréhension mais je me sens bien. Je m'approche donc de la porte d'un pas décidé et ouvre pour me retrouver nez à nez avec mon ami et sa compagne enceinte jusqu'au cou : huit mois, c'est être enceinte jusqu'au cou. Je les accueille avec un sourire, et les fait rentrer. Jess aussi les accueille avec un sourire et quand June fait une remarque sur la bonne odeur, je lui adresse un large sourire.

« On mange indien. J'ai pas osé tenter la cuisine moi-même. »

Parce que tous ici savent comment ça se serait terminé. L'ambiance est légère, c'est bien.

On va passer une bonne soirée.


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MessageDim 8 Mai - 11:10

into the dark
Winter came as a load frozen down to the bone


- Qu’est-ce que je mets alors ? se désole June, faisant la moue.
- Mais n’importe quoi, ça sera très bien, pourquoi tu t’prends la tête ?
- Parce qu’on est pas tous des hommes des cavernes, Jasper ! J’ai envie d’être jolie, c’est pas compliqué ! Jessica va encore être sublime sans faire le moindre effort et moi…
- Woh ! Temps mort ! Tu…tu t’compares à une gamine de dix-huit piges ? June, allons ! T'es bête ou tu l'fais exprès ?
Et forcément, elle se met à pleurer et quitte la pièce en me criant que je ne comprends jamais rien. Je pousse un soupir, passant une main dans cheveux et la laissant s’attarder dans ma nuque. Je la fais d’ailleurs craquer avant de me résigner à affronter ma petite amie, enceinte jusqu’aux yeux. Yeux qui sont trop souvent à mon goût emplis de larmes. June a toujours été une jeune femme émotive mais depuis que ses hormones sont entrés en ébullition à cause de la grossesse : elle est tout bonnement insupportable.
- June, pardon, j’voulais pas être méchant.
Mais si tu pouvais arrêter d’être aussi chiante, franchement, ça m’arrangerait…
Je la retrouve en sous vêtements, installée sur notre lit au milieu de toutes les tenues pour femmes enceintes qu’elle a sorties de son placard. Je viens m’agenouiller devant elle et attrape ses mains dans les miennes et dépose un baiser sur chacun de ses doigts. Elle finit par glousser et retirer ses mains, reniflant peu discrètement.
- C’est moi qui suis désolée. Je suis une horrible baleine qui chante tout le temps, plaisante-t-elle en essuyant ses yeux rougis de ses paumes. Pfff… J’en ai marre. Je voudrai qu’Elle soit déjà là. Neuf mois, c’est trop long.
Elle caresse son ventre, un doux sourire apparaissant sur son visage.
- Mets la robe grise. Celle avec le col. Elle est classe.
- Pas la rouge ?
- Non, pas la rouge. La grise. Avec tes bottines sexy.
- Qu’est-ce qu’elles ont de sexy ? ricane-t-elle en gardant une main sur son ventre, caressant ma joue de l’autre.    
- J’en sais rien, j’trouve juste qu’elles le sont sur toi, je lui souris en venant l’embrasser, le faisant basculer sur le lit et grimpant au-dessus d’elle, m’assurant de ne pas toucher son ventre.
Pas pour ne pas lui faire le moindre mal mais parce que… Eh bien parce que j’ai encore du mal avec l’idée de devenir père. Je ne veux pas avoir grand chose à faire avec cet être qui n’en finit pas de grandir dans le ventre de June…  
- Si on annulait ? je lui demande entre deux baisers, une de mes mains se glissant sous son soutien-gorge.
- Tu plaisantes ? Tu te plaignais encore l’autre fois de ne plus jamais voir Daniel…
- Ben j’le verrai à la caserne bientôt… S’il a pas encore changé ses horaires…

Et voilà. Je viens de casser mon délire tout seul. June a raison : j’ai envie de le voir. J’ai l’impression de plus en plus désagréable que mon meilleur ami m’évite. Alors qu’avant mon accident, nos emplois du temps coïncidaient presque toujours, depuis un moment, ce n’est plus le cas. IL avait l’air de s’en plaindre mais, quand j’ai tenté d’amadouer la secrétaire pour qu’elle arrange nos plannings, elle m’a appris que c’était lui qui avait fait cette demande de changement… Il faut que j’y aille. Je ne sais pas trop à quel moment j’aborderai ce sujet avec lui, mais je trouverai bien un créneau.  
- On va le voir ce soir. Point. De toute façon, il faut qu’on lui demande, enchaine June en me repoussant gentiment pour que je me relève. Ce que je fais, avant de lui tendre la main pour les aider, elle et son gros ventre, à se rassoir. J’ai déjà demandé à Alice, il ne reste que Daniel.
- Et s’il refuse ? S’il a pas envie ?
- Pas envie ? On parle du même Daniel ? Bon allez, arrête de dire des bêtises et aide ta grosse copine à finir de se préparer.

J’obtempère et dans la demi-heure qui suit, nous atteignons finalement l’immeuble de mon ami. J’aide June à descendre de voiture et la laisse se pendre à mon bras pendant que nous grimpons jusqu’au bon appartement.
- On aurait peut-être dû proposer d’apporter le dessert, tu crois pas ?
- Mais non. Puis on a déjà les fleurs, c’est bien, je la rassure, lui montrant le bouquet que ma petite amie a elle-même choisi.
Elle réajuste ensuite le col de ma chemise (qu’elle m’a obligé à porter, sinon je serai en jean et teeshirt) et je sonne à la porte en vitesse, craignant de la voir ensuite s’attaquer à mes cheveux. Daniel ne tarde pas à venir nous ouvrir, nous saluant avec un large sourire qui me fait un effet bizarre. Parce qu’il ne va pas avec son regard. C’est le cas de plus en plus souvent et ça me chiffonne. Mais je ne vais pas commencer à me plaindre… Je le salue donc en retour, souriant moi aussi pour donner le change, et nous pénétrons dans l’appartement.    
- Ca sent bon. Qu’est-ce que vous nous avez mijoté ?
- On mange indien. J'ai pas osé tenter la cuisine moi-même.
- Oh… Super, lance June qui déchante un peu.
Depuis qu’elle est enceinte, elle est encore plus chiante que moi sur son régime alimentaire… Je ne doute pas que dans une poignée de seconde, elle soit dans la cuisine en train de vérifier le contenu de ce qui sera son assiette. Avec ma veine, quand elle constatera qu’elle ne peut pas avaler certains aliments : elle va se sentir coupable et se mettre à pleurer.
L’arrivée de Jess à nos côtés me sort un peu de mes ruminations et, après qu’elle ait chaleureusement salué ma petite amie, elle se tourne vers moi et me saute dans les bras. Je lui rends son étreinte bien volontiers, avant de lui offrir les fleurs. Elle propose d’aller les mettre dans un vase immédiatement et elle et June s’éclipsent, me laissant seul avec Daniel.  

Je me tourne vers lui, continuant de me forcer à sourire, ne sachant pas trop sur quel pied danser. Je décide de commencer par un peu d’humour.
- Ca te dirait de dépanner un frère ? Balance lui deux ou trois compliments pendant la soirée. Elle est en phase "Je suis une baleine et personne ne peut m’aimer", je lui confie en jetant un coup d’œil prudent vers l’endroit où on disparu les filles, pour m’assurer que June en m’entende pas. C'est fatiguant... Et toi ça va ? T’as l’air…
L’air quoi ? En forme ? Non, il n’a pas l’air en forme. Je trouve qu’il a perdu du poids ces temps-ci.  
- …de bonne humeur. Tu nous sers quelque chose ? J'pense qu'elles en ont pour un petit moment.

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MessageDim 8 Mai - 13:26

Winter came as a load frozen down to the bone
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Quand j'annonce que nous mangeons indien, June n'a pas l'air particulièrement enchantée. Elle ne se met non plus à tirer une tête de dix pieds de longs mais disons que je perçois qu'elle n'est pas ravie. Ceci dit, cela ne me vexe pas parce que je peux comprendre et pour cause : j'ai vécu les deux grossesses de mon ex femme et je sais à quel point ça pouvait être compliqué entre les envies, les dégoûts, les hormones... Si elle est passée par tout un tas de stades, j'ai dû les subir alors... Alors, je me contente de garder mon sourire accroché à mes lèvres et puis Jess arrive rapidement ce qui permet de détourner la conversation. Elle les salue, offre une belle étreinte à Jasper et je ne peux nier que ça me fait du bien de les voir ensemble, comme ça. Le fait que mon meilleur ami et ma fille s'entendent aussi bien est une vraie chance. Finalement, June tend le beau bouquet qu'elle a ramené à Jess et voilà que les femmes de la soirée s'éloignent pour aller jusque dans la cuisine : mettre les fleurs dans un vase, papoter sans doute aussi. Je me retrouve donc avec Jasper et je réalise que cela fait un moment que nous ne nous sommes pas retrouvés seuls de cette façon. J'en suis en grande partie responsable puisque même au boulot, j'ai fait en fait en sorte que nos horaires ne coïncident plus autant qu'avant. Attitude liée encore une fois à la peur que mon ami ne découvre ce que je m'évertue à cacher. Ceci dit, l'effet de la cocaïne aidant, je ne m'inquiète pas de me retrouver tout seul avec lui. Là, je suis bien, je suis à l'aise, confiant donc, aucune inquiétude. Il me demande soudain si ça me dirait de le dépanner en balançant deux/trois compliments à June pendant la soirée vu qu'elle est en phase « je suis une baleine et personne ne peut m'aimer », phase avec laquelle je suis Ô combien familier malheureusement. Il ajoute que c'est fatiguant avant de me demander comme je vais puis d'ajouter que j'ai l'air... Il hésite, je hausse les sourcils pour l'inviter à poursuivre. Il termine par dire que j'ai l'air de bonne humeur ce à quoi je lui réponds par un sourire plus large encore. Oui, là, tout de suite, je suis de bonne humeur. Je suis même à la limite de l'euphorie.

« C'est parti. » je lui réponds quand il me demande de nous servir quelque chose à boire puisque les demoiselles vont probablement en avoir pour un moment.

Je passe mon bras autour des épaules de Jasper dans un geste amical, un geste que je n'ai pas eu depuis longtemps en fait mais là, les vieilles habitudes reviennent puisque je me sens sur un petit nuage. Je l'entraîne jusqu'au salon.

« T'en fais pas, je vais lui en faire des compliments et j'aurai même pas besoin de me forcer. Elle est magnifique. » j'ajoute en adressant un petit clin d'oeil à mon ami avant de m'intéresser de plus près aux bouteilles d'alcool que Jess a déposées sur la table basse. « Et les hormones je connais. J'ai eu droit aux montagnes russes deux fois déjà alors je suis habitué. Y'a des moments tu as envie de taper la tête contre les murs hein ? Mais bon, au final, ça en vaut tellement la peine. » je termine par dire avec un petit sourire fier parce que oui, supporter les crises hormonales de sa compagne ça vaut vraiment le coup car quand le bébé arrive enfin... C'est juste magique. « Tu verras, quand tu vas tenir ton bébé dans tes bras, t'oubliera en un clin d’œil l'enfer vécu pour en arriver là. »

D'ordinaire, tenir ce genre de propos me ferait sombrer car trop douloureux mais là, je ne sombre pas. Je nous sers deux verres de whisky et tourne mon regard vers la cuisine quand j'entends soudain les filles rire. Au moins, Jess réussit à détendre June, c'est bien. Je tends le verre à mon ami et vient m'installer dans le canapé à côté de lui. Nouveau sourire, nous trinquons et je me décide à lui répondre. Il m'a posé une question, il veut savoir comment je vais. La vérité ? C'est que là tout de suite je vais très bien.

« Et moi ça va plutôt bien. Je suis content que vous soyez là. »

Ce qui est vrai, y'a une heure j'étais juste stressé mais maintenant je ne le suis plus.

« Je crois que ça va nous faire du bien de passer une petite soirée comme ça ensemble. Jess commençait à en avoir marre de me voir tourner un peu en rond et elle a eu raison de me pousser à me bouger les miches. Tu me manques. »

Et voilà, ça sort tout seul. Il faut dire que le filtre qui est censé m'éviter de dire tout ce qui me passe par la tête est quelque peu atténué là.

« Je sais que c'est de ma faute mais bon, c'était une sale période mais ça va aller mieux maintenant. »

Le pire ? C'est que sur le moment, j'y crois tellement à cette affirmation. Mon esprit est vif, clair et rempli d'espoir surtout. Ce n'est que l'effet de la drogue mais ça m'a l'air tellement réel que je me laisse totalement porter. Oui, les choses vont aller mieux comme moi, là, je me sens mieux. Je suis avec mon ami, ma fille et June sont dans la cuisine et semblent passer un bon moment, c'est le genre de moments qu'on ne peut que savourer.

« Et toi, comment tu vas ? J'veux dire en dehors de l'enfer pré naissance. » j'ajoute plus bas au cas où les filles décideraient de réapparaître soudainement. « Tout se passe bien ? »

C'est cool. C'est léger. C'est sans prise de tête et ça fait du bien même si cela ne doit pas me ressembler ou, plus exactement, même si cela ne doit pas ressembler au Daniel auquel Jasper a été habitué au cours des ces derniers mois.



