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SCUSA SE NON PARLO ANCORA SLAVO
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Luciano Gambino
ADMIN COUP DE BOULEUR

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La cruauté est essentielle si l’on veut conserver le pouvoir. Sans elle, on apparaît faible et les adversaires en profitent. Comme les chiens : celui qui aboie le plus fort devient le chef de meute. [Saviano]

MessageSam 13 Aoû - 9:51





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Se laisser vivre, ne pas réfléchir à un demain trop loin, permettre à ce dernier de nous surprendre en temps voulu, c’était un conseil judicieux pour le commun des mortels. Pour moi, c’était tentant, mais réalisable uniquement pour la nuit ou pour la journée du lendemain. Après, je chercherai des solutions pour que nous souffrions le moins possible de ces futures responsabilités qui nous sauteront tôt ou tard à la gorge. J’avais été conçu pour anticiper, aussi bien dans les affaires que dans ma vie privée, car si je cloisonnais ces deux aspects de ma vie, la séparation n’était pas vraiment hermétique. Ils sont étroitement connectés et donc interdépendants. Ils jouent sur mes humeurs au quotidien, ce qui implique fatalement des répercussions tantôt sur mes hommes tantôt sur Lyla. Et cependant, alors que nous touchions du doigt la réconciliation pleine et entière, je mis mes tracas entre parenthèses, aidé par la douceur de ma femme, par sa force et par son dévouement. Bien sûr, il nous restait quelques détails à régler à propos de notre dernière querelle, mais quelques plaisanteries les délestèrent de leur caractère grave, facilitant ainsi la communication entre nous. Elle me confia les raisons de son comportement. Je lui confessai mes regrets et mon amour. Si elle me rendait meilleur, je l’empêchais d’être la personne qu’elle rêvait d’être : bienveillante et altruiste. Je n’étais heureux que si ces qualités se concentraient uniquement pour moi, ce que je n’aurais normalement admis que sous la torture. Pourtant, malgré ma pudeur, rien ne me parut plus facile que ces aveux, pour la simple et bonne raison que j’étais convaincu que mon père m’abattrait comme un chien d’avoir osé m’attaquer à l’honneur de son fils préféré. Achille était l’aîné. Il jouissait par conséquent de faveurs et de privilèges qui lui étaient réservés. Hormis Gabriele, bien moins nanti que le reste de la fratrie, d’aucuns ne s’en plaignaient vraiment. Pas même moi, alors que Lyla avait raison, je comptais parmi ceux qui sacrifièrent le plus en énergie, en bien-être et en sérénité au nom de l’organisation et pour répondre aux différentes lubies de mon père. Ça manqua de foutre en l’air ma plus belle et ma plus saine relation. Sans la patience de mon épouse, il aurait tout gâché et je l’aurais regrettée. Terriblement. Car, elle avait raison. S’il me fallut des mois pour accepter que je nourrissais pour elle plus d’amour que d’affection, j’étais sous le charme de sa personnalité haute en couleur, de ses sourires, de son humour, de ce grain de folie qui faisait écho au mien et qui nous traînait dans des bars pour provoquer des bagarres. J’aimais jusqu’à cette façon de se cacher des autres et son malaise dès que Ruben l’attaquait ouvertement. Elle affichait une moue trahissant cette rage saupoudrée de fragilité qui me faisait littéralement craquer. « Amoureux. Amoureux. Faut le dire vite, mais… » la taquinais-je en dodelinant la tête de gauche à droite. Elle cogna mon épaule et j’en ris, séduit par ces réflexes tandis que je feignais de souffrir le martyre. « Ça va ! ça va. J’ai eu du mal à ne pas te réembrasser dans la voiture après le match… En plus, je voyais bien que tu en mourrais d’envie… » Si j’oubliais volontairement qu’elle mourrait d’envie de me gifler. « Et, pour ce qui est de ma sœur, je crois que c’est trop tard justement. En plus, Gaby est rentré… » Je ne ferais plus le poids désormais. « Tu devrais plutôt me raconter tes rêves érotiques… Je ne voudrais pas qu’il soit source de frustration, si tes prémonitions ne sont pas toutes réalisées. » conclus-je en l’embrassant pour que les larmes ne roulent pas le long de ses joues, à moins, évidemment, que la cause en soit un plaisir incontrôlable.

***

Chicago ne fut pas seulement la ville où tout commença, mais celle où nous signâmes une trêve jusqu’à notre prochaine dispute sans gravité et qui n’aurait d’autre impact que raviver notre passion. Nous profitâmes de notre paix allègrement, surtout moi, et sans le moindre scrupule. Ma décision étant prise et les principaux intéressés informés, je m’estimais en droit de m’accorder une pause avant d’affronter la colère de mon père. Personne ne m’en blâma. Quant à moi, tandis que s’achevait mon entrevue avec ce dernier, je me remerciai sincèrement d’avoir lâché la bride sur ma rigueur et par rapport à mes obligations. L’ère qui s’annonçait apporterait son lot de révolution et de souffrance. Je n’étais pas mort, j’aurais dû être en joie, mais une lourde tâche pesait sur mes épaules. S’il était entendu qu’Achille disparaîtrait, l’idée de m’en charger me répugnait, sauf que je n’avais pas le choix. Ce serait lui ou moi, et par instinct de préservation, il n’était pas question que je me sacrifie puisque son destin était scellé. Aussi, affrontais-je cette période de latence en usant de tout le deni dont j’étais capable, histoire de ne pas devenir complètement fou. Bien sûr, je n’espérais pas qu’une fois sa colère retombée, Ettore Gambino changerait d’avis. Ses décisions étaient irrévocables, à moins de s’appeler Cinzia, première ou deuxième du nom, ou encore Girolama. Aucun de ses soldats – car c’était ce que nous étions avant d’être ses fils – n’avait sur lui assez d’influence pour qu’il épargne Achille et sa famille parallèle. En soi, c’était une chance qu’Antonella ou Bianca y survivent. J’appris donc à vivre en attendant que sonne le glas de mon aîné, priant afin que ça ne soit pas demain ou trop tôt après le mariage de la Cinzia. Ce serait l’échéance, je le savais pertinemment. Quelquefois, quand je disposais de trop de temps pour cogiter, je me demandais ce qu’il adviendrait de sa maîtresse. La fera-t-on tuer enceinte ? Attendra-t-on qu’elle accouche avant de l’assassiner sauvagement ? Lui subtilisera-t-on son bébé ? Que répondrais-je si on s’intéressait de mon avis, ce qui semblait être systématiquement le cas depuis peu ? De mémoire d’homme, il n’avait jamais autant compté et, si j’en étais parfois flatté et aussi heureux que mes efforts et mes sacrifices soient enfin légitimés, il m’arrivait de regretter l’époque où exécuter sans me poser de questions me manquait. J’avais beau être assez juste et intelligent pour prendre parti, c’était source de fatigue, une fatigue psychologique qui m’obligeait à éviter d’aborder certains sujets avec ma femme. L’exemple le plus flagrant s’illustra au restaurant alors que je balayais différents sujets de conversation d’un revers de la main, les chassant avant qu’il ne trouble cette fausse tranquillité que je m’imposais en sa compagnie, histoire de ne pas l’inquiéter.

Ça me désolait d’avoir à lui dissimuler en partie ce que je ressentais. Elle, elle veillait à réduire l’étendue de son jardin secret, mais nous passions si peu de temps ensemble que la préserver, c’était une façon d’entretenir ce que nous avions été : des gais lurons. « Et ne jamais revenir. C’est alléchant comme programme. Ça me semble même très bien » conclus-je en lui adressant un sourire qui aurait pu duper ma mère. Même Lyla, qui me connaissait si bien, se laissa prendre au piège, à moins qu’elle fasse semblant aussi bien que moi, elle qui me rassurait sur mon emploi du temps, seul grief à ma nouvelle vie en construction que je formulais ouvertement. « D’ailleurs, quand je pourrai souffler, on ira. Après la naissance… C’est quand la prochaine visite chez le gyné ? Je sais que tu me l’as déjà dit, mais j’ai oublié de noter et je me sens un peu largué en ce moment. Mes poches sont pleines du post-it, que je dois encoder là-dedans. » J’agitai mon téléphone sous son nez, mais même ça, c’est trop compliqué. Je soupirai de lassitude. Je détestais me plaindre de la sorte, mais c’était une façon détournée de lui certifier que je ne me cachais pas derrière des excuses afin de passer le moins de temps possible avec elle, elle qui jouissait de tout le temps du monde, temps que je lui enviais et qui, visiblement ne la satisfaisait pas. Au contraire, elle ne m’amènerait pas sur le tapis son désir prévisible de travailler. Comme si c’était la bonne période pour se trouver une activité. Je n’avais pas besoin de ça. Je démontai l’idée de Mani avec conviction, pensant chaque mot et espérant ramener mon épouse vers plus de discernement et moins d’ingratitude. «Je ne vois pas le mal partout. Je dis juste que je connais ma sœur. Elle va finir par se casser un truc ou se mettre dans une situation bien merdique que Manuel ne supportera pas et il va tout lui reprendre. Elle va se faire plus de mal que de bien parce qu’elle ne comprendra pas, qu’elle trouvera ça injuste, parce que c’est pas de sa faute, et bla-bla-bla… » Je levai les yeux au ciel, me montrant désobligeant, mais sans vraiment le vouloir. « En ça, vous pouvez bien vous donner la main. S’il y a une merde de chien sur un trottoir, vous marchez dedans. » la taquinais-je, glissant quelques plaisanteries ça et là qui, au final, n’amusaient que moi. Elle avait cet air grave qui rendit ma question suivante complètement inutile. Elle était sérieuse. Pire, j’étais en train de la mettre en colère, bien qu’elle fût assez intelligente pour nous éviter la crise de nerfs en public et pour répondre précisément à mes sincères interrogations. « Ceci dit, je t’ai déjà dit mille fois que tu n’étais pas obligée de faire le ménage. C’est toi qui as insisté, mais il n’est pas trop tard pour prendre une femme à journée, si tu as besoin de te dégager du temps.» tentais-je en embrassant l’espoir fou que peut-être, fatiguée par ma mauvaise foi déguisée en absurdité, elle abandonnerait de guerre lasse, mais non ! Elle dépeignit le tableau de ses journées avec amertume et avec cette pointe de mépris qui ne rendait pas justice à sa gratitude. Elle sonnait faux, mais je m’enfonçai tout de même en encensant son père.

