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It's a new dawn, it's a new day, it's a new life
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Lyla Gambino
ADMINE ET PUNITRICE

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MessageDim 22 Nov - 16:07





And I'm feeling good
ft Cinzia de la Vega


Vivre chez mes parents était la chose la plus rassurant et la plus simple pour moi. Je n‘avais pas à m’occuper de grand-chose hormis de moi-même. J’emmenais ma mère faire des courses que je payais, à tour de rôle avec mon frère Muñez, je payais les factures pour aider mes parents mais ma mère se chargeait de me faire à manger. Je rentrais et il y avait toujours une assiette ou un récipient plein de bouffe pour moi. Je n’avais pas à me soucier du ménage, sauf quand mes horaires de travail coïncidaient avec les crises de fée du logis de ma mère mais de manière générale, elle se chargeait de tout, sauf de ma chambre. On ne pouvait pas vraiment dire que j’étais la personne la plus indépendante du monde mais être enfermée dans ces habitudes et ce cocon me faisait un bien fou, tout simplement parce que je n’avais pas à me faire du souci pour quoi que ce soit, les autres s’en faisaient à ma place. C’était sans doute un peu lâche mais ma condition étant ce qu’elle était, il me fallait garder suffisamment d’énergie pour affronter chaque nouvelle journée et les potentielles crises qui l’accompagneraient. Cependant, il y avait bon nombre de désavantages dans le fait d’être encore chez mes parents. J’avais des comptes à leur rendre et ce malgré mes efforts pour leur faire comprendre que j’étais adulte et qu’il n’y avait pas de raisons pour que je leur dise avec qui je sortais, où et vers quelle heure j’avais l’intention de rentrer. Il arrivait que ma mère oublie que je ne souhaitais pas qu’elle s’occupe de mes affaires et je retrouvais ma chambre en ordre, lavée et nettoyée mais surtout, fouillée. Elle ne faisait pas ça uniquement par bonté mais elle tenait à savoir si je voyais quelqu’un, si j’avais comme projet de me trouver un mari ou bien de terminer vieille fille, ce qui l’angoisse vraiment mais beaucoup moins que l’idée que je puisse être comme le petit dernier : homosexuelle. Il y en avait déjà un et la nouvelle avait été dure à avaler pour elle, bien plus que pour mon père, bizarrement. Alors forcément, elle cherchait la petite bête, histoire de se rassurer ou de se faire à l’idée du pire le plus rapidement possible. J’étais sa cible favorite parce que contrairement à Muñez qui se lisait comme un livre ouvert, je ne laissais rien paraître. On savait que mon frère allait voir une fille quand il empestait la maison avec son parfum et qu’il sortait sa tenue de latin lover, prenant la peine d’afficher un sourire sur son visage souvent fermé. Mais moi, on ne voyait que mes belles-sœurs venir me récupérer ou bien klaxonner en bas de chez moi, Cinzia revenir à mes côtés pour dormir à la maison et mes horaires de boulot manger de plus en plus sur mon temps libre. Rien de plus. Ma mère avait bien essayé de lancer le sujet et n’avait pas réussi à tirer de moi quoi que ce soit de satisfaisant.

Il fallait que je migre et vite, avec mon chien. Forcément, la proposition que me fit Cinzia était plus qu’alléchante. J’y voyais l’occasion de me rapprocher de mon travail et de prendre mon envol sans me retrouver complètement seule. Nous nous mîmes doucement en quête de l’appartement parfait, parce que dans mon esprit, c’était du tout cuit, cette conversation qu’elle voulait avoir avec son père sur son éventuel déménagement. Je n’aurais pu avoir plus tort que ça. Elle tenta par ses propres moyens d’obtenir gain de cause à maintes reprises et finit par me demander d’intervenir pour négocier. Aux dernières nouvelles, monsieur Gambino ne voulait pas qu’elle vive ailleurs que sous son toit tant qu’elle ne serait pas mariée et c’était non négociable. Je devais la jouer fine, j’espérais que je lui inspirerais suffisamment confiance pour qu’il laisse Cinzia sous ma responsabilité, même si dans les faits, il n’en serait rien. Mais on n’embobinait pas un embobineur. « Je vois bien que cette histoire vous tient à cœur, à toutes les deux et je peux comprendre pourquoi, tout comme je sais que tu comprends mes raisons. J’ai peut-être une alternative qui satisferait tout le monde. » Il était doué, parce qu’en sortant de là, je croyais vraiment que j’avais fait une affaire et qu’il s’agissait d’une super idée. Je compris mon erreur quand le visage de Cinzia se décomposa et qu’elle me laissa voir sa déception. Moi qui pensais ne pas me faire avoir si facilement, je m’étais laissé mener par le bout du nez et je devais désormais avoir des airs de débile de service mais j’avais fait de mon mieux. « Vois le côté positif, l’endroit qu’il nous propose est plus grand que tous les apparts qu’on aurait pu se payer, on a assez d’espace pour profiter et on reste assez loin de la maison de tes parents. » Je me gardai bien de lui dire que je n’étais pas plus arrangée qu’elle, qu’il me faudrait une éternité pour aller bosser tous les jours et que j’acceptais malgré tout pour qu’elle ne se sente pas lésée ou emprisonnée. J’acceptais de porter à mon poignet l’un des bracelets de ces menottes qu’elle portait en permanence, je ne pouvais pas lui offrir meilleur preuve d’amitié que celle-là.  Surtout que de mon côté, je risquais d’avoir beaucoup de mal à faire avaler la pilule à mes parents et à mon frère. Pourquoi quitter ma propre famille pour aller vivre dans une autre ? Parce qu’ils avaient plus d’argent ? Parce que j’avais honte des miens ? Finalement, ce fut encore pire que tout ce que j’avais imaginé. Il n’y eut que mon frère qui se radoucit quand je lui dis que nous avions quelques chambres en rab et que l’une d’elles serait la sienne, dès qu’il le souhaiterait.


***



J’avais passé une nuit dantesque au boulot et je m’étais dit que passer voir Cinzia pourrait me faire du bien. Je lui passai un coup de fil pour savoir si elle était réveillée et si je pouvais passer avec le petit déjeuner. Elle accepta, me donnant le nombre de personnes qu’il y aurait pour que je puisse acheter en conséquence et je débarquai avec mon énorme boîte de viennoiseries en tous genres. Mon amie était en robe de chambre, décoiffée et visiblement épuisée. On était dimanche matin, j’aurais sans doute dû m’en souvenir avant de lui passer ce coup de fil intempestif mais j’avais besoin de réconfort et je ne connaissais personne d’autre qu’elle pour le faire. Mais surtout, il me fallait l’entretenir de ce qui nous occupait depuis un moment. Après un beignet du thé et du babillage, je décidai de prendre le taureau par les cornes. « Tu sais, je ne sais pas si c’est une bonne idée que j’emménage ici, avec toi. Ma mère en fait une maladie et mon père ne comprend pas, il a l’impression que je les rejette tous. Et puis, je ne sais pas comment je pourrais payer le loyer que je devrais pour une surface pareille… Et puis je n’aimerais pas que mon frère soit interdit de visite parce que c’est un homme, tu vois ? J’ai besoin de le voir régulièrement et je… Tu sais, je ne sais même pas avec quoi je pourrais acheter des meubles et investir dans la déco. Et ça me mettrait mal à l’aise si j’avais l’impression qu’on me fait l’aumône, tu comprends ? » Le projet était plus que sympathique mais fondamentalement, je resterais sous la coupe de sa famille, son père avait beau refuser qu’on ne lui verse un quelconque loyer, ça ne faisait pas partie de ma vision des choses, je savais que rien n’était gratuit et je comptais lui donner un loyer tous les mois justement pour ne pas avoir l’air d’un parasite mais c’était ce que j’allais être en squattant un endroit qu’il aurait pu offrir à un membre de sa famille.







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Cinzia Herrera
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MessageMar 24 Nov - 0:23





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ft Lyla Banana


Chez Gethin, lorsque j’évoquai sa chance de vivre seul en colocation avec une fille géniale, sans pression, loin des siens et en toute liberté, il s’agissait d’un constat mu par un brin d’envie. Vu le dispositif mis en place par mon père pour me garder à l’œil, je n’étais pas assez stupide pour envisager cette possibilité sérieusement. Et pourtant, le temps passant, l’idée prit de plus en plus d'importance dans mon esprit. À vingt-trois, j’aspirais à plus d’indépendance. À chaque fois que j’impliquais quelqu’un dans mes petites cachotteries pour une sortie sans mauvaise intention, j'étais envahie de honte d'être traitée comme la fille banale que j’étais. Je n’avais rien de plus que les autres. Rien. Je ne jouissais d’aucun don particulier à faire valoir et à préserver à tout prix. J’étais une femme sans histoire, qui tente de vivre pleinement. Qu’y avait-il de mal à souhaiter tomber, quelques fois, comme tout le monde, juste pour mesurer mes chances de me relever par moi-même ? D’aussi loin que je me souvienne, je trouvai toujours quelqu’un pour me tendre la main ou pour me prémunir du danger ou des blessures normales pour tout être humain. Qu’il s’agisse de mon frère hier ou de Lyla et Muñez aujourd’hui, quiconque me rencontrait se sentait investi d’une mission de conservation. Je n’étais pas une adulte à leurs yeux, mais bien une poupée de porcelaine, rare, précieuse et à enfermer sous cloche. J’étais l’enfant de tous et les sermons du fils Canjura concernant son patron en étaient une preuve de plus. Je leur en étais reconnaissante cependant. Ils sont mes amis les plus chers et, d’une certaine manière, je veillais à prendre soin d’eux de la même manière. Ma famille, en revanche, je la tenais un peu pour responsable. Sans leur paranoïa maladive, jamais je n’aurais menti pour quelques heures de plaisir prude et sage. Je n’aurais pas eu à solliciter Lyla pour m'éviter la colère de mon papa qui déboucherait fatalement sur une punition. Il était tellement imprévisible que je les redoutais. Je les craignais bien plus encore maintenant que je m’étais compromis auprès d’un illustre inconnu trop proche de Luciano et qui, par conséquent, n’était pas un étranger pour mon père. Ce service, quémandé en toute confiance, c’était le début de la fin. Je le pressentais au point d’angoisser parfois. Ça ne pouvait plus durer et, plus j’y réfléchissais, plus je me demandais si quitter le manoir Gambino de mes parents ne constituait pas une vraie solution. Qu’Ettore puisse accepter était complètement fou, mais j’étais parvenue à me convaincre que si la colocataire en question était Lyla, il écouterait. Peut-être même lâcherait-il un peu de lest. Il l’appréciait beaucoup et outre sa belle âme, son passé sans l’armée n’y était pas pour rien. Ettore nourrissait de l’estime pour ces gens qui donnent leur vie pour leur nation. Quant à moi, mon admiration pour Lyla était comparable à ma confiance en elle. Elles étaient sans borne. Aussi, l’approchais-je sans hésitation afin de lui soumettre mon projet. Elle et moi avions souvent abordé les inconvénients qui se juxtaposaient aux nombreux avantages à vivre dans la maison de notre enfance. Je ne fus donc pas surprise qu’elle se montre si enthousiaste à l’idée de partager avec moi un appartement. Cette simple possibilité nous faisait rêver et, forte de notre joie – étant donné que mon père avait refusé de m’entendre – elle se proposa gentiment pour essayer de le raisonner. C’était peine perdue. Une part de moi n’en doutait pas, je m’accrochais à mon dernier espoir comme un naufragé à sa bouée. Si ma mère n’avait pas eu besoin de moi à la buanderie, j’aurais trépigné derrière la porte pour être là quand elle sortirait de son bureau. Au lieu de ça, je pliais du linge soigneusement, mais non sans nervosité.

Elle ne me quitta pas jusqu’à ce que je découvre l’expression mêlée de mon amie au beau milieu de la cuisine récemment désertée par un Luciano et se transforma en affliction quand elle me raconta ce qu’elle parvint à obtenir de lui. C’était pas mal, mais ça ne changea en rien mon problème le plus urgent. Je serais toujours sous sa tutelle. « Loin. Loin. Ce n’est pas une maison, c’est une enceinte et ce qu’il nous propose est à l’intérieur. Ça veut dire que je devrai quand même montrer patte blanche pour aller chercher du pain. » exagérais-je trop dépitée pour relativiser. « Ce n’est pas une bonne opération pour toi non plus. Tu bosses à des kilomètres de Staten Island. Je suis même en train de me demander si on ne se verra pas moins que quand on ne vivait pas ensemble. » La tête baissée sur mes pieds, j’en ris jaune jusqu’à ce que je relève les yeux vers elle. Quel genre d’amie étais-je pour ne pas la remercier d’être montée au charbon à ma place ? Je pleurais pour qu’on me considère comme une femme, mais je me comportais comme une capricieuse à qui tout était dû. Alors, honteuse, je la pris dans mes bras pour la rassurer. « Mais, si ça te convient, c’est parfait pour moi. On sera quand même toutes les deux. On pourra se voir sans que j’invente à mon père que tes frères sont à l’autre bout du monde. Merci pour ce que tu as fait pour moi. Pour tout ce que tu fais. J’ai de la chance de t’avoir. » lui glissais-je à l’oreille en songeant que je n’étais pas à plaindre et en posant sur sa joue un baiser bruyant. Il chantait ma reconnaissance. « Et puis, peut-être qu’avec le temps, il changera d’avis. » Je soupirai avant d’ajouter combien rêver était agréable, mais mauvais pour la santé. « Tu restes pour la nuit ? On pourra discuter déco tout ça… On pourrait peut-être demander les clés maintenant pour nous faire une idée. Qu’en penses-tu ? … Lyla, tu es avec moi ?» m’enquis-je alors qu’elle me paraissait à des kilomètres de moi. Comme si quelque chose de stupéfiant s’était produit durant mon absence ou auprès de mon père.

***

Ce dimanche matin n’avait rien d’un lendemain de veille. Je m’étais même couchée de bonne heure pour un samedi soir, sauf que je combattis l’insomnie de longues heures avant de sombrer pour trois petites heures de sommeil. J’en aurais bien compté davantage, mais mon portable, négligemment posé sur ma table de nuit, vibra avec une telle insistance qu’il m’éveilla. Je pris l'appel en découvrant le nom de Lyla sur le cadran et comme il traînait dans la voix une couleur inquiétante qui finit à me sortir du brouillard pour de bon. Elle me proposait le petit déjeuner et, si je bondis sur mes pieds à peine raccroché, je n’eus pas vraiment le temps de me doucher, préférant préparer le café et le thé pour accompagner nos viennoiseries. J’étais également curieuse d’apprendre les raisons de cette visite impromptue et si matinale. Non pas qu’elle me dérange – elle était ici chez elle et je veillais à me montrer la plus disponible possible – mais elle respectait mes tendances marmottes dès lorsque mes traits s’étiraient pour quelques heures d’un boulot intensif aux Times. Si elle était là, dans ma cuisine, à nous emmener vers des sujets aussi futiles qu’inutiles, un dimanche, ce qu’elle avait à me dire, mais qu’elle n’abordait pas de front, devait être importante. Pas grave. Rien de ce qui me concernait ne l’était réellement. Mais assez pour qu’elle prenne des pincettes avant de m’annoncer la mauvaise nouvelle. Nous nous étions réjouies de notre probable emménagement – moi la première une fois la déception passée – mais elle n’était plus certaine qu’il s’agissait d’une bonne idée et, dans le fond, je n’étais pas vraiment effarée. Pourquoi s’encombrerait-elle de mon mode de vie ? Elle était bien plus libre que je ne le serais jamais. Pourrais-je seulement lui en vouloir de renoncer ? J’entendais chacun de ses arguments et force était d’admettre qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Ça me brisait le cœur, mais j’aurais été une amie détestable à l’obliger malgré elle. « Je comprends. » répliquais-je alors en jouant du bout des doigts avec des morceaux de sucre tombés sur le bois de la table. « Et je ne sais pas si je dois essayer de te convaincre que tu as tort sur certains points ou me taire. Nos situations sont différentes et je ne veux pas t’influencer si tu ne le sens pas. Je ne veux pas non plus que tu te sentes obligée pour me faire plaisir si tu n’en as pas envie. » Ma fierté ne supporterait pas qu’elle eût pitié de moi.

C’était un sentiment abject que je repousserais jusqu’au bout de mes forces. Je détestais le ressentir ou en être l’objet, mais je lui livrai tout de même le fond de ma pensée au nom de notre amitié, me levant néanmoins pour débarrasser, histoire de m’occuper les mains et de ne pas affronter son regard pendant que le mien s’éteignait. « Bien sûr, je pourrais te dire que je pourrais en toucher un mot à tes parents et leur expliquer la situation. Je suis certaine qu’il pourrait mieux comprendre, mais je ne suis pas la seule en cause, mais j’aurais l’impression de me servir de toi pour des illusions. Rien ne changera. Je ne peux même pas te garantir qu’on nous enverra pas une de mes belles-sœurs quand ton frère viendra. Tout ce que je peux te dire, c’est que si mon père nous l’a proposé en te précisant qu’il ne veut pas de loyer, tu l’offenserais en lui versant quelque chose. Ce serait considéré comme une insulte et si tu ne te sens pas d’accepter la situation telle qu’elle est, ça va te mettre mal à l’aise. Tu ne te sentiras pas chez toi et ça va créer des tensions entre nous. Et moi, je ne veux pas de tout ça. Alors, si tu en as envie, mais seulement dans à cette condition-là, tu n’as qu’à envisager que ce n’est pas mon père qui te propose un appartement dans lequel nous pourrions vivre tous les deux, mais que c’est moi qui t’invite à vivre avec moi dans l’appartement que mon père met à ma disposition. Je te le demande parce que quand je suis avec toi, je n’ai pas l’impression d’être avec une amie, mais avec une sœur et qu’en tant que sœur, tu n’es pas obligée de participer ou d’investir dans les meubles.» lui expliquais-je lentement et en me demandant si elle ne m’avait pas gâcher un peu de mon plaisir. J’avais le sentiment de la supplier, et s’il ne se cachait pas derrière mes propos autant de sincérité, j’aurais abandonné. Là, en l’occurrence, je me tournai vers elle pour la première fois depuis le début de cette argumentation. « Essaie seulement d’y réfléchir et promets-moi que tu ne diras pas oui à contrecœur pour ne pas me faire de la peine ou si tu as le sentiment que j’essaie de te manipuler. Je t’en demande beaucoup depuis qu’on se connait et j’en suis bien consciente, mais tu sais que j’ai toujours été prête à accepter que tu refuses, et ce, depuis le premier jour. Cette fois, c’est pareil. Je ne serai jamais fâché après toi parce que tu as pris ce qui te semblait être la meilleure décision pour toi. Par contre, je t’en voudrais beaucoup si tu me croyais capable de me servir de toi. »






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Lyla Gambino
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MessageMar 24 Nov - 17:39





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ft Cinzia de la Vega


La déception de mon amie me faucha en plein vol et je n’eus plus le cœur d’essayer de trouver du positif dans cette situation. Elle aurait voulu de la liberté et pouvoir s’affranchir de l’influence des siens et je ne lui offrais rien de plus qu’un simulacre de vie d’adulte. J’étais persuadée, en entrant dans le bureau de son père, qu’il saurait m’entendre et me comprendre, qu’il me ferait suffisamment confiance mais je m’étais lourdement trompée et voilà que mon amie et moi en payons les conséquences. Bien sûr que ce serait le bout du monde pour moi qui travaillais à Brooklyn mais l’idée de vivre avec elle me plaisait, c’était déjà beaucoup mieux que de subir ma mère et ses remarques déplacées et j’étais sûre que mon chien aurait de l’espace pour jouer. Il y aurait toujours quelqu’un pour prendre soin de lui ici et il n’aurait pas à rester constamment entre quatre murs parce que je faisais des horaires de fou. J’eus bien vite l’impression qu’elle essayait de voir le bon là-dedans pour ne pas me faire de la peine mais que fondamentalement, si elle avait eu à choisir, elle n’aurait jamais opté pour cette option-là. Je ne voulais pas qu’elle se sente obligée parce que j’avais, moi aussi, une folle envie de me défaire de ma famille et de leur vigilance. Ses remerciements me serrèrent le cœur et j’eus un mal fou à refuser de rester pour la nuit, à discuter de déco alors que j’avais le sentiment que ce rêve ne deviendrait jamais réalité, même avec toute la bonne volonté du monde. Pourtant, je participai avec joie à son activité qui était d’imaginer à quoi ressemblerait notre chez nous dès que nous aurions un endroit pour laisser parler notre imagination. Je voulais du meuble d’un bois sombre, ethnique, qui sentirait les tropiques et le sud, quelque chose de coloré et de vivant. Nous discutâmes jusque tard dans la nuit pour nous mettre d’accord sur les détails, comme si demain, nous pourrions amener nos affaires et tout acheter en une fois. Ce qui, compte-tenu de mon budget serré, n’arriverait pas. J’avais également oublié un problème de taille : mes parents. Ils étaient plutôt ouverts d’esprit mais il y avait des limites à leur bienveillance et aller emménager dans la famille de quelqu’un d’autre avec qui je n’avais pas l’intention de me marier, faisait partie de ces limites. Ma mère se lamenta à nouveau sur le fait qu’elle n’aurait pas la chance d’être grand-mère avant la prochaine ère glaciaire et je ne manquai pas de lui rappeler qu’elle ne manquait pas de petits enfants et que je n’avais pas besoin de mari pour être heureuse, ce à quoi elle répondit par un petit rire avant d’ajouter qu’en plus d’être lesbienne, j’avais honte de ma famille. Mon père eut beau tenter de tempérer les choses, je fis tout voler dans la pièce et allai travailler dans un état second.

Ça m’avait travaillé tout au long de ma garde, ça et la culpabilité d’avoir parlé de la sorte à ma mère, qui malgré ses défauts, avait toujours été là pour moi et ne m’avait jamais abandonné comme elle aurait aisément pu le faire, lasse de mes hauts et mes bas. Je ne me sentais pas vraiment dans mon assiette et je pris une décision à la hâte. Je ne déménagerais pas, si ça pouvait amener la paix chez moi et entre ma mère et moi, je me plierais à ce qu’elle voulait. Je ne partirais sans doute jamais parce que je doutais de tomber sur un homme digne de ce nom. Ça ne s’arrangerait pas si j’étais encore chez papa et maman. Cercle vicieux, je ne voyais aucune issue favorable à cette situation. Aucune. « A vrai dire, je me sens obligée de dire non parce que ça fait de la peine à mon père et que ma mère est en train de s’imaginer que je suis lesbienne et que c’est pour ça que je veux vivre avec toi. » soupirai-je en essayant de repousser la migraine qui n’était pas bien loin, comme souvent après une nuit agitée et des disputes en pagaille. Je ne voulais vexer personne mais si je me posais deux minutes et que je me demandais, avec franchise, ce dont j’avais envie, c’était de mettre les voiles, quitte à me retrouver sous la coupe de monsieur Gambino, j’aurais sans doute moins d’envies de meurtre que sous le toit de ma mère. Elle n’avait pas idée combien elle me blessait avec ses insinuations. Depuis le départ de Ruben, tout le monde avait l’air de sous-entendre que j’étais l’anormale et la raison de son attitude… Après tout, si tout tournait rond chez moi, il n’aurait jamais eu à me tromper, pas vrai ? PAS VRAI ? Je serrai Cinzia dans mes bras alors qu’elle me disait la plus belle chose que j’avais entendue depuis des jours. J’eus du mal à la lâcher, essuyant mes larmes tant bien que mal alors que je me redressais. Le manque de sommeil me rendait trop sensible. « Je suis désolée, je suis fatiguée d’avoir à me battre avec tout le monde alors que j’essaie seulement de satisfaire tout le monde, oubliant de faire ce qui moi, me plairait. On va habiter ensemble, ça, ça me ferait plaisir. Mais on va faire comme si je payais un loyer, on mettra ça dans un pot, ça servira pour tout et n’importe quoi, ok ? Et on ira voir ensemble pour la déco, promis ?! » Je serrai ses mains dans les miennes, lui offrant un sourire qui se voulait rassurant. « Mais je pense qu’il va falloir que tu expliques ça à ma mère, parce que moi, j’abandonne, sinon je vais finir par l’étrangler et ce serait dommage que ma nouvelle maison soit la prison. Tu crois que ce sera ok, pour que Trejo vienne aussi ? Habiter avec nous je veux dire ? » Je lui fis les yeux doux, je refusais d’abandonner mon chien chez mes parents, peu importait le motif.

***

Je portais le dernier carton de mes affaires dans la pièce qui devait être ma chambre et j’avais l’impression que la totalité de ce qui m’appartenait faisait bien minable à côté de l’étendue de l’endroit. Comme si elle craignait que je m’endette pour meubler l’endroit, elle avait fait des emplettes et avait respecté à la règle nos exigences en matière de décoration, prétextant que son père n’aurait jamais accepté qu’elle emménage dans un endroit vide et sans le moindre confort. Ça l’arrangeait bien de se servir de son père pour m’éviter de me sentir comme une assistée de base, je me promis d’acheter ce qui manquait et de ne surtout pas la laisser me devancer. « C’est quand même dingue que ton père ait su avec précision ce qu’on aimait toutes les deux, hein ? » la taquinai-je avec un sourire en coin avant de déposer un baiser sur sa joue. « Merci beaucoup ! Pour tout ! Pour fêter ça, c’est moi qui cuisine ET j’ai déjà soumis la liste de nos invités pour la pendaison de crémaillère à ton père et à ton frère ! » expliquai-je en me dirigeant vers notre cuisine aussi grande que tout l’appartement de mes parents. « D’ailleurs, en parlant de ton frère, je me demandais, si, par le plus grand des hasards, tu n’étais pas responsable de son invitation à sortir au Gato Negro samedi dernier ? Je ne te demande pas d’explications, je sais pourquoi tu le fais mais crois-moi, j’ai l’air encore plus désespérée avec un rencard de pitié que sans rencard du tout. Ruben a encore fait son numéro, tu l’aurais vu… A se pavaner comme si c’était le roi du monde, comme si toutes les femmes étaient à ses pieds. Il me rend folle de rage, c’est pour ça que je l’évite, il n’en vaut pas la peine. Et j’ai pas envie de mêler ton frère à ça, je l’ai déjà fait avec toi, c’est suffisant. Je vais lui offrir ces places pour un match de baseball que j’ai gagné au strip poker, non, tu ne veux pas savoir… Et puis ça va s’arrêter là, ton frère n’a pas besoin d’une autre petite sœur sur qui veiller. »






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MessageSam 28 Nov - 1:14





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J’étais naïve, mais pas complètement dupe. Le soir où mon père mit à notre disposition l’appartement qui me servirait toujours de prison dorée, je sentais bien qu’elle était tout sauf enchantée par la nouvelle. J’étais une éponge à émotions, particulièrement lorsque je me pensais assez proche des gens pour leur ouvrir la porte de mon monde. Personne n’en voudrait et une part de moi ne cessait de me répéter que j’étais en train de la piéger par égoïsme, parce qu’avec elle, mon fardeau serait moins lourd à porter, mais mes intentions étaient bien plus honorables. Jamais je n’avais partagé une telle amitié avec quiconque et si, par certains aspects, elle est bien plus libre que moi, sa mère leste ses épaules du poids imposé par la bienséance. Toute femme respectable se doit d'affubler son annulaire d'une belle une alliance et de construire une famille et je comprenais. J’étais formatée pour ce genre de destin, mais je la rêvais moins radical, moins conforme à ce diktat sociétal des années cinquante. Lyla et moi nous étions bien trouvées sur la question. Lui proposer cette colocation, ce n’était pas seulement l’assurance de vivre avec elle une kyrielle de bons moments, mais une façon de nous affranchir de ce qui nous pourrit gentiment l'existence au quotidien. Nous n’en voulions à personne. Nous aimons ces autres qui sont toujours présents pour nous ramasser en cas de coup dur, mais nous n’étions plus les petites filles qu’ils s’imaginaient. Nous avions le droit de croquer la pomme de la vie à pleine dent et le but de mon invitation se posait là. Elle le savait. Aussi, à l’instar de mes certitudes, je balayai mes doutes d’un revers pour m’en tenir au fait. Elle espérait tant obtenir gain de cause auprès de mon père que ma déception lui sauta au visage. Se serait-elle sentie coupable que je n’en aurais pas été surprise. Alors, je ravalai ma frustration pour ne retenir que le positif et l’entraîner avec moi dans une discussion passionnée à propos de la décoration et des couleurs.

Nous échangeâmes une bonne partie de la nuit, assises dans mon lit, nos PC portables bien calés sur nos genoux. Si nous n’avions pas été rattrapées par la fatigue, le soleil se serait levé que nous n’aurions toujours pas fermé l’œil. C’était grisant, palpitant. J'avançais enfin, mais seulement quand elle était près de moi pour en parler. Je perdis l’espoir dès qu’elle quitta la maison de mes parents, car je devenais soudainement plus rationnelle. C’était un sacrifice pour elle. Elle serait à des kilomètres de sa famille et de son lieu de travail. Elle s’épuiserait rapidement et forte de mon affection pour elle, je serai la première personne à lui conseiller de retrouver sa vie d’antan puisqu’il ne fera aucun doute qu’elle sera plus confortable. ça m’angoissa, d’abord un peu, puis de plus en plus lourdement. Ça prenait des allures de pressentiment, aussi ne fus-je pas surprise de l’entendre m’expliquer qu’elle songeait lentement mais sûrement à faire machine arrière. D’une certaine manière, ça m’arrangeait même un peu. Quoi de plus adéquat que ce genre de converation pour désamorcer une bombe en préparation ? Elle nous permettrait de mettre les choses à plat et de saisir au mieux où se situent nos propres limites. Nous nous adorions au point de considérer qu’il ne demeurait aucun secret entre nous, mais dans le fond, ni elle ni moi, malgré ce que nous prétendions, nous connaissions assez que pour deviner sans discuter. Je me pliai donc à l’exercice à cœur ouvert et ce fut payant. Nous nous soignâmes l’une l’autre de nos inquiétudes en les pointant du doigt.

Elle craignait de blesser ses parents qui doutaient de son intégrité sexuelle, ce qui m’échappait un peu en tant que femme de ma génération, mais qui se justifiait parfaitement d’après la leur. Alors, je lui proposai des solutions viables qui, selon moi, pourraient tout arranger si j’arrivais à convaincre mon père que ça comptait pour moi. J’irais même chercher l’appui de mes frères si c’était nécessaire. « Ma mère a fait la même chose à mon frère il y a pas longtemps. Luciano est toujours très discret sur les femmes qu’il voit. En vérité, on ne le voit jamais avec personne. Du coup, ma mère lui a fait l’affront de le croire, mais c’est parce qu’elle s’inquiète pour toi. Elle a peur que tu sois malheureuse. Ma mère dit toujours qu’elle sera rassurée quand tous ses enfants seront mariés, qu’elle pourra fermer les yeux tranquillement parce que nous serons tous devenus des adultes, qu’on aura plus besoin d’elle, car on aura trouvé quelqu’un qui pourra veiller sur nous autant que le contraire. » Je haussai les épaules pour remercier la fatalité. « Je vais aller voir mon père. Il va arranger ça. Il inspire confiance. » Entre autres choses. « Et tu as pu remarquer qu’il était très convaincant quand il l’a décidé. Ne te tracasse pas avec plus. » lui assurais-je ensuite en la serrant dans mes bras, les larmes débordant de mes paupières tellement l’entendre aussi émue me touchait. « Je comprends parfaitement ce que tu ressens, mais tout ça, c’est bientôt fini. Quand on sera chez nous, bien à l’abri dans nos murs, on ne sera plus obligée de faire attention à tout ce qu’on dit et à tout ce qu’on fait pour ne froisser personne. Et tu sais quoi ?  Je vais faire comme toi. On va déterminer un loyer et on va faire moitié-moitié. On le mettra dans le même pot pour les coups durs ou pour nous offrir un putain de voyage d’une semaine au soleil. Ça te tente ? » Son visage s’illumina à nouveau et mon cœur s’emplit d’une joie sincère. J’aurais pu tout accepter, même l’improbable, ce qui n’était pas tant le cas de Trejo. C’était un chien adorable qui m’avait visiblement adoptée puisqu’il était capable de percevoir quand j’étais mal et que j’avais besoin d’être consolée. « Tu sais que j’adore Trejo. Il faudra juste faire attention à ne pas le faire sortir la nuit. Les chiens de garde de mon père sont en dehors de l’enclos. Tu sais quoi, tu devrais monter te reposer un peu. Je te déposerai chez tes parents pour le déjeuner d’après messe pour ne pas les vexer et j’en profiterai pour les inviter si mon père est d’accord. Je vais aller le voir tout de suite. »  Les circonstances exigeaient que la Messe à laquelle j’étais contrainte de participer tous les dimanches – ce qui ne me dérangeait qu’en cas d’urgence comme celle-ci – soit reportée à ce soir. J’avais à discuter avec Ettore et, à choisir, pour espérer recevoir de lui exactement ce que j'attendais, il valait mieux l’aborder quand sa foi est à son maximum.