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MessageDim 8 Mai - 18:34

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Je ne suis pas mécontent que mon ami accepte ma proposition, me disant qu’un petit verre ne me fera assurément pas de mal. Non seulement ça me détendra, mais ça me permettra surtout d’avoir de quoi m’occuper les mains et la bouche si jamais le silence s’éternise un peu trop entre Dani et moi… June va encore se plaindre que je bois trop et qu’elle va devoir prendre le volant pour le retour mais peu m’importe. C’est elle qui a accepté cette soirée, pas moi. Bon, OK, c’est un peu facile.
Le secouriste passe son bras autour de mes épaules et mon sourire se fait un peu naturel. C’est stupide mais ce geste me rappelle un tas d’agréables moments que nous avons pu partager depuis notre bagarre au Paddy. Celle qui nous a permis de sympathiser. Peut-être que je fais encore une montagne de rien du tout. Peut-être qu’il a demandé à changé son emploi du temps par rapport à Jessica ou Alicja ? Il y a un tas de bonnes raisons, autres que celle de me fuir, qui aurait pu le pousser à le faire. Bien entendu, j’aurai aimé qu’il m’en parle mais il a sans doute oublié… Tout simplement.
- T'en fais pas, je vais lui en faire des compliments et j'aurai même pas besoin de me forcer. Elle est magnifique.
Je ne peux qu’acquiescer. Je ne suis effectivement pas mal loti du tout avec June. C’est une jeune femme ravissante, spontanée, avec qui il fait bon rire, douce et, même si parfois elle est un peu collante et émotive comme par permis ces derniers temps : je l’aime. Pas autant qu’elle le souhaiterait ou qu’il le faudrait sans doute, mais je l’aime quand même.
Mais mon sourire ne s’éternise pas sur mes lèvres. Parce que Daniel aborde un sujet épineux… Celui de ma future paternité, que je ne suis pas encore prêt à assumer. J’ai presque envie de lui répondre que je n’ai peut-être pas envie de le tenir dans mes bras ce fameux bébé… June assure à tout le monde qu’elle aime déjà cet enfant et il suffit de l’observer cinq minutes pour en être convaincu. Moi ? Eh bien… J’en sais rien. J’ai trop peur pour pouvoir éprouver autre chose. Peur que les choses se passent mal. Peur que ma fille ressemble à son oncle. Peur qu’elle me ressemble. Peur de ne pas être à la hauteur et qu’elle me déteste…
Je ne voulais pas de cet enfant et Daniel le sait. Je suppose qu’il essaie de se montrer encourageant avec ces propos, mais ça ne prend pas…

Ce qui me surprend en revanche, et m’empêche de simplement me mettre à déprimer ou lui en vouloir, c’est la facilité qu’il a de parler de tout ça. Habituellement, quand nous abordons le sujet des enfants, son regard change, s’assombrit. Je suis surpris de le voir évoquer les DEUX grossesses de son ex femme en tout légèreté, en étant capable de garder le sourire. Est-ce qu’il commence enfin à tourner la page ? Est-ce qu’il commence enfin à faire le deuil de Jason ?
- Et moi ça va plutôt bien. Je suis content que vous soyez là, enchaine-t-il après avoir finit tinter son verre contre le mien.
Alors que j’en avale une petite gorgée, je le vois engloutir le sien comme s’il s’agissait d’un simple verre d’eau… Est-ce que c’est le premier de sa soirée ? Mais en quoi ça me regarde ?
- Je sais que c'est de ma faute mais bon, c'était une sale période mais ça va aller mieux maintenant, m’assure le secouriste de but en blanc, le regard brillant, un large sourire confiant étaler sur le visage.
- Si tu l’dis, je me contente de lui répondre, un peu surpris par ce qu’il vient de me dire.
Pour être tout à fait honnête, je ne savais pas qu’il traversait une période difficile. Comment est-ce que j’aurai pu, sachant qu’il donnait la nette impression de me fuir ? Peut-être ne voulait-il simplement pas me parasiter avec ses problèmes ? Peut-être qu’il voulait me laisser me concentrer sur June et sa grossesse…

- Et toi, comment tu vas ? J'veux dire en dehors de l'enfer pré naissance. Tout se passe bien ?
Je hausse les épaules et trempe mes lèvres à mon verre. Je ne sais pas vraiment par où commencer. J’ai repris le boulot il n’y a pas si longtemps et, très sincèrement, ça a été dur… J’ai eu du mal à me remettre dans le bain, à me montrer à la hauteur. Les gars se ont montrés patients, encourageants, mais aujourd’hui encore, j’ai encore l’impression d’être un boulet qu’ils trainent derrière eux.
Et puis comme il le dit lui-même, à côté de ça, j’ai tout l’enfer pré naissance à gérer…
- J’en sais rien, je lui réponds donc le plus honnêtement du monde. Pour le moment, j’me contente…d’affronter chaque journée comme elle se présente.
Alors que je m’attends à ce qu’il retrouve son sérieux, à ce qu’il arbore cette expression compatissante que je l’ai vue aborder des tas de fois en service et en dehors de ses heures de travail… Il m’en sert une espèce de vague copie un peu ratée.
Il s’en fout, je réalise alors. Cette idée me blesse mais c’est l’impression que j’ai. Qu’il a entendu, compris, mais qu’il ne trouve pas ça très important. Peut-être qu’il trouve juste que je noirci un peu trop le tableau, comme d’habitude. Peut-être qu’il en a marre de m’entendre me plaindre…et je ne pourrai pas le blâmer. Mais si je ne peux pas parler de ce qui me contrarie avec lui…à qui suis-je supposé me confier ?
June ? Dans l’état où elle se trouve ?
- Enfin bref. Ca passera, je m’empresse d’ajouter, vexé, portant à nouveau mon verre à mes lèvres.
Je remarque qu’il veut faire de même, mais son verre est déjà vide…

- Hey ! Vous auriez pu nous attendre, se plaint June qui vient de revenir en compagnie de Jessica.
- Tu bois pas, qu’est-ce que ça peu faire ? je lui réplique en me levant, presque soulagé de m’éloigner de Daniel… Je viens enlacer ma petite amie et dépose un baiser sur ses lèvres, avant qu’elle ne me repousse en riant.
- Tu pues le whisky. Vous êtes prêts à passer à table ?
- Ouais, bien sûr. Je meurs de faim.
- Oh attendez ! Jasper, viens, je voulais te montrer un truc, me lance tout à coup Jessica en m’attrapant par le bras pour m’entrainer dans sa chambre.

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MessageDim 8 Mai - 20:41

Winter came as a load frozen down to the bone
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Il me demande comment je vais, je lui demande comment il va. Une conversation normale en somme. Normale, banale, simple mais agréable. Chacun s'enquiert de l'état de l'autre comme des amis le font en temps normal. Je suis resté éloigné de lui un moment, j'ignore dans quel état d'esprit il se trouve véritablement même si je sais que ce n'est sans doute pas facile. Il a repris le boulot et ça ne doit pas être simple et puis il y a la grossesse de June et ce sont des moments qui peuvent sembler long pour le futur papa, en particulier quand le futur papa n'est pas forcément prêt. Pourtant, même si on n'est pas prêt, cela reste quelque chose de superbe à vivre, c'est en tout cas mon avis. Jasper reste un instant silencieux, trempe à peine ses lèvres dans son verre et je l'observe avec insistance. Qu'est-ce qui lui est si difficile à me dire ? Il termine par se lancer en m'avouant qu'il ne sait pas trop comment il se sent. Il poursuit en me disant qu'il se contente, pour le moment, d'affronter chaque journée comme elle se présente. Allons bon, il est si mal dans sa peau que ça ? A l'entendre, on dirait qu'il vit un véritable calvaire alors que ce n'est quand même pas le cas, si ? Certes, ce n'est pas facile mais il a son boulot, il a June, le bébé en route, il a de quoi se réjouir quand même mais je ne me vois pas lui sortir un truc pareil alors qu'il ne sent clairement pas au mieux de sa forme contrairement à moi qui, en l'occurrence, me sens parfaitement bien. Du coup, je me contente de lui adresser un sourire que j'essaye de faire apparaître comme compatissant et je le regarde avec cet air de « t'en fais pas, ça va aller, c'est cool » parce que c'est le cas : les choses vont se tasser et il va finir par se sentir mieux, je n'en doute pas. Nous nous observons un instant en silence et il termine par me dire que ça passera et là, mon sourire s'élargit : eh bien voilà, il suffit d'y mettre un peu de bonne volonté ! Il porte son verre à ses lèvres, je fais la même chose mais m'aperçois que mon verre est vide.

Il est temps pour une deuxième tournée alors.

Sauf que les filles arrivent à ce moment-là. Je tourne mon visage pour regarder les deux demoiselles tandis que Jasper s'empresse d'aller rejoindre June. Je les regarde avec un sourire béat tant je le trouve adorables ensemble. J'ai un petit pincement au cœur en pensant qu'Ali aurait pu être là avec moi mais bon, elle était occupée et puis comme ce n'est pas le grand amour avec Jess... Oui, c'est mieux qu'elle ne soit pas venue même si là tout de suite j'aurais bien envie de la voir. June demande soudain si nous sommes prêts à passer à table.

« Plutôt deux fois qu'une ! » je lance en me saisissant de la bouteille de whisky pour pouvoir l'amener à table mais Jess nous coupe dans notre élan en annonçant qu'elle veut montrer quelque chose à Jasper et voilà qu'elle s'éclipse avec lui sans davantage d'explications. « Ou pas. »

June me jette un regard et je lui souris avant de lui faire signe de venir s'asseoir.

« On va trinquer en les attendant, d'accord ? Tu veux boire quoi ?
- Du jus d'orange ce sera très bien. »

Elle vient s'asseoir à côté de moi sur le canapé et je m'empresse de lui servir un verre de jus d'orange. De mon côté, je remplis de nouveau mon verre de whisky. Verre que lève vers June.

« On va trinquer... A vous trois. » je lui dis avec douceur.

Elle me sourit et vos verres tintent. Je bois d'une traite presque la moitié de mon verre et tourne mon regard vers June quand elle reprend la parole.

« Tu sais, c'était une bonne idée ce dîner. Il en avait besoin. Il le dira pas mais il en avait besoin.
- Moi aussi j'ai du mal à le dire tu sais mais j'en avais besoin aussi. » je lui dis plus bas sur le ton de la confidence. « Il me manque.
- Tu lui manques aussi. » à son tour de parler tout bas.

Elle boit une gorgée de jus d'orange et je porte mon verre à mes lèvres mais m'arrête quand l'entends étouffer une exclamation. Elle s'empresse de reposer son verre sur la table basse et je fais de même, perdant aussitôt mon sourire.

« Quoi ? Il y a un problème ? » je lui demande puisqu'elle se tient le ventre.

Elle secoue négativement la tête et esquisse un large sourire.

« Pas du tout ! Le bébé donne des coups de pieds ! Tiens sens ça ! »

Et sans me demander mon avis, elle attrape ma main qu'elle vient poser sur son ventre. Je l'observe les yeux écarquillés : nous sommes assez proches pour ça ? Oui, nous sommes assez proches pour ça. Sauf que je ne sens rien et je fronce doucement les sourcils mais il ne faut que quelques secondes pour que je sente le coup de pied et un large sourire se peint sur mes lèvres.

« Oh !
- J'adore ça ! Bon, c'est pas toujours agréable mais quand même...
- Oui, quand même... Encore un ! » je m'exclame, euphorique.

Cette sensation est merveilleuse et me replonge dans de superbes souvenirs. Je me souviens des deux grossesses de mon ex femme, je me souviens des coups de pieds que Jessica et Jason donnaient. Je plonge mon regard ravi et ému dans celui de June et nous profitons silencieusement du moment sauf qu'au bout d'un moment, je vois le sourire de June diminuer jusqu'à ce que son visage finisse par prendre un air... Concerné ? Non, inquiet en fait. Je retire ma main de son ventre, penche doucement la tête sur le côté.

« Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'aimerais te demander quelque chose mais je ne sais pas...
- Vas-y. Dis-moi. »

Je suis là, elle peut me demander ce qu'elle veut. Elle soupire.

« Tu es papa.
- C'est pas une question. » je lui dis pour essayer de la détendre un peu mais cela ne fonctionne pas. « Pardon. Oui, je suis papa. Et ?
- Et... Est-ce que tu t'inquiètes beaucoup pour Jess ? »

La question me surprend et me désarçonne un peu. June est tout à coup très sérieuse et je finis par réussir à formuler une réponse.

« Oui. Tout le temps. »

Ma réponse ne semble pas lui faire très plaisir mais je poursuis.

« Il y a des moments où je m'inquiète moins et des moments où je m'inquiète beaucoup mais, je me demande toujours si elle va bien, où qu'elle soit, peu importe ce qu'elle fait. Y'a toujours ce bout de moi qui s'inquiète pour elle. Pourquoi ? »

Nouveau soupir de la part de June.

« Parce que ce bébé n'est pas né que je m'inquiète déjà...
- C'est normal ça.
- Oui mais comment tu fais ?
- Comment je fais quoi ?
- Comment tu vis avec ton inquiétude ? »

Et là, je secoue doucement la tête en haussant les épaules.

« J'en sais rien, j'ai pas de réponse à te donner. Je fais avec, c'est tout. Parfois ça me ronge, parfois moins... Y'a des parents qui s'inquiètent jamais, d'autres qui s'inquiètent tout le temps, d'autres qui savent faire dans la demi-mesure. Moi pas, mais j'ai mes raisons. » Des raisons sur lesquelles je ne m'attarde pas. « Tu apprendras à vivre avec, tu verras. C'est sûr que ta vie ne sera plus jamais la même mais... » J'esquisse un sourire, vient poser ma main sur son épaule dans un geste ampli de douceur et de compassion. « Ce que vous être en train de vivre, c'est la plus belle chose qui existe au monde... » Un silence. « Et il va s'en rendre compte aussi... »

June m'observe un instant et j'aperçois les larmes perler au coin de ses yeux avant qu'elle ne fonde en larmes.

