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And I cause so much Troubles. ▬ Pv. Luciano.
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MessageDim 6 Mar - 18:42

Bay Ridge, Brooklyn,
Bay Ridge Avenue.
19h30.

Je dévale les escaliers de mon immeuble en refermant mon manteau, la dragonne de mon parapluie autour du poignet. Je m'arrête un instant devant la grande porte du hall. Il pleut des cordes. Un bref regard vers mes chaussures, j'espère que mes bottines tiendront le coup, qu'elles ne prendront pas la flotte, du moins. Je tâte ma veste, m'assurant de la présence de mon étui d'appareil photo, protégé par les couches isolantes du vêtement. Il ne manquerait plus que je bousille mon APN avec cette foutue flotte.
Sans rire, quelle poisse. Une de mes connaissances m'avait parlé d'un show burlesque assez spécial et m'avait incitée à aller le voir en me disant que je pourrais prendre de chouettes photos. J'avais repoussé ça, jusqu'à ce qu'elle me dise qu'il ne sera pas à l'affiche indéfiniment. Et ce soir, eh bien, c'est le dernier soir. Et il pleut des cordes. Idiote. C'est pas non plus comme si tu n'avais pas le temps, Amber. C'est quand même fou à quel point ne rien faire de la journée, ça rend flemmard. J'avais vraiment un mal fou à bouger mes fesses, sauf quand cela concernait le sport. Bizarrement, quand venait l'heure d'aller courir ou à la salle de muscu', je ne prenais même pas le temps d'hésiter.
J'avais appelé un taxi et celui-ci m'attendait. Je me voyais mal prendre le métro et me retrouver collée, serrée contre des gens alors que nous serions tous plus ou moins trempés. J'ai pas franchement envie de sentir le chien mouillé. Le show que j'allais voir prenait place dans un cabaret et je m'étais bien habillée pour l'occasion. Jolie robe, belles chaussures, maquillage et coiffure. Et forcément, mon appareil photo. Je sors tellement rarement sans lui que je plaisante parfois en disant que j'aurais dû le greffer sur ma prothèse à la place de ma main bionique.

Je pousse la porte et j'ouvre mon parapluie avant de me mettre à courir en direction du véhicule jaune qui stationnait. Le vent souffle et les énormes gouttes martèlent le pavé, brouillant les lumières des enseignes et des feux de signalisation. Le chauffeur m'ouvre la portière et je m'engouffre à l'intérieur, repliant mon parapluie avant qu'il ne la referme.
Soupir de soulagement.
Le chauffeur, installé à son tour, riait.

« - Quel temps, hein ! » a-t-il lancé. « Je vous emmène où ? »

Je lui donne l'adresse et me laisse choir dans le siège, avant de boucler ma ceinture. Mon regard se porte au dehors et je regarde les gens qui s'agglutinent à l'abri ou qui court vers les magasins pour rester un minimum au sec. Certains trottinent dans les flaques, un parapluie au dessus de la tête, d'autres sprintent entre les gouttes. Foutues averses. Elles ne durent pas très longtemps en général, une heure, tout au plus, mais leur violence est telle qu'il ne vaut mieux pas se retrouver dessous.
Avec le chauffeur, on a beaucoup parlé. On a parlé travail, il me dit qu'il a l'habitude de rencontrer un paquet de gens étranges et au parcours hors du commun. Quand je lui dis que j'ai été pompier mais que j'ai du arrêter à cause d'un accident, il a été gentil, sans jugement, sans pitié. « - Ce sont des choses qui arrivent. Le principal, c'est d'être encore là pour raconter son histoire. » m'a-t-il dit. Criant de vérité. Je souris.

Cabaret, Manhattan.
20h10

Nous sommes arrivés.
Il y a déjà du monde au guichet, alors je me dépêche de payer ce gentil monsieur et je cours m'abriter sous l'auvent à l'arrière de la file. Il y a toutes sortes de personnes. Des vieux, des plus jeunes, des couples, des groupes d'amis, des gens seuls – comme moi – des gens normaux, finalement. Je ne sais pas ce que je m'étais imaginé. J'étais plutôt joyeuse, malgré la pluie et j'avais hâte, ça allait être chouette.  
Puis, vient mon tour. Je paie, on me fait rentrer. Puis, on me propose de laisser mon parapluie, mon sac et ma veste au vestiaire, en échange d'un petit ticket. J'accepte, gardant juste ma sacoche d'appareil photo. On m'emmène à ma place et je m'installe.
Même si le spectacle n'est pas commencé, l'ambiance est déjà tamisée, aux lueurs roses, violacées. Il y a déjà pas mal de gens et le brouhaha de leurs discussions me berce tranquillement. Je pose ma tête sur mes mains, accoudée à la table et je regarde la foule, les tables se remplir, les hôtes se glisser entre les tables et tirer les chaises pour les clients.
Bientôt, le cabaret est rempli, il n'y a plus de place restante. Les lumières décroissent alors et les serveurs succèdent aux hôtes pour venir remplir les verres et les assiettes dans un ballet silencieux. Une danseuse se présente sur scène dans un costume affriolant et coloré. Tous, nous applaudissons.
Puis, la musique et les danses.

C'est alors que je sors mon appareil photo, je pose la sacoche sur la table et je mitraille les jolies demoiselles qui chantent et dansent sur scène. Je m'amuse énormément ! Les lumières sont belles et se reflètent sur les tissus riches et les couleurs pêchues des tenues. Tout est envoûtant et je fais de mon mieux pour capturer ces moments particuliers. Je ne m'arrête que pour manger. Enfin. Jusqu'à ce qu'on vienne me taper sur l'épaule. Deux armoires à glace en costume avec la petite oreillette qui trahit leur rôle de videur/vigile/type de la sécurité. Ils me font signe de les suivre, je range mon appareil dans son sac et passe la bandoulière au-dessus de ma tête.

« - Il y a un problème ? … »
« - Peut-on voir votre badge ? »
« - Hein… Quel.. badge ? »
« - Veuillez nous suivre. »
« - Je peux savoir pourquoi ?… »

Silence.
On nous regarde, on chuchote, moi je tourne la tête vers mes voisins de table, cherchant de l'aide du regard. Je comprends rien. Je suis les deux gorilles jusque dans un couloir, bras croisés sur ma poitrine, mais un peu en retrait, afin de pouvoir m'enfuir si j'avais fait une connerie en les laissant m'embarquer. Ils referment la porte et me font face, bras musclés croisés sur leur poitrine large. Inutile de dire qu'ils sont impressionnants.

« - Donnez-nous cet appareil photo. »
« - Pardon ?! » dit-je en m'esclaffant. « C'est pour ça que vous m'avez pris à part comme ça ?! Je pensais que c'était grave, moi. »
« - Vous n'avez pas le badge photographe. Vous n'êtes donc pas autorisée à prendre de photo. »

J'écarquille les yeux et resserre ma main bionique sur la lanière de la sacoche. Je ris jaune.

« - Tout ça pour ça ?! » je ricane. « Vous n'avez personne d'autre à emmerder ? »

L'un d'eux s'avance vers moi, je recule, mais il m'attrape le bras. Je tente de me dégager.

« Lâchez-moi !! Vous êtes des grands malades ! Tout ça pour des photos ?! C'est indiqué nulle part qu'il faut ce putain de badge ! »

Je secoue le bras pour qu'il me lâche et voyant que ça ne marche pas, je tente de desserrer sa poigne avec mon autre bras. Il resserre la main.

« - Si vous ne coopérez pas, on a devoir réquisitionner cet appareil et vous jeter dehors. »
« - Lâchez-moi ! Tout ça parce que je suis une femme seule, hein !!!! Ça aurait été un vieux mec avec sa bande de pervers, vous n'auriez rien dit ! »

Je suis en colère et je me débats pour qu'il me lâche enfin, sans succès. L'un fait un mouvement de la tête à l'attention de son collègue et ce dernier récupère mon appareil photo dans mon sac .

« - Rendez moi ça ! Vous n'avez pas le droit ! »
« - Oh que si ! »

Il passe une porte et revient sans mon appareil pour m'attraper l'autre bras. Tous deux me soulèvent en me tenant sous les aisselles. Putain, les enfoirés. Je gueule aussi fort que je peux, je les insulte copieusement en me débattant de toutes mes forces. Je donne des coups de dents, de coudes, des coups de pieds, j'essaie même de les poser au sol pour freiner. Mais je fais bien pâle figure face à ces deux gorilles. Ils vont vraiment me foutre dehors. « - Connards… » je siffle entre mes dents. Je vois la porte de service qui se rapproche. Putain de merde, putain. Je ne m'arrête pas de hurler, quelqu'un viendra peut-être m'aider … ? J'ai trop d'espoir, haha… Mon bras amputé me fait mal. Je sens la prothèse qui se détache avec toute cette agitation. Putain, ils vont me l'avoir abîmée…

« - Vous me faites mal, bon sang ! Lâchez-moi !!! »
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Luciano Gambino
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La cruauté est essentielle si l’on veut conserver le pouvoir. Sans elle, on apparaît faible et les adversaires en profitent. Comme les chiens : celui qui aboie le plus fort devient le chef de meute. [Saviano]

