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Silence ! I kill you ! ▬ Jasper
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MessageMer 2 Mar - 12:23

Silence ! I kill you !
Jasper & Taylor


Samedi 5 Mars, dans l'après midi — Je verse l’eau chaude dans ma tasse avec un gros cœur rouge pour « I ♥ New York », un vieux souvenir que m’a offerte la concierge lorsque j’ai aménagé ici. Elle est moche – la tasse, pas la concierge – mais je l’aime bien quand même. Elle marque une sorte de tournant dans ma vie et me rappelle que j’ai eu les miches de bouger de Chicago pour poursuivre mes études ailleurs.
Toute seule, comme une grande.

J’y plonge mon sachet de thé qui se diffuse sous la chaleur et m’installe à mon bureau pour bosser mes cours. Enfin, surtout pour bosser mon stage. Les deux en réalité. Pour une fois, j’suis pas à la bourre, ce qui s’avère être un miracle en vue de tout ce qu’on à voir et à revoir. C’est à se demander si je n’vais pas tarder à fonctionner sous coke pour être au maximum de mes capacités.
J’ai à peine le cul posé sur la chaise que je suis déjà obligé de trottiner à l’autre bout de l’appart’ pour choper mon téléphone. Il a sonné une première fois, j’ai laissé tomber. J’aime pas être dérangée pendant que j’étudie mais si la personne insiste alors j’estime que ça doit être urgent…

Le  prénom de mon frère s’incruste sur l’écran de mon téléphone.

… Ou pas ?

— Ouep ?
— T’es vraiment qu’une foutue menteuse hein !
— J’vais bien frangin, merci. Et toi, la forme?
— J’suis sérieux Taylor. Pourquoi t’as rien dis?

J’écarte légèrement mon téléphone de l’oreille, grimaçante.
Il hausse le ton, c’est agaçant.

— Gueule pas comme ça, tu m’fais mal.
— Rien à foutre. Tu la vois?
— Bordel, tu m’parles de qui ?
— De Daya ! Depuis quand t’es super pote avec elle !

Ah, ouais. Daya.
Je me passe une main sur la nuque et me laisse tomber sur mon petit canapé usé.

— J’te parle !
— Oh ça va hein ! Je m’empare du paquet de clope face à moi et m’en colle une entre les lèvres. Depuis quand ça t’intéresse de toute façon ? T’es plus avec elle depuis des années.
— C’est pas une raison ! T’aurai pu au moins m’en parlé ou j’sais pas.  
— Luca, tu vas me les briser combien de temps avec cette histoire ? J’dois réviser.

J’allume ma cigarette sans vraiment me formaliser de la colère de mon frère. Je peux comprendre que ça lui en fiche un coup mais je ne vois pas où est le problème. C’est pas comme si j’avais couché avec ou je ne sais quelle autre connerie.
Il lâche un soupire à l’autre bout du fil, laisse planer un court silence.

— Pourquoi tu as essayé de la retrouver?
— Parce que j’avais besoin d’aide pour mon école et mes stages. Je tire sur ma cigarette en haussant les épaules. Et j’l’aime bien. Elle est cool et sympa.
— Qu’est-ce qu’elle devient?

Mon sourire s’élargit, presque narquois.

— Tu veux son numéro? C’est Jenna qui va être contente.
— Ta gueule. J’voulais juste prendre de ses nouvelles.

Je ricane, amusée, poursuivant rapidement ma conversation avec lui sans qu’il ne manque à me rappeler que franchement, j’abuse et que ça ne s’fait pas.
Ca fait des années qu’ils ne se sont pas vus mais j’ai une très bonne mémoire visuelle. Un visage comme celui de Daya ne s’oublie pas, d’autant plus qu’elle est restée pas mal de temps avec mon frère et du plus loin que je me souvienne, je me suis toujours bien entendu avec elle malgré mon caractère de merde. Peut-être parce qu’elle-même a un caractère de chien.

— Tu lui passeras le bonjour.
— Ca marche.
— Et ça change pas que t’es une petite emmerdeuse.
— J’ai de qui tenir gros lourd. J’écrase ma cigarette dans le cendrier et me lève pour le vider. Aller, j’dois réviser. Bisous à papa et maman.

Je raccroche, pose le téléphone sur la table de la cuisine qui me sert aussi de bureau.
Mon bureau est ma table de cuisine. Ma table de cuisine est mon bureau.
Bref.
Je m’installe mains dans les cheveux, déjà plongé dans la lecture de mon bouquin des maladies cardiaques. Je ne vois pas le temps passé, les pages défilent devant mes yeux alors que je surligne les choses à retenir. Je ne suis pas une surdouée mais j’ai la chance d’avoir certaines facilités que d’autres non pas et c’est pas moi qui vais m’en plaindre. Ça ne change rien au fait que je dois fournir un travail monstre si je n’veux pas me foirer pour ma première année d’internat.
Année décisive pour enfin choisir ma spécialité même si mon cœur balance déjà entre deux.

Une heure.
Puis deux.
Je commence à avoir mal au crâne, mon cerveau m’envoie de gros signaux de refus d’apprentissage : Il ne veut plus rien gober de ce que je lis.

Je sursaute, manque de renverser ma tasse, alors que quelqu’un tambourine dans le couloir. L’agacement débarque à la même vitesse qu’une gifle en pleine gueule et il est tout aussi violent.
J’ai mal dormi cette nuit, j’ai la tête comme un ballon, j’ai l’impression que je vais gerber des aortes et des ventricules et ça fait deux heures non-stop que je révise. Et si ça ne se limitait qu’à ça, je crois que je m’en serais contenté…

D’autres coups, plus brutaux. Plus violents.
Les bruits deviennent insupportables et ce, progressivement. Je les sens au creux du tympan qui s’infiltrent comme des aiguilles, comme si on vous entendiez un sifflement permanant tout près de votre oreille. Je me passe les mains sur le visage, serrant les dents.
Inspire. Expire.
Gueule pas, ça sert à rien. Ce connard va sûrement se lasser.

Je l’entends gueuler. Je l’entends frapper plus fort.
Bordel de bordel.
Mon estomac se soulève alors que je me crispe sous la douleur insidieuse, tendu comme un arc. Il a suffi d’une poignée de seconde pour tout rendre insupportable dans la pièce. Du raclement de ma chaise sur le sol au bruit que fait ma trousse alors qu’elle chute sur le parquet.
Et plus cet enfoiré cogne, plus j’ai la gerbe. Et surtout, plus j’ai envie de lui encastrer la gueule contre le mur du couloir.

J’ouvre ma porte à la volée et mon regard tombe aussitôt sur la porte d’en face où ledit enfoiré s’apprêtait de nouveaux à tambouriner.

— Putain mais t’as fini ton bordel? Tu vois bien qu'il est pas là alors arrête de cogner contre cette foutue porte comme un bourrin !

Le numéro 15 résonne en moi comme une foutue malédiction ou une piqûre de rappel de vaccin. Le genre de truc qui s’incruste chez vous et ne veux plus s’en décoller. Parce que le 15, c’est la merde. Et à deux, c’est mieux. Gethin et sa pote qui font des fêtes jusqu’à je n’sais quelle heure, à m’en coller des migraines, à me mettre de mauvaises humeur d’un claquement de doigts.

Et comme ça ne suffisait pas, il faut aussi que leur visiteur soit aussi relou qu’eux.
AVENGEDINCHAINS
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MessageJeu 3 Mar - 22:33

silence ....... i kill you
My wounded rhymes make silent cries tonight. Δ lykke li.