« C’est un homme de bon conseil. Travailler, enceinte, c’est délicat. Un accident, c’est vite arrivé et tu as besoin de … » Je m’interrompis d’emblée face à son regard qui en disait long sur le fond de sa pensée. Si je persistais, elle se refermerait comme une huître et s’emploierait à me faire regretter cet entêtement que j’estimais fondé et qu’elle semblait voir d’un œil mauvais. Alors, j’accédai à sa requête, sans réelle intention de m’exécuter dans la seconde, mais assez fermement pour la calmer. « Oui. Ça devrait pouvoir se faire et je ne serais pas contre un coup de main. » Je ravalai le "mais" de l’opposition, abasourdi par sa proposition suivante, celle que je soupçonnais plus à même de lui plaire. La caserne, son ambiance familiale et ses collègues, elle lui manquait. Pas à moi cependant. « Une femme mariée n’a pas sa place dans un monde d’homme. Il en est hors de question et c’est non discutable. » tranchais-je si fermement que je n’entendis rien des idées suivantes. Je n’arrivais même plus à la croire alors qu’elle prétendait préférer passer son temps avec moi. Ce n’était à mon sens qu’une façon de me manipuler. À quel niveau ? Je l’ignorais et ma susceptibilité ne me permettait pas vraiment de reconsidérer ma première impression. « Réfléchis à un projet qui te botterait vraiment, pas un que tu crois plus à même de me faire accepter, et on en rediscutera. » Je bénis le serveur de nous interrompre pour prendre notre commande cette fois. Il m’offrit tout le loisir d’axer la conversation sur la voie que je choisis moi-même. Je n’en manquais pas. Les potins allaient bon train et je lui rapportai les dernières nouvelles concernant les danseuses, les dernières frasques de Gloria et je la questionnais à propos de Jezabel et de sa relation avec Gabriele. J’évitais toutes les rumeurs qui concernaient les types de la caserne, même si l’envie de lui rapporter l’hospitalisation d’Odair me démangeait. À s’obstiner à retrouver sa vie d’antan, elle provoquait en moi une aversion pour tous ces types qu’elle fréquenta et que j’étriperais bien les uns après les autres.

***
J’avais déjà entendu parler de cette légende qui racontait qu’offrir un bouquet de fleurs à une femme était une arme à double tranchant. Tout comme je n’ignorais pas que les femmes enceintes souffraient de sautes d’humeur incontrôlables qui nous collait à tous une furieuse envie d’extirper ce bébé de leur ventre pour retrouver celles que nous avions aimées ou, dans mon cas, épousées. Je pensais néanmoins – et plutôt naïvement – que j’étais à l’abri de ce genre de crise de nerfs, celle qui m’obligea à détruire mon présent rageusement, sautant à pieds joints sur les roses rouges que j’avais pourtant choisies soigneusement. Je rayai définitivement les fleurs de ma liste de cadeaux. Foi de Gambino, elle n’en recevrait plus, à moins qu’elles ne soient en plastique. Ce n’était cependant pas le plus pesant. Tout ce que je faisais était prétexte à dispute et à interprétation. Un soir, alors que je nous ramenai un morceau bien juteux de Porchetta, elle s’imagina que l’une ou l’autre de mes maîtresses l’avaient préparée en si grande quantité qu’elle me l’emballa dans un tupperware et qu’en prime, non content de la tromper, j’osais lui ramener les restes. L’emballage et son contenu valsèrent par la fenêtre pour le plus grand plaisir des chiens et à mon grand désarroi et, autant sa jalousie m’amusait lorsqu’elle était facile à gérer, autant Lyla commençait lentement, mais sûrement, à me tomber sur les nerfs. J’avais peur de rentrer, peur d’être confronté à ses nouvelles certitudes particulièrement stupides. J’en avais marre qu’elle inspecte mes fringues en quête d’une trace de rouge à lèvres ou qu’elle me hume sans discrétion pour repérer les effluves d’un parfum qui ne lui serait pas familier. C’était épuisant, mais pas franchement surprenant. Elle me faisait payer mon désintérêt notoire pour ses brochures et ses différents projets que je n’écoutais jamais que d’une oreille. J’aurais aimé prétendre que je me vengeais pour son comportement, mais c’était bien plus compliqué.

J’étais persuadé que je ne reviendrais nullement sur ma position, sauf qu’à mésestimer son ingéniosité, je me pris littérairement les pieds dans le tapis de mon entêtement. Je manquai d’avaler mon petit-déjeuner de travers quand elle émergea de la salle de bain dans son uniforme ridicule à souhait et qu’elle me salua comme si ce boulot faisait partie intégrante de notre routine. Elle se foutait de ma gueule et, de mon point de vue, je ne méritais pas un tel traitement. Détestait-elle sa vie avec moi à ce point-là ? Au point de se dégoter un job dégradant sans m’avoir consulté ? C’était tout ce que je déduisais de son attitude et de ses diverses déclarations, ici, à la table où je l’asseyais pour régler le problème avant qu’il ne dégénère. « Je ne t’ai pas dit que je voulais bien pour te faire taire. Du moins, pas tout à fait. C’est juste que je ne comprends pas, c’est tout. Tu as tout. Je fais tout ce que je peux pour que tu n’aies à te tracasser de rien, rien d’autre que toi, le bébé et moi. Alors, non, je ne comprends pas pourquoi tu veux absolument travailler. Mais, si c’est vraiment, ce que tu veux, on va réfléchir ensemble à ce que tu pourrais faire, puisque visiblement, tu n’es pas heureuse et que je ne te suffis pas à t’épanouir. » Je me posais en victime, exagérant sans doute d’un point de vue purement extérieur, mais moi, cette sensation qu’elle me collait un bon coup de pied aux fesses et celle de ne pas être à la hauteur de ce que la société attend d’un homme comme moi, je les détestais. Elle m’embarrassait et je n’avais certainement pas la patience de Manuel. Ce n’était pas nouveau. « Et ça veut dire quoi « Tu ne veux pas de moi dans tes pattes. » ? Je n’ai jamais dit que je ne voulais pas que tu bosses avec moi. C’est toi qui me présentes ça comme ton dernier recours. En gros, tout tant que tu ne restes pas à la maison. Dans ces conditions, il n’est pas question que je t’emmène, même si ça me soulagerait. Je n’attends pas de toi que tu me fasses l’aumône ou la charité. » protestais-je bougon.

Normalement, il lui en faudrait de la patience pour me convaincre que ce n’était peut-être qu’un malentendu et, si elle n’en manquait jamais, je me demandais quand elle serait épuisée au point d’abandonner la partie pour de bon, nous permettant de nous enliser dans la routine et le désamour. J’en soupirai, lui accordant le bénéfice du doute. Il naissait dans les miens, car j’étais lucide sur ce que j’étais, assez pour travailler sur mes défauts, ceux à transformer en qualité d’urgence, au risque de ne pas être à la hauteur de l’homme honorable que j’étais contraint de devenir trop tôt mon goût. Je n’avais ni le panache ni la droiture de Gaby. Qu’aurait-il fait d’ailleurs, à ma place ? Comment réparerait-il ce que ma femme prenait comme une offense ? Peut-être se montrerait-il moins rigide par rapport à sa propre fierté quand il la savait déplacée. Peut-être mettrait-il de côté cette impression d’avoir été pris au piège et d’être victime d’un mensonge puisqu’à aucun moment elle jugea bon de me parler de son entretien d’embauche. « Et maintenant, je suis supposé faire quoi pour pas que ça tourne en dispute ? Tu acceptes un emploi sans me prévenir, tu signes un contrat, comme si je n’avais pas mon mot à dire. Tu me coinces et je dois faire semblant de rien ? Comme si ça faisait partie du deal de départ ? » Plus j’y pensais, plus je me rembrunissais et j’espérais pour elle qu’elle rendrait justice à l’effort considérable que je fournissais pour ne pas exploser de rage d’avoir été pris pour un con. « Tu m’en aurais parlé, ça aurait eu le même effet, à la différence que je n’aurais pas le sentiment que tu te fous de ma gueule et que tu n’es qu’une tête brûlée. » Là, j’étais à deux doigts de me préparer et de me barrer en l’enfermant à double tour dans l’appartement. Sans cette volonté d’éviter une dispute – je n’avais pas besoin de ça pour le moment – je n’aurais pas hésité plus de dix secondes. « Très bien. Change-toi. On va ramener cette horreur et puis on passera au cabaret. On verra ce qui te plairait de faire pour nous là-bas, mais ce n’est pas sans condition… » abdiquais-je sans grand enthousiasme. J’étais vexé. J’allais à l’encontre de mon mauvais caractère. « Josef bosse pour moi. Si tu lui adresses la parole autrement que pour lui dire bonjour, si tu te retrouves toute seule avec lui, je le descends, ni plus ni moins » Si mon agacement était contenu, il dansait dans le fond de mes yeux. Je ne plaisantais pas et elle le savait. « Pas de familiarités, avec personne, à part les filles. Tu es ma femme, pas leur copine. J’espère que c’est bien clair. » J’investis la salle de bain rapidement. Nous prîmes la route et, dans la voiture, je ne prononçai pas un mot. J’avais un goût amer dans le fond de la gorge, ce qui ne présageait rien de bon. Il serait le moteur de ma rancune…

***
Si j’étais heureux qu’elle occupe ses journées avec moi ? Oui et non ! L’aspect positif, ce fut les crises sans queue ni tête qui avaient considérablement diminuées, son sourire radieux et les poignées d’heures que nous passions ensemble. Le côté négatif, c’était que j’étais moins disponible pour mes autres responsabilités. Avant elle, j’étais un courant d’air au cabaret. Je comptais sur Carolia pour faire plus que me seconder. Maintenant que Lyla se chargeait de la comptabilité et gérait l’événementiel, on m’y voyait soudainement beaucoup plus souvent. Je m’enfermais régulièrement dans mon bureau pour gérer à distance quelques soucis qui auraient nécessités ma présence. Ça dura un moment. Puis, mon père, agacé, me rappela à l’ordre l’après-midi précédent une soirée de gala où tout le gratin de New York serait présent. Je briefai Lyla, davantage pour me rassurer que par méfiance par rapport à ses compétences, mais j’étais mal à l’aise avec l’idée de la laisser gérer seul un paquet d’hommes à femmes qui, malgré la présence de ces dernières, ne se gênaient pas pour flatter l’oreille de toutes celles qui leur plaisaient. Bien sûr, qu’elle soit mon épouse les freinerait. Néanmoins, tandis que j’observais son reflet dans le miroir alors qu’elle enfilait une robe de cocktail somptueuse, je pâlis de jalousie. « Tu ne vas pas mettre ça, si ? » m’exclamais-je en boutonnant ma chemise. « Non pas que ça ne te va pas, mais elle est trop échancrée, trop décolletée, trop colorée…trop….trop quoi. Tu ne veux pas mettre la noire ? Tu sais, celle que je t’ai offerte pour je ne sais plus quelle occasion. » Il ne m’en fallait aucune pour la couvrir de cadeaux. « Tu vois laquelle je veux dire ? » Non ! Évidemment. Mes explications étaient vagues, mais j’aurais juré qu’elle le faisait exprès. Je la sortis moi-même de la garde-robe. Elle écarquilla les yeux et je sus que ce serait un combat que de la faire changer d’avis. Pas adaptée. Pas assez sophistiquée. Les longues manches, ce n’est pas de rigueur. Et pourquoi pas un col roulé ? j’étais séduit par l’idée. Pas elle. « Tu te fous de ma gueule ? Depuis quand tu cherches autre chose que la simplicité ? À qui tu veux plaire à ce point en fait ? Non, mais je demande, parce que je t’ai connu beaucoup plus sobre et je trouve assez étrange que, soudainement, principalement depuis que l’adjoint du maire se pointe de plus en plus souvent… » Il n’était que miel et palabres quand Lyla était dans les parages. « Tu trouves de l’intérêt à la coquetterie excessive. Donc, encore une fois, évite de me prendre pour un con. Il se passe quoi pour qu’il te déshabille du regard à chaque fois qu’il pose les yeux sur toi ? » Ce fut d’ailleurs l’exacte image que cette enflure me renvoya quand, libéré de mes obligations, je les trouvai tous deux en grande conversation, un verre de champagne à la main. Elle minaudait. Il badinait. Il n’avait peur de rien. Elle vivait dangereusement. Courroucé par ce manège, je ne m’annonçai qu’au terme de cet entracte, profitant du noir dans la salle pour la surprendre en m’asseyant à côté d’elle. « Tu n’as pas oublié de lui remettre mes amitiés, j’espère ? » l’apostrophais-je derechef, du sarcasme plein la voix. « Dante va te ramener. Tu peux aller chercher tes affaires, je me charge du reste. » Et c’était non négociable.









by SerialWords.