Contrairement à ce que j’imaginai, il ne fut pas si difficile à convaincre. L’invitation tomba pour le mercredi de la même semaine et se déroula en tout petit comité entre ses parents et les miens. Girolama et Rita s’entendirent au premier regard et j’aurais juré les avoir surprise à fomenter des plans pour caser Luciano et Lyla, mais sans certitude, j’évitai d’intervenir d’une quelconque manière. Nos pères se découvrirent nombre de points communs, comme une passion pour les cigares de haute qualité. Ils en fumèrent dans le bureau d’Ettore qui s’entretint longuement avec le chef de la famille Canjura et quand ils sortirent de la pièce, ils étaient bien plus détendus que Lyla et moi. Nous étions si anxieuses à l’idée qu’il refuse. J’avais beau avoir confiance en mon papa, le doute subsista jusqu’à ce qu’il nous annonce la bonne nouvelle. J’étais tellement heureuse que j’en aurais bien porté un toast si Rita n’avait pas eu l’air si abattue à l’idée de voir un de ses oisillons quitter le nid. J’avais bien trop de décence pour laisser exploser ma joie aussi franchement en sa présence, mais le lendemain, j’étais déjà dans les magasins pour commander les meubles que nous avions sélectionnés. Il n’était pas bon marché, mais l’argent ne manquait pas aux miens. Quant à la réaction de Lyla, je la gérai à l’aide de mon plus authentique sourire et d’un non-dit qui ne la trompa pas. « Oh, je l’ai peut-être un peu aiguillé, mais tu sais, c’est un homme de goût. Tout le monde dit que je lui ressemble, tu n’avais pas remarqué ? » plaisantais-je en feignant l’innocence, excitée à l’idée d’organiser notre première petite sauterie. « Très bonne initiative. Quand il sera plus en confiance, on essayera doucement d’arrêter de leur demander des comptes. C’est mon prochain objectif. »

Nos paumes claquèrent l’une contre l’autre. Rien ne paraissait pouvoir entacher notre joie, pas même l’idée de révéler à ma meilleure amie ma petite manigance. Si je me mettais à lui mentir, notre complicité perdrait en solidité et il en était hors de question. « Disons que je lui ai soumis l’idée. Je ne te l’ai pas dit parce que je savais que tu refuserais, mais va pas te mettre en tête que c’est un rencard de pitié. C’est bien plus compliqué que ça. » Je tenais à me justifier, car le malentendu n’avait pas sa place enter nous. « Je ne supporte pas que Ruben te traite comme s’il était le roi du monde. Mais, tu sais, si Lucky n’en avait pas envie, il ne l’aurait pas fait. Il m’aurait envoyé chier. Il n’aime pas qu’on prenne des décisions pour lui et quand on le fait, il a tendance à se vexer et à faire tout le contraire, par esprit de contradiction. Il fallait que quelqu’un lui rappelle qu’il n’est pas le maître du monde et je connais que mon frère pour réussir un tour de force comme celui-là pour pas grand-chose en plus. C’est pour ça que je l’ai fait. » lui expliquais-je un peu embêtée, mais néanmoins curieuse d’en apprendre plus puisque le Ruben présent se montra fidèle à lui-même. « Bon, tu me racontes ce qui s’est passé ? Je veux tout savoir et dans les détails. Tous les détails. » Je trépignais d’impatience comme une gamine. Quoi de plus exquis que d’entendre de quelle manière mon frère enseigna le respect et la décence à cette pourriture. «  Et sur le strip-poker aussi. C’était où ? Quand ? Comment ? Et pourquoi je n’étais pas invitée d’ailleurs ? » enchaînais-je en m’asseyant dans le divan qui trônait au milieu de la pièce en attendant une place définitive. Avant qu’elle me narre son histoire, je l’interrompis pour fouiller nos sacs de provisions pour y dénicher un paquet de chips, le dernier jusqu’à l’année prochaine, pensais-je faussement convaincue. « ça y est, tu peux y aller et après, je te raconterai pour quoi je suis partie si précipitamment du Gato Negro l’autre soir. Avec tout ça, je n’ai pas encore eu le temps de te raconter. Et, n’oublie pas de me dire si Luciano s’est montré correct avec toi aussi. » Au contraire, il aurait à faire avec moi, moi qui me décidait enfin à me taire pour laisser à Lyla voie au chapitre. « Vas-y, tu peux y aller. J’ai posé toutes mes questions.»




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Lyla Gambino
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MessageDim 29 Nov - 19:22





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ft Cinzia de la Vega


Je sentis une vague de compassion m’envahir quand mon amie m’expliqua que sa propre mère avait osé dire à Luciano qu’elle le soupçonnait d’être gay parce qu’il ne s’affichait avec personne. Moi-même, je trouvais ça bien plus triste de ramener une personne différente chaque semaine à la table de sa famille mais le cœur des mères avaient des raisons que la raison elle-même ignorait. Cela partait sans doute d’une bonne intention mais ça faisait un mal de chien et ça me renvoyait directement à ce que je pensais de moi et cette image déplorable que j’avais de moi-même depuis mon annulation de mariage. J’avais fait dépenser un fric fou aux miens, tout ça pour des clopinettes, tout ça parce que je n’avais pas su garder mon homme près de moi et m’occuper de ses besoins autant que d’écouter ses désirs. J’aurais sans doute dû le sentir venir, j’aurais dû essayer de deviner ce dont il avait envie, j’aurais pu être une fiancée meilleure. Mais il était trop tard pour les regrets, je pouvais seulement éviter de faire une autre bourde et de me faire du mal au passage. Je ne voulais plus jamais ressentir cette impuissance qui m’avait étreinte alors que mon existence volait en morceaux. Pour ça, j’avais besoin de renouveau, de nouvelles choses auxquelles m’accrocher et ce n’était certainement pas chez mes parents que ça arriverait. J’adorais South Bronx mais vivre à quelques pas seulement de la famille de ma cousine et de celui qu’elle m’avait pris, c’était parfois terriblement insoutenable. Les miens avaient cessé de la fréquenter par solidarité et parce qu’ils trouvaient que son attitude était indigne du nom qu’elle portait et de la manière dont nous l’avions tous toujours traitée mais ça ne rendait pas moins douloureux le fait de voir ces enfants qu’ils avaient ensemble ou cette putain de bague qu’il lui avait passée à l’annulaire, quelques semaines seulement après m’avoir plantée comme une conne. Elle avait même osé frapper à la porte de mes parents pour récupérer la salle et tout l’investissement des noces pour lesquelles ils s’étaient ruinés. Jamais je ne vis mon père dans une rage pareille et lui, le taiseux grincheux lui balança la gifle de sa vie qui manqua de l’encastrer dans le mur. Je mettais tout le monde sous pression, j’avais fait assez de mal comme ça, il était temps que je me prenne complètement en charge et que j’accepte de tourner la page pour de bon. Je me doutais que ça ne pourrait pas se faire sans une bonne raclée donnée à Ruben puis à sa très chère épouse mais j’attendais d’avoir un peu moins de ressentiment pour me lancer là-dedans. Même si je devais bien admettre que le fait de savoir qu’il la trompait à tour de bras me satisfaisait sacrément. Hormis avec elle, il n’avait jamais dévié du droit chemin pendant notre relation, je ne savais pas si c’était la peur de mes frères ou bien les sentiments qu’il avait pour moi mais j’avais au moins ça en ma faveur. Lui, ce n’était qu’un minable qui regrettait ses mauvaises décisions et qui tentaient de récupérer ce qu’il avait laissé mais ça ne m’intéressait pas. J’avais assez donné et jamais je ne pourrais lui pardonner cet avortement auquel j’eus recours. Jamais.

Je ricanai à la remarque de Cinzia. « Il a l’air de me connaître aussi bien que toi pour avoir deviné quelle armoire je voulais, je ne sais pas si je dois m’en faire ou pas. » Je lui offris un clin d’œil et l’embrassai sur la joue. « On devra toujours lui rendre des comptes, on vit chez lui, d’une certaine façon, on va seulement faire en sorte de jouer selon ses règles en faisant ce qu’on veut. Ça a toujours bien marché chez moi, j’ai toujours rêvé d’avoir un peu plus de défi à ce niveau. » Je ne voulais pas qu’elle s’inquiète pour ça, ça ne me posait aucun problème d’avoir à me plier aux règles de sa famille pour le bien de tout le monde et je voulais qu’elle sache que je comptais faire ce que je pouvais pour qu’elle se sente le moins possible prisonnière. « J’ai pu me rendre compte combien ton frère était caractériel, crois-moi ! Dans le genre susceptible, il se pose-là, je ne savais plus quoi dire et comment le dire et crois-moi, me connaissant, c’est pas une bonne chose, c’est la ligne droite vers la violence. Sa chance ça a été de planter une lame dans la main de Ruben alors qu’il se pavanait. Tu aurais vu ça, il l’a forcé à s’excuser et l’autre gémissait comme un minable. » Je faisais de grands gestes et je riais fort tout en l’imitant, ça avait été un grand moment et même si la soirée avait été particulièrement compliquée avec monsieur tête de mule le pénible, nous étions parvenus à nous accorder autour de plusieurs joints et de beaucoup d’alcool. « Il était fou de rage en sortant de là, j’ai cru que j’allais lui coller une baffe, parce qu’il l’aurait mérité mais j’ai essayé de prendre les choses à la cool, on a fumé et on est allés boire, j’ai vomi, je crois même que j’ai beaucoup vomi. Mais je ne me souviens pas de grand-chose, à un moment, je faisais un concours de shots avec lui, j’ai dû danser sur une table et puis trou noir. Ton frère est aussi pénible qu’il peut être drôle ! Un vrai paradoxe ambulant mais je l’aime bien, c’est un type sympa, je lui revaudrais ce qu’il a fait pour moi ! » dis-je avec sincérité en sortant tout ce dont j’avais besoin pour préparer une spécialité mexicaine. « Mais plus de rencard arrangé, peu importe la raison, Cinzia, ça me met mal à l’aise ! Quant au strip poker, c’était à la caserne, flics, pompiers et secouristes. Il y avait ce flic là, Hamilton ! PUTAIN DE MERDE ! J’aurais bien volontiers étalé de la chantilly sur ses abdos pour lécher, encore et encore. Et tu sais le plus drôle, il est nul à chier au poker, il a fini sans rien. » Je lui offris un haussement de sourcils entendu et je lui montrai les photos que j’étais parvenue à prendre avec mon téléphone. « Il m’a laissé son numéro, il passe régulièrement à la caserne sous un faux prétexte, au moins pour me dire bonjour. » Un flic. C’était un flic. J’avais beau le trouver sexy, il bossait à la criminelle, je ne voulais attirer aucun problème à mes frères. En parlant de délinquant, je n’étais pas convaincue par les nouvelles amitiés de ma chère Cinzia. « J’ose imaginer que ça a un lien avec Manuel le sanguinaire ? C’est un taré ce type, Cinzia. C’est comme si Satan avait décidé de revêtir la plus belle peau qu’il avait à disposition. On ne fait pas plus dangereux et tu vas t’attirer des emmerdes. Tu sais qui il est ? Tu sais ce qu’il fait dans le Bronx ? J’ai vu la tronche que ton frère tirait, tu n’aurais pas… avec… Quand même ?! »


***

Furibarde, j’étais FU RI BARDE ! Parce que je détestais qu’on me prenne pour une conne ou que mes amies se jettent dans la gueule du loup sans même essayer de lutter. Je l’avais pourtant mise en garde sur le personnage de Manuel Herrera, sur sa propension à lever la main sur tout le monde, sans distinction de sexe ou même de statut social, il se prenait pour le maître du monde et on ne faisait jamais plus dangereux que ce genre de mecs. Mais elle ne voyait que sa gueule d’ange et ses airs de gentlemen des bacs à sable. J’avais fini en plein milieu de la nuit quand j’avais entendu le message de mon frère Muñez qui avait récupéré Cinzia chez nos parents pour la déposer chez nous. Puis, son autre message, plusieurs heures plus tard, m’expliquant comment elle avait atterri là et qui était allé la chercher à l’autre bout du monde parce qu’elle était partie du domaine familial comme une furie. Lorsque je rentrai, les bras chargés de bouffe à emporter, la lumière était encore allumée, elle était au comptoir de la cuisine, j’ignorais dans quel état elle se trouvait mais ça ne faisait aucune différence, elle allait m’entendre. « Est-ce que tu es devenue folle ou bien tu en fais exprès ? Tu ne pouvais pas m’appeler au lieu de passer un coup de fil à Psychopathe et son orchestre pour qu’il vienne te récupérer ? Tu veux que ton père et tes frères te foutent la paix mais tu devrais commencer par suivre les conseils que tes amies te donnent pour ne surtout pas attirer l’attention et te mettre dans la merde. T’as de la chance que seul Muñez soit au courant, va savoir ce qui aurait pu arriver aux oreilles de tes frangins, il paraît que Luciano passe énormément de temps avec Herrera. Bordel de merde, Cinzia ! A quoi je te sers si quand t’es dans la merde, tu ne m’appelles même pas ! Toi t’as le droit de me tendre la main et de me faire l’aumône avec cet endroit et moi je n’ai plus le droit de t’aider ?! Je suis désolée mais ce n’est pas une amitié équilibrée, c’est de la merde ! »






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MessageMer 2 Déc - 19:09





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ft Lyla Banana


La dernière fois qu’une telle joie s’était emparée de moi remontait au jour de mon engagement au Times après qu'Ettore m’ait décroché un stage dont je ne voulais pas par fierté. J’avais par ailleurs cru qu’il s’était montré insistant à sa manière, ajoutant à ses réclamations polies une dose de menace sous-jacente, mais mon patron m’assura qu’il était très contente de mon travail, que j’étais une courageuse et que mon ambition surpassait la volonté de mon père. Rien n’aurait pu me satisfaire davantage et aujourd’hui, alors que Lyla et moi plaisantions sur les talents divinatoires inexistants du chef de famille, j’étais envahie d’un sentiment similaire, celui d’avancer lentement, mais sûrement, vers l’émancipation. Bien sûr, Lyla avait raison. On ne peut se défaire totalement de l’influence de mes parents. Leur amour est incommensurable. Il le manifeste étrangement, pesamment, mais ça partait toujours d’une bonne intention. Comment dès lors leur en vouloir ? Papa essayait de me rendre heureuse sans trop s’impacter. Si j’avais emménagé loin du domaine, il se serait inquiété chaque jour que Dieu fait. En acceptant de demeurer à proximité, je favorisais sa quiétude. Il n’en restait pas moins que peu à peu, pour notre bien à tous, je persisterai à grappiller quelques avantages supplémentaires, discrètement, sans exagérer et en veillant à ne jamais le décevoir. Lyla, quant à elle, nous préconisait de montrer patte blanche jusqu’à ce que nous obtenions sa confiance pleine et entière. J’étais plutôt d’accord avec elle et je lui souris franchement, sûre de nous et de notre pouvoir de persuasion. Après tout, nous pourrions toujours compter sur Luciano qui avait cessé de me mettre en garde sur ma complicité avec Lyla depuis ce rendez-vous que j’avais commandité. Il ne se méfiait pas d’elle. Il l’appréciait beaucoup, mais elle était femme et donc, à ses yeux, perfide et dangereuse. Il avait changé sa façon de la voir du tout au tout, sans que je ne comprenne vraiment. Ma curiosité était à son comble et, bien calé dans mon divan, je réclamai à mon amie des révélations sur leur soirée. Je grimaçai en apprenant qu’il s’était montré désagréable, mais dans le fond, je n’étais pas surprise. Luciano n’était pas un mauvais bougre, mais il était soupe au lait. L’apprivoiser nécessitait que l’on lui abandonne un peu de soi. Lyla n’était pas prête pour ce genre d’expérience. Elle dût probablement lui livrer quelques confessions pour justifier le comportement cet enfoiré et pour s’excuser auprès de Luciano qu’il ait dû intervenir, mais ça s’arrêterait là, j’en étais convaincue. « C’est un minable. Pas Lucky. Je t’accorde qu’il n’est pas facile, que sa capacité à communiquer approche plus du zéro pointé que de la moyenne, il se vexe pour un oui ou pour un non et c’est un vrai lunatique, mais ce n’est pas un minable. C’est un gars sur qui on peut compter. » alléguais-je avant de réaliser que, vu de l’extérieur et compte tenu de ce rencard arrangé, Lyla serait en droit de s’imaginer que je tentais de jouer les marieuses. Bien loin de moi cette intention cependant.

Personne ne pourrait souhaiter pour son amie un homme capable de tuer de sang-froid. J’aimais chaque membre de ma famille, mais les Gambino sont dangereux, moi y compris, même si la façon et les risques sont différents. « C’est le genre d’homme qu’on gagne à avoir pour ami, si c’est possible, mais ça ne doit jamais dépasser cette limite ni dans un sens ni dans l’autre. Gaby, par contre, c’est vraiment quelqu’un de bien. Ne dis pas à Lucky que j’ai dit un truc pareil, parce que je les aime tout pareil et que je ne voudrais pas lui faire de la peine, mais Gabriele, lui, c’est un gars avec qui tu pourrais être bien… mais je vais te promettre d’ici trente secondes que je ne te mettrai plus mal à l’aise en te collant dans les pattes d’un de mes frères, même si mon seul but était qu’il t’aide à te venger de Ruben. Je suis plutôt fière de moi… j’aime l’histoire que tu me racontes. » J’en ris d’ailleurs, rangeant enfin mon paquet de chips pour suivre Lyla à la cuisine qui s’attelait à nous préparer un repas décent. Il n’y avait plus lieu de reparler de tout ça, d’intercéder auprès de qui que ce soit pour lui filer un coup de pouce ou même de combler les trous de son amnésie. Elle n’avait pas à savoir que, quand mon frère la ramena, elle lui répétait à tue-tête qu’il était un gars génial qui n’aurait pas grand mal à se caser et que sa copine aurait beaucoup de chance. Je n’avais aucune envie de la mettre mal à l’aise. Elle n’avait pas non plus besoin d’apprendre qu’après l’avoir aidée à enfiler son pyjama et à se laver les dents, j’avais veillé sur elle comme l’aurait fait une sœur, inquiète et rassurée à la fois. Je préférais me concentrer sur les photos du flic qui semblait tant lui plaire. Il était beau mec, il fallait le reconnaître. Je lui lançai un regard qui en disait long sur ce que je pensais de son physique d’Apollon. Les hommes si bien taillés sont rares à cette époque où la malbouffe règne en maître. « Lyla, tu rigoles ou quoi ? Tu l’as bien regardé ? Pourquoi tu acceptes pas d’aller boire un verre avec lui ? Il est flic… » Et j’avais une aversion pour ces types-là malgré le courage de certains. « Je comprends que ça soit un frein, mais personne ne te demande de le présenter à ta famille ou de l’épouser. Un verre, ça ne t’engage un rien. Vous faites connaissance, tu lui dis au revoir, tu décides si tu as envie de le revoir ou non et ça s’arrête là. Tu seras vite fixée de toute façon. S’il essaie de savoir de quelle couleur est ta petite culotte au premier rencard, tu ne le revois plus et le tour est joué. » déclarais-je en haussant les épaules comme si c’était aussi simple alors que c’était le genre de risque que je ne prenais jamais. Au contraire, je l’aurais accompagné au café du coin après nos heures, ce collègue irlandais qui bafouille dès que nous sommes dans la même pièce. Il m’apporte ma tasse tous les jours. Tous les jours, il me propose de boire l’apéro dans un bar lounge de Manhattan, mais je lui oppose systématiquement un non. Je veillais à le ménager pour ne pas le froisser ou pourrir l’ambiance de travail, mais ces derniers jours, l’omniprésence de Manuel dans ces endroits que je fréquente me rendait un peu moins délicate sans que je ne me l’explique vraiment. Lyla détenait peut-être un soupçon de réponse. Je n’avais pas encore eu le temps de lui en parler. Le prénom du boss de son frère n’était plus sorti de ma bouche depuis cette nuit où il me ramassa sur son parking, mais elle n’était pas stupide. Elle avait bien compris qu’il n’était pas totalement étranger à ma fuite du Gato Negro.

« Ce n’est pas exactement à cause de lui. Je vois bien que tu le portes pas dans ton cœur, mais tu exagères. S’il ne m’avait pas aidée, j’aurais pu être embarquée par n’importe qui et Dieu seul sait dans quel était j’aurais pu rentrer chez toi. Je savais ce que je disais, mais j’étais ivre. Je lui dois bien toute ma considération. Il n’a même pas essayé de me soutirer mon numéro de téléphone. Rien de tout ça. Il m’a ramené à ton frère et c’est tout. » Du moins était-ce le souvenir que j’en avais gardé. « Et je n’ai pas couché avec lui si c’est ce que tu me demandes. Tu sais bien que ce n’est pas mon genre. Mon frère tirait la tête parce que j’ai essayé de lui mentir.» Je soupirai, me demandant comment j’allais lui expliquer ce qui m’agitait maintenant qu’elle m’exprimait clairement son mépris pour cet homme-là. « En fait, quand je suis allée lui ramener sa veste, je lui ai parlé de nos projets… Je ne savais pas qu’il connaissait mon frère, mais j’avais peur qu’il me fasse un signe de tête poli tu sais, comme on fait quand on croise une connaissance. Il a accepté de faire semblant de ne pas me connaître, mais je ne m’attendais pas à me retrouver assise sur la même banquette que lui, tu penses bien, sinon j’aurais dit la vérité à Lucky tout de suite. J’y ai pensé, mais ça avait l’air de plutôt bien se passer donc j’ai commencé à me détendre, mais Mani m’a invité au resto… Il m’a présenté ça comme si c’était une faveur qu’il me rendait, une de plus… Un mec quoi ! Du coup, j’ai dis une partie de la vérité à mon frère qui n’a pas apprécié que j’ai essayé de lui mentir. Je n’ai pas dit que j’étais saoul, j’ai jugé que ce n’était pas utile, mais pour Lucky, ça n’a pas fait grande différence. Il m’a renvoyé ici et je suis partie. Tu vois ? Il n’y a pas de quoi s’inquiéter… » Lyla, qui m’écoutait si attentivement qu’elle déposa son couteau pour croiser ses bras sur sa poitrine, me rappela vaguement ma mère. J’avais l’impression d’être une petite fille prise en défaut alors que je n’avais rien fait. Je ne le saluais même pas quand je le rencontrais par un faux hasard à l’heure du déjeuner. « Arrête de me regarder comme ça. Je n’aime pas ça. J’ai l’impression de devoir te rendre des comptes comme si je n’étais qu’une adolescente qui ne sait pas ce qu’elle fait. Or, je maîtrise la situation. Je ne l’ai pas revu depuis lors. Enfin, si, je l’ai revu, mais on ne s’est pas parlé. Il ne me regarde même pas. Il a même invité Becky la bécasse. Je ne l’intéresse pas et il ne m’intéresse pas non plus. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Tu es rassurée ? » Le plus triste, c’était qu’au fond, je tentais de me convaincre autant qu’elle. J’aimais bien Becky. Seule la jalousie me poussait à l’affubler d’un sobriquet moqueur et insultant, mais je n’étais pas encore assez lucide sur la les faits pour les assimiler pleinement.

Je ne le fus pas beaucoup plus en rentrant chez moi après avoir passé près de deux heures en compagnie de Mani. sans le vouloir, il m'avait aidé à oublier mes ennuis avec ma famille. J’étais presque guillerette en franchissant la lourde grille du domaine. Je le fus moins quand mon père m’attrapa par les cheveux pour me tirer dans son bureau. Cet excès de violence n’était pas surprenant, il s’était inquiété. Il cherchait une raison pour que je revienne à la maison. Je lui en avais servi une sur un plateau d’argent. Pour ne pas envenimer la situation, je laissai hurler sans protester, sans respirer, sans oser lever les yeux. Il crachait son fiel et j’accusai le coup, prête à accepter de remballer mes affaires s’il l’avait exigé. Contre toute attente – et je soupçonnais ma mère de l’avoir influencé – il finit par s’excuser pour son incursion dans ma vie privée. Il me stupéfia et je pris congé sans demander mon reste, me contentant du peu, pour ne pas m’attirer plus d’ennuis. J’étais encore sous le choc de son accueil et du contenu de cette conversation au moment où je foulai le sol de l’appart. Je m’appuyai sur le comptoir de la cuisine et je mis à pleurer comme une enfant. La pression retombait. Je me sentais beaucoup mieux maintenant que l’orage était passé  et je ne m’étais pas préparée à en affronter un autre. Elle déboula dans la pièce folle de rage et je fus ravie d’avoir eu le temps d’essuyer mes larmes avant qu’elle n’arrive. Je n’aurais pas voulu qu’elle culpabilise alors qu’elle n’avait pas tout à fait tort. J’aurais pu l’appeler. Peut-être même aurais-je dû. Mais, qui étais-je pour lui causer des ennuis sur son lieu de travail ? Elle en faisait déjà bien assez et je lui aurais dit volontiers si elle ne s’était pas montrée aussi excessive. Elle me traitait comme une mère avec son enfant et c’était tout ce dont j’avais besoin. Bien sûr, je fis un pas vers elle pour essayer de la calmer et lui expliquer que tout allait bien, qu’elle n’était pas obligée de se mettre dans un état pareil, que je comprenais son attitude, mais qu’elle ne se justifia. Or, elle qualifia notre amitié de la plus triste des manières et je me raidis sur place, blessée et déçue surtout. « Je ne t’ai pas tendu la main. Tu n’avais pas besoin de moi ou de cet appartement. Tu n’avais pas besoin de rendre ta vie compliquée. Tu l’as fait pour moi et tu le sais aussi bien que moi. Qu’est-ce que tu en as à foutre de demander à mon père des autorisations à la con ? Pourquoi tu le fais ? Pour qui tu le fais, à part pour moi ? Et tu trouves que cette amitié, c’est de la merde, parce que tu as l’impression que j’ai refusé que tu me viennes en aide. Et, si je considère t’en avoir demandé trop déjà ? Et si, en fait, je l’avais fait parce que c’est lui que j’avais envie de voir ? Si je voulais que ça soit lui qui vienne me chercher. C’est si grave que ça ? Est-ce que ça doit remettre en question toute notre amitié parce que tu ne l’aimes pas ? Et quoi ? Si je couche avec, tu vas m’envoyer au couvent ?» Consciente que, dans l’énervement, nous aurions pu nous déchirer comme un vieux couple, j’estimai qu’il était nécessaire de conclure cette conversation avant qu’elle ne dégénère. J’étais déjà à deux doigts de mettre à sangloter, encore, parce que je n’en pouvais plus de toute cette pression familiale dont elle se sentait garante aujourd’hui. J'ajoutai donc un dernier commentaire pour ensuite me poser là, d'écouter, mais d'éviter de répondre tant qu'elle ne serait pas calmée. « Écoute, Lyla, être une amie, ce n’est pas me dicter ma conduite comme tout le monde le fait avec moi. Je n’ai pas besoin d’une mère, Lyla. »






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Avere nel cuore, une voglia d'amare. Avere nella gola una voglia, di gridare. E chiudersi dentro. Prigionieri di un mondo che ci lascia soltanto sognare, solo sognare. Se non ci fossi tu io me ne andrei.
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Lyla Gambino
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MessageVen 4 Déc - 18:52





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ft Cinzia de la Vega


Je ne doutais pas du portrait qu’elle me livrait de son frère, elle avait eu le temps de l’expérimenter et de le connaître depuis le temps qu’elle vivait à ses côtés et ça ressemblait grandement à ce que j’avais pu voir lors de notre soirée. J’aurais préféré avoir quelques recommandations avant, ce qui m’aurait évité de partir du mauvais pied et d’avoir une folle envie de lui coller une droite pour lui remettre les idées en place. Les hommes ne cessaient de répéter qu’il fallait un mode d’emploi pour comprendre les femmes mais Luciano était un type si compliqué et imprévisible qu’il fallait le mode d’emploi et le décodeur pour être certain de ne rien louper. Typiquement le genre de mec qu’il valait mieux fuir et laisser à la suivante. Trop de complications et beaucoup trop d’énergie demandée pour un résultat quasi nul. Mais je ne doutais pas de sa capacité à être à la hauteur en tant qu’ami ou protecteur et ça me convenait parfaitement. Pour être franche, je n’avais jamais été tentée par l’idée de fréquenter le frère d’une de mes amies et encore moins celui de ma meilleure amie. C’était un nid à emmerdes et tôt ou tard, elle se retrouverait à devoir choisir un camp et ce ne serait pas le mien, ça j’en étais persuadée. Plutôt que de provoquer des problèmes et des déceptions, je préférais ne rien faire du tout. Et puis, pour être honnête, je n’avais pas non plus envie de me relancer dans une relation pour le moment, peu importait la personne et ses références. Si je ne cessais de répéter que rien ne me manquait, il fallait bien admettre que j’étais en pleine crise de tendresse et de sexe mais il n’y avait aucun besoin suffisamment impérieux pour me faire sortir de mes réserves, encore moins avec un intouchable comme Lucky. Il n’était pas moche, j’aurais pu être foudroyée sur place pour un mensonge pareil mais il puait les problèmes à plein nez, les complications et la suffisance, je n’avais plus ni les armes, ni l’envie pour endurer ça. « Oh, ça on ne peut pas lui enlever, c’est vrai. Mais si je dois être franche, je plains sa future femme. C’est un vrai casse-tête dès que tu dois t’adresser à lui, tu as peur que tout soit mal interprété. » Et comme si elle lisait dans ma tête, elle traduisit avec exactitude ce que je pensais de son frère, je lui offris un large sourire, signe qu’une fois de plus, notre complicité et nos similitudes avaient fait leur travail. « Cinzia, j’apprécie ce que tu fais pour moi mais crois-moi, tu ne rendrais pas service à ton frère en mettant une fille comme moi dans ses pattes. » J’étais une vraie plaie dans mon genre et il fallait une bonne dose de volonté et de motivation pour me faire sortir de ma coquille. Et je ne voulais pas m’attirer les foudres de Girolama parce que je sortais avec deux de ses fils. Allez savoir quelle image erronée cela donnerait de moi. J’avais été accueillie avec amitié et chaleur par les Gambino, je ne voulais pas leur cracher dans la main.

« Ma chérie, ça fait un bout de temps que je suis abstinente, il suffirait d’un rien pour que je m’embrase et justement, il me plaît trop pour que je prenne le risque de terminer dans ses draps. Je ne peux pas sortir avec un flic, c’est de la racaille, aussi gentils peuvent-ils être… Je ne saurais jamais si je lui plais ou s’il cherche à s’obtenir une promotion en enquêtant sur mes frères. Je vais passer mon tour et rêver de ses abdos les froides nuits d’hiver. » plaisantai-je. C’était mieux pour tout le monde et surtout pour moi et ma santé mentale. Un type comme lui savait tout obtenir avec un sourire et quelques compliments, il ne lui faudrait pas longtemps pour ravir mon cœur et probablement me rallier à sa cause, jusqu’à ce que je réalise que ça allait contre les intérêts de mes frères et je couperais court, au risque de me rendre malheureuse. Avant même que les choses ne dégénèrent, je préférais éviter de lancer la machine et de finir avec le cœur en miettes. « Ça, je te l’accorde, si Maria avait veillé sur toi ! Putain, celle-là, elle en entend encore parler ! » Je n’avais pas avalé qu’on abandonne Cinzia en plein milieu du Gato Negro, peu importait les justifications que l’on m’avait offertes, elle était mon amie et j’avais juré de prendre soin d’elle et de la ramener chez elle intacte, au lieu de ça, elle s’était étalée sur le parking de la boîte et aucun visage connu n’avait été là pour l’aider à se relever. Non, il n’y avait eu que ce fils de pute de cinglé pour lui tendre la main et tenter d’obtenir quelque chose d’elle, sa spécialité. « Tu sais qui il est, Cinzia ? » demandai-je en la fixant, complètement ahurie qu’elle puisse croire qu’il n’y avait rien de grave ou pas le moindre mal. « Non hein ? Tu penses que c’est un ami de ton frère ou un partenaire d’affaires mais ce gars, c’est le boss de mes frères. Tu n’as même pas idée de ce qu’il a sous sa responsabilité et le sang de combien de personnes peut tâcher ses mains. C’est un malade ! Tu sais comment le mari de Sylvia a perdu ses yeux ? Il les lui a arrachés avec une cuillère parce qu’il avait louché sur la paire de mamelles de la pouffiasse qu’il saute ! Et ça, ce n’est qu’une anecdote parmi tant d’autres ! » Je ne pouvais pas croire qu’elle en pinçait pour le roi des psychopathes, ça m’échappait complètement. Ce genre de gars finissait toujours par lever la main sur vous, ça, les filles du Bronx en savaient un rayon. Ils vous cognaient, ils vous martyrisaient et vous faisaient disparaître au besoin. Comme ça, d’un claquement de doigts. « Pas du tout, j’essaie de te protéger, rien de plus ! Et je ne suis pas rassurée, je vois bien qu’il te plaît et putain, crois-moi, c’est une idée à la con ! Ce type, c’est ce qu’on fait de pire. Pire que le pire des mauvais plans, tu comprends ? Tu mérites tellement mieux que ça ! »

***

Savoir qu’elle avait revu Herrera dans des circonstances pareilles me rendit folle de rage, j’eus du mal à me contenir et forcément, dès que mes yeux se posèrent sur elle, ce fut un feu d’artifice. J’aurais dû modérer mes propos mais dans un moment comme celui-là, je n’étais plus tout à fait moi et je déraillais très facilement. Les mots dépassaient ma pensée et je savais déjà que je les regretterais demain mais il fallait que ça sorte, que j’exprime ma frustration et mon ressenti avant qu’il ne me dévore totalement. J’aurais tout le temps de culpabiliser. Elle nourrissait mon courroux sans même s’en rendre compte. « On se fiche de savoir si je l’apprécie ou pas, c’est un taré ! Tu comprends ça ? Un MA LA DE ! Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose et toi tu me dis que tu voulais que ce soit lui qui vienne ? T’es sérieuse ? Tu te rends compte de ce que tu dis ? Bordel de merde, t’es une fille intelligente, ne te fais pas ça ! Il a déjà quelqu’un dans sa vie par-dessus le marché, je n’ai pas envie qu’elle te tombe dessus aussi ! » J’aurais pu dire tout ça en chantant ou en dansant, elle n’aurait pas pris la peine de m’écouter davantage, de toute façon. « AH, parce que MOI, je te dicte ta conduite ? MOI ? Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Tu sais quoi, fais comme tu veux, t’as raison, allez, va, cours. Je te prête même mon téléphone pour que tu puisses jouer les demoiselles en détresse, tiens, allez, appelle-le, tu veux le voir ! Profite bien, on en rediscutera quand lui et sa bande de petites bites t’auront violée en tournante dans un appartement miteux ! » Sur ces belles paroles, je lui tournai le dos et sortis de quoi manger, même si j’avais l’appétit coupé, essayant d’avoir l’air parfaitement dégagé tandis que je piochais dans mes boîtes en carton. C’était froid mais je m’en fichais, tout comme je me moquais d’être trop fatiguée pour avoir ce genre de conversation, je ne voulais pas me disputer avec elle, tout comme je ne voulais pas me sentir responsable s’il lui arrivait malheur à cause du détraqué qui lui paraissait être une super option niveau rendez-vous galant. Elle n’était plus là lorsque j’entrai dans ma chambre pour prendre ma douche et j’hésitai un long moment quant à savoir si je devais prévenir Luciano mais je m’abstins de peur d’attirer des problèmes à Cinzia. Je ne fus pas capable de fermer l’œil, inquiète au possible, jusqu’à ce qu’elle rentre. Je sortis de la chambre, des valises sous les yeux, pour me confronter à elle et tenter d’apaiser un peu cette culpabilité qui me rongeait. « Je suis désolée, je ne voulais pas me disputer avec toi. Je veux seulement que tu ailles bien et qu’il ne t’arrive pas malheur, mais tu as raison, tu es en droit de décider ce que tu veux faire maintenant que tu sais quel genre de personne il est. Si tu préfères que je ramasse mes affaires et que je m’en aille, je comprendrais. » dis-je calmement, me demandant si une fois que ce serait réglé, j’arriverais à me reposer.