« Pardon ! Excuse-moi ! J'aurais pas dû dire ça !
- Non ! Non ! C'est pas toi ! Ce sont ces fichues hormones ! Un rien me fait pleurer ! »

Et elle pleure vraiment oui. Elle a beau essuyer ses joues, ça coule et ça coule. Je me redresse, vais récupérer une boîte de mouchoirs que je lui tends une fois de nouveau assis. Elle se sert et là, c'est plus fort que moi : je viens la prendre dans mes bras. Elle se laisse bercer.

« Tout va bien se passer, tu verras.
- Tu crois ?
- J'en suis sûr. »

Comme un con, j'en suis sûr. Ou, plus exactement, la drogue est sûre pour moi. J'ignore, à ce moment-là, à quel point je suis complètement à côté de la plaque.

Pour elle.
Pour moi.
Pour nous tous.


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MessageDim 8 Mai - 23:24

into the dark
Winter came as a load frozen down to the bone


Je me laisse embarquer par Jessica, curieux de savoir ce qu’elle veut me montrer. Un nouvel article signé de sa main ? Elle m’a dit qu’elle rédigerait sans doute un papier sur la caserne, peut-être qu’il s’agit de ça. A moins qu’il s’agisse d’une nouvelle information concernant la petite amie de son père… Si c’est ça, cette fois, je ne lui laisserai pas le temps d’aller au bout de son plaidoyer. Je ne veux plus rien entendre de la vie d’Alicja. Personne n’est parfait après tout et je suis parfaitement bien placé pour le savoir. Je ne suis pas certain que Daniel et elle soient fait pour être ensemble, mais je le laisserait s’en rendre compte de lui-même. Et je ne vais certainement pas utiliser les erreurs du passé d’Alicja Zeleski contre elle.
Jessica referme soigneusement la porte de sa chambre, après m’avoir pratiquement poussé à l’intérieur. Quand elle me refait face, son sourire a disparu. Elle affiche une expression inquiète qui me contamine moi aussi, je dois bien l’avouer.
- Qu’est-ce qui t’arrive ?
Mais au lieu de me répondre, la toute jeune femme vient se blottir dans mes bras. Interloqué, je me laisse faire sans réagir durant de longues secondes, et puis l’oblige à me faire face.
- Hey, mais qu’est-ce qui s’passe ? je la questionne, passant une main affectueuse sur son visage tourmenté.
Je ne l’ai jamais vue dans un tel état et ça me fait vraiment bizarre. Ca me remue plus que je ne l’aurai imaginé. Parce qu’elle est la fille de Daniel et que tout ce qui lui arrive de mauvais me concerne. Et si je me fie à son expression : quelque chose de vraiment moche la contrarie…
- Parle-moi Jess… Qu’est-ce qui s’passe ? Quelqu’un t’a
- Non. Non, c’est pas ça. C’est juste… Il se passe "un truc" avec Papa. Je ne sais pas quoi mais… C’est grave.
- Comment ça ?
- J’en sais rien, il est pas comme d’habitude, il est… Il se passe un truc, Jasper, je le sais. T’es son meilleur ami, tu as dû remarqué aussi, non ?
- Oui, mais… Ecoute, il traverse une période difficile, mais ça va aller.
- Quelle période difficile ? Non, c’est justement ça le truc ! Il…il va bien. Il va trop bien, me lance-t-elle, son regard angoissé plongé dans le mien.
Tout ça me met très mal à l’aise. J’ai bien remarqué que Daniel avait un comportement bizarre ces dernières semaines, ce soir encore, il me parait à côté de la plaque. A côté de ses pompes surtout. Mais est-ce que c’est vraiment une mauvaise chose ? Peut-être que sa fille et moi avons simplement du mal à l’imaginer…heureux ? Peut-être que je ne l’accepte pas parce que moi-même, je suis de mauvaise humeur en ce moment et que j’aimerai égoïstement qu’il en soit de même pour lui, pour qu’il puisse me comprendre ? Et peut-être que Jessica n’accepte pas qu’il puisse vouloir refaire sa vie, tourner la page… N’a-t-elle pas quitté sa mère pour vivre à New York avec lui pour fuir le bonheur retrouvé de sa mère ?
Peut-être que le problème vient de nous après tout…

Je prends une longue inspiration et passe une main dans ma nuque, mal à l’aise.
- Ecoute Jess… Je sais que tout ça n’est pas facile pour toi… Tu as tout abandonné pour rejoindre ton père et il refait sa vie avec une autre femme que sa mère. N’importe qui…
- Quoi ? Tu…tu penses que je fais une crise de la jalousie ? ironise-t-elle, croisant les bras sur sa poitrine en affichant une moue offensée. Ça n’a rien à voir Jasper ! Je connais mon père. Je l’ai déjà vu heureux et crois-moi, je n’aspire qu’à le voir redevenir comme ça ! Mais là ça n’a rien à voir. Il se passe un truc pas net, j’en suis certaine. Il ment. Je ne sais pas à propos de quoi mais il me cache quelque chose.
- C’est ton père, il te cache forcément des choses Jess. Certainement pour ton bien.
- Je sais ! C’est pour ça que j’ai organisé ce dîner. Parce qu’avec toi, il se montrera certainement plus bavard, me lance l’étudiante en journalisme, avant de prendre une longue inspiration et d’adoucir son ton et ses traits. J’ai un mauvais pressentiment…  
- Je vais lui parler, d’accord, je lui assure, apposant mes deux mains sur ses épaules. Je suis sûr que ce n’est rien…
- Et s’il avait prévu de…de faire quelque chose par rapport à…à… J’ai réussi à l’en dissuader une fois mais si…
- Mais si quoi ? De quoi est-ce que tu parles Jessica ?
- Rien. Parle-lui Jasper. Fais-ça pour moi, OK ?
- J’te l’promets. Alors maintenant respire un bon coup, fais-moi apparaître un beau sourire sur ce visage et on va s'en mettre plein la panse, je lui souris, avant de tapoter son nez de l’index et de lui adresser un clin d’œil.
Elle parait encore bouleversée, alors je me permets de la prendre dans mes bras quelques secondes, déposant un baiser sur son front avant de passer ma main autour de ses épaules pour l’inciter à me suivre dans le salon.

Elle se recompose rapidement et nous retrouvons June et son père. Je remarque immédiatement que ma petite amie vient de verser quelques larmes. Les sourcils froncés, j’abandonne Jessica pour la rejoindre et m’enquérir de son état, non sans jeter un regard mi- interrogateur, mi accusateur à mon ami secouriste. Qu’est-ce qu’il lui a dit ?
- C’est rien. Je vais bien, me souris June alors que je passe une main dans son dos, que je caresse doucement. Encore ces maudits hormones…
- Tu veux un verre d’eau ?
- Je préfèrerai du champagne mais un verre d’eau fera l’affaire, plaisante-t-elle alors que je l’entraine vers la table, dressée avec goût pour la faire asseoir.
Jessica se charge de lui verser un peu d’eau pendant que je tire la chaise près de June pour m’y asseoir, sa main dans la mienne.
- Désolée. Promis, je vais essayer de ne pas tout faire tourner autour de moi ce soir, sourit ma petite amie en buvant un peu d’eau, observant tour à tour Jessica, Daniel et terminant par moi. Allez, faites pas ces têtes ! Ou alors faites-les en m’apportant à manger, je suis affamée moi aussi. Je mange pour deux je rappelle, renchérit-elle pour terminer de détendre l’atmosphère.
Rassuré, je me tourne vers Daniel.
- Vous avez mis les p’tits plats dans les grands, je lui fait remarquer. Tu m’sors pas l’argenterie quand j’viens seul Dani ! J’suis vexé. La prochaine fois, je veux que tu fasses un petit pliage avec ma serviette pour accompagner ma pizza, c’est bien compris ?  
Je le taquine, même si le cœur n’y est pas vraiment. Parce que, mine de rien, les propos de Jessica m’ont alertés…
Cette dernière revient d’ailleurs avec les plats réchauffés contenant la nourriture fraichement commandée à l’indien du coin. Je capte le regard de June qui ne semble pas vraiment tranquille à l’idée d’ingérer ce type de nourriture et craint certainement de se rendre malade, et donc de prendre un risque pour le bébé à venir. Mais elle garde ses craintes pour elle.
- Ca a l’air bon. C’est l’indien où on avait commandé la dernière fois ? je glisse à Daniel, espérant qu’il comprenne le message que je lui fait passer silencieusement… Parce que nous n’avons jamais mangé indien tous les deux. Mais si elle pense que c’est le cas et que j’ai apprécié le repas, June se détendra peut-être un peu et consentira à manger. Espérons que je n’aurai pas à payer ce mensonge…


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MessageLun 9 Mai - 18:18

Winter came as a load frozen down to the bone
I lived here half asleep


Je relâche June, lui adresse un sourire qu'elle me rend en essuyant ses larmes et c'est à ce moment-là que Jasper et Jess viennent nous rejoindre. Je tourne mon regard vers eux et Jasper se précipite rapidement jusqu'à June en me lançant un regard que je perçois à la fois interrogateur et accusateur. En même temps, il y a de quoi : il me laisse cinq minutes avec elle et il la retrouve en larmes. A sa place, je réagirais pareil à n'en pas douter sauf qu'en l'occurrence, je n'ai rien fait de mal si ce n'est prononcer quelques mots qui ont fait remonter tout un tas d'émotions chez June. June qui d'ailleurs assure à Jasper qu'elle va bien et incrimine les hormones. Jasper propose un verre d'eau à sa chère et tendre et bien qu'elle préférerait du champagne, remarque qui me fait sourire, elle accepte. Ils s'approchent finalement de la table de salle à manger tandis que nous les observons. June finit par nous demander de ne pas faire ces têtes bizarres avant de terminer de détendre l'atmosphère en annonçant qu'il est tant qu'on lui apporte à manger puisqu'elle mange pour deux. Je prends ma fille par la taille  pour l'emmener jusqu'à la table.

« Allez, fais-moi un petit câlin.
- Papa ! »

Elle me repousse avec un coup de coude non sans esquisser un sourire et j'aime tellement la voir sourire de cette façon... Je relâche donc ma fille qui s'éloigne pour aller chercher les plats quand Jasper me jette un regard tout en me disant que nous avons mis les p'tits plats dans les grands. Il poursuit en parlant de la fameuse argenterie et plaisante sur l'éventuel pliage de sa serviette lors de notre prochaine soirée pizza.

« J'y suis pour rien, c'est Jess qui a fouillé et qui a sorti tout ça. Ta serviette tu la plieras toi-même parce que j'ai pas la dextérité pour ça figure-toi ! » je lui réponds dans un sourire.

L'ambiance est détendue et ça donne le bon ton pour la soirée qui s'annonce vraiment bonne. Jess ne tarde pas à revenir avec les plats et si l'odeur m'est autant agréable que tout à l'heure, je ressens pourtant comme une pointe de dégoût. Je n'arrive pas à mettre la main sur ce que c'est... En fait, je réalise que je me sens un peu nauséeux mais je m'installe à table en me servant un autre verre de whisky sans trop prêter attention à ce que mon estomac me fait savoir : il va se calmer comme un grand. Je propose un nouveau verre à Jasper sous l'oeil réprobateur de June mais ressert quand même mon ami : il ne conduit pas, il peut bien boire un second verre. Jasper me demande soudain si j'ai été chercher les plats au même endroit que la dernière fois. Je l'observe un instant sans rien dire, ne comprenant pas : on n'a jamais mangé indien lui et moi. J'ai déjà pris à emporter pour moi et Jess mais jamais pour lui et moi. C'est là que j'aperçois le regard de June qui, bien qu'elle tente de le cacher, ne semble pas tout à fait à l'aise à l'idée de manger ce qu'il y a à présent sur la table. Alors, ni une ni deux, j'accroche un sourire sur mes lèvres et je hoche la tête.

« Oui ! Leur cuisinier a vraiment des doigts en or, ça n'a pas changé ! » je lui assure tout en regardant June. « Avec Jess, on a l'habitude de prendre à manger chez eux et on se régale à chaque fois, hein Jess ? »

Un discret petit coup de pied sur le pied de ma fille sous la table et elle s'empresse de confirmer.

« J'adore ce qu'ils font ! »

En même temps, ce n'est pas un mensonge pour piéger June, c'est la stricte vérité : on y a toujours bien mangé, on n'a jamais été malade. Il faut simplement en rajouter un peu pour la rassurer mais bon, elle n'a pas l'air tout à fait convaincue.

« On a pris des choses épicées et d'autres choses qui ne le sont presque pas du tout au cas où. Tout le monde n'aime pas manger épicé alors... Là, tu as du poulet au curry mais faiblement dosé si tu veux June. »

Je la vois tendre un peu le cou pour observer le dit plat. Je plisse les yeux, esquisse un petit sourire.

« Au pire on a des œufs alors on peut te faire cuire des œufs. Enfin, Jess peut te faire cuire des œufs parce que si moi j'essaye, je vais les faire brûler.
- C'est vrai. Même juste des oeufs il ne sait pas le faire.
- Oui bon ça va.
- Les pâtes non plus, pas vrai Jasper ? C'est une véritable catastrophe.
- Hey, on peut pas être bon partout.
- Et tu es bon en quoi toi exactement ? »

J'ouvre la bouche affichant une expression faussement outrée.