Je suis un parfait connard. Et un père de merde. Certainement pas le pire parce qu’au moins, j’éprouve des regrets pour mon comportement, mais je ne recevrai jamais de prix pour ma dévotion et mon amour inconditionnel à l’égard de ma fille… Pour ma défense : je n’avais pas prévu que les choses se termineraient de cette façon. C’est juste arrivé comme ça. Bon, OK, ce n’est pas arrivé tout seul et c’est moi qui me suis permis d’allègrement lever le coude alors que j’aurai dû me montrer raisonnable et penser sur le long terme, mais j’avais besoin de lâcher prise. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai atteint mon objectif, au moins pendant un temps. Maintenant, je ne suis absolument plus dans le lâcher prise, je suis dans le stress dans le plus total et la sévère gueule de bois. En plein dedans…
J’ai ouvert les yeux il y a près de deux heures maintenant, au beau milieu de la réserve du Paddy Maguire, du plomb dans la tête, le cœur au bord des lèvres et la vessie prête à imploser. Ma première pensée n’a même pas été pour ma fille mais pour ma vessie que je me suis empressé de vider dans les toilettes du personnel. Juste avant de rendre le contenu de mon estomac. Un contenu majoritairement liquide, bien entendu. Quand j’en ai eu terminé de me vider par quasiment tous les côtés, je me suis assoupi à nouveau, à même le sol. C’est le gérant, Anton McGee qui m’a réveillé à coup de pieds dans le cul. Il m’a hurlé dessus, se fichant comme d’une guigne de me vriller le crâne, m’a mis un nouveau coup dans l’aine et puis est allé me servir un verre pour que la machine se relance. Il m’a fallut une éternité pour trouver la force de me relever et de le rejoindre au comptoir du bar où il m’a servir une mixture immonde qu’il m’a conseillé d’avaler cul sec. Ca ne m’a pas été possible, mais j’en ai quand même avalé plusieurs gorgées, surtout pour ne pas le contrarier. Si je sais qu’il aboie plus fort qu’il ne mord d’une manière générale et n’en ai pas véritablement peur, je ne suis pas pour autant suicidaire. Il aurait facilement pu me renvoyer pour ce dont il venait d’être témoin et il valait mieux pour moi le caresser au mieux dans le sens du poil… Ce que j’ai plus ou moins fait, le front appuyé contre la surface boisée du bar, luttant contre mon envie de sombrer à nouveau dans le sommeil.
C’est lui qui m’a tout à coup rappelé que j’avais une gosse. Je sais, c’est honteux. Il m’a demandé où elle avait passé la nuit et si son ou sa baby-sitter n’allait pas s’inquiéter. Mon cœur a alors immédiatement quitté mes lèvres pour retomber dans mon estomac vide et douloureux. J’ai tenté de dégainer mon portable mais ne suis parvenu qu’à le faire chuter sur le sol de l’établissement où il s’est éclaté. Foutu qu’il était… Pour parfaire l’image de parfait trou du cul au bout du rouleau que je suis, je me suis mis à chialer comme un gosse en ramassant les morceaux de mon foutu téléphone.
Kilian, un de mes collègues avec qui je m’entends plutôt bien, a décidé d’intervenir à ce moment. C’est un crack en informatique (et à force de le fréquenter, j’ai saisi que ses capacités n’étaient pas mise au service des braves citoyens de New York) et il est parvenu en quelques minutes seulement à récupérer les données de mon épave de téléphone. Il m’a surtout permis d’accéder à ma messagerie et de découvrir que j’avais reçu pas moins de dix-huit appels en provenance de Gethin… Mon baby-sitter de la veille donc. Mon baby-sitter de garde à la caserne aujourd’hui, qui avait gentiment accepté de me dépanner, tout en me précisant qu’il était supposé prendre sa garde demain (aujourd’hui donc) sur les coups de sept heures…
J’ai essayé de l’appeler sur son portable et sur son fixe, en vain, mon angoisse grandissant de seconde en seconde. Je doute qu’il ait abandonné ma fille dans un coin mais ça ne me dit pas où ils se trouvent actuellement. Est-ce qu’il l’a amenée à la caserne ? Et si c’est le cas : que vont penser mes collègues de moi lorsque je me pointerait pour la récupérer avec la tronche encore à l’envers ? Que va penser Gethin de moi ?

C’est encore à ça que je pense tandis que je monte les marches aussi vite que mes jambes fébriles me le permettent, afin de rejoindre l’appartement de Gethin et Adrianna. Je dois m’arrêter sur le palier pour reprendre mon souffle et m’éviter de tourner bêtement de l’oeil. J’ai la tête qui tourne et des espèces d’insectes viennent désagréablement voleter dans mon champ de vision. Mes oreilles carillonnent, mon estomac proteste encore pour les mauvais traitements que je lui ai infligé la veille et ma cervelle… Mieux vaut ne pas l’évoquer.
Une fois plus ou moins remis, je tangue dans le couloir, comme un abruti de voyageur n’ayant pas le pied marin, et finis par atteindre la porte de mon ancien collègue. Je me jette presque littéralement dessus. Les deux mains plaquées sur le bois, de même que mon front, je frappe contre la porte. Une grimace de souffrance déforme mes traits. Je ne cesse pas pour autant de frapper à la porte de Gethin. C’est ma punition pour m’être soulé comme un bleu et avoir été trop rond pour récupérer ma gamine. J’expie. Je frappe à nouveau.
- Turner ! Ouvre-moi, je grogne entre mes mâchoires crispées par la souffrance qui me fait une fois encore monter les larmes aux yeux.
Chaque coup que j’assène moi-même sur la porte de son appartement s’apparente à un coup de hache qui viendrait me fendre le crâne. Et j’en manie moi-même le manche.  
- Turneeer, je me lamente, fermant mes paupières brûlantes, me faisant la réflexion que s’il ouvre la porte maintenant, je vais certainement m’effondrer sur lui.
D’ailleurs, je commence à douter que mes jambes puissent vraiment me soutenir plus longtemps. Ma course effrénée jusqu’ici m’a épuisé. Quand il m’aura ouvert, j’abuserai encore odieusement de son hospitalité et lui demanderai de me laisser me poser une minute ou deux sur son canapé… Et comme je suis un parfait connard, j’espère qu’il prendra pitié de moi et me laissera y dormir pendant qu’il gardera un œil sur ma fille à ma place.
- Turner, fais pas l’con ! Ouvre-moi ! J’suis désolé, d’accord ? J’le referai plus ! Ouuuvre, je pleurniche encore, laissant ma main s’abattre douloureusement encore sur la porte.

Mais la porte qui s’ouvre effectivement n’est pas la sienne. C’est celle d’en face et une furie en sort, comme un diable de sa boite.
- Putain mais t’as fini ton bordel ? me hurle-t-elle, faisant tout autant de bordel que moi en l’occurrence et provoquant une nouvelle vague de souffrance dans mon crâne. Tu vois bien qu'il est pas là alors arrête de cogner contre cette foutue porte comme un bourrin !  
Je la dévisage de haut en bas, titubant maladroitement dans ma tentative de faire volte-face. Les sourcils froncé, j’avale péniblement ma salive (c’est que j’ai la gorge à vif) avant de prendre la parole.
- Bah j’t’emmerde, je lui rétorque d’un ton parfaitement naturel et dénué d’animosité. J’suis v’nu récupérer ma gamine. T’l’as pas vue toi ? Elle est grande comme…ça, je lui explique en écartant mes bras, cherchant à représenter une cinquantaine de centimètres à vu d’œil. Mais l’œil d’un type qui a pris une cuite d’enfer et peine à tenir debout. Elle fait pas encore grand chose, c’est juste un bébé mais elle est cool quand même. Enfin quand elle pleure pas. Elle pleure souvent quand même… Mais c’est pas grave. Sa mère est morte. Quand ta mère meurt t’as le droit de pleurer. Tu l’as pas vue alors ?

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MessageMer 9 Mar - 18:44

Je n’sais pas qui est ce type et ne sais pas non plus ce qu’il a tambouriné contre la porte de Turner mais j’ai l’immense envie de lui planter mes stylos un à un dans le fond de sa gorge pour qu’il la ferme mais aussi, qu’il arrête de se croire dans le couloir de son père. La fatigue aidant, j’ai déjà la tête qui enfle comme un ballon de baudruche.
Et parce que ça me fou dans une sale humeur et que j’ai pas envie d’être aimable et de lui demander gentiment de fermer sa gueule, je lui demande expressément d’arrêter son bordel.

Le blondinet se tourne vers moi, titube légèrement et me dévisage de la tête aux pieds. Sûr que j’suis pas dans la tenue la plus présentable qui soit – Sweat du frangin deux fois trop grand, un vieux jogging usé et de grosses chaussette d’hiver – mais c’est pas comme si ce genre de détail entrait dans l’équation.
C’est qu’en plus de ça, il a l’air bourré.

- Bah j’t’emmerde.
- Parfait, maintenant tu peux fermer ta gueule ?

Premiers mots, première slave de haine qui tambourine au creux de mes tempes.
Phase n°1 : Trouvez une mort lente et douloureuse pour le poivrot d’en face.

- J’suis v’nu récupérer ma gamine. T’l’as pas vue toi ? Elle est grande comme…ça.

Il n’écoute pas ce que je lui dis, comme si le fait d’ouvrir la bouche, lui enlevait la capacité d’entendre. Il écarte les bras comme pour me montrer combien mesure sa gamine, chose dont j’ai strictement rien à foutre, toujours titubant sur lui-même.
Il fait pitié à voir.

- Elle fait pas encore grand chose, c’est juste un bébé mais elle est cool quand même. Enfin quand elle pleure pas. Elle pleure souvent quand même… Mais c’est pas grave. Sa mère est morte. Quand ta mère meurt t’as le droit de pleurer. Tu l’as pas vue alors ?

Le rire sec et amer qui m’échappe traduit parfaitement les sensations que m’évoquent ces mots.

- Quand ta mère meurt, t’as aussi le droit d’avoir un père qui n’débarque pas avec 4 grammes d’alcool dans le sang. Surtout en venant la chercher.

