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SCUSA SE NON PARLO ANCORA SLAVO
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Lyla Gambino
ADMINE ET PUNITRICE

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MessageDim 31 Jan - 22:43





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El novio



Rien n’y faisait, je n’arrivais pas à me projeter dans le futur pour tout ce qui concernait notre union prochaine. Comment cela aurait-il été possible avec Caitlyn en vie et toute la merde autour d’elle ? Mon père avait peut-être donné son approbation et je portais également cette bague magnifique à l’annulaire mais tant que ma principale rivale serait encore dans le décor, je ne pourrais pas parvenir à imaginer la suite de façon plus concrète que l’idée que j’en avais actuellement. Néanmoins, j’avais tout de même une petite idée de ce que je souhaitais dans l’ensemble. Pas une trop grande fête, je voulais ma famille près de moi – et elle était sacrément imposante – mais il n’était pas question d’en faire des tonnes comme lors du premier mariage, surtout pas si je me faisais planter une seconde fois, je voulais qu’il y ait le moins de témoins possibles. Une autre expérience comme celle-là m’achèverait et si j’avais une confiance aveugle en Luciano et en sa parole, je craignais qu’il lui arrive quelque chose avant même qu’il ait pu se poster devant l’autel pour m’attendre. Je n’avais rien de la fiancée modèle, même si je ne connus que peu d’hommes dans ma vie, je savais ce qu’on pensait de moi dans une partie de sa famille et il était toujours possible que cette partie-là parvienne à le convaincre qu’il faisait la pire erreur de sa vie. J’avais été élevée d’une façon particulière, car si mon père mit un point d’honneur à faire de nous des battantes et des femmes de caractère capable de se défendre et de tenir tête aux autres quand elles croyaient en quelque chose, il nous inculqua également l’idée selon laquelle la virginité d’une femme est l’une de ses premières qualités. Ma mère ne manqua pas d’en rajouter une couche en nous rappelant que nous étions là pour satisfaire les hommes autant que pour les servir, que c’était la seule façon d’exister pleinement et d’avoir une place à part dans la société. J’y crus de tout mon cœur jusqu’à me retrouver face à la complexité de la vie et à des choses qui dépassaient, de loin, leurs théories simplistes. Selon leur échelle de valeurs, je ne valais plus rien le jour où j’avais offert ma plus belle qualité à l’homme que j’aimais. Dire qu’on se demandait encore pourquoi je ne m’étalais jamais sur ce que je ressentais ou sur ce qui m’animait, qu’on ne comprenait pas que je puisse avoir des doutes et des craintes. Je ne pouvais m’empêcher de croire que je n’étais pas à la hauteur de mon fiancé, que je ne méritais pas de partager sa vie, pour bien des raisons mais principalement parce que j’avais déjà pas mal roulé ma bosse et que mes kilomètres au compteur étaient un cadeau empoisonné d’une femme sans beaucoup d’amour-propre. Comment les autres ne pouvaient-ils pas s’imaginer que mes principes étaient de la poudre aux yeux alors que ça faisait deux fois que je les piétinais pour l’amour d’un homme. Grâce à Dieu, tant que je travaillais, je n’avais pas assez de temps pour penser à tout ça et me rendre malade à ce propos.

La réalité me happa à nouveau et me sortit de mes préoccupations triviales et ridicules pour me ramener à un quotidien plus brutal et terriblement déstabilisant. Eddy était un type super sympa et e l’avais toujours apprécié pour sa nonchalance et son humour mais je ne le connaissais pas plus que ça, son décès me renvoyait directement à mes inquiétudes concernant l’existence de Luciano et quelque chose me disait que dès que j’aurais eu le complément d’information qui me manquait, ça me plairait d’autant moins et m’angoisserait davantage. J’aurais tout le temps de creuser, pour l’heure, il me fallait l’empêcher d’agir comme un abruti et de risquer de tout foutre en l’air. Je me battais depuis trop longtemps contre moi-même et contre ma famille pour le laisser foutre en l’air tous ces mois de lutte par une décision prise sous le coup de l’émotion et pas de la raison. Le rejoindre fut nécessaire quand je compris qu’il ne m’écouterait pas, pas dans cet état de rage. J’aurais pu envisager la douceur et la tendresse mais je savais pertinemment que ça ne fonctionnerait pas dans le cas présent, il fallait quelque chose de suffisamment gros pour attirer son attention. On ne faisait pas plus douée que moi pour embrouiller quelqu’un pour rien, j’usai de mes talents pour l’obliger à concentrer toute son attention et sa colère sur moi. « Toi ! En te barrant sans rien me dire et en me prenant mes clés de bagnole ! Oh, tu m’as laissé ? C’est toi qui décide ? T’as cru que j’étais ta chose ? Moi ? Qui je suis ? Mais toi ! Qui veux-tu que je sois pour toi ?! Je me mêle de ce qui me regarde directement, je me mêle de ce qui nous touche tous les deux et jusqu’à preuve du contraire, on va se marier, tout partager fait partie du concept mais ça a l’air d’être quand ça t’arrange ! » crachai-je, lui faisant face, moi et mes quelques têtes en moins, mon sale caractère me permettant de ne pas me dégonfler alors qu’il s’avançait vers moi, l’air menaçant. « Il a bon dos mon boulot ! Ne te cherche pas des prétextes de merde pour justifier ce que tu étais en train de faire ! Ça te rassure de te dire que je suis la pire de nous deux, je t’en prie, fais-toi plaisir ! » Il perdait pied, j’échouais lamentablement, je n’arrivais pas à le ramener à moi pour qu’il s’apaise enfin. J’étais une fiancée à chier et j’aurais dû rendre les armes plutôt que de continuer à attiser sa colère mais je craignais qu’il en profite pour reprendre où il en était. Je ne pouvais pas le laisser faire une chose pareille. Il n’y avait pas que notre mariage dans cette histoire mais la confiance que son père lui accordait. Sa détresse me faucha en plein vol et fit exploser mon cœur en mille morceaux, je le fixai, complètement muette, les bras ballants. Je n’étais pas en mesure de ramener son frère, je n’avais que la possibilité de tenter de consoler sa famille, je ne savais rien faire de mieux. Je baissai les yeux, fixant mes pieds. Je finis par approcher de lui, posant ma paume dans son dos, attendant qu’il me repousse vivement mais il n’en fit rien. « Je ne veux pas te laisser tout seul ! Je n’ai rien gagné, personne n’a rien gagné, Lucky. Et si je pouvais ramener ton frère, je le ferais. Je n’ai pas ce pouvoir, tout ce que je peux te proposer, c’est d’être là pour toi et pour ta famille. » Il réitéra sa demande, m’enjoignant de partir et je me contentai d’aller fermer la porte d’entrée pour nous offrir un peu d’intimité, rassurant mon frère d’un signe de tête, avant de m’installer par terre, près de lui. « Je ne t’abandonnerais jamais, Luciano, même si ça veut dire que je dois me disputer avec toi pour t’empêcher de faire ce que tu finiras par regretter. Tu te souviens, on est une équipe et le rôle de l’un, c’est de garder le cap quand l’autre déraille. » Il ne répondit rien et je choisis de me taire aussi, me relevant pour commencer à ramasser tout ce qu’il avait envoyé dans le décor. Puisque j’étais là, autant me rendre utile.


***


J’avais l’impression qu’il avait mis une barrière entre lui et moi, il existait bien une petit porte quelque part mais j’avais beau taper dedans à coups de pied, il ne l’ouvrait pas, craignant peut-être que cette proximité lui coûte cher. Tant qu’il allait mal, je mettais de côté mes propres préoccupations pour me centrer sur lui mais ça ne donnait rien et nous retrouver chez mes parents ne nous aidait pas vraiment plus. C’était à peine s’il osait me toucher et il avait failli faire une attaque lorsque je l’avais rejoint dans la douche, un midi, après que mes parents soient partis pour faire des courses. Cette situation devenait difficilement gérable, parce que nous étions adultes et qu’on nous obligeait à nous comporter comme des adolescents mais aussi parce qu’ici, je n’avais pas beaucoup de marge de manœuvre pour lui tirer les vers du nez. Sans parler de mon emprisonnement nécessaire. Je ne pouvais plus mettre le nez dehors sans qu’il m’accompagne ou qu’un de mes frères soit avec moi, ce que je vivais très mal et si Muñez plaisantait avec ça pour tenter de me détendre, je ne l’acceptais pas mieux. Etre soumise à la volonté des hommes me rendait aussi malade que d’être considérée comme un être faible et incapable de se prendre en charge. Quand il n’avait pas le temps de m’emmener chez ses parents, je tournais en rond chez mes parents, à en devenir folle et tous les prétextes étaient bons pour que j’explose. J’étais même jalouse du temps qu’il passait avec mon frère, à jouer à la console et à rire alors que je n’avais pas la chance d’être conviée et qu’en prime, j’avais l’impression d’être un véritable poids pour lui. Toute cette situation était en train de m’user à petit feu, surtout lorsque nous nous disputions. La dernière en date était ridicule, selon moi. Il était devenu fou quand j’étais revenue avec un sac de bouffe et mon chien en laisse. J’avais une envie folle de chocolat et parce que je vivais dans la frustration quotidienne, j’étais allée en acheter à l’épicerie du coin, sortant mon chien pour la première fois depuis un moment et il m’avait passé un putain de savon, comme si j’étais une enfant. Je n’avais pas laissé de mot, pour quoi faire, j’étais à deux pas et chez moi, non ? Il y avait plus de chances pour qu’on réussisse à me buter si je restais perpétuellement au même endroit que si je sortais mon chien. Moi aussi, j’étais inquiète pour lui mais qui s’en souciait ? QUI ? Je lui jetai mon sac de courses au visage quand je jugeai qu’il était allé trop loin et je m’enfermai dans ma chambre avec mon chien. Il me punit en ne donnant pas de nouvelles pendant deux jours, je crus que j’allais en crever. Il ne répondait ni à mes messages, ni à mes appels et moi, malade, je n’étais même plus capable de manger ou de dormir. Je l’attendais, courant vers la fenêtre dès que j’entendais le moteur d’une voiture qui ressemblait au bruit que faisait le sien. Ce fut jour de fête quand il reparut de nouveau. Je lui jurai que je ne recommencerais plus et il m’emmena avec lui pour que je puisse souffler un peu. La période était difficile pour tout le monde.

Je lui avais promis que je ne le lâcherais jamais mais la réciproque n’était pas vraie. Il m’abandonnait chaque fois qu’il pensait que je ne comprenais pas ce qui l’agitait. Je tentai une dernière fois de lui ouvrir la porte pour discuter mais il m’imposa le silence en se montrant odieux et e m’apprêtai à répliquer en me mettant debout mais il m’attrapa le bras et m’invita à me rasseoir. Je lui jetai un regard noir, lasse que les choses tournent toujours de la même façon, sans espoir de changement. « Ça va, j’ai compris. » répliquai-je, passablement épuisée, me pinçant l’arête du nez. « Pourtant c’est déjà le cas, si tu me parlais, je me ferais moins de soucis et je ne me demanderais pas si tu vas rentrer en un seul morceau ou pas. Tu ne me dis rien, jamais ! Tu ne me parles plus, Luciano ! Qu’est-ce que je suis supposée faire, hein ? Je sers à quoi moi ? » Je comptais revenir plus tard sur mon boulot mais là, ce n’était pas ma priorité. Je compris sa dernière phrase comme l’aveu qu’il n’avait pas besoin de moi pour le moment. Cela me fit un mal de chien et parce que j’étais d’une fragilité à faire peur ces derniers temps, je sentis les larmes me monter aux yeux, je ramenai mes genoux vers moi, installée sur cette foutue chaise et je me tournai un peu pour qu’il ne voit rien, fumant mon joint qui était devenu humide. « Je comprends, tu n’auras qu’à me faire signe quand je te serais utile. » répondis-je, des trémolos dans la voix. Je me donnai un coup de boule mental pour arrêter de chialer comme une putain de gamine alors que je luttais pour qu’on cesse de me traiter comme telle. « Je suis désolée, je suis fatiguée. Et avoir l’impression que je ne suis qu’un boulet dans ta vie, ça ne m’aide pas à accepter la situation plus facilement. » J’essuyai mes yeux avec ma manche et je jetai mon joint, n’ayant plus envie de le fumer. « Parce que moi, j’ai besoin de toi tout le temps, même si je ne le dis pas. »


***



Je n’avais pas le cœur à rire et encore moins à plaisanter, ni à me disputer avec lui, d’ailleurs, quand il reprit mon argument sur l’inutilité du mariage si on ne partageait rien. J’étais même prête à le laisser gagner toutes les batailles qu’il voulait s’il accélérait le mouvement pour que nous puissions rejoindre ma sœur. Je regardai l’arme qu’il me donna avec un air dubitatif et je m’installai sur le siège passager, lâchant : « Je saurais me souvenir que tu m’as donné le flingue de gonzesse. » J’avais bien remarqué qu’il me prenait pour une petite chose fragile, c’était de ma faute, j’avais chialé beaucoup trop de fois face à lui, j’avais laissé entrevoir mes faiblesses et pour lui, ça signifiait que j’étais une faible. C’était aussi simple que ça mais je n’arrivais pas à l’avaler. Ça me donnait l’envie irrépressible de faire n’importe quoi. Heureusement pour lui, le contexte ne s’y prêtait pas. Il me prit au dépourvu en me posant la seule question à laquelle je ne pouvais pas répondre. Cela me posa un réel souci de conscience, je ne cessais de lui dire qu’il devait absolument tout me dire et e me retrouvais face aux limites de cette requête. Moi aussi, j’avais des choses que je gardais secrètes, pas par égoïsme mais parce que je l’avais promis. Il était peut-être temps de faire preuve d’un peu de bonne volonté. « Ce n’est pas que je n’ai pas envie, c’est qu’il y a que moi qui sois au courant de tous les détails. Si je t’en parle, Lucky, faut que ça reste entre nous. Ça ferait beaucoup trop de mal à tout le monde. Tu vas sûrement penser que je suis une sœur de merde et tu auras raison, parce que je n’ai jamais fait quoi que ce soit pour l’aider, je… » Il me fallut une sacrée dose de volonté pour refouler mes larmes, j’étais tellement en colère contre moi, je m’interdisais le droit de chialer sur mon sort. « Elle était gamine quand c’est arrivé. Un groupe de la calle 18 l’a attrapée, il savait très bien la sœur de qui c’était et ils l’ont tous violée. Ca a duré des heures avant qu’ils ne la tabassent et ne l’abandonnent là. Si elle en parlait, nos frères se seraient mis en danger et ça aurait mal tourné, alors elle n’a rien dit et m’a fait promettre de la fermer. Sauf qu’elle a refusé d’aller se faire ausculter, de voir un psy et de partir quelque temps chez notre grand-mère au Mexique. On a fait passer ça pour une bagarre et puis après ça, elle a tout essayé pour adoucir sa peine. Son remède le plus efficace c’est l’héroïne. Avant qu’elle ne rencontre ce fils de pute qui l’a mise sur le trottoir, c’était presque gérable. Elle nous volait mais elle trouvait toujours de quoi acheter sa dose, après ça, elle a refusé de rentrer à la maison et depuis, elle se démerde. Souvent, elle se vend pour se payer sa dose, elle participe à des trucs dégueulasses pour être sûre de payer le loyer de l’appart miteux dans lequel elle habite. Quand elle ne peut pas, c’est moi qui paie. Je lui fais des courses, je nettoie aussi. Et puis je viens dès qu’elle a besoin de moi. » Je retirai ma veste, parler de tout ça me mettait terriblement mal à l’aise et me donnait chaud ou bien était-ce cette haine que je nourrissais pour moi qui faisait rougir mes joues. « Je l’ai trouvée une fois en pleine overdose, une autre où elle avait été malmenée j’ai dû l’emmener en urgence à l’hôpital, elle n’arrivait plus à marcher. Et là, dans une fête de riches, que des mecs, qui pensaient s’en donner à cœur joie. Chaque fois, ça manque de mal tourner mais je ne peux appeler personne, je suis la seule qu’elle a. » D’avoir parlé de tout ça, je me sentais un peu libérée mais pas moins angoissée pour autant. Je prenais de grandes inspirations mais ça ne faisait qu’alimenter ma panique. Je me sortis une cigarette et l’allumai après avoir ouvert la fenêtre. Je l’obligeai à passer chez mes parents pour récupérer ma trousse de soins dans mon coffre et nous partîmes pour la retrouver. Entrer dans l’immeuble fut un casse-tête mais dès que je trouvai le bon appartement, j’affichai mon air revêche alors que mon fiancé ouvrait le bal. Il ne fallut pas supplier pour qu’on nous montre la salle de bain. « N’aie pas peur, c’est Lucky, tu te souviens, je t’en ai parlé. » lui dis-je en lui mettant ma veste sur les épaules. « Où sont tes vêtements ? » « Dans la chambre. Pourquoi tu n’es pas venue toute seule ? » me reprocha-t-elle. Elle avait beau être à bout, l’idée de rencontrer son futur beau-frère dans son plus simple appareil et dans une position pareille lui faisait honte. « Parce que je vais me marier avec lui, ça le concerne aussi. Je vais chercher tes fringues et ne commence pas à être désagréable ! »

La soirée ne pouvait pas tourner plus mal, n’est-ce pas ? A croire que dans l’horreur, on pouvait toujours aller plus loin. Je venais tout juste de remettre la main sur la petite culotte de Miranda sous le regard libidineux des types présents – et pourtant, je ne portais qu’un pantalon large beige, un marcel et une chemise à carreaux, moins sexy, on faisait difficilement moins sexy – quand l’un d’eux hurla, appelant à l’aide. J’allais tourner le dos pour aller rendre les vêtements à ma sœur, ce que ces connards pouvaient avoir ne me concernait pas. Mais à l’énonciation du mot overdose, je passai par la salle de bain pour déposer les vêtements à ma sœur et je m’approchai de l’attroupement pour voir si je ne pouvais pas faire quelque chose. L’un d’eux imagina que je voulais l’achever et ne trouva rien de mieux que m’enfoncer une seringue dans l’épaule. Je lâchai un cri rauque et regrettai de ne pas avoir ma batte pour lui péter les dents, au lieu de ça, je lui envoyai un coup de coude avant de me redresser pour lui coller la correction de sa vie. Il était par terre que je continuais à lui donner de violents coups de pied. « Et vous, appelez les secours, bande de cons ! Bougez-vous ! » Je n’avais plus qu’à prier pour qu’aucun de ces baiseurs de prostituées n’ait le SIDA et surtout pas l’utilisateur de cette seringue. Je serais en sursis jusqu’aux résultats et cette constatation fit naître un sentiment profond d’injustice autant qu’une rage aveugle. Je croisai le regard de Luciano, il avait vu cette putain de seringue toujours enfoncée dans mon épaule et je n’avais aucune réponse à lui offrir. Je n’avais pas envie de débattre des questions de responsabilités individuelles alors qu’il tenait ma sœur qui était visiblement en manque. « Faut qu’on se tire d’ici. » Je ramassai mon sac et ouvris la voie, attendant de me trouver à l’abri dans la voiture pour retirer la seringue d’un coup sec, constatant qu’elle avait été utilisée, je la plaçai dans un sachet que je fourrai dans mon sac et je tentai de désinfecter alors que Miranda se confondait en excuses sur la banquette arrière. « FERME TA GUEULE ! » hurlai-je, à bout de nerfs. « FERME TA PUTAIN DE GUEULE ! C’est encore un de tes plans à la con qui me fout dans la merde. Et ne te mets pas à chialer ! On te dépose au centre de désintox et tu as intérêt à signer pour suivre le programme complet, Randa ! »






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Luciano Gambino
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MessageSam 6 Fév - 22:40





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Je fus bien tenté de l’assommer d’horreurs pour justifier cette mise à l’écart. C’était facile. Il me suffisait de prétendre qu’elle m’était tout bonnement inutile, que la mort de mon frère ne la concernait en rien et que sa vision du couple était désuète, que jamais elle ne trouverait un homme qui déposerait ses tripes sur la table avec tant d’abnégation. J’aurais pu également surenchérir en ajoutant que, de toute façon, elle était bien trop fragile pour la vie que je lui promettais. Tenir ce genre de discours, ce serait tellement aisé pour moi. Je m’y exerçais depuis longtemps, mais en plus de la blesser, ce serait construire notre relation sur des mensonges aux conséquences irréversibles. Ne méritions-nous pas mieux que ça ? Sur l’heure, abruti par ma douleur, je ne réalisais sans doute pas à quel point j’aspirais à ce que notre mariage soit une réussite, mais mon inconscient, touché par les efforts de la belle, aussi maladroits puissent-il être, lui, il ne l’avait pas oublié. Il me rappela durement toutes les victoires de Lyla sur mon caractère de merde, sur ma mauvaise foi et sur mon excessivité. Elle était le poids dans la balance de mon humanité qui me maintenait en équilibre. Alors, malgré ma colère, je lui confiai ma détresse sous couvert de reproches, mais qui nous permit de redescendre tous les deux. Certes, pas exactement de la façon la plus agréable pour nous deux. Ma fierté chutait à ses pieds. Son impuissance lui sautait à la gorge. Je la chassais par réflexe. Elle n’entendait pas me fuir. Mais, Caitlyn était vivante. Mon père ne m’exécuterait pas. La secouriste — bientôt déchue — venait de sauver notre avenir, une fois de plus, mais je ne parvins pas à la remercier autrement qu’en lui opposant un profond silence. Plus elle s’agitait comme une fourmi autour de moi, plus elle réveillait mon angoisse. Pour qu’elle s’apaise et m’entraîne avec elle, je lui saisis la main, je la tirai tout contre moi et j’enfonçai mon visage dans son cou. Normalement, j’aurais dû lui dire que j’étais désolée, que je ne pensais pas le quart de ce qui sortit de ma bouche, mais ma vanité déjà malmenée m’en empêcha. Je songeai alors que, si j’avais à travailler sur moi pour nous rendre la vie plus facile, c’était bien sûr cette fichue superbe que j’épousai avant elle.

Paraît-il qu’il n'existe aucune fierté en amour. Il était grand temps que j’apprenne la leçon, mais malgré cet accord contracté avec moi-même, mes efforts étaient peu probants. Je partageais, mais pas sur le sujet sur lequel elle espérait m’entendre. Je le faisais donc de moins en moins régulièrement, non pas pour la froisser ou par manque de foi, mais par obligation. Je n’étais prêt ni à lui parler ni à me débarrasser du moteur de ma vendetta. Pourtant, nous en passions des moments ensemble. J’étais souvent auprès d’elle, dans sa famille, ce qui m’arrangeait pas mal, car ça coupait court à toutes ses tentatives pour m’arracher des aveux. Le problème, c’était qu’elle en souffrait, que c’était flagrant, mais que je ne réussissais pas à redresser la barre. Je n’en avais pas envie, parce que ce que je ressentais au quotidien, la douleur de l’absence, la rage, la nécessité d’assouvir ma vengeance, j’en avais foutrement besoin, autant que de ma paranoïa et de savoir Lyla perpétuellement sous bonne garde. Pour moi, ça signifiait qu’elle devait rester le plus loin possible de la caserne. Pour elle, c’était une véritable punition et ça devint une prison quand je commençai doucement à refuser qu’elle mette le nez dehors sans protection. Je me moquais bien qu’elle soit du Bronx, que c’était le fief de Manuel et qu’elle était, par définition, en sécurité. Je ne percevais que cette crainte que les Irlandais me l’arrachent violemment. Je m'opposais obstinément qu’elle prenne le moindre risque, ça déboucha sur une querelle, un abandon de poste de quarante-huit heures, ses excuses, une journée sans couleur et, dans le jardin de son frère, un nouvel essai pour me faire cracher le morceau.

J’hésitai longuement entre lui dire ce qu’elle avait envie d’entendre ou ce qu’il convenait de confesser par honnêteté pour elle. Je ne souhaitais pas insulter son intelligence. Je pensais naïvement qu’elle apprécierait mieux que personne ce cadeau et qu’elle me soutiendrait comme elle l’avait toujours fait. Pourtant, elle semblait avoir interprété triste des façons. Était-ce de ma faute ? M’étais-je mal exprimé ? Avais-je usé de mots trop durs ? Probablement. Elle balança son joint sans me le tendre et je me demandai si c’était sa manière de souligner mon égoïsme. « Bébé, pourquoi tu le prends comme ça ? » m’enquis-je déployant l’éventail abîmé de ma patience en berne jusqu’ici. « Tu aurais voulu que je te dise quoi ? Que je te mente ? Que je te répète une fois de plus que je vais parfaitement bien en te prenant pour une conne en te disant que tu fais des idées ? Je peux faire ça si c’est ce que tu veux. Là, en plus, tu pourras me dire que je ne te dis rien. Rien du tout. Mais ce n’est pas ce que je fais. Je suis en train de t’expliquer que ce que je ressens, c’est nécessaire. Tu comprends ? » Si ses yeux que je cadenassai au mien en tournant sa tête vers moi n’étaient pas remplis d’eau, nul doute que la colère, ma meilleure amie du moment, aurait pris le dessus sur ma volonté de la rassurer. Je l’aimais toutefois bien assez pour la contenir au maximum. « Qu’est-ce que j’ai dit que je n’aurais pas dû dire ? Éclaire-moi. Je n’aime pas quand tu pleures à cause de moi. Ça me donne l’impression de ne pas être à la hauteur de ce que tu attends de moi. C’est parce que je te demande de me laisser gérer seul mes émotions, c’est ça ? »

Je sondai son regard pour obtenir réponse et je sus que j’avais visé dans le mile à ses pupilles anormalement fuyantes. « Tu ne comprends pas, Lyla. Cosa Nostra ne s’encombre pas d’amour et de sensibleries. Elle ne tolère pas qu’on se dégonfle non plus. Il n’y a pas de place pour l’humanité et toi, toi tu réveilles ce qu’il y a de meilleur en moi. Entre toutes ces choses que tu m’apportes, c’est ça que tu fais le mieux. Et, prochainement, je vais faire des choses horribles et je ne te parle pas d’une main coupée ou d’une bagarre. Je te parle de truc que je vais trouver normal jusqu’à ce que je te regarde et que je me demande si tu aurais toujours envie de m’épouser si tu savais que pas un seul de mes cheveux ne regretterait. Pas un seul… Pas une seule fois je ne me dirai que j’ai eu tort de le faire, tu comprends ? » déclamais-je sans souhaiter qu'elle me fuie pour autant. Ça faisait bien longtemps que je m’étais sorti du crâne qu’elle ne m’aimerait jamais assez pour accepter celle que j’étais. « Et tu vois, je sais que oui, tu le ferais. Que tu me prends avec mes défauts et avec mes qualités. Le problème, il ne vient pas de toi ou de ce à quoi tu sers. À tes côtés, je suis un homme meilleur et c’est de ça dont je n’ai pas toujours besoin. Je n’ai pas besoin de doutes. J’ai besoin d’être ce que je suis, avec toi, à mes côtés, qui peut respecter que je ne peux pas toujours lutter contre ce qui se cache en moi. Tu me suis ? » Et je l’espérais réellement. Sans cela, notre union ne débouchera sur rien de durablement beau, de persistant sans doute, par principe, mais ce serait loin de ce à quoi j’aspirais pour nous en la demandant en mariage. Très loin même. « Allez, viens là. » lui chuchotais-je en l’entourant de mes bras. « On va rentrer. Il commence à faire froid. Essaie juste de comprendre et de me faire confiance. Je rentrerai entier, tout le temps, de nous deux, c’est moi l’increvable. » J’embrassai le haut de son crâne, ses joues et ses lèvres avec douceur dès qu’elle tourna la tête dans ma direction.


***


Et notre idylle reprit en couleur. Je ne traitais toujours pas de mes sentiments avec elle, mais l’abcès crevé, tout était beaucoup plus clair pour nous deux. Je lui avais également promis que dès que nous aurions mis la main sur Coonan, je l’en informerais sans tarder. Elle parut rassurée tandis que moi, je priais sincèrement pour que cette nouvelle – qui arriverait bientôt – la décide à s'activer pour organiser notre mariage. Nos cinq à sept dans un appartement prêté pour l’occasion, c’était excitant, mais ça ne nourrit pas un homme. Cette sensation d’être des amants maudits me laissait un arrière-goût amer. Encore moins quand ma seule chance de me reposer à ses côtés s’avortait brusquement. Je ne regrettais pas que ce coup de fil survienne alors que j’étais avec elle. Au vu de ses requêtes, ça puait les emmerdes à plein nez, le genre de situation que je ne voulais plus pour elle. Ainsi, en lui confiant une arme qui ne la blesserait pas, je me jurai que son dit-fardeau deviendrait le mien. Il n’était plus envisageable qu’elle récupère sa sœur dans des endroits louches et malfamés. Sa parenté ne justifiait pas qu’elle se mette en danger de cette manière. J’avais trop bataillé pour qu’elle réduise ses heures jusqu’au néant durant cette période de traque et il était hors de question qu’elle troque ce péril-là pour d’autres, plus grave. « Ce n’est pas un flingue de gonzesse. Je l’utilise quand j’ai besoin d’être rapide. Il a très peu de recul. Il ne te surprendra pas en cas de problème. » répliquais-je en roulant des yeux. Sérieusement, quel plaisir tirait-elle à se prendre pour un homme ? À se surestimer de la sorte, un jour, il lui arrivait des bricoles. Je gagnerais tellement en confiance si elle était plus lucide sur ses réelles possibilités. Je ne manquerai pas de le lui faire remarquer d’ailleurs, mais pas maintenant. Il y avait plus urgent, comme mieux comprendre ce qui nous attendait. C’était légitime. Ça s’appelait de la prudence. Pourtant, l’embarras habilla le timbre de sa voix. « Comme tout ce que je te dis en général. C’est le but du jeu non ? » insistais-je sans soulever le peu de cas qu’elle faisait de nous. Je ne comptais plus le nombre de révélations normalement inavouables que je lui avais confessées, qu’elle puisse douter que moi, un homme de l’Omertà, puisse trahir les siens me dérangeait, mais quelle importance ? Son récit me fit l’effet d’une claque en plein visage. Je ne connaissais pas Miranda, mais je fus envahi par une vague de compassion qui ne me ressemblait pas. D’instinct, pour lutter contre cette émotion que je gérais difficilement, j’analysai rapidement les détails de l’histoire de Miranda pour mieux relever les zones d’ombres. « Ils étaient combien ? Elle a déjà dit qui c’était ? Elle aurait été en mesure de les identifier ? » commençais-je sans cacher ma surprise qu’elles aient opté pour le secret plutôt que choisir la réalité. Pour l’honneur ? Pour ce qu’il lui en reste, ça n’avait aucun sens. Elle décevait chaque jour ses parents à provoquer sa chute en enfer, nul doute qu’ils auraient préféré mener à son terme une vengeance qui les aurait tous lavés de cette merde qui salit leur nom. « Je ne dirai rien. Tu peux en être certain. Mais, je ne crois pas qu’avoir conservé le silence fasse moins de mal autour d’elle. Tu crois que tes parents ne savent pas ce qu’elle fait ? Ton père est un chef de famille aguerri. Rien ne lui échappe. Croire qu’il ne sait pas ou qu’il ne se doute pas, c’est le prendre pour un con. Tu as de la chance qu’il ne t’ait pas encore coincé dans un coin pour te questionner. A mon avis, tu le dois à ce que sa peudo-ignorance lui est plus tolérable pour le moment, mais un jour viendra où il se réveillera et ça va faire très mal. » Elle le saurait s’il avait une quelconque idée des propres secrets de son père. Peut-être était-il temps qu’elle l'apprenne d’ailleurs. Mais, qui étais-je pour lever ce voile-là ? « Tu n’es pas une sœur de merde. Tu as fait ce que tu as pu, toute seule, mais tu ne l’es plus maintenant. » Je pressai sa cuisse juste avant de descendre de la voiture. Nous étions arrivés à bon port. Il ne restait plus qu’à espérer que nous en ressortirions comme nous étions venus : les mains dans les poches.

Je poussais à peine la porte de la salle de bain que je la quittai aussi vite pour céder la place à Lyla. Miranda était nue comme un ver, recroquevillée contre la baignoire, tremblant de tous ses membres. Ses fringues étaient dans la chambre et, si je songeai aller les récupérer moi-même, je considérai qu’il était préférable que ma dulcinée s’en charge elle-même pendant que je monterais la garde devant la pièce d’eau. Ce serait tellement tentant pour un de ses types de malmener ma fiancée pour violer la gamine durant mon absence. Je cherchais comme un homme, les yeux fermés, il me faudrait une éternité. Attendre ici me parut être la meilleure des solutions, jusqu’à ce que la secouriste qui sommeillait dans l’estomac de ma petite amie prit le dessus sur ses obligations familiales. Laisser crever un enfoiré était au-dessus de ses forces. Je n’avais pas assisté à la scène, mais en apercevant la seringue enfoncée dans son épaule, je sus. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » demandais-je tandis que Miranda s’habillait le plus rapidement possible compte tenu de son engourdissement. « Non, tu ne vas pas aider ta sœur. Si elle sait se désaper, elle sait aussi se rhabiller. Je t’ai posé une question. Non ? » Je n'obtins aucune réponses claires. Miranda poussa un gémissement plaintif semblable à celui d’un animal. Elle tremblait de tous ses membres. Elle suait, se crispait. Elle était incapable de bouger les doigts et ne tenait plus sur ses jambes. J’eus tout juste le temps de la rattraper avant qu’elle ne chute et se cogne à l’évier. Je la couvris donc de ma veste et je suivis Lyla dans les dédales de l’immeuble. Normalement, j’aurais dû être heureux d’être dehors sans avoir été forcé d’être transformé en bête féroce. Sauf que j’avais vu la seringue. Elle avait beau se l’être arrachée de l’épaule, le risque qu’elle comportait défilait devant mes yeux en lettres rouges : HIV ou cette saleté de maladie honteuse contractée par les gays, les drogués, les putains ou ces pauvres gens qui dévouent leur vie à sauver celle des autres. « Je reviens » crachais-je en refermant la portière derrière elles. Je confiai les clés à l’aînée en lui laissant l’ordre que s’il y avait un souci, elle devait se casser et déposer la voiture à Andy. Puis, je tournai les talons direction la case départ. Tout le monde était autour des gosses en train de crever de douleur à cause des coups ou de l’overdose. Je les observai un court instant, évaluant le temps qu’il faudrait aux secouristes pour se pointer s’ils avaient été appelés. Ils étaient rapides. Les sirènes devraient déjà retentir. J’en conclus qu’ils étaient tous tellement raides qu’ils ne prirent pas la peine de composer le numéro ou de remarquer ma présence. Je fouillai les tiroirs de la cuisine à mon aise pour trouver un couteau de boucher, j’enfilai mes gants de cuir et je tranchai la gorge du premier, du second, du troisième jusqu’au dernier. Sauf que lui, je ne le tuai pas moi-même. Je lui collai l’arme dans les mains pour les empreintes et je guidai son geste sans user de trop de force. Il avait la volonté d’une marionnette. Il ne se débattit même pas. Le lendemain, dans les journaux de New York, les croquants purent lire qu’un gamin sous héroïne massacra ses amis avant de se suicider. Ce fut une belle vengeance sans bavure.

En grimpant dans la voiture, Miranda pleurait toujours sa douleur avec vigueur. J’eus envie de la bâillonner pour qu’elle se taise, mais je n’en fis rien par respect pour Lyla. Elle, elle ne pipait d’autres mots que des menaces envers sa cadette et moi, je puisais dans mes réserves d’humanité pour reprendre le dessus sur la plus détestable facette de ma personnalité. J'aurais pu ne rien ajouter, considérant que cette histoire ne me regardait pas vraiment ou de loin seulement. Ce soir, alors que j’envisageais déjà le pire, je m’autorisai à livrer le fond de ma pensée avec ce calme tapageur et ombrageux qui nous promettait une crise de folie sans précédent. « Qu’est-ce que tu veux qu’elle foute en cure de désintox ? Ce n’est pas ça dont elle a besoin. Tu veux qu’elle s’en sorte ? Attends qu’elle soit sevrée et puis on agira. En attendant, on va rentrer sur le domaine. On va la déposer chez Gloria. Elle s’occupera d’elle et elle ne la jugera pas. » Elle était trop bête pour ça. « Je vais prendre une douche et pendant ce temps-là, tu vas appeler ton père. Tu restes avec moi cette nuit. Tu lui inventes ce que tu veux comme mensonge, je m’en tape complètement, mais tu restes ici. Et par pitié, fais-la taire. » ordonnais-je le regard exorbité par l’appel du sang. Autant dire qu’elle ne se fit pas prier. Elle se hissa sur la banquette arrière après m’avoir tendu un joint. Je la bénis de toute mon âme, mais pour ne plus les entendre, je mis la musique à fond pour m’accompagner le temps du voyage. Arrivé sur le domaine, chacun s’employa à endosser le rôle qui était sien. Gloria accueillit ma future belle-sœur sans poser de questions. Ses enfants échouèrent chez mes parents. Cinzia, habituée à vivre ce genre de situations, récupéra mes fringues pour les faire disparaître. Ma mère embrassa tendrement Lyla sur le front sans demander la moindre explication. La panique se lisait dans nos yeux. Elle était palpable au point que mon père m’ordonne la prudence malgré son ignorance alors que je saisissais ma fiancée par la main. « On va à l’hôpital. Je ne veux pas passer le prochain mois à me demander si tu es malade ou non. » me justifiais-je plus calmement. Clay, que j’avais mal jugé au premier regard, nous reçut en urgence et au mépris des formalités administratives. « Je vais faire analyser la seringue. Si elle est négative, vous pourrez dormir tranquille. Ça devrait prendre une semaine ou deux. Le reste, ce sera des détails. Des précautions. Rien de plus. » Il serra mon épaule de ses doigts robustes pour m’inspirer la confiance, mais j’étais transi d’inquiétude. Quinze jours, c’était long. Trop long. Mais avais-je d’autres choix ?« Ta sœur, c’est d’une vengeance dont elle a besoin. Elle doit pouvoir marcher dans la rue la tête haute, sans avoir peur de croiser le regard d’un de ses agresseurs et sans avoir peur qu’ils recommencent. Une cure de désintox, ça va la soigner de la drogue pendant un temps, pas de sa souffrance psychologique. Ça ne lavera pas son honneur. Elle se sent sale. Tu veux qu’elle s’en sorte ? Tire-lui les vers du nez, un à un, et puis, j’aviserai avec elle. Toi, tu dois rester en dehors de ça. Tu m’entends ? Il n’est plus question que tu ailles la chercher où que ce soit sans m’en avertir. » Certes, le ton était sans doute trop impératif. La forme manquait de délicatesse. Mais le fond était toujours le même. Cette peur grandissante et dévorante de la perdre bêtement à cause des autres et de son altruisme non pondéré. « Bébé. » ajoutais-je en posant ma main sur sa cuisse. « Je ne veux pas te perdre, tu entends ? Pas comme ça. Que tu veuilles partir parce que tu ne m’aimes plus, c’est une chose. Qu’on me prive de toi comme on m’a privé de mon frère, il en est hors de question. Réfléchis à cette idée de vengeance. Réfléchis-y sérieusement. On en reparlera. » Comme du reste...