« Mais c'est fini oui ? »

Elle laisse échapper un petit rire et je me retourne vers nos convives.

« Je suis bon en un tas de trucs. Je suis bon... Pour faire les cocktails.
- Depuis quand ?
- Disons que quand je vais essayer je serai bon. »

Ma dernière phrase a le mérite de faire rire June qui demande finalement à Jess de lui montrer les plats qui ne sont pas épicés et moi d'échanger un petit clin d'oeil complice avec Jasper. Chacun se sert mais avant même de commencer à manger, je me lève.

« Je trouve que ça manque de musique.
- Oh non papa, s'te plaît...
- C'est moi qui invite, c'est moi qui décide. » je réponds tout en m'approchant de ma vieille chaîne hi-fi pour lancer un disque de country avant de m'en retourner vers la table où Jess tire une tête de dix pieds de long. « Allez, c'est juste pour avoir une petite musique de fond.
- Mais tu pourrais mettre autre chose non ?
- Non. »

Je lui adresse un large sourire, le genre de sourire qui a le don de l'horripiler mais elle m'a chambré, je peux bien me venger un peu.

« Bon appétit ! » je lance à notre petite tablée.

Je m'aperçois rapidement que j'ai été bien trop généreux avec ma propre assiette. Quelques bouchées et la nausée me reprend, une nausée que j'ai du mal à occulter et que je tente de faire passer d'abord avec un peu de whisky puis avec un peu d'eau. Mes trois comparses mangent, papotent un peu et moi, je bidouille ma nourriture avec ma fourchette sans réellement y toucher parce qu'en plus des nausées, je commence à avoir un peu chaud. Vraiment chaud. Je sens que je transpire et j'ai l'impression que mon cœur s'emballe un peu. Allons-bon... Je pose ma fourchette, fronce les sourcils, prends de profondes inspirations, tape nerveusement du pied sans même m'en rendre compte jusqu'à ce que je sente la main de Jess se poser sur la mienne. Je tourne mon regard vers elle.

« Qu'est-ce qu'il y a papa ? Ça va pas ?
- Si. Non. Je... »

Tout le monde s'arrête de manger et je jette un regard circulaire, remarquant un échange silencieux entre Jasper et Jess avant de reporter mon attention sur ma fille dont je perçois l'inquiétude.

« Je me sens pas très bien en fait. J'ai très chaud. Il fait chaud non ? » j'ajoute en me redressant alors que Jess me fixe toujours avec le même regard. « C'est rien. Je vais aller me rafraîchir un peu et je reviens. Continuez sans moi.
- T'es sûr que ça va aller ?
- Oui, oui. Un petit peu d'eau fraîche et ça ira mieux. Je reviens. » je leur assure avant de m'éloigner dans le couloir.

Sauf que plus j'avance et plus je me sens mal. Mon cœur s'emballe vraiment beaucoup et j'ai de plus en plus chaud. Une fois dans la salle de bain je ferme la porte derrière moi et m'empresse de me passer de l'eau sur le visage pour tenter de me rafraîchir sauf que ça ne change strictement rien. Perdant patience, je me repasse de l'eau sur le visage et c'est quand je glisse mes mains sous l'eau que je me rends compte qu'elles tremblent. Je les observe en fronçant les sourcils et en crispant la mâchoire.

« Non... » je murmure pour moi-même avant de m'accrocher au bord du lavabo en baissant le visage. « Pas ça bordel, pas ça... »

Je suis secouriste. Je suis lucide. Parfaitement lucide. Je connais les symptômes. Je sais ce qu'il se passe même si je le redoute même si je ne le veux pas mais je sais ce qu'il se passe : je suis en train de faire une putain d'overdose. Inspiration. Expiration. Inspiration. Expiration. La tête me tourne. J'ai de plus en plus chaud. Mon cœur me donne l'impression qu'il va exploser.

« Tu te calmes, ça va aller. Tout va bien se passer. Oui, ça va aller... »

Je tente de me convaincre. Il est possible que ça passe mais le problème est qu'il va me falloir plus que quelques minutes dans la salle de bain. Quelle excuse je vais bien pouvoir trouver, hein ? Que j'ai mangé un truc qu'il ne fallait pas ? J'ai à peine touché à mon assiette... Je sens soudain quelque chose couler de mon nez et je porte ma main au-dessus de mes lèvres avant de regarder mes doigts et quand je vois le sang, les larmes me montent aux yeux.

« Non, putain, non... »

J'ai du mal à respirer. Non... J'ai mal quand je respire. Je lève les yeux vers le plafond et ça tourne... Bon sang, ça tourne tellement...

« Je veux pas qu'elle voie ça... » je murmure la voix tremblante mais...

Mais putain Daniel, quel choix tu as, hein ? Quel choix ?

Je lâche le lavabo, la tête me tourne encore plus. J'esquisse un geste pour m'approcher de la poignée : il faut que je leur demande de l'aide sauf que ce geste finit de transformer mon corps en coton et je chute. Inévitablement je chute. De tout mon corps. De tout mon poids et, quand ma joue rencontre le lavabo, le choc me sonne mais je ne perds cependant pas connaissance lorsque je me retrouve finalement face contre terre. J'ai mal bordel, j'ai mal. Je parviens je ne sais comment à me mettre sur le dos et je sens mon torse se soulever au rythme de ma respiration qui s'accélère encore et encore. Ma joue me fait un mal de chien et je sens le sang couler : nul doute que je me suis ouvert mais il faut dire que le choc a été violent. J'ai peur. J'ai vraiment peur. J'ouvre la bouche pour tenter d'appeler à l'aide quand la porte s'ouvre à la volée. Je tourne mon regard et je vois Jasper et aperçois les silhouettes de Jess et June derrière lui. Alors que je devrais être rassuré de les voir là, la panique grandit davantage encore et mes larmes redoublent en se mêlant au sang sur mon visage. Le sang qui coule de ma plaie à la joue, le sang qui coule de mon nez et je sais... Je sais qu'il va comprendre... Je sais qu'il va me voir dans cet état, qu'il va voir l'état de mes bras et qu'il va comprendre. Il se précipite vers moi.

« Pardon... Pardon... Pardon... » je répète entre deux respirations saccadées.

Je vois Jasper s'agiter, j'entends sa voix mais autre chose ma parvient, de la salle à manger. La musique. Je détourne mon regard de la silhouette de mon ami qui devient floue pour me remettre à observer le plafond ou ce truc blanc qui ressemble au plafond tout en me laissant bercer par la chanson. Je me laisse porter. Je me laisse partir. Je me suis excusé pour ce que j'ai fait, pour ce que je fais maintenant parce que la vérité, c'est que maintenant, là, tout de suite, j'abandonne. J'entends une voix. Elle est lointaine. J'entends ce « papa » mais ce n'est pas Jess qui prononce ce mot. Comme un con, j'esquisse l'ombre d'un sourire. C'est mon cerveau qui fait ça, ce n'est rien que mon cerveau mais c'est mieux que rien. Parce que c'est lui. Je ferme les yeux.

Plus la force ni l'envie de me battre.
C'est terminé.


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MessageDim 15 Mai - 19:36

into the dark
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June essuie rapidement ses larmes, Jessica donne impeccablement le change malgré notre échange précédent et Daniel continue de sourire. Alors j’adopte moi aussi une attitude nonchalante et fait apparaître un sourire sur mes lèvres en espérant être convainquant. A force de donner l’impression de passer un bon moment et d’être à mon aise, je finirai certainement par me détendre. Mais les propos de Jessica ont renforcés mes doutes sur l’état de mon ami et je commence à me creuser les méninges pour tenter de deviner ce qu’il mijote exactement… Ce qu’il nous cache à moi et sa fille.
Daniel s’éloigne pour nous mettre un peu de musique (de la country pour ne pas changer) et je me joins aux deux autres pour critiquer ses goûts déplorables en matière de chansons. Au fond, je n’ai pas grand chose contre la country mais j’aime le taquiner sur le sujet, au même titre que sa fille. Nous ne nous en privons donc pas pendant que les plats commencent à circuler sur la table dressée avec goût par la plus jeune d’entre nous.
Je mange avec appétit et June, qui faisait la fine bouche au départ, englouti le contenu de son assiette en vitesse, trouvant quand même le moyen de monopoliser la conversation. La fille de Daniel n’est cependant pas en reste et mon ami et moi peinons à en placer une. Cependant, ça ne me dérange pas trop. J’ai toujours préféré écouter plutôt que parler. Et puis ça me permet surtout de prêter d’avantage d’attention au secouriste qui se trouve en face de moi. Je remarque qu’il ne mange pas grand chose de son côté. Il continue de sourire, mais distraitement, avec crispation.
June n’a de cesse d’essayer d’attirer mon attention et de me prendre à témoin pour appuyer ses dires, me coupant dans mes réflexions. Elle ne remarque apparemment rien du comportement de Daniel. Pas plus qu’elle ne remarque que ce qu’elle raconte m’intéresse finalement très peu…  
Je remarque que mon ami sue à grosses gouttes et me fais la réflexion qu’il a peut-être versé un peu trop d’épices dans son plat à un moment où je n’étais pas très attentif. Ca expliquerait sa crispation, la rougeur de ses yeux et de ses joues, ainsi que ses tremblements, certainement dues au fait qu’il tente de se contenir, non ? Au moment où je m’apprête à faire une blague à ce sujet, Jessica s’en mêle et lui demande s’il se sent bien. Sauf que sa réponse fait immédiatement disparaître le sourire qui commençait à se dessiner sur mes lèvres à l’idée qu’il se soit frotté à un piment.
Ca n’a rien à voir avec ce qu’il vient de manger, je devine alors, réalisant que je le savais en réalité déjà.

Je le regarde se lever, une main crispée sur ma serviette de table. Je ne suis pas inquiet, je suis agacé. Sauf que je n’arrive pas encore très bien à savoir pourquoi. Non, en réalité je suis surtout frustré. Parce que je n’arrive pas à mettre le doigt sur ce qui cloche précisément, et que je devine être pourtant très proche de le deviner. Il ne me manque qu’un élément, un ridicule petit élément pour tout comprendre…
- J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas, s’enquiert ma petite amie qui était en train de parler de la naissance de notre futur enfant et est bien entendu au courant de la tragédie traversée par mon meilleur ami.
- Ne t’en fais pas, je ne pense pas que ça ait quoi que ce soit à voir avec toi ma puce, je la rassure, attrapant sa main pour y déposer un baiser rassurant.
- Il a mangé quelque chose qui ne passe pas ? s’inquiète encore June jetant un œil inquiet sur son assiette fraichement resservie et déjà à moitié vide.
- C’est sûrement rien. T’en fais pas.
- Je devrai peut-être aller voir, me lance Jessica en se levant déjà.
- Non, laisse. Je m’en charge, je lui assure en l’imitant, lui lançant un regard entendu.
Je lui ai plus ou moins promis que j’allais l’avoir un œil, et je vais m’y mettre tout de suite. J’ai suffisamment laissé trainer cette histoire et il est temps que je pose quelques questions. Je sens par avance que les réponses ne vont pas me convenir mais tant pis. Et tant pis si nous devons en venir à nous disputer et ruiner cette soirée…
Jessica et moi continuons de nous observer quelques instants. Je crois lire dans son regard inquiet qu’elle me demande de ménager un peu son père, mais de me débrouiller pour obtenir des résultats. J’acquiesce silencieusement et m’éloigne en direction du couloir. Je n’ai pas fait deux pas lorsque j’entends le bruit caractéristique d’une chute en provenance du bout du couloir. June, Jessica et moi nous entreregardons, surpris, puis affolés. Du moins dans le cas des deux jeunes femmes. Pour ma part, je reste calme, impassible.
Parce que je l’avais senti venir…

Délaissant les filles, je me précipite vers la porte de la salle de bain, alors que les chaises de Jessica et June raclent bruyamment le sol. J’entends leurs pas claquer sèchement sur le sol. J’ouvre vivement la porte de la pièce d’eau et ce que j’y découvre me met l’estomac en vrac. Daniel est étendu sur le sol, le bas du visage en sang, l’air sonné. J’analyse très rapidement la situation et il me suffit d’un coup d’œil au lavabo et à sa joue pour deviner qu’il vient de le heurter de plein fouet. Mais pourquoi est-il tombé ? Quels étaient les symptômes déjà ? Forte sudation, tremblements, dilatation des pupilles, certainement de la tachycardie pour qu’il se sente mal et cherche à s’éloigner…  
Je lutte contre la paralysie, j’arrête de penser comme un ami mais je me glisse dans la peau du soignant que je suis. Si je me laisse envahir par mes sentiments, je ne vais pas me montrer efficace. Et puis il y a Jessica. Jessica et June qu’il faut que je rassure. Et la première étape pour cela consiste à ne pas me mettre à paniquer moi-même.
Je prends une longue inspiration et pénètre dans la pièce, pour attraper une serviette à la va-vite et m’agenouiller auprès de lui. Je l’entends qui s’excuse, d’une voix à peine audible et dans un premier temps, me dit qu’il le fait parce qu’il n’a pas l’habitude que les rôles soient inversés. Il sait ce qu’il m’impose, quelle vision son état impose à sa fille qui pleure déjà et nous a rejoint. June a tenté de la retenir et a été repoussée sans beaucoup de douceur. Elle est choquée, je le vois. Je vois un tas de détails, l’adrénaline me fait emmagasiner un tas d’informations, et je dois traiter celles qui me paraissent les plus urgentes.
Ce qui me paraît urgent, c’est de compresser la plaie sur el visage de mon ami et de trouver l’origine de son malaise.
- Ca va aller vieux, concentre-toi sur ma voix, d’accord ? je lui demande d’une voix étrangement calme, déboutonnant le col de sa chemise d’une main, avant de m’attaquer à son pantalon, le débarrassant de sa ceinture. Détends-toi, tout va bien.
Mais il n’a pas l’air décidé à se détendre. Sa respiration est saccadée, irrégulière. Est-ce qu’il fait une crise de panique ? Est-ce que c’est le fait d’inquiéter tout le monde qui le met dans cet état ?
- Qu’est-ce qu’il a ?
J’assène quelques claques à Daniel et l’incite à continuer de me regarder, à garder les yeux ouverts, à serrer les doigts que je glisse dans sa main. Mais il ne m’entend pas. Il dérive. Je vois son regard se faire plus lointain. Ses pupilles sont totalement dilatées. Jessica pleure de plus belle, tenant la main de son père et la frottant frénétiquement en me demandant encore et encore ce qui se passe. Je ne peux pas m’occuper d’elle. Mais je peux lui donner une autre occupation que celle d’assister, impuissante à la vision de son père sombrant dans l’inconscience.  
- Jess, j’ai besoin que tu appuies là-dessus pour ralentir le saignement, je lui propose alors que Daniel sombre.
Elle s’exécute, tremblant au moins autant que son père. Je tente une fois encore de le ramener à lui, cherchant à le faire réagir par diverses techniques, mais rien ne marche.