C’est direct, manquant clairement et sûrement de compassion face à ce mec qui est tout sauf clean mais encore une fois, c’est un détail qui me passe au-dessus. Je ne suis pas là pour faire du social, pas quand j’ai les oreilles qui commencent à siffler et que la douleur monte d’un cran à chaque pas qu’il fait sur le sol, à chaque mot qu’il prononce.

Ce qui est assez sidérant quand on l’écoute parlé, c’est que l’on pourrait croire qu’il considère sa gamine haute comme trois pommes, comme sa pote.
« Elle est cool, enfin, quand elle pleure pas. »
Encore un qui a dû être content d’apprendre qu’il a du être père.

- Je ne l’ai pas vu, ni entendu. Contrairement à son père qui serait vraiment sympa – même si j’ai un furieux doute sur la question – de la fermer et d’attendre en silence que son bon vieux pote et babysitter soit revenu.

Et être bourré à cette heure là, ça craint. Surtout quand tu viens chercher ta gamine, bordel.
Les deux mains de chaque côté de l'encadrement de la porte, je le fixe, sourcils froncés.

- Ca te laissera peut-être le temps de décuver.
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MessageJeu 10 Mar - 22:24

silence ....... i kill you
My wounded rhymes make silent cries tonight. Δ lykke li.


Elle se met à rire. Un rire chargé de sarcasme, cruel. Le genre de rire qu'une superbe nana qui a conscience de sa beauté vous sort quand vous êtes un plouc et que vous lui proposez de l'accompagner au bal de promo. Enfin j'ai jamais eu à vivre cette expérience aussi humiliante que traumatisante certainement, mais j'ai vu suffisamment de films bourrés de clichés pour le savoir. Bref : cette fille - qui par ailleurs n'est pas franchement un canon de beauté et ne sait vraisemblablement pas se mette en valeur - se moque ouvertement de moi en riant face à mon évidente détresse. Et le pire, c'est que je suis tellement à côté de mes pompes que l'espace d'une seconde, par pur mimétisme, je sens mes lèvres s'étirer en un sourire niais et ma gorge me chatouiller. Il me faut de longues secondes pour comprendre que c'est de moi qu'elle rit... Lamentable con.
Je ravale mon sourire et la dévisage un instant avec rancoeur et vexation. Mais les propos que la brune me tient juste après me dissuade très vite de jouer les effarouchés... Je suis un sale morveux et le moins que l'on puisse dire c'est que la jeune femme vient de me moucher. Elle aurait tout aussi bien pu me frapper, ça aurait été du même effet.
Elle a raison. Je suis une épave quand je devrai être un roc pour ma fille. Je passe mon temps à me lamenter alors que c'est Merrin qui devrait le faire. Elle en a le droit et elle ne le fait même pas. Peut-être parce quelle ne comprend pas encore que sa vie commence foutument mal ? Ou peut-être que ma fille a tout simplement hérité de la combativité de sa mère et n'est simplement pas du genre à s'avouer aussi facilement vaincue...
Honteux, je baisse les yeux, triturant nerveusement mes doigts en continuant de lutter pour conserver mon équilibre. Je me fais toujours l'impression d'être un marin d'eau douce... Tout le couloir s'amuse à onduler. Bordel, même le décor est contre moi ! Comment est-ce que je suis supposé m'en sortir dans ces conditions ? Et voilà...je recommence déjà à me lamenter.

La voisine d'en face de Gethin reprend la parole, me faisant une fois de plus comprendre que je dois baisser d'un ton. Elle le fait évidemment en utilisant soigneusement les bâtons que je lui ai stupidement tendus pour me faire battre. Ceci dit, je ne lui en tiens pas rigueur. Je mérite chaque attaque qui m'est portée. Pas parce que je l'ai dérangée, mais pour le sale tour que j'ai joué à ma fille et son parrain. Et ça à quelques jours du verdict concernant sa garde... Bordel, si les parents de June apprennent ce qui s'est passé hier soir, je suis foutu ! Ils obtiendront la garde exclusive de Merrin et j'aurai tout perdu.
Et est-ce que ça serait une si mauvaise chose ?
Pour elle non mais pour moi... Quoi qu'il en soit, je ne pourrai m'en prendre qu'à moi-même, une fois encore. Je n'aurai jamais dû accepter de boire un verre avec les gars hier soir. J'aurai dû les prévenir que je n'avais pas les épaules pour ça, que c'était trop tôt et qu'ils ne devaient pas me faire confiance. Je me souviens vaguement d'une remarque d'Elvis sur le fait que je devrai sans doute ralentir un peu le rythme. Je l'avais bien entendu envoyé bouler avant de proposer une énième tournée de shot pour lui prouver que tout allait bien. Maintenant que j'y repense... Le malaise était déjà bien installé à notre table et tout le monde s'était tiré dans la quinzaine de minutes qui avait suivi. Livré à moi-même, j'avais continué d'enquiller verre sur verre pour terminer directement au goulot.
- Ça te laissera peut-être le temps de décuver, me lance encore la brune, m'arrachant à mes humiliants souvenirs de la veille et leurs conséquences.
- Ouais... J'suis désolé. J'suis pas comme ça d’habitude, j'suis... Non… En fait, j’suis exactement comme ça, je me reprends, avant de pousser un lourd soupir las, pinçant l'arrête de mon nez en fermant une seconde les yeux. Je fais tout ce qu'il faut pour tout foirer avec elle. C'est plus fort que moi... J'suis en train de me battre contre ses grands-parents pour avoir sa garde. Le juge va traiter l'affaire, là, mardi, et moi...moi je la largue chez Turner pour aller boire comme un trou ! Qui fait ça ? Sérieux ? je lui demande, une part de moi ayant conscience que ça ne la concerne pas et donc ne l'intéresse pas le moins du monde. Je me fais l'effet d'être un de ses poivrots qui vous alpaguent dans la rue pour vous raconter leur vie et vous culpabiliser pour obtenir de quoi acheter leur mauvaise gnôle... Mais j'arrive pas à m'arrêter pour autant. Enfin non, j’sortais pas pour boire, je bossais. J’bosse dans un bar, tu vois. Pas malin comme choix d’réorientation professionnelle quand on sait qu'on tient pas l'alcool et qu'on a une fâcheuse tendance à l'auto destruction. C'mon psy qui ma dit qu’j'avais des pulsions destructives, je prends la peine de lui expliquer, essayant de me rapprocher d'elle en tanguant un peu pour faciliter notre échangé. Enfin mes confessions non désirées... C'que j'essaye de t’dire, c'est que j’fais de mon mieux. Et j’suis désolé. Mais je crois que je l'ai déjà dit... J’vais m’taire maintenant. Promis.
Et pour donner plus de poids à mes propos, je lève les mains en signe de reddition puis place min index sur mes lèvres.

Elle a l'air satisfaite et esquisse un geste pour retourner dans son antre et tout oublier de notre rencontre. Et je trahis déjà ma promesse.
- Juste une chose ! je la hèle sans états d'âme. J’sais qu’j'abuse mais...t'aurais pas du café ? J'crois que ça m’ferait pas d’mal. J’le paierai bien sûr.
Afin de lui montrer que je suis de bonne foi, je fouine dans la poche arrière de mon jean pour en sortir mon portefeuille.
- Ou alors une boisson énergisante. N'importe quoi qui m’permettrait de pas m'endormir sur le palier comme une merde. J’sais d’quoi j'ai l'air déjà et j’voudrai pas...enfin j'voudrai pas aggraver mon cas. J’veux pas que ma gosse me voit comme ça, tu comprends ? Du coup, si j’pouvais aussi utiliser ton évier… Juste une seconde. Après c’est juré, j’me tais et j’disparais. T’entendras plus jaaamais parler d’moi !

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MessageJeu 17 Mar - 11:29

Maintenant que j’ai dit ce que j’avais à dire, j’aimerais bien qu’il se casse.
Genre, maintenant.
Parce que j’ai encore des trucs à étudier et que j’ai pas envie de prendre du retard. C’est déjà suffisamment compliqué entre les gardes à l’hosto, les heures supplémentaires que je ne compte plus et tout le quotidien qui s’imbrique dans tout ça. Pas la peine de m’en rajouter une couche, encore moins à cause d’un poivrot comme lui qui titube dangereusement dans ce couloirs.
Dire qu’il venait récupérer sa gosse… Bah putain.

Je m’apprête à rentrer dans mon appartement pour fermer la porte, déjà suffisamment agacée par sa présence.

— Ouais... J'suis désolé. J'suis pas comme ça d’habitude, j'suis... Non… En fait, j’suis exactement comme ça.

Sauf que j’en ai rien à foutre de sa voir comment il est d’habitude ou comment il n’est pas. C’est le cadet de mes soucis mais de ça, il n’en a pas conscience.
Il lâche un soupire, j’en fais de même, excédée.