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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageMar 6 Sep - 19:50





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ft El marido



Les prémices de notre relation furent laborieuses. Nous nous tournâmes autour longtemps avant de parvenir à faire un compromis, une fois que ce fut fait, je refusai de l'abandonner, peu importait les raisons et les circonstances. Il m'avait fallu tellement de temps et d'énergie pour accepter ce que j'avais sous le nez depuis si longtemps que je refusais qu'on m'en défasse. Ce fut difficile et l'épisode Caitlyn manqua de nous abîmer de façon irrémédiable mais je n'en voulais à personne. Au fond, cela nous permit surtout de nous rapprocher et d'apprécier tous ces moments que nous partagions désormais. S'il m'arrivait d'utiliser ce dossier là, c'était uniquement pour le faire enrager durant une dispute et aucunement parce que je lui tenais rigueur d'une décision que je pris en toute connaissance de cause. Il était avec une autre pour les besoins des affaires de son père et j'avais choisi d'attendre, ça aurait pu durer des années mais on m'en débarrassa bien vite. Grâce à Dieu, j'aurais sans doute fini par la tuer de mes mains ! Notre complicité se forgea au fil de nos écarts, de nos moments ensemble et de nos disputes mémorables et j'étais heureuse de ne pas avoir perdu ça entre l'amitié et l'amour. Etre amis avant d'être amants était une chance et l'assurance de passer de merveilleux moments quand nous n'étions pas trop aveuglés par ce que l'amour pouvait réveiller de pire chez nous. Malgré toutes ces épreuves, je pouvais sentir que nous quittions doucement l'ère de l'insouciance pour une autre bien plus contraignante et difficile. Il aurait à faire tout un tas de sacrifices, ce qui signifiait que dans notre couple, je devrais en faire plus que lui, me montrer la plus conciliante et compréhensive du monde pour qu'il n'ait pas l'impression de purger une double peine. Je ne voulais pas qu'il me fuie ou fuie la maison parce que je mettais, moi aussi, trop de pression sur ses épaules. Si j'acceptais de la jouer à sa mode, pour le satisfaire et ne surtout pas l'inquiéter, il y avait des modalités sur lesquelles je refusais de négocier. Je n'avais pas une estime démesurée de ma petite personne mais j'avais la certitude de pouvoir me rendre utile et de lui être d'une aide précieuse. Il était utopique de penser qu'il pourrait continuer à tout gérer par ses propres moyens, complètement seul et sans l'appui de quelqu'un de confiance. J'étais enceinte mais pas handicapée et tourner en rond chez moi nous faisait plus de mal que de bien. Je cogitais, j'imaginais et je paniquais. S'il me délaissait ? Si lui aussi, trouvait le temps pour une autre famille, ailleurs, comme son frère ? Je ne voulais pas vivre de désamour avec lui, pas avec celui que j'estimais être mon âme soeur. Je ne pourrais survivre à un coup pareil, je n'étais pas assez solide. Et pourtant, je pouvais endurer mille tourments si ça lui garantissait la santé, la sécurité ou même le bonheur mais je refusais qu'on me l'enlève ou qu'il me quitte. J'avais donné trop de moi pour que nous en arrivions là et c'était mon obsession de femme enceinte dont je ne parvenais pas à me défaire.

Pour notre bien à tous les deux, il fallait que je reprenne une activité à temps plein, quitte à délaisser un peu notre appartement et les tâches qui m'incombaient. Il avait engagé une femme de ménage, elle pourrait revenir quand il m'aurait trouvé de quoi m'occuper et cesser de penser. Je voyais, à son sourire, qu'il était épuisé et qu'il aurait aimé reprendre son emploi du temps d'antan. Le changement était abrupt mais j'étais certaine qu'il s'en sortirait et qu'il méritait ce qui lui arrivait, l'adaptation serait peut-être difficile mais il finirait par se réjouir de ça. « Oui, on organisera ça ! Pour tes rendez-vous et ton agenda, pourquoi tu ne me donnes pas tous ces post-it le soir pour que je me charge de tout noter dans ton agenda? Ca te rendrait service et ça me ferait plaisir de te rendre service ! On a rendez-vous dans deux semaines, normalement, elle sera capable de nous dire si c'est une fille ou un garçon. D'ailleurs, il manque beaucoup de choses pour la chambre et je sais que tu manques de temps. Je pourrais sélectionner ce qui me plaît et tu choisiras ce que tu préfères, comme ça, j'arrive avec la liste dans le magasin et ça ira tout seul ! Pour la peinture et le montage des meubles, je peux voir avec Carolia, Cinzia et mes frères, ça leur fera plaisir. » J'aurais adoré que nous puissions nous occuper de ça tous les deux, tranquillement, en passant de boutique en boutique mais il n'avait pas le loisir de pouvoir se le permettre et je ne voulais pas qu'il se sente obligé de quoi que ce soit ou même lésé. Je faisais de mon mieux pour tenter de gérer ça par moi-même. Mais il y avait des choses que je ne pouvais faire seule, même avec toute la volonté du monde. « J'en doute... Mais on verra bien ! » répliquai-je, les lèvres pincées et la mâchoire serrée alors qu'il en rajoutait une couche et que j'avais l'impression qu'il se foutait ouvertement de ma gueule. Je ne relevai pas, me contentant de lui lancer un regard noir qui en disait long. Je n'étais pas en train de plaisanter, je voulais bosser et reprendre une vie normale, ma tour d'ivoire était bien belle à regarder mais je me sentais déconnectée de la réalité. « Donc, de tout ce que je viens de dire, y a que ça que tu as retenu ? Super ! » lâchai-je avec une pointe d'agacement mêlée à de la déception. Notre conversation tournait au vinaigre parce qu'il s'enfermait dans sa mauvaise foi et ses certitudes, sans entendre la détresse sous-jacente dans ma requête. « Ce serait super ! » répliquai-je, soulagée qu'il renoue avec son bon sens mais je ne parvins pas à m'amuser de sa réaction concernant la caserne et si j'avais été d'une humeur massacrante, j'aurais pu lancer la dispute du siècle sur cette histoire de femme mariée dans une caserne. Au lieu de ça, j'ouvris la bouche comme un poisson hors de l'eau quand il m'envoya dans les dents ce que je pris comme une claque verbale, interrompue par le serveur avant que la catastrophe ne se produise. Je fis de mon mieux pour garder la face pendant le reste du repas mais ma décision était prise, il allait en baver !

***

Agir comme ça ne me ressemblait pas mais il ne m'avait pas donné l'opportunité de faire autrement. J'avais tenté de le laisser seul juge et il se joua de moi, je décidai finalement de passer à la vitesse supérieure en le prenant à revers. Il ne voulait pas m'inclure dans son boulot pour des raisons aussi valables que son opinion sur les femmes dans une caserne ? Tant pis, je lui ferais croire que j'avais trouvé un travail et qu'avec ou sans son consentement, je reprendrais un rythme dont j'avais besoin pour m'épanouir. J'étais bien loin d'imaginer qu'il voyait ça comme l'aveu selon lequel je n'étais pas heureuse chez nous et dans notre couple. Mon besoin de travailler était inhérent à ma nature indépendante. J'avais besoin d'avoir quelque chose qui n'appartenait qu'à moi, quelque chose qui m'apporterait de la satisfaction. « Pas tout à fait ? Ca veut dire quoi pas tout à fait ? Ca veut dire oui ! Arrête de jouer sur les mots ! » m'insurgeai-je, le but n'était pas que ça tourne à l'affrontement et à la bataille rangée mais s'il m'y poussait... « Oh, c'est de ma faute maintenant ! Quand on s'est rencontrés, tu savais très bien que j'étais indépendante et que je travaillais, tu m'aimais comme ça et là, sous prétexte que nous sommes mariés, je devrais me contenter de ce que toi tu as décrété comme étant bon pour moi? C'est une blague ?! T'es en train de sous-entendre que je m'occupe mal de nous, de notre bébé et de l'appart ? C'est ça que tu es en train de dire ?! » Il n'aurait pas pu me blesser plus que ça. Il venait de mettre de l'eau à mon moulin et de me convaincre que je devais à tout prix me battre jusqu'à obtenir ce que je désirais. Contre vents et marées. « Je peux tout faire, ok ?! Et ça n'a rien à voir avec le fait d'être heureuse ou pas ! Je ne suis pas une femme au foyer, Lucky ! Je ne l'ai jamais été et ne le serai jamais ! J'ai besoin de m'accomplir dans autre chose que la famille, dans autre chose que tous les clichés qui circulent sur les femmes. Je veux me réaliser, faire quelque chose qui me plaît et me permette de me dire que j'ai accompli des choses. J'ai besoin d'être épanouie sur tous les plans pour me sentir bien. N'oublie pas d'où je viens, Luciano... Si tu m'enfermes ici, même si je t'aime de tout mon coeur, je finirais par devenir malheureuse. Je suis une femme d'action et j'ai toujours été prête à discuter des paramètres mais je ne peux pas rester sur le banc pendant que le monde continue à tourner. » J'étais déjà épuisée d'avoir à me battre pour des choses aussi basiques que celles-là. Il y mettait de la mauvaise volonté et suscitait mon agacement, j'espérais seulement que ça ne se solderait pas par une engueulade mémorable. « Que je te ... ? » Je soupirai et pris sur moi pour ne pas me montrer désagréable, même si ça m'aurait coûté moins d'énergie. « Donc quand c'est moi qui propose mon aide, c'est l'aumône ou la charité mais quand c'est le contraire, c'est la norme ? Moi je pensais que quand on était mariés, on s'entraidait, on se demande bien où j'ai pu pêcher ça ! Ce n'est pas mon dernier recours, c'est mon premier choix. Je veux t'aider mais j'ai l'impression de te demander la Lune, comme si ça te coûtait de m'imaginer à m'occuper de tes affaires ... Tu préfères tout confier à la femme de ton frère, tu peux me dire comment moi je suis supposée le prendre ? »