***

« Je ne sais pas, Cinzia… Je ne me sens pas très en forme et Chicago, ça fait un bout quand même… » Ma dernière garde m’avait offert une vision d’horreur. Un homme fou avait massacré femme et enfants. Je n’avais pas vomi mais j’avais passé les heures suivantes à faire n’importe quoi, incapable de mettre mes idées au clair. On m’avait offert une semaine de repos forcé pour que je reprenne mes esprits. « Et c’est pas là-bas que ton frère Gaby vit ? » Je compris à son expression que c’était le cas. « Non, Cin, je ne veux pas que tu m’organises un rendez-vous avec lui, fous lui la paix… » Pourtant, elle semblait tenir absolument à ce que je sois de la partie. « Y aura qui ? »






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Cinzia Herrera
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MessageLun 7 Déc - 22:46





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ft Lyla Banana


Gabriele était le parti idéal. Lui, il saurait apprécier Lyla selon ses qualités, remerciant le ciel – ou sa petite sœur – d’avoir mis sur sa route une jeune femme aussi respectable. Elles sont si rares de nos jours. Les adolescentes jouent les adultes pendant que nous nous plaignons sur le temps qui passe. Le monde ne tournait plus rond, et parfois, ma meilleure amie me donnait l’impression de se laisser entraîner malgré elle par la folie populaire. Non, elle n’était pas une fille atypique ou anormale. Elle ne souffrait d’aucune tare qui puisse justifier qu’elle se terre dans un coin. C’était de ce placard-là que j’aspirais à la sortir, pas de sa vie de célibataire si elle n’en voulait pas. Je faisais la publicité de mon frangin pour qu’elle y pense à l’occasion, curieuse d’en apprendre plus si un jour il se croisait. Elle n’était pas, à mes yeux, la désespérée qu’elle décrivait. Je l’admirais plus tant pour sa force de caractère que pour ses choix. Alors, principalement parce qu’il n’était pas question qu’elle m’invente de mauvaises intentions, je lui promis, pas sans explication complémentaire, que je ne jouerais pas les marieuses avec mon frère. En revanche, je ne me privai pas de lui signaler qu’à mon sens, elle passait à côté d’une belle opportunité avec ce flic sexy tout droit issu d’un magazine. Elle lui plaisait. L’inverse était flagrant. Un rendez-vous n’exigeait pas forcément que les deux protagonistes achèvent leur soirée dans une chambre d’hôtel. Je ne lui apprenais rien, mais dès qu’elle m’exposa les raisons de sa prudence, je ne pus qu’acquiescer, dépitée, mais convaincue. « Je suis sûre que tu as plus de volonté que ça, mais tu n’as pas tout à fait tort. Ça reste un flic et porter l’insigne ne fait pas forcément d’eux des gens scrupuleux. » Par bien des aspects, leur méthode ne différait pas toujours de celles des gangsters qu’ils traquent. Si je devais rester le plus loin possible de Manuel Herrera, elle n’avait pas d’intérêt à fréquenter un type du côté opposé de la barrière. « Arrête, Lyla, Maria n’a rien a voir là-dedans. Je n’ai besoin de personne pour veiller sur moi. » lui chuchotais-je quelque peu irritée. Si elle ne supportait pas que je la traite comme si elle était désespérée, je haïssais qu’elle me parle comme à une enfant. Penser l’un ou l’autre était une erreur insultante. « Et qui il est n’a absolument aucune importance, puisque je te dis qu’il ne m’intéresse pas. Je lui suis juste reconnaissance de m’avoir filé un coup de main. C’est tout. » Je fermai les écoutilles refusant de me pencher sur ces exemples qui ne me surprenaient pas tant que ça. Travailler avec mon père sous-entendait qu’il avait des reins solides. M’inviter au restaurant malgré tout le définissait encore plus. J’aurais été incapable d’afficher une expression de dégoût ou de méfiance, si bien que je préférai la douce indifférence au détestable mensonge.

Si cette discussion me laissa un goût amer, elle ne fut rien comparée à celle qui m’attendait quand, en panne d’essence, je ne songeai pas à l’appeler à la rescousse. Bien sûr, je voyais bien que ce n’était pas par jalousie envers mon affection pour Mani. C’était motivé par cette complicité qui ressemble à celle que partagent des sœurs. Elle s’inquiétait pour moi, ce qui me paraissait normal. Sa réaction, en revanche, se défendait d’une telle excessivité qu’il s’en serait fallu de peu pour que je sorte de mes gonds moi aussi. Je demeurai pourtant atrocement calme, blessée qu’elle me mette systématiquement dans la position d’une princesse en détresse. Je valais mieux que ça. Je méritais qu’on me témoigne un peu plus de confiance. J’avais le droit de choisir qui je voulais fréquenter. Je n’avais jamais eu besoin de personne pour lever le poing à ma place en m’obligeant à rester dans l’ombre. Elle me surestimait et ce fut sans doute ce qui me fit le plus de mal. Qu’elle me juge un peu naïve par moment, je pouvais l’accepter, il m’arrivait même d’en jouer. Mais, je n’étais pas une gamine fragile et sans défense sous prétexte que j’avais grandi à l’écart des quartiers du Bronx ou d’ailleurs. Les valeurs ne s’apprennent pas toujours dans la rue et qu’elle puisse le penser était tellement réducteur à mes yeux, que j’hésitai longuement à répliquer quoi que ce soit. J’avais le sentiment que c’était peine perdue. Et puis, je le sentais bien, je pourrais me mettre à pleurer dans un mélange de rage et de déception. Tout plutôt que de lui faire ce plaisir alors qu’elle me donnait son assentiment comme si j’en avais besoin, comme si elle était en droit de chapeauter mes fréquentations. Elle m’asséna le coup de grâce en me qualifiant de jeune fille en détresse, ajoutant même que je l’aurais presque préméditée, cette maudite panne d’essence. Pis encore, d’après elle, je serais assez naïve pour plonger tête la première dans un guet-apens où je servirais de petits poissons pour les requins. « Pour qui est-ce que tu me prends ? » commençais-je le plus tranquillement possible pour éviter que mes mots ne dépassent pas ma pensée. « Mais ouvre les yeux et regarde autour de toi » Je désignai l’appartement d’un geste ample qui englobait tout le domaine. « Qui pourrait s’en prendre de cette façon-là à une fille comme moi ? Qui ? Je ne suis pas une des filles naïves que tu as prises sous ton aile parce qu’elles ne sont pas fichues de s’occuper d’elle. Moi, je peux le faire. Je l’ai toujours très bien fait. Je n’ai pas besoin qu’on mette en garde et pas besoin non plus de ce genre de considération non plus. Je ne suis pas sans défense avec ou sans mes frères. J’en ai marre de devoir répéter à tue-tête que je suis une grande fille, que j’ai pas besoin qu’on prenne soin de moi. je pensais que toi tu le savais et que tu me ferais confiance. Mais, non, au lieu de ça, tu vas jusqu’à imaginer que je l’ai fait exprès et tu en rajoutes une couche en prétendant que ça n’a rien à voir avec le fait que tu ne l’aimes pas ? Mais, ça t’aveugle tellement.»

Je me demandai pour quelles raisons j’eus soudainement envie de me justifier, mais ce fut aussi impérieux qu’une nécessité, peut-être pour qu’elle réalise qu’elle me dictait bel et bien ma conduite ou qu’elle exagérait. « J’étais vraiment en panne et j’ai pensé t’appeler, mais tu bossais. Quant à Lucky, il n’était pas joignable. Et j’aurais dû faire quoi ? Rester là en attendant que quelqu’un soit disponible ? j’aurais cru que le principal, c’était que je sois rentrée saine et sauve, mais visiblement, je me suis trompée. Tout comme je me suis trompée sur l’image que tu avais de moi. Tu sais, tu nous ferais gagner un précieux temps si tu me disais clairement que tu me trouves stupide. Entre nous, tu n’es plus à ça près… après m’avoir démontré à quel point ma famille avait raison et qu’on ne pouvait pas avoir confiance en mon jugement. pour moi, ça, c’est me dicter ma conduite. » Je n’avais rien de plus à ajouter « Merci pour les conseils et le téléphone. Je me contenterai de tes lés de voiture » Je les ramassai sur le comptoir avant qu’elle ait le temps de réagir et je m’enfuis, plus lâche qu’à l’accoutumée, parce que nous étions trop têtues et trop en colère pour discuter. Je rentrai aux alentours de cinq heures du matin puisque la voiture de Lyla était le meilleur camouflage qui soit. Je songeai à lui emprunter plus souvent si ça pouvait me permettre d’être un peu libre et à condition bien sûr qu’elle ne jouait pas le jeu de ma famille en général. Elle ne s’en était certainement pas rendu compte, mais ça m’avait fait un mal de chien. Je redoutais également de l’avoir blessée en retour et que tout soit irréparable. Je le vivrais comme une rupture sentimentale, sans aucun doute, d’autant qu’elle n’avait pas tort sur toute la ligne. Je n’étais qu’une distraction parmi d’autres pour Mani qui n’avait même pas pris la peine de répondre à mon message. Je me serais contentée d’un non pour éviter son indifférence. Toutefois, les choses étant ce qu’elles étaient, je poussai la porte de l’appartement un peu penaude, un peu honteuse. Elle me surprit alors que je m’écroulais dans le divan du salon, partagée entre l’envie de hurler ou de me mettre à pleurer. Je n’eus pas le temps de me décider que Lyla apparut. « Je ne voulais pas me disputer ou t’inquiéter. Je voudrais simplement que tu me fasses confiance et que tu ne me dises plus jamais que tu veux partir. On ne va pas laisser des histoires comme celles-là se mettre entre nous. Ça n’en vaut pas la peine… Cette discussion n’aurait jamais dû avoir lieu. Je te fais des reproches, mais je ne t’ai pas demandé comment tu allais non plus. Je voudrais tellement qu’on efface tout et qu’on recommence, comme si ça n’était jamais arrivé. Dis-moi, comment tu vas ? » Me concentrer sur elle m’évitera de penser à ma déception.  

Ce ne fut pas trop compliqué d’ailleurs. Notre dispute avait renforcé nos liens., car nous veillions plus à nous préserver l’une l’autre. Je ne li parlais jamais de Man ni pour me plaindre de ce qu’il m’ignorait ou de ses réapparitions surprenantes. Je gardais tout pour moi, histoire de ne pas l’affoler, à moins qu’elle me pose une question franche. Elle avait cependant d’autres chats à fouetter et ça m’arrangeait plutôt bien. Elle me faisait à nouveau confiance et si j’eus des remords à insister afin qu’elle se joigne à notre escapade sur le fief de Gabriele, j’y mis pourtant tout mon cœur. « Écoute ma puce, tu fais ce que tu veux, mais je n’aime pas la façon dont Lucky te tourne autour. Je sais que vous pensez être des amis, mais de mémoire de sœur, je n’ai pas souvenir qu’il en ait déjà une seule. Je ne sais pas ce qu’il cherche et je ne veux pas le savoir. Je sais que tu sais ce que tu fais, mais on ne connait bien Lucky que lorsqu’on peut le comparer à Gabriele. Je sais ce que c’est dégueulasse ce que je dis, et tu sais combien je les aime tous les deux, mais si c’est lui qui avait été là, c’est à lui que j’aurais demandé de t’aider à faire ravaler à Ruben sa prétention. Je t’organise pas de rencard, je voudrais juste que…. » Expliquer les choses clairement étant difficile pour moi, j’attaquai sous un tout autre angle sans grande conviction. « Et puis, c’est le seul que tu ne connais pas bien, et ça me tient à cœur, je t’assure. » tentais-je donc dans un ultime effort malheureusement vain. Elle dut mal interpréter mon propos ou croire à un piège, car elle n’en démordait pas : elle ne viendrait pas. Elle s’éteignait à vue d’œil, mais refusait de se changer les idées. Elle me tracassait. Ce n’était sans doute qu’un transfert de mon propre embarras face aux réactions lunatiques de Manuel, mais j’étais trop assourdie par mon inquiétude pour le réaliser pleinement. Pour moi, le seul responsable était Luciano. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas remarquer qu’il était de plus en plus absent. Je lui en touchai deux mots, mais je ne récoltai pas grand-chose si ce n’est son arrogance. Il se prétendit capable de réussir ou j’échouais et quand elle accepta, bien que j’étais ravie qu’elle nous accompagne, je vis ce pouvoir qu’il avait sur elle comme une menace grandissante. J’étais habitée d’un vieux pressentiment qui m’aurait transformée en espionne ou chaperon tout le week-end si Mani n’avait pas été convié aux festivités.

Comme à chaque fois qu’il était dans les parages, il accaparait toutes mes pensées. Je réfléchissais mal dès qu’il posait les yeux sur moi. Lutter pour ne pas être démasquée me demandait trop d’efforts pour mettre la main devant les entreprises éventuelles de Lucky. En revanche, j’organisai pour Lyla et moi une après-midi shopping, une découverte de la ville et un déjeuner dans un piccolo bar à l’italienne qui me rappelait mes vacances en Sicile. « Je te sens tellement à des kilomètres de moi ? On n’est pas bien là ? Chicago est tellement pleine de vie et si différente de New York. C’est l’idée d’aller boire avec Gabriele qui te met dans cet état-là ? Parce que je peux t’accompagner si tu veux, il ne va pas comprendre, mais si ça peut te rassurer sur mes intentions, je le ferai. Je ne veux pas qu’on se fâche à cause de ça.» Et c’était sincère. Je ne voulais pas les caser et je ne le répèterais jamais assez. « Tu me le dirais si tu étais fâchée après moi pour une quelconque raison ? Si c’est à cause de Mani, je ne savais pas qu’il serait là où je te l’aurais dit. Je sais que tu ne l’aimes pas beaucoup. Ou alors c’est à cause de Lucky ? Il t’a fait quelque chose Lyla ? Quelque chose que tu ne veux pas me dire pour ne pas te mettre entre lui et moi ? » Ce serait le pire pour nous et je l’appréhendais ce moment où il la blesserait dans tout son être. Autant j’aurais pu prendre la défense de Luciano envers et contre tout, autant je me retrouverais face à un véritable dilemme cette fois.







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MessageMer 9 Déc - 17:01





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Après notre discussion, je me fis la promesse de garder un œil sur elle et ce qu’elle trafiquerait avec Herrera. Ce n’était pas un homme en qui on pouvait avoir confiance, surtout pas quand on était une femme. Il se jouait d’elles pour mieux les jeter quand il ne prenait pas un malin plaisir à les garder autour de lui, pour mieux les maltraiter. Je préférais la solitude à la situation de Teresa et de loin. S’il n’était pas dans un bon jour, elle avait le droit à toutes les brimades de l’univers et si l’idée saugrenue lui prenait de se rebiffer, ça tournait au pugilat, là, sous les yeux de centaines de témoins figés et impuissants. J’avais déjà essayé de m’en mêler, ne serait-ce que pour qu’il cesse de la frapper comme si elle était un homme mais Muñez m’avait fermement retenu, m’obligeant à entendre que je ne pouvais rien faire ou bien je le paierais de ma vie et les nôtres aussi. Alors forcément, savoir que ma meilleure amie s’approchait d’un peu trop près et lui avait tapé dans l’œil, ce n’était pas la nouvelle la plus rassurante que j’avais pu avoir. Bien au contraire. Je n’osais imaginer ce qu’il trouverait à lui faire pour la faire languir, pour la rendre accro à tout ce qu’il y avait de pire en lui avant de se jouer d’elle comme des autres. Je savais bien qu’elle n’était pas seule, qu’elle avait ses frères et son père et qu’ils devaient bien être capables de la protéger correctement, en cas de pépin mais ça n’effacerait rien de ce qu’elle subirait si ce malade l’avait désignée comme sa nouvelle proie. J’aurais aimé qu’elle m’entende, qu’elle comprenne que je n’essayais pas de gérer sa vie, de la jouer comme sa famille, simplement de prendre soin d’elle. Je ne la jugeais pas trop stupide, je savais qu’elle était capable de prendre ses propres décisions avec raison mais pas quand ça concernait ce type, elle ne savait rien de lui et me tenait tête en prétendant le contraire, comme si on arrivait à se faire une idée d’un type en deux sourires et un échange de numéro. Ça me sciait sur place qu’elle refuse d’entendre ce qui relevait du bon sens et qu’elle aille jusqu’à lui demander de l’aide. A lui ! Pas à un de mes frères, à ma famille ou à la sienne et encore moins à moi mais bel et bien à un parfait inconnu.


J’en eus la nausée tout le long du chemin de retour alors que je tremblais de colère. Je n’étais pas en état d’avoir une discussion avec elle, je n’étais pas en état de me comporter en adulte et j’aurais sans doute dû opter pour l’indifférence au lieu d’ouvrir la bouche et de risquer de foutre une merde pas possible entre nous. Mais dans ces moments-là, j’étais intellectuellement limitée ! « Très bien, comme tu sais ce que tu fais et que je suis visiblement à côté de la plaque ! Fais ce que tu veux, Cinzia ! » répliquai-je en l’y invitant d’un geste de la main. Je ne pouvais pas affirmer que ça me serait égal mais que pouvais-je faire de plus ? Elle était bornée et refusait d’écouter ! « C’est ça, fais-moi passer pour la méchante par-dessus le marché, t’as raison, t’aurais tort de t’en priver hein ? Cette conversation est terminée ! J’ai plus envie de me prendre la tête avec toi, tu refuses de voir la vérité en face, soit ! » Je ne posais déjà plus les yeux sur elle, m’occupant de mes affaires d’une manière un peu trop précise ce qui en disait long sur mon état de colère. Cet état de nerfs me maintint éveillée jusqu’à ce qu’elle rentre, j’avais pu redescendre mais je n’avais pas changé d’avis sur la situation, bien au contraire, j’étais simplement à court de solutions. Mais s’il le fallait, je prendrais son parti quand il déconnerait et j’irais le trouver moi-même pour lui faire goûter de ma batte, peu importait ce que ça donnerait par la suite. Il m’effrayait mais pas au point que je lui donne l’autorisation de blesser ceux que j’aimais. « En toi, j’ai confiance, pas en lui. » répondis-je du tac au tac. « Si tu es prête à me supporter encore un moment, je ne partirais pas. » assurai-je avec un sourire avant de reprendre : « Ça va et toi ? Remise de tes émotions ? Qu’est-ce que t’es allée foutre dans le New Jersey ? »

***

Les mêmes images tournaient en boucle dans ma tête, ces enfants, ce pauvre chien et cet enfoiré qui n’avait pas eu le courage de se terminer avec la même arme que celle utilisée sur sa famille. Ça aurait pu rendre dingue n’importe qui et je n’en étais pas loin. Alors la proposition de bouger de ma bulle de sécurité, je la repoussai avec plus ou moins de délicatesse. Je ne voulais pas du frère de Cinzia, j’en avais assez fait avec Lucky pour ne pas en rajouter une couche avec un autre, il suffisait d’une étincelle pour que je m’allume et je ne voulais pas que sa famille s’imagine que j’étais de ce genre-là. Leur opinion était importante pour moi, comme celle de ma propre famille. Néanmoins, sous l’impulsion d’un Lucky très en forme, je finis par me bouger, appréhendant déjà ce que ça donnerait et prenant soin de fourrer mes médicaments dans mon sac pour tenir le coup. J’acceptai même un dîner avec Gabriele si ça pouvait permettre à Cinzia de se rendre compte par elle-même que j’étais très bien toute seule. L’idée de devoir partir de zéro avec un parfait inconnu me fatiguait à l’avance mais je le faisais pour elle et sa volonté farouche d’essayer de trouver une façon de me rendre heureuse. Pour les mêmes raisons je l’avais suivie dans cette virée shopping, pas que j’en avais envie mais ça lui faisait plaisir et le but était de décompresser entre amies. « Non, je pense aux raisons de ma semaine d’arrêt forcé. Je ne t’en ai pas parlé avant parce que je ne voulais pas t’affoler mais on a trouvé une famille massacrée. On nous a appelés au cas où il y aurait eu quelqu’un à sauver mais c’était une véritable boucherie… » Je n’avais pas l’intention de rentrer dans les détails mais j’avais besoin de vider un peu mon sac. « Des enfants et la pauvre femme, c’était absolument abominable. » Je n’avais plus de larmes à pleurer, je fixais le vide, amorphe à cause de mes médicaments mais je me sentais terriblement vide. C’était l’occasion parfaite pour lui parler de cet autre sujet qui m’agitait presque plus que la présence de ce fils de pute de salvadorien qui se faisait un malin plaisir d’être partout où Cinzia était. J’eus d’ailleurs la désagréable surprise de découvrir qu’il était ami avec Lucky. Nos rapports s’étaient arrangés rapidement, parce que les vraies amies étaient capables de se pardonner et d’aller au-delà de leurs différends, malgré la profondeur de ceux-ci et Manuel Herrera était une sacrée divergence d’opinion. Mais ce que j’avais à lui déballer risquait sans doute d’entamer davantage notre amitié que cet autre sujet brûlant. Son frère… J’avais failli lui raconter tout ce qu’il s’était passé le soir même mais j’étais exaltée et il y avait cette sale lueur qui allumait mon regard, ça aurait été tout sauf constructif, je l’avais senti au moment même où nos regards s’étaient croisés. Pourtant j’aurais eu besoin d’une bonne claque verbale en pleine gueule pour me remettre les idées en place et surtout arrêter d’envisager l’horrible possibilité qui était de m’inviter chez lui pour que nous puissions terminer ce que nous avions commencé. Heureusement, une douche froide m’aida grandement. J’attendis qu’elle se redresse après m’avoir serré dans ses bras pour me soutenir moralement et me lancer. « Il y a deux semaines, Ruben est venu devant la caserne à la fin de ma garde… » Je lui racontai l’histoire complète, ce que son frère avait dit et fait et j’enchaînai sur l’issue de tout ça, essayant d’aller le plus vite possible, me disant qu’elle n’aurait pas le temps de me juger. « Je lui ai sauté dessus, comme une crève la dalle ! La montée d’adrénaline m’a rendue fébrile et c’est parti en vrille. Mais on a rien fait d’irrémédiable ! Y a des fois où l’abstinence est plus dure à gérer que d’autres, ces moments-là en font partie… J’ai vraiment l’air d’une salope, hein ?! Je suis désolée, Cinzia, je… Lucky et moi, on est vraiment amis, je ne sais pas ce qui m’a pris. »

Je n’osais pas relever le nez de peur de voir de la déception imprégner ses traits et de ne pas m’en remettre. Je choisis donc de passer du coq à l’âne, pour faire passer la pilule. « Quand j’ai vu qu’Herrera serait là, je n’étais pas ravie mais je vois bien que ça te fait plaisir. Tu l’as revue depuis cette histoire de panne, pas vrai ? Il s’est passé quoi, au juste ? Je te promets que je ne me fâcherais pas, je me demande juste ce qu’il est venu chercher jusqu’ici. »







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MessageDim 13 Déc - 0:01





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Je ne calculais plus le nombre de fois où mon père m’avait répété que le problème ne venait pas de moi, que j’étais moins surveillée pour ce que je pourrais faire, mais à cause du danger que pouvaient représenter les autres, ces inconnus qui m’ignorent, principalement lorsqu’ils aperçoivent le regard insistant des gars à la mine patibulaire qui me colle au train. Je les semais de temps en temps, en cas d’extrême urgence comme celles de la soirée et de la nuit précédente. Tout avait pris une telle ampleur cependant. Ça n’en méritait pas tant à mon avis, d’autant que durant cette escapade, je constatai avec un réel intérêt que la voiture de Lyla s’avéra un véritable atout pour tromper leur garde. Nul doute que si les choses s’arrangeaient entre nous, je n’hésiterais pas à lui emprunter, mais en toute honnêteté. Il n’était pas question que je lui mente. Notre amitié valait mieux que ces basses mesquineries. L’esprit plus clair, je mesurais ses inquiétudes par rapport à Manuel. Cette relation – si tant est qu’elle existe – était aussi paradoxale que le personnage. Résumé grossièrement, avec lui, c’était un jour oui, un jour non. Je ne savais jamais vraiment sur quel pied danser. Il me perdait un peu plus chaque jour. En discuter avec Lyla, ça m’aurait fait un bien fou, mais comment m’y prendre ? Nous étions en train de nous réconcilier. Vu le peu d’estime qu’elle avait pour lui, prononcer le nom de Manuel Herrera pourrait vite devenir périlleux. Je m’abstins donc, me contentant de lui certifier que j’avais besoin d’elle. « Ça va. Hier, en rentrant, j’ai trouvé mon père dans l’appartement en train de fouiller ma chambre. Ne me demande pas ce qui lui a pris, je n’en sais rien du tout. Par contre, je peux te dire qu’il n’avait pas du tout l’air embêté, comme si c’était tout à fait normal. Du coup, on s’est disputé et je me suis barrée avant que ça dégénère. Je n’avais pas prévu d’aller dans le New Jersey. J’ai allumé la radio et j’ai roulé. C’est tout. » Je fis volontairement l’impasse sur ma panne d’essence racontée plus tôt sous le coup de l’énervement. « Depuis, tout est réglé. Je suppose qu’il n’hésitera pas à recommencer, mais j’ai prévu d’embarquer les clés de ma chambre partout avec moi. » avouais-je un peu plus souriante avant de m’inquiéter de son agenda. Elle avait fait le tard, elle jouissait donc de quelques jours de congé. Je lui proposai une soirée tranquille à la maison, une bonne série à la télévision et des potins à n’en plus finir. Sur l’heure, je devais me préparer. Le devoir m’appelait, qu’importe mon état de fatigue et d’angoisse. Je serais bien restée là pourtant. En quittant l’appartement, j’eus la désagréable sensation que les moments pour nous parler seraient rares. Le temps ne me détrompa pas vraiment. Il nous fallut un départ pour Chicago pour que je me retrouve enfin avec ma meilleure amie, profitant des joies de cette ville nouvelle.

Nous cherchions un endroit sympa où déjeuner quand je l'invitai à confesser ce qui la tourmentait. Elle était ailleurs. Où ? Je n’en avais aucune idée et à l’instant où elle me révéla sa mauvaise expérience professionnelle, j’en demeurai sans voix. Pour moi, qu’un homme puisse s’en prendre à sa famille aussi violemment me dépassait complètement. D’instinct, et parce que j’étais émotionnellement heurtée par son récit, je la serrai dans mes bras pour nous rassurer toutes les deux. « Comment peut-on en arriver là ? La famille, c’est tellement important. » Songeuse, je me rappelai l’affection de mes parents malgré certaines divergences d’opinions et le caractère particulier de leur rencontre. Ettore n’était pas net, il lui manquait quelques cases, mais jamais il ne nous exterminerait comme si nous étions de la vermine. Jamais. En rentrant, promis, je passerai plus de temps avec ma mère et ma Nonna. En attendant, je comptais bien profiter de mon week-end loin de New York et de nettoyer l'esprit de Lyla de ces images horribles. Aurais-je pu y parvenir si elles avaient été la seule cause de son malaise. Entre elle et Luciano, la situation se compliquait et je ne pouvais m’empêcher de penser que j’étais en partie responsable. C’est moi qui la jetai dans ses filets pour l’aider à se débarrasser de Ruben. Quand je remarquai l’anguille cachée sous la roche, j’aurais dû réagir de suite au lieu d'espérer qu’il se lasse, parce que c’était toujours le cas. Pas cette fois visiblement. Il me dépitait bien plus que Lyla. Elle était sa victime, mais comment lui dire ? Comment lui expliquer sans la blesser ou sans ternir l’image de ce frère que j’aimais malgré tout ? « Ma puce » commençais-je en l’arrêtant par la main. « Tu n’es pas une salope, ne dis pas n’importe quoi. Ruben t’a fait beaucoup de mal. Il a continué à t’en faire pendant tes années. Et là, tu as un gars plutôt beau gosse, on ne va pas se mentir, qui lui fait ravaler sa fierté. Il n’hésite pas à faire des choses complètement insensées et excessives juste pour toi. Je ne connais pas une femme qui serait restée insensible à un truc pareil. Tout se mélange : la reconnaissance, l’attirance…Tout le monde se serait laissée piéger comme ça. Tu n’as pas à t’en vouloir, mais si je peux me permettre un conseil, mets de la distance entre Luciano et toi. » Outre cette peur qu’il me vole ma seule amie, je savais qu’il n’aurait jamais rien à lui apporté, si ce n’est de la souffrance. « J’ai essayé de te le dire avant qu’on arrive ici, il n’est pas ton ami. Lucky n’a pas d’amie et il n’en aura jamais. Il ne s’intéresse à personne à part à lui et au Gambino. Ne le laisse pas t’approcher de trop près, surtout si tu es dans une période compliquée affectivement parlant. » Je soupirai parce qu’à une tout autre échelle, je pouvais imaginer ce qu’elle pouvait ressentir. Quoi de plus agréable que de blottir entre des bras forts d’un type charmant ? De respirer un parfum entêtant qui nous est familier et qui par conséquent nous rassure ? Ce n’était pas qu’une question de sexe, contrairement à ce qu’elle pensait, trop dure et trop exigeante avec elle-même.

Ces petits plaisirs sont nécessaires à toutes les femmes un jour ou l’autre. Tout dépendait de notre état d’esprit, des épreuves que nous avions à traverser. Tous ses paramètres réunis pouvaient amener n’importe qui, même la meilleure d’entre nous, à se laisser aller à une erreur pour peu que l’homme qui nous accompagne soit incapable de se tenir dans les poches. « Je ne peux pas te dire ce que tu as à faire, mais promets-moi que tu feras attention à toi et que tu resteras prudente avec lui. » Je serrais ses deux mains dans les miennes désormais et je l’étreignis une seconde fois, consciente qu’elle craignait tant pour notre amitié que pour son intégrité. « Je sais ce qu’il est, Lyla. Tu n’as pas à t’excuser auprès de moi ou à avoir peur de mon jugement. Je ne suis pas la pour ça, je suis ton amie, pas une copine qui sortira de ta vie demain. On s’est déjà disputé une fois à cause d’une tierce personne, je ne veux pas que ça recommence. » Et encore moins si celle-là est mon frère ou Manuel. Or, la conversation dévia naturellement vers lui et moi, forte de mes certitudes – et aussi parce qu’elle paraissait plus apaisée – je lui révélai la vérité toute nue. « Ça se voit tant que ça ? » lançais-je vexée contre moi-même d’avoir été démasquée si rapidement. « Faut que je fasse attention parce que ça m’embêterait quelqu’un d’autre s’en rende compte. Ils vont se faire des idées alors qu’il n’y a pas lieu de s’en faire. J’aime bien sa compagnie, il me fait beaucoup rire, mais ça s’arrête là. » Du moins me plaisait-il de le croire, car ça rendait ses incessantes allées et venues dans ma tête et dans ma vie plus faciles à gérer. J’insistai donc pour nous convaincre toutes les deux persuadées que je pourrais m’arrêter là dans mes explications, mais je saisis vite que c’était peine perdue. « On s’est revu une fois après l’autre soir. Enfin deux, mais la première a été aussi rapide que l'éclair. La deusième fois, il est passé vite fait à l’appartement. » J’aurais bien inventé qu’il devait certainement être passé chez mon frère avant, mais son regard sceptique m’en dissuada. « Ou un peu plus longtemps que vite fait… Il est resté avec moi une bonne partie de la nuit, mais il ne s’est rien passé. » Je levai la main droite pour le jurer. « On a discuté un peu de tout et de rien, sans plus. Il n’a jamais rien tenté, tu sais. Je ne suis même pas sûre que ça lui traverse sérieusement l’esprit. Il est pire que Houdini. Il apparaît et il disparaît sans que j’ai le temps de comprendre. On s’envoie bien un message ou l’autre de temps en temps, et c’est tout. En fait, ça ne rime à pas grand-chose donc, si tu penses qu’il est là pour moi, tu t’en fais pour rien. Je pense qu’il est juste là parce que Lucky lui a demandé, pour ne pas se retrouver tout seul comme un con entre nous deux. »  Je haussai les épaules, fataliste, me demandant tout de même quelles conclusions à tirer de ces nombreux messages que nous échangions depuis le début du week-end.