Les sujets de conversation que nous avions à aborder pour empêcher la pomme de pourrir s'accumulaient. Pourtant, je disparus du décor près d’une semaine entière. Je lui téléphonais, je lui envoyais des textos, mais je ne me montrais pas. Ne pas pouvoir la toucher car nos familles nous l’interdisaient, c’était une chose. Ne pas le faire parce que j’étais incapable de m’ôter de la tête qu’elle était supposément porteuse d’un virus fatal et contagieux en était une autre. Alors, pour ne pas qu’elle le réalise et qu’elle en souffre, je l’abandonnais en partie en utilisant le bon prétexte de Coonan. Nous étions à deux doigts de le choper. Me disperser serait stupide. Sa fuite ne m’avait jamais autant arrangé que ces derniers jours, mais elle ne dura pas. Nous finîmes par le débusquer et le ramener à mon père. Rien n’aurait pu me faire davantage plaisir. Rien. Mais ma joie était mitigée. Je prévins ma dulcinée, comme promis, mais elle s’en réjouit peu. Elle était éteinte et, sans trop savoir d’où me vint cet élan de sagesse, je l’invitai à se préparer. « Je t’emmène manger » lui lançais-je en feignant le soulagement et l'enthousiasme, décidé à ne surtout pas lui donner l’impression que j’étais là pour elle un jour sur deux seulement. Sur le chemin vers le « I fratelli », je lui confiai quelques banalités sur la capture de notre ennemi juré. Au restaurant, alors que nous étions enfin installés, je tranchai les sujets fâcheux dans le vif. « En réalité, on n’est pas vraiment là par hasard. Je voudrais qu’on reparle de ce qui s’est passé ces derniers temps. » Tout, sauf le mal qui la rongeait peut-être. « Ta sœur, l’agression de Caitlyn… d’ailleurs, à ce propos, elle a disparu du décor. Elle a rejoint son père. » Les murs ayant des horreurs, je ne lui offrais pas d’explications supplémentaires puisqu’elle n’en avait pas besoin. « Tu sais que je ne pensais pas tout ça, n’est-ce pas ? »  








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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageMar 9 Fév - 22:04





mentre lei che non capiva disse bravo  
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Je me sentais infantilisée et ce n’était pas une sensation que j’affectionnais. Je m’étais battue avec mes frères et je me battais encore, d’ailleurs, pour qu’ils me traitent comme une personne et non pas comme une chose à protéger de tout et de tout le monde. Et voilà que Luciano s’ajoutait à la bataille mais dans l’autre camp. J’avais besoin d’alliés, pas de nouveaux problèmes. Aucun de mes arguments n’était recevable à ses yeux. Il me préférait malheureuse mais en vie que jouissant de ma liberté jusqu’à en crever. Je comprenais ce qu’il ressentait, j’entendais son point de vue et sa volonté de me garder en sécurité pour ne pas devenir fou si les morts se multipliaient et qu’il se retrouvait avec plus de cadavres sur les bras que de gens en vie pour l’aider à construire demain. Néanmoins, cela adoucissait à peine ma détention. Mes seuls contacts étaient à travers un écran ou le téléphone, personne ne voulait se taper une heure et demie de route pour venir me voir dans le fin fond du Bronx et de toute façon, tout le monde avait d’autres préoccupations comme le boulot, les courses et toutes ces choses chiantes de la vie active qui m’étaient à nouveau interdites. J’aurais probablement accepté les choses beaucoup plus facilement s’il me parlait et si je n’avais pas l’impression qu’il était plus heureux quand il ne se retrouvait pas seul avec moi. Pourtant, je ne posais pas de questions, j’essayais d’être disponible tout en l’aidant à se détendre, même si, avec mon père dans les parages, c’était la chose la plus compliquée du monde. Mais je faisais de mon mieux, j’aurais aimé faire de sa peine la mienne et l’en délester pour qu’il n’ait plus ce regard sombre qui permettait d’entrevoir à quel point son âme était amochée. Je savais pertinemment ce que les hommes comme lui faisaient dans des états pareils. Tout ce que je cherchais à faire, c’était l’empêcher de franchir ses propres limites. Il n’était pas question qu’il se rende malheureux parce qu’il aurait été trop loin et qu’il le regretterait. Pas question que la moindre once de remord ne l’envahisse, je me sentirais alors coupable de ne pas avoir donné assez de moi et de ne pas avoir été assez convaincante et à l’écoute pour qu’il se livre. J’avais l’impression d’être inutile et qu’il restait par la force de l’habitude, moins parce que ma présence le soulageait d’une quelconque façon. Il était peut-être trop poli pour me dire que ma gueule ne lui revenait plus et qu’il préférait arrêter là et que toutes ces histoires de mariage étaient débiles, qu’il s’agissait de mes envies que je l’avais contraint à adopter. Il aurait tous les droits de me plaquer, surtout que je ne respectais pas complètement ce qu’il m’ordonnait de faire et que je devenais davantage un boulet qu’un soutien. Cette impression m’étouffa davantage dans le jardin de mon frère, alors qu’il tentait de se confier à moi et que je ramenais tout à ma petite personne, comme une putain d’égoïste.

J’avais besoin qu’il me rassure, qu’il me serre dans ses bras et me dise qu’il serait toujours là demain, même si j’étais la personne la plus pénible qu’il ait eu à supporter, parce qu’il avait besoin de moi malgré tout. Il me le dit, à sa façon et ce fut suffisant pour éteindre tout ce qui me faisait un mal de chien. Je lui promis tout ce dont qui était nécessaire à apaiser ses doutes et ses craintes. Je le pris dans mes bras et le couvris de baisers, me demandant si je devais me montrer moins expansive tant qu’il serait entre deux eaux et qu’il aurait besoin de laisser l’homme doux en lui en sommeil pour se focaliser sur sa haine, sa vengeance et la nécessité de faire couler le sang. Même si, une partie de moi jugeait que les deux n’étaient pas incompatibles. Je l’avais vu dans des états qui auraient fait reculer n’importe qui et pourtant, j’étais restée près de lui, les bras ouverts et alerte, pour qu’il trouve en moi le soutien nécessaire pour se dire qu’il n’y avait rien de singulier dans son comportement et pour qu’il sache que je pouvais tout voir et tout entendre,. Je ne partirais pas. Nos conflits étaient superficiels, pour des broutilles et je détestais qu’il puisse se sentir mal parce que je n’étais plus maître de mes émotions dès qu’il était question de lui ou de nous. Il n’avait pas idée des sacrifices dont j’étais capable pour un sourire de sa part. Après cet accrochage, il était hors de question que je rentre chez mes parents pour que nous fassions chambre à part, j’avais besoin de le retrouver et de me nicher au creux de ses bras pour quelques heures avant de retrouver le froid et la solitude de mon lit. L’illusion qu’il m’appartenait à moi et à moi seule me ferait du bien pour tenir le coup le temps que durerait encore cette traque dont on ne voyait pas le bout. J’aurais tout le temps de culpabiliser de m’être mise à chialer alors qu’il était au plus bas et que sa situation était pire que la mienne. J’avais flanché et manqué à mon devoir, j’étais impardonnable. Pour l’heure, il était vital pour lui, comme pour moi, de trouver le moyen de rattraper le coup et je ne connaissais rien de mieux que ce qui ne laissait place à aucun malentendu. Ces moments d’intimité nous permettaient d’effacer l’ardoise et de repartir à zéro, même s’il était toujours plus compliqué de nous séparer une fois que l’heure approchait. J’avais hâte que nous nous marions pour recouvrer un peu de ma liberté et pouvoir me trouver près de lui en permanence sans subir les œillades appuyées de mon père pour qui une main sur la cuisse était difficilement acceptable. J’avais l’impression de devoir gérer les émotions de tout le monde, d’en tenir compte et d’adapter mon comportement à ce qui convenait à chacun mais qu’on m’oubliait dans l’équation. Si la situation s’éternisait, j’allais devenir ingérable, je sentais approcher le point de rupture et une fois qu’il serait franchi, il ne serait plus question de retourner en arrière. Refouler mes émotions et me concentrer sur les autres, je savais faire et je faisais même plutôt bien mais quand je me retrouvais avec trop de frustrations à gérer, je me retrouvais dépasser et le simple fait de penser avec cohérence me demandait un effort surhumain et j’enchaînais les idées de merde. Mais rejoindre ma sœur n’en était pas une, c’était une obligation, pour m’assurer qu’elle allait bien, ou du moins pas si mal. C’était comme la sale rengaine d’une vieille chanson, toujours la même histoire avec des variantes différentes à chaque écoute. Sauf que cette fois, nous étions en trio, pas en duo. La présence de Lucky me changeait déjà la vie et si je lui opposais ma mauvaise humeur à cause de l’angoisse, je n’en étais pas moins contente qu’il se trouve à mes côtés.

« Je te fais confiance, tu le sais très bien. Le sujet est simplement sensible, ça me fait dire des conneries. » me rattrapai-je en me saisissant de sa main pour la presser dans la mienne. « Elle parle d’une dizaine, un peu moins sûrement mais je n’ai jamais réussi à gratter davantage, elle avait peur que j’aille me mettre dans la merde ou que j’en parle à nos frères. » expliquai-je, me repassant en revue ces multiples interrogatoires qui se soldaient par un échec, me demandant si j’avais dit ou fait ce qu’il fallait, en doutant fortement compte tenu du résultat. J’étais peut-être une tête brûlée mais je n’étais pas stupide au point de croire que je pouvais débarquer toute seule pour casser la gueule d’un groupe de types appartenant au gang rival à celui de mes frères. D’abord, parce que ça aurait été causé un paquet d’emmerdes à mes frères, si on n’avait pas cherché à les descendre en pleine rue. Et puis parce qu’il fallait être réaliste, je pouvais gérer un mec, voire deux mais 10, 15, 20 voire plus sur leur territoire ? Je n’étais pas suicidaire et je me sentais démunie. Si je voulais régler cette histoire, il me fallait trouver de l’aide et donc raconter toute l’histoire, j’avais fait une promesse. Que je venais de rompre pour la bonne cause. Je ne voulais pas de ce genre de secrets entre nous. « J’ai fait ce qu’elle m’a demandé ! Je ne me voyais pas déballer ses secrets à toute la famille ! J’ai déjà dû lui faire entrer dans le crâne que ce n’était pas de sa faute. J’ai frappé à toutes les portes, j’ai été avec elle partout mais elle refuse d’être aidée, je ne peux pas avoir de la volonté pour elle aussi. Et je ne peux pas leur expliquer, ils ne verraient que les conséquences sans comprendre les causes. En quoi ils pourraient l’aider ? En quoi ça pourrait la sortir de là ? » Je me sentais accusée de l’état de ma sœur, j’avais l’impression qu’il affirmait haut et fort que je prenais tout le monde pour des cons alors que j’avais tenté de protéger ma famille, rien de plus. Après lui avoir confié un secret pareil, je m’attendais à une autre réaction et il eut de la chance que je me trouvais plongée dans une détresse sans nom, inquiète de savoir dans quel état j’allais retrouver Miranda, sinon je l’aurais bouffé. Lui qui semblait toujours prendre les bonnes décisions et faire ce qu’il fallait n’avait qu’à déjà s’occuper de livrer le fond de sa pensée sur l’affaire Caitlyn à son père. Pour l’heure, ces remarques sur mes décisions, il pouvait se les garder. Je redescendis un peu quand il m’offrit quelques mots réconfortants, me rendant compte que le sujet était vraiment délicat et que je montais vite en pression sans raison. Je remerciai le ciel de m’avoir permis de la boucler. Emotionnellement, je n’aurais pas pu gérer la situation ainsi qu’une dispute avec Luciano. Et pourtant…

Tout s’était enchaîné sans que je ne comprenne comment et encore moins pourquoi mais j’étais assez maligne pour entendre la douce mélodie de la discorde en fond. J’étais trop excédée pour laisser parler la panique et je me sentais lasse. La seringue dans mon épaule devint un problème secondaire quand j’eus l’idée stupide de lever les yeux pour les poser sur le visage métamorphosé de Luciano. Je ne savais pas si j’avais réellement envie de découvrir si sa colère était tournée vers moi ou le sort, je ne tenais pas particulièrement non plus à lui parler pour le moment, étant moi-même à bout de nerfs, c’était un très mauvais calcul. Il exigea que nous l’attendions dans la voiture et je ne discutai pas, pas plus que je ne répliquai quand il me dit que si ça s’éternisait, je devais bouger pour retrouver Andy. Il n’était plus question de penser à le sortir de la merde en cas de besoin mais à ne rien faire pour le contrarier et obéir, simplement. Obéir ! Je n’osais imaginer comment ça aurait tourné s’il n’avait pas été là et ça n’améliora en rien mon angoisse. Lorsqu’il remonta dans la voiture, plein de sang, une chape de plomb me tomba au sommet du crâne jusqu’aux orteils et si je ne reprenais pas rapidement le dessus, j’allais me laisser déborder par l’angoisse. Elle frappait doucement à la porte depuis le début de la soirée et cette fois, elle essayait d’entrer avec un bélier. Je pris une profonde inspiration et soufflai. Si je perdais le contrôle, ce serait une tragédie pour les personnes présentes, ils avaient besoin que je sois bien pour gérer la situation. « D’accord ! » fut la seule réponse qu’il obtint de moi alors que je roulais deux joints pour que nous réussissions à nous apaiser de façon momentanée. Je passai à l’arrière, giflai ma sœur pour qu’elle la ferme pour de bon et fumai, la fenêtre ouverte, concentrée sur la musique en fond, essayant de ne pas penser. Si j’avais le malheur de me laisser aller à la réflexion, je mettrais le doigt dans un engrenage dont je ne pourrais pas sortir et ça finirait mal. J’avalai discrètement deux anxiolytiques supplémentaires, histoire d’endormir complètement mes émotions pour les heures à venir, je sentais qu’elles allaient être salement difficiles. Je ne m’étais pas trompée. Contrairement à ce que j’aurais dit habituellement, je ne réagis pas au fait qu’on me défasse de ma sœur et je voguais dans l’insensibilité totale quand il m’ordonna de le suivre à l’hôpital. Je devais avoir l’air d’un lapin pris dans les phares d’une voiture mais tout ça était hors de contrôle et si j’avais pu remettre les choses dans l’ordre, je n’aurais jamais trouvé le moment où tout était parti en couille. Moi, tout ce que je voyais s’afficher en lettres sanglantes devant mes yeux c’était l’annonce imminente de ma mort prochaine ou du moins, d’une semi vie passée à prendre des traitements et à vivre dans la honte. Tant que les médicaments feraient leur effet, je le prendrais avec calme et philosophie mais après… « Promis ! » lui assurai-je en me tournant vers lui pour qu’il constate que je ne plaisantais pas. Mes préoccupations étaient désormais loin de ma sœur et de ses soucis de drogue, de toute façon. Je ne pourrais jamais avoir d’enfants sans risquer de les contaminer, je rendrais tout le monde malheureux, à commencer par Luciano. Je me fis la promesse que si les tests étaient positifs, je rendrais service à tout le monde et je disparaîtrais, soit en me supprimant, si j’en avais le courage, ou en prenant mon baluchon et en m’inventant une nouvelle vie. « C’est possible d’arrêter de t’aimer ? Tu crois ? » le taquinai-je en caressant sa joue sans oser y déposer mes lèvres. « Je vais y réfléchir. » Mon père me croyait à une soirée pyjama improvisée entre les murs du domaine Gambino et Girolama m’avait permis de le convaincre de la véracité de cette information. Je pris une douche brûlante et me traînai au lit de mon appartement pour une nuit agitée de cauchemar. Le lendemain, aux premières heures du matin, le retour à la réalité fut brutal. Je ne trouvai aucune once de positif dans cette situation et e tins à aller prier avant de retourner chez mes parents.

***

Il ne passait plus, se contentant de messages et de coups de fil, autant de moyens qui mettaient une barrière naturelle entre lui et moi, qui lui évitaient de se sentir obligé de me toucher ou de m’embrasser et je le vécus comme une forme de répudiation. Je comprenais ses raisons mais ce n’était pas moins déchirant pour autant. Je tentais de trouver du réconfort auprès de mes amis et de ma famille bien que le résultat fut mitigé. Seul Muñez était au courant et trouvait toujours une façon d’insérer dans n’importe laquelle de nos conversations, une bonne raison pour que je ne fasse pas de connerie. Il le sentait venir, se prenant ma détresse en pleine gueule alors que je préservais Luciano. J’arrivais même à avoir l’air enjoué et à lui faire de l’humour, comme si toute cette situation était normale et que je m’en accommodais parfaitement. Dans les faits, j’étais à bout de nerfs et de forces et si j’avais épuisé mon stock de larmes, je passais le plus clair de mes journées dans ma chambre, le regard dans le vague, à me demander à quoi ressemblait la vie des gens qui avaient été contaminés. Une vie presque normale avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête et le risque de faire du mal à son partenaire à un moment ou à un autre. Je ne pouvais pas me marier à Lucky si j’étais porteuse du virus, il méritait mieux que le lot de consolation. Je m’étais déjà condamnée, je voyais tout en noir parce que la seule qui pouvait m’aider à relativiser était aux abonnés absents sous de faux prétextes et que je n’entendais rien d’autre que son opinion. J’avais commencé à n’exister que pour obtenir son approbation, qu’étais-je devenue ? Lorsqu’il m’annonça que la traque était terminée, je ne parvins pas à m’en réjouir, attendant toujours des nouvelles de Clay, que ça traîne autant laissait présager le pire. Il m’invita au restaurant, mu par je ne savais quelle impulsion mais je me contentai d’enfiler un pantalon après ma douche et un t-shirt quelconque, je mis des talons, attachai mes cheveux sans avoir envie de faire plus, j’avais l’air d’une débraillée à côté de lui mais ça m’était égal, je me souvenais seulement de ce baiser qu’il me donna sur le front et de la frustration que ça engendra. Parce qu’il semblait investi de la mission ultime de ne pas laisser le silence s’installer, je l’écoutai déblatérer d’une oreille distraite, lui répondant de temps à autres jusqu’à ce qu’il se sente prêt à aborder les raisons de notre présence. Voulait-il que je lui rende la bague ? « Est-ce que je te dégoûte ? » demandai-je de but en blanc, le regardant dans les yeux pour la première fois depuis qu’il était venu me chercher, faisant fi de tout ce qui avait précédé et à raison, c’était de ça dont nous devions parler. « Parce que je comprendrais que tu le sois mais faut le dire et pas me trouver des prétextes pour ne pas venir me voir, ne pas me toucher ou même m’embrasser. Tu n’es pas obligé de t’imposer ça et tu peux le dire aussi. C’est de ma faute, je sais très bien que je n’aurais pas dû essayer de sauver ce type, que c’est toujours ça qui me fout dans la merde et je suis tellement désolée, Luciano. Tellement ! Je te mets constamment dans des situations de merde, je te fais t’inquiéter et je te fais de la peine. Je te présente mes excuses. » Je triturais ma fourchette avec nervosité. « Une fois que tout sera revenu à la normale, j’irai donner ma démission. Je ne veux plus que ce boulot se mette entre toi et moi. Si, bien sûr, tu veux toujours de moi, peu importe les résultats. Tu aurais le droit de ne pas vouloir. Tu pourrais être fatigué de moi et de tout ça. Tu n’avais pas besoin que je fasse des siennes alors que tu venais de perdre ton frère. » Je me sentais tellement minable que je n’étais plus capable de le regarder dans les yeux et qu’il me fallait beaucoup d’énergie pour ne pas sangloter.

« Je suis heureuse que l’Irlandaise ne soit plus un problème. J’aurais seulement aimé qu’on puisse se marier rapidement derrière. J’ai la robe, tu sais. Ta maman m’a aidé à la choisir et puis on a presque tout préparé, comme si on se mariait le mois prochain. » Je laissai échapper un rire sans joie, me passant les mains sur le visage alors qu’on nous apportait les cartes et que je réalisais que je n’avais pas faim. Je choisis ce qui avait l’air d’être le moins consistant et je lui rendis la carte, essayant de comprendre de quoi il me parlait. « Tout ça quoi ? Tu ne pensais pas quoi ? Quand on s’est disputé après la bombe de Times Square ? Quand elle a voulu me tuer ? » J’allais continuer mon énumération mais je compris que j’avais visé juste. « Oh… Je sais ! Tu lui disais tout ça pour qu’elle lâche son arme et me laisse partir, c’était de bonne guerre. » Et ce même si je l’avais encore en travers de la gorge et que j’avais fait tout mon possible pour me convaincre qu’il avait simplement sorti ça pour l’endormir, ça ne faisait pas moins mal pour autant, surtout pas dans l’état actuel des choses. Cela ressemblait tellement à un dîner de rupture. « Mon père croit que tu as rompu nos fiançailles parce que tu ne passes plus et que je n’ose pas le lui dire. J’aurais dû m’y attendre, il ne me fait pas confiance… Et j’ai appelé ma sœur, elle m’a dit que tu étais venu la voir, elle avait l’air fâché, tu as essayé de lui tirer les vers du nez ? Elle sait que je t’en ai parlé, elle m’a engueulé au téléphone avant de raccrocher et de refuser de me répondre. » Remuer le passé ne me faisait aucun bien et plus nous creusions, moins j’avais faim. Mon assiette de pâtes refroidissait sous mon nez et je n’étais pas prête d’y toucher. Mon téléphone vibra et je le soulevai pour voir le prénom de Clayton illuminer l’écran. Je décrochai, la main tremblante et le cœur au bord des lèvres. « Ma petite poule, j’ai les résultats ! Tout va bien ! Aucune infection ! Rien ! Ni de VIH, ni d’hépatite, que dalle !! Tes tests arriveront bientôt mais tu peux dormir tranquille, on n’a rien trouvé ! Kendra m’a dit de vous inviter pour fêter ça, ce samedi ! T’as intérêt à être là ! » Je le remerciai, pleurant déjà à chaudes larmes et ça ne s’arrangea pas quand je raccrochai. Je dus sortir pour me calmer et prendre un peu l’air, Lucky sur les talons qui s’interrogeait. « C’était Clay. » parvins-je enfin à articuler, me signant pour remercier le ciel de veiller sur mon cul de mexicaine. Mon fiancé était dans l’expectative, se demandant si mes larmes et ma mine désagrégée était mauvais signe ou pas. « La seringue était saine, rien, pas de VIH ou d’hépatite. On attend mes résultats mais ils devraient être identiques. Ce soir, on va aller boire et on va vomir dans le caniveau. Tu m’entends ? Et puis on va se marier, ce weekend ou le prochain mais vite ! On a assez attendu, Luciano ! C’est un signe ! »







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MessageVen 19 Fév - 22:09





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


La question était vraisemblablement mal posée. Me désaimer, c’était tellement facile. Je pourrais énumérer mille raisons qu’elle pourrait invoquer pour me quitter ou, tout de moins, essayer de le faire. La première, c’était mon inaction, mon incapacité à veiller sur elle quand j’étais pourtant à une pièce d’elle. C’était sans doute le plus difficile pour moi. Ce sentiment de ne pas être à la hauteur de ce qu’elle était en droit d’attendre de moi et de notre couple. Notre relation n’était fondée que sur la complicité de comptoir que je levais les poings pour elle. Je dégainai le hachoir de boucher pour son honneur. Je m’imposai naturellement dans cette position de figure bienveillante en l’arrosant de conseils parfois décalés de sa logique pour répondre à la mienne, exigeant qu’elle s’y plie sous peine de me vexer. J’avais revendiqué qu’elle me soutienne envers et contre tous, surtout contre tout ce qui compliquait ma vie. Mais moi, alors qu’elle avait besoin de se sentir aimée malgré la possibilité qu’elle soit tombée malade, je dépensai plus d’énergie à la fuir qu’à l’entourer d’affection. De l’extérieur, je devais donner l’impression qu’elle me dégoûtait. La vérité, c’était que je nous en voulais, à tous les deux. Elle, je lui reprochais d’aider son prochain au mépris des risques qu’elles encourent. Cet altruisme, c’était une force pour celui qui rêve de partager son quotidien avec une héroïne. Aurais-je choisi une existence normale, peut-être me serais-je enorgueilli de cette qualité humaine qui manque cruellement à la plèbe. Sans doute aurais-je vanté sa grandeur au commun des mortels si j’étais de ceux-là, de ceux qui brandissent haut les bras pour saluer un acte de bravoure auxquels ils ne se prêteraient pas. Ce n’était pas mon cas. Je n’étais dénué ni de cœur ni de courage. J’étais seulement l’archétype même de l’égoïste et de l’égocentrique. Je ne tends la main à mon prochain que si j’y trouve quelque avantage et d’après moi, la seule cause qui vaille la peine que Lyla se sacrifie, c’était la mienne. Courir pour secourir Miranda n’était mu que par le désir de nous éviter une dispute sans précédent si, d’aventures, la poisse s’appesantissait sur le sort de cette âme en perdition.  Son aînée m’aurait alors accablé de reproches que je n’avais aucune envie d’affronter ou de gérer, d’autant que j’aurais été forcé, sans mauvaise foi, de la comprendre et de courber l’échine. Son dévouement à sa famille fut l’une des qualités qui la rendit particulière à mes yeux. La blâmer, c’était cracher dans la soupe que je bois chaque jour. Pour elle, c’était déroutant, mais c’était presque plus fort que moi. Je ne supportais pas l’idée qu’elle se soit mise en danger pour se précipiter à la rescousse d’un connard qui a lui-même choisi de s’en injecter plein les veines. N’avais-je pas déjà bien assez à faire à veiller sur la sécurité de mes hommes pour qu’elle en rajoute une couche bien grasse ? Une part de moi estimait qu’elle méritait ce qu’elle devait probablement interpréter comme un abandon en bonne et due forme. Pour m’éviter une douloureuse remise en question et pour me sentir un peu mieux, je finis par la pointer du doigt définitivement, noyant le poisson de ma responsabilité dans un verre d’eau qu’elle me lança au visage tandis que je tentais vainement de faire amende honorable de la carence affective dans laquelle je la plongeai. Si la capture de Coonan ne me ravissait pas, je me serais contenté du coup de fil des jours précédents. C’était beaucoup moins contraignant. Au téléphone, elle n’aurait pas eu le loisir de m’assommer de cette question ahurissante.

J’en ouvris la bouche une fois, puis une seconde, sans que rien de bien concret n’en sorte, si ce n’est ces gargarismes témoignant de mon embarras. « Non ! non, tu ne me dégoûtes pas. » articulais-je distinctement après quelques longues secondes, non pas d’hésitation, mais de réflexion pour user des mots judicieux. Ce n’était pas le moment de me planter et de la blesser au passage. Elle était bien assez en souffrance pour que je surenchérisse par maladresse. Je la laissai donc s’expliquer sans l’interrompre et se débattre avec ses excuses et ses excellentes résolutions sans intervenir autrement que par un hochement de tête encourageant. Pour lui répondre, il était impératif que je trie le bon grain de l’ivraie dans les émotions qui se bousculaient en moi. Il y avait de la joie parce qu’elle démissionnait enfin, de l’ingratitude d’accepter l’indu, car j’aurais moi aussi, normalement, à demander pardon et de la satisfaction d’apprendre qu’elle avait déjà entamé les préparatifs du mariage. Elle avait mis tant de cœur à m’éconduire quand je le lui proposai. Au moins, étions-nous d’accord sur ce point. Elle le souhaitait toujours, autant que moi, bien qu’elle paraissait disposée à ce que j’y renonce, persuadée que tel était sans doute le but de ce rendez-vous au restaurant. Après tout, n’était-elle pas en train de me le conseiller à mi-mot en admettant que je ne puisse plus la chérir ou la serrer dans mes bras ? Sans cette certitude qu’il s’agirait de l'unique explication pour prévaloir mon attitude, j’aurais pu m’offusquer qu’elle n’ait aucune confiance en moi. Je ne le prenais pas mal cependant. N’importe quelle femme se repentant avec sincérité l’aurait cru. C’était le message que lui envoyait mon comportement, mais pas un seul de mes cheveux n’y songeait. Mon absence se justifiait par la nécessité de reculer par rapport aux faits et pour apprendre à me pardonner ce que je vivais comme un échec. « Est-ce que j’ai l’air d’un lâche ? » lançais-je les pupilles rivées sur une miette de pain qui roulait sous mes doigts. J’évitais soigneusement son regard. Certes, je n’étais pas en train de l’endormir de pieux mensonge, mais, étonnamment lâche, je l’étreignis, pour ne pas avoir à affronter les sentiments que recelaient ses grands yeux : la peur et la déception d’avoir misé sur le mauvais étalon. Ma demande était tout sauf rhétorique, bien que j’enchaînai avant qu’elle ne poursuivre. Je déplaçai ma chaise avec raffut sans me préoccuper des curieux et je m’approchai d’elle pour la prendre par la main. « Je peux te toucher. Je peux également t’embrasser. » Relevant son visage vers le mien d’une pression de l’index sous son menton, j’alliai le geste à la parole pour plus de poids. « J’ai juste beaucoup de mal à comprendre quel plaisir tu tires à te montrer aussi imprudente aussi souvent. Je n’arrive pas à m’empêcher de me demander si tu as bien conscience que ce que je suis est déjà bien assez dangereux pour toi. Si tu as besoin d’adrénaline, je suis là, Lyla. Tu n’es pas obligée d’être en danger pour toi en plus de celui que je représente. » La fierté en moins, j’aurais avoué qu’à ça s’ajoutait la honte. Pour que je l’admette, il aurait fallu qu’on me brûle au chalumeau.

Je la couvrais de cadeaux tous plus somptueux les uns que les autres parce qu’elle était ma princesse et qu’il convenait donc de la traiter de la sorte. Mais, que peuvent-ils bien lui raconter de noble sur notre mariage à venir si la protéger d’elle-même est une entreprise trop grande pour moi ? « Aujourd’hui, tu me dis que tu veux démissionner, que tu es désolée et je le crois. Je crois vraiment que tu penses chaque mot, mais c’est le pourquoi qui me gêne. Si tu le fais parce que tu as eu peur cette fois, ta décision ne tiendra pas. Si tu le fais parce que tu penses que ça va m’empêcher de partir, elle ne tiendra pas plus. Et tu sais sur quoi ça va déboucher ? Des reproches. Tu as me le reprocher et là, tu pourras dire au revoir à notre couple quand tu vas te demander ce que tu feras de ta vie et que tu choisiras quelque chose par dépit. » soupirais-je dépité, mais convaincu qu’il ne s’agissait pas là d’un fantasme paranoïaque, mais d’une réalité. « Si c’est pour ces raisons-là que tu le fais, retourne à la caserne. Mais, par contre, si tu le fais pour nous, parce que tu as arrêté de t’imaginer que je déteste ton job parce que je suis juste jaloux ou que je le fais exprès pour t’emmerder, alors, oui. Démissionne, même si je t’avoue que je ne vois pas en quoi ça pourra t’empêcher de vouloir sauver la veuve et l’orphelin. Que tu sois en service ou non, c’est plus fort que toi, pas vrai ? » Je hochai négativement de la tête, levant les yeux vers elle pour la première fois depuis que j’entamai cette longue tirade utile à me dédouaner. « Et ça aussi, ça m’échappe, mais je suppose que je n’arriverai pas à te changer. » mentis-je par défaut, ce qui n'était pas encore arrivé depuis le début de cet entretien.

J’avais ma petite idée sur la manière qui pourrait opérer au mieux. Mani la souffla sans s’en rendre compte. Peut-être même qu'il ne se figurait pas les plans qu'il initia en moi, que ce n'était pas le contenu de son conseil, mais ça suffit à nourrir en moi les fondations d'un piège dégueulasse, mais qui aurait le mérite de fonctionner sans m’impliquer directement. Dès qu’elle aurait compris que l’Homme est mauvais par définition, que je ne tente d’être meilleur uniquement pour elle, et que ça vaut bien qu’elle se dévoue à ma cause, notre relation s’en verrait renforcée. Oui ! C’était horrible. C’était ignoble. Ma décision était défintive cependant. Il n’était donc pas réellement nécessaire de me battre avec elle de suite sur la question. Je retrouvai ma place alors que le serveur vint prendre notre commande. J’optai pour une assiette de charcuterie. « Mais, je ne crois pas que ce soit une bonne idée d’en discuter maintenant. Ce que je voulais, c’était que tu sois persuadée que l’Irlandaise n’avait jamais été un problème pour nous. Je veux dire d’un point de vue sentimental. Le reste, considérons qu’on pourra en discuter plus tard, quand le moment sera venu. Essayons juste de passer une bonne soirée et évitons pour ça de parler de ta sœur. Tu veux bien ? D’autant que je ne lui ai pas passé un savon. Elle a tendance à tout exagérer, parce qu’elle est grave mal dans sa peau. On peut peut-être passer à autre chose maintenant. Elle finira bien par se calmer, quand elle aura repris un peu de poil de la bête. » conclus-je près à embrayer tandis que son cellulaire sonnait. Ça m’arrangeait bien. Elle n’aurait pas hésité à m’interroger sur cette soudaine mauvaise humeur teintée d’anxiété alors qu’elle prononçait le nom de son interlocuteur. Et si les résultats revenaient négatifs ? Qu’adviendrait-il de nous ? Comment vivre avec le poids de la culpabilité sur mes épaules ? Je la dévisageai tout le long de son entretien téléphonique en espérant découvrir sur ses traits une expression qui sous-entendrait une bonne nouvelle, la nouvelle que nous attendions tous les deux avec tellement d’impatience qu'elle étirait le temps.

L’angoisse grossit dans ma poitrine quand elle se précipita vers la sortie les yeux noyés de larmes. Je me levai si vite de ma chaise pour la suivre que je faillis renverser le serveur et ses plats. «Je sais qui c’était, je voudrais savoir ce qui t’a dit, pourquoi tu pleures ? » Craignant le pire, je posai mes deux mains sur ses bras, prêt à la secouer pour qu’elle crache enfin le morceau. Sans ce désir de la protéger de tout – il était par ailleurs décuplé depuis ce qui nous occupait depuis ses longues semaines de torture mentale– je réprimai mon instinct et me préparait à une catastrophe pour brider toute réaction excessive. Ce ne serait décemment pas le moment crucial pour écraser mon poing dans une porte vitrée ou dans une façade en briques dures. Je me composai une mine de circonstances, rembrunie, jusqu’à ce qu’elle accouche de la vérité. Mes traits s’éclaircirent à la seconde et, quand elle se jeta dans mes bras, je la soulevai du sol en l’embrassant à pleine bouche, comme il me tardait de le faire depuis une éternité. « Rassure-moi, on ne se fait pas de fausse joie là. Tu es bien sorti d’affaires ? » Elle m’expliqua que Clay s’était chargé personnellement de vérifier les tests sanguins. « Invite Clay et sa famille à manger un de ces soirs. On lui doit bien ça. Quand ça l’arrange, je me débrouillerai pour être disponible. » Je prévoyais une récompense digne de mon bonheur, mais je me gardai bien de le lui préciser pour le moment. « Et va pour le mariage. Rien ne pourrait plus me faire plus plaisir, mais le week-end prochain, ça va être trop juste. Il faut que tu me laisses au moins trois semaines. » Le plus difficile, ce ne serait pas d’éradiquer la famille Coonan. « Quand elle aura disparu définitivement du décor, elle et tout ce qui s’y rapport, il faut que je fasse annuler mon mariage. » lui expliquais-je anxieux qu’elle puisse mal le prendre. Elle paraissait tellement pressée. Certes, la procédure normalement longue serait arrosée de pot de vin. Ce n’était qu’une formalité. Mais, je ne pouvais y réchapper. Il n’était pas question que je m’encombre de statut de veuf. J’aurais l’impression d’honorer la mémoire d’une putain. « Et puis, il nous reste des choses à faire. Et pour te faire patienter, je t’annonce qu’on part à Los Angeles avec Mani et Cinzia. Je n’ai pas encore les dates, mais on devrait y rester quelque chose. On se charge de ton père. Tout ce que tu auras à faire, c’est de penser à glisser de la lingerie dans ton sac. Tu es contente ? » Moi, je l’étais et je la serrai un peu plus fort contre moi. Elle était morte de froid. « Je ne sais pas toi, mais en ce qui me concerne, je meurs de froid. Je vais faire emballer les plats et payer la note pendant que tu récupères nos affaires. » lui proposais-je en embrassant sa tempe. Jamais je n’aurais pu imaginer être aussi heureux de savoir mon principal associé sur ses contrées. L’appartement était vide et aujourd’hui, plus que jamais, nous avions besoin de nous retrouver. « Après, on va faire un petit détour par le Bronx. Qu’est-ce que tu en penses ? Peut-être même que tu trouveras le temps de me montrer tout ce que tu as préparé. Je te donnerai aussi l’adresse de la boutique où j’achèterai mon costume pour que tu leur fasses envoyer la photo de ta robe, qu’on soit parfaitement assortis. » Je lui dérobai un nouveau baiser avant de l’entraîner à l’intérieur. Lorsqu’elle vint à ma rencontre, tout sourire, mon cœur s’emballa sous l’intensité de mes sentiments. Je crus qu’il allait exploser et, tandis que nous quittions le restaurant les bras chargés, je l’arrêtai sur le trottoir. « Lyla, je t’aime, tu sais. » lui confessais-je spontanément sous son regard ébahi. J’en ris, probablement aussi ému qu’elle et, en poussant la porte de l'appartement de Manuel – que Dieu le bénisse -  je sus que nous n’aurions pas assez de ces quelques heures pour fêter à sa juste valeur toutes ces excellentes nouvelles. Les prochaines seraient moins bonnes, j’y veillais personnellement.