— Je fais tout ce qu'il faut pour tout foirer avec elle. C'est plus fort que moi... J'suis en train de me battre contre ses grands-parents pour avoir sa garde. Le juge va traiter l'affaire, là, mardi, et moi...moi je la largue chez Turner pour aller boire comme un trou ! Qui fait ça ? Sérieux ?
— Ah non, t’es pas chez l’assistante sociale là. J’m’en fou de savoir…

Il n’écoute même pas ce que je lui raconte. Appuyé de mes mains sur l’encadrement de la porte, je baisse la tête, résignée. Il ne se tait, bien sûr que non qu’il ne se tait pas. Je n’dis pas que c’est pas triste pour ce type qui a du mal à avoir la garde de sa gamine mais en même temps s’il arrêtait de se bourrer la gueule en pleine après-midi, peut-être que ça pourrait l’aider un chouia.
De toute façon, qu’est-ce que ça peut me foutre. Sa gamine sera peut-être bien mieux chez ses grands-parents visiblement.

— Enfin non, j’sortais pas pour boire, je bossais. J’bosse dans un bar, tu vois. Pas malin comme choix d’réorientation professionnelle quand on sait qu'on tient pas l'alcool et qu'on a une fâcheuse tendance à l'auto destruction. C'mon psy qui m’a dit qu’j'avais des pulsions destructives.

Il me raconte sa vie, de long en large et en travers comme si j’étais là pour l’écouter, que j’étais sortie de mon appartement exprès. Sauf que c’est pas le cas et que surtout, je m’en fou qu’il ait des pulsions destructives ou non, qu’il bosse dans un bar et que de base, il n’y était pas pour boire mais bien pour son job. Il me fatigue, m’épuise, m’agace et j’ai envie de le faire taire mais il est infatigable et incroyablement bavard. Je suis presque certaine que si je lui claquais la porte au nez il continuerait de parler tout seul.

— C'que j'essaye de t’dire, c'est que j’fais de mon mieux. Et j’suis désolé. Mais je crois que je l'ai déjà dit... J’vais m’taire maintenant. Promis.
— C’est pas à moi qu’il faut dire que t’es désolé et que tu fais de ton mieux, mais à ta gamine.

Le ton est froid et sonne comme une évidence. Parce que moi personnellement, je m’en tape comme de l’an 40 que tu te bourres la gueule chaque Samedi après-midi en sortant de ton job. Mais ta gamine, elle non. J’ai envie de lui balancer des horreurs à la gueule parce qu’il me donne la gerbe à geindre comme ça.
Et j’ai mal au crâne putain. J’ai aucune compassion contrairement à mes habitudes où je peux faire preuve de compréhension. Mais pas là, pas quand j’ai la tête comme un ballon, qu’il hurlait et tambourinait comme un bien heureux sur cette porte, pas quand il est encore à moitié bourré dans le couloir de l’immeuble.

Maintenant qu’il me fait sa promesse en carton de la fermer, seule chose que je voulais depuis le début, je m’écarte pour réellement rentrée.

— Juste une chose !
— Putain, quoi encore ?

Est-ce que tu vas finir par me lâcher sérieux.

— J’sais qu’j'abuse mais...t'aurais pas du café ? J'crois que ça m’ferait pas d’mal. J’le paierai bien sûr.

… Il y a une caméra cachée et j’me fais bernée depuis tout à l’heure. C’est ça ?
Il sort son portefeuille et moi je suis presque atterré.

— Ou alors une boisson énergisante. N'importe quoi qui m’permettrait de pas m'endormir sur le palier comme une merde. J’sais d’quoi j'ai l'air déjà et j’voudrai pas...enfin j'voudrai pas aggraver mon cas. J’veux pas que ma gosse me voit comme ça, tu comprends ? Du coup, si j’pouvais aussi utiliser ton évier… Juste une seconde. Après c’est juré, j’me tais et j’disparais. T’entendras plus jaaamais parler d’moi !
— J’espère que tu plaisantes ? Tu ne veux pas utiliser ma douche non plus ?

Sérieusement. Que t’es entrain d’me faire une blague histoire de te faire pardonner.

— Tu crois vraiment que j’vais laisser rentrer chez moi un mec que je n’connais pas et à moitié bourré en plus ? Tu rêves, tu fou pas un pied dans mon appart.

J’connais pas ce mec, rien ne me dit que c’est pas un violeur qui use d’un stratagème à la con pour berné je ne sais quelle jeune fille de mon âge pour ensuite la violer, la tuer et partir comme si de rien n’était. Je n’suis pas parano mais prudente, avec tout ce qu’on voit à la télé et ce que l’on peut voir aux urgences de New-York, je vous assure que vous avez de quoi rester méfiante. Surtout quand vous êtes une nana seule avec aucun témoin et surtout pas la même force physique que ce type, quand bien même, je n’hésiterais pas à lui crever les yeux s’il s’approche d’un mètre.

Pourtant, il y a quelque chose chez lui qui me donnerait presque envie de croire qu’il est sincère. Il semble connaitre Gethin mais je ne me laisse pas avoir par le simple fait qu’il connaisse son prénom. Je ne suis pas un fille sans cœur, ni une connasse même si j’en ai tout l’air…
Je lâche un soupire résigné.

— T’es vraiment du genre casse-couille. Bouges pas d’ici.

Je claque la porte de mon appart’, grognant contre ma propre connerie qui soulève une vague de douleur dans mon cerveau avant de fermer à clé.
Premier geste : Allez chercher ma batte de base-ball en aluminium que j’ai planqué dans mon armoire et la place près de la porte. Si jamais je l’entends entrain d’essayer de défoncer la porte, je l’accueillerais avec joie.
Je me dirige vers ma cafetière et verse du liquide froid dans une tasse avant de la faire chauffer aux micro-ondes. En attendant, je trouve une bassine planqué sous mon évier et la remplit d’eau froide. Ça lui réveillera les neurones, il en a bien besoin ce con.

Je dépose la bassine près de la porte, je pars chercher la tasse et revient pour débloquer la serrure, gardant bien en vue ma batte, prête à la dégainer aux moindres gestes suspect. J’ouvre la porte et le trouve toujours là, chancelant contre le mur d’en face.

— Tiens. Fais gaffe c’est chaud.

Je lui tends la tasse, laissant ma main gauche sur le mur de mon appart, non loin de mon arme de substitution. Il la prend entre ses mains et je le regarde s’éloigner. A aucun moment je ne le lâche des yeux. On pourra me dire ce qu’on veut mais moi j’le connais pas, je n’sais pas qui il est et je crois qu’on est tous suffisamment conscient qu’un mec bourré a des réactions imprévisibles.
Une fois que je le juge suffisamment loin de moi, je glisse du bout du pied la bassine d’eau vers lui, renversant quelques gouttes d’eau au passage.

— C’est ça ou rien.

Et encore, j’aurai tout simplement pu te claquer la porte à la gueule.
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MessageSam 19 Mar - 10:41

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Elle ne m’aime pas. Elle ne m’aime vraaaiment pas du tout. En même temps, je ne m’aime pas franchement, là, tout de suite. Et d’ailleurs, ça remonte à quand la dernière fois où je me suis senti à l’aise dans mes baskets ? Probablement à l’adolescence, à l’époque où je me croyais invincible, me voyais déjà Roi de la Promo et Sauveur de l’Humanité toute entière. J’avais de grands projets, j’étais ambitieux et, sans vouloir me vanter, je crois que pratiquement tout le monde dans mon entourage m’appréciait. Il y avait quelques jaloux bien entendu, mais même ceux-là faisaient semblant de m’apprécier la plupart du temps pour ne pas sortir du rang et avoir l’air d’être marginaux. Si vous êtes marginal dans un petit bled comme Dix Hills, s’en est fini de vous…
Et voilà ce qu’est devenu le Fils Prodigue, l’Enfant Chéri du Village. Une espèce de loque qui cuve son whisky dans un couloir et qui en est réduit à demander de l’aide à une parfaite étrangère qui n’éprouve que du mépris pour lui. Pauvre petite chose. Bou-hou….
Lamentable con.

Certes, on pourrait me trouver des excuses, d’ailleurs, est-ce que je ne suis pas en train de justifier mes actions à la jeune femme – à qui je suis incapable de donner un âge, si ça se trouve, elle n’est pas aussi jeune qu’elle en donne l’air - qui me fait face ? SI, bine sûr, c’est exactement ce que je suis en train de faire. J’essaie de lui prouver que ce n’est pas vraiment moi qui me sis mis dans cet état, mais le Destin qui a conspiré pour me rendre comme je le suis aujourd’hui, devant elle. C’est totalement pitoyable et le réaliser m’agace moi-même. Parce que je suis le premier à  détester entendre les gens pleurnicher sur leur sort et tenter d’apitoyer les autres pour minimiser les conséquences de leurs mauvaises actions.
"Oui, cette vieille dame est morte sous mes coups, mais vous comprenez, moi je n’ai pas eu de mère ?" "Maintenant je sais que cette femme ne méritait pas de recevoir de l’acide au visage, mais vous savez, personne ne m’a appris la différence entre le bien et le mal et j’ai été tripoté par mon oncle."  
Quand ces gens s’en tiraient, presque avec des excuses de la part de la société, ça me rendait complètement malade. Quand Jared avait été condamné à une peine si dérisoire après avoir fait tant de mal, j’en avais été littéralement malade et avais rendu le peu que contenait mon estomac dans les toilettes du Palais de Justice…  
Et pourtant, encore une fois, me voilà devant cette inconnue en train de lui déballer ma vie minable dans l’espoir qu’elle arrête de me dévisager comme elle le fait, me prenne en pitié et vienne me prendre par la main comme un gosse pour me rassurer. C’est pathétique.

