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You're my person {Jasper}
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MessageMar 8 Mar - 20:16

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I'm learning from my mistakes


Assis sur le canapé, je jette un coup d’œil circulaire autour de moi. C’est silencieux et vide. Beaucoup trop silencieux et beaucoup trop vide. Quand Jess habitait encore à la maison, il lui arrivait d’être absente bien sûr mais je ne percevais pas son absence de la même façon que je la perçois maintenant qu’elle est définitive puisqu’elle est retournée vivre chez sa mère. Je soupire et ferme les yeux : il faut bien que je m’y habitue à ce silence puisqu’il n’est pas prêt d’être comblé. Je sais que j’en suis le responsable, je sais qu’elle m’en veut et que tant qu’elle m’en voudra, elle ne voudra ni me voir, ni me parler, et encore moins revenir vivre avec moi. Je lui ai envoyé la photo de mon jeton de sobriété mais elle n’a même pas répondu à ce message. Je fais face à un véritable silence radio de sa part depuis mon overdose et si je n’ai pas d’autre choix que de l’accepter, cela me fait terriblement mal. Je rouvre les yeux, jette de nouveau un regard autour de moi. La solitude me pèse, c’est certain. Je me redresse et vais jusqu’à la cuisine pour me servir un verre d’eau. Une fois le verre rempli, je l’observe en plissant les yeux. Avant, ça aurait été du whisky ou une bière mais maintenant, c’est de l’eau, ou du jus de fruits ou du soda. J’ai envie d’un verre. Bien sûr que j’ai envie d’un verre, j’ai toujours envie d’un verre mais je n’ai pas envie de boire. Ce sont deux choses bien distinctes. Je bois mon verre d’eau et me décide à sortir. Je n’ai nulle part où aller, rien à faire dehors mais peut-être que je vais trouver l’inspiration en sortant et puis mieux vaut que j’aille marcher plutôt que de rester assis ici à me sentir mal. Quoiqu’en y réfléchissant c’est plus « dangereux » de sortir car il y a les supérettes, les bars… Je ne peux cependant pas m’arrêter de vivre, au contraire : le meilleur moyen de réussir est d’être confronté à la réalité.
 
Alors je prends mes clefs et quitte l’appartement.
 
Je ne prends pas la moto, préférant marcher et je marche justement. Longtemps. Très longtemps. Je croise des supérettes, je croise des bars et si je jette un coup d’œil en passant devant, je continue mon chemin, non sans venir toucher de temps à autres mon jeton dans la poche de ma veste en cuir. Au bout d'un moment, je termine par m'arrêter et par m'asseoir sur les marches devant une maison de quartier, m'allumant une cigarette au passage. C'est quand je vois passer devant moi la petite bestiole que l'idée me prend aussi subitement qu'une envie de pisser. J'observe le chat se faufiler derrière une voiture et termine ma cigarette avant de me redresser. Je rentre à l'appartement en m'arrêtant acheter tout ce qu'il faut dans la première boutique pour animaux que je croise et une fois à l'appartement, je fais rapidement des recherches sur internet et repars, avec la moto cette fois-ci. Quand j'arrive au refuge pour animaux, on me demande rapidement si je suis juste venu regarder ou si je viens adopter animal. La réponse fuse tout aussi rapidement : je viens adopter un animal. Chien ? Chat ? Là aussi la réponse fuse rapidement : chat. Non pas que je n'aime pas les chiens mais avec le métier que je mène, la pauvre bête sera trop souvent seule. Et puis mon appartement est trop petit de toutes les façons. Donc, un chat ce sera très bien. Quand la bénévole me demande si je préfère un chaton ou un chat adulte, je réponds sans détour un chat adulte : ils sont moins adoptés que les petits alors si je peux sauver la mise à l'un d'entre eux et me sauver la mise en même temps, c'est parfait. Elle m'emmène dans l'enclos où sont tous les chats adultes et il y en a tellement que ça me fait vraiment mal au cœur (sans parler des chiens qui aboient et sur lesquels je préfère ne pas me retourner pour ne pas craquer). Elle me dit de prendre mon temps et je termine par m'accroupir au sol en observant les matous autour de moi. Certains restent en retrait, d'autres sont curieux et s'approchent de moi, certains ronronnent. J'en caresse certains mais finalement, il y en a un qui attire mon attention. Il est perché sur un arbre à chat mais ne bouge pas. Tigré roux, il est couché, observe autour de lui d'un œil et ce n'est pas une métaphore : je vois très nettement que son œil droit est tout blanc. Je me relève, m'approche doucement et m'arrête avant de le fixer. Lui aussi me fixe quand je parviens à capter son attention. Maintenant que je suis plus près, je me rends compte que son oreille droite est abîmée. Quelques minutes plus tard, j'apprends qu'il a été attaqué par un chien avant d'être abandonné par la famille qui possédait le dit chien.

C'est avec ce chat que je repars sans doute parce que je me reconnais dans sa gueule amochée. Et aussi parce qu'il n'a plus cessé de ronronner dès l'instant où je me suis saisis de lui. Et aussi parce que son prénom choisit par sa précédente famille ne peut pas être un hasard : Volt. Comme dans le dessin animé et mon fils m'en avait tellement parlé. Il m'avait répété, un bon nombre de fois, que si nous avions un jour un chien, on l'appellerait Volt, comme le chien dans le film du même nom. Finalement, ce sera un chat. Je passe le reste de la journée à l'appartement, tantôt jouant avec le chat, tantôt le laissant se coucher sur mes jambes tandis que je regarde la télévision. C'est un amour de chat et pour le coup, il parvient à combler une partie de ma solitude en un temps record. La fin d'après-midi pointe le bout de son nez et j'entends soudain sonner à la porte. Volt fait un bond mais je le calme avec quelques caresses avant de le prendre dans mes bras et de m'approcher de la porte. J'observe par le judas et me fige un instant : c'est Jasper. Je m'éloigne de la porte, jette un coup d'oeil à mon téléphone et m'aperçois qu'il m'a laissé un message. Je le lis brièvement : c'est un peu tard pour ça. Le message dit qu'il va passer me voir comme je le lui ai proposé dans mon précédent message. Je lui ai dit « J'ai repris le travail mais qu'à temps-partiel finalement. Je ne suis pas d'astreinte de nuit pour le moment. Tu peux passer me voir sun soir si tu veux. » et voilà, il est là. Je prends une profonde inspiration, garde Volt dans mes bras et vais finalement ouvrir la porte. Je me retrouve face à mon ami et il me faut quelques instants pour trouver la force d'esquisser l'ombre d'un sourire.

« Salut. »

Je me détourne pour lui laisser la place d'entrer et une fois qu'il est à l'intérieur, je referme la porte, le cœur battant.

« Désolé, je viens seulement de voir ton message en fait. J'ai été... Enfin, j'ai pas regardé mon téléphone depuis ce matin. Mais je suis content que tu sois là. Je suis content de te voir. »

Et pourtant, je ressens comme un malaise. En même temps, la dernière qu'on s'est retrouvé ici ensemble, j'ai fait une overdose et j'ai bien failli lui claquer entre les mains.

« J'te présente Volt. Je l'ai adopté aujourd'hui. »

Ou comment utiliser de façon sournoise mon nouveau compagnon.

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MessageMar 8 Mar - 21:53

you're my person
It feels like I'm drowning and I don't want to come up for air. I lost everything, I threw myself in and you took me when no one was there. Well you can take what you need, take the air that I breathe and I'll give away all that I own. Whatever I lose, is put back by you in a way that you'll never know. I'll be there when you need me most, if you're ever alone. Δ seafret.


Je tourne en rond. J’envisage même à plusieurs reprise de me pointer dans la chambre de ma fille pour la réveiller afin d’animer un peu ma journée. J’ai pris un abonnement à Netflix mais rien ne me fait envie. June ne jurait que par cette chaine et pouvait passer des après-midis entiers, scotcher à l’écran. Moi je n’y arrive pas. Ca me file la migraine. De toute façon, je n’ai aucune envie de m’intéresser à la vie des autres. Pas de bouquin non plus. A une époque, je pouvais lire jusqu’à quatre livres en même temps… Un pour les transports, un à la caserne, un autre sur ma table de chevet pour les insomnie et un autre posé sur la table de la cuisine, à parcourir pendant que je cuisinais. Je n’ai pas lu une seule ligne depuis… Eh bien depuis le décès de June. Pas envie. Je n’ai plus envie de grand chose depuis ce jour-là de toute manière.
Je tourne donc en rond dans l’appartement, avec de la musique en sourdine. Comme souvent, j’ai mis en route l’album d’Hozier que June m’a offert parce que je lui ai dis que j’appréciais un des morceaux. Son dernier cadeau. Ca ne m’aide pas à aller mieux. C’est stupide. Et ça me rappelle surtout pourquoi le morceau en question m’a plu… Parce qu’il m’a fait penser à Rose. Ma copine m’a offert un album qui me rappelle mon ex petite amie. C’est tordu et ça me fait sentir totalement minable encore aujourd’hui. Plus encore aujourd’hui.
Ca me rappelle qu’elle est morte parce que je l’ai mise enceinte. Parce que je lui ai fait croire que je l’aimais pour me glisser dans sa culotte. Enfin ça ne s’est pas exactement passé comme ça, mais le résultat est le même. J’ai menti, je me suis servi d’elle et elle en est morte. C’est ma faute et je vais devoir vivre avec ça. Merrin va devoir vivre avec ça… Comment est-ce que je vais pouvoir lui expliquer tout ça ? Elle va grandir en pensant être responsable de la mort de sa propre mère et pour lui prouver que ce n’est pas vrai, je vais devoir reconnaître devant ma fille qu’elle n’est pas le fruit d’un amour beau et pur mais un vulgaire accident.
Enfin un accident… Sans doute pas. Elle n’a jamais voulu l’avouer, mais je suis persuadé que June me mentait au sujet de sa pilule et qu’elle a cherché à me faire un enfant dans le dos, pour me retenir. Je crois que si elle ne l’avait pas fait, je l’aurai quittée plus tôt… Parce que notre histoire n’aurait pas pu durer. Enfant ou pas, je pense que j’aurai fini par partir. Parce que je ne l’aimais pas comme il le fallait. Pas assez.  
Tout comme je n’aimais pas vraiment sa sœur. Sa sœur avec qui je prévoyais de rompre durant les vacances d’été, juste avant que nous partions l’un et l’autre pour nos Universités respectives. Sauf que je ne pense pas que Jill m’en aurait véritablement voulu. Je pense qu’elle ne m’aimait pas non plus. Pas vraiment. Nous étions plus amis qu’amants et une part de nous le savait parfaitement. Mais Jared l’ignorait. Il l’avait tuée par ma faute. Parce que je ne l’avais pas quittée suffisamment tôt…

Mon timing continuait de craindre. Mon timing avait tué deux filles déjà. Peut-être que je devrai abandonner Merrin, maintenant. Partir sans me retourner et prévenir les autorités, un voisin, un ami, n’importe qui… Et si jamais je me décidai trop tard et que ça lui était fatal ? Jamais deux sans trois…  
C’est à ça que je pense, pendant que j’enchaine les allers-retours dans mon appartement, jetant de temps en temps un coup d’œil à l’extérieur. J’ai envie de sortir, de marcher jusqu’à l’épuisement, de m’enfuir de cet endroit sordide que June appelait notre petit cocon… Ce que son romantisme à la noix pouvait m’agacer. Je détestais l’entendre faire ce genre de remarques mielleuses ou me complimenter. Mais je ne le lui disais pas bien sûr, je souriais et la faisais taire d’un baiser, d’une caresse. Je la faisais taire en lui faisant l’amour.
Cet endroit me rend dingue, mais je ne peux pas partir et changer d’air, à cause de Merrin. Merrin qui dort dans sa chambre, entièrement aménagée par June. Même maintenant qu’elle n’est plus là, elle est encore partout. C’est ma punition. Je dois vivre avec le rappel constant de mon erreur. Je laisse son absence me torturer.
La dernière tasse qu’elle a utilisée est encore posée sur la tablette près du canapé, juste à côté du livre qu’elle lisait en ce moment. La peau de chagrin de Balzac. Je ne l’ai jamais lu et je ne le lirais jamais. Elle a utilisé sa petite cuillère comme marque page. Elle faisait toujours ce genre de trucs… La vérité, c’est que je n’ose plus toucher à mes bouquins, de peur d’y retrouver quelque chose lui appartenant, glissé entre les pages.  

Quelque chose mouille ma joue. Je passe ma main et réalise que quelques larmes m’ont échappés. Je cligne des paupières, observant mes doigts mouillés avec un mélange de fascination et de dégoût. Je n’ai pas le droit de me lamenter sur mon sort, je le sais. Mais je ne fais que ça. C’est la seule chose que j’ai envie de faire depuis le décès de June… Me lamenter et dormir. Mais il y a Merrin. Je suis obligé de me lever pour elle. Je lui dois bien ça après ce que je lui ai arraché. Par moments, il me faut un long moment pour y arriver, mais elle est la seule chose qui parvienne encore à me tirer de mes draps. Elle est la seule chose qui me maintienne encore debout. Peut-être que c’est malsain de tout faire reposer sur elle, de lui faire assumer cette responsabilité, mais qu’est-ce que je suis supposé faire d’autre ? Pour le moment, je n’ai qu’elle…  
Enfin ce n’est pas tout à fait exact. Un tas de gens tentent de me soutenir, de m’aider à surmonter tout ça… Sauf qu’ils ne m’aident pas. Ils pensent tous que j’ai perdu ma moitié, que j’ai perdu la femme de ma vie, me disent qu’ils ne peuvent pas imaginer ce que je traverse ou, pire, le savent… Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. J’ai l’impression qu’il n’y que ma fille qui me comprenne… Qu’il n’y a qu’avec elle que je peux être moi-même, être honnête.
La voilà justement qui s’éveille et commence à pleurer. Je vais enfin avoir un peu d’occupation. En même temps, ses pleures m’insupportent. J’ai l’impression que je ne pourrai jamais vraiment satisfaire ses besoins, combler le véritable manque qu’elle ressent… J’ai peur de ne pas l’aimer comme il faut elle aussi. Cette pensée me terrifie. Elle me paralyse. C’est pour cette raison que je la laisse pleurer durant trois longues minutes avant de daigner m’approcher de la porte de sa chambre, prudemment, l’estomac noué par l’appréhension.
Finalement, je pousse la porte de sa chambre et la sors de son lit. Je comprends pourquoi elle donne de la voix à la seconde où je mets un pied dans la chambre. Elle a besoin d’être changée. Je ravale mes larmes et force un sourire sur mon visage. Mais Merrin n’est pas dupe. Elle hurle plus fort encore. J’essaie de la calmer, mais ça ne fonctionne pas. J’essaie de la bercer mais elle continue d’hurler et je finis par pleurer avec elle, me sentant stupide, coupable, inutile et affreusement seul et démuni.

Merrin finit par s’endormir d’épuisement et, alors que j’aimerai l’imiter, j’attrape plutôt le téléphone, séchant mes larmes pour appeler Alice. Elle accepte de garder ma fille quelques heures, le temps que je fasse une course. Je ne sais pas encore ce que je vais faire, mais je sais que je ne dois pas imposer ma présence à ma fille. Pas quand je suis dans cet état lamentable.
Je la prépare délicatement, parvenant à ne pas la réveiller, et la conduit jusqu’à chez la jeune femme. Elle réalise très vite que quelque chose ne va pas, mais je parviens à la convaincre de ne pas me tirer les vers du nez, lui promettant de lui parler quand je le sentirai, peut-être à mon retour. Elle accepte à contrecœur de me laisser repartir et je m’éloigne, le cœur plus lourd que précédemment, persuadé d’être le pire père du monde…
Je ne reprends pas ma voiture que je laisse garée devant chez Alice et commence à errer dans les rues New Yorkaise, me fondant dans la masse de touristes. J’ignore où je vais atterrir. Ca n’a aucune importance. Je marche. Je mets un pied devant l’autre. C’est ce que je fais depuis que le chirurgien est ressorti du bloc, avec cette expression familière sur les traits. Le fameux "Désolé, j’ai rien pu faire" que j’ai aperçu tellement de fois sur les visages de mes collègues au fil des années…
Et en parlant de collègue… Je sors mon téléphone de ma poche et retombe sur le message de Daniel, le dernier que j’ai consulté. Il me propose de passer le voir quand je le souhaite. Avant d’avoir vraiment réfléchi, j’appuie sur la touche d’appel et porte l’appareil à mes oreilles. Je tombe sur sa messagerie et le préviens que j’arrive.
Pourquoi faire ? Est-ce que j’ai vraiment envie de le voir ? Après ce qu’il a fait… Est-ce que c’est vraiment raisonnable, dans l’état où je suis ? Est-ce que j’y vais pour lui ou pour moi ? A qui est-ce que ça va faire du bien ? Personne j’ai l’impression… Alors à qui je veux faire du mal ? A lui ou à moi ? Nous deux peut-être ? Ceci dit, je sais qu’en le blessant, je me ferai du mal aussi…
N’y va pas…
Trop tard, je suis déjà en route pour son appartement.