Nous étions tous les deux proches du point de rupture, je pouvais le sentir à sa nervosité et aux tics qui étaient apparus sur son visage mais ça m'était égal, je ne comptais pas reculer. « Je n'ai rien signé, ils veulent me voir une journée à l'oeuvre avant de discuter de quoi que ce soit ! Et je n'arrête pas d'essayer de t'en parler, Luciano, je n'ai pas arrêté et tu ne me donnes que des réponses évasives. J'étais supposée faire quoi ? Tu attendais que je me décide à abandonner ! Je t'ai donné toutes les cartes en mains, la première fois où nous en avons parlé et tu m'as mené par le bout du nez. Mon but n'était pas de te faire penser que je me foutais de ta gueule mais de te faire comprendre que je suis sérieuse et que je veux bosser. » Je voyais bien qu'il cédait à contrecoeur et c'était presque pire que le reste, J'avais l'impression d'être méprisée et sous-estimée et ça me rendait malade. Si je n'étais pas convaincue qu'il m'aurait interdit définitivement la possibilité de travailler, je l'aurais envoyé se faire foutre avec ses conditions et sa proposition mais je la bouclai, j'acquiesçai, me changeai et le suivis. Nous nous étions engagés sur le chemin des emmerdes, je pouvais le sentir à des kilomètres. Néanmoins, je ne me sentais pas coupable de ça, ma demande était légitime et s'il avait été moins de mauvaise foi, nous aurions sans doute pu trouver un compromis dans la paix. Il avait lui-même déterré la hache de guerre.

***

Travailler avec lui était un plaisir, même si j'avais parfois l'impression qu'il était moins là pour jouir de ma présence que pour me surveiller et s'assurer que ses conditions étaient respectées à la lettre. J'avais un mal fou à le voir quand je passais encore mes journées à astiquer l'appartement, à faire des courses et des repas pour vingt personnes et là, nous étions tout le temps ensemble. N'allez pas vous imaginer que ça me gênait, bien au contraire mais je me demandais ce qu'il en était de ses autres obligations. Parfois, j'allais même jusqu'à me demander s'il me faisait confiance pour gérer sa petite affaire correctement. Carolia m'expliquait ce que j'ignorais, notamment sur toute la partie événementielle alors que je m'en sortais très bien pour la compta, ayant visiblement un don avec les chiffres. Je faisais mon maximum et je ne manquais pas d'idées, pour accroître davantage l'affluence au cabaret et proposer des choses originales qui émerveilleraient tout le monde. Je me souciais peu de ceux qui gravitaient autour de moi, je m'en tenais au minimum syndical pour les interactions et je faisais en sorte d'être toujours sous le nez de plusieurs témoins pour qu'on n'aille pas colporter des rumeurs à mon sujet auprès de mon mari jaloux qui n'avait pas besoin de ça pour se monter des plans délirants. Je me retrouvais à distribuer les sourires et les attentions à des gens qui pouvaient nous servir, eux et leur influence, je ne pouvais pas me permettre d'être odieuse sous prétexte que ça apaiserait les craintes infondées de Luciano. Certains étaient probablement séduisants, je ne voyais que ce qu'ils pouvaient m'apporter. L'adjoint du maire étaient dans le lot même si sa conversation m'était agréable, je ne pensais qu'à la finalité de tout ça. Mais ce ne fut pas pour lui que je sortis cette robe d'un vert menthe qui était un délice pour les yeux. Je m'étais dit qu'elle réussirait peut-être à le convaincre de se libérer ce soir. Elle ne fit que libérer le vieux réac en lui. Je soupirai et lui demandai quelle robe lui plairait plus et quand il me sortit une copie presque conforme d'une robe victorienne, je me demandai s'il ne se foutait pas de ma gueule. Je refusai de la mettre et il s'emporta, me laissant muette. « Cette robe, je l'ai mise pour toi, je pensais qu'elle te ferait venir au cabaret ! J'ai besoin de plaire à personne à part à toi et à moi ! Je pensais que tu avais compris que je me permettais plus de choses maintenant parce que je me sens bien et que je suis heureuse ! Je ne sais pas ce qu'il a mais je n'ai rien fait pour qu'il s'imagine quoi que ce soit ! Il n'y a qu'une personne qui m'intéresse et c'est toi ! Je vais l'enlever, d'accord ?! » J'eus beau m'en défaire, il avait toujours la mine fermée et je m'approchai pour l'enlacer. « Ne me boude pas, on va choisir une robe ensemble, ok ? » Je l'embrassai et il céda. Je me retrouvai avec une robe plus sobre, noire, qui épousait malgré tout la courbe de mon corps sans pour autant être trop suggestive. Je ne comptais pas me disputer pour une robe et si ça pouvait le tranquilliser, il n'y avait pas de mal.

La soirée se déroulait à merveille, j'entretenais des discussions animées avec l'adjoint au maire, me disant que s'il s'imaginait que nous étions amis, il me serait plus facile d'obtenir tout et n'importe quoi de lui. Je ne m'attendais pas à ce que mon mari fasse son apparition. Ravie, j'allais l'embrasser après avoir passé mon bras autour de lui quand il me stoppa d'une remarque acerbe qui ne me trompa pas. J'ouvris la bouche mais il poursuivit et me coupa la chique définitivement. Mes yeux s'ouvrirent aussi grands que ma bouche alors qu'on aurait pu entendre mon coeur se briser jusqu'au Sri Lanka. Il venait de m'humilier, je me sentais indésirable et inutile en plus d'être méprisée et maltraitée. Avec toute la dignité qu'il me restait, je me levai et pris sur moi pour ne pas lui coller la gifle de sa vie. Nous étions en public et compte tenu de son nouveau statut, je ne pouvais me permettre de donner un tel spectacle mais l'envie ne manquait pas. Des semaines que je m'occupais du cabaret et que je me saignais pour lui, pour le faire vivre et marcher, pour qu'il soit fier de moi et ne regrette pas de m'avoir fait confiance et il se débarrassait de moi sous un faux prétexte. Il tenait son excuse pour que je cesse de travailler et pouvoir me faire retourner chez nous. Je n'aurais jamais pu imaginer qu'il me traiterait de la sorte, jamais, pas lui. J'étais mortifiée et je dus retenir mes larmes alors que j'entrais dans le bureau pour prendre mes affaires. Je sortis par l'accès de service sans un mot, sentant que Dante était visiblement embêté mais ne savait pas quoi dire, Tony à ma droite. Je me répugnais à obéir comme ça, me soumettant à ses quatre volontés comme s'il avait été Dieu le père en personne mais il était chez lui dans ce cabaret, il avait tous les droits de décider et de m'en évincer mais c'était là tout le problème. Je n'aurais jamais dû accepter de travailler pour lui, jamais. J'aurais dû me douter que ce serait une possibilité, qu'à la moindre occasion, il me sortirait de l'affaire pour se faciliter la vie. J'aurais dû retourner former des jeunes à la caserne ou bien contacter mes anciennes connaissances dans l'armée pour qu'ils me trouvent un job administratif. « Tu peux me ramener sur le domaine. » lâchai-je d'une toute petite voix en m'installant à l'arrière, retirant mes boucles d'oreille, me sentant pire qu'une moins que rien, réminiscence de mes années avec Ruben. Une fois dans notre appartement, je me démaquillai sans me regarder dans la glace et défis tous mes artifices pour enfiler un pyjama informe et m'installer dans le canapé avec mon oreiller. J'avais pleuré au moment même où je franchis la porte d'entrée et je ne m'arrêtai que lorsque j'entendis qu'il rentrait, je ne voulais pas discuter avec lui et encore moins l'entendre me dire que je l'avais bien cherché, que c'était justifié.

Rien ne justifiait l'humiliation. Je l'entendais entrer dans la chambre, en ressortir, s'approcher du canapé, repartir, revenir, hésiter, s'asseoir sur la table basse puis retourner dans la chambre avant de trouver le courage d'approcher et de tenter de me porter pour me coucher dans notre lit, je le stoppai avant même qu'il me soulève. « J'ai pas besoin que tu me portes, tu peux aller te coucher ! » dis-je d'une voix qui ne laissait pas place au doute, j'avais encore des larmes plein la gorge et l'âme. Il m'opposa un truc concernant mon confort et le bébé et il mit le feu aux poudres. « S'il a pu survivre à une humiliation en public, il pourra survivre à une nuit dans le canapé ! Il a au moins la chance de ne pas encore enregistrer de souvenirs ! » repris-je, sachant pertinemment que je ne pourrais plus la fermer mais je demeurais dos à lui, je ne voulais pas le regarder et me confronter à son dégoût de moi et à toutes ces choses négatives qu'il renverrait me concernant. « Si tu ne voulais pas que je travaille avec toi, il ne fallait rien me proposer. Si tu trouvais que je faisais du mauvais boulot, il fallait me le dire mais ça, Lucky ! Je ne me serais jamais permis de te faire un coup pareil ! Devant tout un parterre de gens, comme si je n'étais rien ! T'as raison, laisse Carolia là-bas, elle est digne de confiance et elle fait mieux que moi ! »

***

« Comment ça, tu ne peux pas venir ? » Empêchement, obligations, Ettore La bonne vieille rengaine, je ne répondis rien d'autre qu'un assentiment et je raccrochai. J'aurais aimé qu'il soit là pour que nous puissions découvrir ensemble le sexe du bébé, malheureusement, il était appelé ailleurs et si je savais que c'était injuste, je lui en voulais. Je me retrouvai seule face à la spécialiste et c'était parfois le cas pour la préparation à l'accouchement. Pour me remonter le moral, j'atterris dans un fast food, me gavant jusqu'à l'écoeurement avant de passer chez ma belle-soeur pour prendre des nouvelles et tenter de me défaire de cette impression de solitude. Je ne pouvais pas lui annoncer la nouvelle avant de l'avoir dit à Luciano et il ne répondait pas à son téléphone, j'avais besoin de compagnie qui ne soit pas un gros bras qui se coltinait ma face par obligation et pas par choix. Il vint me récupérer chez Maria, sincèrement désolé et avec un sachet de pâtisseries dont je raffolais en ce moment. « Je sais que ce n'est pas de ta faute mais je suis contrariée et je n'ai pas envie de me disputer avec toi alors que tu n'y es pour rien et parce que je suis mal disposée. Alors tu sais quoi, on va choisir le lit tous les deux et puis acheter quelques vêtements de naissance. » Il tapotait le volant, impatient et je n'eus pas le coeur de le torturer plus longtemps, même si, selon moi, il l'aurait mérité. « C'est un garçon, elle a pu le voir aujourd'hui. Il ne s'est pas caché comme la dernière fois. »