MessageSam 12 Mar - 23:07

Habituellement, jamais je ne râle d’agacement quand je suis retenu prisonnier entre un point A et un point B par un embouteillage. Ici, à New York, c’est monnaie courante, bien que la majorité de ses habitants préfèrent se déplacer en transports en commun, histoire de gagner un temps précieux. C’était une denrée rare. Je ne faisais pas l’exception, mais j’avais pris mon parti de ces longues minutes vides d’occupation, les mettant à profit pour ordonner tous mes soucis du quotidien. Ils se résolvaient là, dans l’habitacle d’une voiture, sauf celui qui m’agitait depuis mon dernier tête-à-tête avec Lyla. Des anxiolytiques. Elle se gavait de médocs pour des raisons qui m’échappaient et ça me rendait malade. Je ne comprenais ni la démarche ni le but. Son mensonge ? Je l’abordais comme une douloureuse trahison, tout simplement parce qu’elle avait jugé bon de faire de cette réalité un secret, au mépris de la confiance, comme si je n’en étais pas digne alors que moi, MOI, j’avais foi en elle. Je lui confessais une grande partie des miens, même les plus inavouables. J’en gardais certains pour moi, tout comme elle, pour le bien de notre couple, mais dans l’absolu, je veillais à me montrer le plus transparent possible. N’était-ce légitime d’attendre qu’elle me renvoie la pareille ? N’étais-je pas en droit d’être déçu ? Plus irascible qu’à l’accoutumée ? Assez pour m’insurger contre le trafic ?  « Putain, mais ils ne savent pas avancer. Pourquoi ils n’avancent pas ?» Je klaxonnai rageusement, devenant le chef d’orchestre d’une harmonie grinçante aux accents métalliques. « Peut-être parce qu’ils sont coincés, comme toi et moi » rétorqua mon frère de son éternelle nonchalance. Il s’alluma une cigarette que je récupérai entre ses doigts. « Je parie que c’est encore à cause d’un connard qui se croit chez sa mère et qui débarque toute sa famille au coin d’une rue en taillant une bavette avec papy et mamy. Ils me cassent tellement les couilles. » « Non ! Là, c’est toi qui me casses les couilles. C’est quoi ton problème ?  Tu as chié de travers ? Tu t’es disputé avec Lyla ? Qu’est-ce que tu lui as fait encore ? » « Moi ? Mais rien ! Et d’ailleurs, ça n’a rien à voir avec elle. » Victime de ma réputation, il était tout, sauf convaincu et son regard pesa lourdemment sur mes épaules, car je lui mentais ouvertement, qu’il s’en doutait et qu’il n’abandonnerait certainement pas sa charge aussi facilement. « Vraiment. Dans ce cas, écoute-moi bien, ça fait des jours que tu bouffes tout le monde. On dirait un chien prêt à mordre. Certains commencent à se dire que tu deviens faible à t’énerver comme ça pour un oui ou pour un non. Alors, je ne sais pas ce qui te tracasse et je veux plus le savoir, mais arrange ton problème vite fait, parce que tu vas t’attirer un tas d’emmerdes si tu continues comme ça. » Il avait raison. Andrea était d'excellent conseil, pas forcément parce qu’il était le plus vieux, mais parce qu'il avait fait le choix judicieux de prendre un maximum de recul par rapport à son rôle au sein de Cosa Nostra. Il n’était ni gourmand ni ambitieux. Il répondait aux ordres simplement, gardait les yeux grands ouverts et nous dispensait tous de ces précieux dictons. « Ouais. Je sais. Je vais me calmer, c’est juste une sale période. Ça doit être l’humeur de la Maruzella qui déteint sur moi. Elle file un mauvais coton en ce moment. » me défendis-je en détournant l’attention sur elle qui avait toujours été au centre de nos préoccupations. Nous étions ces frères. Nous l’aimions du fond du cœur. Je livrai à Andrea tout ce que je savais de sa situation avec Manuel. Le reste, ce qui me concernait, je le tus, le regrettant une fois seul sur le domaine.

Dans ces moments-là, ceux où je poussais la porte de mon appartement pour le retrouver vide, j’avais envie de lui téléphoner, feindre la mauvaise humeur, mais m’apaiser en entendant le son de cette voix si familière. Les jours précédents, je luttai en fumant joint sur joint et en avalant cul sec assez de shoots de Tequila pour m’ôter cette idée de l’esprit. Ce soir-ci, c’est un appel alarmé du chef de la sécurité du cabaret qui m’aida à renoncer à ce stupide projet. Sans solution, lui passer un coup de fil aggraverait seulement la situation et celle sur mon fief n’était pas bien glorieuse. D’après eux, ils avaient chopé une hystérique qui leur hurlait des insanités au visage et qui nous menaçait de nous coller un procès au cul pour diffamation ou autres conneries. « Putain, j’en ai marre des gonzesses. C’est toutes des nids à emmerdes. Garde là au chaud quelque part. En salle de réunion par exemple. Empêche là de se barrer. Il faut que je la calme avant. J’arrive. » tempêtais-je en récupérant mes clés de voiture pour repartir d’où je venais. J’arrivai près d’une heure plus tard. Je ne doutais plus que je retrouverais la demoiselle en question au bord de la crise de nerfs. Aucune femme digne de ce nom n’aurait accepté d’être retenue en cage, même si les barreaux sont dorés. Comme je les tenais toutes en disgrâce, je m’arrêtai dans mon bureau pour obtenir des informations complémentaires sur les faits. « Tu te moques de moi, là ! Des photos… elles faisaient juste des photos ? » répétais-je consterné par tant d’imbécillité. « Ouais. On lui a confisqué son appareil photo. » « J’y crois pas, putain. Je n’arrive pas à y croire. Ce n’est pas possible d’être aussi con… » « Mais, vous avez dit que… » « Je sais ce que j’ai dit. Pas de film. Je ne veux pas qu’on les filme par respect pour leur boulot, mais les photos, qu’est-ce qu’on s’en branle. » Fou de rage, je me servis un Whisky. « C’est son appareil ? » m’enquis-je avec empressement, perdant peu à peu mon calme. Il hocha de la tête et je l’abandonnai là avant d’avoir envie de lui arracher la langue avec un coupe-papier.

En d’autres temps, je me serais présenté en lui offrant un sourire charmeur pour l’apaiser, je l’aurais écoutée déverser son fiel, revendiquer plus de justice et, pour compenser, je lui aurais versé un verre à boire pour ensuite m’excuser et lui promettre de racheter l’erreur de mes gardes. Cet établissement, je l’avais bâti de mes mains. Je ne tolérais aucune mauvaise publicité. Toutes personnes se sentant flouées en ces lieux devaient en ressortir avec le sentiment d’avoir remporté une véritable bataille. Toutefois, confronté à ce visage étonnamment familier, je m’interrompis avant de prononcer le moindre mot. Amber. Je ne l’avais plus vue depuis des années. Je savais presque tout d’elle, mais j’avais pris grand soin de ne jamais plus la croiser au hasard des artères de New York. Que faisait-elle là ? Était-ce le hasard ? Vraiment ? Je n’y croyais pas beaucoup. Alors, en silence, je déposai son gadget sur la table. « Ça fait quoi ? Deux ans ? Trois ? Un peu moins ? » Je ris mi-figue mi-raisin. Je n’étais pas content de la retrouver. Pas le contraire non plus. Je n’étais pas indifférent, c’était juste surprenant. « Pas un mot. Pas un message. Que dalle. Et là, tu te pointes dans mon cabaret pour faire des photos. Tu m’expliques pourquoi j’ai l’impression que tu ne savais pas où tu mettais les pieds en arrivant ici ? Qu’est-ce que tu veux, Amber ? »


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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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MessageLun 14 Mar - 22:07

Un Cabaret à Manhattan.

J'avais jamais vu ça. Sérieusement. Quelle salle de spectacle empêche les spectateurs de prendre des photos ? Et qui fait venir la sécu' pour qu'ils jettent ceux qui dérogent à cette règle ridicule ? Boîte de fous. Sincèrement, je me demande comment ce cabaret est toujours ouvert s'ils agissent comme ça à chaque fois qu'une personne sort son appareil photo… J'avais envie de me changer les idées, de me détendre, de ne pas ressasser ma solitude à temps partiel. Eh bien, là, j'avais réussi. Je sors de mon foutu quotidien morne. J'me fais sortir par la sécurité. C'est pas commun, encore moins habituel. Événement exceptionnel. Daniel et Jasper allaient se foutre de ma gueule quand je leur raconterai.

Les deux Jerks In Black sont alors interrompus par leur supérieur qui vient leur glisser un mot à l'oreille, discrètement. Un mouvement de têtes aux abrutis et ceux-ci m'ouvrent une porte par laquelle ils me poussent. Avant de me lâcher, ils me disent que le patron va arriver pour régler ce problème. Oh joy. Ça me laissera tout le loisir de lui déverser joyeusement tout ce que je pense de ce traitement de (dé)faveur. Qu'on m'a prit mon cher appareil, que je loupe le spectacle pour lequel j'ai payé, que ces cons m'ont fait mal et sans doute abîmé ma prothèse qui – je peux le dire – coûte un bras.
Au moins, à être seule ici, je peux vérifier l'état de mon avant-bras futuriste. Je l'enlève, vérifie les jointures et je le remets en place. Je bouge le poignet, j'agite mes doigts, les articulations ne plient pas jusqu'au bout, mais le reste va bien. Je devrais réussir à me débrouiller avec ça, mais il va falloir que j'aille faire réviser les circuits. Su-per. Merci beaucoup...
Je croise les bras sur ma poitrine, ma colère ne descendant toujours pas, d'autant plus que je piétine comme un lion en cage. J'entends la musique au loin, étouffée, les applaudissements, les rires, les chants. Je regarde l'heure qui défile. Je marmonne, je ronchonne, frustrée au possible. Un quart d'heure, une demi-heure, trois-quart d'heure puis une heure. Une éternité. J'ai l'impression que les minutes qui passent durent chacune des heures. J'avais fini par m'affaler dans une chaise, bras toujours croisés sur la poitrine et les sourcils froncés à tel point qu'on les penserait bloqués dans cette position. Ils ont le droit de faire ça ? Je suis pas sûre. Si ? C'est pas un enlèvement ou une détention illicite ce genre de truc ? Je suis certaine que ce n'est pas légal en tout cas. Sûre et certaine. Je n'ai dérogé à aucune règle qui ne suscite un tel traitement. Des photos, quoi, putain… Je vais pas le louper leur con de patron, putain. Vous pouvez être sûrs que je vais vous coller un putain de procès au derrière, appeler des asso' féministes et de défense des handicapés ou j'sais pas trop quoi. Et vu comme ils m'ont tenue, je suis certaine d'avoir les bras couverts de bleus. Avec la malfonction sur ma prothèse et tout ça, j'ai des preuves pour les faire tomber. Putain de merde de frefnreuisishgrupi. Raaaaaah.

La musique s'est tue et quand j'ai compris que ces longs applaudissements sonnaient la fin du show, je me suis à nouveau levée pour refaire un tour de la pièce en rageant au possible. Autant j'ai envie de casser quelque chose, autant je préfère bouillonner dans mon coin. Je devais être rouge de colère quand il est entré. Mais en voyant le visage du ''patron'', je me suis déconfite. Lui aussi s'est arrêté. Mon cœur a sans doute loupé un battement. Ou deux. Luciano. Celui que j'avais tenté d'oublier depuis que l'on s'était quittés. Que j'avais oublié... J'avais enfermé les sentiments que j'avais pour cet homme et j'avais jeté la clé. Mais… Mais le voir, là, devant moi… C'est plus qu'étrange. Perturbant. C'est quoi le délire en ce moment ?? Après Jasper, lui... Je renoue avec ma vie d'avant, juste pour en effleurer la surface ? Pour que je me rappelle que rien ne sera plus pareil ? Enfoncer le couteau dans la plaie. « Ça fait quoi ? Deux ans ? Trois ? Un peu moins ? » me dit-il en lâchant un rire des plus… mitigés. Je me mords l'intérieur de la joue et grimace. « Quasiment deux ans… » je lâche dans un souffle. Oh. Eh. On peut rembobiner ? J'ai pas envie de le voir. J'ai pas envie d'être là. Qu'est-ce que je fous là ? Dans quoi est-ce que je me suis fourrée ce soir ? « Pas un mot. Pas un message. Que dalle. Et là, tu te pointes dans mon cabaret pour faire des photos. Tu m’expliques pourquoi j’ai l’impression que tu ne savais pas où tu mettais les pieds en arrivant ici ? Qu’est-ce que tu veux, Amber ? »  Je baisse les yeux, puis je recroise les bras. Qu'est-ce que je veux ? Pas toi, en tout cas. N'importe qui mais pas toi. « Je… » Je me mordille la lèvre. Je ne sais pas par quel bout commencer. « Je suis désolée, Lucky, j'aurais su… Je… Je... J'ai pas eu le courage de venir prendre de tes nouvelles. » Je me gratte la nuque, de la colère, je suis passée direct à la nervosité intense. Je balbutie, je bute sur les mots et je les cherche sans tomber sur les bons. Je ne le regarde même pas. Je m'écrase, juste. Et comme par réflexe, je planque mon bras droit derrière mon dos. Encore maintenant, je ne veux pas qu'il me voit comme ça. «  J'étais juste venue apprécier le spectacle et prendre des photos… Jamais je n'aurais pensé que tu étais le propriétaire de ce cabaret… » Après les gros vigiles stupides, le terrible ex'.