J’y suis en une petite demi-heure de marche qui m’a un peu calmé. Je ne sais toujours pas ce que je vais dire à Daniel, mais tant pis. Avec un peu de chance, il sera absent. J’essaie de m’en convaincre tandis que j’appuie de l’index sur la sonnerie que j’entends s’élever de l’autre côté de sa porte. Malheureusement, après quelques secondes seulement, j’entends des pas s’en approcher. Dans les secondes qui suivent, j’entends son verrou claquer et la porte s’ouvre sur la silhouette familière – quoi qu’un peu plus affinée – de mon ami. Il me salue sobrement et m’invite à entrer chez lui, se décalant pour me permettre de pénétrer dans son appartement. Appartement qu’aux dernières nouvelles, il ne partage plus avec Jessica.
- Désolé, je viens seulement de voir ton message en fait. J'ai été... Enfin, j'ai pas regardé mon téléphone depuis ce matin. Mais je suis content que tu sois là. Je suis content de te voir, me lance-t-il d’un ton curieusement mal assuré.
Encore que ça n’est pas si surprenant que ça. Il a merdé. Nous le savons tous les deux et je le lui ai signalé à plus d’une reprise, et ce depuis l’instant où il s’est éveillé en ma présence à l’hôpital après son overdose.
Les mains enfoncées dans les poches de ma veste, je jette un œil sur le décor, ne pouvant m’empêcher de chercher la présence d’une bouteille d’alcool ou de quelque chose de compromettant. Mais le seul détail qui dénote un peu, c’est ce chat borgne qu’il ne tarde pas à me présenter, captant peut-être mon regard tourné vers lui.
- J'te présente Volt. Je l'ai adopté aujourd'hui.
Ne me sentant toujours pas prêt à adresser la parole à Daniel, je m’approche de l’animal, avec l’intention de le caresser. Cependant, il ne me laisse pas faire et s’éloigne en trottinant vivement, le dos rond.
- Aussi aimable que Gros Matou, je lance, faisant référence à mon obèse de chat. Obèse de chat qui m’a d’ailleurs abandonné pour aller vivre avec Aiden, dans mon ancien immeuble. Il ne s’est jamais fait à mon nouvel appartement…tout comme moi. Sauf que je ne suis pas aussi libre de mes mouvements que lui. Il est cool, je commente simplement, dirigeant mes pas vers la fenêtre de la pièce pour jeter un œil dehors.
Un silence pesant tombe sur la pièce. J’essaie de réfléchir à une façon de le rompre mais rien ne me vient. C’est finalement Daniel qui s’en charge, me demandant si je souhaite boire quelque chose.
Un whisky. Double.
- T’as du thé ?  
Il acquiesce et je lui confirme que c’est donc ce que je vais prendre. Pendant qu’il s’éloigne vers le coin cuisine, je m’installe sur le canapé, les mains de nouveau dans le fond de mes poches. Je me mets à l’aise sur son sofa et ferme un instants les paupières, attendant qu’il revienne. Je les rouvre dès qu’il le fait, croisant cette fois son regard.  
- Des nouvelles de Jess ?
 
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MessageLun 21 Mar - 11:33

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Lorsque Volt s'éloigne, lorsqu'il refuse de laisser Jasper le toucher, je ne peux m'empêcher d'e soupirer tant ce chat me rappelle... Moi, en fait. C'est comme s'il était vraiment fait pour vivre avec moi. Je veux dire, je dois être aussi difficile que lui en matière de relation avec les autres même si j'ai réussi à me construire un cercle d'amis sincères sur lesquels je peux compter, je n'en suis pas moins limite handicapé quand il s'agit de relations sociales ou quand il s'agit d'accepter la gentillesse des autres. Surtout en ce moment. Il y a des jours où j'ai envie de gentillesse, de soutien, de tendresse, et des jours où j'ai envie qu'on me fracasse la tête contre le mur pour me punir de tout ce que j'ai fait, même si j'avais mes raisons pour agir ainsi. Aujourd'hui, c'est quel genre de jour alors ? Plutôt le jour où je préférerais qu'on me fracasse la tête : je ne me sens pas d'accepter la moindre gentillesse de la part de quoi que ce soit, ou peut-être juste de Volt. Jasper, lui, ne se montrera probablement pas très agréable de toute façon. Il a été là pour moi, c'est vrai, mais il n'empêche que je sais qu'il doit encore m'en vouloir pour... Tout en fait. J'ai quand même fait une overdose dans ma propre salle de bain alors qu'il dînait à la maison avec June... Quand j'y pense... Quand je pense que c'est le dernier où je l'ai vue puisqu'après... Ah. Non. Je balaye cette pensée de ma tête d'un petit geste vif en secouant la tête. Si je me mets à penser à June, à ce qui lui est arrivé, au fait que je n'étais pas là pour Jasper quand il en a eu besoin même si j'ai fait de mon mieux pour le soutenir malgré mon internement, je vais m'enfoncer encore plus et l'idée n'est pas de m'enfoncer : l'idée est de garder la tête hors de l'eau. Donc, le chat. Le chat qui snobe Jasper. Jasper qui fait le lien entre Volt et son propre chat. Pour sûr que le peu de fois où j'ai croisé le dit chat, ce n'était pas le plus aimable du monde. Sauf que Volt, lui, il est aimable il est juste... Il vient d'arriver, faut lui laisser du temps. Ou alors il n'aimera que moi et sera infect avec les autres, c'est possible et si c'est le cas, je ne lui en tiendrai pas rigueur : ce matou, je l'aime déjà.

Jasper se dirige vers la fenêtre, je l'observe en silence, me triturant un peu les doigts. Je les vois bien ses regards, je ne suis pas dupe mais en même temps, il ne peut pas faire autrement. Il n'a pas confiance. Il lui faudra du temps pour qu'il ait confiance. C'est la même chose dans mon cercle privé qu'au boulot : ce que j'ai fait, ça ne sera pas oublié de si tôt et je vais devoir faire de mon mieux pour que tous me refassent confiance. En attendant, il va falloir que je sois patient mais je ne sais pas comment je vais y arriver alors qu'un simple petit silence me pèse autant. C'est pour ça que je le brise. Je lui propose à boire parce que je ne supporte plus le mutisme dans lequel il est enfermé, dans lequel nous sommes tous les deux enfermés. Finalement, il me demande si j'ai du thé et moi de lui répondre que oui, j'en ai. En fait, je n'ai que ça, et du soda, et du jus de fruits, et de l'eau... C'est... Tout ce que j'ai. Il me confirme que c'est cela qu'il souhaite prendre et je m'éloigne donc jusqu'au coin cuisine où je m'évertue à faire chauffer l'eau et à poser sur un plateau tasses, cuillères, sucre et différents arômes de thé : il choisira celui qu'il voudra. Je jette en coup d’œil en biais en frigo pendant que l'eau chauffe et je soupire. Ne serait-ce qu'une petite bière... Même ça je ne peux pas. Pourtant, j'en ai envie. Là, je prendrais bien une bière et il y a cette petite voix dans ma tête qui me dit que je pourrais, qu'après tout, une bière en compagnie d'un ami ce n'est rien mais le problème est pour que pour un alcoolique, même une bière c'est loin d'être rien et j'en suis un, d'alcoolique, j'en suis un... Je soupire, me frotte le visage et quand le bruit de la bouilloire électrique me rappelle à l'ordre pour que me faire savoir que l'eau est assez chaude, je me détourne du frigo et récupère la bouilloire que je pose sur le plateau avant d'amener le tout dans le salon et de poser le dit plateau sur la table basse. Jasper est installé dans le canapé mais je n'ai pas le temps de m'installer qu'il lève son visage vers moi, que nos regards se croisent et qu'il pose la question que j'aurais préféré ne pas entendre d'entrée. Je me fige alors que j'étais sur le point de lui servir de l'eau et reste un instant ainsi, les mains dans le vide, sans plus bouger. Je termine par soupirer et secouer la tête avant de reprendre là où je m'étais arrêté et de lui servir de l'eau chaude. Puis, je fais de même pour moi et prends place sur le canapé.

« Non, aucune. » je termine par lui dire en gardant mon regard résolument détourné du sien.

Je m'intéresse de très près aux différents sachets de thé. La vérité est que je me fous du thé que je vais prendre mais je ne me sens pas le courage de regarder mon ami tandis qu'on parle de ma fille, ma fille que j'ai profondément déçue, ma fille qui ne m'a plus adressée la parole depuis près de... Trois mois maintenant.

« Je lui ai envoyé une photo de mon jeton de sobriété, je me suis dit que ça allait peut-être décoincer un peu les choses mais rien. Mais elle va bien... » j'ajoute finalement en continuant à regarder les sachets de thé. « Mon ex-femme, même si elle m'a beaucoup incendié au téléphone après tout ça, a fini par m'appeler et par me donner des nouvelles de Jess. Elle sait que je souffre de son absence et que je m'inquiète, et du coup, elle fait ça pour moi. Et je sais aussi qu'elle essaye de faire changer Jess d'avis... Je le sais... Mais... Mais c'est... »

Je fronce les sourcils, ma voix se meurt doucement. Je laisse échapper un profond soupir et termine par choisir un sachet de thé à la menthe avant de le glisser dans ma tasse. Ce n'est qu'à ce moment-là que je reporte mon regard sur Jasper : il va bien falloir que je l'affronte à un moment donné.

« Je ne crois qu'elle ne me le pardonnera jamais en fait. Je lui ai fait trop de mal... »

Et voilà, tout ce que je ne voulais pas. Je ne veux pas me placer en martyr. Je ne veux pas qu'on me console mais tout dans mon attitude pourrait pousser Jasper à le faire alors, je change de direction. Radicalement. Je me ferme un peu, beaucoup, crispe la mâchoire et hoche la tête.

« Je dois en assumer les conséquences. Je le ferai. »

En théorie. Pour l'instant, je ne m'en sors pas trop mal mais c'est franchement loin d'être gagné.

« Avec elle comme avec les autres. Comme avec toi. Tu ne m'as pas pardonné non plus, pas vrai ? »

Tant qu'on y est, autant jouer cartes sur table.



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MessageDim 27 Mar - 20:03

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It feels like I'm drowning and I don't want to come up for air. I lost everything, I threw myself in and you took me when no one was there. Well you can take what you need, take the air that I breathe and I'll give away all that I own. Whatever I lose, is put back by you in a way that you'll never know. I'll be there when you need me most, if you're ever alone. Δ seafret.


OK, le questionner sur Jess n'est pas franchement fairplay et j'en ai pleinement conscience. On peut même dire que c'est une geste purement cruel sachant que je suis au courant du silence radio qu'elle impose à son paternel depuis des moi s maintenant. Je le sais parce que, contrairement à lui, je suis encore plus ou moins en contact avec elle et que je travaille au Paddy avec son petit ami. Enfin son ex petit ami si j'ai tout compris… Je remue le couteau dans une plaie qui ne peut pas cicatriser. Daniel a perdu un garçon et il ne peut que mal vivre le fait que son seul enfant encore en vie refuse de lui adresser la parole.
Alors pourquoi lui faire un coup pareil ? Pour lui permettre de vider son sac et d'éventuellement apaiser ses angoisses à ce sujet ? Simplement pour que les sujets épineux soient évacués au plus vite, afin de nous permettre de nous tourner vers d'autres, plus légers et agréables ? Pour le punir ? J'en sais rien. Peut-être un peu des trois… Peut-être que je n'ai pas vraiment réfléchi, que ça m'est juste venu spontanément, parce qu'évoquer sa fille est une habitude.
En tout cas, maintenant c'est fait. Daniel s'immobilise puis laisse échapper un lourd soupir. Un soupir qui trahi son impuissance face à cette situation qui a totalement échappé à son contrôle. Mon ancien collègue nous sert puis se rassoit, pendant que je guette sa réponse en silence, surveillant ses faits et gestes avec attention. Tremble-t-il ? Comment sont ses pupilles ? Est-il nerveux ? Me cache-t-il quelque chose ?
- Non, aucune, me lance-t-il, sa réponse ne me surprenant donc pas le moins du monde.
Il fait ensuite mine d'être très occupé par le choix de son thé et je ne me manifeste toujours pas, concentré sur lui. Je crois qu'une part de moi espère le voir craquer. La part de moi qui souhaite que tout le monde souffre autant que je souffre. La part de moi qui n'aspire plus qu'à contaminer le reste du monde avec mon malheur…
Il finit par reprendre la parole pendant que je me penche en avant pour attraper un sachet de thé au hasard. Je suis déjà au courant pour l'histoire du jeton et je sais qu'en effet, il n'a pas servi à convaincre Jessica. Je ne sais pas ce qui pourrait fonctionner en fait, s'il y a quoi que ce soit qu'il puisse faire pour se faire pardonner. Elle ne pourra jamais s'ôter de la tête les images de son père, étendu sur le sol de leur salle de bain, en train de s'étouffer dans son propre vomi… Moi je n'oublierai jamais. Il nous a imposé une image terrible, qui aurait pu être la dernière de lui en vie et je lui en veux pour ça. Jess aussi. Il nous a trahi. Il nous a surtout fait sentir minables, pour n'avoir rien remarqué de son état… Personnellement, je suis autant en colère contre lui que contre moi-même.
- Je ne crois qu'elle ne me le pardonnera jamais en fait. Je lui ai fait trop de mal...  
Je devrai intervenir, lui dire qu'il se trompe, le rassurer, mais je me tais. Je le laisse mariner dans son jus, culpabiliser. Ceci dit, au lieu de jouer les victimes, il arbore une expression plus dure en assurant qu'il compte assumer ses erreurs. Pour Jessica mais pas seulement.

- Tu ne m'as pas pardonné non plus, pas vrai ?
Un sourire apparait au coin de mes lèvres. Un sourire sardonique, un peu froid. Je le laisse flotter là quelques secondes avant de répondre, pendant que mon thé infuse.  
- J'ai effectivement toujours autant envie de t'foutre mon poing sur la gueule, je lui confie le plus naturellement du monde.
C'est sur son torse que mon poing s'est abattu, par deux fois, lorsque je tentais de le faire revenir à nous. Mais je ne lui parlerai pas de ça. De ça ou du reste. Je n'ai aucune envie d'évoquer cette soirée. Une soirée qui était supposé nous détendre et qui avait viré au cauchemar… Comme tout le reste de nos existences d'ailleurs. Quand je cherche à quel moment tout a dérapé, ce n'est pas à l'accouchement de June que je remonte, mais à ce dîner au cours duquel mon meilleur ami a fait une overdose de cocaïne.
C'est égoïste mais je ne lui en veux pas seulement d'avoir bêtement joué avec sa vie et failli disparaitre des nôtres alors qu'il lui suffisait de nous parler de ce qui n'allait pas. Je lui en veux parce qu'à cause de ça, il n'a pas été là quand MOI j'avais besoin de parler… Il n'a pas assisté à la naissance de ma fille, de laquelle June et moi souhaitions qu'il devienne le parrain. D'ailleurs, j'ai choisi Gethin pour jouer ce rôle dans le seul but de le punir. J'ignore si ça a fonctionné, s'il s'est senti vexé/blessé d'être dépossédé de ce droit, mais une part de moi espère vraiment que c'est le cas. Je sais mon attitude puérile et mesquine, mais depuis quelques temps, j'ai du mal à fonctionner normalement et a avoir des réactions rationnelles ou matures.
Mais s'il n'a pas assisté à la venue au monde de Merrin, il n'était pas là non plus pour m'aider à gérer le décès de sa mère et tout ce qui en a découlé. Et savoir qu'il en est sincèrement désolé ne me rend pas plus compréhensif à son égard.
- Je pense que j'aurai toujours envie de te foutre mon poing sur la gueule en repensant à cet épisode, j'ajoute en jetant un œil sur la coloration de mon eau brûlante, jugeant que le thé n'a pas encore suffisamment infusé. Et pas seulement parce que c'était stupide et égoïste de ta part de faire un truc pareil, mais parce que chaque fois que j'te vois, je réalise à quel point j'ai merdé moi-même. Personne n'aime réaliser qu'il est un parfait trou du cul, Daniel, et c'est comme ça que j'me sens chaque fois que j'te vois… C'est comme si t'avais un néon sur le front qui m'dis : T'as été le pote le plus pourri de l'histoire de l'amitié Jasper !        