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MessageVen 9 Sep - 13:47





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Elle était ma femme, pas ma secrétaire. L’idée qu’elle puisse récolter les innombrables bouts de papier que j’amassais dans mes poches pour tous les encoder dans mon téléphone me posait fatalement un problème de conscience. Tout comme je détestais celle qu’un jour, peut-être, je raterais l’un des rendez-vous chez le médecin à cause de mon manque flagrant d’organisation. J’avais envie de participer à chaque étape de notre nouvelle vie, car j’avais rencontré des difficultés à l’accepter et que c’était ma façon toute particulière de lui prouver que c’était terminé, que j’avais bel et bien assimilé l’information, que j’étais ravi et qu’elle n’avait dès lors plus à s’inquiéter. Obtenir un coup de main pour monter les meubles de la chambre qui serait réservée à notre enfant, c’était donc une bonne initiative. Ne pas les choisir avec mon épouse me fit cependant grincer les dents. « On verra. Quand j’aurai remis de l’ordre dans tout le bazar sur mon bureau, j’y verrai déjà plus clair et je pourrai te dire quand on pourra aller faire les magasins. Après, on peut choisir sur internet et se faire livrer aussi, non ? C’est plus cher, mais c’est l’assurance que je puisse participer moi-aussi. » proposais-je en me décomposant tandis que la conversation bifurquait sur LE sujet que je redoutais depuis que nous étions mariés : le boulot. Au restaurant, je donnai mon maximum pour ne pas avoir me montrer trop incisif ou la tourner en ridicule. Comme je ne remportai pas tous les suffrages, je lui promis même que j’y réfléchirais sérieusement si son offre était sincère et mûrement pensée. Certes, je ne m’exprimai pas en ces termes, mais c’était le sous-entendu caché derrière ma dernière remarque. De cette manière, je serais seul juge du poids de l’argument ou de la pertinence du projet. Le hic, c’était qu’il l’était tous chacun à leur manière et que j’étais trop vexé qu’elle présume que, dans le pire des cas, elle pourrait toujours travailler avec moi, que je me refermais comme une huître. Il ne me fallait pas grand-chose, je n’étais pas emballé par la possibilité qu’elle puisse passer ses journées ailleurs que sur le domaine, là où j’étais certain qu’elle était en sécurité. Elle me força la main assez malignement – dans tous les sens du terme – afin que je l’assoie en face de moi et que je revois mes positions à contrecœur. Il cognait fort dans mon torse, car elle remportait cette bataille, que je n’avais rien pressenti et que je serais contraint de céder à ce caprice. Elle m'obligea à dépasser le stade de l’accord sur la reprise des activités pour que je me penche sur celui où je l’autorisais à exercer sans que je ne souffre d’angoisse ou de contrariétés. Elle était futée, ma femme. Je l’avais choisie aussi pour ça, mais je détestais quand je descendais ma garde et qu’elle en profitait si allègrement.

« Pas tout à fait, ça veut dire ce que ça veut dire, non ? ça veut dire que je n’ai pas tout à fait envie que tu bosses et pas tout à fait envie que tu ne le fasses pas. C’est pourtant clair. » grognais-je outré qu’elle perde son calme alors que c’était moins l’homme floué dans cette histoire. J’offrais à mon épouse tout ce dont elle avait besoin. Elle claquait des doigts et je lui servais ses désirs sur un plateau d’argent. Je l’aurais fait complètement nu si elle en manifestait la volonté et comment me remerciait-elle ? En espérant que je lui permettrais de jouer les larbins pour des connards aux regards lubriques ? En s’exaspérant ? Hors de question. Si elle haussait le ton, je l’imitais et, la plupart du temps, je ressortais systématiquement vainqueur de ce type de bataille. « Baisse d’un ton, Gambino. » l’avertis-je pour qu’elle s’en souvienne. J’étais trop bon, ça me perdrait. J’aurais mieux fait de la laisser s’enfoncer dans sa mauvaise humeur, qu’elle crache quelques horreurs qu’elle finirait par regretter et que j’utiliserai contre elle pour la garder enfermée à la maison jusqu’à la fin de sa vie. « Je ne dis rien de tout ça. Je dis juste que moi, ça me plaît bien que tu sois là, parce que ça me permet d’être totalement serein quand je ne suis pas avec toi, pas parce que tu ne t’occupes pas bien des autres, mais parce que tu ne ferais que ça, t’en occuper… Je pensais que c’était clair, ça aussi. Je dois te rappeler l’épisode de l’aiguille plantée dans ton bras ? Parce que je m’en souviens parfaitement et dans les moindres détails. » À ce rythme, nous nous déchirerions dans la demi-heure. L’un de nous devait redescendre et, tandis que je cherchais encore lequel de nous deux se montrerait le plus intelligent, elle sembla saisir la mise en garde précédente. Elle troqua sa colère contre de lassitude. Elle ne vociférait plus. Les mots ne s’écoulaient plus de ses lèvres en torrent. Elle retrouvait un calme de surface, un débit de parole agréable et peut-être même un soupçon de bon sens. « Tu ne peux pas tout faire. Tu ne peux pas porter des sacs de sable de cinquante kilos sans t’esquinter les reins. Tu crois que tu peux, mais tu ne peux pas. Tu ne peux pas non plus te trouver un job de secrétaire, parce que les patrons ne pensent qu’à les sauter. Tu ne peux pas servir des cafés à des universitaires qui te prendront pour une ratée, parce que tu vaux mieux que ça. Tu ne peux pas bosser dans un monde où tu croiseras plus de types, et toujours les mêmes, que tu ne me croises moi-même. C’est aussi simple que ça, et ça n’a rien avoir avec toi, mais tout avec moi. » Moi, le mari convaincu qu’elle rêvait de tout, sauf de me tenir la main pour que mes affaires prospèrent. Elle l’avait sous-entendu lors de notre dernière conversation à ce propos. Je trouvai ça aussi détestable que dommage. Elle et moi, ensemble, nous pourrions faire de grandes choses. Mes petits business deviendraient les nôtres. Je ne l’avais jamais exclue d’ailleurs. Mani et moi avions pour les filles un projet en latence depuis un moment, un projet qui n’attendait plus que chaque couple soit uni devant Dieu officiellement pour aboutir. Quelle déception pour moi de deviner que ça ne l’intéresserait de toute façon pas ? « Et tout ça ne veut pas dire que je veux que tu renonces à tout ce que tu es. Parfois, j’ai l’impression que tu m’entends sans m’écouter, c’est particulièrement agaçant, je te jure. » la tançais-je près de claquer ma paume contre la table pour qu’elle se taise enfin. J’avais moi aussi des choses à dire.

Je me retins de justesse pour ne pas réactiver les moteurs de la machine à dispute et ce fut fort utile puisqu’elle me permit finalement de prononcer plus de trois phrases grammaticalement correctes d’affilée sans m’interrompre. « Oui ! Que tu ne voulais pas. Oui. La norme, c’est que tu proposes ou que je te propose, pas que tu me donnes l’impression que tu le ferais faute de mieux, comme si ça m’arrangeait moi plus que toi. Tu sais comment j’appelle ça, moi ? De la manipulation ? Tu ajouterais à la fin de ta phrase : si ça peut te faire plaisir, que ça devient une insulte. Si tu voulais travailler avec moi, tu me disais : mon cœur, j’ai envie de bosser, tu crois que tu me ferais de la place quelque part ? Mais, non, toi, tu proposes en sous-entendant que c’est un service que tu me rendrais, et non pas le contraire, parce que tu es trop fier d’admettre que ça t’arrange. Et, tu crois que ça me donne quoi comme impression à moi ? C’est la seule raison qui fait que c’est Carolia qui gère tout ça. Tout simplement parce que, quand elle est venue me voir, elle ne m’a dit : je vois que tu es débordé et ça tombe bien, j’ai du temps à mettre à ta disposition. Elle m’a dit : est-ce que tu crois que je pourrais occuper mon temps pour toi parce que Fedele ne veut pas que je donne des leçons à des types qui passent leur journée à se désaper… »  Épuisé d’avoir à tergiverser durant des heures sur une question simple relevant de la communication, je soupirai, ma tête dodelinant de gauche en droit. Je me servis un café également, un de plus, alors que ça n’arrangerait rien à mon état de nervosité, mais qui aurait au moins le mérite de me réconforter par sa chaleur puisque je faisais fi de toutes mes explications pour lui donner ce qu’elle prétendait attendre sans trouver d’intérêt à enfoncer le clou. À quoi bon lui demander répéter une quelconque requête en bonne et due forme ? Ça n’enlèverait rien à mon sentiment que je lui forçais la main. Valait mieux en finir avec tout ça au plus vite. Ramener ce stupide costume là où elle avait été le chercher. Oublier de prévenir l’enfoiré qui la confondit avec une fille de rien au premier regard en lui offrant un jour d’essai – qu’il aille se faire foutre – et l’emmener au Cabaret pour qu’elle se familiarise avec l’envers du décor pour d’autres raisons qu’un coït sauvage dans mon bureau, un épanchement à cause de Ruben ou que sais-je encore. « Tu ne comprends rien ! Je ne cherchais pas à ce que tu abandonnes ton idée de bosser, je n’ai fait qu’attendre que tu m’enlèves de la tête que je n’étais pas ton dernier choix. Je n’aime pas l’image que tu as de moi… et retiens bien ce que je te dis, parce qu’un jour viendra, peu de temps après le mariage de ma sœur, pour être plus précis, tu regretteras d’avoir pensé tout ça… » conclus-je sans employer le ton de la menace, mais celui de l’affliction avant de prendre une douche à la hâte, d’enfiler un costume et de nous conduire là où elle établirait ses quartiers désormais.

J’y aménageais également les miens sans pour autant me mêler de ses projets. Je n’intervenais que si elle me sollicitait, soucieux de ne pas me montrer intrusif. J’aspirais à ce qu’elle se sente libre et chez elle. Elle s’acclimatait à merveille d’ailleurs et j’ignorais si j’en étais heureux ou non. Chaque médaille à s a revers. Plus elle se était bien dans mon monde, plus ma jalousie accroissait de façon exponentielle. Je crois sincèrement que ce fut à l’heure où elle atteignit son paroxysme que je je commençai à pépier le moindre de ses faits et gestes, l’étouffant d’affection pour déculpabiliser. J’allai jusqu’à lui piquer une crise modérée pour une robe alors qu’une soirée importante se déroulait sans moi au cabaret. Ses explications, je n’en avais que faire. Sa frustration ? Cadet de mes soucis. Je ne pensais qu’à la faire mienne pour lui ôter de l’esprit toute envie de marivauder avec un connard plein de fric et à mon agacement d’y être empêché à cause du temps, car si j’appréciai qu’elle se change, je détestai le spectacle offert à mes pupilles rageuses en investissant le casino. Me serais-je pointé à n’importe quel moment qu’elle aurait papillonné avec Carolia auprès de leurs invités. Mais non ! Il avait fallu qu’elle soit en compagnie d’un porc, souriante, sous le charme, au point qu’il m’était impossible de déterminer lequel des deux plaisait le plus à l’autre. Je dus prendre sur moi pour me rappeler les enjeux de cette petite sauterie pour ne pas la traîner sur le parking. Je rongeai mon frein, exigeant simplement qu’elle s’en aille, ce qu’elle fit, sans discuter, pressentant sans doute le danger arrivé de loin. Comme de bien entendu, au terme de la représentation de mes filles, le diplomate s’enquit de l’absence de ma bien-aimée. Un vague de colère m’envahit. Des tics nerveux agitaient ma mâchoire. J’étais plus près de lui en coller une que de lui serrer la main à l’image de bons vieux copains qui se retrouvent au détour d’un carrefour. Par chance, Carolia, dont l’instinct de survie était aussi développé que celui de la Mexicaine, me retint en emmenant cet enfoiré appuyé contre le buffet. Je ne redescendis pas pour autant. J’abhorrais ce dont j’avais été le témoin privilégié et malgré mes efforts, je ne parvenais pas à me convaincre que je fabulais.