Pure. Soirée.
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Luciano Gambino
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MessageSam 19 Mar - 16:50

J’étais chez moi, non ? L’intruse, l’indésirable, c’était elle, pas vrai ? Alors, pourquoi ce court instant d’hébétude en la reconnaissant ? Que signifiait cette hésitation qui m’arrêta net au milieu de la pièce comme si j’étais prêt à faire demi-tour et à repartir d’où je venais sans demander mon reste ? ça n’avait aucun sens. Ça ne me ressemblait pas non plus. Certes, après qu’elle m’ait quitté, je resserrai autour d’elle une étroite et discrète surveillance. Elle en savait peu sur mon affiliation, mais elle en connaissait assez pour se pointer chez les flics et me causer quelques ennuis. Je devais m’assurer qu’elle ne se sentirait pas pousser des ailes dans le dos pour se venger des conséquences de l’accident que mes petits trafics provoquèrent. Mais, cette obsession pour ma sécurité était révolue depuis longtemps. Je m’étais convaincu qu’en apprendre toujours plus sur elle dépendait de l’habitude. Là, j’en étais plus vraiment certain, bien que j’étais persuadé de n’avoir aucune envie de la voir, de l’entendre et de lui parler. Pour quelles raisons, cependant ? Ne m’était-t-elle pas devenue indifférente depuis le temps ? . Nous étions l’un l’autre trop fier ou trop lâche pour percer l’abcès purulent de notre rupture, sa rupture, pour nous manifester dans la vie de l’autre. Notre histoire n’avait peut-être été qu’un simulacre pour nous défaire de la solitude. L’avais-je seulement aimé ?

Je n’avais jamais cherché à trouver réponse à cette question et sans doute aurais-je dû. Ça m’aurait évité d’avoir à me gifler mentalement pour me rappeler qui j’étais et, par ailleurs, le comportement qu’il convenait d’adopter. Celui que j’avais imaginé cent fois si, d’aventures, nous nous retrouvions dans cette situation plus que délicate. Je me choisis donc une chaise et, sans même prendre le temps de la saluer vraiment, je l’accusai de se jouer du hasard pour venir me pourrir la vie. Après cela, qu’importe sa réponse, je la flanquerais à la porte sans ménagement. Sauf que, d’une certaine manière, elle me toucha. La fragilité de sa réponse, l’aveu de sa lâcheté, comme si elle regrettait ce qu’elle avait elle-même provoqué, sa délicatesse à dissimuler le fruit de mes erreurs pour ne pas me heurter, comme si elle en était capable, tout ça m’obligea à me raviser et à ravaler mon mépris. Je ne ressentais plus aucune trace de culpabilité la concernant. Après tout, elle avait choisi d’être avec moi en bonnes connaissances de cause. Il demeurait des zones d’ombre, mais elle était assez aguerrie sur la majeure partie pour décider que je n’étais pas un homme pour elle. Mais non ! Il avait fallu qu’elle nous force à construire quelque chose, à nous lier l’un à l’autre, à aimer ce que j’étais dans son intégralité et à me faire confiance. Était-ce le cas de Lyla ? Lyla, qui s’oppose systématiquement à la moindre de mes décisions ? Lyla qui cache, qui dissimule, qui construit notre histoire autour du secret ? Lyla, que j’aimais du fond du cœur, sans doute plus que n’importe quelle femme ayant traversé ma vie, mais qui avait le don unique de me décevoir alors que je lui donnais plus qu’à n’importe qui d’autre ? Dans quel merdier étais-je en train de me fourrer ? Dans lequel me mettait-elle ?

« Tu bafouilles, comme une lâche, une débutante ou une égocentrique ? » m’enquis-je en jouant avec son appareil photo pour la narguer. Elle le voulait. C’était tout ce qu’il comptait, bien plus que s’entretenir avec moi maintenant qu’elle en avait l’occasion. Ce serait lui demander d’arrêter de se regarder le nombril, et ce n’était pas gagné. « Depuis que tu es là, tu ne parles que de toi, toi, toi. Et TON appareil photo, TON envie d’apprécier un spectacle et TON manque de courage.» En réalité, j’avais toujours été plus égotiste qu’elle ne le serait jamais, mais sa décision de mettre un terme à notre relation, elle l’avait fait pour elle. Uniquement pour elle. « On dirait bien que tu n’as pas changé d’un iota. » Je me laissai aller sur la chaise en allumant son gadget, curieux de découvrir le fruit de son travail. « Tu n’assumes rien. Tu attends que les autres le fassent à ta place parce que c’est plus facile. Tu n’assumes même pas ce que tu essaies de cacher là » Je pointai son bras d’un signe de mon menton, désagréable à souhait, parce que j’étais incapable de cacher que sa visite me troublait. Elle était belle, Amber. Elle dégageait quelque chose de fragile qui donnait envie de la protéger des autres et, en ce qui me concernait, de moi. « ça va ! C’est bon ! Change de tête. Et arrête de te cacher. Je sais ce que c’est et je sais d’où ça te vient. Je crois même que j’en sais plus sur toi que le contraire. Ce qui m’agace plus que ta présence. » Car elle oubliait la règle de base : me flatter. Je me serais montré beaucoup sympathique s’il avait laissé sous-entendre que sa présence était plus qu’un hasard, mais sa volonté de faire enfin table rase de ses vieilles rencontres. « Mes hommes ne sont qu’une bande d’imbécile. Ils n’ont pas bien compris qu’elles étaient mes ordres. Je suis désolé qu’il t’ait brutalisée. » Mon sourire suivant relevait surtout de la ruse. Il n’était pas question qu’elle m’amène les flics histoire de se venger de moi. En attendant sa réponse, j’effaçai chacune des photos du spectacle enregistrée dans son appareil avant de le lui rendre. « J’ai effacé toutes les traces de cette soirée de merde, bien que je ne remette pas en cause ton talent. Si tu veux des photos, il faudra revenir. » conclus-je d’un clin d’œil en avalant mon verre cul-sec, prêt à m’en aller cette fois, à moins qu’elle ne cherche à me démontrer qu’elle n’avait rien de l’égoïste décrite plus tôt…et qu’elle s’intéresse enfin à ce que je ressentais, moi, en tant qu’homme, pas en tant qu’ex ou en tant que malfrat.



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MessageDim 20 Mar - 0:42

Un Cabaret à Manhattan.
Dans la salle de réunion.

Mon cœur se fend en deux. Je suis là, mais je prie pour pouvoir disparaître d'un coup. Pour que lorsque je relèverai les yeux, il ne soit plus là. Malheureusement, ce n'est ni un rêve, ni un cauchemar, encore moins un mirage. Il est là, toujours, devant moi. Cet homme que j'ai tant aimé. Soudain, tout ses défauts me sautent aux yeux et je me demande comment j'ai fait pour aimer cet homme si rude, méchant. Sa posture, les expressions sur son visage, sa voix. Je me mords inlassablement l'intérieur de la joue. Je l'avais aimé. Je l'avais accepté tel qu'il était. Mon amour pour lui avait eu pour conséquences de minimiser tous ses travers à mes yeux. Je me sentais invincible à ses côtés. Malgré les soupçons qui pesaient sur sa vie parallèle et tout ce que j'avais compris sur lui sans pour autant que ni l'un ni l'autre ne posent des mots dessus. Jamais je ne lui en avais voulu, toujours je l'avais soutenu, suivi. J'étais son ombre, il était mon soleil. Ce furent les plus belles années de ma vie. Mais peut-être que mon amour m'avait aveuglée. Mon amour et ma confiance en lui étaient aveugles, en tout cas.
Puis, il y eut mon accident. Accident qui m'a brisée autant physiquement que mentalement. Ma confiance en lui s'était fêlée. J'étais cassée, comme une poupée désarticulée. Il avait toujours détesté que je sois pompier, il disait que c'était jouer avec le feu, je lui répondais que c'était ça mon métier, dompter les flammes. Mais je m'étais brûlée. Je me sentais coupable, mais je le tenais responsable. Il avait des relations peu fréquentables à l'époque et je doute qu'aujourd'hui ça ait changé. L'idée que ses trafics soient plus dangereux pour moi que mon métier m'avait traversée et s'était installée dans un coin de mon cerveau malade. Elle avait germée et je l'avais laissée m'infecter. J'étais devenue exécrable. Il n'était plus ma raison de vivre. Comme si j'étais redevenue lucide après un long et beau rêve. J'avais vu, tout. Puis, le stress, l'anxiété, le choc, la paranoïa m'avait doucement dévorée. Je m'étais recroquevillée dans ma tête et je l'avais sorti de ma vie car sa présence me détruisait petit à petit. Longtemps je m'en étais voulue. Longtemps j'avais pleuré son absence, mon cœur fendu me criait que j'avais pris la mauvaise décision. Tout ce que je n'avais pas perdu pendant l'accident, je l'avais poussé hors de ma vie. Mon rêve était devenu cauchemar et je m'étais réfugiée dans mes larmes.
Puis, alors que je commençais à me sortir de la tempête et que les beaux jours faisaient leur retour, il était là. Geôlier qui détient toutes les clés.

Je relève les yeux. Lui s'est assis, mais moi, je reste debout. Il tient mon appareil photo entre ses mains tâchées de toute la culpabilité que je lui attribue. Désagréable, comme pendant nos derniers jours. Je pourrais partir, là, maintenant, mais je ne veux pas laisser lui laisser mon appareil. C'est tout ce que je veux, ce petit boîtier noir et je claquerai la porte pour partir en courant, lâche. Mais c'est peut-être le destin qui l'a mis sur ma route. L'affronter une dernière fois pour conclure ce chapitre définitivement.