Parce que s'il n'a pas pu être là pour moi au moment du décès de June, c'est bien plus tôt que je lui ai fait défaut pour ma part. Au final, je me suis privé moi-même de son aide et c'est frustrant au possible. Je n'ai pas su voir à quel point il était mal. Ou alors, je n'ai pas voulu le voir…
Je lui en veux de ne pas avoir tiré la moindre sonnette d'alarme, mais je sais qu'en tant que son ami, je n'aurai pas dû avoir besoin qu'il fasse quoi que ce soit. C'était mon rôle de savoir. Je ne peux pas me cacher derrière mon manque d'expérience en matière d'interactions sociales, ce serait trop facile et injuste.
- J'sais plus comment agir avec toi. Tu m'fiches mal à l'aise et j't'en veux pour ça, je tique, perdant mon apparent sang-froid, poussant un soupir avant de retourner m'enfoncer dans le fond du sofa. J'me dis que si je te malmènes, tu vas peut-être te servir de ça comme excuse pour rechuter, et en même temps, j'ai pas envie d'te couver. Tu vois c'que j'veux dire ? Y a qu'avec toi que j'arrivais à être moi-même et maintenant j'peux plus ! Et j'me dis que de ton côté, pendant tout c'temps où j'pensais qu'on partageait quelque chose de fort, tu mentais, tu faisais semblant et ça me rend dingue ! J'réalise que j'sais peut-être pas qui tu es ! J'te connais pas et ça me fous les boules, Dany… T'as pas idée à quel point ça m'fout les boules.    
 
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MessageLun 28 Mar - 19:48

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Envie de me foutre son poing sur la gueule ? Je m'en doute de ça, je m'en doute. Si jusque là il ne l'a pas encore fait, c'est sans doute parce qu'il m'a d'abord vu à l'hôpital puis dans le centre de désintoxication. Nous ne nous sommes pas encore revus dans des circonstances normales depuis ce soir-là, depuis l'incident comme je l'appelle. Je peux dire « overdose », je peux dire « mon overdose » même, le psy me le conseille au quotidien et il m'arrive de le dire seulement, pas tout le temps et quand je ne parviens pas à mettre ce foutu mot sur ce qu'il s'est passé, je dis l'incident, voilà tout. En réalité, Jasper pourrait très bien me cogner ce soir. Il en a l'occasion. Je suis là. Il est là. Il n'y aura personne pour l'en dissuader ou pour l'arrêter : moi-même, je ne l'arrêterai pas s'il se décide à m'en coller une ou deux et pas parce que je veux jouer les martyrs ensuite en me plaignant d'avoir eu la tête fracassée, juste parce que je la mérite cette raclée, je la mérite véritablement. Je la mérite même amplement. J'ai failli lui claquer entre les doigts, claquer devant ma fille, devant June... Penser à elle me serre une nouvelle fois le cœur parce que ça aussi, ça doit amplifier la colère de Jasper. Après tout, ça amplifie bien la mienne contre moi-même, le fait de ne pas avoir été là pour lui comme j'aurais voulu l'être et comme j'aurais pu l'être si, à la base, je n'avais pas été trop faible pour faire face. J'ai été là, d'une certaine façon... Quand il est venu me voir, j'ai fait au mieux mais si j'avais été ici, en ville, je ne l'aurais pas lâché, je l'aurais aidé, j'aurais été là : vraiment là. Seulement, j'ai fait ce que j'ai fait, est arrivé ce qui est arrivé et finalement, je n'ai pas été l'ami que j'aurais dû être pour lui. Cela aussi je l'ai sur la conscience, je l'aurai toujours sur la conscience et ce, même si le temps atténuera sans doute la culpabilité (il paraît que le temps va m'aider oui, le psy le dit). Jasper m'en veut et il a raison de m'en vouloir. Quand j'y pense, quand je pense à sa petite, quand je pense au fait que je ne l'ai pas encore rencontrée et que je n'ai pas la moindre place dans sa vie, ça me fait mal mais c'est mérité : pourquoi est-ce que j'aurais le privilège d'avoir une place dans sa vie alors que je n'ai pas été là ni pour sa mère ni pour son père qui est pourtant celui que je considère ici bas comme ma personne, mon âme sœur ?

Je suis un alcoolique, un ancien junkie : pas étonnant qu'il ait demandé à quelqu'un d'autre d'être le parrain de Merrin. Oui, j'ai eu la prétention de croire, pendant la grossesse, qu'ils allaient me le demander. Je prends peut-être mes rêves pour la réalité mais nous étions proches et... Enfin tout ça n'a plus d'importance. J'ai la place que j'ai et puis c'est tout : j'ai fait cette place moi-même.

Finalement, il ajoute qu'il aura toujours envie de m'en mettre une et me brûle l'envie de lui dire de le faire mais je me retiens, non pas parce que j'ai peur de ses coups mais plutôt parce que je crains de le blesser si je viens à dire cela. J'ai peur qu'il pense que je ne le prends pas au sérieux alors qu'au contraire, je le prends vraiment au sérieux. Je baisse doucement la tête, reporte mon attention sur le thé qui infuse quand il parle de ma connerie et mon égoïsme. Oh tout ça je le sais mais l'entendre encore et encore fait toujours aussi mal. En même temps, je ne peux pas m'attendre à autre chose : j'ai déconné, oui, je dois en payer le prix. Sauf que je fronce les sourcils lorsqu'il parle soudain de lui, du fait qu'il estime avoir lui-même merdé en ne voyant pas que j'étais mal au point de me noyer dans la cocaïne et l'héroïne. Alors ça, c'est bien la dernière que je souhaite : qu'il se sente, lui, coupable, alors qu'il n'a rien fait de mal. Je soupire, secoue très légèrement la tête quand il poursuit en me disant qu'à chaque fois qu'il me voit, il se sent comme « le pote le plus pourri de l'histoire de l'amitié ». Ce sont ses mots. Des mots très durs à entendre parce qu'il n'a franchement pas besoin de ça. Il doit déjà faire face au reste alors ajouter de la culpabilité à cause de ce que moi j'ai fait ? Non, hors de question. Et voilà qu'il ajoute qu'il ne sait plus comment agir avec moi, que je le mets mal à l'aise. Je tourne mon visage vers lui alors qu'il s'enfonce dans le sofa. Je ne dis pas un mot. Il parle d'une éventuelle rechute, la saloperie de rechute qui me fait peur. Il parle de ce qu'il parvenait à être avec moi, lui-même, et du fait qu'en faisant ce que j'ai fait, je lui ai retiré ça. En tout cas, il a l'impression que je lui ai retiré ça mais la vérité c'est qu'il s'est mis cette idée dans la tête tout seul. Ceci dit, même si l'envie me prend de le lui dire tout de suite, c'est finalement occulté par ce qu'il me dit ensuite. C'est occulté parce qu'en gros, il se dit qu'il ne me connaît peut-être pas, que je lui ai peut-être menti, que ce qu'on avait n'était pas si fort que ça. Il affirme qu'il ne me connaît et ça me met les larmes aux yeux, des larmes que j'essuie discrètement avec le pouce avant de prendre une profonde inspiration : il faut que je me calme. J'ai l'air calme, je sais que j'en ai l'air mais intérieurement, c'est loin d'être le cas, c'est même le chaos tant dans ma tête que dans mon cœur parce que j'ai tellement de choses à lui dire...

Tellement de choses...

« Tu me connais. » je termine finalement par lui dire à voix basse, quelque peu tremblante, à l'image de la façon dont je me sens : tremblant, vacillant, à deux doigts de craquer. « J'ai menti, c'est vrai, mais pas sur nous. Jamais. J'veux dire, ce que tu représentes pour moi, ce ne sont pas des conneries ni des paroles en l'air. Quand j'te dis que tu es ma personne, et je te l'ai déjà dit même si ça nous mettait tous les deux mal à l'aise parce qu'on n'aime pas s'étaler sur ce qu'on ressent, je le pense. Je le dis pas pour faire semblant. Tu es ma personne. » je lui répète donc la gorge un peu plus nouée. « Ce que j'ai fait... » Je ferme les yeux un instant puis me décide à les rouvrir pour le regarder : faut plus fuir là. Faut assumer. J'ai dit que j'allais assumer. Je me racle la gorge. « Ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait contre toi ou contre Jess ou contre qui que ce soit d'autre qui compte pour moi. Je l'ai fait pour moi. » Je secoue la tête parce que je sais que mes mots peuvent sembler dingues mais ce sont ces mots-là que j'ai tenus face au psy et je dois les tenir face à mes proches : ça aussi, ce sont ses conseils. Je ne dois pas changer de discours : je dois être honnête, c'est le plus important. Mais du coup, parce que je suis honnête et que ça me fait mal de parler de ça, les larmes me remontent aux yeux et là encore je les essuie rapidement. « Tu peux pas te sentir coupable pour ça Jasper, tu peux pas. Il ne faut pas parce que t'aurais rien pu faire pour m'aider. Tu pouvais pas m'enlever cette putain de douleur, tu pouvais pas. Personne pouvait. Pas même ma fille. J'avais qu'à vivre avec, je sais, j'avais qu'à vivre avec et j'y arrivais. Et puis j'ai fini par plus y arriver et j'ai été lâche, c'est tout. J'ai préféré jouer avec ma vie plutôt que d'avoir mal et ça, c'est pas ta responsabilité. Même si t'avais su, même si tu m'avais fracassé la tête et tourné le dos, même si Jess m'avait tourné le dos, à ce moment-là, j'aurais pas arrêté. Je sais que j'aurais pas arrêté, j'en étais incapable. J'ai failli mourir. C'est ça qui m'a rendu capable d'arrêter. »

Je marque un silence, j'ai besoin de digérer ce que je viens de dire. Peut-être que lui aussi. Puis, je reprends.

« T'as pas besoin de me couver, de prendre des gants avec moi. Je suis malade, je me fais soigner, je fais de mon mieux et c'est pas garanti que ce sera suffisant. Je peux replonger, je le sais très bien. Je sais qu'il suffit d'un rien, d'une connerie pour que je craque et que je boive un verre. La vérité c'est que maintenant, à l'instant où je te parle, j'ai envie d'un verre. J'ai tout le temps envie d'un verre en fait mais je n'en boirai pas et c'est là toute la différence avec avant ce qu'il s'est passé. Je sais maintenant, je suis vraiment conscient de tout ça et si je craque, je recommencerai à me battre pour m'en sortir. Il paraît que j'en suis capable. Il paraît... » Ma voix se meurt quelque peu. « J'ai pas besoin que tu me ménages. J'ai besoin de ta franchise même si ça fait mal parce qu'il n'y a qu'en faisant face aux conséquences que je serai capable de vraiment avancer. » Les conséquences... « Je t'ai perdu et peut-être que je te retrouverai jamais complètement et je suis désolé. Pour tout parce que le néon clignotant du pote le plus pourri du monde, c'est pas à toi qu'il s'adresse. Pas à toi... »

Ah non, ça, j'ai la palme d'or.


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MessageMar 29 Mar - 20:16

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It feels like I'm drowning and I don't want to come up for air. I lost everything, I threw myself in and you took me when no one was there. Well you can take what you need, take the air that I breathe and I'll give away all that I own. Whatever I lose, is put back by you in a way that you'll never know. I'll be there when you need me most, if you're ever alone. Δ seafret.


Je n’avais pas vraiment prévu de vider mon sac de cette manière en venant le voir. En même temps, je n’avais pas non plus prévu d’aller frapper à sa porte, ça s’est juste fait comme ça. Comme une vielle habitude. Une mauvaise habitude du genre de celle de porter la main à sa poche à la recherche d’un paquet de clopes quand on essaie d’arrêter de fumer… Daniel est mon paquet de clopes… Ma mauvaise habitude en cas de stresse, d’angoisse, de chagrin. Il risque de m’être néfaste, de m’attirer vers le bas. Il risque de me faire du mal et pourtant, j’ai besoin de lui. Un besoin viscéral…
J’aimerai pouvoir me taire, mais j’en suis incapable. Parce qu’une part de moi estime que, peut-être, si nous parlons ouvertement de ce qui ne va pas, nous parviendrons à arranger les choses. Une part de moi est pleine de l’espoir un peu fou que nous pourrions reprendre comme avant, redevenir amis et laisser tout ça derrière nous. C’est stupide et naïf, je le sais pourtant… Mais c’est plus fort que moi. Malgré tout ce qui m’est arrivé, malgré tout ça, j’ai encore de l’espoir.  Ce foutu connard d’espoir qui m’ancre encore dans ce monde pourri, qui me fait avancer, jour après jour.
Alors me voilà en train de déballer une partie de ce que j’ai sur le cœur au secouriste. Je me sens idiot, je me sens comme un gosse capricieux en pleine crise et à qui une bonne fessée ne ferait pas de mal. Je n’aime pas m’ouvrir de cette façon et il le sait parfaitement. Je lui en veux de m’obliger à le faire avec son regard de chien battu à la con !
Je vois bien que mes propos l’atteignent en plein cœur. Il encaisse, me laisser aller jusqu’au bout en serrant les dents. Je remarque un tremblement dans ses mains qui me donne encore plus envie de le cogner. Je sais bien que je n’ai pas le monopole de la tristesse et qu’il a vécu quelque chose de terrible, une épreuve épouvantable, mais je continue de lui en vouloir de ne pas avoir su tenir bon et être là quand j’avais besoin de lui… Du coup, je lui en veux de me faire sentir comme un foutu égoïste.

D’une voix empreinte d’émotions, il me jure qu’il ne m’a jamais mentit, qu’il s’est toujours montré sincère sur ses sentiments. Du moins envers moi. Mais ce n’était pas ce que je lui reprochais. Et le fait qu’il ne comprenne pas tout à fait où je voulais en venir avec mes remarques m’agace encore davantage.
Ce que je voulais lui dire par là, c’était qu’il mentait sur son propre état d’esprit. Il ne m’avait pas senti à la hauteur, pas capable de l’aider. Il ne m’avait pas confiance et il m’avait induit en erreur en me faisant croire que j’assurai parfaitement mon rôle d’ami. La chute n’en avait été que plus dure encore. Il avait agi de manière sournoise à mon sens… Pas seulement avec moi d’ailleurs, mais avec sa propre fille et ses collègues. Daniel avait menti au monde entier, prétendant tenir le coup alors qu’il sombrait, s’enfonçait chaque jour un peu plus. Il m’avait empêché d’endosser mon rôle et je lui en voulais pour ça.
Je me fiche de savoir qu’il m’apprécie et qu’il me considère comme son ami, comme sa personne. Moi, je ne me sens pas comme ça. Je me sens nul. Archi putain de nul ! Si j’étais vraiment son ami, j’aurai su ce qui se tramait, j’aurai deviné, et ce n’était pas le cas. Je n’avais été qu’un imbécile aveugle…
- Ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait contre toi ou contre Jess ou contre qui que ce soit d'autre qui compte pour moi. Je l'ai fait pour moi, me confie-t-il après une légère hésitation.
Je tique d’agacement, très peu convaincu par ce qu’il vient de me dire. Ondirait un putain de discours de rupture à la mords moi le nœud. Bébé, j’te jure, c’est pas toi, c’est moi !  
Mais ce qui m’agace le plus dans son discours…c’est l’effet qu’il a sur moi. Je sens ma gorge se serrer de plus en plus douloureusement. Et voir son regard se voiler, se brouiller de larmes au fur et à mesure qu’il s’explique me retourne l’estomac.
Je sais qu’il a raison… J’ai suffisamment fréquenté Aiden pour savoir qu’un drogué qui n’a pas eu le déclic lui-même ne décrochera jamais. Mais j’aurai quand même dû remarquer. J’aurai dû savoir. J’aurai dû faire quelque chose… Je lui ai fait défaut, je l’ai laissé tomber. Je l’ai laissé seul face à ses démons et je m’en veux horriblement pour ça. Et je déteste l’idée que lui ne m’en veuille pas, qu’il me trouve des excuses. Ca me fait sentir coupable de lui en vouloir.
Je ramène encore tout à moi mais hey, je ne suis que dans ma tête, pas dans la sienne.  