Et je ne peux pas paniquer. Je ne peux pas me permettre de penser que mon meilleur ami ne va pas bien du tout. Je ne peux pas me laisser affecter parce que je vois, parce que je vis. Je ne peux pas laisser la détresse de Jessica déteindre sur moi. Je dois faire preuve de sang froid, me montrer efficace. Parce que si je ne fais pas tout ce qui est en mon pouvoir pour faire revenir Daniel à lui, je ne me le pardonnerai jamais.  
Je fais basculer sa tête en arrière et me penche sur lui pour voir si son thorax se soulève convenablement ou pas, espérant capter son souffle contre ma peau, l’entendre respirer. C’est le cas, mais sa respiration est complètement anarchique. Je me force à compter à dix, pour m’assurer qu’il est bien en train de faire un arrêt, surveillant la manière dont se soulève son torse.
Dix secondes qui me semblent une éternité. Dix secondes durant lesquelles je me remémore cette soirée, toutes les autres, durant lesquelles je remets en question chacune de mes décisions. Pourquoi est-ce que je ne me suis pas manifesté plus tôt ? Comment est-ce que j’ai pu passer à côté de ce qui se passe ? Mais d’ailleurs : qu’est-ce qui se passe ?  
Présence de gasps et pouls absent. Ma main a glissé vers son poignet pendant que je surveillais sa respiration et je ne sens rien sous mes doigts.
- June. Appelle une ambulance.
- Il ne respire plus ? Il ne respire plus ? s’angoisse Jessica en m’attrapant tout à coup par ma chemise me secouant, ses grands yeux bruns écarquillés.
Elle a ses yeux. S’il lui arrive quelque chose, je ne pourrai plus jamais la regarder dans les yeux. Je ne pourrai pas supporter de la voir…  
Je n’ai pas de temps à perdre. Plus une seule seconde. Alors je repousse ses mains sans ménagement et j’attrape la chemise noire de mon ami pour tirer dessus et révéler son torse. Je me mets à genoux, joint mes deux mains sur son thorax et entame une série de compressions.
- Est-ce qu’il prend un traitement médical quelconque en ce moment ?
- Hein ?
- Est-ce qu’il aurait pu mélanger alcool et médicament ce soir ? j’interroge Jessica, autant pour avoir un maximum d’information que pour lui occuper l’esprit et l’obliger à penser à autre chose qu’à son père, en train de nous quitter.
- J’en sais rien…je… Non. J’crois pas. Jasper, il peut pas mourir, pas vrai ? Il peut pas mourir hein ? me demande-t-elle, reniflant et essayant de retrouver son calme, de m’en convaincre et de se convaincre. J’ai déjà perdu Jason alors il ne peut pas mourir lui aussi.
Je ne réponds rien. Qu’est-ce que je pourrai répondre à ça ? Elle ne peut pas partir du principe qu’elle a déjà suffisamment donné. La vie ne fonctionne pas comme ça. La vie est une chienne et elle vous prend tout ce que vous avez. Je ne peux pas lui balancer une saloperie comme ça, et je ne me sens pas la force de lui mentir non plus. Alors à la place, je continue mes compressions quelques secondes et puis me penche sur Daniel pour pincer son nez et entamer le bouche à bouche.
Je ne devrai pas le faire puisqu’il saigne, mais tant pis. C’est de mon meilleur ami qu’il s’agit et je me fou qu’il me contamine. Je me fou de tout ce qui pourra se passer par la suite. Parce qu’il n’est plus là… Je ne peux pas imaginer un avenir sans lui.
N’y pense pas !

- Jasper, ils me posent un tas de questions je…je ne sais pas quoi dire, me lance June en revenant. Et c’est seulement à cette seconde qu’elle éclate en sanglots.
- C’est pas l’moment de chialer June, je lui lance sèchement, maudissant ses hormones à la con, maudissant l’enfant qu’elle porte et dont je ne voulais pas.
En fait, l’espace d’une seconde, je propose même mentalement à qui veut bien l’entendre de me rendre Daniel et de prendre l’alien dans le ventre de ma copine en échange…
Je me ressaisis pour lui donner les informations à transmettre au centre médical et elle s’exécute en luttant contre elle-même pour rester compréhensible par son interlocuteur. Jessica, pendant ce temps, s’est écartée et appuyée au mur, ses genoux relevés devant elle, qu’elle a entouré de ses bras. Elle est en état de choc, inaccessible. J’essaie de l’appeler mais rien à faire. Je finis par laisser tomber, continuant d’alterner compressions thoraciques et insufflations d’air, sans obtenir le moindre résultat probant.
Son nez. Pourquoi est-ce qu’il saigne du nez ?
Tu le sais très bien.
Il ne ferait jamais ça. Il ne ferait pas ça. Je l’aurai vu. Je l’aurai forcément vu… Non ?

- June, je veux que tu fouilles dans le meuble. Ouvre toutes les boites que tu trouveras.
- Quoi ? Pourquoi ?
- Fais ce que je te dis. Ouvre ce putain de meuble et fouille !  
Elle s’exécute pendant que je continue d’essayer de relancer le cœur de mon ami, redoutant qu’elle trouve quelque chose. Je la vois fouiner, prenant sur moi pour ne pas la bousculer et le faire à sa place. Elle ne va pas assez vite à mon goût. Je voudrai la voir tout retourner. J’aimerai pouvoir tout retourner…
Et alors que je me fais cette réflexion, j’entends un craquement sinistre s’élever sous mes paumes et sens quelque chose bouger. Je viens de casser une côte à Daniel. Et au lieu de m’en inquiéter, ma colère ne fait qu’augmenter. Contre moi-même et contre lui. Parce qu’à présent, mon massage pourrait faire plus de mal que de bien. Je vais peut-être perforer un organe en essayant de lui sauver la vie. Je vais peut-être me rendre responsable de la mort de mon meilleur ami. C’est sa putain de faute !  
- Qu’est-ce que je dois chercher Jasper ?  
- Une sacoche ou une boite.
- Mais quoi comme boite ?
- Putain d’merde June ! T’es conne ou tu l’fais exprès ?
- Me crie pas dessus !
- J’te crie pas dessus ! je m’agace, conscient que c’est faux. Alors je prend une longue inspiration et expulse un peu d’air dans les poumons de Daniel avant de me redresser pour reprendre le pouls carotidien de mon ami. Regarde derrière le meuble, je reprends un ton plus bas.  
- Y a ri… Oh…
Et je la vois sortir une boite métallique de derrière le meuble. Mon propre cœur manque un battement. Je ne veux pas y croire. Pas ça. Il n’aurait pas fait cette connerie. Pas lui. Il n’aurait pas fait ça à Jessica. Il ne m’aurait pas fait ça à moi. Et pourtant, je n’ai pas besoin de voir le contenu de la boite pour savoir que si, il l’a fait. Je le devine au regard interloqué que me lance June.
En rage, je reprends mon massage.
- Cocaïne ? Crack ?
- Je… Comment c’est possible ?
- Fais sortir Jessica. Allez attendre les secours.

Une douzaine de secondes plus tard, j’entends déjà les sirènes familières d’une ambulance s’élever au loin et se rapprocher. June est parvenu à faire se lever Jessica et toutes deux ont disparus de ma vue pour l’instant. Je sais que c’était la meilleure chose à faire, mais maintenant que je me retrouve seul, en tête à tête avec mon meilleur ami, cliniquement mort, je sens l’angoisse monter.
- Me fais pas ça. T’as pas l’droit d’faire ça. J’en ai déjà trop chié. Tu peux pas m’faire un coup pareil, Daniel. J’te jure que je te détesterai jusqu’à ma putain d’mort si tu m’fais ça, je peste entre mes mâchoires étroitement serrées.
J’ai l’impression que mes bras pèsent des tonnes à présent et je commence à haleter sous l’effort. Heureusement, dans les trois minutes qui suivent, j’entends l’équipe pénétrer dans l’appartement et les vois débarquer dans la pièce, avec tout le matériel nécessaire. Je leur transmets les informations en ma possession et leur parle du boitier que June a trouvé caché derrière le meuble de la salle de bain. Je m’écarte le temps qu’un des secouristes (d’une autre caserne que la notre, heureusement) posent les électrodes du DAE pour évaluer l’état de Daniel. Lorsqu’il fait mine de retirer sa médaille, je me permets d’intervenir pour le faire moi-même.
- C’est à son fils. Il y tient beaucoup, je me justifie en la lui détachant moi-même pendant que la machine distribue ses instructions.  
Nous nous écartons ensuite du corps inanimé de mon ami alors que le premier choc est donné. J’esquisse un mouvement pour recommencer mon massage, mais le secouriste à ma droite m’en empêche et me demande de laisser faire son collègue. J’ai du mal à m’y résoudre. Daniel est ma responsabilité… Je me dis qu’ils ne vont pas savoir y faire, qu’ils ne se sentent sans doute pas suffisamment concerné par tout ça, contrairement à moi.
La mort dans l’âme, je me résigne et les laisse faire, m’éloignant d’un pas et me redressant, ce qui me permet d’avoir une vue d’ensemble de la situation, de prendre un peu de recule. Et ce n’est pas beau à voir. Ce que je vois en me plait pas le moins du monde et me retourne l’estomac… Et quand l’ambulancier relève la manche de Daniel pour lui poser une voix et que j’aperçois les marques d’injection, je suis incapable de faire face plus longtemps à tout ça. Je me détourne, portant mes deux mains à mon visage, fermant les paupières et serrant les dents.
- Putain d’chierie d’merde…  
Lorsque je rouvre les yeux, je remarque que Jessica se tient à la porte, droite comme un i, son regard braqué sur Daniel. Je me fais la réflexion que je ne peux pas la laisser voir ça et m’approche d’elle pour la prendre dans mes bras. J’essaie de la détourner du spectacle, mais elle me résiste.
- Non. Je veux voir.
- Il faut pas. S’il te plait Jess, viens avec moi.
June se tient un peu plus loin, ses deux mains posées sur son ventre, en train de donner des informations à un troisième homme en blouse qui complète un dossier. La laissant à ce qu’elle fait, je serre Jessica contre moi, renonçant à l’éloigner. Je sais que Daniel va m’en vouloir, mais certainement pas autant que sa fille et moi allons lui en vouloir pour ce qu’il vient de nous imposer.        

- J’ai un rythme, lance soudain l’un des secouristes, alors que la machine vient de choquer Daniel à nouveau.
Je pousse un lourd soupir de soulagement et sens mes jambes devenir cotonneuses et la tête me tourner une poignée de secondes. Les deux hommes s’activent sous nos regards impuissants, bientôt rejoint par le troisième qui vient de libérer June. Au lieu de nous retrouver cependant, ma petite amie se laisse tomber dans le canapé du salon, les yeux perdus dans le vague, continuant  de caresser son ventre arrondi.
La décision de transférer Daniel à l’hôpital est rapidement prise et, après m’être renseigné sur l’endroit où il va être amené, je propose aux filles de les y conduire. Jessica oppose un peu de résistance, voulant grimper avec son père, mais je parviens (non sans l’aide de June et d’un des secouristes) à la convaincre de rester avec nous. Je me charge de signer quelques papiers pendant que les hommes chargent Daniel - toujours inconscient mais capable de respirer par lui-même - à l’arrière de l’ambulance puis retrouve les filles dans la voiture.
- Ca va aller.
- Il va mourir.
Je me tourne vers Jessica, installée sur le siège passager et la contemple sans prononcer une parole. Son ton me glace le sang, mais pas autant que son regard… June appose une main sur son épaule depuis la banquette arrière, mais l’adolescente la repousse et ma petite amie n’insiste pas.
Sans avoir rien dit, je tourne la clé de contact et lance le moteur pour suivre l’ambulance en direction de l’hôpital le plus proche.  