En rentrant chez moi, la trouver dans le sofa aggrava davantage les choses que le contraire. Ce fut pire encore lorsqu’elle me chassa. « Tu te fous de ma gueule ? Je te surprend en pleine démonstration de charme à peine j’ai le dos tourné et tu te permets de faire la tronche ? » L’envie de la sortir du canapé pour la secouer me prit à la gorge et je reculai de quelques pas. Pff… j’aurais mieux fait de me fier à mon instinct et de me coucher sans demander mon reste. Seule ma faiblesse justifiait que je lui tende la main. J’aimais la sentir contre moi durant la nuit. Mon sommeil était plus serein. Je ramassais les pots cassés de mes désirs égoïstes, mais elle ne l’emporterait pas au paradis. « C’est toi qui m’as humilié ce soir. TOI. » tempêtais-je en m’adressant toujours à son. « Regarde-moi. » Le ton était impératif et chargé de l’ire née de l’injustice. « J’ai dit : regarde-moi. » Cette fois, je n’hésiterais pas à la bousculer – sans la cogner – afin qu’elle obtempère, mais elle réagit et s’exécuta avec une telle dignité dans le regard qu'elle m'insulta. « Tu ne te le permettrais pas ? Pourquoi tu l’as fait dans ce pas ? POURQUOI ? Arrête de me prendre pour un con, Lyla. Je te l’ai déjà dit cent fois, pour ton bien. Ça t’éviterait au moins de te prendre un revers comme aujourd’hui. Tu vois, c’est exactement pour ça que je ne voulais pas de ce putain de job de formatrice à la caserne. Uniquement pour ça. » Et le reste, qui ne concernait que moi, mais aveuglé de rage, j’aurais été incapable de l’admettre en toute bonne foi. « Ça t’arrange de tout mélanger, mais ça ne prend pas. Dors où tu veux, je m’en branle. » Je ramassai mes affaires et rebrousser chemin, estimant qu’il était préférable que nous discutions au cabaret le lendemain. La nuit portant conseil, je serais sans doute plus prompt à trouver les mots adéquats pour verbaliser mes sentiments, sauf qu’elle ne vint jamais.  

Je patientai toute la matinée, trop fier pour lui téléphoner et trop inquiet pour bosser. Je tournais en rond comme un lion en cage, nourrissant alors une forme de rancœur sournoise à son égard. En passant la porte de l’appartement en début d’après-midi, je lui opposai une froide indifférence, convaincu qu’elle ferait un pas vers moi. J’étais si naïf de temps à autre. Je m’éclipsai juste avant l’heure de manger et je ne rentrai qu'aux petites heures. Le même phénomène se reproduisit des jours durant, sans que ni l’un in l’autre ne lâche la bride. Nous étions de nature têtue et nous aurions certainement pu jouer des semaines encore cette mascarade qui consistait à départager notre volonté. Elle cédait toujours habituelle. Nos quelques exceptions confirmaient cette règle établie depuis des lustres. Pas cette fois cependant. Peut-être avais-je véritablement exagéré. Peut-être. Mais, n’était-il pas injuste de me blâmer d’être aussi amoureux d’elle ? D’avoir peur de la perdre ? De ne pas me sentir à la hauteur de ce que le destin aurait dû lui offrir ? À côté de Ruben, j’étais le parti idéal, mais ma vie était un chantier en friche que je ratissais à longueur de temps pour nous construire un avenir loin d’être une farce. Devais-je retourner auprès d’elle pour mener à bien une quelconque conversation salutaire ? Non ! Il en était hors de question. Du moins, était-ce le cas avant que la glace ne se brise après le black-out New Yorkais. Normalement, nous étions censés nous présenter ensemble à un examen médical concernant le bébé, mais il n’eut jamais lieu. Moi, j’étais coincé dans l’ascenseur d’un de ses gratte-ciel du quartier des affaires où je rencontrai un investisseur potentiel pour un projet légal. Elle, elle était retenue prisonnière au Brooklyn center hospital, soit à des kilomètres l’un de l’autre. Pris en sandwich au milieu d’hommes sans histoire accrochés à leur attaché-case comme si leur vie en dépendait, la nôtre défilait devant mes yeux. J’avais peur qu’elle n’en sorte jamais, qu’elle cherche à se rendre utile – ce qui ne manqua pas d’ailleurs – qu’elle ait la brillante idée de se promener dans les caves du bâtiment en quête du disjoncteur qui avait peut-être sauté. Miséricorde. Qu’adviendrait-il de moi si elle mourait électrocutée ? Comme survivrais-je à un tel deuil ? Cette simple évocation m’obligeait à reconsidérer les causes de notre querelle du moment et je les trouvai bien bêtes soudainement. Toute cette merde n’était qu’une question vanité mal placée. Changer mon fusil d’épaules, c’était le mieux à faire. Je me jurai que si nous quittions cet enfer, je lâcherais du lest à la montgolfière de mon imagination.

Sur le parking de l’hôpital, je la serrai contre moi aussi fort que possible. « Je t’ai fait mal ? Désolé. J’ai juste eu une de ces frousses. » lui confiais-je soulagé. « On n’a même pas réglé notre petit différend. Et je… » Qu’ajouter ? Je n’étais pas doué pour les excuses. Moins encore quand j’en méritais tout autant. La situation nécessitait cependant que j’honore mes propres promesses. « Ce n’est pas en toi que je n’ai pas confiance, c’est en eux. Ce sont des requins sans scrupule et toi, tu es tellement délicieuse. Et, je n’exagère pas, tu sais. Je n’ai pas que des amis. Mes clients ne sont pas tous là pour me féliciter parce qu’ils sont fascinés par les filles. Certaines y viennent pour chercher des informations et s’en servir pour me nuire. Tu ne dois laisser personne t’atteindre comme ça. Personne. Et que tu sois enceinte ne change rien. Dans certains cas, c’est même pire. » Cette vérité, c’était seulement la face immergée de l’iceberg. L’autre, elle arriva plus tard, après que je l’aie guidée jusqu’ à la voiture. « Est-ce qu’il te plaît ? » lâchais-je tout de go sans crier gare. Je fus moi-même étonné par la question. Elle me brûlait les lèvres, mais avant de l’entendre, je ne réalisai pas qu’elle venait de les quitter. « Tu faisais un bout génial, tu sais. Tu as des idées. Tu sais ce que tu veux, ce que tu ne veux pas et tu es hyper organisée. Carolia ne peut pas faire tout ça aussi bien que toi. J’aimerais que tu reviennes. » J’étais même enclin à rediscuter les conditions de départ et si je ne formulai pas l’hypothèse, je ne doutais pas qu’elle la devinerait maintenant que je profitais d’un feu rouge pour planter mon regard vide, usé, fatigué, dans le sien, éteint et lasse. « J’ai besoin de toi, mais j’ai aussi besoin de savoir où je mets les pieds, tu comprends ? Je ne sais pas ce que cherche ce type. Je n’ai pas encore trouvé. J’y travaille, mais je n’ai rien de probant. Alors, pour le moment, je ne vois que toi et ça me rend complètement dingue. »


***

Je l'accompagnais à tous les examens médicaux depuis l’annonce de sa grossesse. Je tenais à être présent pour la soutenir et ne surtout rien rater. C’était important pour elle, pour moi, pour nous. Pourtant, tandis que je grimpais dans mon véhicule, mon père me téléphona et je sus, au ton employé, qu’il n’était pas envisageable de me débiner. J’étais déçu, bien sûr. Je n’avais néanmoins aucune option à disposition que celle d’obéir. Je n'ignorais pas non plus que mon épouse le vivrait mal. Quand elle raccrocha sans même me saluer, visiblement irritée, je ne m’étonnai pas vraiment. En revnache, j'accélérais au maximum l’entretien avec mon paternel, histoire de la rejoindre, ce qui fût impossible à cause de la circulation. Alors, comme il avait été convenu que j’aille la chercher chez sa belle-sœur, je fis une halte dans des boutiques pour lui acheter de quoi me faire pardonner. Bonbons, chocolats, pâtisseries, assortiment de thés, mug tout neuf, je ne laissai rien au hasard. J’hésitai même à lui choisir un bouquet de fleurs avant de me souvenir du scandale que ce bien périssable provoqua il y a peu de temps de cela. Puis, pour tuer le temps, fier de mes acquisitions, je m’arrêtai au Gato Negro dans l’espoir d’y trouver Manuel, mais on me reporta qu’il était absent et injoignable. Je soupçonnai que Cinzia était derrière tout ça et je jugeai bon de ne pas les déranger, profitant de ma rare liberté en fumant une cigarette avec Muñez, détestant d’avoir été empêché de le mettre à profit pour ma dulcinée et notre bébé. Il fut au cœur de la conversation et, si je chantais à tue-tête que le sexe m’importait peu, j’étais impatient d’apprendre si, cette fois, l’enfant coquin ne se terra pas quelque part dans l’utérus de sa mère, assez loin pour que dure la surprise. Trop longuement d’ailleurs. Si je n’obtenais pas les réponses à mes questions aujourd’hui, je deviendrais fou. J’aspirais à être le premier fils de la famille à offrir à mon père un héritier du nom. Lui qui désespérais – et compte tenu des dernières frasques de la Cinzia – ça ne pourrait que le ravir. Au lieu de ça, je jetai subrepticement des regards anxieux à ma montre tandis que je prenais racine devant l’appartement de Maria. « Est-ce que je peux te les donner ou tu vas me les écraser au visage ? » la taquinais-je néanmoins penaud dès que Lyla se montra. « J’ai pris celle que tu préfères, alors, réfléchis bien. Je suis navré. J’ai essayé de faire au plus vite. Puis, j’ai voulu venir, en me disant que valait mieux être en retard que de ne pas être là du tout, mais j’ai du faire demi-tour. Accident. Le trafic s’est densifié. D’après mon GPS, tu aurais été ici avant moi. Du coup, j’ai renoncé. Mais, j’ai apporté tout ça aussi. » Pour tout avouer, je me maudis de les lui avoir remis. Ça ne faisait qu’allonger mon attente. Nous avions parcouru plus de la moitié du chemin vers le restaurant où je l’emmenais manger – toujours dans le même but -  que j’étais encore dans l’ignorance la plus totale. Mes doigts tapotèrent nerveusement le volant. Elle s’épanchait en futilités. Je manquai à plusieurs reprises d’être franc et ferme, qu’elle abrège mes souffrances, mais je n’avais pas envie de l’entendre me préciser que je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même.