Je déglutis des lames de rasoir, préférant me concentrer un instant sur mon thé qui a terminé d’infuser. Et puis même si ce n’est pas le cas tant pis. Je n’ai aucune envie de le boire mais il faut que j’occupe mes mains, que je reprenne un peu constance. Je viens d’égoutter et évacuer mon sachet de thé lorsque Daniel reprend la parole. Je n’ose plus le regarder, je fais mine de me concentrer sur ma tasse.  
- Je suis malade, je me fais soigner, je fais de mon mieux et c'est pas garanti que ce sera suffisant, observe-t-il d’un ton un peu dur qui me confirme qu’il n’a pas une bien haute opinion de lui-même en ce moment… Et ce qu’il ajoute ensuite termine de me convaincre qu’il n’est pas aussi sûr que ça de ses capacités à résister à la tentation.
Le voir trop confiant ne m’aurait pas tellement rassuré non plus ceci dit. Au moins, il fait preuve d’honnêteté et son objectivité me paraît être une bonne chose. Je suppose que dans ce genre de situation, le premier pas est de reconnaître ses faiblesses…
- Je t'ai perdu et peut-être que je te retrouverai jamais complètement et je suis désolé. Pour tout parce que le néon clignotant du pote le plus pourri du monde, c'est pas à toi qu'il s'adresse. Pas à toi…
Je continue de ne pas être d’accord avec lui. Si je n’étais pas aussi touché par ses propos, je le lui ferai probablement savoir du tac-o-tac, mais ma gorge est encore trop nouée. Alors j’avale une gorgée brûlante de mon thé et la déglutis péniblement en revenant m’affaler avec ma tasse dans le fond du sofa. Je me racle nerveusement la gorge et pousse un soupir résigné avant de trouver la force de reprendre.
- On pourrait s’renvoyer la balle pendant des heures… J’ai pas fais-ci, j’aurai dû faire ça… La vérité c’est qu’on est deux branleurs.
Ma propre remarque m’aurait certainement arraché un vague sourire dans d’autres circonstances. Pas aujourd’hui. Je n’ai aucune envie de rire. Aucune envie de prendre quoi que ce soit à la dérision.
- Tu pourras jamais m’empêcher de m’en vouloir de pas avoir remarqué. Enfin non, c’est pas ça… J’avais pas envie de voir, c’est aussi bête que ça. Parce qu’après coup, j’ai repensé à un tas de choses… Je savais que quelque chose n’allait pas mais j’avais pas envie de voir, parce que…parce que tu m’connais, j’aime pas qu’on cause de ces trucs là… J’sais pas quoi te dire quand tu me parle de Jason.
Ma voix s’éraille. Parce que je pense à Merrin. J’imagine ce que je pourrai ressentir si on me l’arrachait… J’en crèverai, c’est certain. Parce que mon espoir à moi se prénomme Merrin.  
- J’sais pas quoi te dire quand j’te vois regarder dans le vague et que je sais que tu penses à lui. J’suis un empoté et un foutu lâche. C’était plus facile pour moi de faire comme si t’allais bien… La vérité c’est que ça m’a même pas vraiment surpris. C’était même couru d’avance que ça finirait mal… Et j’peux pas t’en vouloir d’avoir voulu échapper à tout ça. Jessica peut pas comprendre parce que…parce que t’es son père à elle aussi et qu’à ses yeux, sa présence devrait compenser l’absence de son frère mais… Moi j’sais que ça fonctionne pas comme ça…
Je pousse un nouveau soupir et essuie à mon tour mes yeux qui commencent à me picoter. Bordel, nous sommes deux blaireaux pathétiques…
- J’comprends pourquoi tu l’as fait. J’aurai juste préféré… Bah qu’on soit suffisants… Jessica, Alicja, moi et tous les autres. Mais je sais que… Enfin… J'suis mal placé pour te faire la leçon parce que...

Je me mords nerveusement la lèvre, pesant le pour et le contre de mon prochain mouvement. Nous sommes censés parler à cœur ouverts, n’est-ce pas ? C’est le moment ou jamais d’être à 100% honnêtes l’un envers l’autre, pas vrai ? En même temps, si je lui montre, peut-être qu’il va culpabiliser et perdre le peu d’estime qui lui reste. Peut-être que je l’ai déjà trop puni déjà et qu’il faut que je lève le pied… Mais s’il le découvre par la suite ? Je suis le premier à lui reprocher de ne pas m’avoir accordé sa confiance et je lui refuse la mienne ? Si je doute de lui, comment est-ce que je pourrai espérer qu’il croit en ses capacités à affronter l’adversité sans aide artificielle ?
- J’veux te montrer un truc, mais tu dois promettre de pas en faire toute une histoire, OK ? je lui lance avec le plus grand sérieux, me redressant sur le canapé et venant redéposer ma tasse sur la table basse.
Je ne suis toujours pas certain d’être capable d’aller jusqu’au bout. En même temps, si je me dégonfle maintenant… Non, il ne me laissera même pas faire. Daniel me harcèlera jusqu’à ce que je crache le morceau, j’ai été trop loin pour reculer. Je le vois bien à son regard interrogateur et en même temps plein d’appréhensions. Poussant un lourd soupir résigné, je tire sur ma manche droite et la fait remonter, avant de présenter mon avant-bras à mon ami. La cicatrice, encore fraiche, n’est pas très belle. Jade m’a recousu à la va-vite, avec les moyens du bord.
- J’peux pas t’en vouloir d’avoir choisi la facilitée pour fuir tes problèmes parce que j’ai fait la même chose en janvier, je lui lance avant de retenir mon souffle, guettant ses réactions.
Nerveux, je rétracte rapidement mon bras et tire sur ma manche pour dissimuler l’entaille de dix bons centimètres qui part de mon poignet et remonte vers le pli de mon coude.
La preuve formelle que je suis un empoté et un foutu lâche.  
 
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MessageMer 6 Avr - 21:20

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Bien sûr que de nous deux je suis le pire, le plus stupide, le plus égoïste aussi car oui, ce que j'ai fait, je l'ai fait pour moi, sans penser aux conséquences, sans penser au fait que j'allais faire beaucoup de mal autour de moi. J'ai juste voulu me soulager et le reste n'était pas assez important pour que je choisisse une autre alternative. Jasper, Jess, Ali, Amber, Josef et les autres, ils n'étaient pas assez importants et je réalise que si je m'étais trouvé à leur place, j'aurais été terriblement blessé. Tellement blessé de ne pas compter assez pour la personne qui aurait cédé... C'est ce que je leur ai fait à tous et à Jasper, j'ai fait pire. J'ai fait pire parce qu'à cause de mon égoïsme, je n'ai pas été à ses côtés dans des moments terriblement difficiles et ça, je l'aurai toute ma vie sur la conscience. Toute ma vie je penserai encore et encore à ce qu'il a vécu alors que moi j'étais absent. Cela ne s'effacera jamais et je ne mérite pas que cela s'efface. Cette douleur, cette culpabilité, elle est méritée : j'y ferai face. Je peux au moins faire ça oui. Alors, forcément, j'estime être pire que lui. Si lui s'estime coupable de ne pas m'avoir vu sombrer, moi je me sens coupable d'avoir sombré tout court. J'avais mes raisons, c'est vrai, mais cela ne m'excuse pas. Cela ne m'excusera jamais, peu importe la douleur, la détresse... Jamais je ne pourrai être excusé. Ceci dit, quand Jasper reprend la parole alors que je suis en train de ruminer intérieurement ce dont je suis responsable et ce que je ne pourrai jamais changer, je ne peux nier qu'il a raison, dans un sens en tout cas. C'est vrai qu'on pourrait se renvoyer la balle pendant des heures, on pourrait chacun parler de pour quoi on se sent coupable, de ce qu'on aurait dû faire, de ce qu'on aurait pu faire et ça n'avancerait à rien. Ce qu'on dit, là, ça ne nous fait pas avancer. Il faut que ça sorte, certes, mais ça ne nous apporte rien. Je ne suis cependant pas d'accord avec le reste de sa pensée : il n'est pas un branleur, lui, il n'a rien fait de mal, absolument rien. Le problème est que j'aurai beau lui affirmer le contraire, j'aurai beau lui dire que non, il n'est coupable de rien, il ne changera pas d'avis. Je le connais assez pour savoir que cette culpabilité, il ne va pas s'en débarrasser comme ça parce qu'il estime vraiment avoir failli en tant qu'ami.

Nous sommes bien deux à penser ça sauf que moi j'ai raison.

Je préfère donc ne pas relever car ce serait un débat sans fin et je ne veux pas de ça entre lui et moi. D'ailleurs, il ne tarde pas à confirmer mes pensées avec des mots qui me font de plus en plus mal au cœur. Le pire c'est que je comprends parfaitement ce qu'il veut dire : ne pas vouloir voir alors qu'en réalité on voit très bien... C'est quelque chose que je connais malheureusement que trop bien. Parfois, on a besoin de porter des œillères parce qu'on a peur de ce qu'on risque de voir, parce que c'est rassurant de prétendre que tout va bien. Je l'ai fait moi-même... Je l'ai fait... Et je me fige quand il mentionne Jason. Enfin, je me fige l'espace d'une seconde avant de détourner le regard en baissant la tête. Rien que l'entendre prononcer son prénom me donne envie de pleurer. Je ne m'en remets pas. Je n'en suis pas remis. J'ai cru l'être. Pendant quelques temps, j'ai cru que j'avais réussi mais en fait non. En fait, j'ai besoin d'aide pour m'en remettre et l'aide, je l'ai maintenant, mais de combien de temps vais-je avoir besoin pour être capable de parler de mon fils ou d'entendre parler de mon fils sans être à la limite de craquer complètement ? Sans doute encore pas mal de temps j'imagine... Je croise mes mains et me tords nerveusement les doigts quand Jasper poursuit en m'expliquant qu'il ne sait jamais comment agir quand ils s'aperçoit que je pense à mon fils, quand il voit ma douleur...Regarder ailleurs parce que c'est plus facile, c'est ce qu'il a fait, il le dit sans détour mais que pouvait-il faire d'autre ? Cette douleur il ne pouvait pas la comprendre, il ne le peut toujours pas. Il peut aisément l'imaginer à présent qu'il est lui même père mais il ne peut pas la comprendre : on ne peut la comprendre que quand on a traversé « ça ». Soudain, au-delà de toute cette douleur dans laquelle j'ai toujours autant l'impression de me noyer, au-delà de ce que Jasper et moi devons affronter pour pouvoir espérer vraiment nous retrouver, il y a cette petite lueur d'espoir quand il m'avoue me comprendre. Doucement, je relève mon regard vers lui. Il peut comprendre que j'aie voulu échapper à tout ceci.

Il me comprend et bordel, cela me retirer un sacré poids de mes épaules. Que lui me comprenne, lui en particulier, c'est important.

Je ravale tant bien que mal mes larmes quand il prononce des mots qui auraient pu être les miens. Lui aussi semble au bord des larmes, au moins, on est raccord sur ce coup-là. Et puis, la lueur d'espoir qui scintille devient plus fade jusqu'à disparaître quand il ajoute qu'il aurait préféré que lui, Jess et les autres soient suffisants pour moi et ça n'a pas été le cas. Non, ça n'a pas été le cas et ils s'en souviendront toujours. Pointe de douleur au cœur supplémentaire quand il mentionne Ali : je ne m'attarde pas dessus, je m'y refuse. Elle a pris sa décision, à moi de poursuivre mon chemin de mon côté sans me retourner sinon je n'y arriverai pas. Soudain, c'est ma curiosité qui est piquée parce que Jasper semble tout à coup mal à l'aise. C'est là qu'il me dit qu'il est mal placé pour me faire la leçon pour une raison qu'il ne me donne pas car il ne termine pas sa phrase. Je me redresse un peu, fronce les sourcils en le regardant, plus inquiet que curieux en fait. Comment ça il est mal placé pour me faire la leçon ? Il n'aurait pas pris de la drogue après la mort de June quand même ? Il n'aurait pas fait ça ? Pas après ce que moi j'ai fait... Pas après m'avoir trouvé à moitié mort... Non. Il n'aurait pas fait ça. Et pourtant, je me demande... Il termine par me dire qu'il veut me montrer quelque chose mais je dois promettre de ne pas en faire toute une histoire. Okay... Qu'est-ce qu'il a fait ? Il a forcément fait quelque chose. Je hoche la tête presque machinalement : je veux savoir. Je promets mais en fait je ne promets pas vraiment. Comment je pourrais promettre alors que j'ignore de quoi il parle ? Il se redresse sur le canapé et pose sa tasse de thé, mon cœur commence à battre plus vite tant j'ai soudain peur de ce qu'il va me montrer, me dire, les deux... Jasper pousse un long soupir que je sens rempli de résignation comme s'il ne voulait pas qu'il voulait le faire en même temps. Je connais bien ça sauf que moi, finalement, j'ai toujours fini par renoncer mais lui ne renonce pas. Lui, il soulève sa manche droite pour découvrir son avant-bras et quand je vois ce qui se trouve sur sa peau, ma mâchoire se décroche et les larmes me montent aux yeux.

Putain de bordel de merde...

Il a essayé de se tuer. La cicatrice est récente. Vilaine aussi. Elle sera là pour lui rappeler sa douleur, à n'en pas douter et il ajoute qu'il ne peut pas m'en vouloir d'avoir choisi la facilité pour fuir alors qu'il a fait la même chose en janvier. Janvier... Je fronce davantage les sourcils, les larmes me brouillent la vue avant de venir se perdre sur mes joues. Janvier... Il abaisse sa manche. Janvier... Je fixe sa manche. Janvier...

« Janvier... » je termine par murmure tout bas, le mot fait écho à mes pensées. Je relève mon regard vers celui de mon ami. « Jasper... » Et là, c'est instinctif. Je n'y réfléchis pas. Je m'approche de lui et le prends dans mes bras. Dans le fond je sais qu'on est pas de genre-là, à se faire des câlins comme ça. Y'a des mecs qui sont très tactiles, nous on l'est pas. Même quand il m'a claqué entre les doigts et qu'il a survécu, même après ce moment-là je ne l'ai pas serré comme je le serre là. J'y peux rien, c'est viscéral cette envie de le serrer dans mes bras. Parce qu'il a essayé de mourir et cette pensée est tellement horrible... Tellement, tellement horrible... Moi, j'ai choisi la facilité, j'ai choisi la drogue pour pouvoir oublier la douleur mais lui... Lui, il a carrément choisi de disparaître de ce monde. Mes poings se crispent tandis que je le serre contre moi. « Je suis tellement désolé de pas avoir été là pour toi... » je lui souffle la voix tremblante. « Je sais pas si j'aurais pu t'aider mais j'aurais pu essayer et j'ai même pas essayé... Faut que tu me laisses essayer maintenant... » j'ajoute, ma voix se teintant soudain de douceur malgré l'horreur de ce qu'il vient de me révéler. « Je suis pas parfait mais je te laisserai pas. Je suis là pour toi... » Doucement, je me recule pour le regarder. « Je ferai de mon mieux mais toi aussi tu dois faire de ton mieux. Tu peux pas... Je veux pas... » J'essuie d'un geste vif mes larmes. « Je veux pas te perdre Jasper. Je veux même pas y penser. » Un silence. Une réflexion. Mon regard se teinte de détermination. « On va s'en sortir. » Une promesse.

Lui. Moi. Nous. On va y arriver.
On peut y arriver.


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MessageVen 8 Avr - 8:51

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It feels like I'm drowning and I don't want to come up for air. I lost everything, I threw myself in and you took me when no one was there. Well you can take what you need, take the air that I breathe and I'll give away all that I own. Whatever I lose, is put back by you in a way that you'll never know. I'll be there when you need me most, if you're ever alone. Δ seafret.


Je n'aime pas du tout la réaction que je provoque chez lui. En même temps, à quoi est-ce que je m'attendais ? Après le discours qu'il vient de me faire et l'émotion deja perceptible dans sa voix (contagieuse en plus cette salope) : qu'est-ce que j'espérais ?
Ce que j'espérais, c'est qu'il s'emporte. Je voulais le voir s'énerver sur moi, l'entendre gueuler et me dire le genre de trucs que moi-même je lui avais sorti après son accident. Mais au lieu de me signaler qu'il a envie de me frapper et que je suis un connard bouffi d'égoïsme, Daniel se met à pleurer.
Son regard mouillé de larmes reste braqué un moment sur ma cicatrice, que je finis par faire disparaitre sous ma manche, mal à l'aise. Je serre les dents pour contenir tout ce qui essaie de sortir. Si je commence à y aller de ma petite larme moi aussi, on n'a pas fini ! Je sais qu'il ne me jugerait pas pour ça, tout comme Josef ne m'a pas jugé le jour de mon départ de la caserne, quand les choses sont devenues un peu difficiles à gérer... Mais je me l'interdis. Il faut que j'arrête de pleurer sur mon sort.
Et puis je dois assumer ce que j'ai fait. Le mal que j'aurai pu faire à Merrin et à tous ceux qui auraient été affectés par mon geste s'il avait abouti. N'est-ce pas ce que Daniel lui-même a promis de faire ?
Si je craque, je ne pourrai pas lui demander d'être fort.

Je l'entends murmurer quelque chose que je ne comprends pas, et puis j'entends mon prénom. L'instant suivant, je le vois fondre sur moi. Je me raidi, comme si c'était un coup que je m'apprêtais à recevoir de sa part. Son geste est à l'opposé de la violence bien sûr, mais son impact a autant de puissance.
Ses bras se referment autour de moi et il commence à me présenter des excuses que je décide d'accepter. Je ne vais pas lui dire qu'il n'a pas à le faire puisqu'effectivement, son absence m'a pesé. S'il avait été disponible, je lui aurai demandé de m'accompagner dans le sas où j'avais appris le décès de June et il ne m'aurait pas laissé filer. Je n'aurai jamais abandonné Merrin à son sort pour aller régler mes comptes avec Elijah... Je n'aurai pas été livré à moi-même dans un environnement hostile et cette envie viscérale de disparaitre ne me serait peut-être jamais venue.
Mais alors qu'il me tient dans ses bras, pleurant sur mon épaule et réclamant mon pardon, je décide de le lui accorder. Parce que je suis trop fatigué pour entretenir un sentiment de rancoeur à son égard et que j'ai autant besoin de lui que l'inverse est vrai.