- J’espère que tu plaisantes ? Tu ne veux pas utiliser ma douche non plus ?
Et pour être honnête, je suis à deux doigts de lui confesser que c’est ce que j’ai failli demander, mais que j’ai eu un éclair de jugeote et me suis contenté de demander un accès à son évier… Mais si c’est elle qui me propose une douche, bon…ça change tout.
Heureusement, avant que le moindre mot puisse sortir de ma bouche, elle enchaine pour me faire réaliser à quel point mes requêtes sont stupides. Elle fait preuve de bon sens et une part de moi la félicite pour cela. La part qui a déjà un peu décuvé et se souvient de certaines scènes auxquelles j’ai assisté dans mon ancien boulot… Un sourire tranquille étire doucement mes lèvres, traduisant ce que ressent cette fameuse part de moi : Tu fais le bon choix, ma petite. Continue comme ça et tu traverseras peut-être toute ton existence sans te faire violer ou assassiner par un malade.  
Mais en fait, ça ne veut rien dire. Des femmes violées, j’en ai rencontré des tas au cours de ma carrière et certaines étaient pleines de bon sens, prudentes et savaient même parfaitement se défendre. Ca n’avait rien changé.
Et puis subitement, elle pousse un lourd soupir et je sens le vent tourner en ma faveur, juste avant qu’elle me signifie que je suis "du genre casse-couilles"…

Les sourcils froncés, je vois pourtant sa porte se refermer sèchement. Le bruit provoque un nouvel éclat de douleur dans mon pauvre crâne en souffrance, mais je l’encaisse bravement en serrant les mâchoires. Je l’entends bouger dans son appartement et il me faut une éternité pour comprendre qu’elle prépare quelque chose pour moi et va revenir. Alors je prends mon mal en patience, croisant mes bras sur ma poitrine et baillant à m’en décrocher la mâchoire. Mon regard un peu vitreux et cerné se porte en direction de l’escalier de secours et de l’ascenseur, dans l’espoir et la peur de voir soudain apparaître Merrin.
Et s’il y avait eu un problème ? Peut-être qu’elle s’est arrêtée de respirer cette nuit et qu’ils sont avec elle à la morgue, incapables de me prévenir ? Peut-être qu’elle a fait une mauvaise chute et que Gethin est avec elle aux urgences ? Ou peut-être qu’il était en route pour le bar et que nous nous sommes manqués ?
Bien entendu, mon esprit s’attarde davantage sur les scénarios catastrophes, en attendant que la brune réapparaisse. Et lorsqu’elle le fait, j’ai la tremblote et je suis en proie à l’angoisse de nouveau.
- Tiens. Fais gaffe c’est chaud, me prévient-elle gentiment (mais pas d’un ton aimable cependant) en me tendant une tasse effectivement fumante.  
J’effectue quelques pas vers elle pour m’en saisir, gardant bien mes mains en évidence. Je vois bien qu’elle n’est pas rassurée. Je me fais d’ailleurs la réflexion qu’en fait, il est peut-être déjà trop tard pour elle… Peut-être qu’elle s’est déjà faite violer ou du moins agressée. Ou alors, elle connaît quelqu’un à qui s’est arrivé. On connaît tous quelqu’un à qui s’est arrivé, non ?
Suivant son conseil, je n’avale pas tout de suite de café pour éviter de me brûler. Et comme elle me fait glisser une bassine d’eau, je décide de m’atteler d’abord à m’en servir, le temps que le liquide brûlant refroidisse un peu.
- Merci, je lui réponds, penaud, conscient qu’effectivement, je suis chanceux.
…Et me retenant de lui demander si elle n’aurait pas une petite serviette pour moi…

Je me laisse glisser contre le mur pour m’asseoir sur la moquette crasseuse du hall, avant d’étendre le bras pour terminer de ramener la bassine à moi, sous le regard de la fille.
- J’m’appelle Jasper. J’sais que t’es pas là pour faire connaissance et j’t’oblige pas à m’donner ton nom mais… Enfin voilà. Jasper, je répète en haussant une épaule, commençant à ôter ma veste. T’inquiète, je vais pas te faire un intégral, je souris en pensant capter une réaction de son côté du coin de l’œil.
Je repli négligemment la veste avant de la déposer non loin, pour me pencher au-dessus de la bassine entre mes jambes et me rafraichir un peu. Le contact froid (OK, glacé, elle aurait pu avoir un chouia plus pitié de moi) de l’eau me fait du bien et me réveille un peu. Dans quelques temps, je me sentirai peut-être enfin un peu plus humain. Un peu plus capable de gérer un Gethin Turner furieux du sale tour que je venais de lui jouer et pour prendre en charge ma gamine…  Je passe une main humide dans ma nuque et pousse un soupir, avant de m’asperger encore un peu plus le visage, trempant mes cheveux blondins au passage. Peu importe.    
Lorsque je rouvre mes paupières, je constate que la brune est toujours là. Est-ce qu’elle surveille ses biens ? Ou c’est moi qu’elle surveille ? En tout cas, je me permets de soutenir son regard et même de la dévisager un peu pendant qu’elle fait de même.
- T’as l’air de pouvoir utiliser un ou deux cafés toi aussi. Encore qu’une longue nuit de sommeil pourrait t’être encore plus bénéfique, je lui lance, encore trop imbibé pour faire preuve de la moindre diplomatie. Et puis de toute façon, j’ai l’impression qu’il n’y aura jamais de ça entre nous… J’t’ai réveillé ? je lui demande, réalisant tout à coup que c’est peut-être pour ça qu’elle est de si mauvais poil. Si c’est l’cas, j’suis vraiment désolé. J’ai longtemps bossé en horaires décalés et à ta place, si on m’avait réveillé de cette façon, j’pense que j’aurai sorti la batte sans m’poser la moindre question…

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MessageMer 23 Mar - 10:26

Je l’observe, ne le lâche pas du regard et reste à l’affut du moindre geste trop agressif. Le poivrot s’approche, prend la tasse entre ses mains avec lenteur, comprenant bien que s’il fait le moindre pas de travers je n’hésiterais pas à lui balancer le café à la gueule. Rien à foutre de savoir s’il sera défiguré après ou pas.

Il s’écarte, se recule, toujours sous mon regard.

— Merci.

Je ne réponds rien, continuant de le regardant alors qu’il semble perdre de l’âge au fur et à mesure qu’il se rétracte sur lui-même. Il finit par s’installer sur la moquette du hall alors que je reste appuyé sur l’encadrement de la porte, toujours prêt de la batte de base-ball. Si ce type voulait m’égorger ou me violer – ou les deux -, il m’aurait probablement déjà sauté dessus mais il est hors de question que je baisse ma garde pour autant. Encore une fois, je ne le connais pas, il n’est rien pour moi donc il reste un potentiel danger

— J’m’appelle Jasper. J’sais que t’es pas là pour faire connaissance et j’t’oblige pas à m’donner ton nom mais… Enfin voilà. Jasper

Il enlève sa veste, je ne réponds toujours pas.
Non, j’suis pas là pour faire connaissance, ni pour faire du social, pourtant c’est exactement ce qui est entrain de se passer et ça me fait chier. J’ai autre chose à faire que de me taper la discute avec lui mais je me vois là, planté devant lui, à attendre qu’il termine son café, sa toilette improvisée pour que je me puisse partir tranquille. Je ne doute pas un instant que je ne l’entendrais plus beugler, c’est déjà ça de gagné.

— Taylor.

Et je ne suis pas enchanté de te connaitre.
Pourquoi tu te présentes, putain !
Simple réflexe. Ou peut-être parce que je redescends en pression, que mon humanité revient me dire bonjour pour le prendre en pitié.
Non, faut pas trop déconner. Pas de la pitié, mais peut-être un truc plus humain qui s’appelle sociabilisé maintenant que mon mal de crâne descend d’un cran. Voir, de plusieurs. Le monde me semble tellement plus agréable lorsqu’il est sous silence, sans interférence à mon ouïe où ceux qui m’entourent se contente de simplement murmurer plutôt que d’hurler.