J'avale ses mots comme des coups de poings, mais je reste silencieuse. J'avais fait une erreur qu'il ne pouvait me pardonner, c'était de l'avoir quitté. Lui, le roi de l'égoïsme m'accuse de vouloir lui voler son trône. Parce que j'avais voulu me soustraire à sa présence, parce que ce qui m'était arrivé, nous le savions tous deux, c'était en partie de sa faute. Mais lui, comme il le dit, en sait nettement plus que moi. Je ne connais ni les tenants ni les aboutissants. Je sais juste qu'il a une part de responsabilité là-dedans. Ça ne m'a pas empêchée de le repousser aussi fort que je le pouvais, au contraire. Mais ses remarques sur le fait de ne pas assumer ce bras handicapé me touchèrent à nouveau en plein cœur. Je ne pleurerai cependant pas. Pas devant lui, du moins. Je m'efforce de paraître la moins faible possible, mais les expressions sur mon visage me trahissent sans aucun doute. Ses mots ne sont pas sans effet sur moi, mais je ne trouve pas les miens pour y répondre, je ne m'en sens même pas capable. Je n'ai juste pas envie d'entrer en conflit avec lui.
Il a ensuite entrepris de s'excuser pour le comportement de ses hommes. Il s'est radouci, il m'a même sourit. Doucement, la tension redescend. Alors, je lui souris brièvement à mon tour en glissant un « Ce n'est rien.. » dans un souffle. Il me tend mon appareil après m'avoir dit qu'il avait tout effacé. Pour le coup, je m'en contrefiche. Je me dis même qu'il y a peu de chance que je revienne. Un simple « Merci » et, me mordant encore l'intérieur de la joue, je m'apprête à repartir. Mais en fin de compte, je me retourne vers lui.

« - Luciano, je suis vraiment désolée. Pour tout. Je ne m'attends même pas à ce que tu me pardonnes. Tout ce qui compte maintenant, c'est... que tu ailles bien. Je te connais et je doute que je sois la seule et unique raison pour laquelle tu sortes à ce point de tes gonds. Ça ne te ressemble pas. » Je marque une pause, me mordant la lèvre. « Je suis peut-être la plus mal placée pour ça, mais… T'as l'air d'avoir besoin de vider ton sac. » Je me gratte la nuque, puis reviens face à lui, tirant une chaise sur laquelle je m'assois. Je lui souris doucement, l'encourageant à s'ouvrir. Il va sûrement me foutre dehors à coups de pieds au cul, mais au moins, j'aurais essayé.
J'ai eu l'habitude de le voir s'énerver. Pour pleins de choses, mais rarement sur moi et encore moins avec une telle intensité. Et je refuse de croire que je puisse être aussi influente sur lui. Encore, ça ne lui ressemble pas. Il y a forcément quelque chose qui le tracasse énormément.
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Luciano Gambino
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MessageMar 29 Mar - 14:10

Mes mesquineries n’étaient pas amusantes. Non. Elles étaient dégradantes à tout point de vue. Pour elle, car j’appuyais exactement là où ça lui faisait mal et pour moi, car j’avais beau cherché, je ne trouvais aucune bonne raison à mon comportement, si ce n’était la rancœur. Quelle perte de temps. Toute cette histoire relevait du passé désormais. Contre toute attente, alors que je m’étais promis que plus jamais je ne me perdrais en marivaudage, qu’il n’était plus question que j’accorde à une femme un soupçon de confiance, que je m’étais juré que je les traiterais toute à leur juste valeur, soit le mépris qu’elles méritaient toutes, je me surpris à abattre mes cartes dans le giron d’une belle femme, intelligente, difficile, mais respectueuse d’elle-même et des autres. Lyla m’avait réconcilié avec la gent féminine, réussissant là où tant d’autres échouèrent avant elle. Était-ce par la faute d’Amber et la façon détestable dont elle me sortit de sa vie que j’en étais arrivé à dédaigner toutes celles qui baladent leur cul sur les boulevards de New York les pieds emprisonnés dans des Louboutin hors de prix ? Non, ou pas tout à fait. Plus que mon cœur – lui, il survécut – mon orgueil rencontra quelques difficultés à se relever de son départ dans les larmes et dans les cris. L’incompréhension n’était pas mon amie, mais elle avait au moins eu le mérite de supplanter la culpabilité qui, normalement, aurait dû me poursuivre après l’accident. A la place d’Amber, sans doute aurais-je cherché à en jouer pour tout obtenir de moi. Elle ne l’avait pas fait. Je devais lui reconnaître. Elle n’était pas aussi détestable que je me le serais imaginé ou que je me l’inventai après sa rupture. Elle était stupide, mais elle ne méritait pas que je la traite aussi bassement. Aussi, lui présentais-je ce qui ressemble à des excuses, sans en être totalement. En réalité, je lui avoue simplement que j’exagère peu, mais qu’on peut passer à autre chose si elle le souhaite. Une fois encore, à sa place, j’aurais saisi l’occasion, mais non, elle ramasse ses affaires, celles qu’elle détient toujours sur elle et celle que je lui tends pour tourner les talons. Evidemment, polie, elle me remercie, mais elle se contente de ça et je suis à deux doigts de la retenir pour lui cracher mon venin au visage. Du moins, serait-ce ce que j’aurais fait si nous n’étions plus qu’un « avoir été ». Là, assis sur ma chaise, je l’observe prendre la poudre d’escampette, me demandant si elle osera remettre les pieds dans mon cabaret une fois le choc des retrouvailles passées. Peut-être. Seul l’avenir me le dirait.

Ou elle, elle qui fait finalement demi-tour et qui m’interpelle, effaçant le sourire dessiné sur le coin de mes lèvres pour le remplacer par un autre, un autre plus mitigé, un autre qui sous-entend mon déchirement entre l’envie de l’envoyer chier et la correction, celle qui exige que je lui réponde sans me montrer odieux cette fois. Une brève analyse de la situation plus tard, tandis que mon regard inquisiteur la jaugeait toujours de sa sincérité et qu’elle s’assoit en face de moi, comme si elle elle était résolue à rester ou à ne repartir qu’avec des explications, le temps finit par reprendre sa course normale et mon débit de paroles, sa vitesse de croisière habituelle. « Tu arriverais presque à me convaincre que je ne vais pas bien. » plaisantais-je en riant de bon cœur depuis la première fois de la soirée, ou de la semaine ? « Je ne peux pas accepter tes excuses, Amber. Si je le faisais, ça voudrait dire que je t’en veux d’être partie et ce serait te mentir. Aujourd’hui, je pense que tu as pris la bonne décision pour toi. Si je n’avais pas été aussi égoïste, je l’aurais prise à ta place, mais c’était trop tard. Ceci étant dit, mets ton cœur à l’aise. Je vais bien. » lui certifiais-je ensuite. « Mais, tu as raison. Je suis un peu contrarié et ce n’est pas à cause de toi. J’ai été surpris de te voir. Je ne m’y attendais pas. Mais, ça ne justifiait pas que je te parle sur ce ton. Mes humeurs non plus. Maintenant, de là, à te raconter ce qui me travaille… » Je hochai la tête d’un côté à l’autre, tout sourire, mais sans sournoiserie cette fois. C’était une grimace sympathique pour l’inviter à se détendre. « C’est comme si je te demandais de te parler de tes éventuels problèmes avec ta prothèse, par exemple. Tu admettras que ce serait plutôt bizarre. » ricanais-je en déposant ma veste sur le dossier de ma chaise et en remontant les manches de ma chemise. « Tu as mangé ? Tant qu’à faire, et puisque tu avais l’air disposée à m’accorder un peu de temps pour discuter, je me dis qu’on pourrait l’utiliser en mangeant un morceau. Je meurs de faim et j’allais me commander chinois. Si ça te tente. » Je poussai une carte vers elle. « Ou, non. Tu sais quoi ? On va aller manger ailleurs. Indien ça te dirait ? Il y a un petit restau au coin de la rue. En général, il y a pas trop de monde et quand bien même, tu sais mon goût pour la discrétion. Il y a une petite table dans le fond de la bâtisse ou personne nous verra, au cas où on nous surprendrait et que tu n’aurais pas envie de balancer à ton mec que tu as croisé ton ex par hasard, qu’il t’a invité à manger, et que comme il est toujours aussi sexy, tu n’as pas pu lui dire non. » ricanais-je en récupérant  mon bien déposer à peine quelques secondes plus tôt. « Alors ? Qu’est-ce que tu attends ? Tu vas m’expliquer comment marche ton truc comme ça. Et puis, tu ne vas pas me dire que tu as envie de rester sur une note négative. Je te croirais pas. C’est pas du tout l’impression que tu m’as donné plus tôt. »

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MessageJeu 31 Mar - 22:06

C'est ce qui fonctionne le mieux avec lui, se préoccuper de lui. Oh mes mots étaient sincères, mon geste aussi. Je n'avais pas fait ça pour avoir la conscience tranquille non plus. C'était comme.. dans le temps. Le passé qui résonne jusqu'au présent. Le passé antérieur à mon accident, quand tout allait pour le mieux, que je m'endormais en enroulant mes doigts dans les siens, que je lui glissais des '' je t'aime'' au creux de l'oreille et que je me réfugiais dans ses bras après une journée de travail éprouvante. De l'époque où, s'il n'allait pas pour le mieux, je savais trouver les mots pour l'apaiser. A l'époque où tout, pour moi, était beau. Ses sourires et son rire.
Aujourd'hui, tout n'est que souvenirs. Ils ont un arrière goût amer, sans doute parce que je regrette ces instants où tout me semblait brillant et immaculé. Quand je le regarde, il n'y a plus rien. Plus de flamme qui brûle en son honneur, plus de cœur qui ne bat que pour lui. Même les braises sont éteintes. Il ne reste que des cendres. En soi, ça fait limite du bien de se dire ça. Le goût acre des souvenirs finira bien par s'évanouir. Le temps passe et tout s'en va. Tout change.
Même l'onde de choc de nos retrouvailles s'est estompée. Les grondements de nos orgueils ont fini par se taire. On se tient finalement l'un face à l'autre en se souriant. Il s'est calmé, moi aussi. Il en arrive même à plaisanter. Et à rire. Dieu, que ça fait longtemps que je ne l'avais pas entendu, ce rire. Deux ans. C'est presque comme si je l'avais oublié. Il me fait sourire. Et Luciano reprend, je hoche la tête. Je comprends parfaitement pourquoi il ne peut me pardonner et ce n'est pas grave. L'issue aurait bien fini par être la même, il fallait bien que quelqu'un décide. Ce fut moi.  Comme il aurait pu le faire. Le nous n'existait plus depuis longtemps déjà et il datait d'avant notre rupture.