En revanche, je reste incapable de lui rendre son étreinte. Au moment où je parviens presque à m'y forcer, Daniel s'écarte pour croiser mon regard.
- Je suis pas parfait mais je te laisserai pas. Je suis là pour toi...
Je me racle nerveusement la gorge, ne sachant pas vraiment quoi répondre à tout ça. Les grands et beaux discours, l'étalage des sentiments : ce n'est vraiment pas mon truc. Alors que je n'ai toujours pas ouvert la bouche pour réagir à tout ce qu'il vient d'évacuer de son côté, je vois Daniel se débarrasser de ses dernières larmes en me signalant qu'il ne veut pas me perdre.
Je devrai lui répondre que moi non plus et que le rassurer sur le fait que je ne compte pas le lâcher aussi facilement, mais les mots restent bloqués dans ma gorge douloureusement nouée. Ce n'est pas parce que je ne m'épanche pas que je ne ressens pas la même chose.
- On va s'en sortir, me promet ensuite le secouriste avec conviction.
Je lui adresse un sourire et tends ma main gauche vers lui (celle qui a sèchement tailladée ma chair il y a de cela plusieurs semaines).
- Deal.
Il glisse sa main dans la sienne et je lui donne une unique secousse pour sceller notre promesse. Après une ultime pression dessus, je la libère et retourne m'enfoncer dans le fond du canapé pour le fuir et retrouver constance. Je pousse alors un soupir et, me fendant d'un nouveau sourire, plus espiègle cette fois-ci, je reprends la parole.
- Bon et maintenant, mets-nous un film de Ryan Gosling qu'on continue sur notre lancé de sentimentalisme à la con.
Daniel pourrait se vexer, croire que je me moque ouvertement de lui (et de moi par la même occasion), mais j'essaie seulement de détendre un peu l'atmosphère. Ça a l'air de fonctionner.

Je me penche ensuite pour rattraper ma tasse de thé et en avaler une gorgée bien chaude qui contribue encore à me détendre. Qui du moins permet de faire disparaitre un peu le noeud jusque là présent dans ma trachée. Suffisamment pour que je puisse me permettre de rebondir un peu sur ses propos.
- Et ne t'en fais pas pour moi, je ne recommencerai pas. Je ne peux pas faire ça à Merrin. Elle n'a plus que moi...
J'ai peur qu'il pense que c'est un reproche déguisé par rapport à Jessica et me rattrape donc rapidement pour clarifier les choses et le lui signifier.
- Je ne dis pas ça pour toi. Je ne compare pas nos situations et comme je te l'ai dis, je comprends bien que la perte de l'un de tes enfants n'est pas équilibrée par le fait d'en avoir encore un... Bref, je me reprends, le voyant se raidir à l'évocation indirecte de Jason, je ne le referai pas. C'était un accident. Enfin non mais... Je ne l'avais pas prémédité, ça m'est juste passé par la tête à un moment où j’étais particulièrement... Enfin je ne retomberai jamais aussi bas donc tu n'as pas à t'en faire. Tu dois te concentrer sur toi. Je ne suis pas ta responsabilité. Tu m'as sauvé la vie après mon accident et j'ai sauvé la tienne. On est quitte, tu comprends ?
Je me garde d’ajouter que je ne veux pas être une excuse pour lui. Une excuse pour replonger…
- Je ne t’ai pas montré ça pour que tu me plaignes ou pour te faire culpabiliser – enfin peut-être un peu quand même… - Il va falloir que tu deviennes égoïste Daniel. Il va falloir que tu le deviennes pour ne plus jamais nous faire un coup comme celui que tu nous as fait. Je sais que ça paraît contradictoire mais tu t’en sortiras pas si tu te disperses trop. Tu ne peux pas forcer Jessica à te reparler et tu ne peux pas t'autoriser à laisser son silence te miner le moral non plus. Elle est furieuse et elle a peur, et tu sais que les gens qui ont peur font et disent des choses qu’ils ne pensent pas toujours… Alors essaie de te détacher de tout ça. Elle reviendra vers toi. Je le sais, je lui lâche d’un ton effectivement plein d’assurance. Et quand elle le fera, il faudra que tu sois capable de lui tenir tête, comme tu l’as fais avec moi. Sauf qu’elle sera certainement bien plus incisive que moi. Mais si tu la laisses t’atteindre et que tu flanches, alors elle aura eu raison de te considérer comme un trou du cul. Tu vois ce que je veux dire vieux ?


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MessageSam 30 Avr - 12:02

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A nous deux on va bien y arriver oui. Ni lui ni moi ne sommes des rocs, on en a conscience, on va avoir besoin de temps mais à force, on va bien finir par s'en sortir. Si je suis là pour lui, s'il est là pour moi, on va s'en sortir. Il le faut. On a, l'un comme l'autre, de belles choses auxquelles se raccrocher. Il y a tout un tas d'horribles choses aussi, c'est vrai, mais à force de parler de ce qui est bien, ce qu'il nous reste de bien, ça va bien finir par être assez, non ? Il le faut. Il faut que ça finisse par être assez. J'espère que ça le sera... Je tends la main à Jasper, je souris, j'y crois. J'ai envie d'y croire. C'est pas tout le temps le cas mais là, en cet instant, j'ai envie d'y croire et, quand il me sourit en retour et qu'il vient serrer ma main, j'ai encore plus envie d'y croire. Mon sourire s'élargit d'ailleurs quand il m'assure que nous avons donc un « deal ». Il finit par retirer sa main, je récupère ma tasse et commence à siroter mon thé qui a plus qu'infusé. Pour le coup, il est fort mais ça fait du bien. Pas autant de bien qu'une autre certaine boisson mais je vais m'en contenter : je dois m'en contenter. Les quelques mots prononcés par Jasper ensuite me font sourire au point que je laisse échapper un petit rire. « Sentimentalisme à la con » qu'il dit et dans le fond, ce n'est pas faux. On a l'air cons, tous les deux, là, à épancher nos sentiments mais en même temps, ça fait du bien. Mal aussi mais ça on n'y peut rien et puis, finalement, on n'aurait pas pu avancer si on n'avait pas partagé ce moment-là, si on n'avait pas dit tout ça. J'en suis convaincu. Par contre...

« Désolé, j'ai pas ça dans ma vidéothèque. » je réponds brièvement à mon ami avant de reprendre une gorgée de thé. Non, du Ryan Gosling, je n'ai pas. Déjà vu plusieurs films mais je n'ai pas. Je m'installe finalement dans le fond du canapé, laissant mes mains se réchauffer avec la tasse de thé encore un peu fumante, toujours un sourire accroché à mes lèvres mais mon sourire s'efface doucement quand Jasper reparle soudain de ce qu'il a fait. Je reporte mon regard sur lui quand il m'affirme qu'il ne recommencera pas, ce qui me rassure mais en fait, penser à ce qu'il a fait me fait terriblement mal et ça sera probablement toujours le cas, pour tout un tas de raisons. Il mentionne Merrin, le fait qu'elle n'ait plus que lui et il m'apparaît soudain très courageux. Décider de ne pas lâcher, continuer de se battre pour sa fille, c'est courageux. Contrairement à moi... D'ailleurs, comme si Jasper lisait dans mes pensées (il n'est pas mon âme sœur pour rien), il s'explique rapidement en me disant qu'il ne pense à moi en disant cela et je sais qu'il ne me juge pas, enfin, pas complètement, un peu mais je sais aussi qu'il me comprend. Je le sais ça. Je ne lui en veux pas le moins du monde, c'est à moi que j'en veux de ne pas avoir su être courageux, à personne d'autre. Quoique, y'a bien l'autre enfoiré qui a pris la vie de mon fils auquel j'en veux oui. Mon fils... Jasper en parle. Plus ou moins. Il le mentionne, sans dire son prénom mais il y fait allusion et je détourne le regard en me crispant. J'ai mal. J'enrage. J'ai peur de ne jamais être capable de ressentir autre chose en pensant à mon fils... Autre chose que la douleur, le manque, la colère... J'aimerais tellement être capable de repenser à tous les bons souvenirs mais ne subsiste que sa mort, que la vue de son corps à la morgue, les marques autour de son cou...

Je fermes le yeux un instant, tente de chasser les images et pour ce faire, je rouvre les yeux et reporte toute mon attention sur Jasper, tentant de bien me focaliser sur ce qu'il me dit. Je l'écoute m'expliquer plus en détail son geste et c'est fou mais je me retrouve tellement dans ce qu'il dit... Par contre, ne pas m'inquiéter pour lui, ça, c'est juste carrément impossible. Il est ma responsabilité. Il a beau dire le contraire, il l'est. Il compte trop pour que je ne m'inquiète pas, pour que je ne tente pas de l'aider autant que cela puisse m'être possible vu mon propre état s'entend. J'écoute ce qu'il me dit, je l'absorbe, en accepte une partie mais pas tout. Pas tout non... J'en viens même à écarquiller les yeux quand il me dit soudain qu'il va falloir que je me montre égoïste. Je plante mon regard surpris dans le sien, ma bouche s'entrouvre même. C'est mon égoïsme qui m'a mené là où j'en suis aujourd'hui et il veut que je me montre égoïste ? Je ne saisis pas. J'en finis même par froncer les sourcils et détourne finalement le regard quand il me dit que je ne dois trop me disperser si je veux m'en sortir. Je baisse même le visage quand il reparle de Jessica, du fait qu'elle ne veuille pas me parler, du fait que je ne dois pas laisser son silence me miner le moral. Je repose ma tasse sur la table, croise les mains, serre les doigts nerveusement tandis que je l'écoute me dire tout ce que je sais déjà.  Je relève soudain mon regard de nouveau en proie à des larmes quand il m'annonce de but en blanc qu'elle reviendra vers moi : il en est convaincu. Je ne dis rien mais je sais que mon regard lui lance un « Tu crois ? » plus que compréhensible et il continue sur sa lancée en me disant que lorsqu'elle reviendra, il faudra que je sois capable de lui tenir tête comme j'ai pu le faire avec lui sauf qu'elle, elle sera plus... Incisive ? Ce n'est rien de le dire. Je termine par esquisser un petit sourire, me frotte le visage quand Jasper mentionne le fait qu'elle me considère pour l'instant comme « un trou du cul ».

« Oui, je vois très bien ce que tu veux dire. » je lui réponds sans attendre non sans laisser échapper un soupir après. Je retire mes mains de mon visage, me réinstalle dans le fond du canapé et penche la tête en arrière pour me mettre à fixer le plafond. « J'ai tellement merdé avec elle... » j'ajoute dans un souffle. « Pourtant, je voulais faire l'inverse. J'étais tellement content quand elle est venue vivre avec moi ici... Je pensais que sa présence allait m'aider, qu'on allait s'aider mais... » Ma gorge se noue, je dois me faire violence pour pas me remettre à chialer comme un con. « J'ai beau l'aimer de tout mon cœur, ce manque, ce vide, ça me rongeait et ça me ronge toujours. J'arrive pas à... » Je ferme les yeux, secoue très légèrement la tête. « J'arrive pas à faire mon deuil. J'arrive pas à me souvenir de lui et sourire en me souvenant de lui. J'ai l'impression que tous les souvenirs que j'ai de lui ont été noyés par de sombres couleurs, tu vois ? » Je rouvre les yeux et les reporte sur Jasper. Je crois bien que c'est la première fois que je lui parle autant de Jason, que je rentre autant dans les détails de ce que je ressens au quotidien. « J'aimerais me souvenir du meilleur mais j'y arrive pas. Je vois son corps, je vois le visage de ce connard qui lui a fait ça et je sais même pas si j'arriverais un jour à voir autre chose. J'en sais rien et va falloir que j'apprenne à vivre avec ça. C'est ça que je dois arriver à faire et y'a que quand j'aurai réussi que je pourrai la voir. Pas avant parce que t'as raison, elle sera sans pitié et elle aura raison parce que j'ai pas été un bon père pour elle. Depuis Jason... Elle avait besoin de son père mais j'ai pas réussi à être là pour elle comme j'aurais dû l'être et ça, c'est impardonnable. » Je marque un silence. Je crispe la mâchoire. « J'ai voulu le tuer. » je dis soudain à Jasper. « Le meurtrier de Jason. Quand il est sorti... J'ai pris mon arme et j'ai voulu le tuer et c'est Jess qui m'a arrêté. Je l'ai écoutée, je voulais pas l'abandonner et si je le tuais et que j'allais en prison, je l'abandonnais. Mais je l'ai abandonnée... Je l'ai fait... » Et soudain, tout est vraiment plus clair : la colère de Jess, son silence. Je l'ai abandonnée. Un énième soupir. « Je vais arrêter de lui écrire... Je vais la laisser tranquille. Quand j'irai mieux... » Je ne dis pas « si », y'a du progrès. « J'irai la voir. Je me pointerai là-bas, elle pourra me balancer tout ce qu'elle a à me dire mais elle le balancera à son père, à celui que j'aurais dû être et que je n'ai pas été. Celui que je ne suis toujours pas mais ça viendra. » Je parviens à esquisser l'ombre d'un sourire au milieu de la douleur. « On a fait un deal toi et moi alors ça viendra. » Une petite tape amicale sur l'épaule. « Jessica, Merrin, elles en valent la peine. On va déguster mais elles en valent la peine. » Je marque un petit silence. J'hésite. Est-ce que j'ose ?... « Tu crois que... » Je déglutis. « Tu crois que je pourrai voir Merrin bientôt ? »

J'en ai terriblement envie. Parce que l'enfant, même si je ne l'ai pas encore rencontrée, compte déjà beaucoup pour moi.

Parce que c'est sa fille.


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MessageSam 30 Avr - 23:21

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J’appréhende un peu sa réaction face à mes propos crus et certainement un peu dérangeant. J’ignore s’il comprendra réellement où je veux en venir, ce que je lui demande de faire. Je veux qu’il pense à lui, qu’il se reconstruise, que Daniel aille mieux. Je pensais venir ici pour obtenir son soutien ou pour régler mes comptes, mais en le voyant, j’ai réalisé que j’avais surtout envie de le voir aller bien. Je veux retrouver mon ami, que les choses redeviennent comme avant. Non. Qu’elles soient mieux qu’avant. Mais pour ça, je vais devoir fournir au moins autant d’efforts que lui. Parce que je ne pourrai pas l’aider dans mon état et que l’inverse est tout autant vrai.  
Daniel doit réapprendre à vivre, se contenter de ce qu’il lui reste, tout comme je dois apprendre à le faire. Nous menons des combats similaires. Des combats contre nous-mêmes… Et lorsque ce sera fait, nous serons apte à affronter le reste du monde. Moi mon frère et Jessica et ses reproches légitimes pour le secouriste.
- J'ai tellement merdé avec elle, me souffle mon ami, désemparé par la situation dans laquelle il se retrouve malgré lui. Pourtant, je voulais faire l'inverse. J'étais tellement content quand elle est venue vivre avec moi ici... Je pensais que sa présence allait m'aider, qu'on allait s'aider mais...
Mais elle n’avait que des pansements en stock et tu souffres d’une hémorragie interne, je m’entends penser, ne formulant rien à haute voix. Jessica ne pouvait pas l’aider. Pas plus que je ne peux l’aider aujourd’hui ou que Daniel ne peut me secourir. S’il veut aller mieux, il va falloir qu’il opère lui-même un changement sur sa façon de voir le monde. Il est le seul à avoir els bons outils.
- J'ai beau l'aimer de tout mon cœur, ce manque, ce vide, ça me rongeait et ça me ronge toujours. J'arrive pas à...
Je déglutis péniblement et baisse les yeux un instant. Et puis je réalise que je ne peux pas fuir à nouveau. Je dois affronter sa souffrance. Si je m’en détourne, il recommencera à tout garder pour lui pour ne pas m’incommoder et nous retomberons dans la même spirale. Je repose donc mon regard cerné sur mon ami qui m’avoue ne pas parvenir à faire son deuil.
Je hoche lentement la tête, sans ciller. Je comprends tout à fait ce qu’il peut éprouver, étant moi-même passé par là. Et d’ailleurs, estimer que j’en ai terminé avec ça serait aussi présomptueux que stupide. La vérité, c’est que je commence à peine à tourner la page sur mon passé. Il m’a fallut plus de quinze ans pour m’en détacher un tant soit peu, pour envisager d’avancer. Il m’a fallut la naissance de Merrin… Mais c’est laborieux.