Le soir même, je m’égarais toujours davantage dans ma relation avec Mani, parce qu’elle était innommable et de plus en plus dangereuse. Je me découvris plus jalouse encore que cette après-midi où Becky nous raconta dans le détail de sa nuit avec lui pour cinq traînées surprises avec lui. Le lendemain matin, un baiser au départ innocent – baiser que j’avais moi-même initié – prit une telle ampleur que je bénis chaque coup porté à la porte de la chambre. Je m’en serais réjouie si je n’avais pas deviné qui se cachait derrière. J’avais malgré moi été témoin auditif de ses ébats de la veille. Vers qui d’autres auraient-elles pu se tourner à présent que Luciano révélait enfin son vrai visage ? Adressant quelques mots d’excuse à Mani, j’enfilai mon jeans à la hâte, son T-shirt toujours sur les épaules, pour accueillir mon amie certainement dévastée à cause des obsessions de mon frère. Lui, il avait disparu Dieu sait où. « Calme-toi. On va aller à côté. Pas longtemps » lui chuchotais-je à l’oreille alors qu’elle venait tout juste de se jeter dans mes bras. « Le temps que je me lave, que je me change et que je fasse mon sac. D’accord ? » Je supposais sans doute à raison que c’était le dernier endroit où elle souhaitait s’épancher. La pièce était porteuse de souvenirs agréables sur le moment, mais beaucoup moins une fois flouée. Elle en était blême et pour ne pas qu’elle reste toute seule, je la tirai avec moi dans la salle de bain. « Je suis au courant, tu sais. Je suis au moins au courant du principal. Tu peux cracher ton venin, me dire à quel point il est détestable, tu peux tout me raconter. Je suis de ton côté. Je serai toujours de ton côté. » lui confiais-je sincère, persuadée que vider son sac pourrait lui faire un bien fou. Peut-être même qu’elle pourrait y voir plus clair.






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MessageLun 14 Déc - 18:02





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ft Cinzia de la Vega


« Je ne sais pas, je me pose la question depuis que je suis rentrée à la caserne. Y a des cas comme ça, qui sont plus durs que d’autres. » Et j’en savais quelque chose, en deux ans, j’en avais déjà vu un sacré paquet, comme si tous les malades du monde s’étaient donnés rendez-vous à New York pour faire profiter l’humanité de leur déviance. J’avais parfois l’impression que la guerre était moins dure parce qu’il s’agissait de circonstances exceptionnelles et qu’on pouvait comprendre que ça exigeait de chaque individu qu’il aille puiser au plus profond de lui-même pour en sortir le pire et le meilleur mais ici, il n’y avait que désolation, mort et abomination et personne n’était forcé à quoi que ce soir, ils faisaient tout ça par pur plaisir. C’était pire. Je n’en avais pas dormi les nuits précédentes et je commençais à le porter sur mon visage, je me demandais si je n’allais pas devoir en arriver à la médication pour espérer grappiller quelques heures de sommeil. Ce soir, après mon rendez-vous raté avec son frère, parce qu’il ne pourrait en être autrement vu mon état d’esprit, je prendrais des somnifères et je plongerais dans un sommeil sans rêves amis que j’espérais réparateur. Mais pour ça, il fallait que je vide un peu mon sac, que je me défasse de ce que je trimbalais comme casseroles et qui me pesait. Je ne voulais pas être une ce genre d’amie pour Cinzia, je ne l’avais pas approchée pour me faire bien voir par son frère et espérer me l’envoyer, loin de là et je ne voulais pas être renvoyée à cette image peu flatteuse qui ne me ressemblait pas le moins du monde. Je le fis sans doute de la mauvaise façon mais elle ne me hurla pas dessus et je ne reçus pas de chocolat chaud en pleine gueule, c’était plutôt bon signe, pas vrai ? « Je ne suis pas si stupide, Cinzia… Crois-moi, c’était vraiment sous le coup de l’adrénaline. C’est comme chaque fois que je me bats, il faut que je picole ou que je danse ou bien que je baise, quand je peux. Ça devient viscéral. Ton frère était là, c’est tombé sur lui. Mais oui, j’ai mis un peu de distance depuis, pas à cause de lui mais à cause de moi. Je ne tourne pas rond. » J’avais toujours été maître de ma personne et il en fallait beaucoup pour que je me mette à agir comme une jeune pucelle qui venait de goûter aux joies du sexe. «  Tu sais, Cinzia, je pense que tu sous-estimes ton frère parfois. Il a beaucoup de défauts et on ne peut pas dire que ce soit le type le plus net de mon entourage mais c’est un gars bien. Il a son propre système de valeurs et son propre code moral mais il lui arrive de penser aux autres plus souvent que tu ne le crois. » lui fis-je remarquer d’un ton totalement neutre. J’espérais qu’elle n’irait pas se foutre dans le crâne que j’en étais amoureuse et que c’était la raison pour laquelle je le défendais. Je donnais mon avis en toute objectivité et parce que je l’appréciais. Il avait toujours été réglo avec moi et même si je l’avais parfois aperçu en train de loucher sur moi, je jugeais ça naturel mais pas terrible s’il se contentait de regarder sans toucher. « T’en fais pas, c’est déjà ce que je fais, comme avec tous les hommes, par mesure de précaution. » Un sourire triste alluma mon visage quelques secondes avant de s’éteindre pour de bon, préférant la serrer contre moi et prendre un peu d’énergie que me prodiguait ce câlin amical.


« Femme qui rit… Enfin, tu sais ce que dit le dicton, pas vrai ? Je vois bien comment tu le regardes et la manière dont il t’envisage aussi, Cinzia. Je vois déjà ce qui est en train de se jouer et je ne vais pas te dire ce que tu dois faire, seulement te conseiller, une fois de plus, de te méfier et de faire gaffe. Mais s’il te plaît, je ne peux rien contre ça. Après tout, je crois que c’est la maladie de toutes les filles, d’en pincer pour des bad boys, jusqu’à ce qu’on réalise combien ils nous font du mal. »
Je serrai sa main dans la mienne, je n’avais rien d’autre à ajoute, de toute façon. Elle m’avoua qu’il était passé à l’appartement et j’ouvris des yeux ronds alors que je me demandais comment il avait réussi cet exploit. S’il parvenait même à s’inviter chez nous, elle n’était plus en sécurité nulle part. Une rage sourde s’alluma et dégagea un peu de ma morosité à coups de pied. S’il osait la blesser, j’allais lui botter le cul tellement fort qu’il allait pouvoir retourner jusqu’au Salvador sans billet d’avion. « Oui, parce que c’est bien le genre des types comme Manuel Herrera ou comme ton frère de s’obliger à aller quelque part pour tenir compagnie. Je veux bien qu’ils soient amis, mais crois-moi, ce n’est pas ton frère qu’il regardait dans l’avion ! Il n’est franchement pas discret ! » m’exclamai-je sans pouvoir m’en empêcher. « Et à mon avis, vu comme ton frère a l’air de bien, ce qui n’est pas le genre de la maison, il doit être dans la confidence. De quoi ? J’en sais rien mais c’est vraiment flippant ! Toi, t’as envie de quoi ? On ne parle pas des règles de ton père et de tes frères mais de toi ? S’il t’invitait à sortir, tu irais ? » demandai-je avec intérêt et en ayant l’air détendu mais à la rage se mêlait une angoisse bien réelle. Qu’allait-il lui faire ? J’aurais sans doute mieux fait de me soucier de savoir à quelle sauce je serais mangée, moi. J’aurais dû me douter que Luciano avait quelque chose derrière la tête au moment même où il apparut en claironnant que son frangin ne viendrait pas. Mais ça me faisait tellement plaisir de le voir et de me dire que nous pourrions passer la soirée ensemble, sans prise de tête, sans obligation d’être agréable ou d’avoir l’air sage et intéressante. Je pourrais être masculine, jurer, boire et même vomir si j’en avais envie. J’aurais mieux fait de terminer mon verre, de lui dire que j’allais m’acheter des burgers et que j’allais me coucher. J’avais des courbatures comme si je sortais d’un entraînement violent au dojo, sans parler des bleus et des plaies de mon âme. Je m’étais donnée corps et âme à un type que je pensais mon ami sous de faux prétextes et sans avoir la moindre bague au doigt. J’étais pathétique, je l’étais d’autant plus de l’avoir laissé prolonger l’expérience pour l’entendre me faire passer pour la reine des connes. Il avait vu un beau défi et il avait sauté sur l’occasion, faisant semblant de tout. J’en étais malade. J’avais été sincère depuis le début et il avait inventé ses sentiments et ses déclarations pour me faire céder plus vite. Je me fichais de savoir qu’il l’ait fait après un énième ébat, ça ne changeait rien, je me sentais salie aussi bien par ma bêtise que par sa malhonnêteté.

« J’ai fait une connerie, Cinzia, une putain de connerie ! » Ce fut un supplice de passer à nouveau dans cette chambre, je me félicitai d’avoir tout arrangé, j’aurais eu encore plus honte que maintenant. « C’est de ma faute, c’est ça la vérité. Je lui ai sauté dessus. D’abord au casino puis dans l’ascenseur… Mon Dieu ! Je ne suis qu’une traînée ! » Je la poussai pour vomir dans les toilettes, l’angoisse parlait à ma place. Je me passai de l’eau sur le visage, refusant de me regarder. « Je suis qu’une boule de nerfs, il n’a qu’à appuyer où il faut et je ne réponds plus de rien. » Je tremblais, paniquée et je finis par aller me chercher un anxiolitique pour ne surtout pas faire une crise ici et maintenant. « Je vais aller chercher la pilule du lendemain. Il faut que j’aille me confesser, il le faut ou il va arriver quelque chose d’horrible. Cinzia, je ne sais plus me tenir, plus du tout. Tu te rends compte ? Si ça m’arrive au travail ? Si je… » Je me mis à sangloter comme une enfant. « Je dois rentrer au couvent ou je vais mal finir, je vais faire honte à toute ma famille ! » Recroquevillée sur moi-même, le visage caché contre mes cuisses, je pleurais toutes les larmes de mon corps, priant pour que le médicament fasse vite effet.  J’étais plus calme devant la pharmacie et encore plus lorsque je parlai au prêtre mais je sentais ma peine en arrière-plan, elle me grignotait de l’intérieur. Je pris deux médicaments de plus pour supporter d’être dans le même avion que les deux autres crétins et je ne leur accordai pas un regard, finissant par m’endormir sur l’épaule d’une Cinzia qui faisait de son mieux.


***


Ce fut un vrai miracle qu’elle parvienne à me convaincre de ne surtout pas entrer dans les ordres, il s’en était fallu de si peu. « Il a quoi ? » Elle et moi, même combat, elle avait seulement rongé son frein pendant les premiers jours et j’avais fini par me coller un coup de pied au cul pour me remettre sur pieds, juste à temps visiblement. « Mais quel pauvre type ! Une demande en mariage ? Sans bague et sans vraie demande ! Il mérite vraiment un coup de genou dans les burnes. Et là, il te rejoue le coup du mec invisible ! Est-ce qu’il y a un connard plus connard que lui ? Hein ? Tu as bien fait de ne pas lui répondre, il croit quoi ? J’hallucine ! Tu sais quoi, toi et moi, on va aller faire le plein de gras, on va bouffer comme des morues et picoler, beaucoup, avec de la musique à fond et puis on le maudira sur des centaines de générations, ça te plaît comme plan ? »









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MessageVen 18 Déc - 1:39





And I'm feeling good
ft Lyla Banana


Je n’aurais pas manqué d’adjectifs pour décrire Lyla tant par ses qualités que pour ses défauts. Elle était dotée d’une forte personnalité qui laissait peu de place à la stupidité. Lyla était une femme intelligente et clairvoyante, mais le physique tapageur de mon frère l’aveuglait. Adolescente, j’appelais ce phénomène plutôt récurrent chez mes copines, le syndrome Lucky. Andy parfois. Il n’était pas en reste. Mais, en rencontrant la Mexicaine, et plus tard, en lui collant mon ainé entre les doigts, j’aurais juré qu’elle était immunisée contre ce genre de personnage charismatique et faussement altruiste. J’en aurais mis ma main au feu en toute confiance, mais je m’étais trompée. Certes, je ne la jugeais pas. Je fondais comme neige au soleil devant un spécimen du même genre. La différence, c’était que Lyla m’avait avertie de qui il était. Elle y avait mis tout son cœur et toute sa véhémence. Moi, je ne la mettais jamais en garde qu’à mots cachés parce que j’étais tenue par les secrets de ma famille. ET je le regrettais. Pour la première fois de ma vie, le choix des miens pesait lourdement sur mes épaules pour d’autres raisons que mon besoin d’indépendance. Ce lest, il imposait des limites à notre complicité. Cet après-midi-là, je n’en révélai pas davantage sur ce qu’était mon ainé, pour lui, pour Cosa Nostra et une impression dégueulasse me colla soudainement à la peau, l’impression d’être une amie pitoyable, la salope qui verrait se noyer son seul point de repère sain, mais ne lui tendrait pas la main. J’en baissai les yeux, honteuse de provoquer sa perte malgré moi, soucieuse de la préserver, toujours, au mieux, mais en demeurant impuissante face à cette situation. J'entendais bien que mon rendez-vous avec Gabriele ne donnerait rien. Je priais jusqu’à m’en convaincre, mais une part de moi n’y croyait plus vraiment. « C’est pour tout ça que vous vous entendiez si bien. Vous avez beaucoup de points communs. Je comprends que ce soit aussi facile, mais ne te laisse pas tomber amoureuse de lui. Je t’assure, je ne le sous-estime pas, j’ai grandi avec lui et crois-moi si je te dis que ce n’est pas toi qui ne tournes pas rond. Bien au contraire. Il ne pense aux autres que s’il peut en tirer avantage. Ce n’est pas bien de dire ça, mais c’est la vérité. Il ne reste plus qu’à te demander ce qu’il attend de toi. » lui conseillais-je en haussant les épaules. La seule chose qui pourrait peut-être la faire changer d’opinion sur le Gambino dont elle semblait s’être éprise ne m’était pas autorisée. Alors, je me laissai mener sur cet autre sujet qui nous brûlait les lèvres depuis notre première et dernière dispute : Mani.

Lyla mourrait d’envie de savoir ce qui se tramait entre nous et moi, je n’en pouvais plus de tout lui cacher. J’avais besoin d’en parler, qu’elle m’aide à y voir plus clair ou qu’elle me détourne de cette voie sans issue. Pas d'avenir possible entre Manuel et moi. J’étais probablement promise à un autre depuis ma naissance, un autre que mon père sortira de derrière les fagots, signant ainsi la fin de mon innocence. Quant à lui, sa réputation n’était plus à faire. C’était un homme à femmes, un séducteur, un Casanova qui fuirait l’engagement. Si tant est que je puisse lui plaire différemment que ma généreuse poitrine, il y avait peu de chance qu’il se lie à moi en attendant vainement que je lui permette de dégrafer mon soutien-gorge. Ce jeu le lasserait bien vite. Je deviendrais la petite copine cocue dont on se moque éperdument puisque cette histoire ne serait pas faite pour durer. C’était couru d’avance. Aussi, envisageais-je difficilement qu’il soit à Chicago uniquement à cause de l'amour de la fête. « Je sais. Enfin, pas qu’il m’envisage. Tout ce qu’il envisage, c’est de découvrir sur se cache sous ma robe. Je vais pas te mentir, c’est vrai que j’en pince un peu pour lui, mais pas comme tu le crois. Je veux dire, c’est pas bien méchant. Ça va s’éteindre aussi vite que ça s’est allumé dès qu’il se sera lassé. On est pas amis lui et moi. On se voit pas souvent. Ce sera beaucoup plus facile à gérer. On ne se voit pas aussi souvent que toi et Luciano par exemple.» Contrairement à elle, ce que je me gardai de préciser, préférant qu’elle décode le sous-entendu suivant puisqu’elle me connaissait bien et qu’elle était parfaitement en mesure de saisir que de nous deux, j’étais la seule à avoir de quoi m’inquiéter.

Elle prétendit tout l'inverse cependant et je réalisai que j’en avais certainement trop dit pour son bien à elle. Souligner sa correction et sa galanterie devint une nécessité, mais elle ne semblait pas l’apaiser pour autant. Tout était danger pour elle : sa présence et surtout ses regards qu’elle décrivait comme insistant, que je n’avais pas vraiment remarqués à force d’éviter de poser les yeux sur lui. « Ah oui ? Il me regardait ? » m’exclamais-je tout sourire pour me reprendre un peu trop tard. Lui opposer qu’il me laissait complètement indifférente serait d’une mauvaise foi digne de Luciano. « Soit, oublie cette question. Fais comme si je ne l’avais posée et dis-moi plutôt à quoi tu penses. Tu crois qu’il est là pourquoi si ce n’est pas pour faire la fête avec mon frère ? » m’enquis-je avant de sentir mon téléphone vibrer dans ma poche. Un nouveau message, un de plus qui me ravissait autant que le premier pourtant plus anodin. « Il l’a déjà fait, tu sais. M’inviter à sortir, mais lui et moi, on souffre de ce qu’on appelle un problème de timing, ce qui ne doit pas être un hasard si tu veux mon avis. Après, si un jour il le fait et que j’ai du temps à lui consacrer, j’irai. Je t’ai dit, j’aime sa compagnie. Est-ce que ça veut dire que j’aurais envie qu’il se passe un truc entre lui et moi ? Parfois oui, parfois non. Ça restera platonique, il se lassera et j’en souffrirai. Je ne suis pas maso au point d’avoir envie de me faire du mal alors que je sais déjà que ça n’aboutira à rien. Il suffit que je m’en rappelle pour que je fasse dix pas en arrière. » conclus-je alors que l’heure approchait de retrouver le casino. Dans la chambre, je lui confiai mes projets pour la soirée et lui souhaiter bonne chance pour la mienne. Je lui certifiai que je prierais pour elle également et peut à peu, mes pressentiments laissèrent place à de la foi. En elle, surtout. J’étais loin de m’imaginer à quel point elle obsédait Lucky. J’aurais refusé qu’il nous accompagne durant ce voyage. Il nous avait tendu un piège vicieux qu’il me dévoila au fil de la nuit.


***


Je récupérai Lyla en morceau le lendemain et le pire, c’était qu’elle ne le blâmait pas. Elle lui trouvait des excuses, se fustigeant d’avoir été trop faible. Mais moi, je savais que ce n’était pas de sa faute. J’en étais convaincue. « Tu n’es pas une traînée, Lyla. Arrête de dire ça. Arrête de le penser et arrête de croire que je pourrais le penser. Crois-moi, j’ai une vague idée de ce que tu as pu ressentir hier soir. » Vague, car elle avait un désavantage par rapport à moi, celui de connaître, mais ça n’enleva pas grand-chose à ce sentiment d’être un danger pour moi-même alors que je passai la nuit aux côtés de la tentation incarnée. « Je vais aller te chercher une pilule du lendemain à la pharmacie. Tu vas essayer de dormir un peu aussi et puis, quand tu seras plus calme, on y verra plus clair toutes les deux. Là, tu es sous le choc et tu dis n’importe quoi. » Renfilant le T-shirt jusqu’ici à moitié ôté, je lui tins les cheveux pendant qu’elle vidait le contenu de son estomac. Je lui servis un verre d’eau qu’elle agrémenta d’un médicament pour se libérer de ses angoisses et moi, renonçant à prendre ma douche, je m’arrangeai pour nous dégoter une nouvelle chambre, même si nous partions dans quelques heures. Gaby fit des pieds des mains pour me satisfaire et une fois à l’abri de ses souvenirs, je restai auprès d’elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme.

Lorsqu’elle se réveilla, elle était plus disposée à discuter, mais elle n’en démordait pas : elle rentrerait au couvent. « En rentrant à New York, on ira voir le Père Edgardo et tu verras qu’il te dira comme moi : tu n’as pas besoin de vivre en recluse. Tu n’es pas anormale, tu ne veux juste pas admettre que tu es raide dingue de mon frère. » L’échelle était différente, mais ma remarque fit écho en moi douloureusement. Ce matin, cette barrière, certes peu élevée, mais solide pour tout autre, Mani l’avait détruite avec une telle aisance que j’en blêmis rien que d’y repenser. Ainsi, faisant fi de mes considérations, je lui révélai une part de vérité sur la personnalité de mon frère, la plus respectable, et non pas l’honorable. « Je sais tout ce que je t’ai dit sur mon frère, que je te l’ai décrit comme une ordure, et ce qu’il t’a dit ce matin, ça ne fait que le confirmer, mais c’est toi qui as raison. Il n’est pas aussi terrible que j’ai essayé de te le faire croire. Qu’est-ce que je t’ai dit l’autre soir : il ne s’affiche avec personne. Jamais. Ma mère pensait qu’il était gay. Ce soir, le casino était bondé de membres de notre famille. Pourtant, il ne t’a pas emmené dans un petit bar à la con. Il s’est mis à nu devant tout le monde. Il n’a pas essayé de te cacher. Il a demandé à Gaby de ne pas venir pour passer la soirée avec toi. je le sais parce que je viens de me mener ma petite enquête. » Je soupirai, ses mains serrées dans les miennes pour plus de poids, consciente que si je me trompais, je ferais pis que mieux, mais une part de moi croyait chaque mot, car ils étaient honnêtes. « Il n’a jamais fait étalage de sa vie sexuelle non plus, encore moi avec moi, c’est un sujet tabou. Or là, si tu as raison, s’il est dans les confidences de Manuel, il ne s’est pas tracassé d’où je passerais la nuit et il ne s’est pas non plus tracassé de ce que son ami et moi aurions pu entendre. Je ne peux pas te jurer qu’il  va s’engager, mais je suis sur que ce n’était pas qu’un jeu. J’en suis même certaine. » Je me jurai que je m’entretiendrais avec lui très prochainement, dans l’avion. Cette discussion n’arriva jamais. Mani, en une phrase, m’avait complètement chamboulée et je n’avais même pas le loisir de le confier à ma meilleure amie. Elle était dévastée.

Je le fis un soir où me faire sortir de ma chambre lui demanda plus de ruse que nécessaire. Je n’étais pas la dernière à répondre à l’appel de la fête en général. D’aussi loin que je me souvienne, elle ne m’avait jamais vue dans un tel état d’égarement. Toutes les excuses étaient bonnes pour me goinfrer de sucreries, de chips et de glace. Je mangeais parfois jusqu’à m’en rendre malade, car nauséeuse, j’avais à peine la force de penser. Je le faisais trop. J’essayais de comprendre d’où venait à Mani cette envie de m’épouser et je songeai à tant de possibilités, que j’avais réussi à me perdre moi-même dans mes suppositions. En parler avec objectivité me demanda un effort d’ailleurs et, si sa réaction me conforta un peu dans ma déception, je refusais obstinément de sortir. « Non ! New York, c’est un petit village de 100 personnes pour Manuel. Je ne sais pas s’il était sincère, mais je sais qu’il est très doué pour se montrer et m’ignorer quand ça lui plait. Il est imprévisible et comme je n’arrive pas à comprendre ce qu’il me veut exactement, je préfère rester ici. Je t’assure. On peut commander si tu veux, se mater un film et le maudire sur toutes les générations que tu voudras, mais je n’ai pas envie de sortir. Je n’ai même pas envie de me préparer » marmonnais-je en m’enfonçant dans mon fauteuil, en pyjama, m’engonçant dans une couverture polaire.

« Tu sais, ce n’est pas tant la façon dont il s’y est pris ou le fait qu’il n’y avait pas de bagues qui m’a posé problème. C’est sa réaction. Il n’était pas déçu, il était en colère, comme si je l’avais blessé dans son égo alors que je n’ai même pas dit non, j'ai juste demandé à réfléchir. Je voulais pas prendre de décisions précipitées. J’ai l’impression qu’il s’imaginait qu'il me faisait une faveur, comme si j’étais une pauvre fille qui n’attendait que ça et ça, ça me fait chier, parce que c’est entièrement de ma faute. À chaque fois qu’il me sourit, j’ai envie de l’embrasser, ce que je fais une fois sur quatre, comme si c’était normal. Je suis tellement stupide parfois.
» Rouge de honte, je me cachai sous la couverture. « Le pire, c’est que j’allais lui dire qu’il valait peut-être mieux qu’on ne se voit plus lui et moi, avant que ça ne dégénère. Et maintenant, c’est lui qui ne veut plus voir. Sauf que j’ai besoin de réponse moi. » soupirais-je alors que mes mains glissaient sur mon visage. « Peut-être que je devrais aller le trouver pour qu’il m’explique ce qui lui est passé par la tête. Je n’en sais rien. Je suis un peu perdue » Comme l’était mon frère qui persistait à ignorer Lyla. « Il peut bien donner la main à mon frère, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Il ne t’a toujours pas appelée ? Il a répondu à ton message au moins ? Est-ce que tu veux que j’aille en discuter avec lui ? Peut-être que je pourrais obtenir quelque chose qui t’aidera à te sentir un peu mieux. Je vois bien que tu n’es pas en forme non plus. » m’enquis-je en ouvrant une place pour elle sous mon plaid, attrapant mon pot de glace au passage et lui tendant une cuillère qu’elle se joigne à moi pendant ma mutation en Briget Jones.






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MessageLun 21 Déc - 18:12





And I'm feeling good
ft Cinzia de la Vega


« Cinzia, ce genre de type ne s’intéresse jamais à une femme aussi longtemps sans en obtenir quelque chose. C’est ce qui m’inquiète, ça doit être plus sérieux que ce que tu veux bien voir et crois-moi, ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle. » J’aurais préféré qu’elle jette son dévolu sur mon frère. Il était membre de la MS, certes, mais c’était un homme bien qui avait bien plus à lui apporter qu’un type violent et psychotique comme Manuel Herrera. Il se débrouillerait pour la rendre complètement dépendante de lui, d’une façon ou d’une autre et il se servirait d’elle comme un pantin, la prenant quand ça lui chantait et la jetant quand il serait las, pour recommencer le jour suivant, parce que c’était exactement le sort qu’il réservait à Térésa qui s’accrochait vaille que vaille, motivée par l’appât du gain. Je n’avais pas une haute estime pour la jeune femme mais il fallait reconnaître qu’elle était tenace. Elle aussi, n’hésiterait pas à en faire baver à la sicilienne quand elle aurait compris que ça devenait bien plus sérieux que ce que Cinzia voulait bien le croire. Tout ça me faisait autant paniquer que de me dire que Luciano et moi étions sans doute trop proches pour notre bien. En effet, nous avions commencé par fonctionner en binôme et ce n’était pas une bonne chose, pour la simple et bonne raison qu’à partir du moment où il me contraignit à sortir sa petite sœur de l’équation et à focaliser toute mon attention et mes énergie sur lui, il avait créé un déséquilibre et ouvert une porte d’un grand coup de pied. Je l’avais ouvert davantage en lui sautant dessus dans sa voiture, allumée par l’adrénaline, le sang et le besoin compulsif de me blottir contre quelqu’un. Je ne voulais pas admettre que ce n’était pas un cas isolé, une fois comme ça, sans réfléchir. Je refusais d’entendre que s’il n’avait pas eu une place à part dans ma vie, je n’aurais même pas envisagé de plonger ma main dans son pantalon avec gourmandise. Les images de ce soir-là me revinrent d’un coup et me nouèrent l’estomac, j’avais d’autant plus honte. « Cinzia, il n’est pas ici pour les beaux yeux de ton frère, je crois qu’il y a vu une occasion et que tu sois aussi réceptive, ça l’a sûrement enthousiasmé un peu plus. Je ne sais pas ce qu’il attend mais sûrement pas de te sauter pour te laisser demain, ou bien il aurait déjà tenté de te retirer tes fringues. Ça sent le coup fourré ! Il t’a invité au restaurant ? Tu sais, je ne serais pas étonnée qu’il te sorte une bague et te fasse une demande. » C’était l’idée la plus folle qui me venait à l’esprit, là maintenant mais je ne voyais que ça, il n’y avait qu’un malade pour faire un truc aussi démesuré et étrange alors qu’il ne connaissait Cinzia que de vue et du peu de temps qu’il avait passé e sa compagnie. Mais la frustration qu’elle avait déclenchée en refusant ses avances et en se préservant un maximum avait dû accroître son envie de la posséder toute entière et je ne connaissais aucun meilleur moyen que le mariage pour ça. Vu sous cet angle, on ne faisait pas plus avilissant. « Quoi qu’il arrive, évite de te retrouver seule avec lui, pour le moment, Cinzia, tant qu’on ne saura pas ce qui l’anime ! »

J’aurais sans doute dû appliquer mes propres conseils, ça m’aurait évité bien des mésaventures et surtout de gerber tout ce que je pouvais dans les toilettes, en me disant que j’étais la fille la plus dégueulasse de la création. Je ne sus trop comment je parvins à m’endormir mais je réussis, incapable de demander un complément d’informations à Cinzia sur sa nuit et sur les raisons de sa totale compréhension. Je me promis de le faire dès que je serais en état. Quand j’ouvris les yeux, je ne me sentais pas mieux, j’avais seulement envie de me cacher et de rentrer dès maintenant au couvent pour essayer de faire pénitence. Que Cinzia me balance en plein visage mes sentiments pour son frère me fit l’effet d’une paire de claques. Je n’avais pas besoin d’entendre ça, je ne pouvais pas supporter l’idée, parce que si j’étais amoureuse de lui, de près ou de loin, je pourrais bien aller me faire foutre avec ça, ça ne l’intéressait pas et il n’avait pas eu besoin de beaucoup de mots pour me le faire comprendre. « Ma chérie, je sais que tu essaies de m’aider mais me donner de faux espoirs, c’est le pire à faire. Je vais me faire une raison, essayer de prendre le meilleur de la situation et trouver une solution pour ne pas trop en pâtir. C’est de ma faute. Je savais bien quel genre de personne était ton frère avant de me lancer là-dedans, je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête mais je vais faire en sorte que ça n’arrive jamais plus. » Je ne reconnus pas ouvertement que je ressentais quoi que ce soit pour lui, cela aurait été le début de la fin, j’aurais dû passer pour une désespérée et j’avais ma dose pour le moment. Devoir le recroiser et me trouver en sa présence tout le long du vol retour fut une claque suffisante pour que je refuse de me laisser abattre en public. Je me débrouillai pour que mes journées soient surchargées et pour que la spiritualité prenne la place de mes sentiments et de tout ce qui me donnait l’impression de m’attirer vers le bas. Tant que je ne serais pas en mesure d’avoir un total contrôle de moi et de tous les paramètres les plus incertains, il me faudrait me fatiguer au maximum. M’occuper des autres était aussi un super exutoire et depuis que Cinzia avait été lâchement abandonnée par un Mani susceptible, je faisais de mon mieux pour qu’elle se remette et pour qu’elle tente de passer à autre chose. J’avais toujours l’espoir fou qu’elle abandonne l’idée de fréquenter Mani pour mon frère ou un type plus respectable et moins tordu.

« Je ne te proposais pas de sortir, du moins seulement de ta chambre et de ton lit. » répliquai-je avec un sourire, en haussant les épaules. « Non, je pense qu’il se comporte comme ça avec tout le monde, il croit que le monde entier lui est redevable ou il fait en sorte que ce le soit, parce que les types comme lui ont besoin de ça, tu sais. Ne te rends pas malade pour un con pareil ! » Quand elle m’affirma qu’elle voulait aller le voir pour obtenir des réponses, mon regard s’alluma et je m’installai près d’elle. « Ne fais surtout pas ça, poulette, surtout pas ! Ou il va continuer à te faire courir, il va finir par revenir, je te le promets qu’il reviendra te donner ce que tu as besoin de savoir ! » Même si pour ça, je devais m’humilier et aller lui remonter les bretelles, passer pour une connasse irrespectueuse et risquer de me faire dessouder. Je ne voulais pas qu’elle aille se mettre à genoux devant ce trou du cul. Il aurait dû lui offrir des montagnes de fleurs, lui chanter des chansons d’amour tous les jours et lui offrir d’être son esclave jusqu’à la fin des temps au lieu de jouer au chat et à la souris. « Faut reprendre tes activités, sortir, et revivre, sinon tu vas finir par devenir complètement folle ! » Je posai ma tête sur son épaule et fermai les yeux quand elle remit son frère sur le tapis, paniquant à l’idée qu’elle puisse aller le voir. Non, il n’avait pas répondu à mon message et ce n’était pas plus mal, ça avait été une erreur, comme Chicago et comme cette fois dans sa voiture. « Il n’a pas répondu mais c’est bien comme ça. T’en fais pas. Bon, on commande quoi ? Chinois ? Thaï ? J’ai envie de manger et de boire, beaucoup ! » Nous terminâmes en soutif à chanter des chansons à tue-tête jusqu’à ce que nous n’ayons plus l’énergie. Je retrouvai l’appartement couverts d’emballages de nourriture et de fringues, de cadavres de bouteilles et de bouts de papiers sur lesquels on avait écrit les pires insultes que nous connaissions.  Cela remonta le moral de Cinzia jusqu’à ce que sa mère se retrouve dans un lit d’hôpital. Mani avait refait une incursion dans sa vie et elle semblait revivre, j’étais heureuse pour elle, j’avais forcé le destin pour qu’elle ne broie plus du noir et j’étais heureuse d’avoir aussi utilement risqué ma vie. De mon côté, parce que j’estimais qu’elle avait d’autres chats à fouetter, je tus ma conversation avec son frère, jusqu’à ce qu’elle nous tombe dessus par hasard, alors que nous rentrions d’u pub. J’avais à peine bu, il était passé me chercher après le boulot et le saluai d’un signe de tête sans oser croiser le regard de sa sœur qui rentrait sûrement d’une soirée avec Mani. Je rentrai la première, voulant en profiter pour entrer dans ma chambre et m’y enfermer mais elle me saisit le bras. « Oui ? » demandai-je en lui faisant face, prenant un air innocent. « On n’a pas couché ensemble, on ne s’est même pas touchés et on a même pas parlé de Chicago. Je sortais de la caserne, il était là et voulait qu’on aille boire un verre. J’y suis allée. Mais c’est sûrement à cause de ce qu’il m’a dit à l’hôpital.  Je ne sais pas trop comment je dois le prendre mais je… J’aime bien sa compagnie. »




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MessageLun 28 Déc - 1:56





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La raison parlait pour elle et elle devait être dans le bon, sauf que je ne l’entendais pas de cette oreille. J’aimais que Mani me tourne autour, car ça rendait justice à toutes ces fois où l’inverse était plus vrai que le contraire. Ces messages et ses invitations avaient quelque chose de rassurant pour moi. Dès lors, rien de plus facile que d’ignorer les inquiétudes de ma meilleure amie. Principalement celle qui concernait une éventuelle demande en mariage. J’éclatai de rire, mais persuadée qu’elle plaisantait. Mais, elle était on ne peut plus sérieuse. ça ne fit qu'accentuer mon état d'hilarité. J’en avais mal aux joues et je dus soutenir mes abdos pour retrouver assez de souffle et ainsi lui rétorquer qu’elle s’angoissait pour rien. Mani et moi, on se connaissait à peine. C’était mon premier argument et je l’estimais infaillible, mais elle le balaya d’un conseil qui lui était tout applicable. Je le soulignai d’ailleurs, même si dans le fond, je perdais mon temps, j'en étais convaincue, tout comme elle gâchait le sien en me renvoyant une image si sombre de Manuel Herrera. C’était bien caché, mais ça se révéla le matin suivant. Si j’étais amoureuse de Mani, elle l’était tout autant de mon frère. Certes, elle était amère et vu le comportement de ce dernier, c’était parfaitement compréhensible. Il l’avait endormie de mots doux pour atteindre un objectif éphémère. Mais moi, pour bien connaître Luciano, je savais que son attitude dissimulait autre chose que cette supercherie de salaud de première. Je pensai tout mon discours dans cette salle de bain. Je n’ajoutai rien cependant. Cette façon qu’elle avait de réfuter mes certitudes était peut-être celle utile à apaiser son tourment et sa peine. Je n’étais personne pour l’inciter à se complaire dans cet espoir-là tandis que tout en Lucky prétendait qu’il se moquait d’elle comme de sa première chemise. Alors, je la serrai dans mes bras en silence, me promettant tout de même de dépenser autant d’énergie à les aider que je n’en avais grillée pour les séparer. Une discussion avec mon ainé s’imposait, mais pour obtenir de lui des explications probantes, je me devais d’être au mieux de ma force. Lui extirper des aveux réclamait de la ruse et de la patience. Or, la mienne s’usait à vue d’œil depuis la proposition de mariage de Mani et sa disparition subite. Ça monopolisait toutes mes pensée, mais je n’abandonnerais pas. Une fois mon problème réglé, je m’attaquerai à leur souci par dévotion et par altruisme, parce que le bonheur de Lyla comptait pour moi. Le hic, c’est que je n’avais aucune idée de la façon dont je devais affronter le mien qui portait un seul nom : Manuel.