Mon cœur rata un battement quand j’appris que mes rêves allaient être exaucés, mais au lieu de laisser ma joie exploser, je me rangeai sur le bas-côté de la route. « Attends, tu peux répéter ? Je ne suis pas sûr d’avoir compris. » Elle sourit et je ne lui offris pas l’opportunité de s'exprimer que je fondis sur ses lèvres pour lui ravir un baiser et une multitude d’autres que j’entrecoupais de déclarations d’amour en trois mots. « J’aurais été content si c’était une fille hein, ce n’est pas ça. Mais un petit garçon, c’est génial. Un mini-moi qui va gambader un peu partout autour de nous. Tu m'aimeras encore plus comme ça. Ça va faire plaisir à tout le monde. Et puis, je vais être en supériorité numérique à la maison, rien que ça, ça vaut le coup. » Je retrouvai ma place sur mon siège, mais je ne redémarrai pas le moteur pour autant. « On fera tout ce que tu veux. Tu sais quoi ? Je crois même que je vais ralentir un peu ces derniers jours le temps de préparer la chambre du petit. On pourra en profiter pour discuter prénom… »Bien que j’avais déjà ma petite idée sur la question. « Par quoi tu veux commencer ? »








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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageMar 13 Sep - 19:27





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El marido



Elles étaient rares, ces fois où nous ne nous comprenions pas mais elles existaient. La plupart du temps, en un regard, j'étais capable de savoir ce qu'il pensait et ce qu'il avait envie de faire ou de dire. A vrai dire, je savais pertinemment comment se déroulerait cette conversation sur ma potentielle reprise du travail, parce que je le connaissais et je savais quel était son avis sur la situation. Il n'avait rien contre les femmes qui travaillaient, il se fatiguait seulement pour que la sienne puisse être la déesse de la maison et ne pas avoir à se salir les mains pour obtenir tout ce qu'elle désirait. Sur le principe, je trouvais ça adorable et louable, je n'avais pas à me plaindre de ma vie et encore moins de la manière dont il me traitait, parce que je savais que de cette façon, il me prouvait combien il m'aimait. Cependant, dans les faits, je ne pouvais laisser les choses ainsi. J'avais besoin de sortir, de retrouver un rythme de vie et d'occuper mon temps autrement qu'en futilités ou en obligations maritales. J'avais besoin de me créer une vie sociale en dehors de mon cocon pour me nourrir et m'épanouir convenablement. Cette fois encore, nous nous comprenions parfaitement mais nous n'avions pas encore trouvé de terrain d'entente. J'aurais pu choisir d'abandonner et de lui laisser le loisir de décider à ma place, il aurait adoré ça, ça l'aurait conforté dans l'idée que j'avais en lui une confiance pleine et entière mais cette histoire de travail me tenait à coeur. Je refusais d'être une femme entretenue, ça ne me ressemblait pas. Mais il fallait admettre que je m'y prenais mal pour tenter de lui faire comprendre ce que je désirais et ce dont j'avais réellement envie. A ma décharge, il était parfois difficile de lui parler sans qu'il ne tourne pas tout à son avantage, d'une façon ou d'une autre. J'avais tenté de prendre des pincettes et d'amener les choses avec subtilité et intelligence, j'avais lamentablement échoué. Et plus notre conversation avançait, plus je réalisais que je l'avais vexé. Je ne rêvais que de lui faciliter la vie et de me trouver le plus souvent possible à ses côtés et je n'avais pas osé le lui balancer de la sorte pour qu'il lui reste une porte de sortie et qu'il ne se sente pas obligé d'accepter. Peut-être que pour lui, cela relèverait davantage de la corvée que du plaisir de se retrouver avec moi dans ses pattes, surtout avec mon taux relativement élevé d'hormones et ma propension incroyable à monter sur mes grands chevaux quand je faisais des crises de paranoïa aiguës.

Clair ? Il trouvait ça clair ? Lui qui n'avait même pas compris mon petit manège pour qu'il me prenne sous son aile ! J'avais parfois l'impression qu'il le faisait exprès et je ne pouvais m'empêcher d'être exaspérée qu'il complique ce qui aurait pourtant dû être si simple ! Nos disputes étaient toutes faites de ça. Il triait dans tout ce que je lui disais, prenait ce qui l'arrangeait et le déformait pour nourrir l'une de ses névroses. Il me fatiguait parfois tellement ! Pourtant, lorsqu'il m'appela Gambino, je ne pus réprimer un petit sourire en coin, j'avais déjà perdu, à ce moment précis. « J'aime bien quand tu m'appelles Gambino ! » minaudai-je sans pouvoir m'en empêcher, me fichant bien de pourquoi il avait utilisé ce nom que nous partagions désormais. Tout ce que je savais, c'était que ça me mettait dans tous mes états. L'hypersensibilité de femme enceinte, ça ne pouvait être que ça. « Je sais... » concédai-je en soupirant, consciente qu'il avait raison, je me foutais toujours dans la merde mais ça n'arriverait pas si nous bossions ensemble, j'en étais persuadée et j'espérais que ça le rendrait moins inquiet que lorsque j'étais encore secouriste. « Et si j'étais ta secrétaire ? Hein ? Ca voudrait dire que je te croiserais, encore et encore et que tu pourras virer tout du dessus de ton bureau pour m'arracher ma robe, on s'en fichera ! » J'étais déterminée mais je refusais de me prendre la tête avec lui, encore moins alors que je sentais qu'il faisait des efforts colossaux pour éviter ça, se montrant patient et aussi compréhensif que possible. J'aurais été injuste de le clouer au pilori, il ne le méritait pas encore. Je l'avais énervé et je m'en voulus alors qu'il m'expliquait enfin comment et pourquoi je l'avais bêtement froissé. En effet, je m'y étais sacrément mal prise. Je fis silence le temps qu'il aille se chercher un café et lorsqu'il se réinstalla en face de moi, je me saisis de sa main. « Mon coeur, je veux vraiment bosser avec toi, tu crois que tu me ferais de la place quelque part ? Je ne voulais pas te manipuler, je voulais que tu puisses refuser si jamais tu ne voulais pas de moi dans tes pattes et c'était maladroit. Je te présente mes excuses ! » Au moins, c'était dit, il pouvait faire ce qu'il voulait de ça mais je ne voulais pas qu'il se figure que je tentais de me la jouer vipère pour tirer de lui tout ce que je voulais, déjà, j'aurais davantage utilisé le sexe plutôt que les mots et ensuite, ce n'était pas mon genre du tout. « Mais je te l'ai dit que tu n'étais pas mon dernier choix ! Je pensais que c'était clair, Lucky ! » Tout cette histoire m'avait mis une pression monstre sur les épaules, il fallait que je sois encore plus douée que Carolia pour ne pas lui faire regretter de m'avoir mis là et pour qu'il s'aperçoive que j'étais heureuse de m'y trouver et de faire ça pour lui. Ce qui me semblait insignifiant le blessait parfois tellement que je regrettais de ne pas être capable de la fermer quand c'était nécessaire. Ce que j'ignorais c'était que je n'étais pas l'unique responsable de son état et de ses accès de jalousie, il y avait beaucoup d'autres paramètres qui entraient en ligne de compte et qui justifiaient son attitude. Si j'en avais été avisée, j'aurais sans doute fait en sorte de ne pas communiquer avec mes invités au cabaret, ne serait-ce que pour calmer ses ardeurs, j'aurais peut-être même cessé de participer aux gros événements pour le tranquilliser mais pour cela, il aurait fallu que je sois au courant et que je me rende compte des proportions que ça prenait. Malheureusement, j'en étais loin et j'eus tout le temps de m'en mordre les doigts alors qu'on me reconduisait chez nous, comme l'indésirable que j'avais l'air d'être.

« Démonstration de charme ? A qui ? C'est une blague ? » m'exaspérai-je, me demandant où il avait été pêcher une connerie pareille, parce que je ne cherchais à séduire personne, j'avais tout ce dont j'avais besoin chez moi et je n'avais pas l'intention de m'attirer des emmerdes pour rien. Je me sociabilisais, je discutais, c'était sans doute mon problème. J'avais la conversation facile et j'adorais échanger avec les autres, principalement quand leur discussion était riche et agréable, ça s'arrêtait là. Pas pour lui qui voyait déjà un complot visant à se foutre de sa gueule et à profiter de ses absences pour lui trouver un remplaçant. Je comprenais mieux son refus de me voir bosser à la caserne, ou partout où il y aurait eu des tas d'hommes, cette scène aurait été quotidienne jusqu'à ce que je n'en puisse plus et que je démissionne. « Jamais de la vie ! N'essaie pas de me faire porter le chapeau, Luciano ! » m'insurgeai-je alors qu'il m'ordonnait de lui faire face et que j'eus une folle envie de lui répondre par un doigt d'honneur mais avant que je ne lève le bras, il réitéra son injonction et je m'y pliai, sentant toute son ire transpirer de lui à travers ces pauvres mots crachés. Je finis même par m'asseoir pour soutenir son regard, ne me laissant pas démonter même si je m'en menais pas large. D'habitude, j'étais la seule à pouvoir le ramener quand il déraillait comme ça mais je doutais de mes capacités ce soir, pas alors qu'il m'accusait de le trahir et de toute façon, je n'avais pas l'intention de faire le moindre pas vers lui pour la simple et bonne raison qu'il m'avait fait passer pour une conne et qu'il osait insinuer que c'était de ma faute. Je me sentais rabaissée en plus d'avoir la certitude qu'il n'avait pas la moindre confiance en moi ou en mon jugement. « Je ne l'ai pas fait ! » répétai-je les dents serrées en insistant sur chaque mot, les décortiquant presque tellement j'étais folle de rage contre lui, son attitude et tout cette putain de soirée à la con. « Tu t'imagines encore tout un tas de conneries et t'aimerais quoi ? Que je te dise que c'est vrai pour que ça te soulage ? T'es à la masse, je ne sais pas ce qui ne va pas mais je n'y suis pour rien ! Trouve-toi un autre punching-ball ! » Je sentais mes mains trembler et même si mes yeux étaient encore rouges, je n'avais plus l'intention de verser la moindre larme pour ce crétin ! « C'est ça, fuis, comme d'habitude ! » Parce que c'était toujours comme ça, il m'abandonnait pendant des jours et des jours et je finissais par le débusquer pour avoir une conversation mais cette fois, il était hors de question que je me donne cette peine. Je n'avais rien fait de mal ! RIEN DU TOUT ! On ne me vit pas au cabaret le lendemain, pas plus que les jours suivant, le patron ne voulait pas de moi là-bas, grand bien lui fasse. J'aurais aimé qu'il cède, pour une fois, qu'il cesse d'attendre de moi que j'arrondisse les angles, que je me sente coupable pour deux alors qu'il s'était mal comporté. Pourtant, après deux jours d'indifférence et de bataille rangée, la culpabilité fit son apparition et ce fossé entre nous me devenait insupportable. Je crus qu'il saisirait le message en me trouvant dans notre lit plutôt que dans le canapé mais non. Vexée, je décidai que je ne bougerais pas, pas cette fois, même si ça me faisait mal et que j'étais fatiguée de ces conneries.