- J'aimerais me souvenir du meilleur mais j'y arrive pas. Je vois son corps, je vois le visage de ce connard qui lui a fait ça et je sais même pas si j'arriverais un jour à voir autre chose.
Je sens mes yeux commencer à me brûler et ma gorge se nouer douloureusement. Les mêmes images nous hantent. Il n’arrive pas à oublier le visage du meurtrier de son fils et il ne s’écoule pas une seule journée sans que je ne pense à Jared. Bordel, il me suffit de croiser mon reflet dans une glace pour penser à lui. Nous avons les mêmes yeux, la même silhouette et la même teinte de cheveux. Nous ressemblons tous les deux à notre mère… Et Merrin lui ressemble aussi. Parce qu’elle me ressemble. J’ai beau juré à tout le monde que c’est à June qu’elle ressemble le plus, je sais que c’est faux. Et ça me tue de le voir en elle… Ca me tue de ne pas être capable de passer au-delà de tout ça. Tous les souvenirs que je me créés aujourd’hui portent l’empreinte des atrocités que mon frère a commise il y a des années de cela.
Je comprends ce que veut dire Daniel. J’imagine parfaitement ce qu’il peut éprouver, lorsqu’il tente de faire remonter des images de son fils et s’en trouve incapable. Ou bien quand il y arrive, je présume qu’il le voit étendu sur une table d’autopsie ou dans son cercueil… Ca me rend malade pour lui. Evidemment, je ne peux m’empêcher de l’imaginer regarder Jessica, sa fille pourtant bien vivante, et la visualiser elle aussi à la morgue... C’est à devenir fou. Je le sais parce qu’il m’arrive fréquemment d’observer Merrin en train de dormir et d’être tout à coup submergé par la panique en me figurant qu’en réalité, elle est morte.
- Personne peut t'juger pour ça Daniel. C'que t'as vécu... C'est la pire chose qu'on puisse expérimenter au monde. L'important c'est que tu te ressaisisses. L'important c'est comment tu vas réagir maintenant.

- J'ai voulu le tuer.
Ces mots m’arrachent un frisson. Je l’écoute m’expliquer son désir de vengeance et doit serrer les mâchoires avec force pour ne pas lui répondre qu’à sa place, je l’aurai voulu aussi et qu’il aurait peut-être dû. Je ne dis rien parce que c’est une idée stupide. Ca n’aurait pas ramené Jason et ça aurait privé Jessica de son père. C’est d’ailleurs ce que sa fille lui a dit, d’après ce qu’il me raconte…
Cette fois-ci, je baisse les yeux, honteux. Parce que j’ai appris la libération du meurtrier de Jason et que j’ai agis comme si de rien était avec Daniel. Je n’ai pas marqué le coup, je n’ai pas été plus présent… J’ai eu peur. J’ai été lâche… J’ai préféré fuir sa souffrance pour ne pas la laisser me contaminer. Et voilà où nous en sommes arrivés. Jessica est la première à payer le prix de mes erreurs. De celles de son père aussi, bien entendu, je ne suis pas le seul à blâmer, mais j’ai ma part de responsabilité dans le drame qui s’est joué.
Mais alors que je suis à deux doigts de me laisser sombrer, de m’engluer dans mes regrets, Daniel m’en empêche. Il tient des propos étonnement positifs, qui me font d’abord sentir honteux et minable d’avoir si facilement songé à baisser les bras, et puis qui me redonne un peu de motivation. Parce que le voir sourire, même si c’est faiblement, me fait du bien et me redonne de l’espoir. S’il peut s’en sortir : pourquoi pas moi ?
Sa main se pose un instant sur mon épaule alors qu’il évoque nos deux filles. Nos deux sources de motivations. Et c’est à mon tour de sourire. Un sourire un peu crispé, mais s’en est un quand même.
- Tu crois que... Tu crois que je pourrai voir Merrin bientôt ? me demande-t-il tout à coup, me prenant un peu de court.
Cependant, je ne tarde ni à prendre une décision à ce propos, ni à lui répondre.
- Bien sûr. Si tu veux, on ira la chercher tous les deux tout à l’heure, et puis on ira manger un morceau. Je l’ai déposée chez une amie de June. Celle qui m’a aidé à la récupérer le jour de…de l’enterrement de sa mère.
Le terme "kidnapper" serait certainement plus approprié à ce que j’avais fait mais je vais épargner les détails à Daniel… Je n’aime pas tellement me souvenir de cette journée de toute manière. Pas seulement à cause de l’enterrement, mais surtout parce qu’il avait eu lieux à Dix Hills et m’avait contraint à remettre les pieds dans ma ville natale et à revivre certains moments pénibles.
- J’aurai pas dû la tenir éloignée de toi, j’ajoute finalement, passant une main dans ma nuque, nerveux, coupable. C’était stupide de te punir comme ça. Surtout que ça me punissait aussi parce que j’aurai vraiment aimé te la présenter plus tôt… J’aurai voulu que tu sois là, je finis par soupirer, avant de venir pincer l’arrête de mon nez dans un geste trahissant ma lassitude. Le jour de l’accouchement, j’veux dire… J’sais que tu aurais préféré y être aussi mais… Enfin ça sert à rien de remuer tout ça maintenant. Les choses se sont passées comme ça et on y changera rien. Faut laisser le passé où il est, et toute ces conneries… En tout cas, pour en revenir à Jess, je pense que c’est effectivement ce que tu devrais faire. Lui laisser le temps de se remettre sans la culpabiliser avec des messages ou des appels. Elle te pardonnera quand elle sera prête… Faut que tu te fasses désirer mon vieux, je souris pour essayer de détendre un peu l’atmosphère. En parlant de se faire désirer… T’as des nouvelles d’Alicja ? je lui demande, me raidissant un peu.
Sa copine a disparu de la circulation sans laisser la moindre trace. Elle ne s’est jamais pointé au centre et n’a jamais cherché à me contacter pour avoir des nouvelles de Daniel. Mais je me doute que le secouriste ne l’a pas oubliée. Il était réellement amoureux d’elle et ses sentiments n’ont pas pu disparaître du jour au lendemain, contrairement à la polonaise… Et puisque nous abordons les sujets fâcheux, c’est le meilleur moment pour évoquer la jeune femme et savoir ce que son absence provoque chez mon ami.  

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MessageDim 1 Mai - 19:50

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J'en demande peut-être trop. Peut-être qu'il ne voudra pas que je puisse voir Merrin et dans le fond, ce serait compréhensible. Je sors à peine de cure de désintoxication, je suis encore à la limite de craquer, je ne suis vraiment pas un modèle à suivre en ce moment ou plutôt depuis un moment donc, qu'il veuille me tenir à l'écart de sa fille c'est vraiment compréhensible seulement voilà, c'est sa fille justement. J'ai tellement envie de la voir, j'ai tellement envie de la connaître, tellement envie d'être là pour elle... C'est peut-être idiot mais c'est comme ça. Cette demoiselle n'a plus sa mère et son père compte plus que de raison pour moi, il est comme mon frère alors elle, elle compte aussi pour moi, c'est comme ça, c'est viscéral, c'est inexplicable même. Cependant, je risque de me heurter à un mur. Je n'étais pas là lorsqu'elle est venue au monde alors que j'aurais voulu, alors que j'aurais dû et Jasper... Jasper, il n'aura peut-être pas envie de me donner cette place que j'espère avoir tout simplement parce que je ne la mérite pas cette place. Je l'ai cette crainte mais si ça doit se passer de cette façon, je l'accepterai sans broncher parce que je n'aurai rien à dire : j'ai creusé moi-même pas propre tombe après tout... Mais Jasper ne me laisse pas le temps de me morfondre et de m'imaginer le pire car il me répond très vite qu'il est d'accord. Il me propose même que nous allions chercher la petite ensemble plus tard avant d'aller manger un morceau. L'émotion me coupe le souffle pendant un instant. Il est d'accord ? Comme ça ? Juste comme ça ? Je peux la rencontrer aujourd'hui si je le désire ? Voilà que je me mets à sourire, sincèrement heureux à cette idée. Mais le sourire s'efface aussi sec qu'il est apparu quand Jasper fait mention du jour de l'enterrement de June. Aussitôt, je me referme alors qu'en quelques instants je m'étais ouvert. L'enterrement que j'ai loupé parce que j'étais trop occupé à essayer de me soigner... Je n'ai pas été là pour lui ce jour-là ni les jours d'avant ou d'après. Est-ce que la culpabilité diminuera jamais ?

Jasper ajoute soudain qu'il n'aurait pas dû tenir la petite éloignée de moi et moi, je secoue doucement la tête, mes lèvres s'étirant en l'ombre d'un sourire compréhensif.

« C'est rien... C'était pas toi... » je lui dis rapidement dans un murmure. Non, ce n'était pas lui. Qu'est-ce qu'il aurait pu faire ? L'amener au centre pour me la présenter ? Même dans le parc je n'aurais pas voulu de ça. Non. Hors de question. Il a vraiment bien fait. Il a fait ce qu'il fallait pour sa fille. Il a agi en père avant d'agir en ami et il a eu raison : elle doit être sa priorité, quoi qu'il advienne, elle doit être sa priorité. Un fait que j'ai moi-même bien trop oublié... Je n'ai pas fait de Jess ma priorité et elle a raison de m'en vouloir pour ça et pour tant d'autres choses. Comme Jasper a eu raison de me punir si, je le méritais : le mérite encore d'ailleurs, c'est pour ça que je suis agréable surpris qu'il soit d'accord pour que je rencontre Merrin. Je le mérite puisque non, je n'étais pas là comme il le répète. Je termine par détourner le regard, honteux, et je me contente de hocher la tête quand il parle du jour de l'accouchement et soupire finalement quand il ajoute que ça sert à rien de ressasser tout ça : ce qui est passé est passé et on ne peut rien y changer. J'en suis bien conscient mais il n'empêche que ça reste difficile de vivre avec, c'est comme ça. Je hoche de nouveau la tête et esquisse un micro sourire quand il me dit que j'ai pris la bonne décision pour Jess. Il dit que je dois me faire désirer mais à ce stade ça va aller bien au-delà de ça mais je comprends ce qu'il veut dire. Si je m'éloigne, si je cesse de la harceler, viendra sans doute un moment où elle se posera des questions et où elle voudra avoir les réponses elle-même et à ce moment-là, elle reprendra contact avec moi. Enfin, ça c'est la théorie : ça serait bien que ça fonctionne. Et à croire que Jasper est décidé à aborder tous les sujets difficiles en une seule fois, voilà qu'il parle soudain d'Alicja.

Je me raidis. Me crispe. Me fige.
Et je reste quelques secondes comme ça sans bouger parce que ça fait mal, tout simplement.

Quand je parviens à me sentir assez fort pour prendre la parole et répondre à mon ami, je le fais. Ma gorge est nouée, ma voix est tremblante, mais je parviens à parler.

« Non. Aucune. » je lui réponds donc en serrant les poings et c'est plus fort que moi.

Je suis tellement en colère en fait... Je croyais que ça s'était dissipé, je m'efforçais de ne pas trop y penser mais maintenant qu'il en parle... Non, la colère n'a pas diminué. Je laisse échapper un soupir avant de venir me frotter le visage parce que je sais que je suis au bord des larmes, au bord de vraiment, vraiment, vraiment craquer.

« Rien. Pas un message. » j'ajoute finalement en secouant le visage avant de tourner mon regard brillant vers Jasper. Je sais qu'il peut lire ma douleur, mon dégoût, ma colère. Là, je suis un livre ouvert. « Après... » Je déglutis, c'est dure de le dire à voix haute. « Après mon overdose, elle n'est même pas venue à l'hôpital. Pas une fois. J'ai essayé de l'appeler quand j'ai été en état et elle n'a pas répondu alors, j'ai laissé des messages pour m'expliquer. Je lui ai envoyé des textos... Je sais même pas combien j'en ai envoyé, à un moment j'arrêtais pas et puis, je suis parti en cure et là... » Mon regard s'éloigne de Jasper, se perd dans le vide. Je me replonge dans ce que j'ai vécu là-bas et c'est assez douloureux. « J'ai arrêté. J'ai arrêté parce que je ne pouvais pas continuer... » Je relève mon regard vers Jasper. « Comme tu l'as dit, je devais penser à moi et je pouvais pas lui courir après comme ça. J'avais pas la force et puis... » Je marque une pause, essuie une larme. Décidément... « Je méritais mieux. » je lâche soudain d'une voix plus grave et ça fait du bien de le dire. « Ce que j'ai fait est monstrueux, je le sais. Je lui ai menti, je l'ai trahie dans un sens mais je l'aimais... J'ai pas eu l'occasion de lui dire mais je l'aimais... » j'avoue avec un sourire triste sur mes lèvres. « Et je croyais qu'elle m'aimait assez pour ça. Je veux dire, Jess, ma propre fille à qui j'ai fait un mal de chien, est venue à l'hôpital. Elle a fini par s'en aller sans se retourner parce qu'elle m'en voulait mais elle est venue, elle a été là. Vous avez tous été là mais pas elle. Elle... » Je fronce les sourcils. « J'aurais préféré qu'elle vienne et qu'elle me crache des horreurs à la figure mais au moins qu'elle vienne. Là... J'ai juste l'impression qu'elle m'a rayé de sa vie pour une erreur parce que c'était une erreur... Ce que j'ai fait... Je ne suis pas parfait mais personne ne l'est et elle... » Je secoue pour la énième fois la tête, soupire pour la énième fois également. « Elle a juste tiré un trait sur moi alors... Quand je suis sorti, je n'ai même pas essayé de l'appeler ou d'aller la voir. Ce qu'elle m'a fait... Je lui en veux tellement que ça a pris le dessus sur le reste... Je l'ai aimée et c'était la première fois que j'aimais une femme depuis que j'avais été marié mais même si elle revenait vers moi, si elle regrettait, je ne pourrais pas... » Un silence, je laisse échapper un rire amer. « Mais de toutes les façons, elle ne m'aurait jamais pardonné alors... »

Et voilà que je me perds dans la contemplation de ma tasse qui n'est pas vide mais que je n'ai même pas envie de vider. Je n'ai pas envie de thé là pour être tout à fait honnête.

« Mais je ne méritais pas ce silence putain... Elle a juste... »

Puis plus rien. Je me tais. Plus l'envie ni la force d'en dire davantage. Il faut que Jasper me laisse quelques instants pour digérer.



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MessageMar 3 Mai - 19:05

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Je savais plus ou moins dans quoi je m’engageai en abordant le cas d’Alicja. Mais je pense qu’il faut qu’il parle de ça aussi, qu’il se libère du poids qu’elle représente. Je me souviens à quel point j’étais à la ramasse après ma rupture avec Rose… J’avais enchainé les conneries, les cuites, les plans cul avec de parfaites inconnues et j’avais surtout mis mon job en péril. J’avais reçu deux avertissements en l’espace d’un mois parce que je m’étais battu avec des collègues…dont Daniel. C’est de cette manière que nous avions finalement appris à nous connaître, sympathisés et étions devenus les amis que nous étions aujourd’hui. Il était la seule chose positive qui soit ressortie de tout ce gâchis.
Enfin il y a Merrin bien entendu, qui n’aurait jamais vu le jour si j’étais resté en couple avec Rose. Encore que… J’avais bien failli la tromper avec June chaque fois que nous nous étions retrouvés dans la même pièce alors, il n’est pas garanti qu’elle n’aurait pas pointé le bout de son charmant petit nez un jour.
Toujours est-il que je sais à quel point les déceptions amoureuses peuvent vous ronger. Il faut faire le deuil de la relation que l’on avait, celui de la personne aimée et de l’image qu’elle vous renvoyait de vous. Ce n’est vraiment pas simple et je préfère savoir à quoi m’en tenir avec Daniel. J’ai besoin de savoir ce qu’il ressent par rapport à tout ça afin d’être mieux capable de l’épauler et de me montrer un minimum efficace.

A son expression, je comprends qu’il ressent plus de colère que de peine. Alors qu’il semblait abattu quand il évoquait son fils et sa relation avec Jessica, je vois ses poings se serrer et les articulations de ses mâchoires rouler sous sa peau alors qu’il les crispe avec force… C’est une bonne chose. Alicja ne mérite rien d’autre que ça. Je n’ai jamais vraiment réussi à accrocher avec cette fille. Je l’ai toujours trouvée bien trop sombre pour mon ami, bien trop sérieuse… Il lui faut une fille qui mord la vie à pleine dent et n’a pas perpétuellement l’air de vouloir vous mordre vous. Peut-être qu’elle était douce dans l’intimité, avait un minimum d’instinct maternel, mais ça ne m’a jamais semblé suffisant. J’ai toujours pensé que Daniel méritait mieux et en agissant comme elle l’a fait : Alicja m’a donné raison.
Ceci dit, sa colère n’est peut-être pas une très bonne chose. Après tout, d’après ce qu’on dit, la colère n’est que la seconde épreuve du deuil… Est-ce qu’il va tenter de marchander avec elle s’il la recroise ? Celle qui suit étant la dépression…ça n’annonce rien de très encourageant.    
J’écoute mon ami jusqu’au bout, me gardant de l’interrompre pour casser davantage de sucre sur le dos de la jeune femme. Ceci dit, je pense que l’expression de mon visage et mon regard sont suffisamment éloquents. J’acquiesce aux moments que je juge opportuns pour le faire, le laissant s’exprimer en redoutant de l’entendre finir par lui trouver des excuses ou essayer d’élaborer des hypothèses sur els raisons de ce silence. Je veux qu’il la déteste. C’est cruel sans doute, peut-être que je devrai effectivement lui laisser le bénéfice du doute, mais je n’en ai pas envie.
Elle a fait mal à mon ami, elle continue de lui en faire, et je ne l’oublierai ni ne le pardonnerai jamais.  
- Je l'ai aimée et c'était la première fois que j'aimais une femme depuis que j'avais été marié mais même si elle revenait vers moi, si elle regrettait, je ne pourrais pas, cette confession me déchire le cœur et ne fait qu’accroitre ma haine envers Zeleski.
Je transferts très certainement injustement mes propres sentiments dans cette affaire. J’ai réussi à renouer avec Rose mais je continue à regretter amèrement la manière dont les choses ont tournées entre nous… Puisque je ne peux plus vraiment en vouloir à mon ex petite amie…pourquoi ne pas en vouloir à la place à celle de Daniel ?  
- Mais de toutes les façons, elle ne m'aurait jamais pardonné alors...
Je me raidis, craignant de l’entendre finalement se dénigrer et se servir de sa culpabilité pour justifier les actions d’Alicja. Mais heureusement, ce n’est pas ce qu’il fait.  