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MessageLun 16 Mai - 17:23

Winter came as a load frozen down to the bone
I lived here half asleep


J'ouvre subitement les yeux et je me retrouve ébloui par la blancheur du plafond. Je plisse les yeux, reste un instant sans bouger avant de doucement tourner mon visage vers la droite. J'aperçois les rideaux blancs qui flottent doucement, la fenêtre doit être ouverte mais je ne parviens pas à voir la dite fenêtre car la lumière extérieure est bien trop blanche pour ça. Je ferme les yeux et tourne mon visage de l'autre côté pour observer ce qui se trouve autour de moi et je fronce les sourcils en reconnaissant l'environnement. Les meubles, les cadres... Je me redresse doucement dans le lit : c'est ma chambre. Enfin, c'était ma chambre ou plus exactement notre chambre à mon ex femme et à moi. Je ne sais pas. Il y a quelques instants j'étais allongé sur le sol de la salle de bain et Jasper me mettait des claques pour me faire rester conscient et je me retrouve là ? Je porte machinalement ma main gauche à mon visage pour toucher la plaie que je me suis fait en tombant mais je ne sens rien sous mes doigts : pas la moindre plaie, pas le moindre sang et d'ailleurs, lorsque je regarde ma main, il n'y a pas de sang dessus. Poussant la chose plus loin, je soulève la manche de ma chemise blanche (elle sort d'où d'ailleurs ?) pour regarder mes bras et n'y vois aucune trace des injections que j'ai pu me faire. Je rabats la manche de la chemise et me redresse complètement et fais un tour sur moi-même. Pourquoi je suis là ? Je rêve sans doute. C'est un rêve oui. Je m'avance, réalise que je suis pieds nus et esquisse un petit sourire en savourant le tapis moelleux sous mes doigts de pieds. C'est con mais je n'ai pas ramené ce tapis avec moi à New York, j'aurais dû, je l'aimais bien. Je me décide finalement à sortir de la chambre et me retrouve dans le couloir. Sur ma gauche, j'aperçois deux portes et je m'approche de la première avant de pénétrer à l'intérieur de la chambre de Jessica. C'est exactement comme dans mon souvenir avant que je ne quitte la maison. Je jette un coup d'oeil à son lit défait, à ses posters, à son ordinateur puis referme la porte. Je m'arrête devant la seconde porte et mon cœur devrait battre à tout rompre face à cette porte et c'est là que je réalise qu'il ne bat pas.

« Oh... » je souffle tout bas.

Les rouages se font dans mon esprit : je ne rêve pas, je suis mort. Mon cœur a dû lâcher dans la salle de bain. C'est vraiment terminé. C'était peu probable que mon cœur tienne la route avec la tachycardie... Je chasse ces pensées d'un mouvement de la tête : ce qui est fait est fait. J'ouvre la porte de la chambre et me mets à sourire en voyant toutes les affaires de Jason. Je regarde tout, tout, tout, et c'est là aussi exactement comme dans mon souvenir. On avait laissé sa chambre telle quelle après sa mort. Je me demande si mon ex femme a finalement pris la décision d'en faire une chambre d'ami. Je ne le saurai jamais. Je remarque que son ballon de volley n'est pas à sa place. Pourtant, quand il ne jouait pas avec, il était toujours précieusement rangé dans sa chambre. J'ai du mal à me détacher de la chambre mais finis par le faire et je m'avance dans le couloir avant de descendre les escaliers pour aller rejoindre le rez-de-chaussée. En bas des marches, je jette un regard circulaire. J'aperçois le salon et la salle à manger, aussi comme dans mes souvenirs, puis m'avance vers la cuisine qui est elle plus éblouissante que dans mes souvenirs : cela vient de la lumière extérieure qui est vraiment très vive. Je vois des bols posés sur la table, des céréales, du lait, du jus d'orange... Tout est laissé en l'état et mon sourire s'évapore doucement quand la scène se rejoue dans ma tête. Je recule, recule, me retrouve de nouveau en bas des marches et tourne soudain mon visage vers la porte d'entrée qui se trouve au fond du petit couloir. Je ne sais pas pourquoi mais je ne suis irrémédiablement attirée vers cette porte. J'ai envie de m'en approcher. J'ai envie de l'ouvrir. Doucement, mes pas m'y amènent. Une fois devant, j'observe la porte un instant, glisse mes doigts sur la poignée, la serre si fort que mes phalanges en blanchissent avant de l'ouvrir à la volée. Pendant un instant, la lumière vive de l'extérieur m'éblouit au point que je suis incapable de voir quoi que ce soit mais rapidement, mes pupilles s'habituent à la luminosité et c'est là que je le vois.

Je n'ai pas vu son ballon parce qu'il l'a avec lui, tout simplement.

Lorsqu'il me voit, il arrête de jouer et un large sourire se peint sur ses lèvres au même moment qu'un sourire éblouissant se peint sur les miennes. Nous nous regardons en silence, en souriant, heureux de nous revoir après tout ce temps. Il tient son ballon dans ses bras et il s'approche doucement et, alors qu'il s'approche, c'est là que je le sens. C'est étrange, difficile de mettre des mots dessus mais... Mais ça me retient de m'avancer vers lui. Doucement, mon sourire se fait moins large tandis que je comprends pourquoi je suis incapable de bouger ou plutôt, pourquoi je ne veux pas m'avancer. Lui arrive bientôt à ma hauteur et s'arrête devant la porte : il ne rentre pas. Je sais. Je comprends. Lui aussi visiblement puisque son sourire se fane tout comme le mien.

« Tu viens pas ? »

Je ferme les yeux quand sa voix s'élève. Des années sans l'avoir entendue et là... Je rouvre les yeux, les repose sur lui et, bien que cela m'arrache le cœur, je secoue négativement la tête.

« J'ai envie de venir. » je lui avoue à mi voix. « Mais j'ai aussi envie d'y retourner. J'ai... » Les larmes me montent aux yeux. « J'ai envie d'être avec toi mais j'ai tellement envie d'être avec eux... Je veux tellement plus d'eux... »

Il semble comprendre puisqu'il me sourit.

« Tu les choisis papa ? »

J'ouvre la bouche mais ressent un choc violent dans mon corps. Je porte ma main gauche à mon cœur. "Toujours pas de rythme. On charge à 250."

« Je les choisis. » je réponds à Jason, ma main droite s'agrippant à la poignée de la porte.

Mon fils me regarde, son sourire grandit et son regard brille d'une réelle douceur : une douceur qui m'a tant manquée et qui me manquera toujours.

« Je te demande pardon. »

Il secoue la tête et se recule.

« Faut pas. T'as rien fait de mal. Moi ça va. Toi ça ira ? »

Je hoche la tête de haut en bas. Oui, ça ira. Je vais vivre un enfer mais ça ira. Second choc. Je me crispe.

« A bientôt papa.
- A bientôt mon grand. »

Et c'est au prix d'un effort incommensurable que je referme la porte alors que la silhouette de mon fils s'éloigne. Je ferme les yeux. La douleur soudain me surprend. J'ai mal à la tête. Ma poitrine aussi me fait mal : pourquoi ? Est-ce que c'est mon cœur ? Est-ce que c'est autre chose ? En tout cas j'ai terriblement mal. Je sens absolument tout et j'entends absolument tout mais je suis incapable de faire le tri. Mon esprit n'arrive pas à fonctionner et je n'arrive pas à ouvrir les yeux. Je suis dans le néant tout en n'y étant pas vraiment. Je suis bloqué mais c'est temporaire. Il faut que ce soit temporaire. Je vais réussir à reprendre le dessus. Il faut que je reprenne le dessus. Les voix disparaissent soudain en même temps que la douleur disparaît. Je vois de nouveau mais je vois ce que je ne veux pas voir. Je suis de nouveau devant cette porte mais je me recule rapidement.

« Non. »

Mon cœur a encore lâché. Putain il a encore lâché. Je m'adosse contre le mur, ferme les yeux.

« Jess, Jasper, Ali, Amber, Josef, Taylor, Matthew... » je dis une fois. « Jess, Jasper, Ali, Amber, Josef, Taylor, Matthew... » je répète une seconde fois, puis une troisième. Je me raccroche à eux inlassablement. « Jess... Jess... Jess... Jess... » je finis par rester bloqué sur ma fille. Mon enfant. Mon sang. J'ouvre soudain les yeux et ça secoue : ça secoue beaucoup. Je porte ma main à ma bouche car je sens l'intubation mais des mains m'empêchent d'y toucher. Oui, il est con ce réflexe. Je laisse faire et regarde droit devant moi : je reconnais le plafond de l'ambulance.

« Monsieur ? Vous m'entendez ? »

Je tourne mon regard vers l'ambulancier. C'est moi à sa place d'habitude. Je hoche très brièvement la tête.

« Vous savez où vous êtes ? »

Nouvel hochement de tête.

« Vous avez fait une overdose, on vous emmène à l'hôpital. Essayez de ne pas me refaire une frayeur comme vous venez de me faire, d'accord ? Accrochez-vous. »

Et encore un hochement de tête. L'ambulance s'arrête brutalement et les portes s'ouvrent tout de suite. Aussitôt l'ambulancier descend et je l'entends débiter un flot de paroles pour expliquer mon cas alors qu'on me sort de l'ambulance. Je retiens que j'étais en arrêt quand ils sont arrivés à l'appartement, qu'après un massage cardiaque et deux chocs mon cœur est reparti mais que mon cœur a de nouveau lâché dans l'ambulance. On m'installe dans une salle de trauma aux urgences, j'entends les médecins donner des ordres : on demande une radiographie du thorax, on demande un scanner cérébral, on demande une échographie cardiaque et on demande de biper la cardiologie. Tout va très vite. On examine ma plaie au visage, on palpe mon abdomen et je suis certain que j'ai une côte cassée vu la douleur à la palpation, celle qui s'occupe de moi aussi d'ailleurs puisqu'elle le fait noter. Elle revient à mon visage, vérifie pour la énième fois mes pupilles : je sais qu'elle craint un problème cérébral à cause du choc mais ma tête va bien. Enfin, elle a l'air d'aller bien, mon cœur par contre... L'échographe portatif arrive, elle commence à regarder et je tente de me concentrer sur tout sauf sur ce cœur qui bat toujours très vite.

« Alors, qu'est-ce qu'on a ? »

Le ton est sec et je glisse mon regard sur le docteur qui vient d'entrer : chirurgien cardiaque à n'en pas douter puisqu'il pousse l'urgentiste pour prendre le relais de l'échographie. Je l'observe du coin de l'oeil. Il plisse les yeux.

« Là. C'est juste là. On l'emmène tout de suite au bloc. »

Quoi ?

« J'ai programmé un scanner cérébral à cause du traumatisme crânien.
- Il répond correctement aux stimuli ?
- Oui.
- Alors le scanner cérébral attendra : la lésion cardiaque ne peut pas attendre. On y va. »

Ni une, ni deux, me voilà transporté dans les couloirs de cet hôpital que je ne connais que trop bien. J'entends le chirurgien expliquer le pourquoi de l'opération à l'interne et j'ai de plus en plus peur. Je me retrouve très vite au bloc. Tout le monde s'agite autour de moi, tout se prépare à une telle vitesse... Je finis par bouger la main pour attraper le poignet d'une infirmière de bloc que je fixe droit dans les yeux : j'ai peur. On va m'ouvrir le thorax là. Mon cœur a pris tellement cher qu'on va m'ouvrir le thorax. Je ne vois pas son sourire à travers son masque mais je vois son sourire dans ses yeux.

« Tout va bien se passer. Ne vous inquiétez pas. Il faut continuer à vous accrocher. »

M'accrocher... Oui. Dans ma tête, je recommence à répéter les prénoms de toutes ces personnes qui me sont chères. Jusqu'à ce que ce soit le néant total.

-|-|-

Doucement, je recommence à sentir chaque partie de mon corps. Tout se réveille. Les douleurs je ne les sens quasiment pas, ils ont dû me donner ce qu'il fallait pour ça. Je réalise que je suis toujours intubé. Aussitôt je rouvre les yeux et porte encore une fois ma main au tuyau du respirateur.

« Oh, du calme. »

Quelqu'un s'approche de moi : Infirmière ? Médecin ? Une infirmière visiblement qui s'empresse, je le vois, de biper quelqu'un : le chirurgien sans doute.

« Je sais, c'est désagréable. Le médecin va arriver et on va vous le retirer puisque vous pouvez respirer tout seul maintenant. »

Comment ça « maintenant » ? Les détails, je vais les avoir ensuite, après avoir été extubé. Je vais savoir que je suis en soins intensifs parce que j'ai eu du mal à récupérer après la chirurgie. Je vais savoir que je suis resté trois jours complets inconscient. Je vais savoir que mon scanner cérébral s'est révélé normal. Je vais savoir que j'ai eu beaucoup de chance que Jasper ait été là et qu'il ait fait ce qu'il fallait en attendant l'arrivée des ambulanciers. Je vais savoir qu'on m'a programmé une consultation psychiatrique et qu'on va m'amener des brochures pour une cure de désintoxication. Je vais savoir qu'on m'a mis sous traitement de substitution pour éviter le manque en attendant la suite. Je vais tout encaisser parce que je dois encaisser : il le faut. Je me suis mis dans cette situation et oui, j'ai eu beaucoup de chance de m'en sortir vivant. J'aurai à vie une grosse cicatrice sur le thorax qui me rappellera que j'ai failli mourir. Je ne m'attarde pas trop sur le fait que le chirurgien plastique s'est occupé de ma plaie au visage pour qu'il n'y ait pas de cicatrice.