Oh, j'aurais bien fini par céder, profitant d'un rendez-vous pour le bébé pour tenter une percée mais le black out nous offrit une occasion en or. Je m'inquiétais de lui, lui envoyant un message pour m'assurer qu'il allait bien avant d'apporter mon aide là où je le pouvais. S'il lui arrivait malheur, je ne le supporterais pas, je ne tiendrais pas le coup et je mourrais sans doute de culpabilité autant que d'affliction. Je ne pus dissimuler mon soulagement de le trouver sur le parking devant l'hôpital, en un seul morceau. Ca n'arrangea pas vraiment mon état, je pensais ne pas pouvoir m'en vouloir davantage, j'avais tort. Je vins chercher ses lèvres alors qu'il avait l'air d'être sur le point de me briser une côte ou deux, je grimaçai et il me relâcha, s'excusant. « Je sais, je suis désolée d'avoir réagi comme ça et de t'avoir fait honte, ce n'était pas mon intention. Je voulais simplement maintenir les liens que tu avais déjà tissés pour obtenir des informations sans en avoir l'air. Je vais me tenir tranquille maintenant, je...Je ne supporte pas qu'on se dispute et qu'on ne se parle plus pendant des jours, j'ai l'impression qu'on m'arrache un bout du coeur. J'ai plus besoin de toi que de n'importe quoi d'autre. Si tu veux que je ne travaille plus au cabaret, je ne travaillerais plus là-bas. » Je m'accrochai à son bras, comme une naufragée à sa bouée, glissant ma paume contre la sienne pour entrecroiser nos doigts. Le courant n'était pas revenu et c'était toujours le merdier partout en ville mais j'espérais que nous pourrions trouver le moyen de rentrer, j'étais épuisée. Je venais d'accrocher ma ceinture quand il me posa une question à laquelle je ne m'attendais pas. Je levai les yeux pour que nos regards se croisent et qu'il puisse jauger de ma sincérité. « Non ! Aucun homme ne me plaît, à part toi ! Avant toi, je pouvais en trouver un mignon mais ça s'arrêtait là et ça n'est plus arrivé depuis qu'on sort ensemble. Tu ne te rends pas compte de l’effet que tu me fais ? T’es sérieux ? Lucky ! Tu retires tes fringues et j’oublie comment je m’appelle ! Quand tu n’es pas avec moi, je passe mon temps à m’inquiéter ou à me languir ! Je pensais que tu t’en rendais compte, parce que ça se voit comme le nez au milieu de la figure ! Les autres ne m’intéressent pas. » J’espérais à présent que ce serait clair et qu’il n’aurait plus le moindre doute sur la possibilité que je fasse du charme à qui que ce soit. « C’est vrai ? Ce serait génial, j’adore travailler pour toi ! J’adore t’aider, d’ailleurs, j’aimerais beaucoup m’occuper de tes rendez-vous, j’ai encore trouvé un tas de post-it en faisant la lessive ! Tu voudrais bien que je t’aide un peu encore ? » Ma main s’égara sur sa jambe alors qu’il avait l’air éreinté et je craignais d’y être pour beaucoup, je ne l’épargnais pas, il fallait que je lui fiche un peu la paix pour qu’il puisse respirer. « Je comprends, dis-moi ce que tu veux que je fasse et je le ferai ! Mais tu sais, je l’ai entendu parler de sa campagne, il compte se présenter aux prochaines élections, je pense qu’il cherche un soutien de taille mais ce n’est qu’une supposition. »

***

L’annonce du sexe du bébé avait été une bénédiction, il se trouvait à des kilomètres au-dessus du sol, heureux de cette famille en construction et du bonheur que ça nous apporterait mais aussi d’être le fils qui donnerait le premier garçon et héritier à son père. Il avait levé le pied, autant que possible, comme promis, se montrant ultra présent et m’obligeant, par la même occasion, à me montrer un peu moins assidue au cabaret également, je voulais profiter de cette période et lui, gravant chaque souvenir dans ma mémoire alors que j’avais l’impression de vivre des instants mémorables. Pour quelqu’un qui ne voulait pas d’enfant, il était plus qu’impliqué. Il tint à prendre part à chaque détail pour l’arrivée du bébé, m’aida à faire ma valise pour la maternité, à choisir une déco et à lister les prénoms que l’on pourrait lui donner. Nous filions le parfait amour et si quelques disputes sans importance troublaient parfois le calme de notre foyer, c’était pour nous assurer que nous nous aimions aussi fort qu’au début. Je ne sus si c’était la faute aux hormones mais le mariage de Manuel et Cinzia me donna l’impression d’être une célébration de mes sentiments. Je pleurai tout au long de l’habillage de ma meilleure amie puis de la cérémonie à l’église et j’eus du mal à retenir mes larmes quand ils firent leur entrée comme des rois à la fête en leur honneur. Je ne cessais de répéter à mon mari que je l’aimais, je ne manquai pas de le rappeler à Cinzia un millier de fois et je parvins même à me montrer sympathique avec Herrera, ce qui était à marquer sur le calendrier. La fête commença vraiment quand le patriarche Gambino se permit un petit écart en buvant quelques verres et il n’en fallut pas plus à Luciano pour suivre le mouvement et profiter de cette soirée comme il se devait. Il riait avec tout le monde, racontait des blagues, chantait et buvait, sans moi… J’étais frustrée, à tous les niveaux. La piste était pleine et jusqu’à présent, je n’avais pas encore eu la chance de la fouler, j’attendais que mon cher et tendre m’y invite mais ça semblait mal parti. Je finis par me lever, bien décidée à me trouver un partenaire quand il me prit la main pour m’attirer à lui, je voyais à ses yeux qui brillaient qu’il avait déjà trop bu mais il me faisait toujours rire quand il était dans cet état. Il me demanda où j’allais comme ça. « Me trouver un cavalier pour danser, pendant que tu racontes tes blagues et que tu bois ! Je ne peux pas boire, moi ! Je m’attendais à plus de solidarité de ta part ! » fis-je, feignant de le gronder alors que j’avais un demi sourire aux lèvres et que je savais que je venais de lancer LA phrase. « Qui ça ? Quel cavalier ? Non mais dis-moi lequel ! Vas-y ! » « Peut-être que tu pourrais juste m’inviter à danser et qu’après, peut-être, si t’es doué, on pourrait envisager de danser autrement. Seulement si t’es doué ! » Je n’eus plus de répit à partir de ce moment-là et si je fatiguais, je ne me posais que pour quelques minutes, le temps de boire un peu, d’aller faire pipi et de souffler deux secondes pour ne pas m’écrouler. Ma dernière pause fut plus longue, j’eus la bonne idée de lui murmurer des idées salaces à l’oreille avant de disparaître, il me retrouva avant que je n’entre dans une des innombrables salles de bain. Nous profitâmes de la piste, des invités et de l’ambiance jusqu’à ce que mes jambes soient si gonflées que je peinais à marcher. Je lui dis que j’allais me coucher et qu’il pouvait continuer à profiter mais il préféra m’aider à regagner notre chambre. « Tu vois, c’est pour ça que t’es l’homme de ma vie ! T’es le meilleur ! » lui assurai-je en chemin. Nous étions partis pour plusieurs jours de fête, je n’étais pas certaine de pouvoir tenir.

***

La maison avait été achetée la veille, il ne restait plus qu’à la décorer et la meubler mais après avoir fait pleurer deux décoratrices d’intérieur et effrayé le troisième, j’avais proposé de m’en charger en personne. Qu’avais-je fait là ? Ettore, Rafael et Luciano avec moi ou trois types à l’air patibulaire et ayant tout de tueurs en série et une femme enceinte à fleur de peau. C’était un cocktail détonnant. Dans la première boutique, on nous flaira de loin et le gérant vint en personne pour trouver des meubles, je lui expliquai brièvement ce que je cherchais et il nous conduisit dans le coin de la boutique où il entreposait les meubles de ce style. « Et c’est à un prix tout à fait raisonnable pour cette qualité de bois… » « Pourquoi, on a l’air d’être le péquenaud du coin sans le sou ? Faites bien attention à ce que vous dites ! » lui lança Rafael d’un air menaçant qui fit transpirer le pauvre monsieur Stiles. La suite de la visite fut ponctuée du même genre de remarques de la part du Salvadorien et de son homologue mais je parvins malgré tout à tout commander pour une livraison dans l’après-midi. « Messieurs, je vous en prie, soyez sympathiques avec eux, ils ne font que leur travail ! » « Des bons à rien irrespectueux qui pensent pouvoir tout se permettre ! » « Il essayait de nous convaincre d’acheter ! Il n’insultait personne ! Vous me mettez très mal à l’aise à agir comme ça ! Ce sont des personnes serviables ! S’il-vous-plaît, pour les peintres, ne les chargez pas trop ! » Ils discutèrent le moindre détail, les prix, les honoraires, les horaires de travail et même leur rapidité. Je sortis de là, morte de honte et frôlant de plus en plus le point de rupture. Je me tournai vers Lucky, désespérée. « Bébé, s’il-te-plaît, parle leur, calme le jeu, je ne vais pas tenir comme ça encore longtemps ! » Malheureusement, le magasin de porcelaine eut raison de son calme olympien et je le sentis perdre son sang-froid alors que le vendeur s’adressait exclusivement à moi et qu’il n’avait de cesse de me sourire de cet air charmant, les commentaires des deux aînés mirent le feu aux poudres et alors que Luciano lâchait les chiens sur ce pauvre type dont la technique commerciale était de me faire du charme pour refourguer ses trucs, je fondis en larmes, à bout de nerfs. « Vous me fatiguez ! On était là pour Mani et Cinzia et voilà que vous gâchez tout ! J’ai mal aux jambes à courir partout comme ça et j’ai envie de faire pipi depuis dix minutes et j’ai faim et soif ! Et vous, vous vous comportez mal partout où on va alors que c’était supposé aller vite et que j’avais tout planifié ! » Je me laissai tomber dans un fauteuil, sanglotant alors que j’avais eu un mal fou à articuler tout ça tandis que je pleurais à chaudes larmes. « Ils n’auront jamais de maison prête en rentrant ! Et ils n’auront nulle part où aller et j’ai tout raté ! » Mon beau-père vint près de moi pour tenter de me consoler, il s’excusa puis finit par capituler, lançant à son fils : « Luciano, occupe-toi un peu de ta femme, tu ne vois pas qu’elle est dans tous ses états, elle est enceinte quand même, et toi tu la fais pleurer comme ça ! »








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SCUSA SE NON PARLO ANCORA SLAVO
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