Je choisis des petits camés jusqu’à l’os qui n’hésiterait pas à malmener une femme contre une dose, des connards pas assez intelligents pour réaliser que c’était du suicide, car il finirait trucidé. J’envoyai un de mes sbires mener les négociations. Les ordres étaient précis. Ils avaient l’heure et le lieu. Il était question de la secouer, de lui faire croire à une agression sexuelle, pas de passer à l’acte ou de la blesser. Un seul coup, et leur mort serait lente et douloureuse. Moi, je m’arrangerais pour arriver au bon moment, après que mes gars les aient maîtrisés et à l’heure où elle aurait envie qu'une main amoureuse la soutienne ou d’un visage familier, d’une épaule sur laquelle elle pourra déverser ses larmes de frustration devant la sournoiserie des Hommes. Le but étant de la dégoûter à jamais de son besoin de se rendre utile pour se racheter une conscience à cause du décès de ses compagnons de galère engagés avec elle sous la bannière étoilée. Ça ne pouvait plus durer, moins encore parce que j’avais des projets pour elle et que tant qu’elle ne serait pas cadrée, je ne pourrais pas compter sur elle. Ce serait beaucoup trop dangereux. L’un des types payés pour la bousculer s’inventa une maladie imaginaire, comme nous l’avions convenu. Un autre vint appeler à l’aide à proximité de Lyla, sans la viser personnellement. Comme ses réflexes étaient toujours plus grands que la raison tant qu’elle aurait foi en l’humanité, elle se jeta dans la gueule de loup, exactement comme je me l’étais figuré. Le reste, je préférai ne pas l’entendre de la bouche de Dante qui était un conteur plutôt doué. « C’est bon, Don. Vous pouvez venir. Ils sont maîtrisés. » conclut-il en me certifiant qu’elle n’avait rien. Deux options s’offraient donc à moi désormais. Soit, je me présentais sur les lieux, soit j’attendais patiemment qu’elle me téléphone. Moi. Pas un de ses frères. Pas l’un de ses collègues. Pas ma sœur non plus. Mais moi. Au contraire, je lui apprendrais d’une triste façon que j’étais au courant de tout, tout le temps, qu’il était impossible de me cacher quoi que ce soit de ce qui pourrait lui arriver quand elle n’était pas avec moi.

Je connaissais le nom de chaque type avec qui elle partagea un petit déjeuner au sortir de sa garde. Je détenais sur eux des dossiers complets. Je les gardais sous surveillance grâce à mon génie de l’informatique. Une fois encore, les minutes me semblèrent plus longues qu’à l’habitude. Et puis, tandis que j’observais le téléphone déposé sur mon bureau, il vibra et je soupirai d’un air dégagé. C’était la clé, j’étais maître dans cet art depuis une éternité, mais lorsque ça la concernait, je perdais rapidement pied. « Ciao Principessa. Dis-moi tout.  Tu viens de passer devant une gelateria et tu t’es dit que, même si le temps ne s’y prêtait pas, c’était une excuse parfaite pour m’arracher à mes papiers et passer un peu de temps avec moi ? » Non ! Évidemment que non ! Je le savais mieux que quiconque. Je ne fus pas surpris de l’entendre renifler au bout du fil. Son discours manquait de cohérence. Y étais-je allé trop fort ? « Où est ce que tu es ? »  La réponse n’était pas beaucoup plus claire que ses explications. « OK. Je vais me débrouiller. Ne t’inquiète pas. Reste avec Dante. Il va te mettre à l’abri et moi j’arrive. » Dans l’absolu, je ne mentais pas vraiment. Je distribuai bien des ordres concernant ses petites frappes. Elles devaient mourir, ni plus ni moins, de préférence, d’une overdose et là où les flics n’oseraient jamais enquêter plus avant, dans ce que j’appelais communément, les quartiers oubliés. Je la récupérai froide et tremblante. J’aurais pu entendre son cœur battre la panique derrière sa cage thoracique. « Tout va bien, bébé. Je suis là, maintenant » lui chuchotais-je à l’oreille pour ensuite l’entraîner doucement vers la voiture. Je l’emmenai sur le domaine, refusant que sa famille interfère dans mes plans. Je l’assis également sur le divan après l’avoir aidée à ôter sa veste. Je la déposai sur une chaise de la salle à manger de son ancien appartement et, installé à nouveau à ses côtés, je la tirai vers moi, caressant son dos en silence. Je l’encourageai simplement à pleurer si elle en ressentait besoin. « Qu’est-ce qui s’est passé, bébé ? Je veux tout savoir. »






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MessageDim 21 Fév - 22:40





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El novio


Cette histoire de seringue et de contamination nous causa, certes, pas mal de problèmes mais agit également comme révélateur de ceux que nous avions déjà, les exposant avec une force qui me laissa sans voix. J’eus le temps de me remettre en question et de prendre suffisamment de recul pour observer la situation telle qu’elle était et voir où je m’étais trompée. Selon les critères de ma mère et sa vision des relations de couple, j’avais fait un paquet d’erreurs éliminatoires et je devais m’estimer heureuse qu’il n’ait pas déjà pris ses jambes à son cou, c’était un tenace et ça, c’était ma chance pour tenter d’arranger les choses. Je posais trop de questions, je refusais des ordres qui pourtant étaient donnés pour me maintenir en sécurité et je refusais qu’il puisse décider pour moi quand je n’étais plus capable de le faire correctement. S’il ne récupérait pas sa bague ce soir, il fallait à tout prix que je rectifie le tir et que je redresse la barre ou j’aurais le droit à un remake de mon premier mariage et psychologiquement, l’idée était insoutenable. Je savais déjà que je ne pourrais m’empêcher de poser des questions quand je m’en sentirais en droit et en position de le faire mais pour ça, il fallait que j’accepte de le laisser rentrer complètement dans ma vie, à tous les niveaux. Je faisais encore de la résistance, contrairement à ce que je voulais me faire croire. Il demeurait pas mal de barrières, celles que j’avais mises là pour ne pas tomber de mes échasses au premier coup dur mais elles n’avaient pas lieu d’être. Jamais il ne m’avait déçue jusqu’à présent. Il me fit de la peine à cause de sa maladresse et de sa drôle de façon de gérer les problèmes mais il n’avait jamais cherché à me faire volontairement du mal, rien que pour ça, il fallait que je lui accorde ce que j’avais donné par inexpérience au seul connard qui le précéda. J’avais une confiance aveugle en lui, il était temps de le lui prouver, du moins dès que j’aurais la certitude que je ne faisais que mal interpréter chacune de ses réactions. Sa réponse tarda à venir et je me sentis mal, la suite ne me plut pas davantage. Ce genre de question piège débouchait quasi systématiquement sur une dispute et c’était ce que je cherchais à éviter par tous les moyens. Heureusement pour moi, il ne semblait pas plus désireux que moi de partir en croisade et il se contenta de m’offrir un baiser qui me laissa un goût de trop peu. Finalement, c’était peut-être mieux quand il ne me touchait pas, je n’avais pas l’impression de passer à côté de tout ce que nous partagions depuis les débuts de notre relation et la frustration ne se mêlait pas au reste. Elle disparut dès qu’il exprima sa lassitude face à mon attitude qui fatiguait mes frères depuis toujours. Je baissai les yeux, une main sur sa nuque que je caressai avec douceur. J’avais une idée bien précise de ce qu’il faisait et de ce qu’il était, en effet, je ne lui facilitais pas la vie avec mes réactions démesurées. Comme si j’avais besoin de me sentir encore plus coupable !

« Je n’en fais pas exprès, je ne réfléchis pas toujours, je fonce et je me dis après que c’était une mauvaise idée. Je suis désolée… » Était-ce le moment de lui dire qu’il n’était pas un danger pour moi ? Qu’au contraire, depuis que nous sortions tous les deux, il arrivait à suffisamment me canaliser pour que j’éviter certains pièges dans lesquels je me prenais toujours les pieds avant de le connaître ? Il me répliquerait sans doute que je ne savais pas de quoi je parlais et ça tournerait au vinaigre. Sa vie était risquée, oui, ça faisait de moi une cible potentielle, encore plus quand nous serions mariés mais ça ne me préoccupait pas, je savais qu’il ferait en sorte qu’il ne m’arriverait rien mais moi, je devais éviter de laisser les portes grandes ouvertes pour ces fils de pute qui cherchaient à lui causer du tort. En ça, il avait raison. La suite de notre conversation se corsa et je gardai le silence, désireuse de choisir correctement mes mots pour qu’il comprenne le fondement de ma décision. Non, il n’était pas question de quitter mon travail pour l’empêcher de partir, c’était davantage une façon de lui dire que l’ordre de mes priorités avait changé et qu’il était la première. Je le faisais autant pour lui que pour moi, parce que j’étais terrorisée qu’il m’arrive un autre coup dur et parce que s’il n’était pas heureux je n’appréciais rien des bonnes choses qui se présentaient à moi. Il faisait la pluie et le beau temps sur mon humeur et c’était pour ça que je démissionnais, parce que je n’avais pas besoin de ce boulot si je l’avais lui, ma dose d’adrénaline perso, comme il le disait si bien. « Je n’ai jamais pensé que tu le faisais pour m’emmerder, Lucky. Tu n’aimes pas mon job, tu ne peux pas me dire le contraire et je comprends pourquoi. Parce que je suis dehors en pleine nuit, la première sur les fusillades, les overdoses, les situations délicates et que je risque ma vie comme les flics sauf que moi, je ne porte qu’une radio et un badge, pas de flingue. Je n’ai rien à t’opposer pour te rassurer parce que c’est un boulot dangereux et je le sais, ce n’était pas un problème tant que j’étais seule dans l’équation, c’était ma vie. Mais je me mets à ta place, m’imaginer en danger, perpétuellement et te dire que je l’ai choisi, ce n’est pas vivable. Ni pour toi, ni pour moi qui t’inquiète. » Je serrai sa paume avant de la porter à mes lèvres pour l’embrasser. « Je veux démissionner parce que tu es ce qui compte le plus dans ma vie, que ce job ne me convient plus et ne te convient pas. C’est un boulot d’égoïste célibataire, je ne suis ni l’un ni l’autre. Je ne peux pas te promettre que je réussirais à arrêter d’essayer de soigner le monde entier, mais je vais essayer de lever le pied. » Les jobs ne manquaient pas mais je savais déjà que si je ne tombais sur rien qui me plaisait, j’irais filer un coup de main à mon paternel pour soigner les chiens qu’il récupérait.

Je ne m’attendais pas à ce que la réalité s’emballe aussi vite et lorsque Clay appela pour nous offrir cette bonne nouvelle, je me sentis revivre, pour un peu, j’aurais même fait une syncope. Au lieu de ça, j’eus le droit à une séance de bouche à bouche délicieux alors que mon cerveau bouillonnait d’idées et que je me demandais si j’allais avoir assez de temps et d’énergie pour tout faire sur une période donnée. « Kendra et lui nous invitent ce samedi, on les invitera un peu plus tard. » répliquai-je, me disant que si on négociait bien les choses, je pouvais envisager de récupérer un chez moi dans les semaines à venir et que je pourrais cuisiner pour mon ami et sa femme au lieu de les emmener au restaurant. Me retrouver chez mes parents commençait à me peser. « Trois semaines ! » lâchai-je sous forme de plainte en collant mon visage à son torse ce qui étouffa ma remarque. « Ça traîne déjà depuis tellement longtemps ! Je vais encore être prisonnière chez mes parents. » ajoutai-je alors que je passais mes mains sous sa veste pour me réchauffer. Quand il m’expliqua les véritables raisons de ce délai, je levai le nez, un sourire en coin aux lèvres. « Oh, c’est pour ça ?! Ok alors ! Trois semaines, Gambino, pas une de plus ! » Je posai mes mains sur son postérieur de rêve, c’était un vrai supplice de ne pas pouvoir y laisser mes mains en permanence, dire qu’il en avait privé mes yeux et mes paumes pendant des jours ! « Oui, ça nous fera du bien si tu parviens à faire avaler ça à Javier Canjura et si tu y arrives, crois-moi, tu ne voudras plus rentrer ! » Je ne voulus pas le contrarier concernant l’idée de lui montrer tout ce que j’avais envisagé pour nos noces mais j’avais des projets plus divertissants pour l’heure. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me fasse une déclaration maintenant et j’eus beaucoup de mal à ne pas lui sauter dessus devant le restaurant, me contentant de le couver du regard et de l’embrasser sagement. Je parvins à faire des heures suivantes des retrouvailles dignes de ce nom.

***

C’était parti d’un rien, un type qui appelait à l’aide, rien d’étonnant dans une ville comme New York. Pour une fois, je ne m’arrêtai pas immédiatement, me disant que quelqu’un d’autre s’en occuperait à ma place, il le fallait, j’avais promis de me calmer et je comptais m’y tenir, je ne pouvais pas porter le poids du monde sur mes épaules. Les minutes s’égrenèrent et je n’arrivais pas à détacher mon regard de ce type à côté duquel tout le monde passait sans même le regarder. Je soupirai et m’approchai pour lui demander ce qu’il se passait. Un de ses amis avait un problème dans une ruelle voisine. Je fis signe à Dante que je le suivais et je sortis mon téléphone pour appeler les secours mais je n’eus pas le temps. On me saisit fermement et on fit tomber mon téléphone qui s’éclata sur le macadam. Ils étaient trop nombreux pour que je puisse les compter et dans la panique, j’exagérais sûrement. Je parvins à en amocher un salement, il s’effondra, le suivant eut le droit au même sort mais on finit par me tenir si résolument que je ne fus plus capable de me défendre, seulement de balancer des insultes alors que je les voyais avides, certains ouvrant déjà leur pantalon. Je me débattis, sans me fatiguer, encore et encore, pour leur rendre la tâche difficile, parce que si ça arrivait vraiment, je ne pourrais pas supporter l’idée que je les avais laissé faire presque trop aisément. Sûrement inquiet de ne pas me voir revenir, Dante débarqua, Tony sur les talons et avant que je n’ai eu le temps de le réaliser, j’étais assise sur les escaliers d’un immeuble d’une rue voisine, le pantalon ouvert. Quand je m’en aperçus, je me dépêchai de le refermer, honteuse, les mains tremblantes. Comment est-ce que ça avait bien pu arriver ? COMMENT ? Je ne savais pas quoi faire, je ne savais plus comment je m’appelais, complètement dépassée. « Lyla ? Est-ce que ça va ? » tenta Dante en se penchant vers moi. « Oui ! Ça va ! » répliquai-je d’une voix étouffée, mon visage contre mes jambes. Je restai de longues minutes dans cette position, le temps de me calmer, de me défaire de la peur et d’être capable d’aligner plus de deux mots d’affilé. « Mon téléphone ! » dis-je enfin en me redressant, comme si c’était la chose la plus importante du monde. Ils m’avaient tripotée, je me sentais dégueulasse et j’avais besoin d’une douche. « Désolée, il est foutu. Tu veux le mien ? » Et si Lucky avait tenté de m’appeler pendant ce laps de temps ? Il allait me passer un savon, il allait devenir fou et il aurait raison. J’essayai de trouver son prénom dans le téléphone puis de composer son numéro, sans succès, mes mains n’étaient pas fiables. Tony eut pitié de moi et composa le numéro de son supérieur avant de me tendre le téléphone. « Il s’est passé quelque chose et je… Il faut que tu viennes, s’il-te-plaît ! Je ne sais pas ce que je dois faire, je ne me souviens même pas de l’adresse de chez mes parents. Je ne me sens pas très bien. » Il fut là rapidement mais j’eus l’impression d’attendre une éternité. Son visage me rassura, je relâchai la pression et laissai couler quelques larmes maintenant que j’étais persuadée qu’il s’occuperait de tout. J’étais désormais en sécurité, je ne risquais plus rien et je parvins à recouvrer suffisamment de stabilité psychologique pour que la colère prenne le pas sur la peur.

J’étais cependant à bout de forces et quand je me retrouvai installée sur le canapé, je n’avais pas nécessairement envie de tout raconter depuis le début. Je puisai un peu de force en lui avant de me redresser et de me mettre debout, faisant les cent pas pour essayer de remettre les choses dans l’ordre. « Un type appelait à l’aide. Je suis passée à côté, en me disant que quelqu’un d’autre gèrerait la situation et j’ai attendu, quinze minutes, toujours rien. J’ai fini par y aller, j’étais prête à appeler les secours pour qu’ils s’en chargent et puis… C’est parti en couille, ils m’ont bloquée après que j’en ai mis un KO et puis ils me tripotaient. Je crois… Non, non ! J’en suis sûre ! Ils essayaient de me violer ! C’est dingue putain ! Ça ne m’est jamais arrivé, JAMAIS ! Et là, il faut que ça me tombe dessus ! Quelle bande de fils de pute ! Putain j’ai tellement la haine, ce n’est pas normal ! Quel genre de types se permet de faire ça ? QUI ? Parce que ce sont des mecs, ils croient qu’ils ont droit de faire ça ? Ça m’apprendra à aider les autres, ce que je peux être conne parfois ! » Une colère glaciale était accrochée à mes tripes et me renvoyait mon impuissance dans la gueule, c’était aussi douloureux que ça me rendait folle. « Si Dante et Tony n’avaient pas été là, si tu n’avais pas été là ! Putain de merde ! » Je me sentais débordée par ma colère et cette agressivité qui gonflait, je me pliai en deux, soufflai et tentai de trouver une manière comme une autre de m’apaiser. Ça faisait à peine deux semaines que je ne travaillais plus, j’aurais dû me réjouir d’avoir enfin du temps pour moi et de ne me préoccuper que de mon mariage. J’étais justement allée faire les premières dégustations pour le gâteau et voilà comment ça tournait. « Bébé, on peut utiliser la salle de sport d’ici ? J’ai besoin de frapper dans quelque chose pour me calmer. » Je me défis de mon pull, étouffant sous l’effet de cette rage que je ne contenais plus que difficilement. « Je te jure qu’une fois que ce sera passé, je pourrais te remercier correctement, là, je n’arrive plus à penser, ça me ronge. Je suis tellement en colère ! »

***

« Un briquet ? Ouais, j’ai ça, attends ! » J’entrepris des fouilles archéologiques dans mon sac à main pour lui trouver ça. J’étais fière de de mon coup. Je l’avais attrapé au vol alors qu’il se dirigeait vers les toilettes pour entrecouper une discussion sûrement pénible avec mon père. J’avais ouvert la porte de ma chambre sans bruit, attendant qu’il passe pour l’entraîner dans mon antre et refermer aussi silencieusement et pas à clés, ou mon père saurait. Je lui demandai si c’était vraiment pressé ou si ça pouvait attendre sur un ton qui en disait long sur mes intentions, il me jura que ça pouvait attendre. Nous étions pris par le temps, on ne devait pas nous trouver là ou mon père risquait de faire un carnage, ce qui rendait le tout beaucoup plus excitant. Le défi ça mettait du piment. J’avais prévu de lui offrir un avant-goût, juste pour que ça l’obsède dès qu’il retournerait auprès de Javier et qu’il ne pense plus qu’à ça, jusqu’à devenir fou. De toute façon, nous n’aurions rien pu entreprendre d’autre sans être découverts à cause de mon incapacité à être discrète. J’avais ouvert sa braguette à la hâte, faisant taire ses protestations avec habileté jusqu’à ce que j’entende mon père s’inquiéter et aller ouvrir la porte de la salle de bain. Je mis mon doigt sur mes lèvres pour qu’il ne fasse pas un bruit, je lui intimai de rester derrière la porte de ma chambre, l’endroit le plus sûr de cette maison avant de me réinstaller sur mon lit, prenant mon bouquin, caressant mon chien d’une main distraite alors que mon père ouvrait la porte après avoir frappé doucement. « Tu n’as pas vu Lucky ? » s’enquit-il avec suspicion. « Non, pourquoi, tu ne parlais pas avec lui depuis des heures que je n’ai même pas pu lui montrer le menu pour le mariage ? » Il leva les yeux au ciel, restant sur le pas de la porte. « Il m’a dit qu’il devait aller aux toilettes. » « Je n’ai pas entendu la porte en tout cas, il a peut-être été appelé, par son père ou Mani. » « Il m’aurait prévenu ! » « Pas si c’était une urgence, Pa ! » Je me redressai et jetai un œil par la fenêtre. « Sa voiture est encore là, je dirais que c’est Mani, il a dû lui envoyer quelqu’un en bagnole. Les affaires n’attendent pas ! » Mon père grogna en guise de réponse avant de me lancer : « S’il te dit quelque chose, dis-lui que j’aimerais bien reprendre notre conversation là où on l’a laissée ! Je vais au refuge, tu diras à ta mère que j’ai laissé de l’argent sur l’établi de la cuisine. » Quelque chose me disait que ça avait dû être terriblement désagréable pour Luciano mais pas autant que rester tétanisé derrière ma porte, défroqué. Je tendis l’oreille, histoire d’être certaine que le pas de mon père s’éloignait et que ce n’était pas une ruse pour avoir la chance de terminer ce que j’avais entrepris plus tôt. Avant que ça ne dégénère, je pris le parti de vérifier si mon père avait bien quitté l’appartement. Nous dûmes nous presser mais inaugurer ma chambre d’adolescente fut un plaisir, autant que le voir nu dans des draps roses. Je venais d’ouvrir la fenêtre pour qu’il puisse fumer une cigarette mais sans briquet, ça semblait compromis. Agacée, je finis par vider le contenu de mon sac sur le lit, remettant au fur et à mesure à sa place. Il ricana en prenant la boîte de capotes à moitié vide entre ses mains – il n’avait pas besoin de bomber le torse pour que je comprenne qu’il était fier de lui - et son hilarité s’accentua quand il découvrit le dernier cadeau de Cinzia, un poing américain doré incrusté de petites pierres et gravé. « Arrête de te moquer, il est vraiment beau et pratique. » Je l’enfilai pour le prouver, poursuivant mes recherches et trouvant enfin un foutu briquet alors qu’il me lançait un « c’est quoi ça ? » en agitant sous mon nez une plaquette de médicaments qui ne ressemblaient pas à la pilule contraceptive que je prenais tous les jours.

« Des anxiolytiques qu’on m’a prescrits. » expliquai-je, parfaitement détendue avec ça alors que je terminais de tout remettre dans mon sac. Il se redressa dans le lit, je voyais du coin de l’œil sa mine se décomposer et je savais que ça sentait mauvais mais je ne comprenais pas ce que j’avais fait de mal pour autant. Il me demanda où je les avais eus et il ne me fallut pas une explication de texte pour comprendre tout ce que cachait cette question. Nous avions été ramasser ma sœur camée jusqu’à la moelle, il était en droit de se demander où je me situais sur l’échelle des junkies. « On me les a prescrits à mon retour d’Afghanistan pour palier au syndrome post traumatique. Ça faisait partie du package avec un suivi thérapeutique. J’en ai pris au début, selon la prescription et puis de moins en moins. Ça fait plus d’un an et demi que j’en prends de façon occasionnelle. J’ai des sortes de crises qui me mettent très mal, quand je sens que ça arrive, j’en prends un. Sauf que maintenant, j’ai un peu de mal à savoir si c’est de l’angoisse pure, une crise, la colère, la haine ou la peur. Ça fait des mois que je n’ai pas fait une attaque de panique, ce qui explique que j’en prenne presque plus. Tu vois, la plaquette est encore à moitié pleine, je l’ai depuis plusieurs mois. » précisai-je avec sincérité. Je ne cherchais même pas à améliorer le tableau, je devais admettre que ça allait mieux depuis que j’avais de la stabilité dans ma vie et surtout d’un point de vue émotionnel. J’étais parfois submergée par l’angoisse mais je la gérais beaucoup mieux. Ma réponse ne dut pas le convaincre, il se leva et s’habilla et je soupirai. « Mi corazon… » tentai-je, en vain alors qu’il me livrait son point de vue sans chercher à m’épargner, ce fut suffisant pour que je la ferme et que je ne cherche pas à le retenir alors qu’il quittait l’appartement, j’espérais seulement qu’il ne me laisserait pas encore pendant des jours sans nouvelles.








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MessageVen 11 Mar - 16:55





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Évidemment que je détestais son travail. Et pas seulement à cause de ses fréquentations testostéronées, mais parce qu’il était dangereux par définition. Outre les gardes à rallonge que je supportais mal, je n’en pouvais plus de me battre contre mes angoisses durant vingt-quatre heures sous prétexte qu’on pourrait m’appeler à tout moment pour m’annoncer la pire des nouvelles. Qu’importe la manière, la perdre serait pour moi un drame sans précédent. Lyla est mon temple, mon église, mon ziggourat. Ce qu’elle m’apporte au quotidien m’est trop précieux pour que je reste les bras croisés à la regarder se foutre en l’air pour ce trop-plein de témérité. J’étais obligé d’agir, justement pour la forcer à réfléchir. Sans quoi, elle nous réserverait malgré elle plus de mauvais moments que de bons. Ne méritions-nous pas plus beau que ça ? N’étions-nous pas en droit de souhaiter le meilleur de la vie ? Je n'attendais pas de Lyla qu’elle soit à l’image de la chichouille de la table à côté de la nôtre. J’aimais son altruisme et sa bienveillance. J’adorais ses manières spontanées et parfois décalées. Cette curieuse ne cessait de nous épier, choquée par ce que je me rapprochais de ma dulcinée pour la rassurer de quelques baisers. Nous en avions besoin tous les deux. J’avais aussi au cœur de me convaincre que rien n’avait changé, que ce n’était qu’une épreuve difficile à traverser et que tout se passerait pour le mieux. Tout ce que j’espérais de ma fiancée, c’était qu’elle intègre le danger inhérent à ce que j’étais. Sans cela, elle ne me préserverait jamais de ses coups d’éclat. Mais, mon statut exigeait quelques ajustements. Des détails, pour la plupart, sauf pour ce qui concernait ce job merdique qu’elle se décidait enfin à quitter. Si j’étais heureux ? Bien sûr ! Pour rien au monde je ne chercherais à la dissuader, mais il n’était pas question qu’elle s’imagine – ou qu’elle se rende compte – que, d’une certaine façon, je la privais de son libre arbitre. Je devais la convaincre que jamais je ne lui aurais forcé la main, d’où ces interrogations tant destinées à me rassurer qu’à lui faire avouer que, si je motivais son choix, elle n’en restait pas moins en accord avec celui-ci.

En soi, la tournure que prenait cette conversation n’était qu’une manipulation de plus, mais compte tenu des circonstances, n’était-ce pas de bonne guerre finalement ? Ses réflexes de secouriste nous plongeaient dans une crise de couple. La première. Et elle n’était pas la dernière à user de larmes ou de charme afin que je plie sous le poids de ses arguments. Donc oui, j’assumais pleinement, comme elle, de me servir de son affection pour que son monde gravite entièrement et uniquement autour de moi. Je regrettais seulement de n’avoir pas pu réprimer un sourire ravi tandis qu’elle admettait que j’étais sa plus envahissante priorité. C’était maladroit, peu discret, mais elle m’était devenue essentielle avec le temps et certainement bien malgré moi. Comment dès lors ne pas me flatter de la réciproque ? Comment ? « Si ta décision est prise, dans ce cas, je te soutiendrai et je ne te cacherai pas que c’est une excellente nouvelle pour moi. » lui confessais-je en serrant ses doigts entrelacés au mien. « Je ne suis pas ingrat, Lyla. Je sais que c’est un sacrifice pour toi et je tiens à être tout à fait honnête pour toi : je me sens soulagé. » Du moins, en partie. Le gros de notre problème n’était pas résolu, mais je signais une victoire de taille qui adoucirait l’attente des résultats. « Et, je te promets que, de mon côté, je ferai mon maximum pour que tu ne le regrettes pas et pour t’éviter des angoisses quand c’est moi qui me mets en danger. » Mes longues absences finiraient tôt ou tard par la blesser, mais Cosa Nostra n’est pas un boulot. C’est un sacerdoce. Personne n’en sort. « Je te promets que je veillerai à rendre tout ça le moins pénible possible, pour toi et pour nous. » L’imitant, j’embrassai le dos de sa main. La comparaison n’était peut-être pas aussi évidente qu’il n’y paraissait. J’étais armé et entraîné à faire face aux situations les plus inextricables. Disons que c’était ma façon de la remercier. La suite ne fut plus qu’une succession de nouvelles du même acabit que la précédente. Elle était saine, avait obtenu toute sa soirée, nous avions convenu d’une date – plus ou moi – j’avais toujours la clé de chez Mani et nous partions bientôt à Los Angeles. Tant de bonnes choses en une fois, c’était presque angoissant. Ça ne pourrait pas durer. Ça n’arrivait jamais. Je n’avais donc plus qu’à me préparer à la prochaine catastrophe, celle qui me surprendrait quand je m’y attendrais le moins, pas celle que j’avais préméditée de plein gré.

Je n’avais pas besoin de grand-chose : des vauriens et des hommes de confiance. J’avais tout ça sous le coude. Alors, une après-midi, tandis que ses automatismes, supplantant ses résolutions, la jetaient dans la gueule du loup, je la récupérai tremblante et pleurant à chaudes larmes sous le joug de la peur et sans doute du soulagement. Elle était entière grâce à mes gars et j’abandonnai mon emploi du temps soi-disant chargé rien que pour elle. N’étais-je pas le fiancé idéal ? Le futur mari parfait ? Celui toujours disponible pour nous sortir d’une situation de merde, même quand on l’a provoqué ? D’apparence, c’était l’image que je lui renvoyais, parce que c’était celle qu’elle devait garder en tête sans jamais la remettre en doute. Je la serrai dans mes bras, embrassai ses joues, son front et ses lèvres. Je l’aidai à grimper en voiture et je la raccompagnai chez moi. Je ne la brusquai à aucun moment pour qu’elle confie d’elle-même l’impensable dont je n’ignorais pourtant rien. Je patientai le temps nécessaire, prêt à bondir dès qu’elle me sifflerait quand elle raconterait. « Putain, Lyla, tu m’avais dit que tu arrêterais de jouer les super héroïnes. Tu me l’avais promis ? » crachais-je non pas pour l’enfoncer, mais pour ne pas attirer ses soupçons. C’était la réaction la plus probable. Car c’était bel et bien ça, le plus difficile à mon sens. Comment lui opposer une émotion franche et sincère à l’image qu’elle aurait dû être si je n’étais pas responsable de l’incident du jour ? Du moins, me l’étais-je imaginé avant qu’elle avance dans son récit. Une colère sourde m’envahit à mesure qu’elle parlait, mais elle n’était pas dirigée contre mes victimes. Non ! Mais, contre ma démence.

J’avais ordonné qu’il meure dans d’atroces souffrances, considérant que leur bêtise justifiait qu’on leur arrache les yeux avec des tire-bouchons et qu’on les jette dans une ruelle malfamée aux abords d’un squat. La mise en scène porterait à croire que leur décès est la conséquence d’un règlement de compte entre un dealer belliqueux et un mauvais payeur sans cervelle. Si j’avais su que ma culpabilité me courserait, je les aurais abattus de mes mains avec l’espoir fou qu’elle s’éteindrait d’elle-même. Je m’en privai moi-même pour préserver les apparences. Aussi, pestais-je d’innombrables injures en Sicilien, la rage au ventre envers moi et moi seul, bien que pour ma dulcinée, elles résonnaient à ses tympans comme des insultes contre ses agresseurs. « OK ! Viens là, bébé. Il faut que tu calmes. » finis-je par lui intimer en la ramenant près de moi. J’avais chaud, comme elle, chaud au point que j’ôtai ma veste. « De un, c’est un miracle que ça n’est jamais arrivé avant. L’Homme est un loup pour l’Homme, surtout quand il a une paire de seins. De deux, ne sois pas trop dure avec toi-même. Tu n’es pas conne, tu as juste du cœur et c’est bien. Il faut juste que tu apprennes à mieux choisir les gens à qui tu tends la main. Quand tu as envie de le faire, demande-toi si on le ferait pour toi. C’est aussi simple que ça. » lui expliquais-je en la ramenant le plus près possible de moi, ma tête posée sur son épaule et le chuchotis de ma voix soufflant vers son oreille. « De trois, Tony et Dante, c’est leur rôle de veiller sur toi pour moi. Tu n’as pas à les remercier ou à t’étonner qu’il te soit venu en aide. Jamais je ne laisserai qui que ce soit te faire du mal, tu m’entends ? Jamais. » Sauf moi, involontairement. « Et pour finir, on va faire mieux qu’utiliser la salle de sport. Quel intérêt à frapper dans un sac ? Tous ces petits merdeux de tox sont prêts à tout pour s’en foutre dans le nez ou dans les veines. Agresser sexuellement une femme, c’est un détail pour eux. Alors, à moins que tu y voies un quelconque inconvénient ou que tu souffres du moindre scrupule à cogner sur un de ces types, capables d’agresser des innocentes comme toi ou Olivia, on pourrait peut-être frapper sur autre chose que dans un sac de table toi et moi ? Qu’en dis-tu ? Laisse-moi juste passer un petit coup de fil. » Question de discrétion. « Le temps qu’on se prépare tout doucement et ça peut être réglé en moins d’une heure. Le temps de route donc. Après, on rentrera ici, on se commandera une pizza qu’on dévorera devant un bon DVD ou plus si affinités, si tu as toujours envie de me remercier comme il se doit, bien entendu. » conclus-je mes doigts redessinant déjà le galbe de son fessier parfait.


***

Au départ, j’aurais donné beaucoup pour rester là, soigner ma culpabilité entre ses cuisses, égaré dans le moelleux de mes draps. Puis, peu à peu, tandis que nous martyrisions une victime au hasard, je finis par me prendre au jeu. Le sexe et la violence sont mes remèdes. Si obtenir les deux était impossible, je me rabattais sur le seul qui était disponible, mais jamais sans manquer d’imagination. Je ne me contentai pas de commander à Da Vinci de débusquer pour mes hommes les coordonnées de deux prédateurs blanchis par la justice, je leur demandai de livrer une brouette d’objets tranchants de toutes tailles et de toutes formes à côté des corps provisoirement inanimés fermement liés à leur siège. Mon but ? Offrir à Lyla le privilège de choisir l’outil dont usera mes soldats pour sectionner leur chibre. La condition, c’était qu’elle ne participe qu’à leur passage à tabac. J’avais même prévu de n’y prendre part d’aucune façon. Ce serait compliqué, mais ce n’était pas vraiment mon combat. Ce n’était pas ma vengeance non plus, tout comme celle que je préparais pour laver Lyla de toute cette culpabilité qui lui leste les épaules depuis le drame vécu par sa sœur. Si je ne doutais pas vraiment de la force de ma future épouse, je n’avais pas le droit de presser sur ce détonateur-là sans elle. Par contre, j’étais en droit de vérifier qu’elle serait prête à l’assumer sans trop souffrir de son acte. Un fossé sépare des bagarres dans un bar, assister à la punition méritée de son ex et une quinte floche de meurtres prémédités. Alors, assis dans le divan devant le générique d’une série à la mode et un croque-monsieur entre les doigts, je la sondai pour mesurer les séquelles de son agression et les bienfaits de notre petite vendetta.

« Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est un peu différent de ce qu’on a fait jusque maintenant… Comment tu te sens ? Mieux ? Triste ? Dégoutée ? Inquiète ? » lançais-je sans la quitter des yeux pour lire sur ses traits toutes traces d’un éventuel mensonge. « Chez moi, on ne connaît que la vengeance. On ne vit que pour ça et il n’est pas nécessaire pour nous qu’elle soit instantanée. Elle peut nous prendre des mois, des années, une vie s’il le faut. Ce n’est pas un problème d’attendre tant qu’on y arrive. » Je déposai mon assiette, l’appétit coupé face à son indescriptible expression. « Elle est encore plus importante quand une cause nous semble juste, comme la tienne aujourd’hui ou celle de ta sœur par exemple. » Comme elle était loin d’être une imbécile, Lyla comprit plus ou moins où je voulais en venir, car elle me jeta un regard intéressé. « J’ai longuement discuté avec elle. J’ai profité de ce qu’elle était sobre » En réalité, je l’avais gardé enfermée chez mon frère assez longtemps pour la sevrer provisoirement – elle replongerait, c’était évident – et je l’inondai d’avertissements par rapport à sa sœur et je la questionnai sans ménagement. J’obtins des prénoms, des sobriquets, des signes distinctifs. J’étais convaincu que Da Vinci avait déniché les vrais coupables. Elle seule pourrait le confirmer, mais pour ce genre de démarche, j’avais besoin du soutien de son aînée. « Je crois savoir qui lui a fait ça. Je les tiens à l’œil depuis un moment. Si ça t’intéresse d’en savoir plus…ou si tu veux que je m’en occupe… » Je quittai le divan pour me diriger vers le frigo. Je reparus avec deux yaourts à la fraise. Je lui en tendis et, après avoir ouvert le mien, j’autorisai Lupa à lécher l’opercule d’aluminium sous l’œil désapprobateur de ma compagne. Ces gestes anodins du quotidien n’avaient qu’un but : ajouter de la normalité à cet entretien, qu’elle ne ressente aucune pression, qu’elle y prenne part et qu’elle réponde franchement à mes interrogations déguisées.


***

Je me laissai surprendre pour un amas de raisons égoïstes et malsaines : l’abstinence forcée et pesante, le besoin de retrouver le contrôle sur mon couple et la menace excitante d’être découvert. Caché derrière la porte de sa chambre d’adolescente, mon cœur battait à tout rompre à cause de l’adrénaline. Quand Javier s’éloigna, j’étais en ébullition et surtout prêt à en découdre avec cette envie d’elle qu’elle alluma brillamment. Je lui sautai littéralement dessus sans me soucier de la bienséance. Nous étions seuls. Ce genre de moment était assez rare pour que celui-ci soit savouré à sa juste valeur. Je reposais dans ses draps roses, satisfait et une cigarette entre les doigts. J’attendais du feu, le mien s’étant égaré quelque part dans la pièce, tombant sans doute de la poche de mon pantalon gisant à terre désormais. Tandis qu’elle renversait le contenu de son sac pour me dépanner, je me redressai, curieux d’en apprendre plus sur elle, mon grand-père racontant souvent que tous les secrets d’une femme n’étaient pas dans sa tête, mais dans cet accessoire. Je trouvai un ustensile bien utile et atrocement féminin. Celui-là, il m’arracha un sourire taquin. Mon autre découverte, en revanche, elle me contraria. Pour quelles raisons avait-elle besoin d’anxiolytiques ? Pour moi, c’était une camisole à émotions. Un médicament dont usent les plus faibles pour affronter la vie. C’était un leurre, tout comme ce courage et cette force que je lui prêtais. Je me sentais abusé, dupé et ses explications n’y changèrent rien. A mes yeux, cette prescription ne valait pas mieux qu’un rail de coke coupée à l’Ariel lessive en poudre. C’était du poison.

Vexé, je me rhabillai pour mettre les voiles, non sans l’avoir gratifié d’un soupçon de mépris. « C’était donc ça. Je me demandais comment tu faisais pour ne pas être effrayée par certains trucs qu’on est capable de faire ensemble. » Inutile de les citer. Elle saurait exactement de quoi je parlais. « Je pensais que c’était à cause de tes frères ou parce que tu étais différente. Mais, non ! En fait, tu fais juste semblant. Tu te mens et tu te fous de ma gueule en prime. » Je fus tenté de glisser la plaquette de cachet dans ma poche, mais à quoi bon ? Elle devait en avoir un paquet. Le reste de la boîte devait être rangée dans la salle de bain avec une panoplie d'autres de secours, histoire de ne jamais tomber à court. Qui sait quelle merde nous réserve au coin de la rue ? « Garde là précieusement. Tu risques d’en avoir besoin plus souvent que tu ne crois désormais » crachais-je furieux, ignorant son ébauche de discussions et claquant la porte derrière moi. En quittant la maison de ses parents, mon premier réflexe aurait été de me rendre chez Mani, mais il était au Salvador. Comme Lyla était devenue mon refuge quand j’étais contrarié, j’errai en ville avant de retrouver mes activités habituelles. Les affaires ne pouvaient pas attendre. Mon père étant absent, il m’avait chargé de veiller au grain. Je m’attelai donc à graisser la patte de quelques investisseurs, à téléphoner à Chicago pour vérifier que l’absence de mon frère ne les gênait pas, je comptai les revenus du racket et je rencontrai celui qu’on appelait le Kurde, notre seul contact avec notre principal fournisseur d’héroïne. Je le soignai aux petits oignons, luttant pour demeurer sympathique, mais un volcan de rage brûlait en moi.

Si ma fiancée essaya de me joindre, je rejetai ses tentatives les unes après les autres. Je ne répondis à son dernier message qu’au cours de la nuit, espérant qu’au petit matin, ma colère ne serait plus si étouffante. Je l’étais toujours autant. Même Lupa ne m’aida pas vraiment à me détendre. Au contraire, elle était aussi agressive que je pouvais l’être. Je me testai à un million de solutions – encore les mêmes par ailleurs – mais rien ne semblait vouloir me faire du bien alors que c’était pourtant primordial. Dans cet état, discuter avec elle n’apporterait rien. Je me contentai donc de texto, pour ne pas l’angoisser davantage, mais je ne pouvais m’empêcher d’y semer des sous-entendus par rapport à sa médication. C’était mesquin, je le savais pertinemment. Ce fut sans doute pour cette raison qu’elle se pointa au cabaret. Elle pénétra dans mon bureau sans attendre d’y être invitée, folle de rage, parce que je la fuyais et qu’elle ne le supportait pas. J’étais en rendez-vous avec un investisseur potentiel pour mon projet avec Manuel – Projet qui nécessitait que ma future épouse soit bien dans sa tête et dans son corps -  et je lui jetai un regard d’une telle noirceur qu’elle recula de quelques pas. « Monsieur De Simone, je vous présente ma fiancée. Lyla. » me forçais-je par politesse. « Elle a tendance à croire que je viens bosser pour m’amuser.» Elle le salua, les joues rouges, il s’excusa par courtoisie, mais sa frustration était à son comble. « Si vous permettez un instant ? » Il opina du chef, j’attrapai mon horripilante Chimène par le bras et je la conduis dans la pièce à côté. « Si tu hausses le ton, je te jure que tu vas regretter de t’être pointée ici sans même m’en avertir. Qu’est-ce que tu crois ? Que je me branle toute la soirée ? Que je viens juste mater des jolis culs ? » m’insurgeais-je en pointant mon index vers elle. « J’étais en train de conclure une négociation hyper importante. Si tu n’avais pas la tête dans le coltar à cause de tes médocs, je te l’aurais bien expliqué, mais pour quoi faire ? Je ne peux pas avoir confiance en toi dans ces conditions-là. Alors, tu me laisses finir ce que j’étais en train de faire et tu ne bouges pas de là. »

Je fulminais en refermant la porte. Reprendre là où j’abandonnai fut inutile alors que j’étais à deux doigts d’obtenir de lui qu’il nous rencontre, Manuel et moi. Le faire signer un chèque ensuite aurait été d’une simplicité enfantine. Avait-elle seulement conscience de l’argent que je venais de perdre par sa faute ? Pour réparer cette bavure, je serais contraint de l'inviter une fois, que je lui offre des plus grands crus pour contenter son palais, que je flatte sa femme, que je lui cède du terrain ou que je lui rende un service à titre gratuit. Pour me prémunir de tout ça, avant de rejoindre la Mexicaine, j’ordonnai à Da Vinci de le tenir à l’œil et de fouiner dans sa vie. Détenir une preuve accablante d’un délit pour qu'il s'essaie à des vocalises. Il me faudrait au moins ça. « Tu voulais me dire quelque chose en particulier ? » m’enquis-je en m’asseyant en face d’elle, un verre roulant entre mes mains, à deux doigts de la culpabiliser en soulignant son erreur. « Tu sais quoi ? Je m’en fous. Moi, j’ai des choses à te dire. Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu étais sujette à des attaques de panique ? Te camer avec des saloperies pour foutre en cage ce que tu ressens, tu sais ce que ça donne comme impression ? Que tu es une faible ? Ne pas savoir distinguer ce qu’on ressent, ce n’est pas un problème. Je ne sais pas le faire non plus. L’important, c’est d’être capable de les maîtriser, pas le contraire, ce que tu fais en te gavant de médocs. Comment est-ce que je suis censé avoir confiance en toi dans ces conditions-là ? Et si tu étais kidnappée ou arrêtée par les flics ? Si tu n’avais rien à prendre pour gérer tes angoisses ? S’il les accentuait avec leurs conneries ? Tu ferais quoi ? Tu balancerais ce que tu sais parce que tu as peur ? Que tu es triste ? » Je soupirai, déçu d’avoir à lui faire part aussi abruptement de ma façon de voir les choses. Je la peinerais, mais il était important qu’elle sache que j’avais besoin d’une amante, d’une compagne, d’une amie, la meilleure d’entre toutes. Si c’était le rôle qu’elle voulait, elle s’y prenait vachement mal. « Pour toi, ça n’a pas l’air très grave vu la façon dont tu en parles, pour moi, ça l’est beaucoup. Tu n’as pas mille solutions. Soit tu te débarrasses de ça, soit tu continues à les prendre. A toi de choisir... » J’estimai qu’il n’était pas franchement nécessaire de lui rappeler que, si elle allait dans mon sens, je l’aiderais du mieux que je pouvais. Ne le savait-elle pas déjà ?





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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageDim 13 Mar - 18:41





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El novio


Tout était une question de contrôle avec moi, toujours. Il y avait ce sur quoi j’avais une prise facile et le reste, sur lequel je cherchais toujours à garder le contrôle, d’une façon ou d’une autre. C’était un combat perpétuel qui me demandait énormément de temps et d’énergie, je luttais contre des moulins à vent parce que le lâcher prise ne faisait pas partie de mon vocabulaire. Je ne désespérais pas, un jour, j’arriverais à être maître de toutes les situations, principalement les pires. Mais ce genre d’événement, ce genre de moment où les autres décidaient de mon sort sans me consulter, où ils tentaient de me mettre à terre de la pire des façons, ça ne faisait qu’accroître mon besoin de tout contrôler et cette colère contre moi et cette désespérante habitude que j’avais de toujours me foutre dans des situations où je passais d’actrice à victime. Je luttais perpétuellement, pour tout et pour tout le monde, les seuls moments où mon combat était en veille c’était lorsque je me trouvais en présence de Luciano. Je ne pris jamais la peine de le lui confier mais cette confiance aveugle que j’avais en lui me permettait de me reposer en sa compagnie, je n’avais plus à me soucier d’être ou non en contrôle, il se chargeait très bien de ça lui-même jusqu’à un certain degré et ça me permettait de souffler. Et j’estimais que le peu de fois où il eut besoin que la tendance s’inverse, j’avais plutôt bien géré la situation. Je le voyais comme une véritable thérapie, une cure contre ma maladie du contrôle, parce qu’il pensait toujours à tout et qu’il avait un nombre incalculable de plans pour palier à toutes les surprises que la vie nous réservait, là où le commun des mortels ne se contentait d’un plan B ou d’un plan C. Je l’admirais pour ça et pour ces précautions qu’il prenait me concernant, parce que contrairement à moi, il était capable de prendre du recul par rapport à ce que j’étais, forcément, c’était beaucoup plus simple pour trouver des solutions adéquates. J’avais quitté mon job en estimant que c’était ma première décision sensée et d’adulte depuis que nous nous fréquentions, il m’inspirait et j’espérais qu’un jour, je serais capable d’y voir plus clair sur mes attitudes pour parvenir à changer ce qui me rendait malheureuse et mes proches aussi, par la même occasion. De son côté, il aurait beau prendre toutes les précautions du monde pour faire en sorte de ne pas m’inquiéter quand il partirait pour affaires, je n’en resterais pas moins angoissée pour lui, si sa crainte était de recevoir un funeste appel me concernant, la réciproque était vraie mais je supposais qu’avec un de nous qui risquait sa vie à chaque sortie, c’était suffisant sans en rajouter une couche en poursuivant mon service au sein de la caserne. Pourtant, je semblais avoir un mal fou à me faire à l’idée que je n’étais plus de la partie et que je n’avais plus à jouer les héroïnes dès qu’une situation l’exigeait, je pouvais laisser ça aux autres, je le devais. Vu comment ça tourna, cela relevait de la nécessité et mon compagnon ne manqua pas de le souligner.

Je baissai les yeux à sa remarque, vraiment mal à l’idée de l’avoir déçue. « J’ai essayé, personne ne bougeait, je me suis sentie obligée mais ça n’arrivera plus. Je suis désolée, mon lapin ! » crus-je bon de répondre, me gardant bien de la moindre promesse avant d’être certaine d’être en mesure de la tenir. La déception de mes parents, j’avais appris à vivre avec mais je ne pourrais certainement pas supporter la sienne. Son opinion m’était devenue indispensable et je ne m’en cachais pas, je faisais encore de la résistance pour certaines choses mais quand il avait raison, je me devais de l’admettre, ça me permettait de ne pas avoir à trop céder de terrain, particulièrement sur ma façon de m’habiller. Nous eûmes maintes discussions à ce sujet et jusqu’à présent, nous étions parvenus à trouver un terrain d’entente parce que j’avais mis tellement le paquet que la tenue que je voulais vraiment arborer lui semblait être décente à côté de la précédente mais c’était un problème récurrent dont nous devrions parler tôt ou tard. Il m’attira à lui, pensant m’aider à me calmer mais ça ne fonctionnait pas, je bouillonnais et si je ne trouvais pas rapidement un exutoire, j’allais exploser. « Attends, t’es en train de me dire que tu ne comprends pas comment ça se fait que je ne me sois pas fait violer avant ? C’est ça que tu dis ? » crachai-je, sur le point de le bouffer avant de me rendre compte qu’il était de mon côté et que j’étais trop à cran pour vraiment comprendre ce qu’il me disait. « Désolée, je suis en colère, je m’en prends à la mauvaise personne, je te présente mes excuses ! Je sais très bien que tu seras toujours là pour veiller sur moi ! Je le sais ! » insistai-je en passant mon bras autour de son cou pour tenter de me faire pardonner mon agressivité injustifiée. « Ok, c’est une super idée ! Je vais me changer, d’accord ? » Je l’embrassai passionnément et quittai la pièce pour me passer de l’eau fraîche sur le visage avant de récupérer des vêtements que j’avais laissé ici, dans mon ancien appartement, n’ayant pas le cœur de tout rapatrier chez mes parents et je m’en félicitai. Je me sentis plus à l’aise dans un survêtement et une fois installée dans la voiture, je ne prononçai plus le moindre mot, me focalisant sur ce qui m’agitait, l’attisant et la contenant autant que possible, me disant que j’aurais bientôt l’occasion de l’exprimer librement. Il n’était pas question de remords ou même de doutes. Ce type ne m’aurait rien fait mais à combien d’autres aurait-il fait du mal ? Il n’y avait pas de culpabilité à ressentir pour des fils de pute de ce goût-là ! Ils n’attendaient que moi, attachés à leur chaise, réveillés et affolés, ça devait leur faire drôle d’être la victime cette fois. « Je peux m’occuper de la première phase seule ? » demandai-je à mon fiancé qui me fit signe que j’avais toutes les libertés du monde. Le premier fut détaché et je m’en donnai à cœur joie, frappant plus fort chaque fois qu’il tentait de se défendre, je lui brisai le bras en deux endroits et me chargeai de sa jambe alors que je demandais à ce que l’autre soit libéré également. Plus aguerri, il me donna deux coups bien placés qui auraient pu lui donner l’avantage si Luciano ne s’en était pas mêlé. Nous étions une équipe, quand l’un tombait, l’autre prenait la relève, c’était comme ça que nous fonctionnions le mieux. Plus il cognait ce salopard, plus mon cœur se gorgeait d’amour et de reconnaissance, jusqu’au point où je tirai doucement sur sa manche : « Tu m’as l’air prêt pour un cours particulier d’espagnol sur la reconnaissance et le remerciement, y a un placard à balai là-bas mais quelque chose me dit que ce serait mieux dans la voiture. » lui murmurai-je avec un sourire en coin, celui que j’affichais chaque fois que je lui chuchotais des cochonneries à l’oreille. Il mit un moment à imprimer mais finit par me suivre non sans donner quelques ordres. Je pus affirmer avec certitude que la suspension de sa voiture était en très bon état sans que ses hommes ne puissent m’entendre l’exprimer avec émerveillement et des décibels au-dessus du niveau normal, du moins je l’espérais.

Nous prîmes le chemin du retour une fois que j’eus retrouvé mes vêtements et que je pus constater que ces enflures ne feraient plus jamais de mal à personne, je le gratifiais de gestes de tendresse ininterrompus, me demandant pourquoi il ne me disait pas que ça le gonflait, il aurait eu raison, mais il se contentait d’attraper ma main parfois pour l’embrasser et la garder prisonnière de la sienne. Nous poser me fit du bien après une douche, je lui piquai des vêtements, me sentant rassurée, entourée par son odeur alors qu’on m’avait ramené mon chien et qu’il reposait paisiblement sur le sol, sa tête sur mes jambes. « Ça va ! » me contentai-je de répondre en le regardant d’un drôle d’air, essayant de comprendre ce qu’il attendait de moi. Oui, ça m’avait fait du bien, et il m’en fallait beaucoup pour être dégoûtée ou triste, j’avais pris le parti de tirer quelque chose de cet épisode. Je n’en voulais qu’à moi et à ma bêtise, je devais me montrer plus prudente à l’avenir mais je n’étais pas inquiète, pourquoi l’aurais-je été, ne veillait-il pas sur moi ? « Je devrais être inquiète ? Ou triste ? Je t’assure que ça va, poussin ! Je te remercie d’avoir organisé ça pour moi, j’en avais besoin. » Je caressai sa joue, l’écoutant avec intérêt quand il parla de ma sœur. « Sobre ? T’as réussi à la garder sobre ? Je suis impressionnée, qu’est-ce qu’elle t’a dit ? » demandai-je, sentant un peu d’inquiétude naître en moi, j’avais presque peur de la réponse, pourtant, ça aurait dû me soulager. Je dus attendre qu’il revienne de la cuisine pour lui répondre : « Bien sûr que ça m’intéresse et t’en occuper ? Qu’est-ce qu’elle en dit, elle ? Moi je suis pour, qu’ils souffrent tous, pour avoir gâché sa vie et celle de toute ma famille. Mais j’aimerais en être ! Raconte-moi tout et dis-moi à quoi tu penses ! » Ma sœur ne serait jamais en état de s’en charger elle-même, il me faudrait le faire pour elle et ça ne me demandait pas le moindre effort, à partir du moment où ça rentrait dans mon code moral, je ne ressentais pas la moindre culpabilité.


***


Je ne m’attendais pas à ce que la situation dégénère aussi rapidement et qu’il en vienne à remettre en question ma sincérité, me blessant au passage. Je pris sur moi pour ne pas que la situation s’aggrave mais ça ne changea rien, il m’abandonna tout de même après avoir proféré une menace à peine voilée qui me plongea dans une profonde détresse. Et s’il annulait le mariage ? Et s’il me plaquait ? Je ne comprenais pas où était le problème, je ne voyais pas ce qui l’avait mis dans un état pareil, camisole chimique ou pas, je restais seul maître de mes mouvements et de mes décisions, pas encore tout à fait de mes émotions mais ça ne saurait tarder. C’était parce que mes sentiments, telles que l’angoisse, la peur panique ou l’appréhension me pourrissaient la vie et m’empêche de contrôler ma propre personne, j’avais eu besoin de les passer sous silence pour y voir plus clair et j’aurais pu lui expliquer mais il refusait de me parler. Il ne répondit à mes messages qu’à une heure tardive et se contenta de messages les jours suivants, éludant mes appels, me rejouant une scène que je ne connaissais que trop bien. Après une discussion avec Cinzia, je rassemblai toutes mes plaquettes et boîtes, je les fourrai dans un sac et je me mis en tête d’aller le débusquer sur son terrain. Je voyais rouge, ne pensant pas aux détails, pour moi, c’était secondaire et je le regrettai amèrement en me retrouvant dans son bureau alors qu’il était en plein rendez-vous. Il avait de la chance que je l’aimais de tout mon cœur et que le regard qu’il me jeta était peu rassurant parce que sa remarque désobligeante sur mon compte aurait mal tourné devant témoin. Je m’excusai platement et le laissai me sortir, lui jetant un regard noir. « Ne me pointe pas de ton doigt en me beuglant des ordres, Gambino ! Pas alors que tu es aux abonnés absents depuis des jours ! » répliquai-je dans un murmure sans baisser les yeux. « Je n’en prends plus ! Ça, tu le saurais si tu écoutais quand je te parle ! » ajoutai-je toujours aussi bas et sans bouger d’un iota pour que personne ne puisse s’imaginer qu’on se disputait, il aurait fallu voir les éclairs que nos prunelles jetaient pour ça. J’avais envie de lui faire bouffer mon sac avec les petits comprimés ou le frapper avec en l’insultant avant de l’étrangler mais certainement pas de rester là, à attendre qu’il m’accorde un peu de son temps. Pour qui il se prenait ? Pour qui il me prenait ? Il rentra dans son bureau et je rebroussai chemin, remontée comme une horloge, me figeant à l’entrée en me disant que ce connard aurait gagné si je mettais les voiles maintenant et ça, il en était hors de question. HORS DE QUESTION ! Je revins sur mes pas et me postai dans la salle d’attente ou ce qui y ressemblait, je fis les cent pas jusqu’à ce qu’il daigne me recevoir. Agitée par ma colère et ma frustration, je refusai de prendre place. « Tiens, c’était ça que j’étais venue te dire ! » crachai-je en lui envoyant le sac qu’il réceptionna avant de se le manger en plein visage. « Oh bah parce que je fais semblant, que je mens et que je me fous de ta gueule en prime ! Ça me semble être de bonnes explications ! » ironisai-je, les deux mains posées à plat sur son bureau pour mieux le dévisager, j’étais furibonde, lui aussi, ça ne donnerait rien de bon. Je me demandais ce que je foutais là et pourquoi je me bornais à vouloir parler avec lui. « Sinon quoi ? Tu annules le mariage ? Ou bien tu me fuis, te contentant de messages et d’appels pour éviter d’avoir à affronter la vérité en face ? Peut-être même que tu pourras dire oui par téléphone, ça t’arrangerait bien ! Moi j’ai toujours eu une confiance aveugle en toi mais l’inverse n’est pas vrai ! Au moindre obstacle, tu remets tout en question et surtout moi ! Je n’ai jamais balancé personne, JAMAIS ! Et je t’interdis de dire que je me came avec ça ! » vociférai-je en désignant le sac du doigt.

Ma poitrine se soulevait à un rythme effréné, j’avais envie de tout casser et ça ne tarderait plus si je ne coupais pas le contact visuel, ce que je fis à contrecœur, pour notre bien à tous les deux. « Pourquoi tu ne m’as jamais dit que tu ne savais pas distinguer ce que tu ressentais ? » répliquai-je, lâchant le bureau pour poser mon séant dans un fauteuil, portant mon attention sur son mur pour reprendre le dessus. « Sûrement pour les mêmes raisons que les miennes ! On vit avec ça, ça finit par faire partie de nous et on ne pense pas que ça peut avoir de l’importance. Mais visiblement, ça en a. Ce qui me peine le plus dans tout ça, c’est que tu me sous-estimes et que plutôt que d’en parler, tu décides de me fuir, comme la dernière fois qu’on a eu un problème important. Est-ce que ça va être à chaque fois comme ça ? Parce que j’ai l’impression que tu m’abandonnes, à chaque fois ! » Je me mordis l’intérieur des joues pour qu’il ne voie pas ma bouche trembler et les larmes qui commençaient à s’accumuler dans mes prunelles. « Je n’ai pas de choix à faire, je t’ai déjà dit que je n’en prenais plus, y a tout ce que j’avais dans le sac, plus les ordonnances. Je n’en ai jamais pris quand on sortait tous les deux pour nous battre et encore moins pour le reste. Je n’en ai jamais eu besoin quand tu étais là parce que je me suis toujours sentie en sécurité. Je crois… Je croyais que je pouvais me reposer complètement sur toi parce que tu ne me lâcherais pas. Est-ce que je croyais bien ? » Je reportai mon attention sur lui, me disant que s’il ne m’écoutait pas cette fois, notre avenir était compromis.


***


Nous avions longuement discuté, crevé l’abcès et nous étions parvenus à nous rabibochés, parce que j’avais beau avoir souvent envie de lui donner des claques derrière la tête, il n’en demeurait pas moins que j’avais besoin de lui pour me sentir bien et j’avais de bonnes raisons de croire que la réciproque était vraie. Cet après-midi-là, quand il vint me chercher sans m’expliquer pourquoi et qu’il me demanda de me parer de mes plus beaux atours, je ne pus m’empêcher de m’inquiéter mais je m’exécutai, n’ayant pas conscience que j’assisterais à la fin de sa femme mise en scène à la sicilienne. Je sentis son regard sur moi tout du long, s’attendant probablement à ce que je fonde en larmes ou que je me sente mal face aux sévices que subissaient les deux irlandais. Cela n’arriva pas. Je participai comme les autres à l’humiliation, en ressortant soulagée maintenant qu’un de mes problèmes était définitivement réglé et qu’il n’y aurait plus personne pour intenter à la vie de ma meilleure amie. Nous méritions tous un peu de répit et le voyage à LA tomba à pic, je ne sus comment il parvint à convaincre mon père mais e me retrouvai de la partie, excitée comme une puce et heureuse de partir en voyage ailleurs qu’au Mexique ou à Chicago. Les vacances avaient toujours été un luxe chez les Canjura et de ce fait, rares, alors forcément, j’étais un peu comme une gamine qui part en colonie de vacance. Si je parvins à capturer mon amant les premiers jours, il finit par devenir plus difficile à convaincre par la suite et si tout son corps criait oui, sa tête, elle, était à ses affaires et je finis par le laisser vaquer à ses occupations, appelant Cinzia pour une après-midi entre filles. J’eus du mal à me lâcher, principalement parce que la carte n’était pas la mienne mais encouragée par Cinzia qui me répétait que son frère s’en moquait et qu’au contraire, il serait content. Je craquai sur des chaussures, des robes et tout un tas de sous-vêtements. La soirée entre filles avec cette Catalina fut des plus agréables et je décidai d’attendre que Lucky rentre pour aller me coucher. Je pris sur moi pour ne pas lui envoyer de message, je ne voulais pas qu’il se sente harcelé même si j’entendais mon téléphone sonner toutes les 5 secondes, dans ma tête. Je bombardai Cinzia de messages, elle était visiblement dans le même état que moi et nous nous soutînmes jusqu’au retour de ceux que nous attendions. Le voir un peu éméché me fit rire, je l’enlaçai pour l’embrasser, essayant de ne pas me focaliser sur l’odeur de parfum féminin sur ses vêtements, si Catalina était avec nous et vu ce qu’elle faisait, ils avaient dû avoir besoin de ses filles, ça devait être normal. Je l’aidai à se défaire de sa veste et j’allais lui intimer de s’asseoir avant de trouver du rouge à lèvres sur sa chemise. L’impression d’avoir été trahie me fit voir rouge. « Ce n’était pas la peine de rentrer ! Tu aurais dû continuer à t’amuser ! Qu’est-ce que ça aurait bien pu changer, hein ? J’aurais continué à t’attendre comme une conne ! » tempêtai-je en lui collant sa veste dans les mains et en lui ouvrant la porte. « Dégage ! DEGAGE ! » Je refermai la porte, m’essuyai la bouche, sentant les larmes rouler sur mes joues parce que je me sentais conne. Je rassemblai ses affaires et quand Cinzia frappa à ma porte, je la laissai passer et jetai valise, chaussures, chemises et costumes sur le palier.

Nous passâmes la nuit à établir un plan d’attaque et il était simple : profiter sans eux, comme eux. Il n’y eut pas un soir sans que l’on sorte, faisant chauffer leur compte en banque et essayant de tromper notre peine dans l’alcool, la danse et la nourriture. Pour que le résultat soit total, on ne lésinait pas sur les tenues, mettant en valeur ce qu’on dissimulait autant par respect que pour éviter une guerre sans fin mais pourquoi aurions-nous dû nous gêner maintenant ? Catalina vint nous présenter ses excuses et nous jura qu’ils n’avaient pas été au bout, que ça s’était limité à de petites choses mais cela ne nous consola pas vraiment. Nous aurions dû sentir le piège venir après sa visite. Cinzia était descendue avant moi pour voir avec un des employés de l’hôtel pour réserver un restaurant à la dernière minute ainsi qu’un taxi mais Manuel avait dû la prendre en embuscade puisque son acolyte se tenait sur le pas de ma porte. « Je suis attendue et je n’ai pas le temps, ni l’envie d’avoir des conversations désagréables. » Je sentais toujours sa présence dans mon dos alors que je récupérais ma veste dans l’espoir qu’il partirait. Je soupirai, finis par m’asseoir, le fixant. « Avant que tu ne dises quoi que ce soit, sache que je t’en veux moins que je ne suis déçue. Je t’ai raconté ce que j’avais déjà vécu et je te faisais confiance ! Je ne comprends pas ! »







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MessageVen 25 Mar - 20:38





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Une remarque mal interprétée, une seule, et je compris d’emblée qu’il me faudrait marcher sur des œufs pour le reste de l’après-midi, à moins, bien sûr, de lui concocter un remède à sa colère. Dans ces moments-là, je ne regrettais pas ces longs mois d’amitié où elle se présenta comme une comparse de bagarre efficace. Pas de devinette entre nous. Je savais exactement quoi lui proposer puisqu’une partie de jambes en l’air torride n’était pas vraiment d’actualité. Son intégrité avait pris un coup dans l'aile. Quoi de moins étonnant que l’idée d’être touchée quelques heures après cette agression puisse la rebuter ? J’espérais simplement que ça ne s’étendrait pas dans le temps. Je pouvais jouer les amoureux compatissants et principalement dans ce genre de circonstances. J’avais tout prémédité afin qu’elle saisisse que la seule épaule sur laquelle se reposer était la mienne, mais ma patience souffrait de limites étroites, celles de mes besoins exceptionnels, ceux nés de flirts incessants avec l’intolérable cruauté des vertueux. De la vertu, elle en possédait plus que moi. Elle était plus humaine également. La changer, pour qu’elle me ressemble tôt ou tard, je ne l’envisageais qu’en partie seulement. Je veillais donc à lui offrir deux types sans foi ni loi qui échappèrent aux rouages rouillés de la justice malgré leurs casiers bien chargés. Dans la voiture, je lui racontai leur histoire de leurs boucs émissaires pour attiser sa rage envers pareils énergumènes. C’était facile. Vu le passé de sa sœur, sa nature indulgente fondait comme neige au soleil. J’aimais quand elle fulminait et gigotait en tout sens, pressée d’en découdre avec ses frustrations. C’était aussi excitant que sa bonté n’était touchante. J’adorais sa façon d’aider les plus miséreux, à condition qu’elle œuvre en toute sécurité. Lyla, c’était la part manquante de ma personnalité. Cette complémentarité, elle se vérifia à l’heure où nous frôlâmes la catastrophe. Les rôles de victimes et d’assaillants s’interchangèrent trop rapidement à mon goût, car l’enfoiré utilisait bien ses poings. Alors, j’abandonnai la partie de cartes que je disputais sérieusement avec Dante et Tony. J’achevai le travail naturellement, je m'assurai qu’elle n’était pas blessée et je coupai court à notre jeu préféré à la faveur d’un autre dans la voiture. Il n’y avait pas à dire, elle savait remercier, ma fiancée. Je n’en méritais pas tant, mais Dieu m’en préserve, elle ne l’apprendrait jamais.

Au terme, je la ramenai sur le domaine, dans l’appartement qu’elle partageait auparavant avec ma sœur. Il était resté en l’état et, quand Mani était en ville, c’était là que nous allions chercher un peu d’intimité, quelle qu’elle soit. Nous profitâmes d'un moment tendre devant la télévision avant que je n’entame une discussion capitale autour de la vengeance que je fomentais pour elle. Je l’abordai avec précaution, jaugeant d’abord de son état d’esprit ce qui semblait la surprendre. « Je ne sais pas. Tu aurais pu te sentir un peu fébrile. Je voulais être sûr, c’est tout. Mais, bon, comme tu vas bien, je suppose que je peux te ramener chez toi. » plaisantais-je en agrippant sa main si prompte à cogner mon épaule. J’embrassai sa paume et je la tirai vers moi pour nous allonger dans le sofa. C’était plus confortable, et n’étant pas forcément à l’aise avec la proposition à venir et surtout avec sa réponse, je préférais la sentir contre moi pour évaluer à ses réactions si je l’indisposais ou non. « Blague à part, oui ! J’ai pu la garder cohérente et assez bien dans sa tête pour discuter avec elle. » Après avoir passé deux semaines avec Gloria, elle n’eut pas vraiment le choix. « Elle m’a confié quelques souvenirs. Ça n’a pas été facile. Elle a d’abord essayé de me faire croire qu’elle ne se rappelait rien, mais j’ai insisté un peu. » En me faisant violence pour ne pas me montrer trop désagréable et ainsi la braquer. « Et elle a fini par cracher le morceau. Elle m’a confié quelques-uns de leur signe distinctif. Leur nombre. Je n’ai pas pu les identifier tous, mais il suffirait de mettre la main sur l’un d’entre eux pour le faire cracher le morceau. En tout cas, j’en ai bien assez sur la liste pour que l’un finisse par lâcher le morceau. Je sais que les faits remontent à loin, mais quand on arrive à s’en prendre à une des filles Canjura, je pense qu’on ne l’oublie pas. » Ce n’était pas elle qu’il voulait. C’était atteindre ses frères et l’organisation dirigée par Manuel. Parfois, je me demandais comment Lyla était parvenue à accepter que ma petite sœur s’entiche de lui à ce point. Pour moi, c’était normal – ou presque – il était mon meilleur ami. Mais elle ? La MS leur avait tant pris. Avait-elle pu compenser en offrant à cette famille bien plus ? Sans doute. Manuel n’était pas le dernier pour fidéliser ou remercier. C’était un fin négociateur et un chef de rang reconnaissant. Ça m’amenait doucement à m’interroger sur les raisons qui la poussèrent à ne pas le mêler à ce drame qui frappa Olivia. Par peur de la dette ? Pour sauver la réputation des siens ? Ça m’échappait autant que ça m’empêchait d’aller droit au but. Je tournais autour du pot comme si j’avais à lui annoncer la pire des nouvelles.

Qu’elle accède à mon projet était primordial pour moi et pour nous. Je n’enquêtai pas seulement pour laver l’honneur de sa cadette ou rendre son passé plus acceptable. Je le fis uniquement pour éviter que toute cette merde éclabousse mon couple. J’avais filé des ordres à la gamine, des impératifs clairs qu’il lui était conseillé de suivre à la lettre. Sauf que c’était une junkie. Une vraie. Une de celles qui n’hésitent pas à faire don d’elle-même pour soulager les douleurs de son corps. Une de celles qui auraient tôt fait d’oublier la menace que j’avais volontairement laissé planer au-dessus de sa tête. Doucement. Sournoisement. Le but n’était pas de l’effrayer pour qu’elle se réfugie dans les bras de sa sœur. Au contraire. Je voulais qu’elle en reste le plus éloignée possible.  Bien sûr, je respecte la fraternité. C’est un pilier de ma société. Si elles souhaitaient passer une journée ensemble à dépenser leur argent en frusques en tout genre, je n’y verrais pas d’inconvénients. Mais, les périls de son boulot étant écartée, il était hors de question qu’elle soit remplacé par le magnétisme de cet aimant à emmerdes. « Je n’en ai pas parlé avec elle encore. Je ne suis pas certaine qu’elle soit en état pour ça. Pas encore du moins. Elle dit qu’elle veut s’en sortir, mais je suppose que tu as du entendre ça mille fois avant moi. » C’était le discours facile qu’il chante pour embobiner leur entourage afin qu’il ne les abandonne jamais. « Tu peux lui en parler si tu veux. C’est ta sœur, pas la mienne. C’est ton combat aussi. Celui de votre famille. Tu pourrais avoir envie d’en parler à ton père avant d’agir. Tu sais, les secrets, ce n’est jamais bon. Je sais que je te l’ai déjà dit, mais c’est le genre de secrets lourds à porter. S’il était révélé par quelqu’un d’autre que toi ou ta sœur à ton père ou à tes frères, je n’ose même pas imaginer les dégâts. » Si l’hôpital se moque de la charité, je ne saurais quel rôle jouer. Cette agression, dont j’étais le commanditaire, était d’un autre acabit , bien moins grave, mais les conséquences ne seraient pas bien différentes. Sauf que moi, j’avais brisé les seuls témoins, les coupables étaient morts et mes hommes étaient des tombes.