Ça me torturait tant l’esprit que je passais de plus en plus de temps dans ma chambre à bosser pour tenter d’oublier ou à courir après une solution. C’était mauvais signe, j’en étais conscience. N’importe quelle autre femme qui ne voudrait pas de cette demande se serait sentie soulagée d’être déniée par son prétendant. Ça signifierait qu’il avait abandonné et donc, de la tranquillité. Or, cette supposition me rendait tout simplement malade et Lyla, qui reprenait du poil de la bête, fut la première à s’en inquiéter. Elle me débusqua alors que je végétais depuis des jours et ne me lâcha qu’une fois que je posai le pied en dehors de mes draps. Je voyais bien qu’elle se faisait un sang d’encre. Je lui livrai le fond de ma pensée – du moins en partie - en rejoignant le salon, emmitouflée dans mes guenilles informes. Jamais je n’aurais imaginé qu’elle s’engouffrerait dans la brèche pour peindre de Mani un tableau si peu flatteur. Je l’avais sans doute cherché. Je n’avais pas été tendre à son sujet, mais moi j’étais blessée par son silence et anxieuse à l’idée de l’avoir perdu. Et elle ? Quelles étaient ses motivations ? M’ouvrir les yeux ? C’était déjà trop tard. J’étais aveuglée par mes sentiments, d’autant qu’il était toujours plein d’attentions pour moi. Celui qu’elle décrivait n’existait pas. « Arrête. Je sais que tu crois m’aider, mais je n’aime pas quand tu parles de lui comme ça. C’est trop tard de toute façon. » Confesser la vérité crue m’était trop pénible, mais elle dût le comprendre d’elle-même, car elle me promit que tout s’arrangerait tôt ou tard. Je fus tentée de lui souffler qu’elle n’avait pas besoin de me servir un discours approchant celui que je tins à Chicago, mais je préférai lui jurer que je retournerai bosser pour ensuite détourner la conversation sur elle et sur mon frère. Il ne l’avait pas rappelée. Il n’avait même pas daigné répondre à ce message qu’elle regrettait certainement. J’en fus désolée pour elle, mais comme elle semblait ne pas vouloir en parler, j’abandonnai là, choisissant le menu. J’optai pour un Thaï et je commandai plus que ce que mon estomac pourrait supporter. Je vidai les placards du bar de nos alcools et j’allumai la radio, prête à en découdre avec ma douleur pour l’endormir. Cette soirée, ce fut un véritable exutoire pour moi. Le lendemain, je me sentais un peu plus forte, mais pas assez pour ne pas réagir à l’affront de Manuel qui se pointa au Times pour sortir sa greluche favorite. Je lui donnais exactement ce qu'il cherchait, c’était évident, mais s’il m’offrait une opportunité de discuter, je pouvais mettre de côté ma fierté pour m’enquérir d’explications et ce fut payant. Assez pour me fier à ses conseils et ses arguments. Vivre, c’était ça l’essentiel et ce fut d’autant plus vrai après l’accident de ma mère et je n’étais pas la seule à le penser visiblement. Lucky et Lyla se côtoyaient de plus en plus souvent sans que je n’essaie de m’y opposer.

Dans l’absolu, j’étais heureuse pour elle. J’espérais sérieusement qu’il se déclarerait, comme il me l’avait laissé sous-entendre lors de notre dernière conversation. Il avait l’air tellement sincère et authentique que jamais je n’aurais imaginé possible que, peu de temps plus tard, j’aurais eu à débarquer chez lui après qu’une dénommée Caitlyn décroche son téléphone à a place. Paraît-il qu’il l’avait oublié. Elle avait même eu le culot de se présenter comme sa copine et de me demander qui j’étais. Salope. Si je mettais la main sur elle, je lui arracherai les ongles les uns après les autres. Bien plus encore quand je le croisai avec Lyla sur le pas de ma porte. « À l’hôpital ? Il t’a parlé à l’hôpital ? Allez, laisse-moi deviner, il est fou de toi ? Non, il voudrait que tu attendes qu’il sache où il en est ? Et là, il te fait le coup de l’ami très attentif à ce que tu ressens ? Lyla, s’il te plait, tu vaux tellement mieux que ça. Je sais ce que je t’ai dit à Chicago, mais je me suis plantée. Crois-moi, j’ai fait une erreur. Il ne te donnera rien, pas maintenant. Peut-être même jamais. Il veut juste que te garder sous le coude jusqu’au moment où il se décidera, pour être sûr que tu ne lui échappes pas. Il est en train de faire de toi sa prisonnière. Comment est-ce que tu peux tolérer, ça ? » Je mourrais d’envie de lui avouer qu’il en voyait une autre, mais mon frère avait été formel. Si je l’ouvrais, il s’arrangerait pour me pourrir la vie et je savais ô combien il pouvait se montrer inventif en la matière. « Si ce n’était que ça, que sa compagnie qui te plaisait, je ne te dirais pas tout ça. Je te laisserais faire, mais tu as beau essayer de me le cacher, c’est tout en lui qui te plait. Je ne juge pas ça, je suis mal placée pour le faire, mais promets-moi que tu te méfies. D’accord ? Jure-moi que tu ne le laisseras pas prendre le dessus sur toi au point de lui donner les moyens de te faire faire n’importe quoi, à commencer par te faire du mal toi-même, volontairement, parce que tu estimeras que c’est toujours mieux que de le perdre. Promets-le-moi. » Mes yeux lui lançaient des appels de détresse. Je ne jouais pas d’ingérence, j’étais réellement morte d’inquiétude pour elle, car je savais tout et que je devinais les conséquences pour elle si elle découvrait cette vérité qui me scia les jambes.

Si je fus stupéfaite de la voir rentrer de sa garde dans un état mitigé entre l’intense colère et la peine profonde ? Pas du tout ! Luciano avait beau être très malin, Dieu protège les gens de bien comme ma meilleure amie. Il leur dévoile les confessions les plus lourdes pour les préserver des douleurs qu’ils ne méritent pas. Je m’y étais donc préparée au point que je la serrai dans mes bras, le geste plein d’excuses que je n’osais exprimer de peur de la perdre. S’il n’y avait eu que de mois, je lui aurais tout dit concernant ladite Caitlyn, mais mon père, qui surprit une seconde dispute entre Luciano et moi sur le sujet exigea mon silence. Obéir était ma seule option, mais Dieu que je me sentais dégueulasse. J’aurais pu lui éviter de tomber nez à nez avec ce couple. Elle aurait mis un terme à ce simulacre de relation qu’elle entretenait avec mon ainé, mais j’en fus empêchée et, désormais, il ne me restait plus que ma douceur et mon affection pour essuyer ses larmes. « Je suis tellement désolée, ma puce. Je ne sais tellement pas quoi te dire, à part que j’ai honte pour lui. Je ne comprends pas comment il peut te faire un truc pareil, tu mérites tellement mieux que ça. » lui dis-je simplement en récupérant dans le tiroir des indélébiles de toutes les couleurs. « Tu sais quoi ? Il ne faut pas que tu restes avec cette frustration-là. Le temps qu’on découvre qui elle est pour lui casser la gueule bien comme ile faut, on va lui casser les couilles à lui et bien comme il faut. Viens, on va aller décorer sa porte. Je suis sûre, tu as des choses à lui dire. » Son visage s’éclaira en partie et nous nous en donnâmes à cœur joie. Loin d’être douée en dessin, sa porte ressembla aux œuvres d’un Picasso de bas étage, à la différence que ce n’était pas aussi abstrait. Le message était clair, mais ça ne calma pas mon frère. Pas le moins du monde. Il passait tous les jours et j’utilisais mon corps comme barrage pour l'obliger à garder ses distances. J’espérais de tout mon cœur qu’il se lasserait, mais il était tenace.

Un matin, un des rares où nous pouvions prendre le déjeuner ensemble, je taillai le sujet qui me préoccupait dans le vif. « Tu sais, ma puce, tu devrais peut-être lui accorder une discussion, comme ça, tu pourras t’en débarrasser. Je sais qu’il t’horripile et je suppose que tu dois avoir envie de l’étrangler à chaque fois que tu le croises, ça me fait le même effet, mais il est pire qu’un Pitt Bull quand il s’y met et là, je t’avoue qu’il me fatigue. » Et ce n’était rien de le dire. Ma relation avec Manuel n’était qu’une ébauche encore, mais ça nous compliquait la vie, d’autant que j’étais dévouée à ma mère qui supportait quelques séquelles ennuyeuses depuis son AVC. « Écoute, ma puce… » commençais-je en lui servant une tasse de thé supplémentaire. « Je ne vais pas te mentir, j’ai essayé d’en discuter avec lui. Il dit qu’elle ne compte pas, que c’est quelque chose qui le dépasse un peu, mais qu’il ne peut pas en parler, pas même à moi. Il avait l’air honnête et je veux bien le croire, tu sais. Ça ne me regarde pas, évidemment, mais quand on est Gambino, il y a parfois des choses qu’on est contrait de faire sans pouvoir discuter. C’est toute la magie de ma famille. À ton avis, pourquoi je cache tant de choses à mon père ? » lui fis-je remarquer en espérant qu’elle lirait entre les lignes. Je n’avais pas le droit d’en dire plus, de peur que ça soit trop. J’avais confiance en elle, mais si apprendre la vérité de ma bouche la poussait à fuir, à tous nous fuir, je ne m’en remettrais pas. « Je ne veux pas te dire ce que tu dois faire, ni même t’influencer, mais prends juste le temps d’y réfléchir, mais pas trop non plus. Essaie de t’attacher à ce dont tu as envie, parfois, ça a du bon, tu sais... Pas toujours, mais ça peut valoir le coup d’essayer. »







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MessageSam 2 Jan - 15:07





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J’ignorais ce qu’il avait de plus que les autres pour que je lui accorde ma confiance aussi facilement et rapidement. Mon propre comportement ne me paraissait pas logique et après tout ce qu’il avait osé me faire, j’aurais dû le sortir de ma vie. A vrai dire, après notre première dispute, quand il avait osé émettre un jugement sur mes choix de vie et sur la personne que j’étais, à ce moment précis, j’aurais dû le remettre à sa place et lui dire d’aller se faire foutre pour ne plus jamais le revoir. Au lieu de ça, j’étais encore là, à chercher où tout avait commencé à partir en couille. Je pouvais bien mentir aux autres mais je n’étais pas capable de me voiler la face bien longtemps. Il me plut dès qu’il laissa entrevoir toute l’excessivité de sa personnalité qui faisait écho à la mienne. J’avais lutté, j’avais fait en sorte de refouler tout ça pour maintenir la raison à la tête du navire, parce que sinon, j’aurais chaviré bien trop vite. Résultat, j’avais fait tout ce que j’évitais depuis ma rupture dramatique avec Ruben. Je me sentais ridicule, d’autant plus quand je réalisais que j’avais gobé absolument tout ce qu’il m’avait dit, acceptant qu’il ne me présente aucune excuse concernant son comportement à Chicago, acceptant qu’il me traite comme n’importe quelle autre conquête d’un soir alors que je savais que je valais mieux que ça. J’avais voulu croire que ce que nous avions était spécial mais le trouver avec une autre me confirma que j’étais tout simplement à côté de la plaque. Ce n’était pas douloureux parce que mon ego venait de se prendre un sacré coup, ça, je pouvais m’en remettre. Non, j’étais blessée parce que j’étais tombée amoureuse de lui et que j’avais commencé à me projeter. J’étais tout bonnement stupide ! Je pouvais critiquer Herrera tant que je voulais, il avait au moins le mérite d’être franc à défaut d’être complètement sincère et de n’avoir jamais changé de cap concernant ce qu’il désirait et comment il le voulait. L’idée de voir ma meilleure amie mariée à un monstre ne m’enchantait pas mais si ça pouvait la rendre heureuse d’être avec lui, je n’avais pas le droit de lui mettre des bâtons dans les roues. J’avais été parfaitement claire sur ce que je pensais de lui, il n’était pas utile de revenir sur la question. Je décidai, au moment où je taguais le mur et la porte de Lucky, que je ferais de mon mieux pour faire en sorte que son histoire fonctionne, espérant que ça me permettrait d’aller de l’avant.  Elle me proposa d’aller casser la gueule de cette fille et si l’idée me tenta terriblement, je déclinai l’invitation, il avait sûrement dû la baratiner autant que moi, elle n’était pas plus fautive que je ne l’étais. Seul Luciano méritait une raclée. Mais c’était encore lui accorder trop d’importance, lui prouver qu’il comptait pour moi. L’indifférence, par contre, c’était l’arme la plus vicieuse et la plus drôle que j’avais à disposition.

Il se démena comme un beau diable pour tenter de se retrouver seul avec moi, sans grand succès. Il frappa à maintes reprises à ma porte pour s’entretenir avec moi mais Cinzia ne lui laissa jamais aller plus loin que le palier. Quant à moi, je passais beaucoup plus de temps au travail et dans le Bronx, ce qui m’évitait de me retrouver nez à nez avec lui et d’avoir à discuter. L’ignorer en société était une chose mais l’entendre me servir ses excuses à la con sans broncher en était une autre. Je pouvais le sentir, ça allait mal finir. Très mal finir ! « Je n’ai pas envie de lui parler, je n’ai pas envie de le voir et je n’ai pas envie de l’entendre mais si tu veux que je lui demande de te foutre la paix, je le ferai. Il n’a rien à dire qui m’intéresse. » déclarai-je sans même lever les yeux de mon planning, entourant ce que je voulais changer et listant les gardes en trop que j’avais fait les semaines précédentes pour essayer de voir quand je pourrais prendre congés. « Ce dont j’ai envie ? Oublier ce qu’il s’est passé et à quel point j’ai été stupide, mais ça me paraît compliqué, alors je vais continuer à faire comme si rien n’était arrivé, c’est plus facile et tellement moins fatiguant. » Je lui offris un large sourire. Je donnais le change mais j’étais dévastée, ça n’aurait jamais dû tourner comme ça, jamais ! « Alors, je ne commence qu’en milieu d’après-midi, je me disais qu’on pourrait aller ensemble pour te choisir une robe. Parce que tu vas aller à l’inauguration de cette boîte de nuit, Cinzia ! Il faut que tu acceptes sa demande, je veux dire, putain, il ne peut pas être plus clair que ça ! Les méthodes sont à chier mais l’essentiel est là. » J’espérais qu’il la traiterait bien, qu’il ferait en sorte de donner tort à sa réputation, même si je ne pouvais pas m’empêcher de m’inquiéter pour elle et pour les conséquences d’une décision pareille. « Le monde n’arrête pas de tourner parce que je ne suis pas là. Ton frère sera là pour chaperonner et rassurer ton père, il faut y aller. Et puis je serai là quand tu rentreras, pour que tu me racontes tout, dans les moindres détails. » Je ricanai et me saisis de sa main pour la presser dans la mienne. « Je serai toujours là pour toi, tu le sais, pas vrai ?! Alors fais-moi plaisir et vas-y. » Je savais très bien ce qu’il se passait dans sa tête, elle avait un souci de conscience, elle s’en faisait trop pour moi et pour ce que je ressentais, j’étais agitée par les mêmes sentiments la concernant mais je refusais de la priver d’un bon moment. Finalement, je fus contrainte de m’y pointer mais je n’y fis pas long feu et me retrouvai bien vite de retour chez moi et seule. Je tournai en rond jusqu’à ce qu’elle soit de retour, lui sautant dessus. « Montre-moi cette bague, allez ! Tu ne vas pas me faire croire que ça a duré aussi longtemps par hasard… A moins qu’il… Oh mon Dieu, faut que tu me dises s’il s’est passé quelque chose ! » explosai-je avec un large sourire, excitée comme une puce, l’attirant dans le canapé. « Je vais faire du thé et je ramène de quoi manger. Raconte-moi tout, à partir du moment où il t’a récupéré ! » J’aurais pu lui parler de sa visite à la caserne, que c’était un connard et qu’il était indigne d’elle mais en tant que meilleure amie, je devais me réjouir.


***


Je venais de rentrer après deux jours de garde, j’étais épuisée et je sursautai quand Cinzia m’interpella, me demandant où j’avais passé la nuit avant de partir au boulot. Elle avait vu ma voiture alors que j’étais censée être à la caserne. « Chez ton frère. » Ca ne servait à rien de mentir, pas à elle en tout cas. Je n’avais pas pris la peine de lui raconter ce que nous nous étions dit devant la boîte de nuit, parce que je ne savais pas trop où nous en étions et que j’étais incapable de me l’expliquer alors tenter de faire comprendre ça à quelqu’un d’autre ! Est-ce que j’y voyais plus clair après cette nuit ? Non, d’autant moins alors que c’était le silence radio de son côté et que ça me rendait folle. Il m’avait fallu une volonté de fer pour ne pas l’appeler ou lui envoyer un message, je ne voulais plus lui courir après. « Il est venu à la caserne, il n’était pas très en forme, il avait même l’air dévasté. J’ai laissé ma garde à un collègue et je suis rentrée avec lui, je lui ai fait à manger et j’ai essayé de lui remonter le moral. Mais ce n’était pas notre première conversation, après la bagarre, à la boîte, il m’a donné quelques explications, je ne sais pas trop ce que je dois en penser, j’ai simplement décidé qu’il ne se passerait plus rien tant que je n’aurais pas de bague à l’annulaire, chose qu’il ne pourra pas m’offrir, vu la configuration de la situation. Alors tu vois, je ne sais pas, ce que je dois faire. Je ne sais pas si je dois rester là, comme la conne que je suis, à espérer, à attendre que cette histoire qui le retient ailleurs soit terminée ou si je dois arrêter les frais. » Je me défis enfin de ma veste,  j’allumai la lumière et me dirigeai vers le frigo pour me sortir de quoi manger sur le pouce. « C’est pas comme si je pouvais encore faire machine arrière. Je suis foutue, je crois. »


***


Elle était entrée précipitamment dans ma chambre pour me demander un avis sur sa robe, je n’eus pas le temps d’essuyer mes larmes. « Désolée, la situation me rend malade, c’est rien de grave. Cette robe, c’est pour aller où et avec qui ? Mani ? »







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MessageMar 5 Jan - 0:41





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J’ignorais les raisons exactes qui justifièrent sa venue à cette boîte de nuit, mais je regrettai d’avoir insisté si lourdement vu la façon dont les choses se déroulèrent. Cette bagarre nous sépara et, si je me retrouvai en bonne position pour aller au bout de mon dessein, je ne me détendis vraiment qu’après avoir reçu un message de Lyla pour m’assurer qu’elle était rentrée saine et sauve. Comme elle m'annonça qu’elle m’attendait avant de me souhaiter une excellente soirée – elle ajouta d’ailleurs quelques emoticons suggestifs qui m’arrachèrent un rire franc – je ne fus pas vraiment étonnée qu’elle me surprenne sur le pas de la porte et qu’elle me tire par le bras pour m’asseoir de force dans le salon. « Non ! Il ne s'est rien passé. Enfin, je veux dire, rien qui ne soit pas racontable et, bien entendu, on fait abstraction de ce moment où… » Elle m’empêcha de continuer pour récupérer dans les armoires de quoi grignoter pour accompagner les détails, et moi, j’en profitai pour enfiler quelque chose de plus confortable. Je lui précisai au passage que je n’avais pas besoin de prendre une douche, si c’était en mesure de la rassurer et je l’entendis s'esclaffer au loin. « Zut, j’aurais dû prévoir une paire de lunettes de soleil pour éviter que tu te brûles la rétine, parce que je te préviens, elle claque. Tu es prête ? » plaisantais-je, amusée de la voir trépigner d’impatience comme s’il s’agissait de ses propres fiançailles. Elle n’hésita pas à saisir mon annulaire pour assouvir sa curiosité d’ailleurs et moi, je ponctuai son geste d’un compliment pour mon précieux bijou. « En réalité, ça fait un moment que je l’ai. Il me l’a confiée l’autre jour, dans la voiture. Je ne te l’ai pas montrée parce que je ne voulais pas que tu me confirmes ce que je pensais déjà et que tu m’as déjà dit d’ailleurs. Je ne voulais pas qu’elle devienne un critère. » Je n’avais jamais été vénale et j’estimais qu’on ne bâtissait pas son avenir sur un gros caillou. La seule raison pour laquelle elle pencha la balance du bon côté, ce n’était pas son prix, mais sa volonté sous-jacente de jurer ô combien ça comptait en la choisissant bien. « Pour les détails, il ne s’est rien passé d’irréparable ou de totalement inédit.  Il était furax à cause de ses deux connards. Je me suis quand même lancée et là, je n’ai pas compris ce qui s’est passé. Je n’ai pas eu le temps de connecter mes neurones que je me retrouvai assise sur une commode comme celle-là.» Je désignai celle qui trônait au salon, qu’elle visualise au mieux, avant de poursuivre. « À retenir ma robe avant que ça dérape, mais il s’est montré parfait. Comme toujours. Plus raisonnable que moi pour tout t’avouer…» soupirais-je pour ensuite lui confier l’épisode de Chicago, tu jusqu’ici pour ne pas qu’elle s’inquiète et parce qu’elle n’était pas en été et les détails de la conversation qui en découla. « Il dit qu’il ne me forcera pas la main et qu’il respecte mes principes et je veux bien le croire. Ce n’est pas ça qui m’inquiète. C’est moi. Normalement, j’aurais dû lui dire qu’il en était hors de question. Je le sais bien. Mais, j’ai fait des suppositions sur ce que ça impliquerait si ça arrivait, parce qu’entre nous, je ne suis pas certaine que je vais pouvoir tenir le coup s’il me refait un coup pareil. » Je grimaçai, honteuse, soudainement trop consciente de ce que j’étais en train de confesser. « Après, il m’a emmené manger un morceau et il m’a ramenée. Dans l’ensemble, tout s’est bien passé. Il a même accepté qu’on garde ça pour nous pour le moment, mais au-delà du fait que j’ai envie de garder ces moments-là pour moi aussi longtemps que possible, c’est aussi tout ce que j’ai trouvé sur le moment pour garder une certaine distance entre nous, le temps que je retrouve mes esprits.» conclus-je craintive à l’idée qu’elle me secoue d’une quelconque façon en me rappeler les dangers de songer, simplement, à mettre un pas de côté. Ça me ferait sans doute du bien, mais je n’avais pas besoin d’être culpabilisée, j’avais juste envie de me rassurer sur la normalité, finalement.

Je l’avais attendue toute la nuit, parce que j’avais aperçu sa voiture, mais elle n’était jamais rentrée. Évidemment, je savais pertinemment où elle était. Ma question était inutile, mais j’espérais qu’elle l’inciterait à me révéler les raisons de ce soudain rapprochement avec Luciano. N’avait-elle pas prétendu vouloir s’en tenir la plus éloignée possible ? Était-ce seulement envisageable ? Je l’écoutai attentivement, la suivant à la cuisine tandis qu’elle vidait le frigo. J’aurais juré qu’elle titubait. Je récupérai donc les ingrédients sélections d’entre les bras, l’invitai à s’asseoir et entrepris de lui préparer quelque chose, que nous puissions discuter à cœur ouvert. « Pour le moment, il ne peut pas, je sais bien, mais je sais aussi qu’il en meurt d’envie. Je ne l’ai jamais vu faire autant d’efforts pour réparer une de ses erreurs. En général, il ne se sent jamais concerné par rien, encore moins par sa propre connerie. Alors, peut-être que tu ne devrais pas te poser autant de questions et juste essayer de lui faire confiance. Si c’est toi qu’il est venu voir quand il n’allait pas bien, c’est que lui, il a confiance en toi, ce qui veut dire également qu’il commence à comprendre où il en est et ce qu’il veut. Laisse-lui le bénéfice du doute. De toute façon, tu es malheureuse avec ou sans lui. La différence, c’est que quand il est dans le coin, il te reste au moins un peu d’espoir. Si tu mets un terme à tout ça, tu pourrais peut-être t’en mordre les doigts et tu sais ce qu’on dit. Vaut mieux vivre avec des remords qu’avec des regrets. » Touchée par ses aveux, je profitai de ce que le poulet picata mijote  un peu dans la poêle pour la serrer dans mes bras. «  Moi aussi, je serai toujours là pour toi, Lyla. Je ne t’abandonnerai pas, quoi qu’il arrive. Je ferai tout mon possible pour que tout s’arrange entre nous.» Si elle en doutait, je le lui prouvai en refusant l’invitation d’Achille à l’accompagner au restaurant. Il voulait s’entretenir avec moi, mais je n’avais que faire de ses reproches – il ne s’adressait jamais à moi que pour en formuler -  si Lyla pleurait dans sa chambre. Je m’assis sur son lit, les couleurs joyeuses de ma robe contrastant douloureusement avec son affliction. « Je devais voir Achille, mais je vais annuler. Je n’avais pas envie d’y aller de toute façon. » Et Dieu que je la comprenais. Elle devait l’aimer passionnément pour accepter de le partager avec une autre, qui d’apparence, paraissait plus légitime. « Est-ce que tu as essayé d’en discuter avec lui ? Il te propose des solutions ? Tu ne peux pas garder tout ça pour toi. Si tu n’en parles pas avec lui, alors, fais-le avec moi. Je n’ai pas toujours les mots, je le sais bien, et je me doute que tu voudrais qu’il te rassure lui-même, mais on peut peut-être essayer de trouver des solutions à deux. On est  un binôme, toi et moi. Pas vrai ? » tentais-je sans pour autant être convaincue qu’elle s’ouvrirait à moi sur sa peine, non par fierté, mais pour ne pas la raviver.


***

Après mon agression, la décision d'Ettorer de m'écarter des dangers de New York fut si précipitée que je crus être incapable de lui annoncer de vive voix. Et pourtant, bien que je n’emportai que le strict minimum, elle m’accompagna dans ma chambre pour me confier que mon frère allait se marier, ce qui ne m'étonna pas vraiment. Andy, à l’extérieur, était une véritable tombe. Dans la maison de Cosa Nostra, il n’était pas homme reconnu pour sa discrétion. J’avais surpris une discussion entre lui et Achille, mais qu’aurais-je pu lui dire ? Mon seul conseil fut de l’inviter à questionner mon père puisqu’il voulait la voir et que sans le respect qu’elle nourrissait pour lui elle aurait déjà rassembler ses affaires. Je fus inquiète tout au long du voyage jusqu’à Los Angeles et dès que j’eus un moment de temps, je l’appelai par PC interposé. « Alors, qu’est-ce qu’il t’a dit ? Tu as pu voir Lucky ? » m’enquis-je le premier soir. Les suivants, je commençai toutes mes conversations en prenant des nouvelles de ma mère avant de l’interroger à propos de Luciano. « Il t’a appelé ? On t’a dit quand il rentrerait ? Lyla, je me doute que tu dois devenir complètement folle, mais essaie de recouper tout ce qu’on sait, tu trouveras peut-être une explication logique. Les Irlandais m’ont agressé et elle l’est aussi. Dis-moi, est-ce que tu crois au hasard ? »




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MessageVen 8 Jan - 19:37





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ft Cinzia de la Vega


« Han putain ! Elle est magnifique ! » Dis-je en lui prenant la main pour la voir de plus près. Plus que belle, elle était énorme. A l’œil nu, j’étais déjà certaine que ce n’était pas de la camelote mais en connaissant Mani, j’en avais la certitude. Ça avait dû coûter un sacré paquet de pognon. Elle avait vraiment dû lui taper dans l’œil et le faire complètement chavirer pour qu’il en arrive à choisir un bijou pareil. Ça me rassurait quelques peu sur ses intentions et la manière dont il comptait traiter Cinzia sur le long terme. Personne ne dépensait autant de pognon pour une bague pour faire de l’esbroufe, personne. On entretenait ses putains avec d’autres sortes de cadeaux mais certainement pas avec une bague qui signifiait autant. « C’est pas un critère mais ça rassure quand même sur le fondement de tout ça, je veux dire, je me demandais quelle mouche l’avait piquée, c’était pas le genre de mecs à vouloir se marier, tu vois ? Je ne doute pas qu’on puisse tomber sous ton charme en un temps record, Cinzia ! Bien au contraire, mais un type comme lui a toujours l’air de vouloir plus que ce qu’il veut bien dire. Mais là, j’ai du mal à trouver une autre signification que ce qu’il te pond depuis le début. Je ne lui fais toujours aucune confiance mais j’ai la certitude qu’il est vraiment sérieux et qu’il veut faire les choses correctement. » Je ne pouvais pas me défaire de mes pressentiments et de mes doutes, néanmoins, je devais reconnaître ce qu’étaient les faits. Je l’écoutai raconter son épisode sur la commode avec un sourire complice, me disant que j’aurais sans doute eu beaucoup de mal à redescendre aussi et surtout à ne pas aggraver la situation par un geste ou une quelconque invitation. Dans ces moments-là, on ne fonctionnait plus du tout sur le même mode que d’habitude et quand on se trouvait en pilote automatique, ça pouvait devenir dangereux. Je posai ma paume sur l’avant-bras de mon amie, essayant de la faire redescendre un peu sur terre. Elle n’était pas faite de glace et parfois, toute la bonne volonté du monde ne pouvait rien face au désir et à tout ce que ça impliquait. Son frère n’avait qu’à sourire et je perdais la notion du temps, il me touchait et je commençais à perdre le contrôle et s’il avait le malheur d’enlever son t-shirt, tous mes beaux principes et mes belles idées sur le mariage et l’abstinence disparaissaient précipitamment. « Cinzia, y a rien de mal à tout ça et y aurait rien de mal à ce qu’il se passe quelque chose avant le mariage. Il ne reculera pas ! Ce n’est pas le genre ! Tu sais ce qu’il fait dans la vie, pas vrai ? C’est le genre de gars qui ne décide de rien au hasard. Il t’épousera, que tu veuilles ou non faire l’amour avec lui avant le mariage, que tu acceptes de revenir sur tes principes ou pas. Pour lui, ça n’a aucune importance, ce n’est pas sur ça que se base sa volonté de t’épouser. Il a eu un coup de cœur pour toi et si tu veux mon avis, ça doit être aussi dur pour lui que pour toi, de devoir se maîtriser constamment. Crois-moi ! Ne te rends pas malade pour tout ça, laisse les choses venir et se faire, ma chérie, relax. T’es presque mariée, tout va bien. » Et s’il lui faisait le coup de Ruben, je m’arrangerais pour lui arracher les burnes à la machette.


***


« Je ne sais pas, Cinzia, Je me demande encore si je vais être capable de le partager, si je vais supporter de l’imaginer avec une autre, de sentir son odeur sur lui quand il viendra me voir et de la laisser avoir et donner tout ce que je refuse de faire parce que j’ai des principes. Les filles de principes, tout le monde s’en tape maintenant, c’est dépassé. » dis-je avec un réalisme et sans misérabilisme. Je savais regarder la vérité en face et voir les choses telles qu’elles étaient. J’avais volontairement choisi la route la plus difficile et la plus longue et Luciano n’arrangeait rien. Ce n’était pas de son fait mais plutôt de ses affiliations et de ce qu’il faisait dans la vie mais malgré tout, ça me mettait dans une position de merde. Je me retrouvais à décider de l’avenir de ce que nous partagions, à sa place, parce qu’il ne voulait pas trop s’avancer, allez savoir pourquoi. « Tomber amoureuse de lui, c’était vraiment un coup de poisse. Est-ce qu’on fait moins disponible et avenant que ton frère en matière de relations sentimentales ? Hein ? Faut croire que j’ai l’amour du risque et que j’aime vraiment me faire du mal. » Je pouffai, essayant de tourner la situation en dérision, ça valait mieux ou bien j’allais me taper la tête contre les murs et faire quelque chose de stupide au terme d’une série de coups répétés qui ne me remettraient pas du tout les idées en place. Je la serrai dans mes bras, heureuse de l’avoir, parce que jusqu’à présent, elle était la seule personne dont je ne doutais jamais et qui ne m’occasionnait aucun angoisse, il n’y avait pas de surprises avec Cinzia, je savais ce qui se passait dans sa tête à chaque seconde et vice-versa, c’était terriblement reposant. « Heureusement que je t’ai ! » lui avouai-je en la serrant plus fort. J’aurais aimé qu’elle ne me surprenne pas en larmes, j’aurais adoré pouvoir m’épargner ce genre de conversations mais exorciser tout ça me permit au moins de faire le point. Sans ça, je n’aurais sans doute jamais sauté le pas pour atterrir chez lui, à moitié à poil et me retrouver à l’écouter m’expliquer comment cela allait se passer. Il méritait sa chance, j’espérais seulement que je ne me fracasserais pas les dents sur le macadam en me lançant là-dedans à cœur perdu. Je me connaissais, la demi-mesure, je ne savais pas faire.