« Je vais chercher votre fille. »

Alors elle est là. Jasper aussi ? Sans doute pas, il n'y a que la famille qui soit autorisée à venir rendre visite en soins intensifs. Mais si je demande à le voir, ils le laisseront sans doute venir non ? Je demande à l'infirmière, elle me répond que non, ce n'est pas possible. Je fixe le plafond, soudain anxieux : et June alors ? Est-ce qu'elle va bien ? Et s'il était arrivé quelque chose au bébé à cause du stress de ce qu'il s'est passé ? Je n'ai pas le temps de m'attarder davantage sur cette pensée car j'entends la porte coulissante vitrée s'ouvrir et je pose mes yeux sur ma fille ou, plus exactement, sur le visage fermé et en colère de ma fille. Elle s'approche un peu mais pas trop. Elle croise les bras. Elle me toise de haut. Je vois sa mâchoire crispée. Je vois les larmes dans ses yeux.

« Jess...
- Tais-toi. Je veux pas t'entendre. »

Je m'exécute. Je n'ajoute rien. Je me contente de la regarder, pour l'instant en tout cas.

« Comment t'as pu me faire ça ?... »

Les larmes me montent aux yeux.

« Comment t'as pu ? »

J'ouvre la bouche, décidé à m'expliquer ou en tout cas à essayer même si elle m'a demandé de la fermer.

« Ah oui, je sais ! » elle me coupe. « T'étais triste, en colère, c'est ça ? Moi aussi papa, moi aussi ! Maman aussi ! On était tous en colère ! On a tous perdu Jason ! On a tous été hors de nous quand le salaud qui lui a fait ça est sorti mais... » Elle secoue la tête, visiblement écœurée. Elle a raison. « Mais moi je t'aurais jamais fait ça... Moi je t'aurais jamais abandonné ! »

Les mots me transpercent le cœur.

« Jess, je suis désolé... Par...
- Je me fous de tes excuses ! » elle me coupe une nouvelle fois, en larmes à présent. « Tu es mort papa ! Devant moi ! Tu étais mort ! Est-ce que t'as la moindre idée de ce que ça m'a fait de te voir comme ça ? Non, parce que tu penses qu'à toi ! T'es qu'un connard égoïste ! »

J'essaye d'encaisser mais c'est difficile. Très difficile. Elle a beau avoir raison, tous ses mots me font horriblement mal. J'en pleure. Je tends la main vers elle.

« Jess, s'il te plaît... »

Elle recule.

« Tu sais que les médecins disent que tu as eu beaucoup de chance ? Tu as eu de la chance que Jasper soit là, tu as eu de la chance... Tu as une seconde chance et tu sais quoi ? Je te souhaite de bien en profiter parce que je serai pas là pour y assister.
- Quoi ?
- Quand tu sortiras de ce lit, et c'est pas pour tout de suite, moi je serai déjà partie. Je serai rentrée chez maman parce que je veux plus te voir. Jamais. Tu m'entends ? Je te pardonnerai jamais.
- Jess... »

Sauf qu'elle tourne les talons et quitte la pièce sans rien ajouter. La panique me prend subitement quand je réalise qu'elle le pense, qu'elle va partir et que je ne vais plus la revoir. Mes larmes redoublent d'intensité, mon cœur s'emballe, je m'agite. Les bips s'emballent sur le moniteur et l'infirmière entre en trombes pour me forcer à rester allongé.

« Restez allongé.
- Non. Il faut que je la rattrape. Il faut... »

Sauf que je me retrouve incapable de parler, le souffle coupé : crise de panique. L'infirmière attrape le masque à oxygène qu'elle vient poser délicatement sur mon visage.

« Voilà. Inspirez. Expirez. Calmez-vous. »

Je l'écoute, je viens même poser ma main sur la sienne avant de plonger un regard que je sais désespéré dans le sien. Elle esquisse un sourire réconforant.

« Elle est en colère et c'est normal. Elle a eu très peur pour vous. Vous savez, elle a passé ses journées ici pendant que vous étiez inconscient. On crie sur les gens qu'on aime, c'est normal. » elle me répète. « Elle se calmera. Elle vous pardonnera. »

Je reprends doucement une respiration plus normale et termine par lui faire retirer doucement le masque à oxygène.

« Non. Jamais. Parce que c'est impardonnable... »

L'infirmière pose une main réconfortante sur mon épaule et commence à s'éloigner.

« Attendez. Mon ami, il est toujours là ? »

Elle se retourne et me regarde.

« Je ne sais pas.
- Vous pouvez vérifier s'il vous plaît ? Et s'il est là, vous pouvez le laisser venir ?
- Monsieur Mills...
- Il fait partie de ma famille. S'il vous plaît... 
- Je vais voir ce que je peux faire. »

Et elle s'en va.

Encore faut-il que Jasper soit encore là.
Encore faut-il qu'il soit d'accord pour venir me voir.
Encore faut-il que je sois prêt à l'affronter ce dont je doute mais j'ai trop besoin de lui.


(c) sweet.lips
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MessageJeu 19 Mai - 13:38

into the dark
Winter came as a load frozen down to the bone


Mon pied s’agite sur le sol sans que j’en ai vraiment conscience. Une fois de plus, June appose sa main sur mon genou pour qu’il cesse de s’agiter frénétiquement et nous échangeons un regard. L’attente est en train de me rendre complètement fou et je sais que ne suis pas le seul dans ce cas. Jessica est prostrée dans son coin. Elle est restée un moment à mes côtés, mon bras autour de ses épaules, sa tête posée sur la mienne, et puis elle a pris ses distances. Je ne lui en veux pas bien sûr, je suis juste contrarié de ne pas trouver le bon moyen de l’apaiser. Je n’arrive même pas à lui parler. Je ne sais pas quoi lui dire. Je me sens coupable, j’ai l’impression de l’avoir trahie. Je venais de lui promettre de m’occuper de trouver ce qui clochait chez Daniel et maintenant je le sais, je réalise que j’aurai dû le savoir depuis longtemps. Je n’ai rien remarqué. Rien du tout… J’ai laissé les choses en arriver là… Je crois qu’elle m’en veut et je ne peux pas le lui reprocher puisque je m’en veux moi-même.
Je sens la main de June passer dans mon dos et le caresser en même temps que son ventre. J’ai envie de la repousser. Je ne veux pas qu’elle me touche, je ne veux pas qu’elle me rassure et je ne veux plus l’entendre me promettre que tout va bien se passer. Tout ne se passe jamais bien et son optimisme me rend dingue. Mon meilleur ami vient de faire une overdose de cocaïne. Mon meilleur ami consomme de l’héroïne depuis je ne sais pas combien de temps et je n’avais rien remarqué. Rien ne va. Rien ne va jamais. Chaque fois que je pense retomber plus ou moins sur mes pieds, le sol se dérobe à nouveau et tout se casse la gueule.
- J’vais m’chercher un truc, je décrète en me levant subitement, ne supportant plus le contact de ma petite amie. Quelqu’un veut quelque chose ? Jess ?
Elle secoue la tête à la négative et retourne à ses pensées, rongeant nerveusement ses ongles. Je me tourne vers June qui hausse une épaule sans me répondre et fuit mon regard, blessée. Je n’ai pas envie de m’excuser et de la ménager. Je sais que je suis injuste, que j’agis comme le plus parfait des cons, mais tant pis. Elle a l’habitude depuis le temps, non ? Et si elle n’est pas contente, elle n’a qu’à rentrer chez nous, je ne la retiens pas.    

Je m’éloigne donc d’un bon pas, cherchant malgré tout un distributeur, histoire de ne pas revenir les mains vides. Je finis par en trouver un et m’en approche pour observer son contenu, sans pourtant parvenir à me concentrer suffisamment pour choisir quoi que ce soit. De toute manière, je n’ai pas vraiment faim. D’abord parce que nous sortons de table au final, et puis surtout parce que voir votre meilleur ami étendu par terre, la tête en sang, en arrêt cardiaque, a le don de vous couper l’appétit…
Je reste planté dans le couloir, face à la machine et repense à tout ce qui vient de se passer. Je me rejoue le film de la soirée, je revois tous els signaux qui auraient dû m’alarmer. J’en viens à la conclusion que je me doutais que quelque chose clochait et que j’aurai dû deviner ce qui se tramait. Tout était sous mes yeux et j’avais décidé de les garder fermer. Parce que je suis un connard égoïste et que je ne voulais pas avoir à me charger de tout ça. C’est l’explication la plus logique… Je remarquais toujours quand Aiden avait consommé quelque chose et il était accro aux mêmes substances que Daniel. Alors pourquoi est-ce que je n’avais pas su voir ce que j’avais sous le nez ? Parce que je n’avais pas voulu, point.
A cause de ça, Jessica va peut-être perdre son père et moi, je risque de perdre mon ami. Mon frère. Celui à qui j’allais proposer de devenir le parrain de ma fille à naitre…
Je porte ma main au col de ma chemise et tire dessus. J’ai chaud tout à coup et je me sens à l’étroit. Je finis par déboutonner un bouton, et puis un deuxième. Je prends une longue inspiration et fouille dans la poche arrière de mon pantalon pour y trouver mon portefeuille et pouvoir me commander une boisson rafraichissante. Mais je ne le trouve pas. Je m’agace et puis réalise tout à coup qu’il est resté dans ma veste, qui elle-même se trouve à l’appartement de Daniel.  
- Putain d’merde, je m’agace à voix haute.
Une voix vibrante d’émotion. Je passe une main tremblante sur mon visage et puis frappe du plat de la main sur la vitre du distributeur. Ca ne me soulage même pas. Ca me permet juste de remarquer que ma main est moite et a laissé une empreinte sur la surface transparente. J’essuie donc mes deux sur l’arrière de mon pantalon et pousse un lourd soupir avant de fermer les yeux et essayer de faire le vide dans mon esprit.
Mais à la place, je revois Daniel, cliniquement mort, allongé sur le sol de sa salle de bain. Je sens sa côte se briser sous mon poids. Je sens l’odeur désagréable de sa sueur et celle du sang.
Et puis je revois Jenny, sa cervelle répandue un peu partout dans le salon familial. Je revois mon père, ligoté sur une de nos foutus chaises, de la merde lui dégoulinant le long de la jambe, les tripes en vrac. Je revois très nettement le sourire sanglant que Jared a tracé sur les joues de ma mère qu’il considérait comme une hypocrite…
Je repense aux photographies que les flics s’étaient amusés à agiter sous mon nez. La photo du corps de Jill, son regard mort, exorbités de terreur et d’incompréhension, son débardeur imbibé de son sang.

- Jasper ? Je sursaute et me tourne vers June que j’ai du mal à discerner. Pour une raison qui m’échappe totalement, sa silhouette est floutée. Oh Jasper…
En un instant, elle fond sur moi et m’enlace tant bien que mal, malgré son ventre arrondi par sa grossesse. Je reste bête un moment, et puis finit par comprendre que je suis ne train de chialer comme une grosse merde et m’agrippe maladroitement à elle, enfouissant mon visage larmoyant dans le creux de son épaule.
- J’peux pas l’perdre. C’est trop. Tu comprends ? C’est TROP.
- Je sais mon cœur. Je sais. Ca va aller. Il va se remettre et toi aussi. Tu ne vas pas le perdre, il va…    
- Bien sûr que si, je m’agace en m’arrachant à son étreinte. C’est déjà foutu ! Tu comprends pas ? C’est comme avec Aiden !
- Non. Aiden et Daniel sont très différents.
- Non ! C’est pareil ! J’arriverai pas à le sauver. J’arrive jamais à sauver personne !
- Tu sauves des dizaines de vie par semaine, Jasper.
- Jamais les bonnes ! Je sauve jamais les gens qui comptent, j’explose, furieux, venant donner un coup de pied rageur dans le distributeur.  
- Jasper… Je sais que tu es bouleversé mais…
- Bouleversé ? Non tu crois ?
Je reprends mon souffle, essuyant les dernières larmes qui ont réussi à m’échapper avant de placer mes poings étroitement serrés sur mes hanches, le regard fuyant. June patiente quelques secondes avant de tenter une nouvelle approche. Je la repousse d’un haussement d’épaules, tiquant d’irritation, mais quand elle réitère son geste, je n’ai plus le courage de le faire. Je pousse un nouveau soupir, levant les yeux au plafond en luttant contre les larmes qui tentent une nouvelle percée.
- J’ai trop donné. J’peux plus perdre qui que ce soit. Si ça arrivait…si ça arrivait…
- Tu ne vas perdre personne mon amour. Tu vas gagner une très belle petite fille dans quelques semaines. Daniel va aller mieux… Les choses vont s’arranger, j’te l’promets.
Je me retourne vers elle, essayant de me raccrocher à ces mots. Désespérément. Mon regard suppliant croise le sien et je baisse la tête, honteux. Elle l’attrape entre ses deux mains fraiches et embrasse mes lèvres, mon nez, mon front, mes lèvres à nouveau. Finalement, elle vient coller son front contre le mien et nous restons un moment dans cette position. Jusqu’à ce que je me sois un peu apaisé.
Je lui propose de retourner auprès de Jessica et elle approuve, attrapant ma main dans la sienne pour me raccompagner jusqu’à la salle d’attente où se trouve toujours la jeune femme. Elle n’a apparemment rien remarqué de notre absence. Au lieu de retrouver ma place, je viens me laisser tomber près d’elle et June s’installe de l’autre côté. Après une seconde d’hésitation, je passe un bras autour de ses épaules et l’attire contre moi. L’adolescente n’oppose aucune résistance et quand ma petite amie prend sa main dans la sienne, elle ne cherche pas à la retirer non plus. Et quand elle commence à pleurer, nous la serrons un peu plus étroitement l’un comme l’autre.  