Dans mon monde, c’était facile. Dans celui d’Olivia, je doutais sincèrement qu’elle ait songé à enterrer les preuves. Ma fiancée, peut-être. Avait-elle cependant pensé à tout ? Il ne suffisait pas d’être intelligente pour enfermer un démon dans un placard, il fallait être aussi rusé et sournois qu’un renard. Lyla était bien trop authentique pour n’avoir commis aucune erreur. Ces crevards abjects respiraient toujours le même air. « Ce que j’en pense, c’est que je ne vois pas l’intérêt de faire ça sans toi. Dans la manière, ça pourrait ressembler plus ou moins à ça, mais je trouverais ça tellement facile. Je voudrais commencer par les briser. Un à un. Tout apprendre sur eux. Déceler leur point faible et les utiliser contre eux. Il y en a un parmi eux qui tient un site de pédopornographie par exemple. Comme c’est un malin, il est intraçable, à moins de s’appeler Nicolo Curella. Lui, j’aimerais que son secret soit dévoilé, qu’il soit exposé au grand public, que les flics le dénichent et le faire tuer en prison après qu’ils aient subi le même sort que ta sœur. Tout ce que j’exigerai, c’est une photo. Je pense que ça, elle a le droit de le voir. Ce n’est qu’un exemple bien sûr. Je pense qu’une méthode convient à chaque homme... que prévoir de cette manière, c’est salvateur. » Et amusant, ce que je me gardai de dire, de peur qu’elle me prenne pour un détraqué. « On peut en discuter ensemble au fur et à mesure que je récolte des informations sur eux…. La seule chose qu’il faudra prévoir, c’est de choisir le plus faible psychologiquement pour lui tirer les vers du nez. Il faut qu’il comble les trous laissés par ta sœur. Et, la dernière condition… » Et elle n’était pas négligeable. « C’est que je dois en parler à Mani. Je ne peux pas m’attaquer à un de ses ennemis directs sans le prévenir. Il n’est pas question que ça l’éclabousse. C’est mon ami et mon associé. Il doit pouvoir se prémunir de tout problème. Je ne peux pas et ne veux pas le prendre par surprise. Je ne veux pas non plus mettre ma sœur en danger. Si tu ne veux pas que je lui dise tout ça, je comprendrai, mais dans ce cas… je ne pourrais rien faire pour elle. »


***

Si elle m’avait mis au parfum qu’elle se camait aux anxiolytiques, jamais je n’aurais commandité cette agression. Pour quoi faire ? Accélérer les choses ? Provoquer la fatalité ? De vous à moi, le jour où une scène insupportable pour sa sensibilité et ses émotions aurait bien fini par arriver. J’aurais perdu du temps, mais ça n’aurait pas manqué et je n’aurais pas eu à découvrir si brusquement les affres de la culpabilité. Pour m’en défaire, je cumulai les cadeaux. Je lui envoyai des fleurs. Je m'arrangeais pour rendre son quotidien plus doux en cédant aux moindres de ses caprices. Je me faisais l’effet d’une lavette méprisable, à m’écraser pour un oui ou pour un non. Alors, bien sûr, déçu qu’elle ne juge pas utile de me confier ses attaques de panique et sa peur incessante de s’offrir en spectacle à la plèbe indifférente de New York. Je l’ai fui. Pas forcément pour la punir – bien que je puisais un réconfort certain à l’imaginer inquiète pour nous, mais pour me calmer, pour relativiser, pour lui revenir plus modéré après m’être remis en question. Mais, je l’avais fait aussi pour elle. Ce n’était pas bien compliqué à deviner pourtant. C’était mon mode de fonctionnement et je ne le lui avais jamais caché. Mais non !  Il avait fallu qu’elle vienne me narguer chez moi, au cabaret, les traits déformés par la colère, comme si elle était seule à décider de l’heure et de l’endroit où les oignons devaient se peler. Sérieusement, à quel accueil s’attendait-elle ? Espérait-elle réellement que je lui tendrais les bras afin qu’elle s’y niche après des excuses qu’elle ne penserait pas, puisqu’elle ne saisissait pas. C’était au-dessus de mes forces, même si je l’aimais de tout mon cœur.

« Je te donne des ordres et je te pointe du doigt si je veux, c’est clair ? » tempêtais-je en silence pour ne pas attirer l’attention de mes hommes derrière la porte. J’étais furibard, au moins autant qu’elle, quoiqu’elle n’en montrait pas grand-chose en apparence, préférant déverser sur moi un torrent de reproches, comme si elle était en droit de le faire. « Je fais de l’audition sélective comme tu sélectionnes ce que tu me dis ou nous. Qui peut nous en blâmer ? » Je soulevai les épaules avant de retrouver mon bureau et d’en ressortir le cœur bardé de colère. « Bien sûr que c’est ce que tu fais. » Je haussai le ton pour la première fois, balançant son sac de médocs dans la poubelle. « Là, tu vois, tu t’emportes et tu dis n’importe quoi. » me défendis-je ensuite, fort de ma mauvaise foi. Elle était plutôt calme, ce qui m’agaçait terriblement d’ailleurs. « Je n’ai jamais eu l’intention d’annuler ce mariage. Ce n’est pas parce que ton enfoiré d’ex l’a fait que je vais le faire. Je ne prends pas la fuite parce que je veux t’abandonner ou que je ne veux plus de toi. Je m’éloigne de toi parce que je n’ai pas envie de me disputer avec toi et de finir par dire des choses que je ne penserai pas et qui te blesseront. Mais non, toi, tu ne peux pas me laisser le temps de digérer. Non, il faut que tu viennes donner tes explications ou en chercher quand TU le veux parce que tu ne supportes pas être prise en défaut et que tu ne sais pas gérer ce qui t’inquiète. Et, on fait quoi maintenant ? On fait comment pour s’entendre entre toi et ta peur panique de revivre ton passé et moi qui n’ai pas l’habitude de faire des concessions. » Encore moins en couple. Ma seule expérience du genre remontait à loin, et la demoiselle était si éperdument amoureuse de moi qu’elle hochait bêtement de la tête comme un chien de pare-brise. Certes, le retour de manivelle fut instantané et inopiné. Mais, dans l’absolu, je n’avais jamais été obligé de réfléchir avant de parler, de mesurer le pour et le contre de chaque fait, de me battre pour la garder auprès de moi, de revoir ce que j’étais au plus profond de mon être pour ne jamais la heurter.

Tout ça, c’était nouveau, tout comme discuter de mes émotions. Je me moquais bien de pouvoir les segmenter dans des cases pour les appréhender. Elles étaient utiles à tous mes projets, car je me fiais avec l’instinct. Jamais je ne les étouffai d’une quelconque manière. Du moins, jamais comme elle. Sauf qu’à l’entendre, je finissais par me demander si, pour ne pas changer, nous n’étions pas le revers d’une même pièce. Avais-je peur que l’histoire se répète moi aussi ? Étais-je en train de redouter de lui causer des problèmes et qu’elle s’enferme alors dans la rancœur ? Et si je craignais simplement qu’elle demeure à mes côtés au nom du sacrement d’un mariage devant Dieu et non par amour ? Que ça soit la seule différence avec ce que j’avais déjà vécu ? Sans doute, bien que je m’en étais plutôt pas mal sorti. Je ne me lamentai pas sur mon sort des mois durant après ma rupture, mais avec Lyla, ce serait véritablement beaucoup plus compliqué pour moi. Ça me boufferait un peu plus chaque jour. Ça m’empêcherait de respirer. Si j’étais moins fier, j’aurais donc pu admettre qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Que la cohérence de son discours me plongeait dans une remise en question douloureuse et spontanée. « Je n’ai pas jugé bon de le dire parce que ça ne me tracasse pas comme toi. Je n’en fais pas un problème que j’essaie de régler avec des cachetons. Je suis fait comme ça, et je l’accepte. Quand c’est trop intense, je cogne ou je baise. Pas toi. Ou pas tout le temps. Tu peux te fier à moi et tu le sais très bien. Le problème, c’est que c’est moi qui ai l’impression que je ne peux pas me fier à ce que tu ressens. Et pas forcément parce que je te sous-estime, même si c’est ce que je te chante depuis le début, mais parce que je me demande ce qu’on deviendrait si tout était chiqué. Si tu te réveillais et que tu te disais que tu t’étais trompée ? Que je ne suis pas celui que tu croyais ? Que ce n’est pas la vie que tu veux. Que tu le croyais quand tu avais tes médocs sous le coude, mais maintenant qu’il sont tous à la poubelle ? » C’était le mieux que je pouvais faire et, pour un homme comme moi, c’était déjà énorme. Il ne restait plus qu’à espérer qu’elle se montrerait digne d’entendre l’étendue de mes craintes, comme à chaque fois que j’en étais passé par là.


***

J’ignorais comment Lyla s’y était prise, mais elle avait diablement bien renversé la vapeur. Ce don pour me manipuler, il me déchirait à chaque fois que j’étais seul. Il me laissait un arrière-goût amer. Et puis, j’avais l’opportunité de m’allonger à ses côtés, comme à Los Angeles et je tirais la conclusion que, si ce pouvoir qu’elle avait sur moi n’est que le résultat d’un amour sincère, alors, je supposais qu’il n’y avait rien de grave à lui céder un peu tout et n’importe quoi, juste pour le bien de notre couple. C’était à se demander comment j’avais pu l’oublier en m’abandonnant à la bouche experte d’une putain sans grande saveur. Je me souviens avoir vu un cul passé, une tape encourageante dans le dos, avoir retrouvé Mani quelques minutes plus tard dans une pièce aux couleurs engageantes et une saleté de claque derrière la tête, une salvatrice. Je me rappelle aussi de la réaction de Lyla dès qu'elle me vira de notre chambre et de mon désarroi quand mes fringues rejoignirent le sol du hall, suivi de près par la bague de fiançailles. Toutes ces petites manigances pour souligner mon erreur étaient insoutenables. J’en arrivais à maudire la Maruzella qui me fit l’honneur d’une discussion non pas pour me rassurer, mais pour m’accabler de reproches par rapport à mon comportement, au mal que j’avais fait autour de moi, à elle y compris, puisqu’il semblait évident qu’elle préférait me considérer comme unique responsable, car ça soulageait sa propre peine d’avoir été trompée par Mani. Sauf que moi, je n’avais pas les reins assez solides pour supporter ma culpabilité plus la sienne sur mes épaules. Je coupai court à la conversation sans préavis. Je montai un plan avec Manuel et, au terme, tandis qu’il retenait ma sœur quelque part entre le hall et le couloir – même l’ascenseur aurait fait l’affaire – je me tins devant la porte de cette chambre qui était la mienne avant d’avoir foutu la merde. « Ne me chasse pas, bébé, laisse-moi juste t’expliquer » la priais-je près de lui rappeler que je le méritais, et aujourd’hui, comme elle ne m’en avait pas laissé l’occasion le jour des faits. « Je ne te demande pas grand-chose, juste d’écouter ce que j’ai à dire. Je comprends que tu sois déçue. Je n’ai aucune excuse pour ce que j’ai fait, mais je crois que c’est important que tu saches la vérité. Je n’avais pas l’intention d’aller dans ce genre d’endroit, mais on était à deux doigts de signer. Il ne manquait pas grand-chose. On s’est dit que ça l’aiderait de l’aider un peu comme ça. On avait prévu d’y aller et de repartir aussi vite. Le problème, c’est que j’avais beaucoup trop bu. Je n’ai pas compris ce qui m’était arrivé. Je sais, dit comme ça, ça a l’air d’un truc bidon que je t’invente pour me donner bonne conscience, mais ce n’est pas ça. Je t’assure que je n’ai pas compris. J’ai vu Mani partir. Je l’ai suivi du regard, j’ai tourné les yeux, elle était là suspendue à mon cou. » soupirais-je dégoûté par cette vérité dégoulinante de mépris. Si je connaissais la honte, je l’aurais reconnue au creux de ma nuque à me coller des sueurs froides. « Je sais que tu le vois comme une trahison, mais je n’aurais pas été jusqu’au bout et je crois même que je voulais que tu le saches. Sinon, j’aurais fait en sorte que tu ne le vois jamais. J’aurais pris une douche, je ne serais même pas rentré. Je crois que je l’ai fait parce que je voudrais que tu me pardonnes, ou que tu essaies, parce qu’on fait tous des erreurs et qu’on a tous des faiblesses et que tu ne peux pas m’enlever que je fais des efforts pour te pardonner les tiennes et que je me bats pour lutter contre les miennes »






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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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MessageMer 30 Mar - 23:29





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El novio



Il fit naître de la culpabilité chez moi, seulement en se comportant comme j’aurais dû le faire. C’est moi qui aurais dû m’occuper de tout ça, la secouer jusqu’à ce qu’elle me crache bon gré malgré les informations qui m’auraient permis de dégommer ces enfoirés. Et pourtant, je n’avais rien fait, je me sentais comme complice de ces horreurs. En enterrant toute cette histoire, en faisant silence sur les détails sordides et en pensant réellement que l’épauler serait suffisant, j’avais accepté la situation et plus ou moins sous-entendu que tout ça était parfaitement normal. Je me dégoûtais ! J’étais une lâche et sans le vouloir, ce fut ce que je me pris en pleine visage. Je refusais d’accepter l’idée que je m’étais tout simplement sentie dépassée, parce que j’étais jeune et que le viol collectif de ma petite sœur m’avait renvoyée à ma propre condition de femme et à toute ma fragilité dans un monde créé par les hommes, pour les hommes. Je m’étais dit que ça aurait pu être moi et je me souvenais encore d’avoir été rassurée que ce soit elle plutôt que moi, de façon purement égoïste. Les gens me prenaient pour une héroïne mais je n’étais qu’une couarde comme les autres. Peut-être que je n’avais jamais tenu à les retrouver parce que je craignais qu’ils me fassent subir le même sort ? J’avais passé des heures entières à m’entraîner, encore et encore, pour que ce jour n’arrive jamais, pour être capable d’en emmener quelques-uns avec moi s’ils osaient et qu’ils soient contraints de me tuer tellement je résistais. Et voilà que je me faisais avoir comme une bleue dans une ruelle, en pleine journée. J’étais tellement en colère contre moi ! Toute ma vie, je m’étais battue pour être une femme forte, pour ne pas rentrer dans ces putains de statistiques terrifiantes et voilà que je réalisais que personne n’était à l’abri. Ça ne faisait que renforcer mon admiration et mon amour pour l’homme que j’avais choisi. Jamais il ne me ferait une chose pareille et s’il devait y passer sa vie entière, il ferait en sorte de me préserver du moindre mal. Non pas parce que j’étais une pauvre femme fragile mais parce qu’il connaissait la perfidie des mâles et parce qu’il savait mieux que personne qu’une fois mes limites dépassées, il me fallait quelqu’un pour prendre le relai. J’étais trop fière pour accepter ça de n’importe qui d’autre mais pas de lui. Pourquoi ? Nous allions bientôt être liés pour l’éternité, il ne devait pas être question de fierté avec lui ! Surtout pas alors qu’il essayait de faire ce que je n’avais pas trouvé le courage de faire en plusieurs années. Je ne pensais pas pouvoir l’aimer plus que ce que je ressentais déjà pour lui et pourtant…

« Je pense qu’elle ne sera jamais prête pour leur faire face et leur faire payer. » admis-je, ils avaient déjà épuisé toute la quantité de courage qu’elle avait en stock. « Je ne sais pas, Luciano… Ils vont tous devenir fous, tous, et moi, je vais passer pour une coupable aussi, parce que je leur ai caché la vérité. Je ne l’ai pas fait sans raisons. J’ai souvent voulu le dire à Mun, tu sais, mais il n’aurait rien trouvé de mieux que d’embarquer mes autres frères pour tenter de les retrouver et c’était exactement ce que ces fils de pute voulaient. Et en plus d’une jeune femme violée et droguée, on aurait eu des morts par-dessus le marché. Je n’aurais pas pu regarder ma mère dans les yeux. Je voulais m’en occuper moi-même mais je me suis sentie dépassée, j’étais toute seule et j’essayais de maintenir ma sœur à flots. C’était trop pour moi. Mais j’ai gardé le silence trop longtemps, ils vont tous se sentir trahis et ils auront raison mais égoïstement, je ne peux pas me priver de ma famille, Lucky ! Je ne peux pas ! » avouai-je, franchement, me redressant pour le regarder dans les yeux alors que mon sentiment de bien-être m’avait complètement déserté et que je sentais mes larmes bientôt prêtes à rouler sur mes joues. La simple idée de devenir le paria des Canjura me rendait malade. Je l’écoutai exposer ses projets avec attention, hochant la tête, approuvant les idées et les méthodes, l’angoisse au ventre à l’idée que je puisse me retrouvée dans une position délicate. Si j’avais dû cracher le morceau, il aurait fallu le faire quand tout était arrivé et pas maintenant, des années plus tard, une fois que le mal était fait. J’avais laissé ma sœur dans la merde en pensant l’aider et protéger ma famille. J’étais une imbécile ! Ce qui m’inquiétait autant, c’était que je n’avais aucune vraie excuse et à mesure que les minutes passaient, je me sentais de plus en plus coupable, paniquée, comme un lapin pris dans les phares d’une voiture, j’avais déjà dû changer de couleur. « Si tu en parles à Mani, il faut que mes frères soient au courant et ça veut dire qu’ils vont vouloir prendre part à tout ça. » Je me levai, fis les cent pas, prenant de grandes goulées d’air, ma main posée sur mon front. « Désolée, je ne me sens pas bien du tout, je… Je suis terrifiée, Lucky ! S’ils décident de me rayer de leur vie… Je préfère ne pas y penser ! Mais je dois leur dire avant que tu en parles à Mani, ou je vais aggraver mon cas ! Je ne sais pas s’il faut que tu sois là ou pas. Je ne sais pas si je dois leur dire à tous ou seulement à Mun… Je ne sais pas … Et mon père, mon pauvre père ! Madre de Dios ! Qu’est-ce que tu crois que je devrais faire ? » m’enquis-je, posant un regard désespéré sur lui. Si je ne lui avais pas fait une confiance pleine et entière, jamais je ne lui aurais posé cette question. Jamais !


***


Quand deux têtes de mule s’engueulaient, ça faisait forcément des étincelles et parce que je me sentais rabaissée, j’avais ce furieux besoin de me faire aussi grosse que lui, même si je n’avais aucun doute sur qui gagnerait si nous en venions aux mains. Ça me démangeait de lui coller une gifle mais je m’abstins, parce que je voulais éviter que ce genre de communication remplace les mots, ce serait un échec et avec lui, je ne pouvais l’accepter. Nous étions faits pour nous entendre et nous nous complétions si bien que j’étais persuadée que nous pouvions tout régler avec une conversation, à condition qu’il arrête de jouer au con et qu’il accepte d’écouter. Même ça, c’était visiblement trop lui demander. « Tu es parfois le type le plus détestable que cette terre ait jamais porté ! Principalement quand tu es persuadé d’avoir raison et de savoir tout sur tout et que tu aimerais que tout le monde le sache. Si je ne t’aimais pas autant, Luciano, je crois que j’essaierais de t’enfoncer un stylo dans l’œil, de désespoir ! » certifiai-je avec beaucoup de calme et une once de tristesse qu’il puisse m’obliger à ressentir des choses pareilles en dépit de tout ce qu’il éveillait de magnifique en moi quand il éteignait sa mauvaise foi. « Les disputes sont parfois nécessaires, Luciano, même si on doit s’excuser après pour les saloperies qu’on a dites ! Si tu as besoin de t’éloigner, moi, j’ai besoin de savoir que tu ne me sors pas de ta vie ! Alors ouais, on fait quoi avec ça ? On reste là, à se regarder dans le blanc de l’œil sans chercher de solutions ? Et arrête de croire que tu m’as pris en défaut et que c’est le problème ! Le problème c’est que tu me prends pour une droguée et que tu es en colère parce que je ne t’ai jamais rien dit concernant mes crises ! » Pour moi, il n’y avait pas de problèmes à prendre des anxiolytiques et je me gardai bien de lui dire pour éviter de réveiller son courroux. J’avais envie que tout cette histoire prenne fin et que nous puissions trouver un terrain d’entente, certainement pas lui donner de nouvelles raisons de m’en vouloir et de s’éloigner de moi. « Amorcito, être en couple c’est faire constamment des concessions et il n’y a pas de mal à en faire quand c’est donnant donnant. J’en ai fait pour toi, même si ça remettait en question mon système de valeurs. Je t’ai laissé du temps pour réfléchir à ce qu’on partageait, j’ai accepté de te partager avec une autre et de rester près de toi-même si je ne suis pas de nature partageuse, tu ne m’as jamais empêché de travailler même si tu détestais ce que je faisais et tu ne t’es jamais opposé à mon besoin d’aider les autres. Pour moi, ce sont des concessions, ce qui me fait dire que tu y arrives et que tant que ça nous rend heureux ensemble, ce n’est pas un problème. » Je le brossais dans le sens du poil pour qu’il s’apaise un peu et cesse de voir cette histoire de médicaments comme un crime de lèse-majesté. Néanmoins, je n’étais pas loin de la vérité, nous faisions tous les deux des efforts pour que ça marche et si j’avais dû me cantonner à mes idées de départ, jamais il n’aurait eu le droit à une vie sexuelle épanouie avec moi avant le mariage.

Je n’étais pas faite comme ça, je l’étais devenue par la force des choses mais je me gardai bien de lui expliquer la nuance, l’heure n’était pas aux détails et s’il criait haut et fort qu’il voulait tout savoir, une part de moi demeurait convaincue qu’il ne voulait pas de la vérité telle qu’elle était. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me sortit de nulle part et qui me laissa sans voix. Il craignait que tout ça soit un malheureux malentendu et que je le quitte ? J’ouvris de grands yeux, m’enfonçant dans ma chaise, me demandant si c’était une énième façon de se foutre de ma gueule en simulant mais il n’affichait aucune de ses expressions habituelles qu’il arborait dans ces moments-là, quand il cherchait à me manipuler, et que j’avais appris à repérer. Son nez se retroussait légèrement et il respirait plus vite et fort, ce qui arrondissait ses narines mais il y avait des fois où il se maîtrisait totalement et je n’étais plus capable de démêler le faux du vrai. Pas là, ce qui traînait dans ses pupilles en disait long.   Les mains jointes sur mon ventre, j’attendais qu’il se décide, me disant que j’avais peut-être oublié d’ajouter quelque chose. « T’es peut-être aussi trop fâché pour des réconciliations, je n’ai pas envie de te forcer la main. Je vais rentrer, tu n’auras qu’à m’appeler quand tu voudras parler ou inventer un nouveau langage. »


***


Je ne pensais qu’à lui, je n’étais même pas certaine d’être capable de regarder un autre homme ou même d’en trouver un autre séduisant tellement je l’avais dans la peau et me rendre compte que ma passion dévorante était à sens unique fut un coup dur. J’avais l’impression de faire tellement pour que ça marche entre nous que je me sentis trahie en comprenant où il était et ce qu’il avait fait. Il n’y avait aucune excuse valable et c’était encore pire de savoir qu’ils avaient été deux à faire la même connerie, pas un pour rattraper l’autre. Et si l’autre connard de Salvadorien passait son temps à se plaindre de ma relation avec Cinzia, jamais je ne l’avais laissé faire une erreur irréparable qui la condamnerait d’une façon ou d’une autre, JAMAIS. Mais eux, ils étaient deux abrutis qui s’entraînaient l’un l’autre dans plus de débilité dès qu’ils se trouvaient ensemble. Un seul avait besoin de montrer la voie et l’autre suivait, ce n’était jamais le même, histoire de varier les plaisirs et cette fois, j’étais persuadée que Luciano avait été le premier à soumettre l’idée. Il avait pris goût au partage quand l’autre putain d’irlandaise était encore en vie et ça lui manquait. J’avais beau vomir Manuel Herrera par chaque pore de ma peau, je savais qu’il faisait des efforts surhumains pour se tenir tranquille, mon frère me parlait parfois de son humeur exécrable ce qui correspondait aux périodes d’abstinence entre lui et ma meilleure amie, ce n’était pas bien dur de calculer mais moi… Moi, je lui donnais tout ce qu’il désirait, peut-être même plus et voilà ce que je gagnais ! Je le lassais, c’est vrai que je devais être sacrément moins douée qu’une putain dans laquelle une armée de type avait tapés mais je pensais qu’une femme bien, c’était ce qui plaisait aux hommes, si j’avais su, je me serais reconvertie plus tôt en putain ! Je ne décolérais pas, même s’il m’arrivait parfois de pleurer, quand je me retrouvais seule face à moi-même. J’allais devoir annoncer à mes parents qu’une seconde fois, j’avais poussé mon compagnon à me tromper. Cela signifiait que je n’avais pas ce qui fallait pour contenter un homme, j’avais désormais la certitude que le problème venait de moi, c’était dur à encaisser. Si notre plan de nous faire passer pour un couple m’amusa pour le coup, ça ne pansa en rien ma plaie qui suppurait toujours et me faisait un mal de chien. Je la noyais dans l’alcool, des danses endiablées et des rires. Ça faisait déjà plusieurs soirs de suite que je terminais à vomir une partie de mon repas parce que j’avais trop forcé mais c’était toujours mieux que d’avoir à penser à tout ça. Cinzia avait dû me confisquer mon téléphone parce que j’avais été à deux doigts d’appeler son frère, d’abord pour l’insulter puis j’aurais terminé par fondre en larmes en lui demandant ce qui n’allait pas chez moi. Ce n’était bon pour personne ! J’espérais simplement que ces photos de nous, mises en scène, les avaient fait souffrir autant que nous. Je commençais doucement à me résigner, il me faudrait assumer tout ce que cet écart engendrait et à être une nouvelle fois la déception de mes parents.

Il avait un sacré toupet de se pointer là et d’exiger quelque chose de moi. Pourtant, je le laissai parler, le fixant sans laisser entrevoir la moindre émotion, ce qui le déstabilisa probablement. Il sortit l’artillerie lourdes, jouant sur ma propre culpabilité et Dieu que j’eus envie de lui ouvrir les bras pour le laisser revenir près de moi mais je tins bon, la mâchoire contractée et la main enserrant ma pochette. La vie avait toujours été trop facile pour lui, il n’avait qu’à demander et je disposais, toujours, cette fois, il était hors de question de lui rendre la vie aussi facile que d’habitude. Je jetai un œil à ma montre et posai à nouveau les yeux sur lui. « Et, on fait quoi de ça maintenant ? Hm ? Non parce que j’ai la dalle et je suis attendue, je préférerais parler de ça une autre fois ! Parce que tu comprends, moi je fais toujours tout ce que je peux et tu n’es pas content, tu n’es jamais content et tu te fous de ma gueule. » Je prenais bien soin d’employer ces mots qu’il me servait à chaque dispute, espérant que ça ferait tilt. Il bafouilla des réponses qui me prouvèrent qu’il ne s’attendait pas vraiment à ce genre d’attitude en retour. « Ça te laissera le temps d’aller boire quelques verres au bar et de retrouver le chemin de chez Catalina, vois le bon côté des choses ! Et cette fois, tu n’auras pas à t’arrêter en plein milieu et t’auras l’excuse parfaite, non, ne me remercie pas. Amuse-toi bien ! » Plutôt crever que de lui laisser entendre que j’avais mal, j’avais très bien vu qu’il avait noté mon hésitation avant de lui balancer tout ça en bloc, qu’il avait cru que j’allais lui revenir et je savais ce qu’il y avait dans le fond de mes yeux, de la détresse. Si je restais plus longtemps dans la même pièce, j’allais être faible et je n’en avais pas le droit. Nous nous rendîmes au restaurant et nous ne manquâmes pas de les blâmer pour tout, crachant notre venin autour d’une puis de deux bouteilles de vin avant d’atterrir dans une boîte d’un genre particulier. Comment nous en vînmes à tirer leur voiture ? Je ne savais pas mais c’était clairement une idée de merde. Il avait déjà ouvert une brèche énorme comme le grand canyon et voilà qu’il allait pouvoir s’y insinuer. A vrai dire, je m’étais imaginée qu’il irait vraiment chez Catalina, le simple fait qu’il soit venu me récupérer venait de lui faire gagner un sacré paquet de points et sans trop forcer, il obtint de moi de pouvoir rentrer dans la chambre, ce que j’eus un mal fou à expliquer à Cinzia, je ne me l’expliquais même pas moi-même. Je lui proposai des alternatives qu’elle refusa et je la serrai dans mes bras comme si elle partait à l’autre bout du monde, m’excusant encore alors qu’elle s’évaporait et que je me demandais si j’avais bien fait. Je me déshabillai, enfilai un long t-shirt et m’allongeai alors qu’il revenait, ses affaires dans les bras. Il me fit un sourire auquel je ne répondis pas et je me gardai bien de poser les yeux sur lui alors qu’il retirait ses vêtements pour se coucher, complètement nu. Indisposée par la chaleur que dégageait son corps et surtout par ce que ça réveillait en moi, je me mis à l’extrémité du lit, prête à tomber alors qu’il se collait malgré tout à moi. « Je préférerais que tu ne me touche pas, s’il-te-plaît ! J’ai accepté que tu reviennes mais ce n’est pas réglé ! » Il me sortit un argument ou deux typiquement masculins pour tenter de me convaincre et j’explosai. « Comment tu veux que j’ai envie de me réconcilier avec toi alors que tu m’as prouvé qu’il y avait bien un truc qui clochait chez moi ? Hein ? Un truc qui pousse tous les types qui veulent se marier avec moi à aller voir ailleurs ! Comment je suis censée me sentir ? COMMENT ? Je me sens comme une merde ! Pendant des jours j’ai essayé d’imaginer ce que je devrais dire à mes parents qui sous-entendraient que j’avais encore tout gâché, que c’était de ma faute. Mais je n’ai jamais rien fait pour te pousser à aller en voir d’autres, Lucky !! Je fais tout ce que je peux, absolument tout ! Mais toi, t’as osé sous-entendre que c’était peut-être de ma faute, après tout, j‘ai pris des anxiolytiques ça excuse tout, pas vrai ?! Mon erreur ça a été de coucher avec toi en dehors des liens du mariage, une fois encore, Dieu m’envoie un message et me punit ! Ou alors on essaie de me dire qu’il vaut mieux être une salope parce que visiblement, on a toute votre attention ! T’as encore envie de baiser ? Tout ça t’excite follement ? Moi je veux que tu me foutes la paix, d’accord ?! » Je sanglotais comme une gamine et je m’en voulus aussitôt, je l’aurais bouclée s’il n’avait pas si vite repris ses marques. Je me levai du lit pour m’installer dans le salon de la suite, allumant la télé, ça m’avait fait passer l’envie de dormir.








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MessageSam 2 Avr - 0:52





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Jamais elle ne serait prête. Son agression, son addiction, ses habitudes pour obtenir une dose avaient trop entaché sa foi en elle. Je doutais qu’elle puisse se regarder dans un miroir sans baisser les yeux et sans avoir envie de se cracher au visage. Je doutais également qu’on puisse lui faire confiance. Les junkies sont des félons. Ils vendraient père et mère pour des raisons qui leur sont propres. Jamais elle ne devrait savoir qui était à l’origine de la mort de ses assaillants. Au mieux, elle pourrait apprendre ce qu’il leur était arrivé par la presse. Prendre part à cette vengeance n’était pas réellement envisageable. Je le proposais surtout par politesse et parce que j’étais convaincu que Lyla ne risquerait pas de nous mettre en danger en invoquant les liens du sang. Que pouvait-elle encore espérer pour sa sœur aujourd’hui ? Qu’elle réalise, une fois le projet abouti, projet qu’elle prêterait sans doute à la puissance de Dieu s’il lui restait un peu de foi, et qu’elle entreprenne une cure de désintoxication qu’elle mènerait à son terme cette fois. Je n’y croyais pas vraiment, mais le monde portait en son sein des gens étonnants parfois. Peut-être même que si son père lui tendait la main et la pardonnait, pourrait-elle se prendre elle-même en miséricorde. Peut-être. Mais, pour ce faire, il aurait fallu qu’il soit au courant et, à ce jour, Lyla était la seule détentrice de ce secret et elle ne paraissait pas du tout disposée à le révéler à qui que ce soit. Elle craignait qu’on lui en veuille, que sa famille en souffre trop, qu’on la traite en paria et qu’on la déteste, comme si elle avait elle-même poussé sa sœur dans un tel traquenard. N’était-ce pas plutôt à cause des choix de ses frères ? Tout le monde aurait pu ressentir de la culpabilité dans cette histoire, mais nul ne l’était vraiment hormis ceux qui baissèrent leur froc pour ravir à une adolescente toute son insouciance et son innocence. « Il va vraiment falloir que tu arrêtes de faire ça… De croire que parce que tu fais du taekwondo, tu es à l’épreuve des balles ou que sais-je encore. » répliquais-je tandis qu’elle avançait avoir prévu de régler leur compte à ses enflures. « Et va aussi falloir tu te décides. Qui veux-tu aider ? Toi, ta sœur ? tes frères ? Les choses sont en train de s’envenimer, car tu ne sais plus garder ta sœur sous contrôle. Est-ce que je dois te ramener que tu as failli y laisser ta santé ? Quand est-ce que tu vas y laisser la vie ? Il y a longtemps, le mensonge se justifiait, car tu avais une partie de la situation sous contrôle. Là, ce n’est plus le cas du tout. Ta sœur s’enfonce de plus en plus. Elle t’a mis en danger. S’il t’arrivait quelque chose à cause d’elle, alors là, tu serais responsable. Là, tu risquerais en effet de perdre toute famille, car tu n’aurais pas seulement gardé un secret parce qu’on te l’aurait demandé, mais parce que tu te serais substitué à ton père depuis bien trop longtemps. C’est lui le chef de famille. Je n’imagine pas une seule seconde qu’il puisse te reprocher d’avoir cherché à protéger ta sœur de ce qui lui était arrivé et tes frères d’une mort certaine, car nous sommes tous les deux d’accord que ça puait le traquenard. Par contre, que tu tiennes tout le monde en autorité comme ça, parce que tu as estimé il y a des années de cela, alors que tu n’étais qu’une gamine, que c’était toi qui devais décider pour vous tous.... Chez moi, c’est un motif de bannissement. Un truc pareil, et ce n’est pas au Canada que ma sœur aurait fini, crois-moi. » Ettore ne l’aurait probablement pas tuée, mais il lui aurait sans doute coupé la langue pour qu’elle se taise à jamais puisqu’un jour donné, elle estima que le silence valait mieux que l’honnêteté. Pour quelles raisons Javier l'accepterait-il plus facilement ?

Il n’en existait aucune. Tout comme je n’étais vraisemblablement pas doué pour la rassurer. Mes mots l’accablaient toujours un peu plus. Elle perdait pied à mesure que je lui livrais mon point de vue, parce que ce n’était pas ce qu’elle attendait. Non. Ce que Lyla souhaitait, c’était un conseil ou une solution, en particulier, car je n’en démordais pas : Manuel avait le droit de savoir que je m’apprêtais à prendre en chasse ses ennemis, et que s’il n’était pas question de signer ses crimes, il se pourrait que les lanternes s’allument autour de lui et donc, autour de sa meilleure amie. « OK. Il faut vraiment que tu te détendes. J’ai l’impression de t’envoyer au bagne et ce n’est pas ce que je t’attends de toi. Je ne t'accable pas non plus. Je te l'ai déjà dit. Tu as fait ce que n'importe qui à ta place aurait fait. Personne n'est préparé à ce genre de drame. PERSONNE. Je n’attends pas non plus que tu prennes de décision là, tout de suite. » lui rappelais-je en me levant à mon tour, m’avançant vers elle pour la ramener contre moi. « Écoute, je vais aller voir ton père. Je vais lui expliquer ce qui est arrivé, ce qu’il s’est passé récemment, ce que ta sœur a fait peser sur tes épaules et ce que tu craignais. Je ne pourrai pas l’empêcher de vouloir en parler avec toi s’il en a envie, mais je peux l’empêcher de se mettre en tête que tu n’avais pas confiance en lui et que c’est pour ça que tu n’as rien. Je lui expliquerai la vérité, telle qu’elle est. Tes peurs par rapport à tes frères. Je suis certain qu’il comprendra les raisons de ton silence, parce qu’il prendra certainement la même décision que toi maintenant qu’elle lui reviendra. Aucun de tes frères ne sera mis au courant. Je mets ma main au feu, mais il va sans doute vouloir récupérer ta sœur pour une autre raison que lui couper les jambes. » La serrant un peu plus fort, je glissai une main dans son dos et une autre sur ses cheveux foncés que je caressai avec tendresse, embrassant son front. « Ensuite, j’en discuterai avec Mani, pas pour te trahir ou pour qu’il intervienne. Je veux juste être certain qu’il pourra mettre ses hommes à l’abri. » En ce compris ses frères, ce qui pencherait sans doute dans la balance de son bon sens. « Et ma sœur aussi. Il y a déjà eu trop de victimes à cause de cette histoire, les Canjura en premier lieu. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’en rajouter à la liste. Maintenant, prends le temps qu’il faut pour réfléchir. Tu peux laisser les choses en l’était ou venger ta sœur avec moi, c’est comme tu veux. Ce n’est pas mon combat Lyla. La décision te revient entièrement. Je ne peux pas la prendre à ta place. Je ne peux rien faire de plus… si je n’ai pas ton feu vert. » conclus-je par une proposition complètement décalée, mais qui eut au moins le mérite de permettre à ma fiancée de rassembler toutes les pièces de son puzzle, de dormir sur tous les événements de la journée et de revenir vers moi, avec sa position quelle qu’elle soit, position que je respecterai, me préparant néanmoins, si elle choisissait le silence, à la ramasser à la petite cuillère le moment venu. C’était bien connu, tout se sait toujours, comme une histoire d’anxiolytique, par exemple.