***


Entre l’annonce du mariage de Luciano et le kidnapping de Cinzia, j’avais été sonnée, il me fallut quelques heures pour réaliser et être contrainte de prendre le reste de ma journée parce que je n’étais plus capable de faire face à la situation et que je ne savais même plus pratiquer mon métier comme je l’avais toujours fait. Dire au revoir à ma meilleure amie fut un déchirement, je me retins de pleurer et lui souhaitai un bon voyage, glissant des capotes dans sa poche pour la faire marrer et détendre l’atmosphère. J’espérais que ce voyage à Los Angeles serait moins triste que les raisons qui l’y contraignaient. Je lui promis que tout irait bien pour moi et que rien de grave n’arriverait, que j’y veillerais personnellement, je lui fis promettre de s’amuser et je lui dis que je l’aimais. Ses questions étaient chaque fois les mêmes et je n’avais aucune réponse concluante à lui offrir, je me contentai de lui répéter la même chose et de prendre de ses nouvelles pour savoir comment se déroulait son séjour. Antonella et Achille, surtout, avaient décidé de mettre leur grain de sel, je sentais toute sa frustration et son agacement et je ne pouvais que la comprendre. « Je sais qu’il ne l’a pas fait de gaieté de cœur, je le sais bien. Malgré tout, j’aurais aimé que cet honneur me soit réservé, peu importe les circonstances. Je me sens comme une conne et j’ai beau l’appeler, il ne répond pas et chaque fois que j’imagine les raisons de son silence, ça me rend malade. J’ai envie de la tuer, Cinzia ! » Et pour que de tels mots sortent de ma bouche, c’était que je les pensais tous et qu’il fallait se méfier de ce qu’il allait advenir. « Et toi, as-tu réussi à te débarrasser de ton boulet pour utiliser le cadeau de départ que je t’ai fait ? Franchement, vous êtes tous les deux là-bas, c’est pour profiter, pas pour jouer les coincés du cul tout du long. Achille est frustré, sa bonne femme aussi, tu m’étonnes qu’ils font leur possible pour empêcher les autres de baiser, ça doit pas leur arriver souvent. En même temps, t’as vu la gueule qu’elle a… Même dans le noir je n’arriverais pas à me défaire de cette image…  Avec ce que j’ai dit à ton père sur Mani, il avait l’air en confiance, je ne comprends pas qu’il vous ai collé un chaperon ! »






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MessageMar 12 Jan - 23:10





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Magnifique, c’était le mot. Peut-être était-il même un peu trop faible, bien que ça ne change pas grand-chose à l’impact de cette bague sur quiconque la contemplerait. Ni elle ni moi n’étions des femmes vénales, mais nous étions capables de déchiffrer les secrets d’un tel cadeau. Elle n’était pas seulement énorme, elle déférait du sens aux intentions de Manuel et apaisait nos doutes respectifs. Certes, Lyla s’en méfiait encore. Il faudrait plus qu’une demande en mariage un peu bancal et un splendide bijou pour la convaincre qu’il était quelqu’un de bien, mais elle s’enthousiasmait de ces fiançailles. Ça signifiait beaucoup pour moi. Qu’importe mes confidences, elle ne jugerait pas. Elle me conseillerait avec objectivité en fonction de mes sentiments et non de ses peurs, de ses angoisses ou de ses propres appréhensions. Jamais je n’aurais cru qu’elle me déculpabiliserait sur mes émois, mes réactions ou mon inconséquence dès qu’il plantait son regard dans le mien, qu’il me souriait, qu’il me touchait ou qu’il m’embrassait. Elle me tranquillisa avec une telle douceur qu’elle me délesta d’un poids pesant sur ma poitrine tandis que je hochais de la tête mollement, l’air songeur et surtout attentif aux moindres détails de son discours, principalement ceux qui m’aideraient à ne surtout pas dramatiser la suite logique de notre intérêt mutuel. Elle était défendable, humaine et normale. Dans l’absolu, je n’avais de souci à me faire que si nous demeurions indifférents l’un à l’autre, mais l’accepter, c’était aussi renoncer à cette éducation basée sur l’honneur de la famille. Je la décevrais. Elle me détesterait. Elle aurait honte de moi, avant moi et sans doute plus que moi, ce que je tentai d’expliquer à ma meilleure amie. Elle comprit évidemment. Son passé la contraignit malgré elle à attrister ses proches, mais au lieu de m’enfoncer, elle me conseilla de ne surtout pas me tracasser avec tout ça, que ça n’en valait pas la peine puisque, après tout, n’était-ce pas ce que j’avais toujours voulu ? M’affranchir de l’influence des Gambino parce que j’étais une adulte responsable et surtout raisonnable ? Ils n’auraient à rougir de rien, ajouta-t-elle avec conviction, car chaque moment partagé avec Manuel ne concernait que nous, de la simple dispute à l’accolade décente ou brûlante. Gagnée par ses certitudes, je me couchai plus sereine, bien que je me privai de sommeil en réalisant que je ne l'avais même pas intérrogée sur sa soirée. Quelle amie pitoyable. S’il n’était pas si tard, j’aurais filé droit jusqu’à son lit pour réparer mon erreur. Il était hors de question que je devienne ce genre de filles assez égoïste pour se concentrer uniquement sur son propre bonheur. Alors, je me jurai que ça ne se reproduirait plus, que je serais attentive à ses déboires avec mon ainé à l’avenir, que jamais plus je ne la délaisserais pour quiconque. Pour qu'elle me pardonne, je lui préparai un repas froid et équilibré pour sa prochaine garde et je respectai mes serments au mieux. J’annulai mon rencard avec mon frère pour lui offrir mon épaule ce soir où je la trouvai en larmes dans sa chambre.

Elle était défaite, non pas à cause de Luciano, mais à cause de son dévouement à Cosa Nostra. Comment aurais-je pu le blâmer en encourageant Lyla à abandonner ? Impossible. L’organisation était une part de moi. Elle m’avait vue grandir. Elle revêtait, à l’image de la rue pour certains, les traits d’une mère bienveillante pour laquelle on sacrifie un peu de nous-mêmes. Nous étions tous logés à la même enseigne, sans distinction d’âge ou de sexe. Est-ce que ça m’empêchait de la comprendre ? Bien au contraire. Je n’ignorais rien de la douleur de partager l’homme qu’on aime. La seule différence – et elle n’était nullement négligeable – c’était que nous n'étions pas obligés de nous cacher. Je ne tenais pas lieu de maîtresse, j’étais sa fiancée. Personne ne me volerait ma légitimité et j’avais au moins ça pour m'aider, mais Lyla ? Que lui restait-il finalement pour se consoler ? « Non ! Je ne peux pas te laisser dire ça. Tu sais que tes valeurs ont été un facteur déterminant pour lui. Sans eux, vous n’auriez jamais partagé la moindre amitié. Je sais que ça n’enlève rien à la douleur provoquée par la jalousie, mais dis-toi que tu es celle vers qui il se tourne quand il ne va pas bien. il n’est pas toujours disponible, mais il se couperait en mille pour toi. Il te dédie ses plus beaux sourires et il a confiance en toi. Pour un homme comme lui, ça veut dire énormément, bien plus qu’une déclaration d’amour. Cette complicité-là, Lyla, personne ne pourra vous l’enlever, même en le voulant très fort. » la raisonnais-je en lui assurant ma dévotion pleine et entière. « Et moi donc. » conclus-je alors en la serrant dans mes bras avec émotion, touchée par la tournure que prenait sa relation avec Luciano et déçue d’être impuissante à ce point. J’étais la fille du donneur d’ordre et j’étais incapable d’obtenir des informations ou même de changer les choses pour adoucir le quotidien de ma meilleure amie. Ça rendait la situation détestable, mais ma voix ne comptait pas une fois qu'il s’agissait des affaires de la famille. Je n’étais qu’une goutte d’eau dans l’océan. Ma seule possibilité, c’était de rester ici, avec elle et d’accourir si elle me sonnait puisqu’elle préférait le confort de son lit à une soirée improvisée entre copines. Je comprenais. J’en avais refusé de nombreuses il n’y a pas si longtemps. Je respectai donc son besoin de solitude. Je veillai une bonne partie de la nuit aux aguets en distinguant un mouvement derrière ses murs. Je me préparai à la recevoir, mais elle ne vint pas et je sus. Je sus exactement ce qu'elle avait en tête. C’était sans doute mieux ainsi, à condition, bien entendu, qu’il oublie sa maladresse pour répondre enfin à ses questions.

Au lieu de ça, le jour de mon départ, il lui annonça la plus terrible des nouvelles : il se mariait. Certes, pas par amour, mais le résultat n’y changeait pas grand-chose. Si les rapports avec les Irlandais s’envenimaient, la présence de cette intruse lui serait imposée. Elle serait forcée de la côtoyer, puisqu’elles étaient toutes deux prisonnières de la maison Gambino, et je ne serais même pas là pour temporiser et la rassurer. Comme si vivre loin l’une de l’autre n’était pas déjà assez compliqué à gérer pour nous, il fallait que Dieu la mette à l’épreuve. Parfois, je me demandais ce qui ne tournait pas rond chez lui. « Oui ! Je comprends bien. Ne te mets pas martel en tête par contre. Qu’il ne t’appelle pas ne veut pas forcément dire qu’il ne veut plus toi. À mon avis, il doit essayer de donner le change. S’il ne se marie pas, c’est qu’il a un objectif. Un nouvel ordre de mission si tu préfères. Il ne peut pas prendre de risques. Tu en as parlé à mon père comme je te l’ai conseillé ? Il n’est pas très loquace, mais il lui arrive parfois d’être moins avare de mots qu’on ne l’imagine. » Lorsqu’il sortait de l’Église ou quand il sollicitait un service par exemple. C’était un trait commun à tous les hommes de sa trempe. « Je te jure que si un jour on tient l’occasion, je ne me ferai pas prier pour te donner un coup de main et nous débarrasser d’elle. Ce ne sera pas une grande perte pour l’humanité. Quel genre de filles accepte qu’on l’épouse à Vegas à moins d’être complètement désespérée ? Sérieusement, elle me dégoute. Je n’ai même pas une once de pitié pour elle. Ça devrait être interdit par la loi d’être aussi stupide. » Certes, ça arrangeait les affaires de ma famille.

Dans le fond, elle nous serait plus utile bête que dotée d’une cervelle, mais je ne supportais pas qu’elle blesse à ce point Lyla, même si c’était inconscient. « De mon côté, rien de nouveau sous la lune. Je ne comprends pas ce qu’elle fout là. Elle est tellement chiante. Je te jure, c’est plus qu’un chaperon, c’est une cerbère. Il ne peut pas m’embrasser sans qu’elle ne se racle la gorge pour nous rappeler à l’ordre. Je ne sais pas pour qui elle se prend, mais il serait peut-être bon qu’elle se rappelle qu’elle n’est pas ma mère. Je ne calcule pas le nombre de fois où j’ai eu envie de t’étouffer en lui enfonçant un mouchoir dans la gorge. Surtout que c’est ridicule d’imaginer qu’il puisse se passer quoi que ce soit, il a été agressé. D’après ce qu’il m’a dit… par message… oui… par message… parce que tu penses bien qu’on a peine le droit de se parler. Ça guérit lentement, mais sûrement. En tout cas, ça ne s’infecte pas, mais je serai pleinement rassurée quand j’aurai pu le constater de moi-même. Ça a l’air de le faire souffrir pas mal et je crois qu’il me dit que tout est sous contrôle pour ne pas que je m’inquiète, à cause de ce qui s’est passé. » À ce sujet, je lui précisai que je tenais le coup et, à ma plus grande joie, elle s’en contenta. « En conclusion, tu l’auras compris, ton cadeau est toujours bien rangé, mais pas près d'être utilisé.» soupirais-je en réfrénant une envie de rire à voir la tête qu’elle tirait. « XS. Franchement. Tu le sous-estimes pour le coup. Je vais éviter de lui dire d’ailleurs. On est un peu au bout de notre vie-là, vaut mieux ne pas le vexer. Tu sais, il m’a clairement fait comprendre qu’il souhaitait avancer la date du mariage tout à l’heure. Je crois que je vais en discuter avec ma Nonna pour qu’elle m’aide. Ça, ça ne devrait pas poser de problème. Mais, on ne va pas se leurrer, ça ne va pas être facile. Même ici, on arrive à ressentir toute la détermination d’Achille à vouloir nous mettre des bâtons dans les roues. À New York, ça va être terrible. Il pense que mon père va exiger que je rentre à la maison, pour rassurer mon imbécile de frère. Ça va être l’enfer, Lyla. Il va devoir envoyer un fax pour pouvoir m’emmener au cinéma si je trouve pas vite une solution pour apaiser les tensions. Toutes tes idées seront les bienvenues pour m’aider à me débarrasser de lui d’ailleurs. Je suis tout ouïe. »

Hormis les nombreux progrès de ma mère, progrès qui me réjouissait tant qu’il m’arrivait d’en pleurer de soulagement lorsque j’étais seule, toutes nos conversations se ressemblaient jusqu’à ce que Luciano nous surprenne de sa visite. Certes, il consacra beaucoup de son temps à son futur beau-frère, mais il m’en alloua un peu, pour jauger de mon humeur et de mon traumatisme éventuel. Il se montra tendre et avenant, comme dans mes souvenirs, et comme il me parut aller parfaitement bien, je lui touchai deux ou trois mots de sa relation avec Lyla. Au départ froissé, je m’autorisai à lui révéler qu’il avait mal interprété sa réaction quand elle apprit son mariage. Je priais pour qu’elle ne m’en veuille pas, mais il était hors de question que je les regarde se détruire sans intervenir. Il me raconta alors qu’il s’était senti abandonné et j’espérai de tout cœur qu’il entendrait mes explications et qu'il agirait, en rentrant, car elle l’attendait toujours, ce que je me gardai bien de lui confesser. Je préférai téléphoner à Lyla juste avant de rassembler mes affaires et de m’empresser de profiter de la fuite précipitée et non désirée d’Antonella pour rejoindre Mani et m’endormir sagement avec lui. « Tu ne devineras jamais qui j’ai vu aujourd’hui. » la surpris-je sans lui demander de nouvelles de ma mère, rompant ainsi une habitude. « Luciano ! Il est passé par ici avant de rentrer à New York, ce qui veut dire qu’à mon avis, il sera là demain matin. Après-midi s’il a d’autres choses à faire avant. On a discuté tous les deux et je lui ai promis que je ne te dirais pas ce qu’il m’a raconté, mais je pense qu’il est quand même important que tu saches qu’il est tout seul. Il le sera pour quelques jours à mon avis et que ce qui se passe entre vous pour le moment, c’est un putain de malentendu. Ne te montre pas trop dur avec lui, parce qu’il ne sait pas comment s’y prendre avec toi pour essayer d’arranger les choses. Essaie de lui accorder une dernière chance, parce que je te jure que vous approchez de la solution. Foi de Gambino. Sauf si tu insistais un peu, là, je pourrais faire un effort pour te lâcher quelques infos. »






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MessageVen 15 Jan - 18:17





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Mon problème ? C’était que j’avais besoin de sérieux et de concret, principalement dans ce qui m’impliquait sentimentalement. Je ne m’étais pas retrouvée à jouer la rabat-joie de gaieté de cœur à Chicago, mais parce que j’avais besoin de faire le point, besoin de savoir ce que j’étais en droit d’attendre et d’espérer, parce que je lui avais permis de me faire des choses que personne d’autre ne s’était jamais permis auparavant. J’avais eu beau me voiler la face, je ne l’aurais jamais autorisé à quoi que ce soit si je n’avais pas eu une confiance pleine et entière en lui. Je savais ce qu’il pensait des autres femmes pour l’avoir entendu me donner son avis tranché sur la question mais je n’avais jamais réellement approfondi la question me concernant. Je préférais éviter pour que ça ne tourne pas en dispute et parce qu’à l’époque, je m’étais dit que ça ne me servait à rien, nous étions amis, qu’est-ce que je pouvais bien foutre de son avis me concernant, hein ? Pourtant, tout ça m’obsédait désormais, je n’arrivais pas à mesurer son attachement pour moi et l’intérêt qu’il me portait, je ne savais pas si c’était plus important que cette fille et ce qu’il ressentait pour elle. J’en étais au stade où je doutais de tout et malheureusement, même les mots de ma meilleure amie ne parvinrent pas à adoucir ma peine. Si la situation n’évoluait pas correctement, nous finirions par avoir un problème et je me retrouverais dans l’obligation de prendre une décision radicale, celle qu’il n’osait pas prendre de peur de me blesser et de me faire de la peine mais que je prendrais pour lui épargner cette lourde responsabilité. Pourtant, nous finîmes par trouver un terrain d’entente et à avoir cette fameuse conversation que j’évitais autant que lui. Je m’étais imaginée qu’en me mettant nue, le problème se règlerait plus vite, ça résolvait toujours n’importe quel problème. Finalement, ce fut le dialogue qui nous permit de redémarrer avant que nous scellions cet accord dans le marbre d’une façon beaucoup plus drôle que n’importe quelle discussion sur le sens d’une relation, les sentiments et toutes ces choses avec lesquelles je n’étais plus vraiment très à l’aise depuis mon mariage avorté. Je devais bien admettre que j’avais de la chance d’être tombée sur quelqu’un avec qui les choses me semblaient simples. Il avait autant de mal que moi mais quand je le voyais faire des efforts surhumains pour normaliser une situation, ça me donnait l’énergie qu’il me manquait pour faire abstraction de ce qui me gênait et continuer à avancer main dans la main avec lui. Ça aurait pu durer comme ça un sacré paquet de temps s’il n’était pas venu m’annoncer qu’il se mariait. La nouvelle me démolit et j’eus beau tenter de rattraper le coup, j’eus l’impression qu’il était trop tard. A quoi il s’attendait, putain ? A ce que j’encaisse tout sans rien dire, en tendant l’autre joue ? Il me prenait pour une putain de réincarnation de Jésus ?

« Il m’a dit un truc du genre, sois patiente, ton tour viendra. Et franchement, je ne sais pas comment je dois le prendre. Il a enchaîné sur des remarques bizarres à propos de toi et de Mani, je crois qu’il voulait savoir s’il n’était pas loin de te prendre ta virginité avant le mariage, je lui ai dit qu’il n’y avait aucune chance avec un traditionnaliste comme Manuel. Je n’avais pas envie qu’il t’envoie ton frère Achille le coincé ou bien qu’il te fasse revenir. Ce qu’il se passe entre toi et ton fiancé avant le mariage, ça ne regarde personne d’autre que vous. Je te couvrirai jusqu’au bout ! » Je levai les deux pouces en l’air avec un immense sourire forcé qui la fit rire et je fus heureuse de l’entendre, elle me manquait plus que je n’aurais pu me le figurer, j’avais hâte que tout ce merdier se termine. Parler de ce mariage me hérissait le poil, je sentais ma jalousie s’agiter dans mes tripes et il valait mieux que je la calme parce que je pouvais déjà prédire ce qui arriverait quand je tomberais sur ma rivale et qu’elle aurait le malheur d’agiter son annulaire gauche sous mon nez. Un doigt coupé, c’était si vite arrivé. « On verra ce que ça donnera, j’essaie de ne pas y penser. » finis-je par répliquer, le visage fermé et cet air mauvais accroché à mes traits. Il ne répondait pas, ce qui signifiait qu’il profitait de la nuit de noces, comme un putain de porc, ça non plus, ça ne m’aidait pas à me calmer. Dès que j’imaginais ses mains sur cette autre, je ne pensais plus normalement, il fallait que je m’occupe d’autre chose, comme du couple de Cinzia pour arrêter de me rendre malade pour ce que je ne pouvais pas changer. « Et si tu lui collais du GHB dans son verre ? Ou du laxatif ? Hm ? Gloria ne pourrait pas te trouver ça ? Parce que franchement, Cinzia, tu ne vas pas passer tout le séjour à jouer les bonnes petites filles, hein ? Tu sais comment ça va finir ça ? Il va te chopper dans un coin ou dans un ascenseur et ça va partir en couille. Toi t’es frustrée mais lui, je te laisse imaginer. Il est blessé, il sait qu’il est limité, ça doit déjà pas aider mais ne même pas pouvoir te toucher la main… Il te violerait dans un coin que je ne serais pas étonnée. » lâchai-je en ricanant, même si j’étais certaine que ça se terminerait comme ça. J’avais une longue expérience en matière d’abstinence et je me souvenais très bien de ce que ça donnait avec Lucky. Je les plaignais de tout mon cœur, je ne pouvais faire que ça, de là où je me trouvais, de toute façon. « Ou peut-être que ça va vraiment, ne te bile pas trop pour lui et essaie de trouver une solution pour virer l’autre chieuse, après tu n’auras que lui à penser et crois-moi, il va faire en sorte d’être le centre de toutes tes attentions. Comme un mec lambda. » Ils étaient de grands enfants qui détestaient de ne pas être la priorité numéro un de leurs proches et principalement de la personne qui partageait leur vie, ironique quand on savait qu’ils se partageaient souvent entre plusieurs conquêtes, l’une d’elle avait parfois la chance d’être mariée. Cette pensée amère n’arrangea pas mon humeur.

« Comment tu sais que c’est pas du XS ? » lançai-je en m’approchant de la webcam et en lui servant mon regard soupçonneux. « Y a hippopotame sous gravillons ! Y a quelque chose que tu ne m’as pas raconté ? VILAINE ! CRACHE LE MORCEAU TOUT DE SUITE ! » Ma propre vie sentimentale étant proche du néant, il fallait bien que je trouve une façon de me distraire et de faire passer toute ma jalousie ainsi que ma frustration. « Si on lui montre un bout de téton, Achille risque de courir dans le sens opposé, ça peut être une option. Sinon, ne t’en fais pas, on essaiera de négocier avec ton père pour rester à l’appartement, même si c’est moi qui dois vous chaperonner. Mais avancer le mariage peut être une bonne idée, tu ne seras plus sous l’autorité de ton père et de tous tes frères, seulement de Mani, ça devrait être plus confortable niveau liberté ! » Même si j’avais de gros doutes, quand on s’unissait à un macho fini doublé d’un maniaque du contrôle, on se retrouvait plus facilement prisonnière qu’autre chose mais j’avais bon espoir pour elle, j’avais envie d’y croire. « On va bien réussir à trouver une solution et je suis sûre que ton frère ne va pas vouloir laisser son meilleur ami dans la panade. Ta chance, ce sera sûrement Luciano. » Même si ça me faisait mal au bide de le dire, il n’était déjà même pas capable de s’aider lui-même et nous, par la même occasion. Nous papotâmes encore quelques minutes avant que je ne l’abandonne pour retourner auprès de Girolama, je préparai le dîner et je filai au travail. Je ne manquais jamais aucun appel Skype, la tenant au courant des progrès de sa mère et de mes frasques au boulot, repoussant ses inquiétudes sur mon apparent état de fatigue. Ce jour-là, elle ne me demanda pas de nouvelles de sa mère, attaquant de front. Je me doutais de qui elle avait vu et je levai les yeux au ciel. « Le pape François, il a l’air tellement cool, alors en vrai, il est comment ? » Elle me coupa net en prononçant le prénom de son frère et je fis mine de ne pas être intéressée, c’était toujours mieux que de lui montrer qu’à la simple énonciation de son prénom, je ne touchais plus terre. C’était d’un ridicule ! « J’en sais rien, Cinzia… Je suis fatiguée, j’ai pas envie de me faire chier avec ça en plus et l’autre va arriver et il va devoir rester avec elle. Je ne sais pas comment je vais gérer, je ne sais même pas comment je dois gérer maintenant. Putain, il ne me répond pas ! Si c’est pas clair comme message ! » Installé sur mon lit, je serrai mon chien contre moi, fixant un moment la fenêtre en essayant de démêler ce que je ressentais. « Il t’a dit quoi ? Que c’était de ma faute ? Que j’ai pas su affronter les choses correctement ? »

***

Lors des trois jours où Caitlyn n’était pas encore là, j’avais manqué tous mes appels à Cinzia, entre Lucky, sa mère et le boulot, je manquais de temps. J’avais dû renoncer à mes heures de sommeil, d’ailleurs, pour la bonne cause. Elle fut heureuse d’entendre que tout était rentré dans l’ordre, même si je lui faisais un résumé complet de ce que la rouquine mettait en œuvre pour se faire remarquer, ça m’aidait à m’empêcher de la tuer avant qu’on m’y autorise. Je me permis d’avancer notre rendez-vous journalier après avoir fêté mes presque fiançailles avec son frère. Il était sous la douche, se préparant pour m’emmener au boulot et il m’avait fallu une volonté de fer pour ne pas le suivre quand il me l’avait proposé. J’envoyai une photo de la bague à mon doigt et elle appela directement. « Alors, tu l’as vue ? Elle est belle hein ? Il m’a offert une voiture aussi. C’est n’importe quoi… Il faudrait que tu l’appelles pour lui dire de calmer le jeu un peu, parce que ça devient trop. Je vais lui offrir quoi pour son anniversaire si ça continue ? Je vais avoir l’air con ! Il m’a dit qu’il irait voir mon père pour lui demander ma main, bien sûr je devrais attendre que ce soit réglé avec Caitlyn pour la porter mais j’y croyais pas… » Et ce fut encore plus distant quand mon père se pointa et donna un grand coup de pied dans mes espoirs et mes projets d’avenir. Je n’osai pas appeler de chez moi sur skype, je préférai le téléphone, je ne voulais pas que Luciano surprenne cette conversation. « Il est rentré dans l’appart en hurlant des trucs obscènes, comme d’habitude, ça me fait rire sauf que mon père était là. Ça a été un carnage, Cinzia ! J’ai pris un savon comme jamais, je vais devoir rentrer chez mes parents dès que tu seras de retour ! Mon père va faire ça bien, je ne pourrais pas sortir sans un de mes frères, en mode Irak. Je pourrais m’opposer à lui mais ça voudrait dire que je ne les verrais plus, je ne veux pas me fâcher avec ma famille… Et toi, alors, tu as conclus ? Remonte-moi un peu le moral, parle-moi de tes corps à corps torrides sur la plage ! Vends moi du rêve en direct live de la Californie ! » J’étais dans les vestiaires de la caserne, là où personne ne viendrait me déranger le temps de cette conversation.

***

Nous avions pu aller les récupérer à l’aéroport, Lucky et moi. Retrouver ma meilleure amie fut un soulagement, même si ça signait la fin de ma liberté conditionnelle. Je lui sautai dans les bras, la serrant contre mon cœur en lui murmurant : « Tu es rayonnante, j’en connais une qui a fait des folies de son corps. Alors, XS ou pas ? » Je laissai son fiancé prendre ses valises et s’arranger avec Lucky pour la répartition, tenant fermement la main de Cinzia, surexcitée. « Faut qu’on fête votre retour, va savoir quand mon père va envoyer Muñez, Hector, Angelo et Nero pour me récupérer. On va aller manger, comme des grosses et puis on ira danser. Et tu pourras me raconter tout ce que tu as fait, les positions que tu as découvert, tout ça ! »






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MessageMer 20 Jan - 23:16





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ft Lyla Banana



Bien sûr, après ce kidnapping, tout le monde manifesta son mécontentement face à mon comportement. Semer ma garde, c’était partager la responsabilité de l’incident avec les seules coupables. À une époque, pour ce genre d’inconscience, mon père m’aurait cloîtrée à demeure pour une période indéfinie en guise de punition, que je réapprenne la leçon que j’avais visiblement oubliée. Alors, me retrouver ici, à Los Angeles, avec mon fiancé, c’était une véritable aubaine. Je mesurais ma chance un peu plus chaque jour, même si Antonella pourrissait sérieusement l’ambiance et parvenais pas à m’ôter de l’esprit que j’abandonnai Lyla au pire moment. Elle, elle ne m’en voulait pas vraiment. Moi, je prenais grand soin de prendre de ses nouvelles, parfois à des heures improbables, pour la consoler au besoin ou la faire rire d’une anecdote de ma journée. Tailler un costard à ma belle-sœur devint rapidement notre jeu favori. Elle agissait sur nos blessures respectives comme un pansement, mais Luciano l’arrachait sans ambage quand son prénom tombait dans une conversation. Sa dernière frasque : son mariage avec Caitlyn et si une part de moi ne doutait pas que, s’il avait eu le choix, il aurait été tout autre, je n’arrivais pas à lui pardonner ce coup bas. À mon sens, il aurait dû la prévenir que c’était une éventualité. Mieux. Il aurait dû la laisser tranquille au lieu de l’attirer dans ses filets et la fuir ensuite. Sérieusement. De qui se moquait-il ? À court de mots pour la, je lui conseillai de profiter de son audience avec mon père pour s’enquérir de son opinion, si tant est que ça puisse porter ses fruits. Son manque de loquacité m’arracha un soupir. « Ils sont fatigants. Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. » Sa meilleure chance demeurait Andrea, mais elle ne souhaiterait pas en entendre parler, ce que je pouvais parfaitement comprendre compte tenu du spectacle vocal auquel il avait eu droit. « Je pense que tu dois le prendre comme ça vient. S’il dit que ton tour viendra, c’est qu’il viendra. Mon père n’est pas doué pour le dialogue et il adore déposer des énigmes dans son discours, mais s’il n’y avait aucun espoir pour toi, il te l’aurait dit directement. Il est étrange, mais il a du cœur. » affirmais-je déterminée jusqu’à ce qu’elle me raconte la suite de cette conversation. « Tu crois qu’il pense que… ? » Je ne le supporterais pas. J’y pensais, c’était vrai, mais j’aspirais tout de même que, quoiqu’il arrive, il soit vercé par l’illusion que l’enfant qu’il conduit devant l’autel est immaculée comme la neige du matin. « Non ! Je te remercie d'avoir assurer mes arrières, mais c'est pas nécessaire. Il peut pas s'imaginer un truc comme ça ... Ce n’est pas possible. Il ne se passe rien. Niente di niente. Nada. Que dalle. Tu n’as rien à couvrir. Rien du tout. »

Aurais-je espéré lui cacher ma frustration que c’était raté. Elle se lisait dans ces grands gestes qui agitaient mes explications sur le sort que nous réservait ma belle-sœur. « Quand je te demandais des solutions, c’était un truc du genre auquel je n’ai pas pensé. Elle est allergique aux fruits de mer. J’ai bien pensé à en badigeonner son verre, qu’elle ferme sa gueule, mais elle saura que ça vient de moi. Non seulement, on va se disputer et ensuite, elle répétera à mon père, ce qui va lui donner l’impression que j’ai l’intention de faire quelque chose de mal. Tu sais, ça a dû être un sacrifice pour lui de m’envoyer à l’autre bout du continent avec le seul homme de cette planète qui est susceptible de poser sa main ailleurs que sur mon épaule par politesse pour me dire bonjour. Je ne veux pas qu’il s’imagine qu’il a fait une erreur qui n’en est même pas une, parce qu’il y a peu de chose qu’il se passe quoi que ce soir. Mani a l’air de tenir le coup, tu sais. » C’était en tout cas l’impression qu’il me donnait. Ses baisers, quand ils les volaient, étaient toujours particulièrement sages. « Je crois qu’il est plus décidé d’attendre la noce que je ne le suis moi-même. Si c’est pas de l’ironie, ça. » ricanais-je pour la convaincre que je gérais parfaitement. En réalité, ce manque de proximité entre nous réveillait des angoisses un peu stupides. En tête de liste, cette peur de ne pas lui plaire ou, plus stressant, qu’il ne me désire plus aussi ardemment depuis le jour de mon rapt, à cause de la matinée où il fût si proche de gagner la partie entamée contre ma vertu que j’en perdis en intérêt. « Peu de chance pour qu’il me viole. L’inverse, par contre. » Une fois encore, le rire qui accompagna cette remarque sonnait faux. En général, je n’avais pas besoin d’être éméchée pour me confier à elle. Ce soir-là, alors que je vendais l’un de mes secrets bêtement, mes joues s’empourprèrent tout de même d’embarras. Pas que j’avais honte de mon comportement ou que je craigne que mes cachotteries ne soient pas en sécurité, mais parce que je ne connaissais aucun mot pour décrire les sensations qui s’apparentaient à certaines de mes expériences avec Manuel. « Je présume, c’est tout. » hasardais-je en détournant le regard, ne la dupant pas un seul instant. « OK. Je te raconte. Tu te souviens du soir où tu m’as surprise en grande conversation avec Achille ? » Elle opina du chef, se rapprocha de son écran, je jetais un coup d’œil furtif autour de moi et je me lançai.