La bonne nouvelle, c'est qu'il aille bien. Puis, en plus, il s'excuse, à sa manière. Que demande le peuple ? Quant aux raisons de son emportement, bien qu'il ne s'étende pas sur la question, je les  comprends tout à fait. Nous n'avons plus la proximité passée, s'échanger des informations aussi personnelles ne sont plus d'actualité. Il a simplement suffit que je réapparaisse lors d'un mauvais jour. Nous en avons tous. Puis, comme il s'est excusé de son comportement, rien de grave, au final.
«   Oui, ce serait assez bizarre… » à mon tour, je lâche un rire léger. Puis, je le laisse reprendre. «  J'avais à peine commencé à manger quand tes gorilles m'ont sortie de la salle. Je t'avoue que j'ai sacrément faim, du coup. Indien ça me va parfaitement. » Encore, je ris, quand il évoque un potentiel monsieur jaloux. «  A ce niveau-là, je crois qu'il n'y a pas de soucis à se faire, à moins que mon canapé ne se mette à me taper une crise de jalousie. Mais, ça serait super louche. »
Je me relève ensuite. «  Alors, je te suis. Comme tu dis, je n'ai pas franchement envie de rester sur quelque chose de négatif. C'est quand même bien mieux de ne garder que le meilleur afin que celui-ci fasse oublier le pire. » Je m'arrête un instant et je grimace. «  Par contre, peut-on repasser par le vestiaire, s'il te plaît ? J'y ai laissé ma veste et vu le temps qu'il fait dehors, je n'ai pas envie d'attraper la mort. »

Je l'attends, puis je le suis jusqu'au-dit vestiaire. J'y récupère la veste, le sac et le parapluie que j'avais déposés en arrivant et qui trônaient, seuls, au milieu des portants vides. Puis, je le rejoins.
C'est étrange de se dire que l'on va passer la soirée ensemble. Ces deux années ont filé à une vitesse. Même si le temps m'avait paru long, là, maintenant, j'ai l'impression qu'il n'a fallu qu'un battement de paupières pour que ces longues années ne s'enchaînent. Notre séparation avait été douloureuse, mais comme il l'avait dit, c'était pour le mieux. J'avais réussi à m'en sortir. J'avais tourné une page dans ma vie, plus qu'une page, même. Tout un chapitre. Et il était grand temps de repartir sur du positif. Réussir à mettre ma rancœur et mon amertume de côté ne pourrait qu'alléger tout ce qui pèse sur mon esprit. Il est temps d'être heureuse à nouveau, Amber. Repartir sur le bon pied avec Luciano serait un bon moyen d'y arriver. Certains osent dire qu'être ami, ou ne serait-ce qu'en bon terme, avec son ex' c'était malsain. Je ne pense pas. Enfin. Peut-être dans notre situation. Surtout que je le soupçonne toujours d'avoir été en lien avec ce qui m'est arrivé. Mais je laisse ces idées de côté. Quoi que j'apprenne quant à son implication – bien que j'espère sincèrement que ce soit simplement de la paranoïa – il n'est plus possible de revenir en arrière. Ce qui est fait est fait. Même si mon accident a réduit ma vie à un néant innommable, il est impossible d'effacer les actes passés. Bien sûr, je lui en voudrais si j'apprenais quoique ce soit. J'ai perdu mon bras droit. J'ai appris à vivre comme ça. Mais, je ne peux me dédouaner de toute responsabilité. Je savais qu'il trempait dans des choses louches. Si je ne m'étais pas accrochée à lui, si je n'avais pas imaginé tout un futur à ses côtés et que j'en étais restée là, peut-être que ça ne serait pas arrivé. Mais, on pourrait refaire le monde avec des « Si... ». Il avait été l'homme de ma vie, mais j'ai fini par me rendre compte que non. Il avait simplement été mon premier amour. Maintenant, mon cœur bat pour un autre.

Je chasse ces pensées de ma tête, puis j'enfile mon manteau et balance mon sac sur mon épaule. Je lui souris, puis je lui emboîte le pas dehors. Il pleut toujours, moins qu'avant, certes, mais tout de même une belle averse. Je déplie le parapluie au-dessus de nos têtes. « Comment va la famille de mon ex' sexy ?  je lui demande, souriante, reprenant sa plaisanterie précédente. Cinzia est toujours journaliste ? » Je n'avais pas eu de contact avec sa famille après que l'on se soit séparés, alors quitte à passer du temps avec lui, autant prendre aussi des nouvelles de mon ex-belle famille, bien que je m'entende bien avec la majeure parte. Quant à la mienne, eh bien, tout va pour le mieux. « Je ne sais pas si tu es au courant, d'ailleurs. La femme de mon frère Lewis a accouché peu de temps après qu'on se soit séparés. Ils ont eu un petit garçon ! Ils l'ont appelé Elio. Je te montrerai une photo de lui quand on sera arrivés au restaurant, si tu veux. » Mon magnifique neveu. Mon petit amour. Peut-être est-ce le fait que la trentaine arrive à grands pas et le fait que je n'ai pas un avenir proprement dessiné, mais avoir un enfant dans ma vie, ça me donne de terribles envies que je ne peux assouvir pour le moment. Il faut être réaliste, je ne peux me le permettre. Je ne le pourrais sans doute jamais, dans ma situation…
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Luciano Gambino
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MessageDim 3 Avr - 2:03

Si elle n’avait pas eu l’air aussi surprise en découvrant que j’étais le propriétaire des lieux, cette simple évocation de son célibat m’aurait convaincu qu’elle n’était pas là par hasard, qu’elle était peut-être venue chercher quelque chose de particulier en se pavanant sur mon fief, son appareil photo dans sa main valide unique, donnant ainsi son maximum pour qu’on la remarque, pour qu’on me l’amène, pour qu’on m’informe de sa présence et que j’aie ainsi l’opportunité de constater de visu qu’elle était toujours aussi belle. Il me fallut un temps d’adaptation avant de m’en faire la réflexion, celui utile à la surprise de mourir de sa belle mort. Plus calme – et j’avais fait un effort pour ne pas me montrer aussi désagréable que je pouvais l’être, par la force de l’habitude, parce que la vie m’avait appris à rester sur mes gardes et à chouchouter ma fierté puisqu’elle est mon seul moteur – je me montrai assez détendu que pour rire avec elle, écouter le sien et m’attendre pour un vieux souvenir de l’époque où nous étions un couple. Avait-il un avenir ? Sans doute pas. J’étais jeune et stupide. La monogamie était une notion vague sans définition, mais j’aimais la retrouver après une journée pénible pour que ce même rire qui chatouille mes tympans et mes souvenirs. Avait-elle toujours été aussi agréable ? Avait-elle déjà à l’époque cet humour en demi-teinte qui trahirait davantage de timidité que d’assurance ? M’avait-elle paru aussi fragile ou suis-je simplement influencé par ce qu’elle tenta de me cacher plus tôt ? Méritait-elle que je tranche un peu les fondations de mes barricades le temps de manger un bout avec elle ? Le temps de partager un bon moment ? Le temps d’une mise à jour sur sa vie telle qu’elle est devenue aujourd’hui ? Sans moi ? Je mentirais si je prétendais que je ne ressentais rien en songeant que nous étions des étrangers l’un pour l’autre désormais. Ainsi va la vie cependant. « Bizarre, mais pas fondamentalement exclus. Peut-être qu’après deux verres de vin et l’estomac plein, on se laissera aller à quelques confidences. Peut-être même que tu arrêteras de me mener en bateau en essayant de me faire croire que tu es toujours célibataire. » plaisantais-je alors que je savais que sa vie souffrait d’une parenthèse depuis son accident. Je l’avais gardée à l’œil. Personne n’avait partagé sa vie. Elle n’était pas une coureuse de jupons d’antan. Elle ne l’était pas plus aujourd’hui et, quelques fois, je devais bien l’admettre, lorsque la solitude me chargeait de plein fouet, je me rassurais en me disant que peut-être elle regrettait sa décision, que c’était la meilleure pour nous deux, mais qu’elle pensait encore à moi avec une pointe d’amertume et de remords. « Va pour indien. Pendant que tu vas récupérer ta veste, je vais réserver une table. » Ma table. « Vu le temps qu’il fait, je n’ai pas envie d’avoir à trouver un restaurant à l’arrache. » conclus-je alors que nous nous exécutions.

Durant son absence, j’hésitai longuement entre prévenir Lyla que j’avais rencontré une vieille amie ou m’enfoncer dans ma connerie en m’ancrant fermement à cette route cloutée de mauvaises intentions. Je l’ignorais depuis quelques jours, ce qui ne changeait rien à l’amour que je ressentais pour elle, mais qui avait au moins le mérite de nous éviter une dispute sans précédent. Une qui ressemblerait à celle qui suivit son petit-déjeuner d’après garde avec Josef. Une petit-dej. La bonne blague. Personne ne mange des croissants au petit matin avec un autre type que son fiancé sous prétexte qu’ils sont collègues et amis. Je la mettrais au défi de piquer une crise de jalousie pour ce petit restaurant avec Amber. J’aurais tôt fait de lui rappeler mes précédentes actions pour la débarrasser de son ex. En fait, quoi qu’elle puisse dire, j’aurais de quoi la moucher. Ce serait de bonne guerre d’ailleurs. Pas vrai ? Non ? Non ! Je sortis donc mon téléphone de ma poche avec la ferme intention d’appeler ma fiancée, sauf que l’invitée du jour m’interpella avec douceur. Elle était disposée. Moi aussi. Je téléphonerai plus tard. Après tout, je n’en avais pas pour des heures. Qu’avions-nous à nous dire Amber et moi ? Cette petite rencontre durerait le temps d’un plat, d’un dessert et d’une balade sous la pluie. Pour nous en protéger, elle ouvrit son parapluie. Gentleman, je le récupérais, l’élevant un peu plus haut, qu’il nous couvre tous les deux, lui tendant ensuite mon bras. « Ma famille. Houla… Vaste question. Je ne saurais même pas par où commencer. Mon père est toujours aussi…comment dire… envahissant ? C’est le bon mot, tu crois ? » m’enquis-je, rhétorique, tournant la tête légèrement vers elle pour la guider dans les dédales de ce quartier que je connaissais comme ma poche. « Ma mère va mieux. Elle a fait un AVC. On a cru qu’on allait la perdre, mais elle a plutôt bien surmonté cette épreuve. » Pas toute seule. Grâce à une personne en particulier, mais je ne voulais pas la nommer. Lyla était mon jardin secret pour le moment et je me sentais un peu coupable d’être là, avec une autre, en chemin pour un tête à tête certes amical, mais que sa jalousie ne comprendrait pas plus que la mienne dans un cas similaire. « Je t’avoue que je n’y croyais pas trop. On a traversé des moments compliqués. Dans ta famille, il y a eu des naissances. Pas dans la mienne. On a perdu Fedele récemment.  Accident devant le boulot de ma sœur. Il voulait lui emprunter sa voiture. Elle a explosé. Ils l’ont piégé. Qui ? On ne sait pas. Pourquoi ? C’est un mystère. Elle l’a plutôt mal vécu, c’est sans doute pour cette raison qu’elle a abandonné sa carrière de journalisme et qu’elle a quitté le Times. Elle a aussi rencontré un gars super. Un gars qui l’aime vraiment de tout son cœur. Il a fait tout ce qu’il pouvait pour l’aider à surmonter ça. Ils vont se marier d’ailleurs et crois-moi, ça, ça a aidé ma mère à se battre. » Pourtant bien lancé, je m’arrêtai sur ma lancée, conscient que j’étais en train de lui déballer ce que j’aurais habituellement gardé secret, et sans comprendre les raisons de ces soudaines confidences. Je me repris alors aussi sec, affichant une mine aussi sévère que détachée, comme si je n’étais pas concerné. « Enfin, on n’est pas vraiment là pour parler de moi. J’ai appris pour ton frère à l’époque. J’ai fait envoyer des fleurs et un petit quelque chose pour le petit. Ils ne t’ont pas dit » Bien que je ne l’avais pas fait dans le but qu’elle me rappelle… du moins, je crois. « Je sais également que tu es pas mal populaire sur les réseaux sociaux. Tu as l’air d’avoir su rebondir sur la vague de la technologie, si tu vois ce que je veux dire ? Tu vas me raconter ou… » Je laissai ma question en suspens pour l’arrêter devant la porte d’un petit restaurant qui ne payait pas de mine, mais dans lequel je me sentais plutôt bien en général. Je rassemblai des trésors de galanterie, non pour la charmer, mais parce que j’étais surtout bien élevé. Je n’avais simplement pas envisagé que la serveuse nous prendrait pour un de ses couples qui se retrouvent après une longue journée derrière un repas exotique pour quitter par les papilles la grisaille New Yorkaise. « Alors ? Tu me la montres la photo de cette petite merveille ? » m’enquis-je ensuite tandis qu’on nous déposait des cartes.