Jasper – un nom peu commun soit dit en passant – s’asperge d’eau histoire de se réveiller un peu et je le regarde faire, presque curieuse de cet être humain curieusement chiant, pataud, abattu et lâche. J’sais pas, il a l’air tellement au fond du trou qu’il passerait son temps à chouiner sur le malheureux destin de sa vie. Après il a peut-être eu une vie à chier mais la gamine, elle, elle a rien demandée. Encore moins d’avoir un père presque ivre mort pour venir la chercher… Comme si ça n’suffisait pas que sa mère soit morte.
J’étouffe un bâillement du dos de la main alors que la pression redescend et que mes muscles se relâchent. Quand j’pense à tout ce taff qui m’attend…

— T’as l’air de pouvoir utiliser un ou deux cafés toi aussi. Encore qu’une longue nuit de sommeil pourrait t’être encore plus bénéfique

J’arque un sourcil.

— Tu cherches à mourir aujourd’hui ou t’es simplement con ?

Connard.
En fait, je m’en fou de ce qu’il peut penser de mon apparence puisque j’assume absolument le fait d’être complètement débraillé avec des fringues où je me sens à l’aise. De toute façon, je m’habille bien comme je veux et je l’emmerde, à partir de ce moment-là, plus aucun problème.

— J’t’ai réveillé ?

Mais qu’est-ce que ça peut lui foutre bordel…
Je jette un coup d’œil derrière moi, aperçois la pile de bouquin qui m’attend, les cours à relire, à apprendre… Avant de reporter mon regard sur Jasper. Il est foutrement curieux mais encore une fois, je me sens moins agressive, moins… tendue. Je n’ai plus mal à la tête et maintenant qu’il ne gueule plus et qu’il est là, bien sagement assit contre le mur, il m’emmerde moins.

— Non, j’étais entrain de réviser mes cours de médecine. Mais tu gueulais trop fort pour que je réussisse à me concentrer correctement.

S’ajoutait à ça ce mal de crâne et ce refus catégorique de gober la moindre information supplémentaire, comme si mon cerveau faisait barrage et m’envoyait me faire voir. Et j’n’ai pas fini, j’en ai encore pour des mois, voire des années d’apprentissage avant de pouvoir exercer mon métier. L’avantage dans tout ça c’est qu’en tant qu’interne je peux quand même bosser avec les médecins, prendre en charge mes propres cas et pouvoir mettre les deux pieds dans le milieu pour me faire la main. Et il n’y a pas à dire, j’échangerais ma place pour rien au monde.
Encore moins contre celle de Jasper.

— Tu comptes appeler Gethin un jour ? Tu risques de poireauter encore longtemps si t’attends ici sans rien faire.

Et comme je ne suis absolument pas pote avec ce mec, il y a peu de chance pour que moi je puisse l’aider. S’il n’y avait pas une gamine dans l’histoire je crois que j’aurai déjà claqué ma porte après lui avoir souhaité de bien décuvé sans dégueuler devant ma porte.
Je me passe une main sur le visage, les traits un peu tirés et finit par rassembler mes cheveux en un chignon désordonné avant de lâcher sans préambule.

— J’espère pour ta gamine que tu comptes te bouger le cul et de n’pas lui refaire le même plan. Dis-toi qu’elle a rien demandé, encore moins de venir au monde, alors pas la peine de lui en rajouter, tu n’crois pas ?

C’est le genre de chose qui m’énerve, de voir ces parents négligeant, passant leur nerf sur leur gosse qui n’ont pas demandé à avoir des parents aussi cons. J’ai clairement du mal avec cette conception des choses, de voir à la télé, dans des reportages, que certains pètent un câble et se mette à battre à mort leurs enfants parce que le père ou la mère à quitter le navire familiale, qu’ils reportent la faute sur eux, comme s’ils avaient demandé à venir au monde pour venir les faire chier…
Jasper n’a pas l’air de cette trempe mais si au moins il pouvait offrir un peu de bonheur et de stabilité à cette gosse, ça serait déjà bien pour elle.
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MessageLun 28 Mar - 17:42

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Elle n’a pas l’air enchantée par ma remarque sur son apparence et je ne peux pas vraiment la blâmer pour ça. Mon état ne me permet pas vraiment de faire la dentelle et je manque assurément de diplomatie… Ce que je voulais lui dire, c’est simplement qu’elle n’a pas l’air au meilleur de sa forme et qu’une part de moi s’en inquiète vaguement. La part de moi qui bravait les flammes il y a quelques jours encore afin d’aller sauver des vies humaines. Et pas que d’ailleurs. Bref ! J’essaie de me rattraper en lui expliquant que je sais ce que c’est d’être fatigué et lui présentant des excuses avant de lui faire savoir qu’elle a toutes les raisons du monde de me détester et que je l’accepte.    
Taylor (je ne sais pas si c’est véritablement son prénom mais c’est en tout cas celui qu’elle a consenti à me donner) m’apprend alors qu’elle est étudiante en médecine et je grimace en réalisant ce que je viens de faire. Pour avoir bossé en collaboration avec des secouristes, médecins et compagnie, je sais à quel point ces études sont intenses et réclament d’énergie. Au moins, je sais que je ne l’ai pas réveillée… Mais la déranger dans ses révisions et lui tenir la jambe actuellement ne l’aide pas beaucoup, assurément. Ceci dit, vu le caractère qu’elle semble avoir, si j’étais vraiment une si grande gêne pour elle, elle m’aurait certainement simplement claqué la porte au nez. Peut-être qu’elle recherche inconsciemment une excuse pour faire une pause ?  
Ou alors elle a juste déjà une conscience professionnelle et ne veut pas te voir t’étouffer dans ton sale vomi, connard… Plausible aussi.
- Désolé, je me répète donc, véritablement mal à l’aise et rongé par la culpabilité.
Une culpabilité d’autant plus forte que je suis ivre. C’est bien connu, l’alcool a le don de tout exacerber…

- Tu comptes appeler Gethin un jour ? Tu risques de poireauter encore longtemps si t’attends ici sans rien faire, finit par reprendre la jeune femme, alors que je commençais à ruminer à nouveau.
- J’ai pété mon téléphone tout à l’heure… J’voulais l’appeler justement et dans la panique… Bah il m’a échappé des mains. C’est de la merde ces trucs là, je bougonne, avant de laisser échapper un soupir à fendre l’âme.
Penaud, je fais passer ma main sur mon visage, comme pour en chasser la fatigue. Nouveau soupir alors que je jette un œil du côté de la tasse de café fumante à mes côtés. Au lieu de m’en saisir, je redonne mon attention à la jeune femme, essuyant négligemment mes mains humides sur le devant de mon teeshirt.
- J’espère pour ta gamine que tu comptes te bouger le cul et de n’pas lui refaire le même plan. Dis-toi qu’elle a rien demandé, encore moins de venir au monde, alors pas la peine de lui en rajouter, tu n’crois pas ?
Je serre les dents, encaissant difficilement ses remarques. J’ai envie de lui rétorquer quelque chose de froid et bien senti, lui dire que ça ne la regarde en rien et qu’elle ne sait pas de quoi elle parle. Sauf que je suis venue la faire chier avec mes histoires et qu’à présent, je ne peux plus me permettre ce genre de réflexions… Sans compter qu’elle a diablement raison. J’ai déconné dans les grandes largeurs, et c’est un euphémisme.
Je suis en train de me battre pour obtenir la garde de Merrin, j’ai quitté mon emploi pour elle, accepté de consulter un psy, déboursé une fortune pour me dégotter un excellent avocat et je compromets bêtement mes chances… Tout ça pour quoi ? Pour quelques verres. C’est ridicule. Pathétique. Je pourrai me planquer derrière quelques justifications larmoyantes, évoquer le fait qu’hier June était morte depuis deux mois très précisément et que le réaliser m’avait mis un coup, mais ça ne pèserait pas vraiment beaucoup dans la balance. Je n’ai aucune excuse, voilà la vérité.