« Et bien, ce soir-là, j’avais prévu de me coucher tôt et quand je suis allée me coucher. Il m’attendait dans ma chambre, dans mon lit, nu comme un ver avec une rose rouge. » Je souris bêtement comme une adolescente trop romantique. J’étais immunisée depuis longtemps contre ces sensibleries de femmes fragiles. Je ne rêvais pas du Prince charmant délivrant la demoiselle en détresse, mais la manœuvre m’avait touchée pour l’intérêt dont elle témoignait. « Tu penses bien qu’à un moment donné, il a bien fallu qu’il me l’offre, donc qu’il se lève, et que moi, ben… j’ai rencontré quelques petites difficultés à ne pas profiter de la situation. Je lui ai bien demandé de se rhabiller un minimum, mais il n’a pas voulu. Alors… » Évidemment, elle me réclama quelques détails et je les lui livrai sans retenue alors que la température dans ma chambre grimpait d’un demi-degré pour pas grand-chose. Ce n’était qu’un souvenir mi-sage mi-osé, un rang « pegi 16 », rien de transcendent. Juste de quoi éveiller ma curiosité et la méfiance de mon aîné. « Tu sais, maintenant que je te raconte, je crois que je visualise un peu mieux ce qui a inquiété mon frère. Il nous a interrompus au moment où je me demandais comment j’allais pouvoir arrêter Mani sans être certaine d’en avoir envie. Tout ce que j’espère, c’est que Chill ne va pas gravir un échelon de plus sur l’échelle de sa connerie, parce que tout ce qu’il va récolter, c’est que je me débarrasse de toute cette pression qu’il me renvoie en plein visage. J’y pense, tu sais, et pas seulement parce que les circonstances s’y prêtent, c’est plus compliqué que ça. » avouais-je hésitant à continuer mon raisonnement. Qu’adviendrait-il si elle comprenait quand j’aurais davantage besoin qu’on me libère de cette peur envahissante depuis mon rapt ? « Ils m’ont dit qu’il était mort et moi, j’y ai cru, parce que je sais qu’il y a un risque pour que ça puisse arriver demain. » J’allais poursuivre lorsqu’on frappa brusquement à ma porte. Je reconnus la voix d’Antonella et je saluai mon amie à la hâte, la remerciant pour tout ce qu’elle faisait pour ma famille et pour moi.



***



« Qu’est-ce que tu veux que le pape François foute en Californie ? Je veux bien qu’il ait l’air cool, mais il y a des limites. Ça reste un vieux bonhomme, que le précédent avant lui, à la différence qu’il est un peu plus malin. » commentais-je les yeux ronds. J’étais excitée comme une puce et gorgée d’espoir. Les ailes d’Antonella étaient coupées et le couple que formaient mon frère et ma meilleure amie n’était pas mort prématurément. Quel intérêt aurais-je bien pu trouver à Sa Sainteté ? Je ne saisis qu’elle exprimait sa lassitude de la sorte un rien trop tard, car je lui déballai mes conseils avec le même empressement qu’un enfant qui reçoit son cadeau d’anniversaire. « Non ! Enfin, pas exactement. Il dit qu’il l’a pensé. Pas que c’était de ta faute, mais que ta réaction lui avait fait du mal. Il me l’a dit comme ça, qu’il avait besoin que tu lui dises que ce n’était pas grave et qu’en le félicitant, il a cru que tu étais en train de le quitter. » expliquais-je d’une voix trahissant mon effarement devant une telle excessivité. « Mais, il m’a dit aussi qu’il regrettait que vous en soyez arrivés là, parce que le problème commence doucement à se dénouer. Visiblement, sa mission toucherait à sa fin… Je ne sais pas s’il a compris le message, mais il n’a rien répondu, et connaissant Lucky, c’est plutôt bon signe. S’il pensait que je me trompais, il aurait eu vite fait de me démontrer par A + B. Je sais que ce que je vais te dire va te paraître dingue., mais je crois qu’il va te demander en mariage. Je ne sais pas quand ni comment, mais il m’a bien fait comprendre qu’il avait l’intention de passer à la vitesse supérieure. Alors, ma puce, je t’en conjure, si c’est ce que tu veux, reprends espoir et ne sois pas trop dure avec lui. » Je n’étais personne pour l’inviter à me le promettre, mais ça me brûlait les lèvres. « Et, tu sais quoi ? Ce n’est pas tout !  Antonella se barre. Exit. Bye Bye. Ciao!  Arrivederci ! Salve ! Ci vediamo. » m’enthousiasmais-je en sautillant sur ma chaise.

Après cette discussion, toutes les suivantes commencèrent toujours de la même manière : ma mère et son éventuelle déclaration. Je désespérais jusqu’à ce que j’intercepte un échange entre Manuel et Luciano, échange au cours duquel mon frère s’inquiétait du choix de la bague qui scellerait leur amour. Depuis, je trépignais et je l’appelai dès que je reçus la photo du bijou. Il était tard à Los Angeles et je n’avais plus rien d’autre à faire que de me lamenter sur mon sort après avoir été jetée par Manuel sur le pas de ma porte. Si j’étais déçue ? Moins que soucieuse. Autant dire qu’apprendre que nous serions bientôt des sœurs embauma mon cœur malheureux de tout ce dont il avait besoin. « Une voiture ? Il est magique quand il s’y met. Je veux bien essayer de le convaincre de ralentir, mais je te garantis rien. Il est têtu et ça lui fait plaisir. Vas-y. Montre-là moi de plus près ? » la distance entre nous n’aura jamais été plus difficile que cette nuit. Je devais avoir yeux encore un peu brillants, mais il me restait l’opportunité de prétendre qu’il s’agissait que je fusse heureuse, ce qui n’était pas vraiment un mensonge, ça contribuait à ma fragilité du moment. « Elle est magnifique. Raconte-moi. Qu’est-ce qu’il t’a dit ? Comment il s’y est pris ? Je veux tout savoir. » m’enquis-je tout ouïe et enchantée de contempler ses traits détendus. Enfin. Dommage qu’un malheureux concours de circonstances ne vienne tout gâcher. « Putain de merde. » grimaçais-je sans trop savoir que dire. « Il a dû être furax. » L’interroger sur sa réaction n’était pas vraiment utile. Je me doutais. « Et Lucky ? Il a fait quoi ? Il a dit quoi ? » m’angoissais-je à juste titre. Il souffrait parfois de cette superbe qui le aussi insolent que charmant. Un peu comme Manuel finalement. Il me faisait littéralement tourner la tête. À ses côtés, je perdais presque toute volonté propre à cause de mes nouvelles obsessions et ma curiosité. Goûter, c’était la seule solution pour que son pouvoir s’amenuise. Sauf, qu’il ne voulait pas de moi. Il ne me désirait pas. Au contraire, pour quelles raisons valables m’avaient-ils repoussée ? Je cherchais. Je n’en trouvais aucune et ce qui aurait normalement dû être une discussion revigorante entre copines se transforma en épanchement sur ses peurs à elle et sur ma déception. « Conclure. Tu parles. Ça ne l’intéresse pas et je peux rien faire contre ça. Je veux dire, j’ai pas envie d’avoir à le supplier ou de devoir lui demander. Je voulais que ça se passe plus ou moins naturellement, histoire de m’éviter le même genre de pression qu’à la nuit de noces. Je ne comprends pas. Je ne sais pas ce que j’ai mal fait ou ce que j’ai dit de travers… mais je dois me rendre à l’évidence. » me désolais-je la mine boudeuse. « Je dois être trop petite. Ou trop grosse… ou pire, les deux ! Bon, c’est vrai que j’ai grossi un petit peu, je bouffe tout le temps, mais je pensais pas que ça se voyait à ce point. Avant qu’on ne parte, j’ai eu l’impression que ça ne dépendait que de moi, là, je ne sais plus quoi penser. »



***



Je combattis de toutes mes forces l’abattement qui s’empara de ma bonne humeur tandis que nous entamions le voyage de retour vers New York. Je n’avais pas envie de me séparer de mon fiancé. Ma seule consolation, c’était de retrouver ma meilleure amie. Je l’étreignis longuement et de toutes mes forces. « Mais, tu es la troisième à me le dire aujourd’hui. Je vais vraiment finir par y croire… ça doit être le soleil, ça me donne mine, même si… je peux confirmer maintenant : pas d’XS. Et toi ? Tu la portes ? Fais voir ? » m’enquis-je en saisissant sa main, le monde autour presque oublier. Presque seulement. Mon frère me sortir de ma contemplation, un peu vexé que je ne lui accorde pas l’intérêt auquel je l’avais habitué plus jeune. Je réparai mon erreur en déposant sur ses deux joues des baisers bruyants. « Oh oui ! Manger. J’ai envie d’un festival de pâtes… de toutes les formes et à tous les goûts. » Au terme d’un repas enjoué malgré la fatigue du voyage, nous terminâmes sur la piste du Gato Negro. Chacun retrouvait ses marques peu à peu. La nostalgie de Los Angeles était juste là, aux portes de mes sentiments, mais je la chassai pour le moment pour profiter de cette dernière soirée. Quitter Mani s’avéra une tâche compliquée cependant, d’autant plus qu’il n’était plus question que je me complaise dans le confort de notre appartement. Une chance que Lyla et moi partagions la même chance. J’eus tout le loisir de lui confier à voix basse tous mes secrets. Le lendemain, je fus néanmoins heureuse de m’occuper de ma mère et de ma Nonna. Je déchantai à l’arrivée des emmerdeurs. Leur regard me pesait. Je m’enfuis. S’ils persistaient dans leur connerie, j’enverrais tout valser, au risque de me brouiller avec mon père, pour m’installer près de Man, si tant est qu’il veuille de moi. Pour supporter leur mépris pour des suppositions, j’estimai que notre seule solution serait d’inviter Javier à autoriser Lyla à rentrer chez nous avec moi. Je la surpris donc à la caserne pendant une pause pour lui faire part de mon projet. « Tu finis à quelle heure ? Parce que je me disais que, maintenant que je suis rentrée, tu n’es plus obligée de rester chez mes parents. On pourrait peut-être aller voir ton papa pour essayer de le convaincre que c’est sans risque, qu’on veillera l’une sur l’autre. Je voudrais qu’on rentre à la maison toutes les deux. Ça ne coûte rien d’essayer. Tout ce qu’on a à craindre, c’est de recevoir un non. Alors ? ça te dirait d’aller jusque chez tes parents dès que tu auras fini ? » J’étais certaine que ça fonctionnerait. Au contraire, ne serait-il pas déjà venu la chercher plus tôt ?




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MessageSam 23 Jan - 14:10





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ft Cinzia de la Vega


Pour moi, ça semblait naturel qu’un père se pose des questions sur les rapports réels de sa fille et de son fiancé. Du moins, en substance et de façon totalement superficielle, aucun père n’avait envie de rentrer dans les détails de l’hypothétique vie sexuelle de sa fille, pour rien au monde et de toute façon, aucune fille n’avait envie que son paternel puisse avoir la moindre idée de ce qu’elle trafiquait avec un homme. Cette idée me donnait la chair de poule. J’avais aussi cherché à protéger Ettore des questions qu’il posait et des réponses qu’il ne voulait pas avoir. « Pour le moment, Cinzia. » répliquai-je avec un petit sourire en coin. Mais je la sentais prête à tout envoyer valser pour un sourire de Mani et une caresse bien faite et je ne lui jetais pas la pierre, j’étais franchement mal placée pour jouer les moralisatrices. Devait-on rappeler la rapidité avec laquelle j’oubliai mes principes et ma vision du couple et du mariage avec quelques verres et un baiser prometteur de la part de Luciano. J’avais encore pu me trouver des circonstances atténuantes quand je lui avais sauté dessus dans sa voiture, l’adrénaline et le sang, on ne faisait pas mieux pour susciter le désir et animer même une pierre. Par contre, dans ce putain de casino, je m’étais contentée de faire comme d’habitude, de jouer et de boire, de rire et de critiquer tout ce qui passait et ça avait mal fini. J’aurais pu calmer le jeu en me contentant d’un baiser mais il avait fallu que je lui offre plus après l’avoir entraîné dans l’ascenseur. Ce fut seulement le lendemain que je me dis que j’avais un réel problème, et que le désir qu’il m’inspirait était loin d’être sous contrôle. « Et Andy ou Lucky, tu ne peux pas essayer d’en tirer quelque chose, pour qu’elle soit rappelée ? De façon moins radicale mais bon, tu sais, parfois, ça arrive de tomber dans les escaliers, de louper une marche ou de glisser au bord d’une piscine, tu ne crois pas ? » C’était une bénédiction que je n’ai pas été conviée à ce départ à Los Angeles, tant pour Mani que pour Antonella, je me serais fait une joie de la tenir à distance d’une façon ou d’une autre. Et je n’aurais au ni scrupules, ni remords. J’éclatai de rire quand elle prétendit que Mani voulait attendre les noces, ça avait été plus fort que moi. « Ouais, c’est ça, Mani le moine modéré. Crois-moi bien qu’à la simple manière dont il te regarde, il a tout sauf envie d’attendre les noces et que s’il pouvait te faire crier son nom pendant plusieurs jours, il le ferait. Y a un truc qui le retient, faut que tu trouves quoi et tu le désamorces. Un homme, ça se met des conneries en tête, tu sais jamais d’où ils les sortent mais ils s’y accrochent comme si c’était la vérité et alors là, ça devient compliqué. Concentre-toi là-dessus et attaque-le, inlassablement. Rends-le fou, il va finir par céder. Ils ne tiennent jamais la distance à ce niveau-là » Je savais parfaitement de quoi je parlais même si mon cobaye était désormais marié et ne répondait plus à son téléphone.

Je ne pus réprimer mon hilarité quand elle me décrivit la scène. Je ne m’attendais pas à autant de fantaisie de la part d’un type qui m’était antipathique et qui m’avait l’air aussi drôle qu’un samedi soir dans un cabaret d’une petite ville de campagne. « Et il ne s’est rien passé ? Rien de rien ? Putain, il a dû dormir dessus, le pauvre ! » Ça me faisait littéralement jubiler. Cinzia le faisait languir depuis le premier jour et même si je me retrouvais souvent victime de la frustration de son futur mari, j’étais heureuse de savoir qu’une personne en ce monde était capable de le tenir en respect et de l’obliger à faire autre chose que ce qu’il avait décidé. « Ma chérie, tu fais ce qui te semble bien pour toi, t’occupes pas du reste. Vraiment ! Je pense que tu dois te concentrer sur ce que tu ressens et laisse faire ton instinct, tu verras que ça ira tout seul. Il y a des choses qui ne doivent pas être programmées et qui doivent se faire naturellement. Mais je ne sais pas si le fait qu’il puisse mourir demain soit une bonne raison de coucher avec lui. Je sais bien ce que tu penses, parce que je me le suis dit souvent mais ça ne doit pas venir de raisons pratiques. Tu comprends ? Ça n’a rien à voir avec la raison. Arrête de penser à tout ça, laisse les choses venir. » lui conseillai-je avant que nous ne soyons coupées parce que sa peau de vache de belle-sœur était dans le coin. J’espérais de tout mon cœur que mes petits conseils lui seraient d’une utilité quelconque, à défaut de pouvoir régler mes propres problèmes, je tentais de trouver des solutions à ceux des autres.

***

J’éclatai de rire quand Cinzia ne comprit pas mon trait d’humour, elle me tuait par sa façon de toujours tout prendre au sérieux. Malheureusement, je n’eus pas l’occasion de profiter de la situation car elle m’assaillit d’informations que je n’étais pas certaine d’avoir envie d’entendre. Je l’écoutai avec intérêt et calme, me demandant ce que j’allais bien pouvoir faire de tout ça. Il n’en demeurait pas moins qu’il n’avait toujours pas répondu à mes appels. Je pris tout ce qu’elle m’offrit et je lui promis d’y réfléchir. Cela m’empêcha de dormir jusqu’à ce qu’il se pointe et qu’il agisse comme il savait si bien le fait, comme un connard. C’était sa tactique de défense quand il ne maîtrisait pas une situation et qu’il était blessé, triste ou dépassé. Intérieurement, je remerciai Cinzia de m’avoir confié tout ça ou j’aurais été particulièrement dure et intraitable avec lui, je n’aurais même pas pris la peine de lui accorder plus qu’un regard. J’étais une véritable tête de con quand on me donnait une bonne raison de me défaire de ma bonne humeur. J’aurais eu tort, une fois de plus, de choisir cette option et je le compris quand je me retrouvai avec une nouvelle voiture et une vague de fiançailles que je ne pouvais pas mettre à mon annulaire. Ce soir-là, ma joie finit par s’estomper alors que je me rendais compte que son ton n’était pas celui qu’elle utilisait habituellement. Je profitai de coller ma bague à la webcam pour l’observer de plus près, elle n’allait pas bien et refusait d’en parler au profit de mon petit bonheur d’égoïste. « Je te raconterai tout ça si tu me dis ce qu’il s’est passé pour que tu aies pleuré et que tu aies l’air d’être sur le point de fondre à nouveau en larmes. Il t’a fait quoi, Cinzia ? » m’enquis-je, calmement mais prête à me prendre un billet d’avion pour aller lui casser les deux jambes s’il avait osé lui faire du mal. Il y avait un fond d’angoisse dans mon cœur, je ne pouvais pas envisager qu’on blesse ma meilleure amie, c’était au-dessus de mes forces. « Cinzia, je te l’ai déjà dit, ça ne vient pas de toi mais de lui ! Il te trouve parfaite, il bave carrément dès que tu es dans les parages. Tu ne le vois pas parce que, quand je suis là, tu passes ton temps à t’en faire pour moi ! Mais il est fou de toi, imagine-toi ce que ça a dû lui coûter de ne rien faire ce soir ! C’est aussi dur que pour toi mais je crois qu’il essaie de respecter ses engagements, qu’il ne veut pas que tu te rendes responsable de quelque chose que ton frère ou ton père pourraient te reprocher. Ce crétin a quand même envoyé sa femme pour te surveiller, ça fait réfléchir. Fais-lui comprendre que toi, tu t’en fous du moment, que tout ce qui compte, c’est que ce soit avec lui. Tu vas voir que ça va changer mais je t’interdis d’imaginer que ça peut venir de toi ! Tu es magnifique, il le sait, je le sais, tout le monde le sait sauf toi ! T’as de la chance d’être si loin ou je t’aurais collé une baffe ! » Je l’observai, essayant de voir si elle avait besoin d’être secouée ou réconfortée, ou un peu des deux. « Cinzia, discute avec lui, je sais bien que c’est délicat mais ça pourrait aider, je te jure. »


***

« Mais ça tu le savais déjà, je veux du neuf, du croustillant ! Vous avez fait quoi ! Allez, je te raconte toujours tout en détail, d’ailleurs, tu as loupé un épisode. Je te vends le synopsis, banquette arrière, violence, sang et rock’n’roll. » Je ricanai en lui donnant un coup dans les côtes. « Non, je ne la porte pas, pas tant qu’il est encore marié à l’autre pétasse et que je n’ai pas l’approbation de mon père, sinon ça va être la fin du monde. » Je n’eus pas la possibilité d’approfondir car Lucky se plaignait de ne même pas avoir eu le droit à un bisou ou à un bonjour de la part de sa sœur. Nous ne pûmes pas vraiment revenir sur la discussion que nous avions initiée et je préférai profiter de ces moments à quatre, me disant qu’il fallait à tout prix que je n’offre aucune excuse à Manuel pour s’en prendre à l’amitié que je partageais avec sa future femme. A notre retour, cependant, nous nous en donnâmes à cœur joie et elle me livra tous les détails de ses folles découvertes, me faisant mourir de rire par sa fraîcheur et les commentaires qu’elle ajoutait. Contente d’avoir retrouvé ma meilleure amie, j’espérais que mon père n’appellerait pas de sitôt ou qu’il oublierait ce qu’il m’avait juré. Je me rendis à la caserne la boule au ventre, n’osant pas regarder mon téléphone de peur que ce soit une façon d’encourager le patriarche à me rappeler à l’ordre. J’aimais être près de Luciano, à défaut de pouvoir dormir avec lui, c’était déjà mieux que rien. « Je finis dans une heure. » l’informai-je, contente de la trouver là et me permettant de souffler alors qu’il n’y avait pas d’appel, je savais que je devrais courir si ça arrivait et que l’alarme retentissait. « On peut mais j’ai peur que ça l’encourage à me dire de revenir plus vite. Je crois qu’il était sûr que je ne fréquenterais plus personne avant un moment et qu’il n’aime pas comment ça tourne. Ton frère est allé lui parler, ton père aussi et il n’a donné aucune réponse. J’ai du mal à faire entendre à Lucky que ce n’est pas foutu, même si je me le demande aussi. Tout aurait été tellement plus simple si je l’avais prévenu que mon père était là, putain ! C’est de ma faute toute cette merde ! » Je me pris le visage entre les mains, sentant l’angoisse m’étouffer. « Si tu penses pouvoir le convaincre et me permettre de rentrer chez nous, on y va. » Sur le chemin, j’eus un mal fou à rebondir sur les tentatives de conversation qu’elle lançait et en bas de l’immeuble, je sentis un début de crise d’angoisse, je me saisis de sa main et la serrai dans la mienne quand elle eut sorti la petite boule de poils que je lui avais offert. Mon père était seul dans l’appartement, il nous accueillit avec le sourire et nous servit lui-même à boire et quelques trucs à manger, me faisant remarquer qu’il fallait que je me remplume un peu avant de devenir complètement transparente. « Alors, les filles, qu’est-ce que je peux faire pour vous ? » Il jouait avec mes nerfs, je le sentais à ce petit sourire victorieux. Ça allait être ma fête ! « Content de voir que tu es rentrée, Cinzia, comment était L.A ? »






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MessageMar 2 Fév - 19:43





And I'm feeling good
ft Lyla Banana



J’avais une vague idée de ce qui pouvait retenir Manuel : moi. À chaque fois que nous avions frôlé une opportunité, je réagissais comme s’il s’agissait d’un débordement à cause des signes déposés comme des cailloux par le divin. Que ça soit mon frère ou mon patron, le sort nous interrompait toujours et je sautais dans cette brèche à pieds joints. Manuel détenait toutes les cartes pour s’imaginer qu’il n’obtiendrait rien de moi, rien de concret ou qui le débarrasserait de sa frustration. Je le compris sans doute un soupçon trop tard. Pas en contant à Lyla mes petites anecdotes, mais en lui confiant mes doutes par rapport à lui et à son désir. Peu de jours auparavant, je lui confessai que l’idée de le perdre n’était pas le seul critère, contrairement à ce que j’avançais principalement pour me donner bonne conscience. C’était plus compliqué et, comme je lui livrai en toute authenticité l’explication de texte, elle parut assez rassurée pour me conseiller peu de temps après. Mes joues rosirent tandis qu’elle m’encensait d’un compliment pour mon physique. Je le rediscutais si souvent que je puisai en elle un peu d’énergie pour retrouver foi en moi. En réalité, j’avais honte de m’inquiéter autant et d’être à ce point chagrinée par ses rejets perpétuels. Ça devrait m’arranger normalement. Je devrais souffler de soulagement qu’il veuille respecter mes engagements. Il me mettait néanmoins dans une inconfortable situation dont je ne prétendais pas débattre avec lui, surtout pas avec lui. Je me gardai d’en informer Lyla cependant. J’opinai du chef à plusieurs reprises, lui sourit sincèrement et recentrer la conversation sur elle. Je n’avais plus rien à ajouter me concernant et c’était, d’après moi, un sujet bien moins utile que la demande en mariage de mon frère. « Je verrai si ça s’y prête. Un jour. Là, je n’ai plus envie d’en parler, je voudrais que toi tu me racontes. » ça suffirait à me remonter le moral. « Dis-moi tout… sur la façon dont il s’y est pris, la tête qu’il faisait ? Celle de ma mère aussi. Vous lui avez dit, non ? » doutais-je en remarquant une imperceptible grimace sur les traits de cette amie qui ne pouvait pas me cacher grand-chose. Devais-je en conclure qu’ils optèrent pour le silence ? Certes, l’annulation des noces avec Caitlyn n’était pas promulguée. La discrétion était donc de mise. Néanmoins, ma mère est une véritable tombe qui avait bien besoin de bonne nouvelle en ce moment. Elle progressait beaucoup, parlait de mieux en mieux, les derniers vestiges de son accident relevaient de l’absence de fluidité de sa démarche et de dextérité dans ses gestes au quotidien, mais ça l’aiderait. J’en étais convaincue. « Tu ne risques rien à lui dire. Elle va être aux anges et n’en touchera pas mot. À personne. Elle t’adore et elle ne voudra certainement pas se retrouver amoindrie pour vos noces. Ce sera un sacré coup de pouce pour elle. Si tu en as envie, ne te prive pas pour le lui dire ou lui montrer la bague. Mais, je parle, je parle, et je ne sais toujours rien de ce qui s’est passé.» Au moins m’avait-elle rendu un peu de cet enthousiasme perdu un peu plus tôt.


***


La possessivité de Mani me força à suivre les conseils de Lyla, conseils judicieux par ailleurs, car je ne regrettai qu’un court instant. Mes valises étaient remplies de souvenirs que je partagerai avec elle à la nuit tombée, loin des oreilles indiscrètes. L’heure était à la malbouffe et à la danse. Certes, nous avions manqué de peu l’incident diplomatique à nous porter plus d’intérêt qu’à nos fiancés respectifs. Leur jalousie ne supportait aucune limite. Mais, dans l’ensemble, ce fut une bonne soirée de retrouvailles. Elle s’acheva dans une franche partie de rigolade que mon père n’apprécia guère. Du pied de l’escalier, il nous ordonna de cesser de glousser comme des dindes. On en rit sous cape un long moment. Le lendemain, nous déchantions toutes les deux. « Je sais, ma puce. Je t’avoue que moi aussi. Mais, je n’ai pas envie de vivre dans l’angoisse de ce moment. Je suis persuadée que si on lui parle avec le cœur, il pourra comprendre que notre but, c’est de continuer à vivre ensemble. En particulier parce qu’on va se marier tôt ou tard et qu’on aura plus l’opportunité de le faire et qu’on a encore mille choses à vivre ensemble. » argumentais-je alors qu’elle se jetait la pierre. « Ce n’est pas de ta faute. Ce n’est la faute de personne… ou un petit peu celle de mon frère. Quelle idée de se pointer à poil et de lui serrer la main en détente. » Je roulai des yeux et, si je n’avais aucune certitude que je serais à la hauteur de nos attentes, j’étais résolue à essayer. « On verra… mais ça vaut le coup d’essayer. » Dieu que j’aurais adoré pouvoir me présenter devant la porte de l’appartement avec la même assurance qu’en grimpant dans ma voiture. Sauf que la pression monta d’un cran. Je serrais la main de Lyla comme si je m’apprêtais à m’allonger sur un lit d’hôpital pour une injection létale. Mon amie était dans un état similaire au mien. Je fis donc de mon mieux pour lui cacher ma nervosité, mais je n’en menais pas large.  « Au pire, si on échoue, on se barre loin, là où personne ne nous retrouvera jamais. JAMAIS ! Tu es prête ? » Pas vraiment. Nous soupirâmes une bonne fois et nous entrâmes dans l’antre d’une autre version d’Ettore Gambino, la moustache en plus. « Oui, j’ai fait bon voyage, mais je regrette de rentrer et d’apprendre les nouvelles. » confiais-je à ce dernier qui s’inquiétait de mon exil loin de chez moi. « Vous savez qu’on veille toujours l’une sur l’autre comme si nous étions deux sœurs. Des sœurs siamoises. C’est la raison de notre visite. Je comprends que vous préfériez qu’elle reste ici, avec vous, mais j’ai besoin qu’elle soit avec moi. Je sais que ça peut paraître fou et égoïste. Vous êtes son père, vous l’avez vue grandir, vous vous faites du mouron pour elle. Mais, on s’en fait l’une pour l’autre, tout le temps. Si vous acceptiez de ne pas nous séparer, ce serait sous vos conditions. On peut s’installer toutes les deux chez mes parents… Ou alors, on pourrait peut-être envisager de nous partager entre ici et chez moi ? Je ne cherche pas à m’inviter, j’essaie seulement de vous démontrer qu’on est prête à accepter ce qui vous semblera le mieux, tant que vous nous laissez être ensemble. » conclus-je en piquant un fard, jetant un regard désespéré vers la fille de la maison afin qu’elle appuie ce propos qui ne déridait pas vraiment notre interlocuteur. Tout était vain. Il refuserait. Je connaissais ce genre de personnage pour avoir les mêmes au quotidien. Je me décomposais déjà sans avoir entendu la moindre réponse.


***

Certes, nous n’avions aucune bonne raison de nous enorgueillir d’une quelconque réussite, mais elle n’était pas interdite de domaine. C’était déjà ça de pris. Du moins, nous en contentions nous. Une après-midi, alors que nous étions toutes deux en congé – et installées dans ma chambre d’adolescente où j’avais été contrainte de rester à cause de Dieu sait qui – notre conversation au départ banale s’axa sur le sujet favori de toutes les femmes : le sexe. Celles qui prétendent le contraire sont de fieffée menteuse. Nous en parlions peut-être plus que les hommes eux-mêmes. Nous assumions cependant et, avant qu’elle ne commence, parce que j’aperçus Riccardo prendre la place de Gianluca à la surveillance de l’intruse, j’eus une idée somme toute détestable pour Caitlyn, mais qui ravirait ma meilleure amie. Je n’en doutais pas un seul instant. « Attends avant de me raconter. Prends une chaise. On va lui faire profiter de ton récit… Elle doit être en manque la pauvre, on peut faire ça pour elle. » Mon large sourire transpirait la sournoiserie, mais ça aussi, je l’acceptais. Nous partîmes les mains chargées. Le plus difficile, ce fut de les porter le long de l’escalier. Nous aurions pu utiliser l’ascenseur, mais nous voulions qu’elle nous entende arriver du bas de l'immeuble. Nous ne parlions pas, nous nous égosillions Nos rires résonneraient comme une insulte à ses oreilles d’Irlandaise. « Ce n’est pas une bonne idée, Cinzia. Elle est super fragile. J’ai l’impression qu’elle va me claquer entre les doigts d’une minute à l’autre. S’il lui arrive quelque chose, Don Luciano risque de pas bien le prendre du tout. Et votre père non plus. Je… » Je lui tapotai l’épaule pour le rassurer. Je lui promis que nous ne commettrions rien d’irréparable. Il quitta donc le bâtiment loin d’être apaiser, mais incapable de s’opposer à mes décisions. Il avait confiance en mon jugement. Trop. « Et donc ? Tu disais ? » m’enquis-je anormalement haut. « Tu en étais arrivée au moment où il t’a rejoint dans la salle de bain… » Je tendis l’oreille pour percevoir une agitation évidente. J’exultais de malignité tandis que Lyla commençait son histoire. Je n’étais pas certaine que tout était aussi fantasque qu’elle le prétendait, mais qu’aurions-nous à faire de l’authentique vérité étant donné nos desseins ?

Elle entamait le moment crucial de son récit lorsque la rousse infecte, n’en pouvant plus de nous espionner, la tête collée contre le bois de la porte, l’ouvrit en grand, s’imaginant sans doute nous surprendre et nous voir sursauter. Comment si nous ne nous étions pas préparées à ça ? Au contraire, nous l’attendions. Je posai sur Lyla un regard plein d’espièglerie. Elle jubilait autant que moi, si pas plus. « Et donc, vous avez déjà prévu une date pour le mariage ? Je suppose que ça se fêtera en grande pompe quand celle qui nous honore de sa présence aura dégagé, les pieds devant de préférence. » ç’en fut trop pour elle qui fulminait, mais qui n’avait toujours pas eu l’audace d’ouvrir la bouche. Si elle n’avait pas peur de la Mexicaine – et c’était un putain de tort – elle se méfiait de ma parenté avec Luciano. Si elle me blessait, il la tabasserait. Elle le savait. La seule garante de sa survie se tenait juste en face de moi, mais elle ne paraissait pas le réaliser. « Tu peux bien venir pour me raconter de tes petits ébats adultères avec mon mari, mais c’est le mien. Tu pourras faire ce que tu veux, il est à moi. Tu seras toujours l’autre femme. Si je crève, tu seras juste la deuxième. C’est tout ce que tu mérites. » Elle cracha une insulte et, hors de moi, je l’attrapai par le bras. « Fais bien attention à ce que tu fais. Si j’étais toi, je ne jouerais ni avec elle ni avec moi. Tu ne fais pas le poids. Tu te crois mariée, alors explique-moi pourquoi c’est elle… » Je désignai ma meilleure amie d’un signe de tête. «… qui détient l’alliance de celui que tu appelles ton mari. Tu n’as donc pas compris que tu ne comptais pas ? Qu’elle était plus qu’une amante ? Qu’elle n’était pas là pour assouvir ses petits plaisirs honteux qu’il te refuse depuis des lustres ? Tu n’as été qu’un jeu jusqu’ici. À présent, tu es un boulet qu’il traîne du bout de ses forces. » Elle se débattit. Je la lâchai. Elle aurait dû en appeler à sa raison, mais elle n’en fit rien. Elle tenta de sauter à la gorge de celle qu’elle mésestimait. Grave erreur. Elle aurait tôt fait de lui foutre la raclée de sa vie. Elle devait le savoir, car elle se ravisa et sanglotait comme l’idiote désespérée qu’elle était. « Peut-être. Peut-être qu’on pourrait essayer de cohabiter toutes les deux. Il faut te rendre à l’évidence. Luciano ne me tuera pas. Il a besoin de moi. De toi aussi visiblement. Ça pourrait peut-être l’aider. Je suis prête à accepter… ça ne tient qu’à toi. » Mon hilarité était à son comble. Je me moquais autant de son pathétisme que de sa naïveté. J’étais réputée crédule, mais Dieu m’en préserve, je ne l’étais pas à ce point. « Si un jour je ressemble à ça, tue-moi s’il te plaît. Ne me laisse pas toucher le fond à ce point. » chuchotais-je à Lyla juste avant qu’elle ne prenne la parole.