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MessageJeu 7 Avr - 19:58

« - Prfft, t'es bête. Tu sais bien que c'est pas le genre de chose sur lesquelles je mentirai ! »
Évidemment. Je suis le genre de personne à montrer à quel point je suis fière de la personne que j'aime, il est le mieux placé pour le savoir. Je suis capable d'afficher à la face du monde entier que la personne que je fréquente est absolument géniale et garnie des plus belles qualités, embellissant même ses défauts. Je suis une rêveuse. Une grande rêveuse dotée d'une énergie telle que je n'hésite jamais à parler de la personne dans mon cœur, quitte à saouler mes interlocuteurs.  Quand nous étions ensemble, je dressais un portrait à peine embelli de lui à mes collègues et à mes amis, toujours ces étoiles dans les yeux, dès que l'occasion d'en parler se présentait. Amoureuse – et en couple – je suis un nuage de bonheur ambulant et l'homme que j'aime est un de mes sujets favoris. Oui, oui, c'est bien moi cette amie relou qui passe son temps à parler de son homme, à étaler mon bonheur à la face des autres. Cependant, je n'avais quasiment jamais parlé de nos différents, de nos disputes et les seules personnes à qui j'avais pu me confier mon désespoir post-rupture avaient été Natalia et Lyla. Sans jamais cité de nom à cette dernière. Bizarrement, j'avais caché au possible l'identité de celui que j'avais aimé et avec qui nous nous étions déchirés à cette dernière. Bien que l'amitié que je lui porte soit sincère et pure, je préférais ne pas m'étaler sur l'identité de celui que j'avais essayé d'oublier jusqu'ici, jusqu'à ce que l'on se retrouve face à face.
Je lui avais fait un clin d’œil avant de m'éclipser vers les vestiaires et maintenant nous sommes dehors, sous cette foutue pluie. Il me prit le parapluie des mains et me tendit son bras dont je me saisis timidement. Un vrai gentleman, comme toujours, comme avant. Je souris, me perdant un peu dans mes souvenirs. Je n'aurais pas pensé que le voir et passer du temps avec lui aurait fait remonter tant de souvenirs, que les échos de ceux-ci, ou du moins des bons, m'auraient fait tant de … bien ? Je suis contente, même si maintenant nous étions presque des inconnus. Toute cette mémoire qui bouillonne et qui se reflète dans nos mots, nos gestes, c'est … Je ne saurais même pas dire. Est-ce que cela me fait du bien ? Est-ce que cela m'angoisse un peu ? L'amertume s'efface. Nous séparer et faire une pause pour au final se retrouver ainsi, dans de bonnes conditions, ça avait été une bonne chose. Cela apporte sans doute du baume à notre fierté et notre orgueil.

Son père, toujours envahissant, je ris. « - Ravie d'entendre que certaines choses ne changent pas ! » Mais les nouvelles ne sont pas toutes aussi réjouissantes. L'AVC de sa mère, puis le décès subit de Fedele, je me mords l'intérieur de la joue. « Oh, je suis désolée, c'est tellement horrible… Toutes mes condoléances.. » Je resserre doucement ma prise sur son bras, le lui caressant du bout du pouce, en signe de réconfort, sans ambiguïté. « Heureusement que les choses s'arrangent… Je suis contente pour elle, tu lui enverras mes félicitations, hein ? » Je lui souris. Oh que les souvenirs remontent, j'ai l'impression d'être trois ans en arrière. Lorsque nous sortions tous les deux et qu'il me disait tout, ou presque. Visiblement, lui aussi s'est laissé emporter par ses souvenirs puisqu'il s'interrompt pour changer de sujet et revenir sur ma propre famille. « Oh, je ne savais pas, Lewis ne m'a rien dit, en effet… » Je l'aurais su, est-ce que ça aurait changé quelque chose ? Est-ce que je serais revenue vers lui ? A vrai dire, je n'en sais rien. Je ne préfère même pas y penser. Aurais-je laissé ma fierté de côté une énième fois pour revenir à lui ? J'espère pas. Je me rassure en me disant que nous sommes mieux comme cela.
Je hoche la tête quand il évoque ma vie virtuelle, me suivait-il ? Je lui lance un regard un peu suspicieux, mais je n'y réponds pas, comme nous sommes finalement arrivés au restaurant. La serveuse m'arrache un sourire gêné quand elle sous-entend que nous sommes un de ces nombreux couples qui se retrouvent dans ces murs, en amoureux. Non, madame, plus maintenant, plus maintenant. Nous nous installons et je sors mon téléphone, à la recherche d'une chouette photo d'Elio. Puis, je lui tends mon smartphone : « Regarde-moi cette bouille d'amour ! Il est beau, hein ? » Je suis amoureuse de mon neveu, mon rayon de soleil. Ses yeux… Non, mais vous avez vu ses yeux ?! Il paraît que c'est de famille, mon frère a les mêmes. Bien sûr, il ressemble à sa maman aussi. Mais c'est le portrait craché de son papa quand il avait son âge.
J'attrape la carte avec ma main bionique, afin d'en parcourir les lignes. Mon choix est vite fait et il se porte sur du poulet Korma, j'espère que ce sera aussi bon que ce que peut me préparer ma voisine, mais je n'en doute pas. Si Luciano nous a emmené ici, c'est que la cuisine doit y être top. D'ailleurs, le restaurant est assez agréable. Calme, discret, mais les odeurs qui proviennent de la cuisine rassurent sur la qualité du service. Je repose la carte sur la table, je choisirai le dessert plus tard. « Du coup, ma prothèse. C'est fou ce qu'ils sont capables de faire maintenant… Elle copie quasiment à la perfection les mouvements d'un vrai bras. Bon forcément, c'est pas aussi fluide, mais j'ai toute la force et l'adresse que j'avais auparavant, à quelques détails près. » J'illustre mes propos en tendant le bras vers lui et en faisant tourner mon poignet et en actionnant mes doigts, le petit bruit robotique accompagnant chacun de mes mouvements. « Je me sens un peu comme Robocop, parfois, je plaisante, mais c'est super bien fait. Je peux même ''ressentir''. » Je pointe la plaque gris clair sur mon index. « Ça me permet de pouvoir sentir le toucher presque comme un vrai doigt. Un vrai bijou de technologie. » Je souris. Même si j'avais forte tendance à cacher mon bras androïdesque, j'en étais fière. Elle a le goût de la seconde chance et j'ai pu réapprendre à vivre avec deux mains. Nombreux dans mon cas n'ont pas cette chance, il suffit de voir ces gens à la clinique, tout ceux atteints de diabètes qui ont du être amputés ou les blessés de guerres. Rares sont ceux qui ont un membre factice qui soit aussi proche de la réalité et, surtout, utilisable. Les autres prothèses sont peu pratiques, certains se voient même affublés d'une pince au lieu d'une main, enfin… quand ils ont les moyens de s'en payer une. Parce qu'en plus, ça coûte relativement cher. Je sais d'autant plus à quel point je suis chanceuse sur ce point. Dire que sans la chance qui m'ait été donnée, j'aurais pu me trimballer avec un moignon à la vue de tous. Cette idée me fait frémir. Mes cicatrices sont affreuses et mon bras… Ew. Je ne veux même pas y penser.
La serveuse s'approche de nous pour savoir si nous avions choisi. Désirions-nous un apéritif ? J'interroge Lucky du regard. Je ne veux pas abuser de son hospitalité, alors je lui laisse le loisir de choisir, je suivrai. Ensuite, nous passons commande, mon poulet Korma, un peu d'eau, puis le plat de Luciano. Nous rendons les cartes à la charmante demoiselle, mais une chose attire mon attention au doigt de mon ex-compagnon. Je plisse les yeux et je souris.
« - C'est une bague que tu as au doigt ? Tu es fiancé ?! » je lui demande, une pointe de jalousie qui picote dans le fond de mon ventre. Depuis combien de temps étions-nous séparés ? Combien de temps avions-nous passé en couple ? Il ne m'avait jamais demandé ma main. Ou du moins, avant qu'elle ne me quitte pour aller pourrir dans un coin. « En fait, c'est toi qui voulait cacher à ta fiancée que tu passes la soirée avec ton ex', c'est ça ? » je lui lance, pour le taquiner.
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MessageMar 12 Avr - 23:37

À une époque, oui, j’aurais mis ma main à couper – sans mauvais jeu de mots – que si elle avait rencontré quelqu’un d’assez subtil et, selon ses critères, assez bien pour elle, Ambert m’en aurait dressé un portrait frôlant la perfection. Elle aurait chanté ses louanges à faire pâlir de jalousie quiconque l’entendrait. Les femmes se seraient dit : « Des conneries ! Elle l’invente. Il ne lui manque qu’un cheval blanc et le prince charmant, il n’existe pas. » Les hommes auraient pensé qu’il était gay ou qu’elle était cocue. Un homme n’est jamais aussi prévenant avec une femme que s’il a quelque chose à se faire pardonner. J’aurais été plutôt d’accord. Je sais comment il fonctionne. J’en suis un, mais comment l’aurais-je vécu si elle était casée ? Qu’est-ce qui m’aurait traversé l’esprit ? Aurais-je été heureux pour elle ? Aurais-je au contraire ressenti une pointe de jalousie qu’elle m’ait remplacé ? C’était légitime. Elle le méritait sans doute et nous deux, c’était de l’histoire ancienne, mais j’étais si narcissique, parfois, que l’idée d’avoir été remplacé aurait pu simplement déplaire à mon orgueil. Au lieu de ça, je préférais me satisfaire de cette impression que j’avais été le dernier en date, le dernier à avoir compté, jusqu’au prochain. En plus de ma flatter, ça me donnait un avantage sur elle et, dans l’absolu, ça me convenait plutôt bien. J’avais beau me montrer courtois, amène et galant, en réalité, ma fierté, piquée au vif par la rupture, ne s’en releva qu’en partie. Je m’estimais donc plus magnanime que véritablement poli ou ravi de la voir. Elle n’avait pas été une bonne surprise ce soir, mais entre elle et moi, j’étais le moins à plaindre. J’étais entier. J’avais rencontré quelqu’un que j’aimais plus qu’énormément, ce qui me rendait certainement trop dur avec elle, et par-dessus tout, j’allais me marier. Et Amber ? Qu’avait-elle ? Je devais être de le découvrir, sans quoi, jamais je ne l’aurais invitée à manger un morceau en ma compagnie. Certes, ça n’expliquait pas vraiment que je fasse de ce tête-à-tête improvisé un secret pour Lyla. Néanmoins, sur l’heure, cette explication me suffisait amplement alors que je répondais à ses questions somme toute banales comme si nous étions de vieux amis. C’était stupide. Il y avait peu de chance qu’elle et moi puissions nous reconstruire autour de l’amitié. Entre deux personnes du sexe opposé, elle n’existait pas. Moins encore lorsque les deux protagonistes ont un passé commun. Elle avait cependant côtoyé ma famille d’assez près pour que je lui offre quelques réponses aussi précises que possible, bien que je me gardai de lui livrer l’essentiel. Ça ne la regardait pas. Dès lors, enfin installé à une table, je m’intéressai davantage à son histoire et à sa famille, bien moins compliquée que la mienne. « Il est adorable. En effet. On pourrait presque croire que c’est le tien. » la félicitais-je en découvrant la photo de son filleul. Ses yeux pétillaient d’affection. S’il demeurait quelques doutes sur son célibat, elle me les ôta.