Le silence retombe finalement et je m’empresse de le rompre, après avoir avalé quelques gorgées de mon thé.
- C’est une conne, je lâche le plus naturellement du monde. Je n’ai jamais compris ce que tu faisais avec elle et ce que tu lui trouvais… Elle avait l’air d’avoir un balai dans le cul et était aussi aimable qu’une porte de prison. J’sais pas comment ça se passait à l’horizontal mais vieux, j’t’assure qu’elle mettait pas en valeur tes capacités : elle m’a toujours eu l’air d’une mal baisée, j’ajoute sur le ton de l’humour, avant d’apposer ma main sur son épaule pour la pincer gentiment, dans un geste d’encouragement. Franchement mec, je sais que ça fait mal, mais t’es mieux sans elle. T’as l’air de le savoir mais j’te l’confirme, au cas où. Donc si un jour il te prend l’envie de la rappeler ou d’essayer de la voir, tu m’appelles à la place et, après t'avoir remis les idées en place avec une bonne droite, on va…
Pas se boire une bière ou se faire un billard dans un endroit servant de l’alcool… Se faire une pizza ? Se faire une toile ?
- …se faire un film de Gosling comme deux grosses tant’, je plaisante avant d’avaler une nouvelle gorgée de mon thé qui a bien refroidi depuis le temps qu’il m’a été servi. Ou boxer, comme deux mecs virils.
Je consulte l’écran de mon téléphone portable pour voir l’heure qu’il est, tout en terminant de parler. Merrin ne va pas tarder à réclamer son prochain biberon. Elle mange toutes les trois heures et demi et est réglée comme une horloge.    
- Si on se met en route maintenant, t’auras le temps de donner son biberon à Merrin. Ca te tente ? je lui propose tout à coup, histoire de nous sortir de toutes ces histoires déprimantes. On pourra se poser dans une pizzeria du centre que j’connais. A moins qu’tu préfères un kebab. C’est ton truc, non ?
Vraiment pas le mien puisque je suis végétarien depuis l'adolescence, mais je sais m'adapter. Et puis j'ai envie de lui faire plaisir. J'ai surtout envie de le sortir un peu de son antre parce qu'il a une petite mine pour un type qui sort d'un centre...  

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MessageJeu 5 Mai - 15:36

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J'aimerais que ça ne soit pas autant douloureux mais ça l'est encore et ça risque de l'être encore quelques temps, le temps que j'encaisse pleinement ce qu'elle a fait. Je sais que j'ai tout un tas de tords dans cette histoire, je sais que j'ai déconné mais malgré tout, j'estime qu'elle n'aurait pas dû me traiter de cette façon. J'estime qu'elle aurait dû au moins m'accorder la chance de m'expliquer, de lui dire pourquoi même si l'issue aurait sans doute été la même c'est à dire notre séparation mais au moins, elle m'aurait considéré assez important pour m'écouter mais là rien. Elle n'est même pas venue s'enquérir de mon état à l'hôpital alors que si ça avait été l'inverse... Bon sang, si ça avait l'inverse, j'y serais allé, sans l'ombre d'une hésitation j'y serais allé. Pas elle. C'est comme ça. Il va falloir que je m'y fasse : je me suis trompé sur elle, voilà tout. Je suis cependant peut-être présomptueux de penser que je mérite mieux. Après tout, je suis d'être un ange moi... Je suis loin d'être l'homme parfait dont les femmes rêvent. Pourtant... Pourtant, mon ami, après être resté silencieux quelques instants le temps que ça se calme dans ma tête et dans mon cœur, me balance de but en blanc qu'Ali est une conne. Il est mon ami et bien sûr que j'espérais l'entendre me dire qu'il était de mon côté mais l'entendre l'insulter comme ça c'est... Bizarre. Bizarre parce que je ne m'y attendais pas, tout simplement. J'écarquille donc les yeux avant de reporter mon attention sur Jasper, me demandant même si j'ai bien entendu mais quand il poursuit, je comprends que j'ai même très bien entendu. Ma bouche s'entrouvre sous la surprise, au fur et à mesure que les mots sont prononcés par Jasper et quels mots... Il ne la loupe pas et j'en apprends de belles, notamment le fait qu'il n'ait jamais compris ce que je pouvais lui trouver. Au-delà de la surprise parce qu'il est clair que je ne pensais pas qu'il voyait Ali de cette façon, je ne peux m'empêcher de laisser échapper un bref rire qu'il mentionne « le balai dans le cul » parce que sa façon de le dire... C'est drôle. Moi, je trouve ça drôle. Pourtant, j'ai aimé Ali et elle comptait beaucoup pour moi mais je ne peux nier qu'elle n'était pas très... Elle était aussi sombre que moi en fait. Le balai dans le cul n'aurait pas été les mots que j'aurais employés mais je comprends où veut en venir Jasper. Puis vient le moment où il parle de...

Ce qu'il se passait à l'horizontal.

Alors là, pour le coup, j'en ai la mâchoire qui se décroche. Déjà parce que sur le coup, je suis vexé. Comment réagiriez-vous si votre meilleur ami sous-entendait que vous étiez mauvais au lit ? Mal ? Voilà. Fort heureusement, je ne suis pas assez con pour ne pas percevoir l'humour dans les mots de mon ami ce qui fait que je termine par secouer la tête en levant les yeux au ciel en me remettant à sourire. Au moins, il a le mérite d'avoir réussi à m'éloigner de mes sombres pensées en quelques phrases : chapeau bas. Je lui jette en regard en coin quand il ajoute qu'il sait que j'ai mal mais que je suis bien mieux sans elle et je le crois. Je le crois vraiment. L'entendre lui me le dire, me le confirmer, ça me rassure : ça veut dire que pour une fois, je ne me suis pas trompé. Pour une fois, je suis sur la bonne voie ce qui est assez rare pour le cocher sur calendrier en fait. Je termine finalement par souffler une « Ok, ça marche. Merci. » quand Jasper ajoute que si un jour l'envie me reprend de la rappeler, je l'appelle lui pour qu'il me remette les idées en place. Ceci dit, je ne pense pas que ce sera un jour nécessaire. J'ai eu trop mal pour avoir envie de souffrir de nouveau et puis, plus je pense à ce qu'il a dit, plus je me dis que j'étais à côté de la plaque. Je repense à mon ex femme, à ce qu'elle dégageait et à ce que dégageait Ali et alors quoi ? Parce que j'ai pris cher, parce que je suis moins joyeux qu'avant la mort de Jason je dois être avec quelqu'un qui est dans le même état d'esprit que moi ? Non, au contraire et c'est maintenant que je le comprends. C'est maintenant que si je veux être heureux avec quelqu'un, il faut que cette personne soit différente, il faut que cette personne soit assez pleine de vie pour nous deux. Là, tout un coup, un visage s'impose à moi sans crier gare, une image que je chasse bien vite. Non mais ça va pas mieux mon vieux... Voilà que Jasper reparle de Gosling et moi de rire légèrement de nouveau : ça fait du bien.

« Je préfère qu'on aille boxer. » je lui réponds rapidement.

Je suis assez souvent plus bas que terre et à la limite de craquer alors je préfère aller boxer plutôt que de risquer du sentimentalisme à la situation en regardant des films tristes. Jasper prend alors un virage à 180° en m'annonçant soudain de but en blanc que si on se met en route maintenant, j'aurai le temps de donner le biberon à Merrin. Là encore, ma bouche s'entrouvre sous la surprise : il est sérieux ? Oui, il l'est.

« Si ça me tente ?... » je souffle tout bas, encore sous le coup de la surprise.

Non, ça m'ennuie. Je n'ai pas du tout envie d'aller rencontrer sa fille, je n'ai pas du tout envie de la prendre dans mes bras, je n'ai pas du tout envie de lui donner le biberon. Jasper enchaîne en me proposant d'aller manger un morceau après. Pizza, kebab, peu importe vu ce que je mange en ce moment mais le plus important c'est Merrin.

« La pizza ce sera très bien. » je finis par lui dire avant de récupérer sa tasse sans même lui demander son avis et de tout poser sur le plateau avant de me relever. « Faut pas qu'on traîne alors. » j'ajoute avec un sourire avant d'aller tout déposer dans le lavabo : la vaisselle attendra mon retour, voilà. « J'arrive. » je dis à Jasper avant d'aller jusque dans ma chambre pour enfiler autre chose qu'un simple survêtement : chemise à fleurs, jean et ceinturon voyant sont de mises, comme d'habitude. J'aperçois Volt couché sur mon lit et m'approche du chat pour lui faire quelques papouilles.

« Je m'absente. Ne me fais pas un dégât pendant que je ne suis pas là, d'accord ? »

Après tout, je viens tout juste de le récupérer et je vais le laisser seul. Oui, ça reste un chat mais il peut quand même faire des dégâts. Ma foi, je n'ai plus qu'à croiser les doigts. Une nouvelle caresse sur la tête du chat et je me redresse avant de jeter un coup d'oeil à mon reflet dans le miroir : ça va, je suis potable. Je rejoins finalement Jasper dans le salon et après qu'il m'ait expliqué qu'il est venu à pieds, je lui propose que nous prenions ma moto. D'une, ça ira plus vite, et de deux, ça nous fera du bien. Enfin je sais qu'à moi ça me fera du bien, ça me fait toujours du bien et j'ose espérer que Jasper va accepter. Fort heureusement c'est le cas et bientôt, nous voilà dans les escalier, chacun avec un casque tandis que Jasper m'explique comment me rendre chez la personne qui s'occupe de Merrin. En moto, ça va forcément plus vite et ça a sur le moi l'effet escompté : je me sens bien sur ma bécane. Je dois faire cependant deux fois un détour vu que je me trompe de chemin mais Jasper m'indique là où il faut aller et bientôt, nous voilà garés devant un immeuble. Bientôt, je suis debout à côté de ma moto, mon casque dans les mains, stressé. Si, si : stressé. Certains dirons que ce n'est qu'un bébé mais non, Merrin ce n'est pas qu'un bébé : c'est la fille de mon âme sœur, excusez du peu... Du coup, quand on se retrouve devant la porte d'une personne qui s'appelle Alice d'après ce que Jasper m'a dit, me voilà le cœur battant parce que je sais que la petite se trouve à l'intérieur de cet appartement. Que dire de mon état quand on est invité à entrer et qu'on s'approche de la petite qui d'après la dite Alice vient tout juste de se réveiller ? Honnêtement, je reste en retrait. Je l'aperçois par dessus l'épaule de Jasper mais je reste en retrait parce que tout à coup, je ne me sens pas à l'aise. Tout à coup, j'ai l'impression que je ne devrais pas être là.

J'ai l'impression que je ne suis pas à ma place et j'ai envie de prendre mes jambes à mon cou tout autant que j'ai envie de prendre la petite dans les bras.




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MessageJeu 5 Mai - 21:02

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Il y a une chance sur deux pour qu’il choisisse de se rétracter en m’écoutant et prenne la défense de son ex petite amie. Une chance sur deux pour qu’il m’en veuille de la dépeindre de cette manière ou me fasse le reproche d’avoir entendu si longtemps pour lui dire ce que je pensais réellement d’Alicja. Mais qu’est-ce que j’étais supposé dire à l’époque où ils se fréquentaient ? Même si je ne trouvais pas qu’ils allaient bien ensemble, si je lui en avais fait le commentaire, il m’aurait certainement envoyé mourir. Parce qu’il se pensait heureux avec elle…
Tellement heureux qu’il se tartinait le pif de cocaïne…  
Je le vois bien se crisper un peu, se vexer, mais il ne cherche pas à m’interrompre et me laisse aller au bout de ce que j’ai à lui dire. Il finit même par se laisser atteindre par mon humour de merde et par me rendre mon sourire. J’en suis soulagé, je ne le cacherai pas. Les choses auraient pu mal tourner. S’il se mettait à critiquer June aujourd’hui, je ne crois pas que je le prendrai très bien, même si je connaissais parfaitement ses défauts. Ceci dit : on ne dit pas de mal des morts… Alicja est un fantôme mais elle n’est pas morte. Jessica s’est chargé de le vérifier quand je le lui ai demandé. Elle est restée vague sur son actualité mais elle ne m’aurait pas menti à ce propos. Qu’elle apprécie ou pas la flic, elle n’aurait pas fait ce coup à son père. Elle ne lui aurait pas caché la vérité sur les raisons de son départ de sa vie.
Pas vrai ?
- Je préfère qu'on aille boxer, me répond-t-il lorsque je plaisante à ce sujet.
Enfin à moitié. Daniel sait que je boxe depuis près de dix ans. Il l’a même appris à ses dépends le soir de notre accrochage au Paddy… J’ai lancé cette idée sur le ton de la blague, pour détendre un peu l’atmosphère mais je la garde quand même dans un coin de ma tête. Personnellement, je trouve que cogner un sac de sable a quelque chose de vraiment apaisant. Peut-être que Daniel pourrait bénéficier des effets positifs de la boxe également.
- Ca m’va. J’te préviens : je ne retiens jamais mes coups. Même pas face aux gonzesses, je le défi avant d’en revenir au sujet de ma fille.
Merrin – comme certainement la quasi totalité des bébés – a ce dont pour adoucir les peines de cœur. La voir dormir, sourire, explorer son environnement : absolument tout ce qu’elle fait me procure du bien-être. Et je ne doute pas que ce soit également le cas de Daniel.
Sauf si ça lui fait penser à l’enfance de Jason.
Ouais, bien sûr... Sauf si ça lui rappelle son fils mort…

En tout cas, l’idée semble lui plaire et en quelques minutes, il se prépare pour que sortir. Il me file un de ses casques et je grimpe derrière lui sur sa bécane. Evidemment, je le taquine un peu en faisant glisser mes mains vers son entrejambes en lui lançant quelques répliques niaiseuses de film pseudo romantique. Je lui donne des indications pour rejoindre l’appartement d’Alice, la meilleure amie de June qui habite non loin de chez moi.
Lorsqu’elle me trouve sur le pas de sa porte, un sourire apparaît sur ses traits, qui s’efface un peu dès qu’elle aperçoit mon ami dans mon dos.
- Alice, j’te présente Daniel, un très bon ami à moi, je le présente sobrement, avant qu’ils échangent une poignée de mains. On est venus récupérer Merrin ?
- Déjà ? J’ai même pas pu en profiter, elle n’a fait que dormir depuis que tu es parti, se plaint la brunette en réajustant ses lunettes sur son nez avant de nous laisser pénétrer chez elle. Elle vient seulement de commencer à ouvrir les yeux, elle est encore dans son lit.
C’est un véritable foutoir. Alice est professeur des écoles et a tendance à ramener du boulot chez elle. C’est une fille très créative mais trop dispersée pour aller au bout de la centaine de projets dans lesquelles elle se lance chaque semaine. Faisant signe à Daniel de me suivre, je me dirige d’un bon pas vers le lit parapluie de Merrin, déposant négligemment le casque que m’a confié mon ami sur le canapé.
- Hey, ma puce, j’suis revenu, je lui chuchote en me penchant pour la débarrasser de sa turbulette et la prendre dans mes bras.
Je la berce tendrement pour ne pas trop la brusquer dès son réveille et me tourne vers Daniel, m’attendant à l’avoir à mes côtés, souriant, excité à l’idée que je la lui confie.