Nous n’en étions pas à notre première dispute. Je ne comptais plus les fois où les murs ont tremblé pour de bonnes ou de mauvaises raisons, criant encore plus fort pour nous départager en matière de responsabilité. En général, l’humour de Lyla réussissait toujours par l’emporter sur mon sale caractère. Elle m’amusait, et je l'écoutais jusqu’à ce que l’un de nous deux capitule. Là, en l'occurence, il ne me touchait pas le moins du monde, si tant est bien sûr, qu’elle s’y soit essayée. Pas sur l'heure. Alors, forcément, ça dégénérait. Elle mourrait d’envie de me crever les yeux avec un stylo ? Je lui en tendais un avec défiance, lui souhaitant de ne surtout pas me rater, supposant que je n’hésiterais pas à la recadrer, ce qui n’était qu’un mensonge. Plus maligne que moi, elle n’y prêta guère d’attention, choisissant de prendre le parti de lire l’étendue de mes inquiétudes derrière mon discours, pas celui qui traitait de soi-disant toxicomanie. Non. Celui qui dissimulait la peur qu’elle réalise que j’étais un type infect maintenant qu’elle se privait de sa béquille émotionnelle, parce que j’avais exercé une pression sur elle, par convenance, par rigidité d’esprit et aussi pour son bien, malgré que ça ne me rassure pas le moins du moins. Enfin, je crois. C’était à mon tour de ne plus savoir où j’en étais, d’être complètement largué entre mes réactions, mes craintes et ce que Lyla s’employait à me chuchoter à l’oreille en bon conseil ou en manipulation. Je ne savais plus trop, et je ne savais pas plus si ça avait une quelconque importance finalement. Sa voix me susurrait des arguments tellement convaincants. Il me paralysait de toute envie de trop réfléchir, parce que j’aimais ce qu’elle me chantait doucement : un amour infini, indéfectible, étouffant, peut-être même si passionné qu’il en devenait inconséquent. Oui. J’adorais ce couplet comme le suivant où j’étais décrit comme l’homme parfait, le type idéal, pas celui qu’elle avait choisi d’épouser, mais celui dont elle avait rêvé toute son enfance – ou un truc du genre. Le refrain, quant à lui, était vraisemblablement la pièce maîtresse de son tube. Il invitait à la débauche, au plaisir, à l’épanouissement sexuel sans retenue et sans pudeur. J’eus l’air d’hésiter, car elle se leva. En réalité, je cherchais quelque chose d’intelligent à répliquer à toutes ces promesses pour ne pas faire l’impression de n’être qu’un animal incapable de se contenir quand une jolie paire de seins, des fesses arrondies et des lèvres charnues me réclamaient à cor et à cri. Pourquoi faire après tout ? Au Diable la bienséance. Elle était à moi. Elle me dirait oui bientôt. Ça méritait bien que je la saisisse par le bras, que je dégage le moindre papier traînant sur mon bureau et que je la prenne aux mots. J’optai pour un mélange entre toutes les solutions proposées, la dernière remportant néanmoins tous les suffrages à l’unanimité.

C’était ce qu’on aurait pu appeler une victoire écrasante. Une victoire par KO. Lyla trancha, scanda à mon oreille sa litanie et moi, je m’endormis, hypnotisé par le chant de la sirène. Est-ce pour cette raison que j’oubliai mes sentiments lorsqu’une putain, la bouche en O, me conta une histoire de sexe ? Aucunement, mais j’aurais presque préféré m’être laissé entraîner par la rancœur au lieu de vivoter dans un flou intégral. Pour demander pardon avec sincérité, il faut pouvoir se justifier, donner des explications, rassurer l’autre sur le caractère exceptionnel de l’écart en ciblant la cause de ce dernier. J’eus beau forcer le passage et me retrouver devant elle, elle n’était pas dupe, la pauvresse. Elle était même parfaitement consciente de ce qu’elle souhaitait obtenir de moi et que je fus incapable de lui offrir, puisque je manquais de mots pour être efficace. Bien sûr, je tentai de renverser la vapeur en jouant de sa culpabilité. Habituellement, ça marche toujours. Mais, la technique était usée. Elle me connaissait trop bien. La preuve étant, elle me servait ce condensé plutôt réussi et percutant de toutes les horreurs que j’avais pu lui lâcher depuis que nous étions ensemble. Si je prenais le temps de décortiquer ses phrases, chaque pan de cette dernière me ramènerait vers un moment clé de notre histoire et, malheureusement, pas forcément les plus constructifs pour nous. En agissant de la sorte – et fort habilement par ailleurs, elle m’astreint à réfléchir sur ce que je nous avais apporté de bien jusqu’ici, à béer et refermer systématiquement la bouche comme un poisson hors de l’eau, à admettre tacitement et pour moi-même qu’elle avait raison de m’en vouloir, et à tirer la conclusion qu’en d’être le roi des bâtards, je ne méritais rien d’autre que ce mépris qu’elle me renvoyait avec violence au visage. Je la regardai donc se lever pour ouvrir la porte, impuissant, et comme elle me jetait sur le palier, je m’exécutai, traversant la pièce l’air penaud, à l’image d’un gosse en défaut qui s’est fait réprimandé par ses parents et qui se demande de quelle énergie il aura besoin pour retrouver leur affection. Je devais afficher plus ou moins la même grimace quand je la croisai au restaurant de l’hôtel. Dire que je me décomposais était un doux euphémisme, mais ce sentiment d’être totalement en tort se dissipa dès qu’elle s’engouffra dans cette boîte pour lesbienne. Plus je l’imaginais avec ma sœur, plus j’étais malade, car sur l’échelle de la trahison, entre une fellation avec une parfaite inconnue et se taper ma petite, il y avait une différence de taille qui, à mon sens, me disculpait, quand bien même l’aurais-je moi-même provoqué. Cette impression qu’elle dépassait les bornes s’accentua encore alors qu’elles nous volèrent la voiture – sans doute une idée de génie de la petite Gambino – et pourtant, je ne vis dans cette situation que la possibilité de réinvestir ma place auprès d’elle pour la nuit. Rien n’effrayait plus Lyla que de devenir le gibier dans une forêt pleine de prédateurs sexuels. Rien. C’était cependant une grave erreur que de profiter de cette faiblesse pour me jeter dans son lit, complètement nu, persuadé qu’elle se réfugierait dans mes bras, et qu’une simple caresse me suffirait à la conquérir charnellement. C’était le pire que je pouvais faire, par respect pour elle, et pour mon ego. Je n’étais pas préparé à ce qu’elle m’opposerait pour me chasser, sans quoi, j’aurais choisi de me poser dans l’immense sofa du salon de la suite. J’en aurais moins souffert, car je pouvais entendre qu’elle n’avait pas envie que je la touche, qu’elle préférait que je m’éloigne, qu’elle se sentait comme le dindon de la farce et que c’était uniquement de ma faute. Je pouvais également accepter qu’elle ait mal et qu’elle m’en veuille pour de bon, mais qu’elle regrette, ça, c’était un retour de boomerang qui m’arracha un bout du cœur.

Je demeurai de longues minutes complètement interdit dans mon lit après qu’elle m’ait abandonné pour une émission de télévision complètement débile, débile comme je l’avais été. Comment peut-on tout gâcher en si peu de temps et pour quelques minutes à peine de plaisir ? Un fugace qu’elle était tout à fait à même de m’offrir en plus. C’était sans le plus frustrant autant pour elle que pour moi. Si Mani n’était pas en pleine tentative de reconquête avec ma sœur, je l’aurais appelé pour lui demander quoi faire, parce que j’étais complètement largué désormais et je n’étais même plus sûr de pouvoir me faire confiance, mais il le fallait pourtant et en enfilant un boxer et un pantalon de survêt, au lieu de préparer un discours cousu d’un fil blanc ténu, j’optai pour la spontanéité. Appuyé contre le chambranle de la porte, je lui demandai audience une fois, deux fois, trois fois. Ses yeux ne décollaient pas de l’écran. Certes, j’envisageai de me glisser entre son champ de regard et le téléviseur, mais ça me parut un peu trop cavalier, à moins d’avoir envie de finir assommer à grands coups de télécommande. « Très bien. Tu ne veux pas discuter, ce n’est pas grave. Tant que tu m’écoutes, ça me va. Je ne te toucherai pas. Je ne t’importunerai plus tant que tu ne serais pas prête. Je respecterai ça. C’est tout ce qui me reste pour essayer de réparer mes bêtises. Je n’ai rien d’autre, parce que je n’ai pas d’explications. Aucune. Je t’ai dit la vérité. Je t’ai dit ce qui s’était passé. Je ne peux pas te dire pourquoi c’est arrivé, mais je peux te garantir que ce n’est pas à cause de toi. Il n’y a rien qui cloche chez toi. Rien du tout, à part moi peut-être. Tu as raison de regretter. ça me fait un putain de mal de chien que tu le penses. Et ça me brise le coeur de le dire, mais tu as raison. » Pas de flûte de paon. Juste la vérité. Rien que ça. Si elle tournait la tête, elle constaterait d’elle-même que mon menton trahissait des émotions dont j’aurais honte plus tard. « Parce que j’ai peur que tu ne m’aimes plus maintenant que tu as réalisé que c’est moi qui ai un problème. Pas toi. Toi, tu es la fille la plus patiente et la plus dévouée que je connaisse. Je pourrais te chanter une ode si tu veux. Je le ferais si j’étais certain que tu me croirais, mais je vais te laisser tranquille d’ici deux minutes. Je vais te proposer d’aller regarder la télévision dans ton lit, parce que tu y seras mieux et moi, je vais rester là où je vais retourner dans l’autre chambre si tu préfères. Je voudrais juste que tu saches que moi, je ne regrette pas d’être tombé amoureux de toi, je regrette juste ce que ça a engendré pour toi comme moment difficile parce que je suis qu’un con tellement fier que je ne suis pas fichu de te montrer ou de te dire que tu es ce que j'ai de plus cher sur cette putain de planète. Moi, je veux toujours t’épouser. Pas dans six mois, mais là, maintenant. Enfin, en rentrant. Et, si ça ne doit pas se faire, jamais tu n’auras à expliquer que ce n’est pas parce que je n’ai pas voulu de toi, que c’est juste parce que je suis qu’un enfoiré…et que par chance, tu l’as remarqué avant que je te fasse encore plus de mal qu’aujourd’hui. »

Le problème après ces longs et décousus monologues auxquels l’autre est totalement hermétique, ce n’est pas de trouver la chute qui convient, celle qui fera mouche et qui attirera enfin l’attention. Non. Le souci, c’est qu’on ressent tant de colère envers nous-mêmes, de culpabilité et de désespoir, qu’on finit par osciller entre l’envie de se mettre à pleurer ou celle de tout casser. J’aurais pu le faire. J’aurais pu hurler et détruire tout ce qui me tomberait sous la main pour préserver ma fierté. Je n’en fis rien cependant. La tromper, c’était indigne d’elle et pitoyable. Un peu plus de honte ne m’aurait plus me tuer si je perdais ma seule raison de devenir quelqu’un de meilleur. Fébrile et le cœur au bord des yeux, je la suppliai d’une voix tremblotante ; « Je t’en supplie, pardonne-moi, Lyla. Pas tout de suite si tu n’en as pas la force. Mais, pardonne-moi. Ne me prive pas de ma seule bonne raison d’avancer. Ne me prive pas de toi. » exprimais-je clairement, aussi simplement que mon émoi était palpable et non dissimulé.


***


Ce fut probablement la plus longue nuit de mon existence, car je fus incapable de trouver le sommeil. Je fumais cigarette sur cigarette alors que j’étais en étroite conversation avec un Manuel aussi dépité que je pouvais l’être. Sa situation n’était pas plus brillante que la mienne et pour nous, qui à défaut d’avoir eu la vie facile, avions su tirer avantage de notre condition pour tout obtenir de tout le monde, nous avions purement et simplement les jambes coupées. Elles étaient coriaces, nos Chimènes. Croire qu’il nous suffisait de les séparer pour les reconquérir ce que nous désirions n’était qu’une utopie et moi, à force de cogiter pour essayer de mesurer l’ampleur des dégâts que je causai sur mon couple, je me torturais avec cette seule et unique question : l’avaient-elles fait ? Ma fiancée – si elle l’était toujours – et ma petite sœur avaient-elles entretenu une relation charnelle dans laquelle elles s’étaient épanouies au point de se convaincre qu’elles n’avaient plus envie de nous ? Impossible de calculer le nombre de fois où la nécessité de réveiller ma chère et tendre pour l'interroger me traversa l’esprit, mais me raisonner pour préserver son sommeil – espérant qu’il lui apporterait la force et le courage d’accepter mes excuses – me parut plus capital que mes états d’âme. J’en crevais pourtant. Jamais je ne pourrais me relever d’une telle trahison de la part de ma cadette alors que je pourrais trouver une kyrielle de circonstances atténuantes à la femme que j’aimais. Certes, j’aurais pu sonder Mani, présumant qu’il détenait l’information, mais je ne supporterais pas la honte de son embarras qui supposerait un oui ou l'autre version que j’interpréterais de toute façon comme bon me semblerait, non par manque de confiance, mais parce que j’avais besoin d’entendre la vérité, quelle qu’elle soit, de la bouche de Lyla. S’il ne s’était rien passé, j’en aurais la certitude en plongeant mon regard apeuré du moment dans ses grands yeux cramoisis par la colère. Je patientai jusqu’à ce qu’elle émerge, nous réservant un copieux petit déjeuner au room service, dressant la table, tuant le temps sous une douche froide et en essayant de me concentrer sur les nouvelles du matin sans vraiment les comprendre. Reconnaître son pas sur le parquet de la chambre m’angoissa instantanément et, quand elle parut, si je m’attardai en politesse - « as-tu bien dormi ? Comment tu te sens ? Tu as faim ? Il y a de quoi manger ? Tu veux que je fasse chauffer de l’eau à la bouilloire électrique pour ton thé. » - j’en vins au fait avant d’avoir avalé ma première gorgée d’un café brûlant. « Après, si tu veux, on en reparlera plus. Je sortirai de ta vie si c’est ce que tu veux. » lui mentis-je, car c’était impossible, quand bien même l’aurais-je voulu par égard pour elle. « Mais, j’ai besoin de savoir. Est-ce que tu couches avec ma sœur… est-ce qu’il s’est passé un truc entre vous ?  »







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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageJeu 7 Avr - 22:25





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El novio



J'avais toujours mis beaucoup trop d'espoir en ma soeur et en sa capacité à se reconstruire. Probablement parce que j'estimais que parce qu'elle n'était pas l'artisan de sa propre chute, ce serait plus facile pour se relever mais j'avais eu tort. Au contraire, elle prenait ça comme excuse pour rester au même point et ne surtout pas avancer, de peur que ce soit pire. Mais pouvait-on tomber plus bas que la drogue et la prostitution ? J'avais de sérieux doutes. Qu'elle se déteste, je l'entendais, ils avaient pris avec sa virginité, toute l'estime qu'elle pouvait avoir d'elle-même, en tant que femme, avant même qu'elle en soit réellement une. Difficile, donc, de passer le cap hautement compliqué de l'adolescence quand on nous vole notre peu de naïveté dans une ruelle sombre, à plusieurs et qu'on vous donne un avant-goût de l'âge adulte de la pire des manières. J'aurais pu trouver tout un tas de personnes à blâmer pour ça, en partie tous ceux qui participaient à l'asservissement des femmes et au maintien de la patriarchie comme modèle de base pour ces sociétés modernes donc la nôtre. Malheureusement, tout ça était bien trop abstrait et les véritables coupables couraient toujours, peut-être qu'au fond d'elle, ma soeur craignait qu'ils reviennent pour recommencer ou même terminer le travail. On ne pouvait pas aller de l'avant quand on savait que ses bourreaux vivaient librement sans être inquiétés. Je n'avais sans doute pas essayé assez fort de les retrouver mais la peur de Livia était communicative et j'avais craint pour ma propre sécurité. On ne peut pas lutter seule contre une bande de types, encore moins quand ils font partie d'une puissante organisation, du moins, pas sans créer des conflits sans précédent. J'aurais sans doute pu m'y aventurer si j'avais décidé de suivre la route tracée par mes frères et de rentrer dans la MS. Mais le traitement réservé aux femmes ne me plaisait pas, je ne voulais pas être reléguée au deuxième plan et avoir un rôle subsidiaire alors qu'on me demanderait de sacrifier autant voire même plus qu'un homme. J'aimais les retours sur investissement et ce n'était pas au sein de la Mara que j'aurais la chance d'en bénéficier. Pourtant, je répondais probablement à bon nombre de leurs critères et je m'y serais peut-être plu mais ça aurait impliqué que je piétine une partie de ma fierté et de mon orgueil pour maintenir la pyramide hiérarchique qui disait que les femmes étaient bien en-dessous des aspirants à la Vida Loca. C'était au-dessus de mes forces. Je pouvais mettre tout ça de côté par amour mais certainement pas pour la gloire. Au lieu de ça, j'avais choisi d'aller risquer ma vie à l'autre bout du monde avant de revenir pour endosser un nouveau costume de héros. Ouais, je devais avoir un sacré besoin de reconnaissance. C'était sans doute la conséquence directe du fait que je venais d'une énorme fratrie et que j'étais une des dernières, je voulais me faire un prénom au-delà de mon nom et je n'étais pas certaine d'y être vraiment parvenue.

« Oh, je ne le crois pas, sinon je me serais déjà occupée d'eux mais j'avais peur qu'ils me réservent le même sort et c'est sans doute ce qui serait arrivé. » avouai-je, ressentant de la honte de le dire à voix haute mais c'était la vérité, rien de plus, rien de moins. Il était seulement le seul à la connaître. Evoquer tout ça ne faisait que faire ressortir l'angoisse que je nourrissais depuis des années à ce sujet et forcément, je me sentais mal. J'étais en train de m'affoler en essayant d'imaginer les réactions de tout le monde, oubliant que si je continuais à la jouer de la même façon, j'étais la seule qui en pâtirait et que tout le monde l'apprendrait de la pire des façons, principalement si je ne revenais pas d'une énième mission sauvetage de ma soeur qui en avait fait sa spécialité. Ne tenant pas en place, j'écoutais attentivement Luciano, hochant la tête à intervalle régulier, reconnaissant qu'il avait raison sur toute la ligne. Je n'avais, de toute façon, pas les épaules assez solides pour porter le poids d'un tel secret et c'était d'autant plus vrai maintenant que les choses partaient encore plus en couille. Peut-être que si j'en avais parlé plus tôt et que j'avais eu moins peur de la réaction des hommes de ma famille, ma soeur n'aurait jamais eu à tomber si bas. Elle avait honte et au lieu de lui dire que ce n'était pas de sa faute et qu'en parler à notre père dénouerait les choses, j'avais participé à sa descente aux enfers, je le savais, et je craignais que les autres membres de ma famille le sachent, c'était pour ça que je me taisais à présent. Quel monstre j'étais ! « Je sais, tu as complètement raison ! » Il fallait que quelqu'un me le dise, sans prendre de gants, sinon je me serais entêtée dans ma connerie et j'aurais fait pire que mieux mais ça ne m'empêchait pas d'être pétrifiée. Je perdais doucement le contrôle de la situation et ça ne me facilitait pas la vie. Il essayait de m'apaiser, de me ramener au calme et me prendre dans ses bras fut sa meilleure idée, il n'y avait que là que je me sentais intouchable mais mon coeur battait toujours à tout rompre, comme s'il voulait s'échapper de ma poitrine. « C'est vrai, tu ferais ça ? » Alors que la peur s'évaporait, virée par le soulagement, je sentais la fatigue pointer le bout de son nez. Je m'étais encore mise dans tous mes états et j'avais usé d'une quantité conséquente d'énergie pour brasser de l'air. « Merci ! » Ce serait toujours plus facile de parler à mon père une fois qu'il aurait été mis au courant, je ne souhaitais pas me transformer en oiseau de mauvaise augure et si la logique aurait voulu que ce soit moi qui lui raconte l'histoire, je ne m'en sentais pas la force. De plus, j'avais une confiance aveugle en Lucky et en sa capacité à gérer la situation. Est-ce que ça signifiait que je me cachais derrière lui ? Peut-être mais je n'avais pas la force de faire autrement. C'était tout l'intérêt d'être deux, parfois, on pouvait déléguer et j'en avais besoin, surtout concernant ma petite soeur. « Je n'ai pas besoin de réfléchir, tu as mon feu vert... » marmonnai-je contre lui, me disant que plus j'y réfléchirais, plus ça me rendrait folle, il fallait mettre un terme à tout ça maintenant, avant que l'angoisse ne gonfle et ne devienne insupportable.


***


Depuis que j'avais découvert la supercherie et que je l'avais jeté de la chambre, je cherchais une façon de recoller les morceaux et d'arranger les choses, parce que je savais pertinemment que si je le sortais de ma vie, je ne me relèverais pas. Ca allait au-delà de cette histoire de honte et de répétition. Vu ce qui s'était passé avec Ruben, je ne pouvais pas dégringoler davantage dans l'estime de mes parents et à vrai dire, c'était le cadet de mes soucis. Ce qui me préoccupait réellement c'était les sentiments que j'avais pour Lucky et qui me rendraient malheureuse si nous nous séparions. Je m'étais sentie dépassée après la tromperie de mon premier fiancé et ça m'avait meurtrie au plus profond de moi mais cette fois, je savais que ce serait différent parce que les choses l'étaient. Je me sentais bien, dans cette relation, il ne me diminuait pas, ne m'infantilisait pas et ne m'utilisait pas, nous étions à égalité. Il me permettait de m'épanouir et m'avait apporté tellement de choses. Tout le monde le voyait comme quelqu'un de difficile mais il ne l'était pas plus que moi, bien au contraire, il en fallait du courage et de la force de caractère pour me supporter. Il était précisément l'homme qu'il me fallait et je n'aurais échangé pour rien au monde, c'était justement pour ça que son écart me blessait autant. Si j'avais l'impression d'avoir mis la main sur mon âme soeur, ce n'était visiblement pas réciproque et il s'apprêtait à se marier à la mauvaise personne, sinon pourquoi ressentait-il le besoin d'aller papillonner ? C'était parce que j'étais une égoïste finie que je l'autorisai à revenir près de moi dans la chambre mais j'avais tellement mal que je me montrai agressive dès qu'il s'approcha. Je ne pouvais tolérer de ne pas être la seule, parce que je faisais tout mon possible pour qu'il ne voie que moi et qu'il ne jure que par mon prénom et malgré tout, j'avais échoué. Ma jalousie prenait le pas sur la raison et ma capacité à faire des concessions. Est-ce que je ne pouvais pas tolérer qu'il aille en voir d'autres de temps en temps s'il me faisait me sentir comme une reine dès qu'il était avec moi ? Mais quelle valeur cela pourrait-il bien avoir alors qu'il sortirait le grand jeu à toutes les autres ? Quelle serait ma place ? Comment pourrais-je vivre ça sans finir par me détester, sans perdre l'estime que j'avais de moi et me retrouver dans une position pas très éloignée de celle de ma propre soeur ? Cinzia avait raison, je devais lui faire passer l'envie de recommencer, parce que j'avais beau l'aimer à m'en faire mal, je ne le partagerais jamais. Des erreurs de parcours arrivaient mais si celle-ci n'était pas isolée, il me faudrait lui faire passer le goût des autres. Il ne devait y avoir que moi comme il n'y avait que lui pour moi, sinon ce mariage n'aurait jamais aucun sens.

Je ne cessais de me demander si ce n'était pas moi le problème, même si Cinzia m'avait répété que ce n'était que lui, qui ne savait pas apprécier sa chance et que maintenant qu'il était sur le point de tout perdre, réaliserait son erreur. Je me sentais tellement rabaissée et humiliée, parce qu'il n'avait pas été voir une femme normale mais une pute. Etait-ce une question de satisfaction ? Ou bien avait-il cherché à me faire passer un message ? Tout ça tournait et retournait dans ma tête, alimentant mes larmes et mon envie de hurler alors qu'il m'appelait et que j'étais incapable de reprendre le dessus pour trouver la force de le regarder ou même de lui parler. J'aurais aimé me dire que ce n'était qu'une fellation et que ça n'engageait à rien mais je ne le pouvais pas. Pour moi, c'était un acte d'amour, un cadeau qui ne s'accordait que lorsque l'on avait une confiance pleine et entière en l'autre, j'étais probablement trop romantique et naïve. Pas d'explications ? Moi j'en avais un millier et lui n'en avait aucune à m'opposer ? C'était que c'était pire que ce que j'avais imaginé. Il fallait à tout prix que j'arrête de penser, il fallait que je cesse de me monter la tête ou j'allais tout gâcher. Si je décidais de lui pardonner, je le faisais complètement mais pas à moitié et il était hors de question de le faire souffrir pour le plaisir. Je le voulais près de moi, il fallait donc que je fasse des efforts et ça commençait par lui offrir un minimum de respect en tournant mon visage baigné de larmes vers lui. Le voir dire que ça lui brisait le coeur, les yeux embués et le menton tremblant, comme si je l'entendait se fissurer de seconde en seconde n'arrangea pas mon état. Ma colère avait disparu depuis un moment, il ne restait qu'une douleur sourde qu'il ranima. Je ne voulais pas ça, je ne voulais pas lui faire de la peine et encore moins le voir dans cet état. Je tentais de rassembler mes forces pour lui répondre et tenter de le rassurer mais il me prit de cours et je me remis à pleurer. Je ne regrettais pas d'être tombée amoureuse de lui, c'était arrivé parce que nous étions faits pour nous entendre et certainement pas parce qu'il avait forcé le destin, je regrettais d'avoir bafoué mes principes pour que ça se termine ainsi. Mais il était sincèrement désolé, il ne pouvait rien faire de plus et il n'avait certainement pas le pouvoir de revenir en arrière. Je me levai déjà pour le calmer quand il me supplia, m'enserrant le coeur dans un étau jusqu'à ce qu'il explose d'amour. Ma peine ne comptait plus quand la sienne entrait en ligne de compte et je le regretterais peut-être mais pour l'heure, je savais que je devais lui pardonner, c'était le mieux à faire. Je m'approchai de lui et me serrai contre son torse, prenant ses bras pour les mettre autour de moi.

« Je veux que tu restes ici, avec moi, là où tu dois être ! » articulai-je en le serrant aussi fort que possible. « Je ne regrette pas d'être tombée amoureuse de toi, je t'aime plus que tout et c'est parce que je suis blessée que je t'ai dit que je regrettais d'avoir faire l'amour avec toi mais c'est faux ! Je voyais seulement l'histoire se répéter et je pensais que c'était une punition de Dieu pour avoir découvert ce qu'était qu'un orgasme. » Je ricanai, me blottissant contre lui pour qu'il ne me glisse surtout pas entre les doigts et parce que j'avais un peu honte de le balancer comme ça mais il n'y avait rien de plus vrai. « Parce que tu crois que je vais annuler le mariage ? Où je vais trouver un homme capable de me supporter et de chanter une ode hein ? Un homme capable de m'aimer sans me rabaisser et me traiter comme de la merde ? Tu as fait une erreur, ça arrive mais ça n'efface pas tout le reste, tout ce que tu fais à la perfection depuis le début. Ca arrivera si ça se reproduit mais là, non ! Je ne compte pas t'en vouloir toute ma vie pour ça, quelle perte de temps, on a encore tellement de choses à faire ensemble ! » Je le regardais désormais dans les yeux, caressant son visage, espérant qu'il comprenait le message subliminal qui se cachait derrière. « Où est ma bague ? J'aimerais bien la remettre le plus tôt possible, je me sens nue sans elle ! » Une fois le bijou à mon annulaire, allongée dans mon lit contre ma source de chaleur préférée, je me sentis un peu mieux, enfouissant avec détermination tout ce qui pouvait découler de mauvais de cette situation, pour notre bien à tous les deux. « Sans toi, je serais toujours la fille malheureuse et peu sûre d'elle que tu as rencontrée ! Je suis contente de savoir que je t'apporte autant que tout ce que tu me donnes, Lucky ! J'avais peur d'être la seule à avoir trouvé sa moitié manquante. » Je lui souris timidement, venant déposer un baiser sur ses lèvres, me demandant si tout ça lui donnerait assez de bonnes raisons de ne plus jamais recommencer. Je l'espérais, de tout mon coeur, parce que maintenant que j'avais passé l'éponge une fois, je n'aurais plus de point de pression pour ne pas le faire une voire d'autres fois et ça me tuerait, à petit feu.


***


Ne pas le sentir contre moi en me réveillant me fit paniquer, je me levai d'un bond et finis par me calmer en l'entendant dans l'autre pièce. Je soupirai, me disant que j'avais vraiment un problème de paranoïa. J'enfilai un peignoir de l'hôtel et me traînai dans l'autre pièce en me frottant les yeux, décoiffée et mal réveillée. Je hochai la tête en guise de réponse unique à toutes ses questions alors qu'il se levait pour faire chauffer la bouilloire et que je m'asseyais sur une chaise en face de la sienne. J'aurais aimé avoir le temps de boire un peu de mon thé avant de devoir répondre à ce genre de questions mais il attaquait direct et vu sa tête, ça avait dû le travailler une bonne partie de la nuit. « Bébé, je ne couche pas avec ta soeur et je n'ai jamais couché avec elle ! On voulait juste vous faire enrager pour se venger mais nous sommes amies ou comme des soeurs mais ça s'arrête là ! » J'attrapai sa main pour la serrer dans la mienne. « Je ne veux pas que tu sortes de ma vie, ok ?! Et encore moins que tu te rendes malade pour des conneries qu'on a inventées sous le coup de la colère ! C'était idiot mais je ne savais pas quoi faire, je me sentais tellement conne ! Je me suis demandé si je ne faisais pas les choses correctement, si je ne méritais pas tout ça et si je ne t'y avais pas poussé, tout en souhaitant que tu ne recommences pas et on ne peut pas dire que j'ai opté pour la meilleure option. Je ne regarde même pas les autres hommes alors les femmes ! Tu imagines ?! Je suis toujours trop occupée à te regarder et à être ravie que tu sois à moi, le but de la manoeuvre c'était que tu me reviennes, pas de te faire de la peine. » J'espérais que cette discussion serait la dernière à ce propos, parce que je n'étais pas sûre de pouvoir en endurer d'autres du même goût.


***


Une fois à New York, il me fallut me replonger dans les préparatifs du mariage et surtout de l'appartement dans lequel nous allions vivre après les noces. Je refusai catégoriquement d'emménager dans celui qu'il partagea avec Caitlyn et après en avoir longuement discuté, nous récupérâmes celui que je partageai avec Cinzia. Mes affaires y étaient restées, en grande partie, nous n'eûmes qu'à changer quelques petites choses qui ne lui plaisaient pas, à améliorer la chambre pour en faire une chambre de couple et je tins absolument à ce que tout l'appartement soit insonorisé, pour des raisons évidentes. De son côté, le temps que les travaux soient menés à bien, il dormait à droite et à gauche, parfois chez mes parents, dans la chambre de mon frère, parfois chez Mani et d'autres chez ses parents et je ne cherchai pas à savoir s'il mentait ou pas, j'espérais seulement qu'il n'avait pas de raisons de me cacher ça. Moi, j'essayais de mettre le point final à tout ce qu'il restait à faire et sans Girolama, ma mère, Cinzia et Carolia, je n'en aurais jamais vu le bout. Je dus courir récupérer mon abuelo à l'aéroport, tenant à ce que Lucky soit là pour l'accueillir et le rencontrer. C'était un homme facétieux, bourré d'humour et au visage buriné par les années et le soleil. Il était venu du Mexique juste pour mes noces, comme il le fit pour tous les autres membres de ma famille et j'étais heureuse de le retrouver. Il parvint à glisser quelques blagues dans un anglais approximatif à mon fiancé alors que je me trouvais derrière, heureuse de constater qu'ils avaient l'air de bien s'entendre, ce serait une autre chanson avec ma soeur, Vicky. C'était la seule qui n'avait pas encore pris la peine de répondre favorablement à une invitation à dîner et je savais très bien pourquoi, elle désapprouvait le moindre de mes choix, par principe. Ne pas connaître Luciano ne la gênait pas pour s'en faire une idée bien précise. Elle lui serra la main, sans même essayer d'être sympathique et ça me mit immédiatement en rogne. Comme à son habitude, elle laissa son mari s'occuper de débarrasser avec ma mère et moi, mon père eut beau lui faire de nombreuses remarques qui sous-entendaient qu'il était temps de reprendre ses couilles à sa femme, il ne voulut jamais saisir les allusions et semblaient heureux du partage des tâches : elle ordonnait et il obéissait. Mon père avait fini par abandonner. Pourtant, elle finit par se lever pour le dessert, j'étais seule dans la cuisine et il me fallait au moins ça pour me calmer à cause des remarques à peine voilées qu'elle distillait à chaque phrase et qui étaient contre mon fiancé. « Alors c'est ça que tu vas épouser ?! T'avais pas eu ton compte avec Ruben, il a fallu que tu trouves un autre abruti d'un niveau au-dessus ? Hein ? Comment tu crois que ça va finir ? Il va te prendre pour une conne, te tromper, si ce n'est pas déjà fait et puis passer à la suivante !! C'est trop te demander d'avoir un peu d'estime de toi et de te trouver quelqu'un qui te respecte ? » Ma colère tomba comme un soufflet quand je me rendis compte qu'elle était simplement jalouse, sa vie ne la satisfaisait pas et c'était justement parce que j'avais l'air de mener une existence plus trépidante que la sienne qu'elle se sentait obligé de m'enfoncer la tête dans l'eau. Un large sourire s'épanouit sur mon visage et elle fut décontenancée. « J'apprécie que tu t'en fasses pour moi, vraiment, mais je te conseille de ne pas insulter Lucky devant moi, parce que si je vais tenter d'être patiente et sympathique parce que j'ai pitié pour toi, ça ne va pas durer ! » « Et ? Tu vas m'en foutre une ? Parce que tu ne sais faire que ça, comme la fille limitée que tu te bornes à être ? » « Non, je vais t'en coller une parce que c'est de ça dont t'as besoin, ou de te faire sauter un bon coup parce que toute... » Je fis un geste de la main l'englobant entièrement « cette tension là, c'est pas bon pour toi ! Alors comme visiblement, ton mari n'est pas prêt de se dévouer, je vais le faire pour le bien commun et te coller la raclée de ta vie pour que tu ravales ton venin et que tu balaies devant ta porte !  Je ne te dois rien, tu n'as jamais rien fait pour moi hormis me rabaisser et maintenant que je suis heureuse, ça te débecte. Mais tout le monde n'a pas envie d'être aussi triste que toi, Vicky ! »

Je la plantai là, apportant le dessert alors que tout le monde se tenait devant la télé, suivant le match avec animation. En me voyant de retour, mon fiancé me rejoignit pour passer son bras autour de mes épaules et déposer un baiser sur ma tempe. Ce fut le coup de manivelle qui relança la machine Vicky. « Alors, Luciano, tu fais quoi dans la vie ? Je veux dire à part te faire servir par ma soeur et lui faire croire qu'elle est la chose la plus importante du monde à tes yeux avant d'en trouver une autre qui fera ça encore mieux qu'elle et de la planter le jour de son second mariage ! » Il y avait de la malveillance qui brillait dans ses yeux, que je ne m'en prenne pas à elle l'avait emmerdé, elle ne pourrait pas me faire passer pour l'éternelle impulsive cette fois. « Sûrement un truc super important pour venir faire le coq ici en costume hors de prix ! Ma soeur est stupide, elle ne voit que ce qu'elle veut voir mais moi, je sais très bien le genre de type que tu es et j'ai beau la mettre en garde, elle va nous la refaire comme la première fois, à revenir en chialant parce qu'elle s'est rendue compte de ce que tout le monde voyait avant elle ! TU ne feras pas exception, elle n'a jamais eu de goût en rien et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer ! » Une colère sourde et glaciale m'envahit et je me sentis sur le point de lui mal, très mal, avec le couteau que je tenais fermement en main mais je sentais la main de mon fiancé me presser doucement le bras, je balançai mon arme d'appoint sur la table, il voulait régler ça lui-même. Vicky fit une petite moue faussement impressionnée et ajouta : « Tu l'as vachement bien dressée, ça fait au moins une chose qui te différencie du précédent. »







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Luciano Gambino
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MessageLun 18 Avr - 21:25





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Je la gardai longtemps contre moi, caressant son dos doucement, l’embrassant de temps à autre sur le haut de son crâne, sur son front, sur le bout de son nez, sur tout ce qui était à ma portée. Je tentais de la rassurer de mon mieux. C’était la moindre des délicatesses après avoir provoqué tant de remous en elle. L’agression organisée de toutes pièces, certes, mais surtout celles de sa sœur. En remuant le passé autant pour elle que pour moi, je l’astreins à une douloureuse remise en question à propos de ses choix, de son silence et de leur impact sur la vie menée par Olivia. Une part d’elle se sentait responsable désormais, c’était palpable, mais d’après moi, à moins qu’elle n’ait glissé sous le nez de sa cadette son premier rail de cocaïne ou sa première dose d’héroïne, le nœud du problème ne se posait pas là. La réaction de son père, tenu à l’écart malgré lui de ce malheur était davantage à redouter que celle de ses frères. Fallait-il que j’aime cette jeune femme de tout mon cœur pour me substituer à elle et me présenter devant Javier avec de si terribles nouvelles. Je n’avais pas le loisir de dédramatiser en invoquant le pouvoir du temps révolu, car rien n’était plus ancré dans le présent que la descente aux enfers d’Olivia. Sa famille en souffrait chaque jour. Je présumais qu’il ne s’en écoulait pas un seul sans qu’il cherche réponse à cette question : pourquoi leur gamine, un soir, s’éloigna du cocon sécurisant pour tromper toute entière dans le bain d’une vie aussi glauque. N’avait-il pas élevé tous leurs enfants avec le même dévouement, fort de leur amour et de leur principe ? Alors, non, ce costume d’oiseau d’augure malheureux ne m’allait pas du tout. Il était certainement taillé un peu trop grand, à moins qu’il soit trop lourd pour la saison. Après tout, ça ne me regardait pas, mais j’avais promis à Lyla que je la soulagerais de ce fardeau, que je l’aiderais à porter toutes ces croix. C’était mon rôle et quand bien même, je ne me sentais jamais plus valorisé en tant que futur époux que ces fois où je lui étais utile, quasiment indispensable à son équilibre, comme elle l’était pour moi. « Eh bien, mon garçon, tu as la mine de quelqu’un qui s’apprête à monter sur l’échafaud. Que se passe-t-il ? » remarqua d’emblée l’homme clairvoyant qui me reçut au salon, conscient que je n’étais pas là pour une visite de politesse. Il y avait par ailleurs dans sa constatation une part de vrai : j’allais bien m’exposer, à la différence que j’étais le bourreau involontaire et lui la probable victime. « C’est un peu ça, je dois bien l’admettre. Je ne vais donc pas y aller par quatre chemins. Récemment… » Je lui contai toute l’histoire, à commencer par l’épisode de la seringue, en passant par mon inquiétude, et terminant par les causes réelles de cette merde. Je les révélai peut-être abruptement, ne sachant comment il convenait d’amener les choses.