Nous restons dans cette position jusqu’à l’arrivée du médecin s’étant occupé du dossier de Daniel. Il nous fait part de son état et je me charge de rappeler l’ex femme de Daniel pour lui résumer ce que nous venons d’apprendre, Jessica se sentant incapable de lui parler.
L’attente recommence alors. Je perds la notion du temps. A un moment, June me dit qu’elle va aller remettre un peu d’ordre à l’appartement de mon ami, pour éviter à Jessica d’avoir à rentrer chez elle et de trouver l’appartement tel que nous l’avons laissé. J’aurai aimé pouvoir l’accompagner mais elle parvient à me convaincre de rester à l’hôpital. Je lui fais promettre de m’appeler régulièrement et de ne pas se fatiguer et puis elle s’en va, nous laissant Jessica et moi dans la salle d’attente. La jeune femme fini par s’endormir sur mon épaule et je la laisse faire, commençant moi-même à somnoler un peu.
Je suis réveillé par l’approche d’une infirmière qui vient m’annoncer que Daniel a repris conscience et que, si elle le souhaite, Jess peut aller le voir. Une fois qu’elle s’est éloignée, je secoue doucement la jeune femme qui émerge péniblement de son sommeil agité et lui annonce la nouvelle.  Elle est pleine d’appréhensions mais je parviens à la convaincre d’aller retrouver son père et l’accompagne jusqu’aux portes des soins intensifs.
M’adossant au mur, je prends alors mon mal en patience. J’envoie un message à June et à la mère de Jessica qui est déjà en route pour venir la soutenir. Une fois cela fait, je frotte mes yeux brûlants de fatigue et recommence à patienter, impuissant.
Ceci dit, je n’ai pas à le faire très longtemps. Après moins de cinq minutes, Jessica me rejoint déjà, les joues inondées de larmes. Elle me passe devant sans me voir, furieuse, et quand je tente de la rattraper elle me repousse violemment et va se réfugier dans les toilettes pour femmes. Poussant un soupir, je jette un regard haineux du côté des portes automatiques qui viennent de se refermer sur le passage de l’adolescente. J’ignore ce qu’elle et Daniel ce sont dits mais décide de me ranger du côté de Jess qui doit subir tout cela, au même titre que moi.

Avant qu’elle soit ressortie, une infirmière vient me trouver pour me proposer d’aller voir Daniel qui me réclame. J’acquiesce mais ne me presse pas pour le retrouver. Je veux d’abord m’assurer que Jessica va bien. Ne la voyant pas ressortir, je finis par entrer dans les toilettes et parler un peu avec elle au travers de la porte qu’elle maintient fermée entre nous. Je me sens terriblement impuissant et le lui avoue franchement, ce qu’elle dit apprécier.
- Tu peux y aller. Mon petit ami ne va pas tarder à venir me chercher de toute façon.
- Ton petit ami ? Quel petit ami ?
- Puisque c’est la soirée des grandes révélations : mon père se shoot à l’héroïne et moi je fréquente un garçon de ton âge depuis des mois dans son dos. Tu peux le lui dire, je m’en fous. J’espère que ça va copieusement l’emmerder, lance Jessica sur un ton de défi.
Je ne réponds rien, soupire et laisse planer un silence qui s’éternise. Finalement, je lui arrache la promesse de patienter jusqu’à l’arrivée de sa mère avant de partir, de ne pas couper les ponts avec moi, et sort de la pièce pour aller me confronter à mon meilleur ami…
Dire que je suis stressé serait un euphémisme. J’ai la nausée, les mains moites et le cœur qui bat à mille à l’heure. Mais je ne me dégonfle pas. Je pénètre dans le service des soins intensifs et me laisse guider par l’infirmière qui m’alpague jusqu’à la chambre de Daniel. Le voir dans son lit, relié à un tas de machines, un pansement imposant lui mangeant la moitié du visage, me fait un choc. Et ce regard qu’il me lance… Ce regard me glace le sang, me paralyse.
Mais pas longtemps. Je me force à m’arracher à ma torpeur et m’avance dans la pièce, les mâchoires crispées, sentant ma colère revenir à vitesse grand V. Parce que c’est lui qui s’est infligé ça. Lui qui NOUS a infligé ça… Et c’est certainement parce que cette idée me traverse l’esprit que mes premiers mots pour lui sont :
- J’espère que ça valait le coup Daniel. J’espère que ça valait vraiment le coup.
Mon ton est froid, mon regard dur.
- Et t’as intérêt de me répondre que oui, parce que si tu as infliger ça à ta propre fille pour rien… Tu vas te manger mon poing dans la gueule, j’te l’garantie mon vieux… Comment t’as pu être aussi stupide ? Tu ramasses des putains de junkies tous les jours ! Tous les jours Daniel ! Comment t’as pu te faire ça ? Comment t’as pu nous faire ça, hein ? je m’emporte, sentant mes yeux s’humidifier malgré moi.
Je préfère me taire, agacé par le tremblement de ma voix.  

© GASMASK
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MessageSam 4 Juin - 22:04

Winter came as a load frozen down to the bone
I lived here half asleep


Je suis épuisé. Véritablement épuisé. Je lutte pour garder les yeux ouverts parce que si Jasper arrive et que je me suis endormi, si je le loupe... Je veux le voir. J'ai vraiment besoin de le voir. J'ai conscience que ça ne va pas être une partie de plaisir mais c'est mon ami, mon frère, mon âme sœur, j'ai besoin de lui. Il tarde cependant à arriver. L'infirmière repasse brièvement par ma chambre et m'annonce que mon ami ne va pas tarder à venir me voir. Il a dit oui alors ? J'esquisse un sourire reconnaissant. Elle n'était pas obligée de faire ça mais elle y a consenti : c'est adorable de sa part. Je me mets à observer le plafond, je patiente. Je ressens une certaine nervosité mais si je n'étais pas sous médicaments, ça serait très certainement bien pire, j'en ai conscience. Je vais avoir un peu d'aide chimique pour faire face, c'est déjà ça parce que sinon... Parce que sinon j'ignore si je serais capable de tenir le coup face à Jasper, face à ce qu'il risque de me dire alors que j'ai besoin de lui. Il m'en veut, à n'en pas douter et... Et s'il me tournait le dos ? Et s'il avait accepté de venir me voir juste pour faire comme Jess et m'annoncer qu'il ne veut plus jamais me voir ? Très égoïstement, c'est à cela que je pense alors que je fixe le plafond trop blanc de la chambre. Peut-être vais-je vraiment me retrouver tout seul et si c'est le cas, est-ce que je vais réussir à faire face à ce qui m'attend ? Est-ce que je vais réussir à combattre tout ce que je dois combattre ? Et si après Jess et Jasper, ce sont tous les autres qui décident de me rayer de leur vie ? Du mouvement me sort de ces pensées qui sont absolument terrifiantes et je glisse mon regard vers la silhouette qui se tient à l'entrée de la chambre : Jasper. A l'instant où je vois son visage, où je vois son regard, je me souviens que c'est son regard à lui que j'ai vu en dernier avant de sombrer. Je me souviens ce qu'il s'est passé ensuite, ce qu'il a été obligé de faire pour moi, ce qu'il a été obligé de me faire et cela me tord les entrailles et me déchire le cœur si bien que j'en ai les larmes aux yeux. Je fixe Jasper avec un regard empli de tristesse, de douleur mais surtout de culpabilité.

Je m'en veux véritablement.

Jasper reste un instant sans bouger puis se décide à pénétrer à l'intérieur de la chambre. Mon cœur s'emballe légèrement le moniteur me trahit d'ailleurs. Je parviens à entrevoir la tension qui émane de Jasper, je vois sa mâchoire crispée, je vois son corps tendu. Il n'est qu'une boule de colère et il a raison : il y a de quoi être en colère. Si j'étais à sa place et qu'il était dans ce lit, je serais en colère aussi, à n'en pas douter. Lorsqu'il s'arrête non loin de moi, ma bouche s'entrouvre, les excuses viennent d'elles-mêmes mais je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit que Jasper prend la parole et pas de n'importe quelle façon. Son ton est aussi glacial que son regard est dur. Je referme la bouche alors qu'il me jette à la figure qu'il espère que tout ça valait vraiment le coup. Je songe à ce qu'il me dit, j'y réfléchis sérieusement, je repense à ce qui m'a poussé à agir ainsi, au pourquoi. Je détourne mon regard une brève seconde tandis que je réfléchis, autant que possible vu que je suis encore un peu à côté de mes pompes, puis je relève mon regard vers Jasper quand il poursuit. Ses mots sont cinglants, vrais mais cinglants. J'entends ce qu'il me dit, je le comprends et il a raison. A bien des égards il a raison : j'ai été stupide. Je sais oui ce que la drogue, je le vois tous les jours et pourtant, j'ai plongé la tête la première. Il me demande comment j'ai pu me faire ça. Il me demande comment j'ai pu leur faire ça mais la vérité c'est qu'à eux, je leur ai rien fait, enfin, pas directement. Là, il prend les choses pour lui, Jess a pris les choses pour elle, Ali prendra sans doute aussi les choses pour elle alors qu'en fait, c'était pour moi. La véritable question c'est pas comment j'ai pu faire ça mais pourquoi ? Et je suis de nouveau face à ce qu'il m'a demandé : si ça en valait la peine. Je vois les yeux de mon ami briller, j'entends sa voix trembler et je m'en veux, je m'en veux encore et toujours et pourtant... Je lève ma main reliée à la perfusion, ma main qui me paraît terriblement lourde, j'essuie une larme au coin de mon œil avant de reposer la main sur les draps : elle est trop lourde, tant pis pour les larmes.

Je soupire.

« Je pourrais te mentir mais je vais pas le faire. » je dis à Jasper dans un souffle. « Oui. Oui, ça en valait la peine. » je lui réponds alors, la voix qui tremble à l'instar de la sienne. « T'as pas idée... » j'ajoute avant de détourner le regard pendant un instant.

Je repense à ce moment où cet enfoiré est sorti, où j'ai reçu ce putain d'appel, où j'ai pété les plombs, où Jess m'a accusé de ne rien faire puis finalement supplié de ne rien faire parce qu'elle avait peur de me perdre. Je renifle, déglutis et reporte mon regard noyé de larmes sur Jasper.

« Quand l'enfoiré qui a tué Jason a été libéré, j'ai pété les plombs. » je lui avoue à voix basse.

C'est là une chose dont nous n'avons jamais véritablement parlé. Très brièvement seulement. Il n'a pas su tout ce qu'il s'est passé ce soir-là, je lui ai dit le minimum. Peut-être aurais-je dû lui en dire plus. Peut-être mais on ne revient pas en arrière. Je lui dis maintenant.

« J'ai tout cassé dans ma chambre et quand je l'ai dit à Jess... Quand je lui ai annoncé que celui avait tué son petit frère était libéré... » Je prends une profonde inspiration, ma voix tremble tellement que j'ai du mal à parler. « J'ai eu envie de le tuer. J'ai tellement eu envie de le tuer et je l'aurais fait... Je l'aurais trouvé et je l'aurais tué mais Jess m'en a empêché. Sans elle je l'aurais fait... Mais je l'ai pas fait. Je l'ai pas fait pour ma fille justement et ça a commencé à me bouffer. Je devenais dingue... Tous les jours, tout le temps, je pensais à ce que je voulais lui faire, à ce que lui il avait fait et ça me rendait dingue. Et y'a eu cette bagarre, cette occasion ensuite et... » Un silence. « J'ai su au moment où j'ai pris le premier rail que j'étais fichu parce que t'as raison, on en voit tout le temps. J'ai pas été stupide, je savais mais je l'ai fait quand même et... »

La sensation est toujours là ou plutôt, le souvenir de la sensation.

« J'ai réussi à me sentir mieux, comme avant la mort de Jason alors j'ai continué. J'aurais pu demander de l'aide. J'aurais pu t'en parler, vous en parler mais vous pouviez pas m'aider. Personne pouvait m'aider. Personne... »

Doucement, mes mots se font moins rapides, ma voix moins affirmée. Je fatigue. Bien malgré moi, je sens que je fatigue.

« Je voulais pas... » J'ai du mal à aligner les mots. « Je voulais pas en arriver là... Je voulais pas t'imposer ça ni à toi, ni à Jess, ni à June... »

Parce qu'elle était là. Parce qu'elle m'a vu le mourir.

« A personne... Je voulais juste... »

Je lutte pour garder les yeux ouverts.

« Je voulais arrêter de souffrir mais pas vous faire souffrir... J'suis désolé. J'te demande pardon... Pardon... »

Je répète ce mot plusieurs fois jusqu'à ce que mes lèvres ne fassent plus que le former sans qu'aucun son ne sorte. Jusqu'à ce que je ferme les yeux. Si j'étais en état, je m'inquiéterais de ce que Jasper pourrait croire. Le moniteur ceci dit ne s'emballe pas du tout. Mon rythme cardiaque est normal. Je m'endors, c'est tout. Parce que je suis épuisé.

Parce que la route est encore très longue.



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