Sauf que ce n’est absolument pas le cas. J’ai face à moi un Daniel angoissé, qui fixe intensément ma fille, comme si elle risquait de lui sauter au visage d’une seconde à l’autre. Déconcerté par son attitude, je sers ma fille un peu plus fort contre moi. Bon, OK, je l’avoue : je suis blessé par sa réaction.
Est-ce qu’il la trouve laide ? Est-ce qu’il trouve qu’il y a un problème avec elle ?
Mais je me raisonne très vite et comprend que ça n’a rien à voir. Ce n’est pas Merrin le souci, c’est ce qu’elle provoque en lui. J’ignore ce que c’est précisément, mais il est bouleversé, c’est une évidence.  
- Alice ? Tu peux aller nous chercher quelque chose à boire ? je questionne mon amie, avant de me reprendre. De l’eau ou un soda.
- J’ai que ça de toute façon. Tu sais bien que je ne bois pas, commente-t-elle en s’éloignant, ce qui est précisément ce que je voulais qu’elle fasse.
- Ca va aller ? je questionne doucement mon ami, voulant le ménager un peu. Tu…tu veux la prendre ?
Et le regard qu’il me lance me retourne un peu l’estomac. J’ai l’impression d’être face à un gosse complètement perdu. Je vois bien qu’il ne sait pas quoi faire. Il veut l’approcher et en même temps, quelque chose le retient. Je vois souvent les gens qui n’ont jamais tenus de bébé avoir cette réaction. Ils se disent qu’ils vont abimer l’enfant, lui faire mal, le laisser tomber… Mais Daniel a déjà porté des enfants. Les siens.

Je finis par prendre une inspiration et afficher une expression un peu plus assurée. Je sais qu’il faut qu’il se lance. Parce que, très honnêtement, je ne supporterais pas qu’il se montre distant envers ma fille. Pas lui.
- Assieds-toi, je lui ordonne donc d’un ton calme mais ferme. Il semble hésiter un instant mais finit par s’exécuter. Quand c’est fait, sans lui laisser le choix, je lui dépose ma fille dans les bras. Tu connais le truc : fais attention à la tête.
Et aussi simplement que ça, il se retrouve avec Merrin dans les bras. Merrin qui plonge son regard dans le sien et fronce légèrement ses sourcils clairs, le jaugeant. Et après quelques secondes, ses traits se détendent et elle lui accorde un de ses sourires charmeurs. Je retiens un soupir de soulagement, mais me fend moi-même d’un sourire rassuré.
- Voilà. Elle vient de t’adopter. Profite bien parce que l’étape deux pour te prouver qu’elle t’aime, c’est qu’elle te vomisse dessus. Je ne préfère pas te parler de l’étape trois. C'est trop tôt et tu pourrais fuir, je tente de le dérider, m’asseyant à côté de lui et passant mon bras autour de ses épaules pendant qu’il tient ma fille. Merrin, j’te présente officiellement mon DanyBoy. J’lui ai déjà parlé de toi, j’explique à mon ami, alors qu’Alice revient avec deux cannettes de Dr Pepper.
- Ca ira ?
- Nickel, je lui assure en ouvrant une des canettes pour en avaler une gorgée, laissant Daniel faire connaissance avec ma fille.
- Faut que j’fasse une photo, vous êtes trop choux comme ça tous les deux ! décrète Alice, émue par la vision qu’offrent ma fille et le secouriste en probation.
J’approuve l’idée et, sans demander son avis à Daniel, elle le mitraille avec son appareil, sous mon regard satisfait.  


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MessageVen 6 Mai - 23:32

You're my person
I'm learning from my mistakes


Je suis bloqué. Littéralement bloqué. Ma jambes sont plantées dans le sol comme si j'étais tenu par des liens invisibles au niveau des chevilles. Je suis tout bonnement incapable de bouger. Je suis là, je peux nettement la voir mais je n'en m'en approche pas. J'en ai envie pourtant, j'en ai même terriblement envie. Je n'ai pas vu de bébé depuis très longtemps, je n'ai pas tenu de bébé dans les bras depuis très longtemps également et en voyant Merrin, je réalise à quel point ça me fait envie. Seulement, je suis moi. Moi, l'alcoolique, l'ancien cocaïnomane, l'enfoiré qui a laissé tombé le père de Merrin alors que la mère de cette dernière était morte. Je suis ce type-là et je m'estime indigne de Merrin. Tellement indigne... J'ai peur, si je la prends, de la salir, de la souiller, de lui transmettre en l'espace de quelques secondes toute la pourriture qui m'habite. C'est sans doute complètement con de penser de cette façon mais c'est plus fort que moi. C'est comme si je n'avais pas le droit d'être ici... Pas après ce que j'ai fait et ce que j'ai du coup pas fait vu ce que j'ai fait. Alors je reste là, mon casque dans les mains, je me contente d'observer mon ami avec sa petite puce. J'observe même plus intensément Merrin, j'observe sa bouille, ses joues roses, son innocence... Je la vois oui son innocence et je n'ai qu'une seule envie : la préserver. C'est instinctif et pourtant, ce n'est pas ma fille. L'innocence de ma fille, je n'ai pas su la préserver justement... Ni celle de mon fils. Je me crispe tout en laissant mon regard fixé sur l'enfant jusqu'à ce que Jasper se retourne vers moi. Je vois nettement ses mains se resserrer autour de la petite et je relève alors mon regard vers lui, blessé mais en même temps c'est bien. Là, il me prouve que j'ai raison, que je ne devrais pas être là. Il veut la protéger de moi et il a bien raison parce que qu'est-ce que je vais lui apporter à cette petite hein ? Je n'ai pas été foutu d'être là ni pour sa mère ni pour son père alors...

Alors je devrais m'en aller, tout simplement.

Sauf qu'on se retrouve finalement seuls Jasper et moi avec la petite après qu'il ait demandé à Alice d'aller nous chercher à boire. Il me demande si ça va aller et j'ouvre la bouche puis la referme parce que je n'ai sincèrement aucune réponse à lui donner : je ne sais absolument pas si ça va aller. Je ne sais pas. Il poursuit en me demandant si je veux la prendre et mon cœur se serre alors que mes yeux se teintent d'une réelle détresse. Je veux mais j'estime ne pas en avoir le droit et je ne sais pas comment le lui dire sans passer pour un con. Soudain, Jasper affiche une mine résolue et m'intime de m'asseoir. Il n'est pas énervé mais décidé et finalement, c'est de cela dont j'ai besoin puisque je finis par m'exécuter. Je pose mon casque à mes pieds mais je n'ai pas le temps d'enlever mon blouson que Jasper vient me poser Merrin dans les bras. Mes mains qui me semblent tout à coup absolument immenses viennent entourer la petite et quand Jasper me dit que je connais le truc et que je dois faire attention à la tête, ma main est déjà posée derrière le crâne de la petite demoiselle. Faut dire ce qui est : ce genre de choses, ça ne s'oublie jamais. Je me sens... C'est difficile de bien le savoir. La tenir ainsi est vraiment une sensation merveilleuse, ça m'emplit de joie à un tel point que j'en ai le souffle presque coupé. Et en même temps, il subsiste cette impression que je ne devrais pas le faire, que je n'ai pas le droit de la porter de cette façon. Sauf que cette impression, ce sentiment vraiment horrible s'estompe dès que je croise le regard de Merrin et qu'elle m'adresse un large sourire. Et là, comme un con, je me mets à pleurer tout en lui rendant son sourire. Ouais, j'ai l'air d'un con à n'en pas douter mais je n'y pense même pas. La tenir, ça fait remonter tout un tas de trucs à la fois merveilleux et douloureux alors je ne peux pas faire autre chose que de verser quelques larmes. J'entends Jasper me dire qu'elle m'a adoptée puis il poursuit en parlant du vomis qu'elle risque de m'offrir en signe d'adoption mais sincèrement, elle pourrait bien me vomir dessus là tout de suite maintenant que je n'en aurais rien à faire. Je continue de sourire alors que je garde mon regard plongé dans celui de la petite. Je sens finalement Jasper s'installer à côté de moi et quand il passe son bras autour de mes épaules, je relève enfin mon regard vers lui et lui souris.

« Merci... » je souffle tout bas avant de reporter mon regard sur la petite puce. Jasper en profite pour nous présenter de façon officielle et moi de sourire plus largement. « Salut ma belle. Je suis content de te rencontrer. »

Je n'ai d'yeux que pour elle si bien que je ne relève pas mon regard vers Alice quand elle revient. Je suis totalement captivé par Merrin. Ce n'est que quand je comprends qu'elle est en train de nous mitrailler avec son appareil photo que je relève mon regard vers elle. J'écarquille les yeux, surpris puis détourne mon regard de l'appareil photo pour reporter toute mon attention sur Merrin qui parvient presque à me faire oublier que je suis en train de servir de modèle contre mon gré. Presque. En fait, je ne risque pas d'oublier car tout à coup, Alice vient s'installer juste à côté de moi sur le canapé, très près de moi en fait. Je tourne mon visage vers elle qui m'adresse un large sourire.

« Tiens, regarde ça ! » elle me dit avec, je trouve, un peu trop d'entrain.

Ceci dit, je me garde de faire le moindre commentaire et jette un coup d'oeil au petit écran de l'appareil sur lequel Alice fait bientôt défiler plusieurs photos de moi et Merrin et je me fige en regardant les photos parce que je ne me reconnais pas. Je ne me reconnais plus et ça me fout un sacré coup sur la tronche en fait. Ce type aux joues creusées et à l'air abattu, c'est moi ? Parce que j'ai beau sourire, mes yeux... Putain mes yeux... La petite brille et heureusement qu'elle brille et qu'elle rayonne comme ça parce que sinon, juste moi sur les photos ce serait horrible. Et c'est monstrueux car ça me renvoie à la terrible sensation que j'avais en arrivant, comme si je ne la méritais pas.

« Tu m'en fais une avec ton plus beau sourire ? » me demande soudain Alice et je relève mon regard vers elle.

Sourire ? Là ? Comme ça ? Sur commande ? Vu la façon dont elle me fixe, il va falloir que je tente donc je tente. Je garde toujours précieusement Merrin dans mes bras et esquisse un sourire qui ne doit pas être ce qu'elle attend vu qu'elle abaisse son appareil photo.

« T'as l'air constipé là en fait... »

Et ça me fait rire. C'est con mais ça me fait rire. Pourtant, je n'ai pas envie de rire mais voilà, elle sort ça de but en blanc et...

« C'était pas si difficile. »

Et voilà qu'elle me montre la photo et je me sens me détendre un peu parce que là, je me reconnais un peu plus. Je me reconnais de l'époque où je savais sourire facilement, rire facilement, où je n'étais pas qu'une épave.

« Tu pourras me l'envoyer s'il te plaît ?
- Bien sûr.
- Merci. »

Et c'est là que je sens Merrin s'agiter un peu et aussitôt, sans attendre, je me retourne vers Jasper pour la lui rendre.

« Elle veut son père. »

Et dès que je les mains libres, Alice me tend mon soda que j'accepte en esquissant un petit sourire tout en observant Jasper et Merrin et là, bien sûr que le parallèle me vient. C'était inévitable. Je me revois avec Jessica. Je me revois avec Jason. Je laisse échapper un petit soupir. Teinté de nostalgie le soupir. De tristesse sans aucun doute aussi. Finalement, je porte le soda à ma bouche pour en boire une gorgée et surtout pour me donner une excuse pour ne rien ajouter. On ne peut pas et parler et boire donc...

« Tu veux que je prépare son biberon ou vous y allez tout de suite ? »

Elle s'adresse à Jasper, je le laisse répondre. Moi, je bois mon soda. Il a dit que je pourrais lui donner le biberon mais je ne suis pas certain d'être capable de le faire sans craquer...




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MessageSam 7 Mai - 11:41

you're my person
It feels like I'm drowning and I don't want to come up for air. I lost everything, I threw myself in and you took me when no one was there. Well you can take what you need, take the air that I breathe and I'll give away all that I own. Whatever I lose, is put back by you in a way that you'll never know. I'll be there when you need me most, if you're ever alone. Δ seafret.


Ca me touche de les voir tous les deux et de voir Daniel si ému. J’attends qu’ils se rencontrent depuis tellement longtemps… Le secouriste n’a pas idée à quel point tout ça est important pour moi. Parce que je n’ai aucun membre de ma famille à présenter à Merrin. Elle n’aura pas de grands-parents paternels, pas de cousins, pas de tante et son oncle… Je ne veux pas que Jared pose ses yeux sur elle. J’ai cette idée en horreur. Chaque fois que je les imagine dans la même pièce, je finis par voir ses mains d’assassin se refermer autour de son petit cou si fragile…
C’est aussi pour ça que j’en ai autant voulu à Daniel de m’avoir fait défaut à la naissance de Merrin. De lui avoir fait défaut à elle. C’est pour cette raison que j’ai renoncé à faire de lui son parrain. Parce que j’avais besoin de quelqu’un sur qui compter et qu’il n’était pas là. J’aurai pu attendre un peu bien entendu, attendre qu’il sorte de cure, se reprenne en mains, mais j’avais peur. Je ne crois même pas en Dieu et pourtant, j’ai voulu mettre très vite toutes les chances du côté de ma fille. Le rituel du baptême coulait de source. Et puis je savais que c’était important pour June que notre fille soit baptisée et placée sous la protection d’un hypothétique barbu vivant dans les nuages.  
Mais aujourd’hui, j’oublie toute ma rancœur. La vision de ma petite fille dans les bras de mon frère de substitution agit comme un baume sur mes plaies et apaise un peu mes souffrances. Cette vision me rassure surtout sur le fait qu’au cas où il m’arriverait quelque chose, Merrin ne serait pas livrée à elle-même. Des gens l’aiment. Des gens l’aiment profondément… Je sais que c’est le cas Daniel. Je le vois dans ses yeux embués de larme, dans son sourire affectueux et la façon dont ses mains l’enserrent. Il la protègera. Quoi qu’il arrive, il la protègera si je n’en suis plus capable pour une raison ou une autre.
Ca m’enlève un sacré poids de le savoir.

Le seul bémol, c’est que cette scène se déroule dans le salon d’Alice. Elle commence à mitrailler mon ami et ruine un peu toute la magie de ce moment fort. Mais je ne peux pas vraiment lui en vouloir… je sais que tout ce qu’elle fait, Alice le fait avec la meilleure intention du monde. Je ne fait donc aucun commentaire et me contente de siffler ma canette en les observant tous, me tenant à l’écart. Et puis au final, elle parvient même à contaminer Daniel avec sa bonne humeur et son naturel parfois déstabilisant. Je souris moi-même en le voyant se décoincer un peu et laisser échapper un rire spontané.
Je les laisse échanger quelques mots à propos de la photo qu’Alice vient de prendre, me perdant rapidement dans mes pensées. Des pensées peut réjouissantes. Je me demande à quoi aurait ressemblé la vie de ma fille si mes parents étaient encore en vie, si Jenny était encore là… Sans doute n’existerait-elle même pas…
- Elle veut son père, me lance tout à coup Daniel en se tournant vers moi, me faisant signe de reprendre ma fille.
Je dépose donc ma canette à la va-vite et récupère Merrin qui commence effectivement à s’agiter et grimacer. Je la berce doucement, lui chuchotant quelques paroles réconfortantes et lui promettant de la nourrir très vite.
Je continue de ruminer malgré moi. Malgré elle. Je voudrai qu’elle connaisse ma famille. Ma vraie famille de sang. Je voudrai qu’elle grandisse dans un environnement normal. Mais ça n’arrivera jamais. Elle ne connaitra pas mes parents et elle ne connaitra même pas sa propre mère… Ca me peine tellement…
- Tu veux que je prépare son biberon ou vous y allez tout de suite ?
- J’veux bien, s’te plait, je lui réponds distraitement, sans détacher mon regard de celui de ma fille, me penchant vers elle pour venir frotter mon nez contre le sien, lui arrachant un sourire doux.
Elle s’agite et ses mains minuscules se referment sur mon nez, explorent mon visage avec un plaisir qu’elle exprime bien volontiers. Elle finit même par essayer de dévorer mon nez, et ce n’est qu’à ce moment que je l’éloigne un peu de moi, pour me retourner vers Daniel et m’enquérir de son état. Il a l’air encore un peu secoué mais ça a l’air d’aller pour lui. Suffisamment pour lui donner son biberon comme convenu ? Apparemment pas.
- C’est pas grave. Je m’en occuperai, je le rassure dans un sourire, avant d’ajouter : T’auras qu’à te charger de l’étape suivante et changer sa couche.
Ma remarque semble le détendre un peu, et puis Alice revient avec un biberon tiède.

Je me concentre donc sur ma fille pendant que les deux autres se font la conversation. Enfin, comme c’est souvent le cas, c’est Alice qui parle et parle et parle encore. Je jette de temps en temps des regards amusés au secouriste qui, visiblement, a perdu l’habitude d’avoir à faire à ce genre de personnages. Parce que c’est ce qu’est Alice : un personnage. Et un sacré. Mais elle n’est pas d’une compagnie si terrible et elle permet au moins de mettre un peu d’ambiance.
Tellement en fait, que, sans nous en rendre compte, nous commençons à nous attarder dans son appartement. Alors qu’elle continue de faire la conversation, elle commence à installer quelques chips et autres cochonneries sur la table que nous nous mettons naturellement à avaler. Une heure plus tard, elle nous fait livrer une pizza que nous engloutissons devant un film…de Ryan Gosling.    

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