Il demeura un moment impassible avant de se tenir la tête à deux mains, accablé par cette douloureuse vérité. Cette peine, cette déchirure, je crus la distinguer clairement. C’était comme si son cœur venait de voler en morceau dans le fond dans ses talons. Elle me faucha si sévèrement que je me souvins de toutes les raisons pour lesquelles je ne rêvais pas de paternité. Les enfants, c’est avant tout la certitude de ne plus jamais dormir sereinement. C’est abandonner une part de soi pour leur bien-être au détriment du nôtre. Je suis définitivement trop égoïste pour ce genre d’expérience. « Je sais que je ne suis pas le mieux placé pour vous raconter tout ça. Je ne cherche à offenser personne. Au contraire. Mais j’aime Lyla et Olivia s’échappe totalement. Plus personne ne la contrôle. Pas même elle. Qui mieux que vous peut reprendre le contrôle justement ? Bien sûr, vous n’auriez pas dû être tenu à l’écart de tout ça, mais vous savez comme moi que le lien qui unit deux sœurs est fort. Ce n’est pas facile de trouver sa place et de déterminer envers qui il faut se montrer le plus loyal. C’est un dilemme difficile, il ne… » Je n’aurais su dire ce qui me décida à ne rien ajouter : son regard ou mon bon sens. « Je n’en veux pas à mes filles. Et, tu fais bien de m’en avoir parlé enfin. Ça explique tant de choses. » Je haussai les épaules, parce que c’était naturel finalement. Je n’avais à recevoir aucune gratitude, qu’importe sa forme. « Néanmoins, je te connais. Tu n’es pas seulement venu pour m’aider à ramener Olivia dans le droit chemin. Qu’as-tu en tête ?» « La vengeance peut-être ? Autant pour elle que pour Lyla qui se sent tellement coupable. Elle est prête à tout pour Olivia. J’aime son amour pour vous tous, vous êtes sa famille. J’ose espérer que vous êtes déjà la mienne. Le mariage approche. Je serai toujours présent pour vous tous, si vous avez besoin de moi d’une quelconque manière. Je ne veux pas qu’il arrive quoi que ce soit à Lyla cependant. Je ne veux pas non plus qu’elle continue à souffrir. Mais, rien ne peut se faire sans vous, sans votre accord. C’est à vous de décider. » Et, accessoirement, de choisir s’il voulait en être, Javier étant plein de surprise. Immobile, comme dépourvu d’énergie ou de volonté, ses pupilles sombres me fixèrent un moment. Je ne cillai pas. J’étais sérieux. J’avais des tas d’autres arguments sous le coude. Je n’étais pas plus impressionné par le personnage que le contraire. Je le respectais simplement et je craignais uniquement qu’il puisse compliquer mes noces, s’il le souhaitait. « Olivia n’agit pas seulement à cause de l’addiction, mais parce qu’elle a peur, tous les jours, de croiser un de ces types. » ajoutais-je tout de même tandis qu’il posait à nouveau les yeux sur moi. « Laisse-moi le temps d’y réfléchir. Quant à Lyla, je suppose que tu sauras quoi lui dire. » Je souris, loin d’être surpris par sa dernière remarque, tribut de mon audace. C’était ça, faire partie de la famille. Je lui serrai donc la main pour sceller notre accord. Il le fit avec chaleur avant de rentrer et d’appeler ma fiancée. Je ne confiai que peu de détails à Lyla sur notre entrevue. Il n’était pas question que je trahisse ma parole à son père. Non ! En revanche, à Los Angeles, je trouvai normal de la décevoir, elle, différemment, et quel mal lui avais-je fait ? Trop. Beaucoup trop.

Malheureusement, il fallut qu’elle me chasse en exprimant ses regrets à voix haute pour que je daigne l’entendre. Dans cette chambre, ce que j’avais pris pour des simagrées tenait lieu de catastrophe désormais. Cette peur de la perdre qui s’insinuait en moi de temps à autre, mais qu’une bague ou une attention tendre me permettait de refouler m’assaillit si vivement que, vaincu, je déposai ma fierté à ses pieds. Moi, qui ne versai aucune larme à la mort de mon frère, pas même en cachette, je fus incapable de les réprimer. Elle suait par chaque pore du corps de mon discours vivant de sincérité. Je respirais mal. L’angoisse, pour laquelle j’étais un parfait étranger, me vantait allègrement son démérite. Le pire, c’était surtout la honte de l’avoir blessée, d’avoir agi comme un con et d’être aussi faible devant la situation. Je l’étais. Mon comportement l’attestait d’ailleurs, contre mon gré, c’était si avilissant que ses mots, bien qu’ils me touchent plus qu’ils ne m’effleurent, ne suffirent pas à me rassurer. Elle était douée pourtant. En me flattant – tous les hommes ne se louangent pas de détenir le plaisir de leur dulcinée entre leur doigt – elle m’arracha un sourire discret et éphémère tandis qu’elle se dissimulait dans mes bras. Une telle confession, pour une jeune fille dans son genre, c’était inédit, comme mon émoi. Ce n’était plus une conversation à bâtons rompus faites d’arguments pour convaincre, mais un authentique échange à cœur ouvert. Je l'enlaçai, heureux qu’elle se presse contre moi, pas tant car la chaleur de son corps me faisait un bien fou, mais parce que je n’étais plus contraint de la regarder droit dans les yeux. Il n’y avait rien de pire que des pupilles fuyantes. Je préférais nettement nicher mon visage dans son cou, ma main la retenant par la nuque, qu’elle ne recule pas. À présent qu’elle me réclamait son bijou, je lui aurais volontiers hurlé que je l’aimais pour me débarrasser de ma culpabilité une bonne fois pour toutes. Je me contentai de lui rendre ce bien récupéré dans la poche de ma veste. Protégée par un écrin, j’avais veillé à la garder en sécurité avec moi. Elle était pourtant bien mieux à son doigt. « Ça n’arrivera plus. Ce genre d’erreur. J’ens suis tellement désolé. » affirmais-je en guise de conclusion pour cette nuit. Elle fut compliquée, même si elle m’embrassa, qu’elle me reconnaissait comme son âme sœur. « Sans toi, je deviendrais fou. C’est toi mon équilibre. Tu n’es pas une part de moi, tu es la plus belle part de moi. » lui chuchotais-je avant qu’elle ne s’endorme. Moi, je ne trouvai jamais le sommeil et mon insomnie détruit brique après brique le mur épais de mes certitudes.

Le lendemain matin, outre un accueil prévenant, bien qu’hésitant, je l’invitai à reconstruire avec moi la bâtisse effondrée la veille. « J’en étais certain. » lâchais-je soulagé, ressentant à nouveau la faim. « Enfin, je l’ai été jusqu’à cette nuit. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que j’ai eu l’impression que ton amitié avec ma sœur était plus solide que toi et moi. Vous êtes toujours sur la même longueur d’onde. Ça a l’air tellement facile pour vous deux, pour ne pas vous blesser, je veux dire. » Alors que Mani et moi, nous dépensons énormément d’énergie pour courir ce putain de marathon et finir systématiquement en queue de peloton. C’était tellement usant. « Je n’ai juste pas pensé aux répercussions pour toi. Je n’ai pas pensé que tu te remettrais en cause. Pour moi, ça n’avait strictement rien à voir. Je réalise à quel point c’était stupide, parce que je te jure que je n'ai rien à te reprocher. Tu n’as rien à te reprocher. Tu es en tout point parfaite. Je te l’ai dit hier, et je te le redis aujourd’hui, ça ne se reproduira plus. » attestais-je fermement, droit dans les yeux au départ, puis plus concentré par ma tasse de café. Que dire de plus ? la seule comparaison qui me vint à l’esprit était une histoire de bagnole. J’en avais une que j’adorais, mais ça ne m’empêchait pas d’avoir envie d’en essayer une autre sur circuit. Je jugeai néanmoins que lui expliquer de cette manière n’aiderait en rien. C’était un rien réducteur et elle ne comprendrait pas. Les types comme moi, quand un nouveau modèle de mécanique nous tente, on jette la précédente au profit de l’inédit. Jamais je ne me séparerais de Lyla. Elle n’était pas un objet. Or, cette similitude ne louperait pas. Elle saisirait mal et je pourrais dire adieu à l’ébauche de son pardon alors que pour ma part, j’aurais volontiers mis un terme à toute cette merde dans un peau à peau torride. Elle s’était montrée claire sur ses intentions cependant : le mariage et puis la débauche. Qu’à cela ne tienne, je démarrai la machine en passant quelques coups de fil tandis qu’elle investissait la salle de bain, sans moi, non sans m’avoir offert un maigre baiser en lot de consolation. Du reste, la fin du séjour se calqua sur ce même modèle malgré mes efforts pour nous créer de beaux souvenirs. Je m’abîmais les nerfs en m’astreignant à de menues délicatesses quand mes mains se seraient faites plus entreprenantes. Je m’en tins néanmoins à ses principes. Je me pliai à la moindre de ces exigences et Dieu sait pourtant si, de retour à New York, après un dîner somme toute banal, je n’aurais pas eu besoin davantage d’affection tant l’aînée des Canjura était infecte.

J’avais rejoint Lyla chez ses parents le cœur léger, car j’aimais l’ambiance qui régnait dans cet appartement du Bronx. Elle me rappelait de près celle de chez moi, avant la perte de Fedele et en plus détendue. J’avais été reçu comme un fils ou un frère par chaque membre de cette famille. Durant le repas, nous nous taquinâmes joyeusement et gentiment comme à l’habitude. Rien ne changeait, sauf le poids dérangeant et inquisiteur de la plus absente de leur gamine. Elle était là uniquement parce que le mariage approchait, mais elle ne pouvait cacher qu’elle aurait préféré être bien tranquille dans ses pénates, elle donnait l’impression de subir les siens, ce qui me révolta en partie. Dans l’absolu, ce n’était pas mon problème, même si elle ne paraissait pas m’apprécier beaucoup sans me connaître du tout. Était-ce de la méfiance ? De la jalousie ? J’hésitai longuement jusqu’à ce qu’elle éclaire ma lanterne en entamant une discussion aux premiers mots courtois, mais qu’elle transforma en insulte par des propos vénéneux sans vraiment m’accorder voix au chapitre. Si j’étais surpris ? Pas du tout. Ma fiancée m’avait dressé un tableau plutôt ressemblant de ce qu’elle semblait être. Alors, imperturbable, je cassai mes noix sans la détailler, l’écoutant attentivement, bien que plus concentrer d’apparences sur les fruits secs que je nettoyais et que je refilais par intermittence à ma compagne. À l’heure où sa sœur exagérer, j’en profitai pour l’inviter au calme, mais je le regrettai aussitôt. Cette pimbêche aurait bien mérité une sévère correction pour son comportement. Il était même grand temps qu’on lui rappelle les valeurs inculquées par son père. C’était trop tard maintenant. Si j’avais le malheur d’intimer en Lyla le désir de la vengeance, je donnerais raison à la fumiste qui m’horripilait au plus haut point. Mon regard, tandis qu'il se levait sur elle pour la première fois, puait le mépris et la pitié, mais je ne pipai mot, savourant son air satisfait qui l’enlaidissait. Elle jubilait et moi, triant parmi son propos ce qui nécessitait que je m’y attarde, je n’en étais pas loin par pure anticipation.

« Tu sais, Vicky… tu permets que je t’appelle Vicky ? » Bon Prince, elle accepta, sans doute persuadée que mon ton s’approchait de celui du perdant. «Parfait ! Je m’apprêtais donc à souligner que tu ferais pas mal d’apprendre à tourner ta langue dans ta bouche sept fois avant de parler, ça t’éviterait de te rouler toute seule dans la boue sans que personne n’ait eu besoin de t’y pousser, car moi, et je crois pouvoir me vanter d’être assez clairvoyant quand il s’agit de trier le bon grain de l’ivraie, tout ce que j’entends sortir de ta bouche, c’est l’expression de ta jalousie, de ta honte et de ta solitude. Après tout, ton mari, avec tout le respect que je lui dois qui, par ailleurs, a l’air d’être un homme honnête n’a pas l’air de susciter en toi ce qui aurait pu te rester de bon et de respectable. Tu n’as l’air ne plus avoir envie d’appartenir à cette famille depuis longtemps. Tu dois te sentir tellement seul que j’ai de la peine pour toi. Vraiment. » Elle serra les poings, vexée, se demandant s’il valait mieux répliquer ou se taire. Une fois encore, je ne lui permis pas de trancher que j’enchaînai. « Ne te mets pas dans des états comme ça. Je n’en vaux pas vraiment la peine. Après tout, qu’est-ce qu’un arriviste comme moi peut bien avoir à t’apprendre sur toi ? Je me pavane dans mes costumes hors de prix. Je présume que mon avis ne vaut pas grand-chose. C’est de bonne guerre et, contrairement à toi, je ne te juge pas, tu sais. J’aurais pu devenir comme toi. Tout ce que j’ai, je le dois à ma famille, à la différence que j’ai confiance en eux, que je les aime, et que je n’ai pas honte d’eux non plus. Je peux encore me regarder dans un miroir, contrairement à toi. » conclus-je en avalant quelques fruits secs, un sourire mauvais au coin des lèvres et les doigts de ma fiancée mêlés au mien. Je ne la lâchai que parce que son père me réclamait. « Te laisse pas faire, bébé. » chuchotais-je à l’oreille de ma dulcinée alors que je l’abandonnais à la rancœur de sa grande sœur. Je n’avais pas le choix cependant. Javier exigeait et, compte tenu de notre ultime conversation, je disposai sans rechigner. Il affichait cet air tracassé qui m’incita à me préparer au pire, et comme de bien entendu, mon instinct ne me trompa pas.


***

« Tu voudrais bien savoir ce que j’ai dit à ta sœur juste avant de partir pour qu’elle prenne cet air scandalisé, pas vrai ? » lançais-je en haussant les sourcils à plusieurs reprises, tentant surtout et vainement de détendre l’atmosphère. Lyla était si nerveuse que toutes les mauvaises ondes qui se dégageaient d’elle auraient brisé le pare-brise de ma voiture. « Allez, je pensais que tu ferais au moins semblant de jouer le jeu. Sois chic, merde ! » Un coup dans l’eau. Le premier d’une longue série. Elle affichait toujours une tête de six pieds de long, si bien que je commençai doucement à me demander si les laisser seuls – ou presque – était une bonne idée. « Tu es fâchée parce que j’ai demandé à Muñez de rester avec vous ? Je l’ai fait pour ta mère et pourtant, Dieu seul sait comme j’aurai adoré que tu nous la recadres. Victoria ne mérite ça, mais ça aurait tué Rita si vous vous étiez battues comme de chiffonnières chez elle. Et puis, tu l’as eu ta vengeance. Tu ne vas pas me dire que parler durant des heures de ton enterrement de vie jeune fille avec Maria en précisant à Vicky qu’elle n’était pas la bienvenue n’était pas jubilatoire. Sa mâchoire est tombée à ses pieds. » Elle dansa sur celle-ci durant des heures, mais ce n’était vraisemblablement pas suffisant. « Tu sais que je ne t’abandonnerai pas. Tu le sais ça ? Ni aujourd’hui, ni demain, ni jamais. Je sais que j’aurais dû te dire pour Amber, mais il ne sait rien passer. Je t’ai dit tout ce qu’il y avait à savoir. Tu ne vas quand même pas laisser ta sœur nous atteindre comme ça. Qu’est-ce qu’on s’en fout de son avis ? Sérieux ? Elle crève de jalousie. On vaut mieux que ça non ? » Second trou le bassin. Ce n’était visiblement pas le souci. J’étais complètement à côté de la plaque avec cette hypothèse, mais cette petite conne, en me présumant capable de tromper Lyla, avait réveillé ma culpabilité. Cette victoire, je la lui accordais de bonne grâce, mais ça n’apaisa pas les tensions. Pas le moins du monde. Or, il était plus qu’urgent que ma fiancée retrouve de sa bonne humeur, car j’avais des choses à lui dire, des réalités bien plus déplaisantes que ce pseudo-conflit.  

Jusqu’ici, je n’avais trouvé aucune opportunité exploitable. Puis, à force de me répéter chaque détail de ce repas, je saisis que le problème venait principalement du peu de discrétion dont Javier et moi avions fait preuve. À l’heure de quitter son bureau, nous avions tous deux constaté que la porte était entrouverte. Néanmoins, ni lui ni moi n’avions envisagé possible qu’on puisse nous avoir espionnés. « Tu nous as entendus, c’est ça ? » m’enquis-je avec étonnement et sans doute dépité. Lyla moins que les autres. J’étais certain que, rattrapée par sa culpabilité, elle aurait fui pour mieux ressasser les quelques bribes d’informations qu’elle aurait perçues malgré elle. Je ne devais pas être loin de la vérité d’ailleurs, mais étais-je en droit de me taire ou de retarder l’heure des aveux à présent ? « Très bien. Je ne sais ce que tu as entendu, mais quoi que ça peut être, je vais tout de raconter pour éviter les malentendus. » Je commençai par ma conversation avec son père avant notre départ pour Los Angeles. Ensuite, j’enchaînai sur celle que j’entretins avec Manuel, mais sans trop en dire, car ça la concernait moins. « Ton père m’a demandé du temps pour réfléchir à tout ça. Aujourd’hui, il m’a fait part de sa décision. Il réclame vengeance lui aussi, mais sous certaines conditions. La première, c’est qu’il se charge lui d’Olivia désormais. Il veut l’aider à s’en sortir. La seconde, c’est que ta sœur et tes frères ne doivent rien savoir de ce qui s’est passé et de ce qui va se passer maintenant. La troisième, c’est qu’il veut tout savoir. Absolument tout. Et, la dernière, c’est que tu ne prennes part à rien. Il veut que tu restes à l’écart de tout ce que Mani et moi allons faire ou ne pas faire. Tu ne dois rien savoir. Tu ne dois pas donner ton avis. En gros, il te décharge de cette responsabilité-là. » J’aurais adoré pouvoir soupirer de soulagement après cette tirade, mais ce serait méconnaître la femme qui m’accompagne. Sa nervosité se mua en colère. Elle était sourde encore, mais elle éclaterait tôt ou tard. Aussi, tentais-je de désamorcer cette bombe avant qu’elle ne m’explose au visage. « J’ai beaucoup de respect pour ton père. C’est son choix. Il lui revient et je ne m’y opposerai pas. Il estime à juste titre pour un papa que ces enfoirés ont volé à Olivia toute son innocence. Il ne veut pas qu’il prenne la tienne. Alors, je sais, de ton point de vue, ça doit paraître complètement stupide. Personnellement, je ne suis pas entièrement d’accord avec lui. Mais, je ne peux rien faire de plus malheureusement. » conclus-je en tournant au hasard des carrefours. Rentrer chez nous n’était l’essentiel, pas tant que cette conversation ne serait pas terminée.






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MessageMer 11 Mai - 23:16





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El novio



Contrairement à l’image que je renvoyais de moi, je n’étais pas la personne la plus sûre d’elle qui soit. Surtout pas quand il était question de la relation que j’entretenais avec Luciano, vu la manière dont s’était terminé ma seule et unique liaison sérieuse, j’avais de quoi me poser des questions. Celle qui revenait périodiquement et faisait grimper mon angoisse c’était concernant le moment où il déciderait qu’il avait assez donné avec moi et qu’il déciderait de mettre fin à tout ça. Ça m’occupait des nuits entières que je passais à peser le pour et le contre, à passer en revue les raisons qui l’empêcheraient de me laisser sur le carreau et toutes celles qui étaient suffisantes pour qu’il m’oublie définitivement. J’avais ce don incroyable pour noircir même le plus merveilleux des tableaux sous l’influence de l’anxiété. Cette histoire de tromperie ne m’aidait en rien. J’avais bien l’intention de faire de mon mieux pour refouler et faire comme si rien n’était arrivé mais il y aurait des nuits où tout ça me reviendrait en pleine face comme un boomerang, où je me demanderais où il était, avec qui et si je n’aurais pas mieux fait de m’abstenir de lui faire des reproches ou de déclencher une dispute pour un prétexte de merde. Je ne serais jamais la femme parfaite, il en avait conscience et je le soupçonnais de m’avoir choisie pour cette exacte raison. Si je l’aimais presque davantage pour ses défauts plutôt que pour ses qualités, c’était justement parce qu’il n’y avait rien de lisse et d’exemplaire chez moi, qui d’autre qu’une femme de ma trempe pour l’aimer de façon déraisonnée ? Et d’après cette conversation que nous avions au saut du lit, ou du moins après que j’émerge doucement du sommeil, il n’était pas le seul à avoir semé de petites graines qui faisaient germer de bien terrifiantes idées concernant notre avenir. Il ne m’avait jamais reproché ma relation avec sa sœur, contrairement à son débile de meilleur ami, parce qu’il était probablement heureux que sa sœur ne soit pas tombée sur une énième profiteuse et parce que ça l’arrangeait bien. N’étais-je pas mieux en compagnie de sa sœur, une femme qu’il connaissait et qui avait reçu la même éducation que la sienne plutôt qu’avec une comparse sortie de nulle part dont il ne saurait que le strict minimum et qui pourrait m’entraîner dans de sales histoires ? Nous n’avions rien trouvé de mieux que de jouer avec ce lien fort qui existait entre nous pour les rendre fous et obtenir une réaction, n’importe laquelle mais quelque chose qui nous prouverait que nous n’étions pas qu’une passade, qu’un autre jeu dont ils se lasseraient et que ces histoires de mariage n’avaient été mises en place que pour endormir notre vigilance pendant que nous donnions sans compter pour mieux nous faire avoir. Cette décision-là, uniquement motivée par un besoin irrépressible de vengeance avait été un faux pas qui nous coûterait cher, je pouvais déjà le sentir venir. S’il y avait un choix à faire, un choix qu’on me contraignait à faire, alors je m’y collerais mais pas de gaieté de cœur.

« Ça n’a rien à voir, Lucky ! On est deux femmes, c’est plus facile de nous comprendre pour des tas de raisons biologiques, je suppose ! Mais j’ai beau l’aimer du plus profond de mon cœur, Lucky, si je dois choisir entre elle et toi, le choix est vite fait. Il n’y a rien, ni personne, qui me fera à nouveau retirer cette bague de mon annulaire ! Tu es plus que mon futur mari, tu es mon meilleur ami, celui à qui je dis tout, même ce que je n’ai jamais osé raconter à ta sœur, parce que je sais que tu auras des solutions là où je n’en trouve aucune et parce que je te fais confiance comme si tu étais une extension de moi-même. On se blesse plus parce qu’on s’aime plus, c’est aussi simple que ça. » Je me levai pour me faire une place sur ses genoux. « Et crois-moi, tu t’ennuierais si tu ne me faisais pas courir pendant des jours après toi pour que je t’oblige à m’écouter et à me pardonner. » Tout ça mettait du piment dans notre relation, si ça avait été trop simple, nous aurions fini par passer à autre chose, parce que c’était dans la complexité que nous nous amusions le plus. Obtenir quelque chose facilement, c’était drôle la première fois seulement. « Je ne suis pas parfaite, les gens parfaits sont ennuyeux ! » répliquai-je avec un sourire aux lèvres tandis que je l’enlaçai et que je venais l’embrasser. « Tu n’auras plus le temps pour ça quand on sera mariés, de toute façon, j’ai l’intention d’occuper tout ton temps libre et je peux être très créative, surtout maintenant que j’ai du temps pour y réfléchir ! » Je m’apprêtai à faire un putain de marathon en retenant mon souffle, ça promettait d’être difficile mais pas impossible.

***

Me laisser avec mon frère et ma sœur, dans un état proche du point de rupture c’était couillu. J’aurais forcément fini par mettre la main sur Vicky pour qu’elle la boucle une bonne fois pour toute et cesse de cracher son venin sans l’intervention de ma chère mère qui me désigna comme la coupable de toute cette situation, moi qui semblais tirer un sacré plaisir à monter les membres de ma famille les uns contre les autres alors que j’avais bien mieux à penser, comme mes noces. Elle me gratifia de répliques qui firent mouche et ne laissèrent planer aucun doute sur qui avait transmis cet art de la méchanceté à ma sœur aînée et quand j’en eus assez, je récupérai mon manteau, le temps d’effacer mes larmes et je poussai mon fiancé vers la sortie quand il réapparut enfin. Je ne desserrai pas les dents, ni pour lui demander ce qu’il avait pondu comme vacherie à ma sœur, même si quand je serais calmée, je le supplierais probablement de me le dire. Là, je me contentai de hausser les épaules alors qu’il faisait de son mieux pour détendre l’atmosphère. Je soupirai, me disant que je me comportais comme une véritable connasse et qu’il ne méritait pas de souffrir du manque d’impartialité de Rita Canjura. « Ça n’a rien à voir avec l’handicapée ! » finis-je par cracher, ma jambe s’agitant alors que le sentiment d’injustice gonflait en moi. « Ma sœur est jalouse parce qu’elle te croit trop bien pour moi ou plus beau que son mari, je n’en sais rien. Tu sais, mon frère aurait seulement fait en sorte de me couvrir si je lui avais mis une correction, le souci, tu vois, c’est que Rita a débarqué et a commencé à me rendre responsable de la situation, comme à chaque PUTAIN DE FOIS ! Parce que j’ai un caractère de merde, parce que je veux toujours tout gâcher. Dès qu’il y a un problème dans cette putain de famille, faut que ce soit de ma faute ! Comment ne pas me sentir coupable pour Livia ?!» Je pensais qu’il tenterait de me réconforter, au lieu de ça, sa panique vint me chatouiller et il laissa échapper une nouvelle qui transforma mon impression d’être victime d’un abus en colère noire. Oh, alors comme ça mon père décidait pour moi hein ? J’étais folle de rage ! Je ne sus comment je me retins de prendre mon téléphone pour lui passer un coup de fil et lui dire ma façon de penser. Dire qu’il m’avait affirmé au téléphone qu’il ne m’en voulait pas, que cette histoire avec Olivia, il la comprenait et qu’il entendait mes raisons. Il avait seulement tenté de m’endormir ! Ils me sortaient par les yeux, tous autant qu’ils étaient. Nous étions supposés nous réunir pour fêter en avance mes noces et ça se terminait comme chaque putain de célébration qui me concernait : un désastre ! Je me sentais rejetée et dépréciée et ça n’apaisa pas mon ire. Je respirais fort, me demandant si inspirer de si grandes goulées d’air m’aiderait vraiment…

« Tu as déjà fait plus que ce qui t’incombait de faire, mon amour et je t’en remercie. Tu n’y es pour rien dans toute cette situation et je suis désolée d’être en colère, ce n’est pas contre toi que je suis fâchée ! Ils ont visiblement tous décidé de me faire chier en même temps, probablement parce qu’ils s’attendent à ce que ce mariage-ci soit une autre catastrophe signée de ma main ! Qu’ils aillent tous se faire foutre et s’ils ne veulent pas venir, personne ne les force ! » vociférai-je sur la fin, sentant mes mains trembler et cette irrésistible envie de hurler pour extérioriser tout ce qui me faisait mal. « Si mon père croit que ça va se passer comme ça, il rêve ! En attendant, il est hors de question que je retourne là-bas ! » Je me saisis de son paquet de cigarettes pour en prendre une et l’allumer, histoire de passer mes nerfs dessus et de ramener le calme dans l’habitacle. « Sans toi, je deviendrais complètement folle ! Merci d’être là, même si je le suis un peu et que ma famille l’est bien plus ! Je sais qu’ils ne sont pas faciles à supporter… Tu bosses ce soir ? On pourrait faire une petite incursion dans un bar, t’en dis quoi ? Si on fait ça bien, y a moyen que je ne rentre que demain au petit matin… Sinon on peut toujours aller arranger l’appart avec mes affaires et voir comment avancent les travaux, en buvant ! Ouais, tous mes programmes du soir impliquent de la vodka et un fiancé sexy, si tu n’es pas libre, ça fout en l’air ma mission secrète visant à me remonter le moral et à oublier que je suis le mouton noir de ma famille ! » Pourquoi j’avais parlé d’abstinence déjà ?!

***

« T’avais dit un strip-teaseur… Pas une armée dans une boîte réservée qu’à ça entourées de gonzesses hystériques ! » lançai-je à Maria, exaspérée. « Ils sont à une dégustation d’alcool et de cigares chiante comme la pluie et moi je vais mater du mâle toute la soirée… T’exagère, je n’ai pas signé pour ça ! » « Rooooo, alleeeeeeeez, détends-toi, on ne touche pas, on regarde ! J’ai vraiment travaillé dur pour que la soirée soit parfaite, rentre au moins jeter un œil ! » Je crus discerner dans son regard une petite lueur de fierté. C’était important pour elle et même si j’aurais préféré passer ma soirée autrement, je cédai, non sans m’être isolée pour en toucher deux mots à mon fiancé, histoire qu’ils ne se fassent pas d’idées. Je lui jurai que j’y allais pour faire plaisir à ma belle-sœur mais en traînant les pieds. D’ailleurs, je passais une bonne partie de la soirée à lui envoyer des photos des corps huilés dans des costumes improbables en mettant des commentaires bourrés d’ironie comme légendes quand je ne le flattais pas. Pourquoi désirer des hommes comme ça quand on avait tout ce dont on pouvait rêver chez soi ? Hm ? Je lui renvoyai une photo de lui prise sur le vif alors qu’il se baladait dans le plus simple appareil, à LA, avant que ça ne dérape et qu’on se la joue mormons. Plus je buvais, plus j’envoyais de messages sans équivoques alors qu’il entretenait notre jeu d’abord avec timidité et à raison – je lui faisais tourner la tête depuis notre retour sans jamais capituler – puis avec beaucoup plus de passion quand il comprit que ce soir, il tenait l’occasion de mettre fin à un arrangement unilatéral entre moi et moi-même. Cinzia ne m’aidait pas vraiment à tenir mes bonnes résolutions, que ce soit avec ses commentaires sur les hommes qui s’agitaient sous notre nez ou bien sur ses plans pour la soirée alors qu’elle était en pleine partie d’un jeu beaucoup moins sage que le mien pour le moment. Heureusement pour moi, j’avais prévenu Maria que je refusais qu’un inconnu me touche, j’étais passée à côté du numéro privé et j’en étais heureuse, elle se l’était réservé pour elle et la voir si heureuse me comblait, même si je commençais à me demander si ce n’était pas pour elle plus que pour moi qu’elle avait organisé tout ça. « C’est tellement de mauvais goût ! » confiai-je à ma meilleure amie en nous retrouvant aux toilettes. « Arrête de sourire comme ça, tu vas te faire une crampe ! » lui dis-je avant de lui prendre son téléphone des mains. « Attends, tourne-toi vers moi, on va lui faire une photo dont il va se souvenir. » Je grimpai sur le lavabo et pris une photo de son décolleté absolument parfaite. Nous fîmes quelques clichés supplémentaires qui mirent le feu aux poudres puisqu’elle m’abandonna lâchement, me confiant la pauvre Jez qui se demandait où elle était tombée. Dans quel monde des hommes perdaient leur fierté et atterrissaient là ? « Mani vient de partir, c’est mort ici… » fut comme un déclic, je me tournai vers la gamine, un sourire aux lèvres. « Dis, ça ne te dirait pas d’appeler Gaby ? Pour qu’il vienne te chercher, vous pouvez sans doute passer une soirée plus sympa qu’ici, non ? »

Je remis la Salvadorienne aux mains de son fiancé pour prendre le volant et rejoindre le lieu de l’enterrement de vie de garçons. Putain, une strip-teaseuse ou deux aurait pu égayer un peu tout ça, Mani ne s’était vraiment pas foulé. J’avais presque de la peine pour mon fiancé qui semblait désespéré. J’avais complètement oublié de lui répondre et il me demandait si je n’avais pas décidé de m’enfuir avec un strip-teaseur pour vivre dans un pays où l’huile pour le corps poussait sur les arbres et où les petits sexes étaient la norme. J’éclatai de rire et lui passai un coup de fil : « Alors, on s’ennuie de moi ? Hein ? Tu n’es pas censé boire de la téquila dans le nombril d’une blonde et te prendre des gifles avec les seins siliconés d’une rousse ? » ne pus-je m’empêcher de le taquiner alors que j’approchais du lieu de sa petite sauterie. J’entretins la conversation jusqu’à ce que je sois garée, coupant court en prétendant devoir y retourner alors qu’il était là, devant le bâtiment loué pour la petite fête, l’air dépité. Je me sentais coupable d’avoir gâché ce moment avec Los Angeles, ma jalousie maladive et mes crises répétées. Je lui envoyai la dernière photo que j’avais prise avec l’aide de sa sœur et je le vis sourire, ce fut pour moi le top départ. Je sortis de la voiture pour le rejoindre. Tout concentré qu’il était sur son téléphone, je dus l’interpeller : « Il paraît que c’est l’enterrement de vie de garçon de quelqu’un ici ce soir et que ça manque d’animation, du coup je me dévoue, peut-être que vous pourriez me désigner l’heureux élu ! » Le Sicilien leva enfin le nez et se désigna du doigt. Je ricanai et pris ça pour une invitation à m’approcher de lui. « Peut-être qu’on pourrait trouver un arrangement… J’oublie l’abstinence et tu me fais un strip-tease comme tu me proposais tout à l’heure, sans huile et si je sais rester patiente. Je vois que tu hésites et je crois que j’ai de quoi te convaincre ! » J’extirpai un bout de dentelle de ma pochette et le glissai dans sa poche, j’avais pris soin de le retirer dans la voiture, histoire d’être certaine qu’il ne croirait pas à une énième tentative pour le rendre complètement fou. Je me collai à lui, dansant sur un rythme qui n’existait que dans ma tête. « Peut-être que tu préférerais aller faire la fête ailleurs et danser toute la nuit, t’auras qu’à dire que je t’ai kidnappé en usant d’armes imparables, que tu n’as pas pu résister. » murmurai-je tout près de ses lèvres. « On pourra prendre de nouvelles photos aussi et tester de nouveaux lieux ! »


***

C’était la dernière répétition du mariage, j’étais terriblement nerveuse et fatiguée. Je peinais de plus en plus à trouver le sommeil, de peur d’oublier quelque chose ou que quoi que ce soit tourne mal et ça pouvait si vite arriver. Mon père était là, malgré nos disputes successives au téléphone ou en face à face, il me tenait le bras et j’avais l’air aussi ravie que le jour où Vicky me fit sa petite leçon de morale sur Ruben. J’affichais presque le même air et malgré les petites blagues du prêtre et des tentatives de Girolama pour détendre l’atmosphère, rien n’y fit. Quelques remarques désobligeantes de ma mère complétèrent le tableau et participèrent à constituer une ambiance nauséabonde et particulièrement électrique. Je prenais sur moi parce que Lucky n’y était pour rien et que j’étais heureuse de m’unir à lui mais que c’était difficile. « Ok, d’ici 48 heures, ce sera plié, je pourrais rentrer avec toi chez nous et je pourrais décompresser. Ma mère me met une pression de dingue pour pas que je lui fasse honte ! » confiai-je à mon futur époux alors que nous étions entre deux essais musicaux pour voir ce qui conviendrait le mieux. Ma mère m’appela et après un bref baiser à mon cher et tendre, je la rejoignis, elle et ma belle-mère, pour l’entendre me prodiguer ses conseils jusqu’à ce qu’elle me compare à ma sœur, pour sous-entendre qu’elle avait fait mieux. Je vis rouge et mes mots dépassèrent ma pensée, mon père tenta bien de canaliser la chose mais ça ne marchait que quand je lui faisais confiance et que nous étions sur la même longueur d’onde, ce n’était pas le cas depuis un sacré paquet de temps. « Vous savez quoi ? Restez chez vous ! Ne vous sentez pas obligés de vous pointer au mariage, j’ai pas besoin de ça le jour le plus important de ma vie ! » Mon père changea de couleur. Je sus qu’il était vexé comme jamais à sa mine mais au moins, ma mère l’avait bouclé pour de bon. Je regretterais chacun de mes mots demain, pour le moment, j’étais fière de moi, même si je ne pus soutenir le regard de mon père bien longtemps et que je me réfugiai dans la pièce où j’étais supposée me changer le jour J. J’entendis ma mère dire que c’était une catastrophe et le reste fut un mélange de paroles dont je n’entendais que de furtives syllabes, par-ci par-là avant que la porte ne s’ouvre. « Je te promets que je vais arranger les choses et aller m’excuser, je suis désolée mon petit cœur… Vraiment désolée ! » J’avais le visage caché dans mes mains parce que toute cette histoire me poussait dans un bouillonnement d’états contradictoires et difficiles à gérer. L’angoisse était également au rendez-vous et c’est d’ailleurs la seconde chose que j’allais lui dire quand je levai le nez et m’aperçus que ce n’était pas Luciano mais Ettore qui se tenait là, un fin sourire aux lèvres. Celui qui se voulait réconfortant et amical. Il s’installa près de moi alors que j’avais dû me décomposer, gênée de me donner en spectacle. J’allais me confondre en excuses mais il parla avant moi. « Tu sais, moi, je suis content que tu rentres dans ma famille ! Je me plaignais d’avoir eu qu’une seule fille et grâce à mes fils, j’en ai gagné trois, maintenant une quatrième. Ne leur dis pas mais c’est toi ma préférée. » ajouta-t-il en se penchant vers moi ce qui me fit rire.