- J’ai pas demandé qu'elle vienne au monde non plus.
Voilà ce que je m’entends répondre. Cette vérité énoncée froidement m’horrifie et en même temps, le dire à haute voix me fait du bien. J’ai l’impression de me délester d’un poids.
Le regard fuyant, je reprends la parole, conscient que ce que je vais dire n’intéresse certainement pas Taylor et ne va assurément pas me faire apparaître sous un meilleur jour à ses yeux. Elle va me trouver lamentable. Elle va me prendre pour le plus parfait des connards mais tant pis.
- Sa mère m'a menti. Elle m'a dit qu'elle prenait la pilule mais c'était faux, je l'ai découvert après. Quand elle m'a annoncé la nouvelle, j'ai voulu qu'elle avorte mais elle a refusé. Et puis elle est morte en la mettant au monde et…et maintenant j’suis coincé avec. Ca veut pas dire que j’l’aime pas, je m’empresse d’ajouter, osant croiser son regard plein de jugements. Dès que j’l’ai vue je l’ai aimée. Toutes ces conneries qu’on raconte sur la naissance, c’est vrai, ça m’a transformé mais… Le souci c’est que je sais pas comment aimer les gens. J’les aime toujours de travers… J’veux faire les choses bien pour elle mais en même temps… Bah j’ai rien demandé moi non plus et j’suis largué…
Je me prends la tête entre deux mains, poussant un nouveau soupir. Le soulagement a disparu aussi rapidement qu’il est venu, ne laissant que la honte et le remord. Mes yeux commencent à me picoter désagréablement.
‘manquerait plus que je me mette à chialer.
- Désolé. J’sais pas pourquoi j’te dis tout ces trucs. Tu dois m’prendre pour un monstre… Et t’aurais pas tort. C’est d’famille… Enfin bref… Désolé de t’avoir interrompu dans tes révisions, je lui lance en frottant mes yeux de mes paumes avant de lui adresser un piètre sourire pour lui prouver que tout va bien. Mais j’pensais ce que je t’ai dis tout à l’heure, peut-être que tu devrais lever un peu le pied et t’accorder un peu de repos. Les médecins qu’on l’air plus mal en point que leurs patients, ça incite pas vraiment à leur faire confiance. Et un patient qui te fait pas confiance…c’est compliqué à gérer, crois-moi. T’es en quelle année ? T’as débuté ton internat ? je me renseigne, préférant largement que nous parlions un peu d’elle plutôt que de revenir sur mon cas désespéré…  

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MessageLun 4 Avr - 8:50

— J’ai pas demandé qu'elle vienne au monde non plus.

La sensation d’avoir une boule d’acide dans la gorge me remonte jusqu’à l’intérieur de la bouche où je me vois lui cracher un flot d’insultes.
T’es vraiment qu’un immonde connard. C’est tout ce que j’ai envie de lui dire.
Comment est-ce qu’il peut dire une chose pareille sur sa propre gosse ? Ouais, il a pas demandé à ce qu’elle vienne au monde mais à ce que je sache, entre la gamine et les parents, celui qui a eu le plus le choix de voir l’autre ce sont bien les géniteurs. Je me demande dans quel univers elle sera élevée, si un jour Jasper lui claquera dans la gueule qu’il n’a jamais demandée à ce qu’elle vienne au monde lorsqu’il se disputera avec sa gamine pour X connerie.
Ca me tord le bide rien que d’y penser.

Il fuit mon regard, je le fusille sur place.

— Sa mère m'a menti. Elle m'a dit qu'elle prenait la pilule mais c'était faux, je l'ai découvert après. Quand elle m'a annoncé la nouvelle, j'ai voulu qu'elle avorte mais elle a refusé. Et puis elle est morte en la mettant au monde et…et maintenant j’suis coincé avec. Ca veut pas dire que j’l’aime pas… Dès que j’l’ai vue je l’ai aimée. Toutes ces conneries qu’on raconte sur la naissance, c’est vrai, ça m’a transformé mais… Le souci c’est que je sais pas comment aimer les gens. J’les aime toujours de travers… J’veux faire les choses bien pour elle mais en même temps… Bah j’ai rien demandé moi non plus et j’suis largué…

Je ne sais pas si ce mec se rend compte de l’impact que peut avoir les mots. Il l’aime peut-être mais il arrive encore à me sortir qu’il a pas demandé à ce qu’elle vienne au monde et qu’aujourd’hui, il est coincé avec. Est-ce que je dois lui rappeler qu’entre tout à l’heure et maintenant, il n’a pas changé de lieux et n’est toujours pas chez l’assistante sociale ?
Sourcils froncés, je l’écoute. Avec la désagréable sensation d’avoir un gamin qui se lamente sur son sort. Je ne bronche pas alors que, pourtant, c’est la lutte dans mon esprit et dans mes entrailles. Celle de ne pas cracher tout mon venin. J’ai du mal à être compatissante pour lui, je l’admets.

— Désolé. J’sais pas pourquoi j’te dis tout ces trucs. Tu dois m’prendre pour un monstre… Et t’aurais pas tort. C’est d’famille… Enfin bref… Désolé de t’avoir interrompu dans tes révisions. Mais j’pensais ce que je t’ai dis tout à l’heure, peut-être que tu devrais lever un peu le pied et t’accorder un peu de repos. Les médecins qu’on l’air plus mal en point que leurs patients, ça incite pas vraiment à leur faire confiance. Et un patient qui te fait pas confiance…c’est compliqué à gérer, crois-moi. T’es en quelle année ? T’as débuté ton internat ?

Après avoir chialé sur son sort, le type me ferait presque la leçon en me donnant des conseils comme si j’étais sa gamine ou sa sœur. Lève le pied frangine, ça n’te réussis pas.
J’ai plus envie de lui répondre, tout son discours m’a donné la gerbe et me ferait presque regretter ce que je viens de faire pour lui. Que ça soit un père maladroit est une chose, qu’il ait ce genre de propos un peu immonde en est une autre. Et puis pourquoi je suis encore coincé volontairement avec lui ici ? Je pourrais tout aussi bien lui claquer la porte à la gueule et ne plus faire attention à lui jusqu’à ce que Gethin rapplique.

Je fouille dans la poche de mon vêtements et en sort trois pièces que je lui jette une à une et qu’il rattrape.

— Va dans une cabine téléphonique, appelle la caserne pour voir si Gethin est là-bas. T’as de quoi passer deux appels.

Je me rends compte que maintenant que mon ton est plus froid que tout à l’heure, plus tranchant. C’est simple, il me tape sur le nerf est à geindre sur son sort quand bien même il a de quoi. Je n’connais pas ce type, pourquoi devrais-je avoir de la compassion alors qu’il considère presque sa gosse comme sa pote ?
J’ai pas à juger, j’le sais mais il n’a qu’à pas me vider son sac sur mon palier. J’ai pas envie d’y ramasser la merde.
En vérité, j’ai tout un tas de truc à lui dire, à lui faire remarquer, à lui cracher mais je serre les dents. L’une des qualités du médecin est de ne pas juger l’autre, d’avoir un minimum de compassion pour les patients du type de Jasper qui viendrait me voir pour dépression avec toutes les merdes qui lui tombe sur le coin du nez sans le juger, sans le reprendre, sans le culpabiliser.

— Apprendre à aimer les gens c’est pas compliqué pour peu qu’on fasse un minimum d’effort. Une main sur l’encadrement de la porte, je le regarde toujours. Elle n’a rien demandé non plus Jasper. Elle n’a pas demandé que sa mère te mente sur la pilule, elle n’a pas demandé à ce qu’elle meurt en couche, elle n’a pas demandé à ce que toi tu ne l’ai jamais voulu à la base. Elle est juste là, sans avoir le choix. Certes, t’as rien demandé, mais elle non plus…

Je refoule toute ce mépris que je peux avoir en cet instant et essaie pour la première fois depuis le début de la conversation d’avoir un discours posé, sans agressivité quand bien même ça me file un ulcère de ne pas lâcher prise.

— Vous êtes tous les deux dans la même merde. Alors essaie au moins de n’pas lui faire sentir qu’elle n’est qu’un objet rapporté avec lequel t’es coincé, essaie aussi de ne jamais lui dire toutes ces saloperies. Elle est là, t’aura beau pleurer sur ton sort ça change rien. A toi de vouloir bouger ton cul ou non et d’essayer au moins de faire au mieux.

Je hausse les épaules, m’apprêtant à partir.

— T’aura qu’à laisser tout ça devant ma porte. Je désigne du menton la bassine et la tasse de café. Bon courage pour la suite.

Et je ferme ma porte sans attendre quoi que ce soit de plus, mais surtout prenant soin de fermer à clé derrière moi tout en gardant ma batte de baseball près de moi. Encore une fois, je ne le connais pas et même s’il avait l’air sincère dans ses propos désespérer, je préfère m’attendre au pire.
Je me traine jusqu’à ma table de révision où mon regard glisse de cours en cours. Soupire de lassitude. Cette conversation m’a presque autant vidé que mise en colère. Une part de moi me dit que j’aurai peut-être pu le conseiller, rester un peu pour discuter avec alors que l’autre me félicite de l’avoir un peu recadré, même si je n’ai aucun droit pour ça. Enfin si, en se confiant comme il l’a fait, il me l’a donné ce droit.

J’ai plus qu’à espérer qu’il se réveille un peu et qu’ils s’en sortent un minimum lui et sa gamine.

▬ FIN POUR MOI ▬
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MessageMar 5 Avr - 17:37

silence ....... i kill you
My wounded rhymes make silent cries tonight. Δ lykke li.