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MessageMer 3 Fév - 21:07





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ft Cinzia de la Vega


Ma conception de l’amitié m’obligeait à considérer que tout ce qui pouvait faire du mal à Cinzia était bien plus important que tout ce qui pouvait m’arriver de bon. Je me devais d’être là pour la soutenir et lui faire entendre raison si c’était nécessaire. Bien sûr, j’en devenais parfois excessive, au point de m’oublier complètement. Notre relation était fusionnelle et je comprenais la jalousie de Manuel Herrera, même si je passais mon temps à pousser Cinzia dans ses bras, s’il avait été moins con, il aurait trouvé le temps de me remercier pour mon travail actif en faveur de son couple et de leur future union. « Ta mère ? Non, je ne l’ai dit à personne en fait, tu es la première au courant… » Je gigotai sur ma chaise, ouvertement mal à l’aise. J’avais tenu à ce que Cinzia soit la première à savoir mais je n’avais pas vraiment envisagé de prévenir qui que ce soit d’autre avant que nous soyons définitivement débarrassés de la rouquine. Mais la Sicilienne avait raison, je savais qu’en me confiant à Girolama, je lui offrirais une raison de plus de se retaper encore plus vite. S’impliquer sérieusement dans quelque chose ne pourrait que lui faire du bien, même s’il s’agissait de noces qui n’auraient lieu que si nous obtenions l’accord de nos pères respectifs, ce dont j’étais bien moins sûre. « Il m’a d’abord offert la voiture, parce que je me suis endormie dans le bus y dix jours et que je n’ai toujours pas eu le temps de réparer ma voiture. Je me suis retrouvée dans un coin paumé et j’ai failli y laisser ma peau… Bref, il m’a dit de fouiller, qu’il y avait autre chose et j’ai ouvert la boîte à gants, l’écrin était dedans. J’ai d’abord cru qu’il m’offrait à nouveau des boucles d’oreille ou quelque chose du genre, pour se venger parce que j’ai eu le malheur de lui dire qu’il me gâtait trop. Et ce n’était pas ça du tout… Il a fait sa demande à ce moment-là. Pas de genou à terre et ça me convenait bien comme ça. Je crois qu’il était inquiet, je voyais bien dans son attitude qu’il avait peur que je lui rende la bague et que je lui dise non. De sa part, lui qui ne doute jamais de rien, je t’avoue que ça m’a fait un drôle d’effet. » Je regardai mon annulaire, me disant que j’allais devoir l’enlever bientôt pour lui trouver une place plus convenable le temps que nous nous arrangions avec nos parents. « Après ça, je me suis dit que ce serait une bonne idée de baptiser ma voiture. L’arrière est étroit mais ça reste pas mal. » repris-je pour m’empêcher de déprimer et pour la faire rire un peu. Elle me manquait terriblement, j’avais hâte qu’elle revienne.

***

Cinzia eut beau tout tenter pour faire céder mon père, il se montra inflexible et je compris plus tard qu’il me laissa rentrer chez les Gambino ce jour-là parce qu’il avait pris une décision concernant mon mariage avec Luciano. Il n’était pas question que je reste sur le domaine, pas à proximité de l’homme qui avait l’intention de me passer la bague au doigt, c’était un risque comme un autre et il préférait me garder à l’œil. Mais outre ce prétexte d’un autre âge, je savais qu’il voyait ça comme l’excuse parfaite de me faire revenir un peu chez lui. Il avait toujours cru que mon emménagement avec Cinzia serait éphémère et que je rentrerais au nid dès que je me serais lassée mais ça n’arriva pas et il perdit tout espoir de me voir réinvestir l’appartement familial, jusqu’à aujourd’hui. Il pouvait m’avoir à nouveau pour lui, au moins le temps que tout se mette en place. Et cela aurait dû se faire rapidement avec Carolia et Girolama sur le coup, malheureusement, la mort d’Eddy bouleversa tout le monde et l’appartement de mes parents devint bien vite une prison dont je ne pouvais m’échapper qu’occasionnellement. Je ne pouvais plus travailler et occuper mes journées devenait compliqué, surtout pour quelqu’un comme moi qui ne savait pas rester enfermée à ne rien faire plus d’une journée. J’avais l’impression que Luciano n’était jamais complètement avec moi et qu’il était plus détendu en présence de mon frère, sinon pourquoi m’éviterait-il autant que possible ? Nous n’étions jamais seuls, même pas pour de vrais moments de tendresse et je sentais ma patience fondre comme neige au soleil. Pourtant, je la bouclais depuis qu’il m’avait fait la sale blague de ne pas me donner de nouvelles pendant deux journées entières, je ne voulais pas me retrouver à nouveau dans cette position. S’il lui était arrivé quelque chose dans ce laps de temps, je n’aurais jamais pu me regarder à nouveau en face. Heureusement, parfois, un de mes frères ou Lucky trouvait le temps de me déposer chez les Gambino pour que je puisse passer du temps avec ma meilleure amie dont je remontais le moral de mon mieux. Alors que tout le monde était à la recherche du meurtrier d’Eddy, nos distractions étaient limitées et nous ne trouvions rien de plus jubilatoire que de rendre l’Irlandaise complètement folle de rage. Je lui avais sauvé la vie bien des fois, malgré moi mais je n’en tirais aucune gloire, sa présence m’oppressais de plus en plus même si je sentais que sa fin était proche. Je la jugeais intelligente pour sentir au moins ça, mais même pas. Je racontais mes ébats à voix haute, hurlant presque en donnant moult détails, je ne pensais pas qu’elle aurait vraiment le culot d’ouvrir la porte et encore moins de m’attaquer de front. N’avait-elle rien compris ? « Dès qu’ils auront mis la main sur son père et qu’ils seront morts tous les deux, ce qui n’est plus qu’une question de jours. » répondis-je en regardant ma rivale dans les yeux, attendant qu’elle réplique et me donne une magnifique raison de lui faire mal, comme j’en rêvais depuis que j’avais appris son existence.


Une rage teintée de jalousie me prit aux tripes dès qu’elle prononça les mots « mon mari », j’aurais pu lui clouer la langue sur le front, rien que pour ça. Mais elle ne s’arrêta pas en si bon chemin, affirmant qu’elle était la première et que même si elle était amenée à disparaître, je n’aurais jamais ce privilège d’être l’unique. On ne pouvait le nier, elle savait parfaitement attiser mon courroux et me rendre inconséquente. Tout doucement, ma raison se mettait en veille et je pouvais déjà sentir les prémices d’une sévère montée de violence qui ne se terminerait pas bien, pas bien du tout. Je gardai le silence, les poings serrés, sachant pertinemment que je ne trouverais pas les mots pour la remettre à sa place, à ce stade, seuls les coups pouvaient la lui faire fermer. Cinzia pensait encore, je n’en étais plus capable, je toisais l’intruse et quand elle fit mine de me menacer, elle fit sauter la dernière once de raison qui demeurait quelque part, en mois. Elle eut tout juste le temps de faire sa proposition ridicule que je l’agrippais par la gorge pour la plaquer contre le mur derrière elle. Je resserrai ma prise et elle eut beau se débattre, elle ne me fit pas lâcher d’un iota. « Tu n’as rien à accepter, il est à moi. A MOI ! Je t’autorise à rester dans le décor et tu es en vie uniquement parce que je le permets ! » Le reste fut qu’un fouillis d’insultes en espagnol et de coups. Je commençai par lui cogner la tête violemment contre le mur, à maintes reprises, jusqu’à ce que mes poings me chatouillent et que je ne lui envoie en pleine gueule. Je la rouai de coups, attendant avec impatience le moment où elle s’effondrerait. Je lui crachai dessus. « N’oublie pas que ta place est là ! » Je récupérai ma chaise pour la redescendre dans l’appartement, sentant que je n’étais toujours pas calmée et qu’il me fallait fuir le domaine avant de me retrouver nez à nez avec Lucky et me disputer bêtement avec lui. Je me sentais spoliée et trahie, mieux valait que je me défasse de ces sentiments pour prendre du recul et penser correctement. « Elle m’a menacée avec un couteau, ok ? Je n’ai pas eu le choix ! » Je remontai à la hâte pour jeter un couteau non loin d’elle et hurler après sa garde pour qu’il constate de lui-même. « Vous n’avez rien Lyla ? Don Luciano va me faire la peau s’il vous manque un cheveu. » « J’ai rien, par contre, si tu pouvais me trouver quelqu’un pour me ramener, ce serait génial. » Tandis qu’il était occupé au téléphone, e déposai un baiser sur la joue de mon amie. « Faut que je rentre, je bouillonne, si je reste ici, ça va devenir moche ! Je tenterai de revenir cette semaine. Si ton frère demande après moi, dis-lui que je n’ai plus de batterie. » Elle comprit en un regard que je tentais d’enrayer la crise avant que ça ne prenne des proportions inimaginables.

***



« QUOIIIIIIIIIII ? »
Elle mit ma main sur ma bouche pour que je la boucle alors qu’elle venait de m’annoncer une nouvelle à laquelle je ne m’attendais pas. « T’es pas sérieuse ? Et ton père a accepté, comme ça ? PUTAIN ! » Mariée, depuis quelques semaines maintenant et jusqu’à présent, nous n’avions pas vraiment eu l’occasion de nous retrouver toutes les deux, sans oreilles indiscrètes à proximité. Prises entre tous les membres de la famille Gambino qui avaient besoin de soutien pour faire leur deuil, nos sujets de réjouissance avaient un mal fou à se frayer un chemin dans la morosité ambiante. J’avais fait de mon mieux pour soutenir Carolia et Girolama, d’ailleurs, chaque fois que je débarquais là-bas, j’organisais de grands ateliers cuisine, peinture ou essayage de vêtements et de maquillage pour nous faire passer le temps et nous permettre de rire un peu. Je veillais tout particulièrement sur Carolia qui m’avait l’air d’être une femme forte traversant une période plus que difficile et comme toutes les femmes de sa trempe, elle avait besoin d’attention et de bonnes raisons de continuer à avancer. Nous attendions que Girolama et elle reviennent dans des tenues fantasques quand Cinzia m’avait glissé la nouvelle. « Je trouve ça terriblement romantique, même si tu sais que ce n’est pas trop mon truc, ce qu’il a fait… Je trouve ça vraiment beau ! Je suppose que tu as hâte de pouvoir t’installer avec lui, pas vrai ? Vous avez commencé à regarder pour une maison ? » Ça m’évitait de me dire que nous, nous n’avions toujours pas de date et que ça semblait inquiéter Luciano autant que le calendrier lunaire. Je ne lui jetais pas la pierre, vu comment les choses tournaient et vu la malchance dont j’avais fait preuve dernièrement, ça devait sans doute remettre grandement en question son désir de m’épouser. « Tu sais que l’autre soir, on a dû aller chercher ma sœur dans un endroit louche, comme d’hab tu me diras… » J’avais raconté à Cinzia une partie de l’histoire, il n’y avait que son frère pour être au courant de tous les tenants et les aboutissants. C’était bien la première fois qu’il en savait plus qu’elle sur quelque chose. « Un des types qui était là m’a planté une seringue dans l’épaule… J’ai dû faire les tests pour le VIH et compagnie. J’attends les résultats mais si j’ai été infectée je ne sais pas ce que je vais faire. Ça va tout changer, je ne peux pas faire ça à Lucky… Je vois bien son air chaque fois qu’il pose les yeux sur moi. C’était vraiment un timing de merde ! Je commence à devenir folle, si je ne passe pas mes journées à pleurer, je me sens oppressée, enfermée constamment. Avant, j’avais au moins le sexe pour compenser mais maintenant, j’ai l’impression que même m’effleurer le dégoûte. Et tu sais le plus drôle ? Je ne lui en veux même pas parce que e le comprends, je me dégoûte aussi ! »






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MessageLun 8 Fév - 23:09





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ft Lyla Banana



C’était une belle histoire, une histoire touchante de maladresse. Luciano, qui n’avait jamais été doué pour traduire ses émotions, cumulait les efforts pour Lyla et, si je ne pris pas la peine de lui répéter ce qu’elle connaissait déjà – nous étions trop loin l’une de l’autre pour perdre du temps –  j’étais aussi rassurée que ravie pour elle. Ce n’était pas encore gagné. Il restait de nombreux paramètres à configurer afin qu’ils puissent vivre leur amour pleinement, mais j’avais bon espoir que Coonan finisse par crever, que sa fille l’accompagne dans la mort, que nous retrouvrions tous nos vies. Certes, je me plaisais bien à Los Angeles avec Mani. Cette escapade nous permettait d'être ensemble. Ce n’était pas peu de chose. Mais, sans cette dernière, je ne serais pas dans ma chambre à me demander ce qui ne va pas chez moi pour qu’il me repousse avant autant de détermination. Ma chance, finalement, c’était cette amitié que je veillais à entretenir en la négligeant le moins possible au profit de mes faux problèmes. Je mettais un point d’honneur à être là, autant qu’elle ne l’était pour moi. Je la guidais du mieux que je pouvais pour adoucir ses frustrations, ses angoisses et ses soucis. Souvent, je regrettais que Manuel ne puisse pas comprendre l’intensité du lien qui nous unissait toutes les deux. Nous avions besoin l’une de l’autre pour avancer. Nous étions un soutien mutuel. Je ne nourrissais jamais d'énormes certitudes dans ma vie. Me remettre en question est un réflexe inné, qu’il s’agisse de grandes choses ou de futilités. Je priais donc au quotidien pour que rien ne vienne abîmer notre complicité. J’avais foi en elle et la réciproque était vraie. Je ne fus par ailleurs aucune surprise d’apprendre qu’elle se rangea à mon conseil en incluant ma mère dans ses confidences. Le résultat n’en fut que probant. Elle la traitait comme une fille. Je le remarquai lors de notre dernière visio grâce à la technologie et j’étais ravie. Lyla n’était pas seulement ma future belle-sœur. Je l’aimais comme si elle était de mon sang et, si ma bague certifie qu’un jour prochain – pas si loin – je quitterai ma famille pour construire la mienne, ma meilleure amie demeurerait au domaine. Sa place serait  là où était la mienne, un peu différemment, mais pas grand-chose. Jamais je n’aurais imaginé, en rentrant, qu’elle serait forcée de retourner dans le Bronx. Jamais je n’aurais cru que je me retrouverais ici, assise en face de son père, à me débattre vainement pour qu’il change d’avis. C’était peine perdue. Je le saisis pour une grimace ou un haussement de sourcils indéfinissable dans le détail, mais qui en disait long sur mon échec. Quelle déception ! Si seulement j’avais pressenti cette frustration, j’aurais profité de chaque seconde de notre joyeuse colocation. La mort d’Eddy arrivant si brusquement, comment aurais-je pu me réjouir de ses nos rencontres sur le domaine ? Évidemment, j’étais contente de la voir à mes côtés, autant pour elle que pour le coup de main considérable qu’elle me filait, mais l’innocence de nos échanges me manquait terriblement. Nous courrions en tous sens pour gérer les visites et, le plus souvent, la souffrance de mes proches. Luciano était une coquille vide. Andrea absent. Achille détestable. Quant à Gaby, il tentait de m’aider au mieux avec cette gravité qui était sienne. Ce n’était pas probant, mais il y mettait tellement de cœur que je l’écoutais pieusement, sans jamais le rabrouer alors que je n’avais aucune envie de nommer mes propres émotions. Elles me rendaient mauvaise. Je rêvais de vengeance, comme tous les miens, et à défaut d’être autorisée à prendre part à leur traque –- ce n’est pas la place d’une femme, figlia mia, Maruzella, Princesita… et autres déclinaisons selon le porteur du message – je fomentais des pièges afin de tromper l’empressement, l’ennui et la douleur.

Ma victime : Caitlyn. Ma complice : Lyla.  Le décor : le couloir de l’appartement de mon frère. Nous babillons le plus fort possible, toujours de Luciano, de notre parenté prochaine ou des détails de leur vie sexuelle. Tout était fait pour la blesser. Nous abordions tantôt l’un tantôt l’autre. Sauf qu’elle ne réagissait pas assez vite à mon goût, si bien que nous cumulâmes tous les sujets en une seule conversation. Ce que j’espérais ? Je n’en étais pas certaine. Je n’aspirais nullement à nous attirer des emmerdes en provoquant une bagarre où j’aurais détourné l’utilité première d’une chaise pour en faire une arme dangereuse. Je crois que je souhaitais qu’elle souffre autant que moi qui ne parvenais pas à me débarrasser du mal qui me rongeait, à moins d’être en présence de Mani, ce qui arrivait de moins en moins souvent. Je nous pensais même à l’abri de la moindre rixe, estimant que cette mégère était lucide sur sa place d’épouse et qu’elle était assez consciente de son sort de prisonnière. Elle ne se montra jamais que pour assaillir d’horreur le cœur de ma meilleure amie. Je montai au front dans le respect des impératifs de mon frère alors que j’aurais adoré la tenir pour permettre à Lyla de se défaire de son envie de la cogner jusqu’à ce qu’elle soit méconnaissable. Ce fut d’ailleurs, à peu de choses près, de cette manière dont les choses se déroulèrent, à la différence que je n’eus pas réellement besoin d’intervenir. Acculée contre le mur, elle s’effondra et moi, j’en jubilais. Dommage que ce fût si éphémère. Ç’aurait été tellement parfait si j’avais reçu l’information qu’elle rejoindrait son père dans une cage le jour même. Foutaises. Parfois, je songeais même que ça n’arriverait jamais, mais pas maintenant. Ramassant ma chaise, j’offris à la pauvre âme recroquevillée sur elle-même un sourire narquois. « Cohabiter hein ? Tu n’aurais jamais pu être à la hauteur de toute façon. » lançais-je en guise de conclusion à tout ça avant d’envisager sérieusement de la frapper au visage pour couvrir un mensonge. Nous n’avions rien provoqué d’aussi direct. Nous l’avions cherchée, mais jamais nous n’avions eu l’intention de la malmener physiquement. C’était ce que nous avions prévu de leur servir comme baratin. Tous nous croiraient, sauf peut-être Mani et Lucky qui, avec le temps, s’étaient bien rendu compte que nous n’étions pas que des moitiés d’emmerdeuses. « Oh, putain ! Bonne idée. J’ai eu peur de devoir te frapper moi-même. J’étais déjà en train de me préparer psychologiquement » lui confiais-je à voix basse tandis qu’elle remontait et que je déclamais l’événement avec le talent d’une dramaturge. Il se précipita à l’étage dès que la fiancée de son boss cria au scandale. J’adressai à mon amie un clin d’œil complice, mais elle n’y répondit pas comme je l’aurais espéré. Les saloperies que cette putain lui cracha l’avaient plus heurtée que je n’avais bien voulu l’admettre. Nul doute qu’aujourd’hui, je ne brillai pas par mon idée. « Ne te préoccupe pas d’elle. C’est des conneries. Tu sais bien que tu es la seule pour mon frère. Je lui raconterai tout à ma manière et je lui ferai comprendre que tu as besoin de réfléchir un peu. Si je lui mens, il va descendre jusque chez tes parents. Mais, fais-moi confiance tout se passera bien. Appelle-moi quand tu es rentrée. Ou envoie au moins un message. Et fais attention à toi, Lyla Banana. » achevais-je en lui envoyant un baiser. Je n’avais même pas eu le temps de lui confier les dernières nouvelles me concernant. Et Dieu seul savait qu’elle était de taille pourtant.


***


« Chuuut… c’est un secret. » la sommais-je néanmoins heureuse de sa réaction. Elle cachait plus d’enthousiasme que de désapprobation, ce qui m’étonnait bien souvent au vu de son animosité pour l’homme que j’avais choisi. Certes, je savais qu’elle avait fini par se faire une raison. Mais, chaque conseil prodigué pour m’aider à apprivoiser la situation – et le personnage surtout – me surprenait toujours un peu. « D’après lui, il a bataillé ferme et je veux bien le croire. Mon père est un traditionaliste, ce n’est pas à toi que je vais l’apprendre. » Elle en avait fait les frais. Il la questionna avec ruse après mon rapt et, si elle l’avait rassuré au mieux, je ne doutais pas qu’une part de lui s’était inquiétée de ma vertu. Aujourd’hui, il m’arrivait même de penser qu’il savait, qu’il faisait seulement semblant de l’ignorer, pour préserver son cœur de père et parce que nous étions des pêcheurs discrets. Est-ce que ça avait pesé dans la balance ? Peut-être. À moins que je me fasse simplement des idées. « Mais je crois aussi qu’il sait que s’y opposer n’avait pas grand sens. On va quand même se marier tôt ou tard. Au vu des circonstances, attendre n’avait pas forcément grand intérêt. Et puis, ça lui aura donné le coup de fouet qui lui manquait pour avancer la date du mariage. Il devrait bientôt fixer une date avec Mani. » J’aurais voulu prendre part à cette discussion, mais pour Ettore, je n’avais pas grand-chose à dire sur la question. Dans sa logique, il me perdait, il choisissait et, dans l’absolu, je pouvais facilement me mettre à sa place. Il devait certainement redouter le jour où je quitterais le nid. « Je trouve aussi. » ajoutais-je ensuite alors qu’elle qualifiait le geste de beau et romantique. « Surtout que… » J’hésitai, ne sachant pas trop comment lui expliquer comment la décision était finalement tombée. Je me souvenais de l’enchaînement, mais pas forcément de l’argument réussit à le convaincre. « Comment dire… j’étais désemparée. Il venait de me dire qu’il pourrait m’obtenir tout ce que je souhaitais si je voulais et c’est ce qui m’est venu spontanément. J’étais persuadée que ça m’aiderait à me sentir mieux. Il a d’abord dit non, ce qui est normal, on est pas tout seul dans cette histoire. C’est plus vraiment notre mariage maintenant. Et puis, il est revenu sur sa décision. Il ne m’a rien imposé, il m’a demandé si j’avais envie d’aller à la mairie le lendemain matin. Et, tu veux que je te dise le plus effrayant ? Plus rien n’existait à part lui et moi. Je l’aime tellement fort que ça me fait mal parfois… » lui confessais-je sans trop savoir ce que j’attendais d’elle.

L’excessivité de mes sentiments était prévisible. Je n’ignorais pas que ça se passerait comme ça et, à LA, après que j’ai paumé les clés de ma ceinture de chasteté, je sus que ça ne ferait que s’aggraver. « Et ça me fait graaaave flippé. J’ai peur de ma réaction quand tout ça va retomber comme un soufflé. Parce que ça arrivera… et plus vite encore quand on s’installera ensemble. Enfin, je suppose que j’ai encore un peu de temps devant moi. » ricanais-je pour calmer cette angoisse sourde qui s’exprimait prématurément. « Et non ! On ne parle pas encore de maison pour le moment, mais ce n’est pas un problème. Et vous ? Ça y est ? Tu t’es collée aux préparatifs ? » Elle fit une drôle de tête et il ne m’en fallut pas plus pour comprendre que quelque chose n’allait pas. « Vous avez fixé une date au moins ? » m’enquis-je intriguée et avec un mauvais pressentiment. Il se justifia quand elle me confia les récentes nouvelles. HIV. J’avais cette maladie en horreur depuis les révélations de Matthew. Penser à lui accentua ma peur et moi, qui aurais juré que j’étais capable de garder mon sang-froid dans un paquet de circonstances, je sentis les larmes me monter aux yeux. « Luciano, il…. Enfin, vous en avez parlé ? Il faut en parler. Tu auras les résultats quand ? Tu n’as pas reçu ceux de la seringue ? » As-tu pris un traitement préventif ? Il a réagi comment ? J’avais tant de questions encore, mais si peu de temps pour obtenir les réponses et, par-dessus tout, tellement de mal à cacher ce qui m’agitait. Sans l’intervention de Carolia – j’ignorais par ailleurs où elle trouvait son énergie  – j’aurais fini par m’effondrer. Cette saleté de virus avait-il prévu de m’arracher tous les gens auxquels je tenais ?  « C’est quoi ce regard, Maruzella. » m’admonesta-t-elle en levant mon visage vers elle.  « Toutes les deux, vous allez me faire une autre tête que celle-là. Mammà n’a pas besoin de vous voir pleurer. Elle a perdu un fils. » Forte, elle ne précisa pas que le dit enfant était aussi son mari. Elle forçait le respect. « Maintenant tout le monde sourit, pour elle et puis je veux tout savoir de vos petites messes basses. » Elle tourna les talons avant de continuer. « Et j’ai dit absolument tout, je vous préviens. » J’essuyai mes larmes à la hâte et je ne prononçai plus le moindre mot. En revanche, j'entremêlai mes doigts aux siens et je ne la lâchai pas un instant. Je n’attendais plus qu’une chose, que nous soyons seules pour en discuter, mais c’était tellement rare. Je profitai de ce que Girolama demande à sa belle-fille de la conduire de sa chambre pour reprendre là où nous avions été interrompues. Je me levai, m’accroupit face à elle et je récupérai ses mains déposées sur ses genoux.  « Je suis désolée pour ma réaction. C’est juste que… que j’ai un ami à moi qui m’a récemment annoncé qu’il était malade. J’avais toujours cru que ça ne me concernait pas ni moi ni les gens que j’aimais et là, je me le suis un peu mangé comme une claque en pleine figure. Mais, la situation n’est pas comparable. Tu es allé voir ton ami Clay ? Il en pense quoi ? Il t’a dit que c’était de plus en plus rare les transmissions de ce genre-là ? Tu ne vas quand même pas renoncer à ton mariage, pas vrai ? Tu vas lui briser le cœur. » M’inquiétais-je un peu perdue, je devais bien l’admettre. À babiller de la sorte, je l’avais l’impression que j’alourdissais ses épaules. « Qui va briser leur cœur de qui ? » nous lança-t-on de l’embrasure de la porte. « Allez, ça suffit, vous me fatiguez. Racontez-moi ce qui se passe. » Carolia était de ses femmes contre lesquelles on peinait à s’opposer, car elle est douce et sévère à la fois. Je ne dis pourtant en jetant un regard vers Lyla. Si cette histoire devait être révélée, elle ne pouvait pas venir de moi.





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MessageJeu 11 Fév - 20:58





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ft Cinzia de la Vega


Rien de ce que cette putain avançait n’aurait dû pouvoir me toucher et pourtant, c’était chaque fois le même cirque, je me sentais attaquée et menacée, pour la simple et bonne raison que j’avais l’impression que ma position n’était pas solide et qu’il suffirait d’un drame pour que je me fasse pousser de mon piédestal. Je ruminai tout le long de la route et envoyai un message à Cinzia lorsque je fus arrivée chez mes parents mais j’éteignis mon téléphone, m’en voulant de la laisser se débrouiller avec son frère pour les explications mais il ne fallait pas que je lui parle, il ne fallait pas que je puisse m’en prendre à lui alors que je ne parvenais plus à me souvenir qu’il était, lui aussi, victime de la situation. Si je parvins à m’adoucir et à prendre du recul, je ne pus me défaire de cette idée selon laquelle j’étais dans une position délicate et qu’il suffirait d’un rien pour que ça tourne mal. Oui, je portais désormais cette bague de fiançailles, oui, nous étions allés voir nos familles respectives pour en discuter et oui, je pensais de plus en plus aux détails de la cérémonie mais ça ne changeait rien. Toutes ces choses ne l’empêcheraient pas de reculer s’il ne se sentait plus d’honorer ses engagements. D’autres avant lui l’avaient fait, Ruben le fit, m’abandonnant quelques jours avant le mariage, ronde et désespérée mais surtout abasourdie. Je n’avais pas vu le coup venir, je ne m’étais jamais doutée que quelque chose allait mal et pourtant, je m’étais évertuée à toujours lui donner ce qu’il demandait, à me plier en quatre pour le rendre heureux. La seule chose sur laquelle je refusai de plier, ce fut ma volonté de faire des études et de ne pas construire de famille avant d’obtenir mon diplôme. Je me souvenais de chaque dispute à ce propos, lui rappelant que je voulais des enfants mais pas au prix de ma liberté. Que je voulais devenir quelqu’un et rendre ma famille fière, parce que je serais une deuxième Vicky, une fille avec du plomb dans le crâne et pas dans l’aile. J’ignorais toujours si c’était ce qui l’avait convaincu de se tirer avec une autre ou bien si sa décision était prise bien avant, parce qu’il se fichait de moi et de nous. Je me demandais s’il n’avait pas fini par se lasser, après avoir tout obtenu de moi. Si pour lui, un amour adolescent aussi pur que cela pouvait être, n'était pas suffisant, il ne méritait rien d’autre. J’avais passé les années suivantes à me morfondre à son sujet avant de réaliser que tout ce que je ressentais à son propos, c’était du dégoût et de la déception et désormais, de l’indifférence. Luciano était parvenu à soigner mes doutes et à effacer mes insécurités. Malheureusement, je me retrouvais dans une situation qui me rappelait de mauvais souvenirs et cette histoire de VIH n’arrangea rien. Je ne le voyais plus, il ne me parlait quasiment plus. Ses coups de fil et ses messages n’étaient là que pour faire illusion mais je n’étais pas dupe.

Grâce à Dieu, Cinzia était là pour me remonter le moral, elle trouvait toujours le moyen de me mettre du baume au cœur et si je n’appréciais pas Manuel, d’aucune façon, j’étais heureuse pour eux. Voir l’expression qui se peignait sur le visage de ma meilleure amie, ça valait tout l’or du monde et me faisait oublier mon propre malheur. Qu’est-ce que ça pouvait bien faire que je me sente désemparée et esseulée alors qu’elle était mariée et épanouie ? « Il t’aime vraiment beaucoup pour se payer une bonne négociation avec ton père, j’ai déjà essayé et si je peux éviter, j’évite ! » lâchai-je avec humour et un grand sourire, ça parvenait à améliorer mon humeur de manière drastique. « Je suis tellement contente pour toi, c’est une super nouvelle, vraiment super ! J’espère que le mariage sera pour bientôt, que je puisse t’aider à tout faire ! J’ai des tas d’idées et crois-moi, tu vas les adorer ! » Je me pressai contre elle, lui communiquant tout mon enthousiasme et ma joie ainsi que cet amour inébranlable que je nourrissais pour elle. « Je sais ce que c’est… » ne pus-je m’empêcher de répliquer. Aimer à en avoir mal, il n’y avait pas d’autre définition de ce que je ressentais à l’égard de son frère et qui me plongeait dans une profonde déprime alors que j’avais l’impression, plus forte que jamais, qu’il essayait de se débarrasser de moi. « Vous avez pris des photos ? Dis-moi qu’il y en a ? J’en veux une !! » m’exclamai-je alors en la secouant comme un prunier, j’étais presque déçue de n’avoir pu être là pour balancer du riz dans les yeux de son époux et pour fêter le moment avec elle mais il aurait probablement trouvé le moyen de lui faire une crise pour ça aussi. « Je ne pense pas, tu sais, ce genre de type ne se marie pas par hasard et pas à n’importe qui, je doute qu’il se lasse et puis si tu entretiens la flamme, y aura aucun problème et je te fais confiance pour ça. Sinon je te donnerais quelques tuyaux. » Je lui fis un lever de sourcils suggestif et elle comprit assez vite puisqu’elle se mit à rire. Mon hilarité se dissipa quand ce fut de mon mariage qu’on parla, je secouai la tête à la négative, une boule dans la gorge et au bide qui me donnaient envie de gerber. « Pour ça faudrait qu’il vienne me voir, il a toujours une bonne excuse. Il appelle, il envoie des messages parce que ça lui évite de me voir et de se sentir obligé de me toucher. J’aurais dû avoir les résultats cette semaine mais ça traîne, ça m’inquiète, je dois dire. Pour les miens, ce sera pas avant plusieurs semaines, mais déjà, avec la seringue, on saura de quoi il en retourne. »

Je gigotais sur mon siège, me sentant mal à l’aise, je préférais ne pas parler de moi, surtout pas quand il y avait un problème pareil. L’intervention de Carolia, les larmes dans les yeux de mon amie et toute cette merde brassée me fit regretter de l’avoir ouverte. Alors, quand Carolia exigea des détails, ce fut pour moi le signal que je devais mettre les voiles. « Il ne se passe rien, je vais rentrer. C’était un super moment. » lançai-je en me levant et en cherchant ma veste pour me tirer le plus vite possible. « Tu as promis à Mamma que tu mangeais ici ce soir, avec nous, si tu as envie de lui faire de la peine, c’est le moment. » Elle m’aurait balancé une droite dans le bide que ça m’aurait coupé le souffle de la même façon. « On ne résout pas les problèmes par la fuite, ça se saurait, on les affronte, comme une femme ! » Le coup de grâce me fit me rasseoir et je n’osais plus prononcer le moindre mot, ni bouger d’un iota. Carolia prit une chaise et s’installa en face de nous, cet air déterminé accroché à ses traits, elle ne m’épargnerait pas. « J’attends ! » « Je n’ai pas envie d’en parler. » répondis-je franchement en soutenant son regard. « Là n’est pas la question, tu as besoin d’en parler, c’est suffisant pour que tu le fasses. Alors ? » Je soupirai et lui livrai ma petite histoire alors qu’elle ne réagissait pas, écoutant attentivement. Lorsque j’eus fini, elle garda le silence de longues minutes, les mains jointes. « Je pense qu’il a peur, peut-être même plus que toi, c’est pour ça qu’il ne vient pas te voir. Il a peur de te perdre et il se sent coupable. Il était là, il t’a laissé agir comme tu le fais toujours, pourtant il te connait bien, il aurait dû se douter que ça arriverait mais il t’a laissé faire et voilà le résultat. Il ne t’en veut pas, il s’en veut et il en veut à la situation. Il a besoin de temps et de recul. » Elle me sortit ça comme si elle connaissait le moindre détail de notre vie de couple, ça ne m’aida pas à me sentir moins mal à l’aise. « Tu devrais aborder le sujet avec lui, de manière frontale, parce qu’il ne le fera jamais. Luciano a la capacité de tous les hommes Gambino de garder des œillères quand ça le dérange et pour un homme comme lui, le SIDA, c’est vraiment une maladie qui sonne de façon désagréable. Laisse lui le temps de digérer mais ne fais rien de stupide et annuler le mariage, ça l’est. Prépare tout, choisis une robe, et fais le vite, quand il sera revenu à lui, il ne va plus vouloir perdre de temps. » « Ok… Merci pour tout… Toutes ces… Enfin merci. » « Je sais que ça te fait te sentir mal mais y a aucune raison, Lyla, on est de la même famille, ou presque, si je peux t’aider, je le ferais. » Je sentais de la reconnaissance derrière tout ça et ce fut confirmé par le câlin qu’elle m’offrit et qui sembla sortir de nulle part. Je jetai un coup d’œil en biais à Cinzia qui haussa les épaules et me fit un sourire. « Tu as une idée de la robe que tu voudrais porter ? »








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