Interrompu par la serveuse qui, professionnelle, nous confia les cartes, je n’eus pas le loisir de m’attarder sur ce sujet qui la passionnait sans doute. En revanche, j’en profitai pour assouvir ma curiosité par rapport à cette prothèse qui ne paraît pas la gêner dans des gestes simples, comme récupérer quelques feuilles de papier reliées, le tendre vers moi, tourner les poignets et jouer de ses doigts de métal. « Je dois admettre que c’est très impressionnant. Et, quoi ? Tu peux la costumiser, choisir un revêtement de couleur différent ? » m’enquis-je intéressé. La question pouvait sembler idiote, mais, n’était-elle pas en train de prétendre qu’elle pouvait ressentir ? Comment était-ce possible ? Était-elle reliée à ses nerfs ? À son cerveau ? « Tu permets que j’essaie un truc ? » dis-je simplement en approchant ma main pour effleurer la sienne plus mécanique, robotique. « Là, tu sens mes doigts alors ? C’est bien ça ? Et, ça, tu peux le sentir ? » Je la piquai doucement – le but n’était pas de lui faire mal – avec l’un des cure-dents sur la table, mis à disposition des clients. « C’est fascinant. Vraiment. Ça a dû te changer la vie. » remarquais-je en essayant de m’imaginer comment je me sentirais s’il me manquait un membre. Sans doute n’aurais-je pas fait mieux qu’elle, elle qui s’enferma dans la solitude, la rancœur, la déprime. « Et, l’adaptation ? Ça ne doit pas être évident et je suppose que ça ne doit rien enlever des douleurs fantômes. » Conscient que j’outrepassais certainement les limites de la discrétion, je me repris pour ne pas l’embarrasser. « Remarque, Robocop, ça doit plaire aux gars ça. » plaisantais-je pour désamorcer son malaise éventuel. Je fus presque soulagé de voir la serveuse revenir pour prendre nos commandes. J’optai pour la même chose que la dame, par politesse. Par contre, j’évitai l’apéritif pour ne pas offrir à ce rendez-vous improvisé cette impression que nous fêtions quelque chose comme des retrouvailles par exemple. Quelque chose au fond de moi – et j’avais du mal à distinguer de quoi il s’agissait exactement – me conseillait d’éviter ces démonstrations ambiguës. Certains de nos gestes l’étaient déjà. Pour mon couple, et dans l’éventualité où j’en parlerais un jour à Lyla et de moi-même, valait mieux que je puisse être en mesure de me vanter d’avoir partagé avec mon ex un moment simple et sain, si tant est que ça puisse l’être avec un gars comme moi.

Si je m’étais préparé à ce qu’elle remarque ma bague de fiançailles ? Absolument pas. Je la portais depuis un moment déjà. Elle faisait partie de moi. J’étais habituée à la sentir à mon doigt. Je ne m’en préoccupais que si j’allais mal et que ma fiancée n’était pas à mes côtés par la force des choses. Je la regardais, je lui téléphonais ensuite, et je me sentais beaucoup mieux. Je n’avais pas forcément besoin de lui parler ou de lui raconter mes soucis de suite. Entendre sa voix me suffisait. J’y venais alors un peu plus tard, quand je me sentais prêt. Ça m’avait demandé du temps. Ça nous réclamait de l’énergie et des ajustements, mais s’il y avait bien une évidence dans ma vie, c’était Lyla. Je fus dès lors incapable de réprimer la surprise qui marqua mes traits quand la question tomba. Je l’accentuai d’un « Quoi ? » interloqué. « Oh… Oui. C’est une bague. Et une bague de fiançailles. » avouais-je sans honte, mais soudainement plus intrigué par l’expression qui se dessinait sur les traits de la jeune femme qui m’accompagne. Aurait-elle souhaité me cacher que quelque chose lui déplaisait, qu’elle en aurait été incapable. Je la connaissais. C’était plus vrai que le contraire d’ailleurs. Sa tentative d’humour, elle ne fit que me confirmer ma première intuition. « Tu as l’œil, dis-moi. On pourrait presque croire que tu la cherchais. » Un sourire se dessina sur mes lèvres, un sourire qui trahissait un soupçon de satisfaction qui lui déplairait certainement si elle l’avait connue. Je n’étais plus tout à fait le même homme qu’elle avait rencontré. J’avais grandi, mûri, évolué aussi. Pas forcément comme il l’aurait fallu, mais je n’avais plus rien du jeune adulte facile à déchiffrer. « Blague à part, je vais peut-être te décevoir, mais la seule raison pour laquelle je pourrais – et je dis bien pourrais – ne pas le lui dire, c’est qu’elle est extrêmement jalouse et qu’elle a un petit côté imprévisible que j’adore, mais qui a tendance à déplaire à certaines personnes. Après, je n’ai pas l’impression de faire quelque chose de mal, tu sais. Je veux dire, à un moment donné, il y a prescription. Non ? Tu te sentirais coupable, toi, si tu avais quelqu’un dans ta vie et que tu étais sur le point de marier ? Pourquoi ? Quand c’est terminé, c’est terminé… La culpabilité, c’est comme la jalousie, ça n’existe que si le livre n’est pas refermé. Pour ma part, je ne verrais même aucun inconvénient à t'envoyer un faire-part. Tu pourras présenter tes félicitations à ma soeur toi même comme ça. Mais, je ne suis plus tout seul. Faudrait que je lui en parle avant. »conclus-je en haussant les épaules, cherchant à me rappeler le nombre de décisions importantes que je n'avais pas pris seul, provoquant de nombreuses disputes entre mon interlocutrice et moi, à l'époque où nous n'étions pas des étrangers familiers l'un à l'autre.  




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MessageVen 22 Avr - 22:26

Je souris, puis un sourcil se hausse. « Si c'était le mien, vu son âge, ce serait le tien aussi. » dis-je en plaisantant. « Mais c'est bien celui de mon frère ! » Encore heureux, d'ailleurs. Je ne peux pas m'imaginer cette situation. Enfin, si. Mais ça aurait été catastrophique, je pense. Non pas que je ne l'ai pas désiré à l'époque, au contraire. Mais il n'était pas prêt. Je ne l'étais pas non plus, pas vraiment. J'en avais l'envie, au fond, mais la réalité me rattrapait bien vite et me rappelait que j'étais encore trop jeune et qu'au niveau de mon métier, ça aurait été bien trop dangereux. Puis… Vu comment nous avions explosé, lui et moi, il ne valait mieux pas que la nouvelle d'une potentielle grossesse vienne y mettre son grain de sel. C'était déjà suffisamment compliqué, l'arrivée d'un enfant – qu'il ne désirait pas, nous en avions déjà parlé, un peu, vaguement… - nous aurait d'autant plus chamboulés. Aurait-il permis que je claque la porte pour ne plus jamais revenir ? J'en doute, sincèrement. De plus, j'ai déjà suffisamment de mal à prendre soin de moi et à ne pas broyer du noir, alors rajouter un bébé dans l'équation serait vraiment malvenu et malsain pour lui.

Après le passage de la serveuse et la démonstration de ma prothèse vinrent les questions. En soi, j'avais l'habitude. Ça fait mal ? Ça marche comment ? Mais ça fait tout le temps du bruit comme ça ? Ça doit être fatiguant à force ! Ce qui est fatiguant, ce sont les mêmes questions, répétées à chaque fois que je me laisse alpaguer et questionner. Parfois, il y a des variantes, comme celles que me pose justement Luciano. Comme certaines des personnes qui découvrent les facultés de ma prothèse, il a l'air plus qu'intéressé, fasciné, même. « Oui, oui, je peux changer cette partie » je passe mon doigt sur le haut de ma prothèse « et sur le dessus de ma main, je peux rajouter une plaque, enfin, ça ressemble plus à une sorte de bracelet à clipser. »  « Tu permets que j’essaie un truc ? »  Je hoche la tête et il effleure ma main de la sienne, je le regarde faire et mes doigts mécaniques tressautent légèrement. Non pas que le contact m'ait provoqué des frissons, c'est plutôt le geste en lui-même. Luciano qui effleure mes doigts des siens. Ce n'est pas sans me rappeler quelques souvenirs.
Puis, il se saisit d'un cure-dent pour venir piquer ma main. « Je sens quand tu touches mon doigt, mais pas la douleur. Ça ne mesure pas le degrés de pression et ça ne détermine pas si c'est pointu. Je sais juste que quelque chose touche mon doigt. Ça marche sur le même principe que les écrans tactiles, quelque chose dans ce genre. C'est juste pour me situer dans l'espace et éviter de faire tomber tout ce que j'essaie d'attraper. » Je souris et je hoche la tête à nouveau. « C'est vrai que c'est plus pratique que de n'avoir qu'un… bout d'avant-bras. » Puis, il enchaîne. « Et, l’adaptation ? Ça ne doit pas être évident et je suppose que ça ne doit rien enlever des douleurs fantômes. »  Je grimace. Les douleurs fantômes. Celles qui parfois me réveillent la nuit, quand ma prothèse trône rangée dans mon armoire, quand je cherche à gratter mon bras avec mon autre main, mais que tout ce que je trouve ne sont que des draps. Que je passe le reste de l'heure à tenir mon moignon dans ma main et à serrer fort en priant pour que ça s'arrête. Les muscles de mon bras atrophié se crispent et se tendent comme pour tenter de réfuter l'absence de cette partie de moi, comme pour tenter de se prouver qu'ils font tout à fait bien leur travail et quand celui-ci consiste en actionner des doigts absents, ils s'obstinent. Ces nuits qui me laissent plus épuisée qu'avant d'aller me coucher, que je termine en passant sous la douche, car ces douleurs me laissent en nage. Les médecins me disent d'ailleurs que c'est à surveiller, car il s'agit parfois des os qui se remettent à pousser et que si c'est le cas, il faudrait à nouveau opérer. Heureusement pour moi, Lucky reprend. « Remarque, Robocop, ça doit plaire aux gars ça. » Je lâche un léger rire sarcastique et m'apprête à lui répondre quand la serveuse revient pour que nous passions commande. Il choisit de ne pas prendre d'apéritif. Tant mieux. Cela m'évitera de me réfugier dans mon verre pour planquer ma gène, comme j'ai pu le faire en revoyant Jasper et vu l'état pitoyable dans lequel j'avais terminé… Non. Il ne vaut mieux pas.