Je ne comprends toujours pas ce qui m'a poussé à tenir un tel discours devant cette parfaite étrangère. Étrangère qui pourrait bien décider de parler de notre conversation à son voisin qui me taperait certainement sur les doigts s'il m'entendait. Et peut-être que c'est ce que je veux. Peut-être que j'ai envie de recevoir une bonne claque qui me remettrait les idées en place, qui serait suffisamment forte pour évacuer celles qui sont ancrées dans mon crâne douloureux... Peut-être que ce n'est pas d'un café ou de quelques mots réconfortants que j'ai besoin et envie... Du soutien, j'en ai. Daniel fait son possible pour être présent depuis son centre, Lyla tâche de se montrer également à la hauteur depuis Los Angeles où elle est en vacances, mes anciens collègues se relaient pour passer au bar prendre de mes nouvelles et me changer les idées... Même Elijah a tenté une approche plus douce il y a peu ! Mais ça ne donne rien. Je continue à ressasser, ruminer, végéter, maudire silencieusement le monde entier et plus particulièrement June qui nous a abandonnés Merrin et moi. Un putain de sale coup. Voilà ce qu'est sa mort. Un vrai sale coup qui nous a été porté à tous. Et comme on n'est pas supposé en vouloir aux morts...

J'attends maintenant de savoir à quelle sauce Taylor va me dévorer. Parce que je vois bien que mes propos l'ont heurtée de plein fouet. Ses mâchoires sont crispées et elle semble tendue, comme si elle luttait contre elle-même, tentait de ravaler une pilule bien amère. J'ignore tout de son histoire mais, pour peu que ses parents l'aient rejetée ou quelque chose de ce genre, je suis bon pour un passage à tabac ou une longue leçon de morale bien méritée...
Mais au lieu de prendre la parole, je la vois fouiller dans les poches de son vêtement pour en sortir quelques pièces qui cliquètent familièrement entre ses doigts. Elle m'en lance une première que j'attrape au vol, me surprenant moi-même pour mes réflexes. Je m'attends à l'entendre me rétorquer quelque chose comme : Tiens, pour aller te payer une conscience, pauvre connard. Cependant, c'est autre chose qu'elle me propose de faire avec.
Appeler la caserne. Je l'ai envisagé bien sûr, mais que penseront les gars de moi sils comprennent que j'ai littéralement perdu ma fille et n'est aucune idée de l'endroit où elle se trouve ? Que penseront-ils de moi quand Gethin leur expliquera de quelle manière j'ai abandonné ma fille de deux mois à peine chez lui, à la veille du verdict concernant l'obtention ou non de sa garde ?
Et qu'est-ce que ça peut foutre ? Tu bosses plus avec eux, connard. Ta vie se limite plus à aller combattre des incendies et sauver des vies, ta vie c'est Merrin maintenant. C'est tout ce qui compte. Tout ce qui devrait compter...
J'attrape la dernière pièce, résigné.

- Apprendre à aimer les gens c'est pas compliqué, reprend Taylor.
Je me force à relever les yeux et à croiser son regard intransigeant. Je sais qu'elle n'éprouve que du mépris à mon égard et qu'elle est en train de mettre un terme à notre échange. Elle ne me confiera rien sur sa vie en échange des infos que j'ai pu lui donner sur la mienne. D'ailleurs, il est plutôt évident que l'étudiante en médecine s'en serait très bien passée, merci.
Ses propos sonnent justes bien évidemment. Ils me convainquent immédiatement parce que tout ça m'a déjà traversé l'esprit et qu'elle dit évidemment vrai : Merrin n'a rien demandé non plus. Si je ne voulais rien avoir à faire avec le bébé de June, j'aurai pu prendre la fuite plus tôt, mais je ne l'avais pas fait et, si au final je ne le regrette pas tout à fait, je n'assume pas non plus pleinement ce choix. Je n'assume pas grand chose ces temps-ci... D'où ma présence sur ce foutu palier et mes jérémiades agaçantes même à mes propres oreilles. Et forcément davantage encore à cette inconnue sur laquelle je viens égoïstement de décharger mon linge sale.
Peut-être qu'elle lit mon remord dans mon regard ou peut-être simplement que sa conscience de future professionnelle de la santé fait surface (surement parce que j'ai bien remarqué que mon regard de chien battu ne faisait que l'irriter) mais son ton s'adoucit finalement un peu.
- Vous êtes tous les deux dans la même merde. Alors essaie au moins de n’pas lui faire sentir qu’elle n’est qu’un objet rapporté avec lequel t’es coincé, essaie aussi de ne jamais lui dire toutes ces saloperies. Elle est là, t’aura beau pleurer sur ton sort ça change rien. A toi de vouloir bouger ton cul ou non et d’essayer au moins de faire au mieux.
Je m'horrifie de ses propos. Évidemment que je ne lui dirai jamais des saloperies pareilles ! C'est justement pour ne jamais avoir à le faire devant ma fille que j'évacue dès maintenant ce genre de sentiment. Je ne veux pas cultiver de rancoeur à son égard, alors je le déverse plutôt à gauche, à droite. Pas vrai ?
Menteur. T'en sais rien. T'as aucune idée de ce que tu fais ou de pourquoi tu le fais. T'inventes pas d'excuses...
Je baisse la tête, coupable. Mes yeux continuent de me piquer désagréablement mais aucune larme ne de pointe, heureusement. Je ne crois pas qu'elle m'autoriserait à chialer sur mon sort. Moi je me l'interdis en tout cas.

- T’auras qu’à laisser tout ça devant ma porte. Bon courage pour la suite, me lance-t-elle sur le ton de celle qui compte à présent me laisser méditer sur tous les bons conseils qui m'ont été fraichement distribués.
Et c'est bien ce que je compte faire. J'aimerai avoir le temps de la remercier auparavant, mais Taylor disparait déjà sans attendre son reste. Je crois de toute façon que la jeune femme se moque comme d'une guigne de mes remerciements, qui pourraient bien, je l'avoue, déboucher sur de nouvelles tentatives de justification...

Je fixe la porte qui vient de se refermer durant quelques instants, me demandant si Taylor m'observe ou non au travers de son judas. Me repassant surtout le film de notre échange. Un film grotesque et pathétique à cause de moi.
Et puis je redonne mon attention à la tasse de café encore bien chaud qu'elle m'a donné, faisant doucement rebondir la monnaie qu'elle vient de me confier dans ma main fermée.
Appelle.
- Ouais...
J'avale quelques longues gorgées brûlantes de café avant de déposer la tasse dans la bassine d'eau qui se teinte. J'aurai préféré faire une vraie vaisselle mais tant pis. Et puis Taylor me déteste déjà alors quelle importance dans le fond ? N'empêche que je décide dès à présent de ramener quelque chose pour elle lors de ma prochaine visite à Gethin. S'il accepte de m'accueillir une fois encore, ce qui n'est pas garanti après le coup que je viens de lui faire.
Faisant rebondir une dernière fois la monnaie dans ma main, je me redresse enfin, faisant précautionneusement glisser la bassine vers la porte de Taylor avant de me remettre en route.

Mais je n'ai pas fait six pas que j'entends la porte d'ascenseur s'ouvrir et capte voix d'Adriana, la colocataire de Turner. Si je me fie au ton exagérément emballé de sa voix, plus aiguë que d'ordinaire, il y a fort à parier que ce soit à ma fille qu'elle s'adresse. Et je ne me trompe pas. Je les vois apparaitre toutes les deux dans la seconde qui suit et un profond sentiment de soulagement m'envahit. Fourrant négligemment les pièces de Taylor dans ma poche, je vais à leur rencontre, sans prêter la moindre attention au changement radical d'attitude d'Adriana. Elle me fusille du regard pendant que je lui arrache Merrin des bras pour la serrer contre moi et couvrir son adorable visage joufflu de baisers.
- J'suis désolé ma princesse, je te laisserai plus jamais. J'suis désolé, je répète en la berçant pendant qu'elle babille joyeusement et me tire les cheveux.
- J'espère que tes excuses pour Gethin et moi sont un poil plus élaborées, grince mon ancienne collègue avec humeur.
- J'ai pas d'excuse. J'ai déconné. Ça ne se reproduira plus.
- Ça c'est certain. Gethin te dira rien parce qu'il est trop gentil, mais il l'a vraiment mal pris. Tu savais qu'il était déjà pas très chaud à l'idée d'avoir une telle responsabilité et tu lui fais ce coup là ? Ça se fait pas Dolan. Ça se fait pas du tout.
- Je sais...
- Et tu sais que tu pues l'alcool et le vomi ? me demande-t-elle avec provocation, dénichant les clés de son appartement, vers lequel nous nous sommes dirigés pour en ouvrir la porte.
- Je le sais aussi, ouais.
- Bon parfait al... Hey, c'est quoi ce truc ?
Je tourne la tête et réalise qu'elle fixe la bassine.
- Elle est décidément trop bizarre cette nana, tique Adriana en haussant une épaule, avant de pénétrer dans son appartement. Allez entre. Je vais te faire un café, me lance la pompier en commençant déjà à se débarrasser de ses affaires.
Serrant toujours étroitement ma fille dans mes bras, je jette un dernier coup d'oeil en direction de l'appartement d'en face, avant de m'en détourner pour de bon et d'emboiter le pas à la jeune femme.



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Silence ! I kill you ! ▬ Jasper
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