Visiblement, il ne s'attendait pas à ce que je remarque sa bague, il avait même l'air relativement surpris. Mais mes soupçons se confirmèrent. Une bague de fiançailles. Un brin de tristesse passe sur mon visage et je baisse les yeux, avant de me ressaisir. Il y a de la jalousie, c'est vrai. Mais pas de cette jalousie qui gronde et qui fâche. Celle-là qui tire les cordes et joue des airs mélancoliques. Jalousie. Plus douce, mais pas moins vicieuse. Qui est-ce que je jalouse ? Sa fiancée, pour avoir ce privilège ? Ou lui, pour avoir su trouver quelqu'un qu'il aime et qui l'aime en retour, à tel point qu'ils s'unissent, comme pour le prouver au monde entier. Mon Luciano ne m'aurait sans doute jamais demandée en mariage. Je l'aurais attendu, mais en vain. Il a changé. Peut-être en bien ? Je ne saurais le dire, pour le moment. Mais, en un sens, ça me rassure, pour lui. Au moins, il n'a pas à avancer seul. Puis, je me surprends à essayer d'imaginer le genre de personne que peut être l'heureuse élue. Et ce qui me vient à l'esprit est tout à l'opposé de ce que je suis.
Puis, le voilà qui remue le couteau dans la plaie. Avait-il déjà parlé de moi ainsi ? A l'époque, avait-il cette lueur qui brillait dans ses yeux quand il m'évoquait ? Je n'en suis pas certaine et je commence enfin à comprendre que malgré le temps que l'on a passé ensemble, nous n'étions pas faits pour continuer, vraiment pas. Je lui souris tout de même.
« Non, je ne crois pas que je me sentirais coupable non plus. » Je hausse les épaules. « Comme tu dis, quand c'est terminé, c'est terminé.. » La jalousie que je ressens n'est pas celle dont il parle. Je ne crois pas, du moins. Pour moi, le livre est bel et bien fermé. Je ne ressens plus rien pour lui et ça, j'en suis certaine. « Mais, je ne suis plus tout seul. Faudrait que je lui en parle avant. » Ultime coup dans la poitrine. Je ne comptais plus les disputes que nous avions quand il prenait des décisions importantes sans me consulter, ou même me prévenir. Soit il a relativement changé, soit il est plus amoureux qu'il ne l'a jamais été. Voire même les deux en même temps.
« Ça me ferait plaisir de la rencontrer, en tout cas. J'aimerai bien voir qui est la personne qui te rend heureux comme ça. Je te jure, tu devrais te voir quand tu parles d'elle ! » Je souris, puis, je reprends. « Mais oui, ce serait mieux si je peux féliciter Cinzia moi-même. »

La serveuse revient et pose nos plats devant nous, puis la carafe d'eau, tout en nous souhaitant un bon appétit, quand elle repart, je souhaite moi aussi un « Bon appétit!» à Luciano et j'entame mon plat. Je comprends instantanément pourquoi il aime tant ce restaurant, les plats – du moins, celui que j'ai choisi – y sont délicieux. Après quelques bouchées, je lève ma tête vers lui et je souris doucement. « C'est peut-être indiscret… Mais… Tu peux me parler un peu d'elle ? »
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MessageVen 13 Mai - 10:12

Elle avait certainement dû se trouver particulièrement drôle ou excessivement pertinente en évoquant la possibilité que cet enfant aurait été le mien si elle l’avait porté pendant neuf mois. Moi, ça ne m’amusait vraiment, non pas que je doutais qu’elle aurait pu faire une bonne mère, mais parce que ce genre d’expérience ne se partage que sous certaines conditions. Il fallait de l’amour basé sur la confiance et nous en avions manqué. A contrario, elle ne serait pas partie après son accident et j’aurais souffert des tourments du cœur et pas de ceux de l’ego. Il fallait également se sentir prêt pour assumer la sécurité d’un être fragile qui dépend entièrement de nous. Je ne l’étais pas, ni hier ni aujourd’hui. J’aurais pu le lui confier si je n’avais pas jugé ce genre de confidences entre nous incongrue, presque déplacée. Il était donc préférable que je ne relève pas. Que dire de toute façon ? Que j’étais bien heureux que cette bouille attendrissante n’était le fruit du simulacre de relation que nous avons entretenu ? Inutile. Il lui suffirait de s’attarder sur mon expression et de se rappeler combien je pouvais me montrer expressif pour le deviner. Elle n’était pas bête. De mon point de vue, elle était seulement un peu naïve à ses heures. Mais qui pourrait l’en blâmer ? Elle n’était qu’une femme. C’est leur lot après tout. J’en fréquentais assez pour le savoir. J’en jouai souvent également, pour les attirer dans mon lit ou dans les toilettes puant la gerbe et l’urine de boîte de nuit underground. Amber ne soulevait pas en moi ce genre d’intérêt cependant. C’était fini depuis longtemps, avec elle ou avec une autre d’ailleurs. Je n’avais jamais été amateur des plats réchauffés. C’était d’autant plus vrai maintenant que j’étais servi. Je me concentrai donc sur sa prothèse avec une réelle curiosité. Je découvrais comment elle fonctionnait et ce qu’elle lui apportait au quotidien avec une fascination non dissimulée. J’y ajoutai par ailleurs quelques commentaires manquant quelque peu de délicatesse. Je ne les regrettais pas, mais je l’avais mise mal à l’aise, ce qui ne m’arrangeait pas vraiment. Si elle se renfermait comme une huître, ce que présageait son soulagement quand la serveuse se pointa, le temps s’étirerait à l’infini. Qu’avions-nous donc à nous dire ? Pas grand-chose si ce n’est des banalités. Rien que je ne savais pas déjà, mais j’aurais pu faire semblant. Sauf qu’elle ne livrait pas grand-chose. Dans le fond, je la remerciai de s’être attardée sur le bijou qui trônait fièrement à mon annulaire. Mes fiançailles, c’était un sujet que je maîtrisais et dont je parlais toujours avec une fierté non dissimulée. Il soufflait sur moi un vent de superbe que j’étais incapable de dissimuler, quand bien même l’aurais-je voulu. « Exactement. C’est pour ça qu’il n’y a pas de problème à ce qu’elle ne soit pas encore au courant de ce que je fais ou non. Tu sais, on a confiance l’un en l’autre et puis les circonstances sont ce qu’elles sont. Si tu t’étais pointée chez moi… » Sous-entendu au cabaret. « … pour essayer de discuter ou pour vider ton sac, je l’aurais appelée. Je l’aurais même conviée à se joindre à nous. Là, comme tu étais là par le plus grand des hasards… Bon après, j’ai tendance à penser que le hasard n’existe pas, tu me connais, mais je ne peux pas te forcer à balancer ce que tu as sur le cœur si tu n’en as pas envie. » ajoutais-je en lui servant un verre de vin avec galanterie, bien que je ne lui demandai pas son avis. « Et si tu y tiens, je pourrai également te la présenter, ce n’est pas un problème. Il faut juste que tu me laisses le temps de la mettre au parfum. » Quand l’occasion s’offrirait à nous et en fonction de la façon dont se clôturerait ce rendez-vous improvisé.

Récupérant dans ma poche mon téléphone portable qui vibrait dans ma poche, je profitai de ce qu’on nous apportait nos plats pour vérifier que ce n’était pas important. Tony. Il survirait bien sans moi. Si c’était important, il me laisserait un message codé. En attendant, je déposai mon gadget sur la table pour ne rien rater, si d’aventures je devais m’éclipser d’urgence. « Je suis désolé. Je sais que ça ne se fait pas, mais, tu sais ce que c’est, les affaires n’attendent pas, même quand je suis en train de partager un bon moment avec une vieille connaissance. J’espère que ça te plaira. J’aime venir ici. C’est sympa. Coloré. Agréable. Et on mange bien. Bon appétit. » Je plongeai ma fourchette dans mon assiette sans hésiter. Je mourrais de faim, ce que je n’avais au préalable pas remarqué avant de sentir les effluves gourmands et épicés de mon assiette. J’aurais pu le déguster dans un silence presque solennel, mais Amber s’intéressait tant à Lyla qu’elle me fit sourire. « Non, ce n’est pas indiscret. Je peux te parler d’elle. Je peux même te donner des détails. Enfin, les plus convenables. » Ma grimace s’élargit à l’évocation d’un souvenir charnel, mais je me gardai bien de le confesser « Elle et moi, on se ressemble beaucoup. On ne croit pas en l’amitié entre un homme et une femme. » En réalité, j’étais le seul à ne pas y croire. Ça ne semblait pas poser de problème à ma fiancée, mais ce n’était qu’un détail que j’avais bien l’intention de régler avec le temps, dès que nous serons mariés. « On partage les mêmes valeurs aussi. Elle est très attachée à sa famille. Elle est mexicaine. Elle est un peu plus jeune que moi, donc que toi. Elle a les yeux clairs, les cheveux noirs de jais, le teint hâlé et un caractère bien trempé. Du béton armé. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer je dois dire, mais c’est ce qui me plaît chez elle. Sa détermination, sa façon de prendre les choses en main, son côté indépendant et dépendant à la fois. J’ai beaucoup de chance de l’avoir à mes côtés. Surtout que c’est une amie à ma sœur et tu sais comme son avis compte pour moi. Je l’ai rencontrée par son biais. Elle l’a invitée à la maison, on a sympathisé, on a commencé à s’amuser comme deux potes et puis, petit à petit, on a tissé quelque chose de plus fort sans vraiment s’en rendre compte. C’est bien comme ça d’ailleurs. Je me serais barré si je l’avais venu venir et je l’aurais regretté. Et toi alors ? Vraiment personne pour faire battre ton cœur ? Je me suis montré plutôt loquace moi, tu me dois bien ça, non ? » Elle n'eut jamais le temps de répondre. Mon téléphone sonna. Mon père avait besoin de moi. Je m'excusai mille fois, réglai la note avant de partir, la saluai en nous souhaitant de nous revoir bientôt et je m'éclipsai sans demander mon reste, un peu mal poli, certes mais Ettore était plus important que tout le reste, y compris la bienséance.

TOPIC CLOTURE.


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