« La famille, c’est compliqué. Il y a là tous les gens que tu aimes le plus au monde et ceux que tu arrives à détester le plus fort. Mais sans la famille, on avance difficilement. Tu n’es pas obligée d’avancer avec la totalité de ta famille, tu peux aussi choisir qui tu prends avec toi pour continuer ta route, ne prendre que les gens qui t’aident vraiment. » « Oui, je n’avais jamais vu les choses comme ça, je les vois tellement comme une entité indissociable… Vous croyez que je ne suis pas à la hauteur ? » m’enquis-je, les yeux pleins de doute. Il soupira, secouant la tête à la négative. « Tu as réussi à convaincre mon seul fils pour qui le mariage semblait être un concept exotique que ce serait la meilleure chose qui puisse lui arriver ! Si tu n’es pas à la hauteur, qui peut l’être ? Moi j’ai confiance en toi, mon fils aussi et ça me suffit, et toi, ça te suffit ? » Derrière ce moi se cachait toute la famille Gambino au grand complet, je pouvais le sentir à la manière dont il l’exprima. Ce que ça signifiait c’était que si ma famille n’était pas capable de me soutenir et que je voulais couper les ponts, ils s’y substitueraient avec joie. « Oui, c’est plus que suffisant ! » Il déposa un baiser sur le sommet de mon crâne en m’étreignant avant de m’encourager à rejoindre la répétition à ses côtés. Girolama me rejoignit alors que j’émergeais à peine, me faisant une myriade de compliments dans un anglais très italien qui me fit sourire alors que je me sentais un peu mieux, toujours incapable de regarder du côté de mes parents. Je rejoignis mon fiancé qui était parvenu à convaincre tout le monde, Dieu seul savait comment, de reprendre la répétition du début. « Les deux jours qui restent, je veux les passer avec toi parce que si je rentre chez eux, je vais entendre parler du pays. » lui glissai-je à l’oreille pendant la pause cigarette.








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MessageMer 18 Mai - 22:19





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


J’étais bien loin d’être un imbécile, mais son discours à propos de cette relation si particulière qu’elle entretenait avec ma sœur me laissait légèrement sur ma faim. J’avais soif de comprendre, mais je ne saisissais rien à cette histoire de biologique, de faculté à mieux s’entendre parce qu’on partage les mêmes combats et qu’on cultive des espoirs identiques. Oui, ça m’échappait complètement. Pour moi, ça avait autant de sens que cette connerie de fin du monde en 2012. C’était du vent, mais qu’aurais-je bien pu faire ou ajouter pour obtenir la stricte vérité ? Lyla avait beau prétendre que j’étais son allié, son ami et son amant, j’étais convaincu que les arracher l’une à l’autre était l’assurance de les rendre malheureuses, ce qui signifiait que j’en payerais le prix tôt ou tard. Je m’abstins donc de vérifier dans quelle mesure elle était sincère en la prenant au mot et en lui posant un ultimatum. Ça me démangeait, mais je n’étais pas encore en odeur de sainteté. Si j’osais, et bien qu’elle se plierait à ses promesses, elle n'abandonnerait jamais derrière elle les conséquences de mon adultère, sa déception ou même sa frustration. À chaque fois que ma sœur lui manquerait, c’est-à-dire souvent, elle brandirait mon erreur en étendard pour me déclarer la guerre. Elle me reprocherait sans cesse tous les maux de la Terre, à commencer par la faim dans le monde en passant par la fonte des glaces. Elle me traiterait d’égoïste à raison et tous mes défauts lui sauteraient au visage jusqu’à ce qu’elle finisse par me détester. Si j’espérais nous mener vers la rupture, il me suffisait de promulguer ma sentence à voix haute et sans lui offrir la moindre porte de sortie. Ce n’était pas ce que je souhaitais pour nous cependant. J’avais besoin de Lyla pour me maintenir en équilibre. Ses caresses, ses baisers et son amour me sont nécessaires. Alors, je m’arrêtai à ce qu’il y avait de plus cohérent dans son propos. Elle semblait penser que seuls les gens s’aimant passionnément se blessent aussi profondément. Ce sont ces mêmes personnes qui pardonnent. Et elle me l’accordait. En récupérant son alliance en acceptant d'être ma femme le plus rapidement possible, elle me déclarait une telle dévotion que je me jurai d’apprendre à tolérer son étrange complicité avec ma sœur. Après tout, je l’avais vue grandie. Je l’avais aidée à se construire également. Ma jalousie à son égard était déplacée, d’autant que j’étais le témoin privilégié de sa ferveur pour Manuel. Elle l’étouffait tant qu’un jour ou l’autre, nos épouses respectives s’éloigneraient d’elles-mêmes. Pas entièrement, mais bien assez pour me laver de cette impression qu’elle compte plus que moi. Et ce jour-là, je pourrai me vanter d’avoir été assez vertueux de patience pour n’avoir rien provoqué de fâcheux par possessivité, à défaut d’en jouir concernant les joies du sexe. J’étais en ébullition à chaque fois qu’elle me touchait, m’approchait ou sous-entendait tous les délices qu’elle me réservait après la noce. Et c’était bien le problème. Je doutais être en mesure de tenir jusque là, quoiqu’elle remporta au moins un investissement sans faille à l’organisation du mariage dès que nous posâmes le pied à New York. J’étais de toutes les décisions, de toutes les rencontres et de tous les repas, y compris ceux qui se compliquèrent d’une phrase malhabile et d’une panoplie d’insultes

Vicky était probablement la fille la plus condescendante et la plus détestable qu’il m’ait été donné de rencontrer. Rien ne me fit d’ailleurs plus plaisir que de la remettre à sa place avant d’être appelé à des affaires urgentes à traiter avec Javier. J’avais pris des dispositions pour éviter que ce dîner tourne au pugilat et, dans un premier temps, je pensai sincèrement qu’elles étaient les raisons de la mauvaise humeur de ma femme, mauvaise humeur que j’avais bien l’intention de dompter compte tenu des efforts que je déployai pour qu’elle rentre terminer la soirée avec moi. Hors de question. Je tâtonnai donc vers d’autres possibilités en réalisant que sa sœur n’était qu’une futilité comparée à l’acharnement de sa mère à la rabaisser. Certes, je n’étais ni aveugle ni complètement dupe de ce qui se jouait chez les Canjura. Rita se montrait toujours dure avec Lyla, comme si elle la tenait responsable d’une honte quelconque sur leur nom. Mais, avant aujourd’hui, je n’avais jamais vraiment cherché à savoir qu’elles étaient les causes exactes de cette attaque répétée. « Tu crois vraiment que c’est à cause de Livia ? » m’enquis-je sans trop y croire. « Non ! Elle n’est même au courant de rien. » Contrairement à son père qui avait par ailleurs émis des exigences que je lui rapportai non sans appréhension. Elle serait vexée. Elle aurait encore une fois l’impression qu’elle était la brebis galeuse de sa famille et, quand bien même l’aurais-je voulu, je n’aurais pu lui donner réellement tort. Entre sa sœur, sa mère et l’entêtement de Javier, elle avait de quoi être en rogne. Quant à moi, si je comprenai en partie la décision du maître de maison, je n’appréciais que moyennement qu’il m’oblige à rompre l’une de mes promesses. Au moins, en restait-il une qui vaille plus que les autres : ce mariage. Je trouvais d’ailleurs particulièrement agaçant qu’elle en parle comme s’il s’agissait du second, comme si celui avec Ruben avait été célébré. Or, il l’avait quittée salement. Il lui avait purement et simplement fait faux-bond après l’avoir utilisée, traînée dans la boue, humiliée par des actes ignominieux. Il continuait aujourd’hui en répandant la poudre de la rumeur pour ensuite y mettre le feu. Sans moi, je n’aurais pas donné cher de sa réputation. Et comment elle me remerciait ? Elle ramenait encore et toujours ce qu’elle considérait comme un échec sur le tapis. Je n'entendais causer que de cette histoire d’abandon devant l’autel, si pas par elle, par ma sœur qui se sentait obligée de me rappeler l’évidence. « C’est pareil pour toi, tu sais. Si tu n’as pas envie de venir, tu n’es pas obligée non plus. » lui précisais-je plus mauvais que je ne l’aurais voulu. « Si tu considères que ce n’est pas le mariage que tu voulais ou celui qui ferait honneur à tes parents à cause de celui qui comptait vraiment, je t’inviterai même à tout annuler, si ça te chante. » J’allumai une cigarette pour me passer les nerfs. « Ne me regarde pas comme ça, Lyla. Tu t’attendais à quoi ? Tu n’as que ça à la bouche ? Et, j’ai déçu mes parents parce qu’on ne m’a pas épousée ? Et je déçois ma mère parce que Ruben m’a abandonnée ? Je leur ai fait dépenser de l’argent, et j’en passe. Comment je dois le prendre exactement ? C’est ma gueule qui ne leur revient pas ? Est-ce que tu attends que je te présente des excuses de ne pas être celui que tu voulais vraiment ? Un connard de pédale qui t’a utilisée ? » Dans le fond, je savais pertinemment que j’étais injuste. Son père avait confiance en moi. Sa mère m’accueillait toujours avec les honneurs, à l’image d’un prince. Lyla m’aimait profondément. Mais pourquoi ? Parce que je tenais lieu de sauveur ? Que je me présentais comme le dernier espoir de la femme bafouée ? Rien que d’y penser, ça me rendait complètement fou. Ça suffisait à ce que je néglige moi-même cette entente retrouvée après que j’ai cru qu’elle m’en voulait d'avoir obtenu ce qu’elle souhaitait pour Livia (en partie seulement). Elle me remerciait à présent, mais ce n’était pas ce dont j’avais envie.

Elle prétendait que j’étais la seule personne dont elle avait besoin, mais là encore, je n’étais pas en mesure d’apprécier à sa juste valeur cette révélation. Je me sentais comme la troisième roue du carrosse, le choix par défaut, celui qu’on n’attendait plus et qui, à défaut d’être celui dont on rêvait, ferait tout aussi bien l’affaire. « Je me fous de savoir ce qu’ils pensent ou ce qu’ils veulent. Je me fous de ce que tu veux également. Tant que nous ne serons pas mariés, nous irons chez tes parents aussi souvent qu’il le faudra. On ne contrariera pas ton père non plus. Et, de toi à moi, tu devrais commencer à faire le deuil de ton grand amour avant de tout gâcher, Lyla. Et, ce n’est pas une menace, c’est juste un conseil. » conclus-je alors que nous nous arrêtions sur le domaine. C’était beaucoup de kilomètres pour répondre à l’un de ses caprices, mais il n’était pas question que je l’emmène dans un bar ou nous nous saoulerons pour provoquer des bagarres sans queue ni tête par après. Ça m’amusait toujours autant, mais quel retour aurais-je eu sur investissement ? Je n’avais pas le droit de la toucher. Elle me lançait des tas de promesses, me titillait, me jouait des numéros de charme qui m’enchantaient, mais je ne recevais rien. Rien du tout. Rien d’étonnant à ce que je me montre plus susceptible et moins prompt à discuter maintenant qu’elle m’avait vexé. Je commençai à regretter mon comportement qu’une fois dans l’appartement où nous étions censés vivre ensemble après le mariage, sa nervosité aussi palpable que la mienne. Si ne nous calmions pas, nous nous disputerions comme des chiffonniers, ce qui en soit, seraient un assez mauvais présage pour la suite de notre vie à deux. Je lui tendis donc une bouteille de vodka et deux verres pour l’inciter à boire. Moi, c’était une tout autre soif que je tenterais d’étancher ce soir, avec son consentement, et sans qu’elle n’ait besoin d’être complètement saoule. Ça ne m’intéressait pas. Alors, au bout du second shoot, sa jambe battait la mesure moins violemment, je pris enfin la parole. « J’ai été dur dans la voiture, mais je ne pensais pas tout ce que je t’ai dit. Je crois que tu ne peux pas tenir tes parents à l’écart sans m’insulter. Tu ne peux pas non plus ne plus y aller maintenant, car une fois encore, tu insulterais tous ceux qui se démènent pour que ça soit une réussite et c’est pour cette même raison que tu dois impérativement cesser d’utiliser les sous-entendus de ton précédent mariage ou même d’en parler ouvertement. Je ne veux plus non plus que tu insistes sur le fait que tu es la seule cause de ce que tu appelles une catastrophe. Tu as été abandonnée devant l’autel. Très bien. C’est triste, et je l’entends. Mais, tu sais ce que ça me donne comme impression à moi ? Ça m’envoie le message que tu regrettes et que ces sentiments que tu as pour moi, tu les as créés de toutes pièces parce que par ma faute, parce que tu l’as déjà dit, tu t’es offerte à un homme avant qu’il n’ait manifesté le désir de t’épouser pour de bon cette fois. Non ! Laisse-moi finir, je n’ai pas fini. » l’interrompis-je alors qu’elle faisait mine de me couper la parole.

« Je n’ai pas besoin d’entendre ce que tu as à dire. Je sais déjà. Tu m’aimes à la folie, tu veux faire ta vie avec moi et je me trompe sur toute la ligne. Tu vois, je suis même prêt à te croire, mais alors, il faut que tu arrêtes de jouer avec ma patience. Tu ne peux pas me chauffer à blanc en permanence, jouer avec mes nerfs, même si je le mérite. J’ai fait une connerie, je sais, et je me suis déjà excusé pour ça. Mets-toi à ma place trente secondes. Comment veux-tu que je ne m’imagine pas que tu te maries parce que tu n’as pas le choix, plutôt que par réelle envie ? Et ce dont moi j’ai envie, ça ne compte pas alors ? J’en peux plus de tout ça, Lyla. Et c’est terminé. »



***


J’ignore ce qui, de ces coquines retrouvailles ou de l’alcool, la décida à me rejoindre là où je passais la soirée la plus ennuyeuse de toute mon existence, mais ce ne fût pas pour me déplaire. Sa voix était pleine de promesses et je pris part au jeu sans me faire prier, bien qu’hésitant. Et si c’était une de ces nouvelles tentatives pour me rendre complètement fou ? Et s’il s’agissait d’une mascarade pour se venger de la mienne quelques jours auparavant ? Impossible. Vu la manière dont Manuel quitta ce semblant de fête en mon honneur, j'avais le sentiment que tout ça ressemblait davantage à un plan conjoint pour mettre un terme à une période d’abstinence qui nous compliquait la vie qu'un geste purement spontané. L’enfermement de ma sœur dans ses appartements, c’était ça. Aucun doute sur la question. Elle n’en pouvait plus. Tout le monde approchait le point de rupture, y compris Lyla, car elle ne broncha pas quand mes doigts glissèrent sous sa robe pour ne découvrir aucun élastique pour brider ses hanches. Ce sous-vêtement, qu’elle enfonça dans ma poche, ce n’était pas seulement le sien, mais celui qu’elle portait. « Ca falloir que tu attendes encore un peu pour le strip-tease. »


***

Je n’aimais pas ce genre de dîner où la nervosité des uns se propageait chez les autres. Ça finissait toujours mal. Très mal. Et la répétition de nos noces ne fut pas une exception. Rita ne lâchait pas Lyla d’une semelle. Ma mère, clairvoyante, cherchait à la rassurer comme elle le pouvait. Javier prenait le parti de son épouse et Ettore, fidèle à lui-même, observait la scène avec un maximum de recul. Nul n’avait entendu le son de sa voix, si ce n’est à l’heure où la famille Canjura explosa devant nos yeux ébahis. Alors que je m’apprêtais à retrouver ma fiancée, il m’arrêta, me conseillant plutôt de tempérer les humeurs du père vexé. Je fis tout mon possible, essayant différentes cartes pour les ramener à la raison, mais rien ne fut moins évident. Sans le concours de Girolama, je ne serais probablement arrivé à rien de probant. Chacun finit donc par y mettre du sien. La répétition allait recommencer, et cette fois, j’espérais bien que Rita ne nous gratifierait pas de ses commentaires qui ne nous aidaient pas vraiment. « J’adorerais ça, mon cœur. T’avoir avec moi pendant quarante-huit heures, mais vu les difficultés que j’ai eues à faire entendre à tes parents que tu étais nerveuse et que tu ne pensais pas ce que tu disais, je ne suis pas sûre qu’il voit d’un très bon œil que tu restes sur le domaine avec moi. Par contre, on peut faire un switch si tu veux. Moi, chez tes parents avec Muñez que je dois toujours battre à FIFA et toi, chez moi, avec la Cinzia. Ça te plairait ? » Elle eut l’air déçue, mais je n’y croyais pas vraiment. Passer du temps avec ma sœur la ravissait toujours, principalement maintenant qu’elles se voyaient beaucoup moins. « On se verra pour le déjeuner, entre deux ou trois courses pour aller chercher les dernières petites choses qui manquent. » Je déposai un baiser d’une infinie tendresse sur le haut de son crâne avant de l’inviter à se remettre en route et d’essayer d’en finir le plus rapidement possible avec cette stupidité. À quoi bon répéter ce qui serait pour nous inné ? Nous attendions ce jour depuis un long moment déjà. Tout serait parfait, même nos fausses notes seraient touchantes.


***

Le lendemain matin, je les trouvai dans la cuisine en train de houspiller Jezabel à propos de Gabriele et de la tenue qu’elle porterait au mariage. La gamine rougissait à vue d’œil et, la prenant en compassion, je les arrêtai en les embrassant chacune à leur tour sur le haut du crâne. Lyla était de bonne humeur, rassérénée par sa soirée avec sa meilleure amie, mais j’avais des nouvelles peu réjouissantes pour elle, des nouvelles que j’aurais préféré ne jamais avoir à lui annoncer, mais qui ne pouvait pas attendre. Je profitai donc de ce que Cinzia et sa belle-sœur grimpent à l’étage pour attaquer cette journée qui promettait d’être longue par une douche pour retenir ma fiancée par la main et l’inviter à rester près de moi. Je m’assis à ses côtés, me servant un verre de jus d’orange pressé et je me lançai dans la bataille sans détour, non sans m'être assuré qu'elle allait bien et qu'elle avait mieux dormi. C'était le cas. Parfait. Ça n’en serait que plus facile.

« Bon, j’ai plusieurs choses à te dire. La première, c’est que ma mère tient à ce que tu rentres chez toi ce soir.  Elle voudrait qu’on fasse les choses bien, ce qui veut dire que je vais arriver chez tes parents demain, ton bouquet de mariée à la main pour retraverser tout New York pour aller à l’Église. Ton père te conduira à l’autel, ou tu vas le regretter, et ce serait cool si tu en profitais pour essayer d’arrondir les angles avec tes parents. Je me suis dit que tu pourrais peut-être proposer à ma sœur de dormir chez toi demain. Ce n’est pas complètement idiot. C’est ton témoin. C’est normal qu’elle soit là pour t’aider à t’habiller et à te coiffer. Ça te permettra aussi de relâcher la pression qu’elle soit là. Qu’est-ce que tu en penses ? » Elle se renfrogna, ce que je comprenais, mais je ne l’autorisai pas vraiment à prendre la parole tout de suite. La partie la plus désagréable suivait et je n’avais aucune envie de me dégonfler face à son éventuelle contrariété. « L’autre chose, c’est que j’ai vérifié le plan de table hier. Par curiosité. » Plan finalisé par Gloria sous les instructions de Lyla afin de libérer assez de temps pour les choses plus importantes, comme le choix du menu, des gâteaux et autres joyeusetés du genre. « Et, tu ne devineras jamais qui accompagne Joseph… » Si la présence de sa cavalière me ravissait, j’aurais laissé planer un suspens à propos, mais au vu de mes antécédents avec Amber, j’estimais que ce serait d’assez mauvais goût. Je lui balançai donc le prénom sans hésitation. « Oui ! Je sais, elle est culottée, surtout que tu l’as désinvitée. Alors, on a deux solutions possibles, soit je lui téléphone pour lui conseiller de ne pas venir, soit on laisse couler et si tu veux mon avis, j’opterai pour celle-là. Tu n’as pas envie de la voir et moi non plus, mais si tu réponds à son manque d’éducation pour ce genre de démarche, elle va se sentir forte. Elle aime se faire plaindre, elle est comme ça, elle l’a toujours été. Elle aime que le monde tourne autour d’elle, ce qui signifie qu’elle va être déçue à ce mariage, car l’attention sera uniquement tournée vers toi. Ce sera ta journée. Alors, même si  je t’avoue que j’ai bien envie d’envoyer Joseph se faire foutre, parce que c’était parfaitement indélicat de sa part. » Si tant est qu’il soit au courant qu’elle et moi avions partagé une histoire. « Mais ça le serait encore plus d’importance qu’elle n’en a en lui donnant l’opportunité de croire que tu la vois comme une menace, ce qui est faux, non ? »  







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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageMar 24 Mai - 21:38





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El novio



Lorsque mon quotidien se limitait à la routine et à quelques sorties entre copines, ma vie chez mes parents était supportable et même agréable. Ma mère m'épargnait ses reproches concernant Ruben et tout cette partie de ma vie que j'avais choisi d'oublier en partant à l'autre bout du monde pour donner une autre dimension à mon existence. Elle se disait probablement que si elle insistait trop lourdement, elle me pousserait si loin dans le gouffre dans lequel je me trouvais déjà qu'il n'y aurait plus la moindre chance pour que je me trouve quelqu'un avec qui faire ma vie et que, par extension, elle aurait à me supporter jusqu'au restant de la sienne. Je ne lui en voulais pas de vouloir me voir partir, les enfants n'étaient pas supposés rester dans le giron de leurs parents toute leur vie, même si celui de mon père était terriblement rassurant et confortable. Mais à partir du moment où Luciano franchit le seuil de la porte d'entrée de notre appartement du Bronx, à ce moment précis, elle avait lâché les chiens et mis tout en œuvre pour maximiser mes chances de réussite. Je me demandais si elle refusait de voir qui j'étais ou si c'était parce qu'elle ne savait pas grand-chose de moi mais ses méthodes ne fonctionnaient pas et plutôt que de me donner un coup de pied au cul, ne faisaient que me donner une image particulièrement négative de ma personne. J'en arrivais même parfois à me demander de quel côté elle était, celui de Ruben ou le mien ? A présent, j'avais simplement l'impression qu'elle essayait de me dire, par tous les moyens possibles et imaginables que je n'étais pas assez bien pour le fiancé que je m'étais trouvé et que si je voulais être à la hauteur, il me restait un sacré boulot à abattre. Encore une fois, je me sentais si déprimée par ce genre de remarques de la part de ma mère que ma seule réponse était la passivité la plus totale. Je ne suivais aucun de ses conseils quand je ne faisais pas complètement semblant de l'écouter, la laissant terminer pour aller m'isoler et mettre un soin tout particulier à ne surtout pas faire ce qu'elle attendait de moi. Je n'étais pas une femme modèle, je ne le serais jamais, je ne comptais pas devenir la parfaite petite femme au foyer et encore moins faire croire au monde entier que j'avais changé le monde et fait avancer la famille toute entière comme cette pimbêche de Victoria, je voulais simplement poursuivre mon petit bonhomme de chemin et profiter de mon bonheur loin de mes détracteurs et donc loin de ma mère. C'était malheureux, quand on y pensait, elle aurait dû être mon premier soutien, j'aurais dû pouvoir partager ma joie, mon excitation et même mes craintes avec elle. Au lieu de ça, elle me jetait ses doutes et ses déceptions à la gueule et je me tournais vers mes amis quand ce n'était pas Girolama ou Carolia à qui je demandais audience quand je me sentais à deux doigts de paniquer.

Vivre avec tout ça était compliqué, ajoutez à cela la pression du mariage et l'envie que tout se passe pour le mieux et vous obtenez le cocktail détonant capable de me rendre folle. J'avais besoin d'extérioriser et d'ouvrir les vannes. En rentrant chez moi, j'arriverais au moins à être plus sereine et à ne pas céder à l'envie de secouer ma mère dans tous les sens. Je m'attendais à du soutien de la part de Lucky, pas à ça ! Il était vexé comme un pou, et je ne comprenais pas pourquoi j'avais le droit à ce déferlement de mauvaise humeur. Les yeux écarquillés, clairement surprise et le souffle coupé, j'avais l'impression qu'il venait de me planter un couteau en plein cœur. « Je n'ai jamais dit ça ! » me défendis-je, sentant la panique me gagner alors que celle-ci me mettait de sales choses en tête. Et pourquoi est-ce qu'il me parlait de ça maintenant ? Est-ce que ça voulait dire qu'il tenait à rompre nos fiançailles et à annuler le mariage ? Est-ce qu'il était déjà las de moi ? Est-ce que je venais de lui donner le prétexte qu'il attendait ? Tellement de questions et la situation dégénérait de minute en minute. Je me sentais prise au piège, faite comme un pauvre rat ! « Lucky, je... » Je pleurais déjà à chaudes larmes, je dus essuyer mes joues et réprimer un sanglot pour réussir à articuler. « Ça n'a rien à voir avec toi, leur problème c'est moi et je ne pensais pas te faire de la peine en parlant de ça, je voulais simplement en parler à quelqu'un parce que je me sens dépassée par toute cette pression qu'ils mettent sur moi. » Mais il en fallait plus pour qu'il redescende une fois qu'il était bien remonté et qu'il s'était enfoncé dans le crâne des certitudes qui n'existaient pas. C'était même le spécialiste de cet art méconnu et particulièrement fatiguant. « Tu es le seul que je veux, » crus-je bon d'ajouter, entre deux sanglots mais j'aurais sans doute mieux fait de le dire dans ma tête, ça aurait eu autant d'effet. Je n'avais pas besoin de perdre son soutien par-dessus le marché. Je me sentais abandonnée et incomprise. Je me recroquevillai autant que ma ceinture me le permettait et je regardai la route défiler, pleurant en silence, sans oser ajouter quoi que ce soit d'autre, ce serait le meilleur moyen d'aggraver la situation. Tout ça me fatiguait tellement. Nous partions du mauvais pied, était-ce normal à quelques jours du mariage ? Sans doute pas ! Je ne savais rien faire correctement, voilà pourquoi on se retrouvait là, comme ça ! Je ne pipai mot à ce qu'il me balança en plein visage dès que nous nous trouvâmes sur le domaine. A quoi bon ? Je n'avais plus la force pour ça, j'avais déjà pleuré toutes les larmes que j'avais en magasin, j'avais les yeux encore rougis et je n'étais même plus sûre d'avoir envie d'autre chose que de m'allonger dans mon lit, me couper du monde et dormir. Je n'étais plus aussi enjouée que lorsque j'avais proposé de nous pointer ici et ce fut presque un calvaire de sortir de voiture et de m'isoler à nouveau en sa compagnie alors qu'il m'avait fait sentir que j'étais la dernière personne qu'il avait envie de voir. Attristée et nerveuse, je fis un modeste tour de l'endroit pour voir si les choses avançaient, essayant de ne pas répondre à l'appel du lit qui me faisait de l'œil.

Cependant, je sautai sur l'occasion de boire un verre puis deux, installée dans le canapé, me bornant toujours à un silence prudent. Quand il était dans un état pareil, peu importait ce qui sortait de mes lèvres et ce que j'essayais de lui faire comprendre, tout sonnait comme une insulte à ses oreilles et mon but n'était pas que nous nous retrouvions dans une situation inextricable. Mieux valait la boucler et attendre que l'orage passe. J'aurais aimé qu'il en fasse de même, que nous terminions cette bouteille et qu'il me ramène chez mes parents après, pas de problèmes, pas de malentendus, rien qu'un mutisme salutaire. Au lieu de ça, il en remit une couche et s'il tentait d'arranger les choses, je ne me sentis que plus mal encore, principalement quand il m'empêcha de répliquer et que j'eus l'impression qu'il tournait tout ça en dérision. J'en eus si mal au cœur que je me resservis un verre que j'avalai d'une traite. Il me prêtait des comportements qui ne me ressemblaient pas. Je n'étais pas une menteuse, je n'étais pas une actrice non plus et je ne simulais pas mes sentiments et mon attachement. Ma seule relation avait laissé des traces et j'en parlais parce que j'étais angoissée, pas pour faire un quelconque comparatif. Il ne se rendait pas compte des efforts qu'il me fallut pour accorder ma confiance à un autre homme. Pas plus qu'il ne voyait que je devais parfois lutter contre moi-même pour ne pas lui faire payer les dommages causés par un autre. Quand il annonça la sentence, mon cœur se serra et une peur primaire m'envahit avant qu'il ne fonde sur moi et n'efface tout ça de quelques baisers. Une étreinte de rupture ? Je n'entendais plus rien à tout ça et je voulus lui poser la question, saisissant sa main qui tentait de me défaire de mon pantalon, il fut plus rapide cependant. « Alors tu n'annules pas le mariage ? » demandai-je d'une toute petite voix où s'entendait le soulagement.

***

Je me gardai de lui signifier que ce n’était pas nécessaire, il n’était pas question de le vexer. Le soleil nous surprit toujours éveillés, enlacés, en train de discuter. « Non vraiment, l’abstinence, c’était une terrible décision à prendre… Parce que je ne peux pas me passer de ça avec toi ! J’avais failli oublier que c’était si génial ! Je crois que j’avais un peu perdu confiance en moi alors j’avais besoin d’être sûre que tu me trouvais toujours désirable ! » Je lui souris et déposai mes lèvres sur les siennes. « T’es l’unique homme de ma vie, Lucky ! C’était la minute romantique chiante, on peut passer aux trucs salaces maintenant ! » J’accompagnai le tout d’un haussement de sourcils suggestifs avant de rire. La sagesse me poussait à l’inciter à nous reposer un peu mais je préférai le provoquer et passer les minutes suivantes à faire mes gammes et à partager mon plaisir avec les voisins. Qui savait quand nous pourrions profiter autant avant le mariage ?

***

Chaque minute passée en compagnie de Cinzia était précieuse mais j’aurais préféré donner de ce temps à son frère, il pouvait douter tant qu’il voulait, il était la personne la plus importante de ma vie. Mais je ne fus pas perdante du tout, j’avais besoin d’une soirée entre filles à parler de cul et à manger en ricanant comme des bécasses, Jezabel ne comprenait pas toujours tout mais ça tenait à son inexpérience et à son jeune âge, j’étais certaine qu’il ne lui faudrait pas quelques mois avant d’être pire que nous et de ne parler que de ça, pour l’heure, nous nous contentions d’essayer de la rassurer quant à ce qui l’attendait. Elle n’avait pas pioché le pire des numéros Gambino, bien au contraire, j’étais certaine qu’elle saurait trouver comment se mettre Gaby dans la poche et d’après ce que m’en avait dit Cinzia, c’était même sacrément bien parti. Nous n’avions pas beaucoup dormi mais je me sentais régénérée et ça s’améliora encore quand je vis Luciano, je profitai de sa présence pour lui voler un câlin même si sa mine n’annonçait rien de bon, je voulais voir le positif de la situation. Il commença par me faire ce qui ressemblait à la morale et forcément, je perdis mon sourire et fronçai les sourcils. Il était le premier à détester qu’on le dispense de conseils au sujet de sa famille et voilà qu’il me livrait les siens. Il s’en fallut de peu pour que je déclenche une dispute mais je me mordis la langue, je savais qu’il avait raison et ça me faisait mal de l’admettre. J’allais faire un commentaire mais il me priva de cette possibilité et ça n’améliora pas mon humeur. Il exagérait ! Non, Josef et cette handicapée d’Amber exagéraient ! Je devais avoir une expression terrible sur le visage sinon jamais Luciano n’aurait tenu avec tant d’insistance à savoir ce que je comptais faire pour gérer le problème. « En d’autres circonstances, je leur aurais pété les genoux, à tous les deux ! PUTAIN ! Je n’en reviens pas que Josef nous fasse un coup pareil après ce qu’on a fait pour lui ! PUTAIN ! » Je me levai, fis quelques pas dans la cuisine, essayant de réfléchir mais à chaud, ce n’était pas évident, surtout pas avec les sentiments qui m’animaient. « Qu’est-ce que je peux faire d’autre que de serrer les dents et les accueillir de toute façon ? » finis-je par dire, déjà fatiguée à l’idée de me coltiner l’ex de mon futur mari. « Je leur pèterai les genoux plus tard ! Quel imbécile, il va foutre en l’air tout ce que j’ai mis en place pour lui et Daya ! Quant à mes parents, je vais faire de mon mieux ! Je n’ai pas grand-chose contre mon père, ça devrait être facile mais ma mère… Je vais seulement faire en sorte que ça tienne jusqu’au mariage, Lucky mais plus, je ne pourrais pas. Ça fait des semaines que je l’entends me rabaisser et me faire passer pour une ratée, je ne peux plus ! Tu penses bien que ça lui ferait plaisir si je pétais les dents de ton ex avec son bras bionique ! Elle pourrait te dire que t’as choisi le canard boiteux de la famille ! Tu n’as pas à t’en faire, mon chaton, je vais être irréprochable et magnifique et déchaînée pour la nuit de noces, t’as intérêt à bien dormir ! »

***

J’avais préparé mon déshabillé dans la salle de bain, j’avais tout mis en évidence pour ne rien oublier mais il ne me déshabilla que pour m’aider alors qu’il peinait à garder les yeux ouverts, comme moi. Je mis la robe sur un cintre et me démaquillai à la hâte, retirant les épingles de mes cheveux, sentant à peine mes cheveux. Je troquai la soie pour le confort de la nudité avant de me laisser tomber près de lui, sentant mon cœur pulser dans mes pieds tant j’avais mal. « C’était une super soirée, je t’aime ! » Il grogna ce qui ressemblait à un « moi aussi » et je sombrai. J’avais tenu à rester avec les derniers invités pour faire la fête et en profiter jusqu’à la dernière goutte, j’avais dansé avec tout le monde, ri aux blagues des onces de Lucky et appris à connaître un peu mieux une partie de sa famille alors que je présentais mon grand-père à tout le monde avec fierté. Je dus empêcher un Lucky éméché de raconter les détails du moment où je cédai enfin à son charme irrésistible. Je fis une tonne de photos avec tout le monde, m’occupai de Jasper qui gerba ses tripes dans un coin du domaine et tentai de donner du temps et de l’attention à chacun de mes invités. Le lendemain, j’étais encore épuisée. J’ouvris les yeux en début de soirée, un plateau sur ma table de nuit mais mon lit vide. Il y avait un mot près de mon thé froid qui disait que nous embarquions à 2h du matin et qu’il valait mieux que je prenne des forces, il avait quelques petites choses à régler mais ne tarderait pas. Ce fut en récupérant le strict minimum vital que je tombai sur le test de grossesse et que je me pris la réalité en pleine gueule. Une bouffée d’angoisse me saisit à la gorge et ne me lâcha pas jusque dans l’avion alors qu’il s’inquiétait de mon silence et de mon apparente fatigue. Je crus distinguer le moment propice pour une telle annonce quand nous fûmes dans les airs depuis près d’une heure. « J’ai quelque chose à te dire. Je sais que ce n’est pas le bon moment mais tu dois le savoir parce que tu m’en voudras si je ne dis rien. » Ça commençait mal, il n’y avait pas mieux comme entrée en matière pour inquiéter quelqu’un, quelle abrutie je faisais ! « Je ne vais pas mourir, tout va bien ! Disons que je me suis demandé pourquoi j’avais grossi et que j’avais faim, tout le temps, tu vois… Et euh… En fait, je suis enceinte. » Je laissai un blanc, me disant qu’il allait réagir mais rien ne vint et mon angoisse jusque là diffuse se solidifia et tomba comme du plomb dans mes tripes. « Je ne sais pas comment on a fait notre compte, on se protégeait à chaque fois et je prends la pilule. Faut croire qu’on est très fertiles tous les deux, je ne sais pas. C’est vraiment tôt pour un bébé, je sais, mais rien n’arrive jamais par hasard. » Il continua de me fixer, sans un mot, comme s’il était en plein bug et je n’insistai pas. Il eut le temps d’avaler l’information jusqu’à notre arrivée en Sicile. Nerveuse, j’avais l’impression de me confronter à un mur et je regrettai d’avoir lancé la nouvelle et d’avoir gâché notre lune de miel. Sentant que ça allait me rendre dingue, je m’affairai à ranger nos affaires dans cette petite maison qui appartenait apparemment à son père, juste à côté de celles des membres de sa famille.










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La cruauté est essentielle si l’on veut conserver le pouvoir. Sans elle, on apparaît faible et les adversaires en profitent. Comme les chiens : celui qui aboie le plus fort devient le chef de meute. [Saviano]

MessageVen 3 Juin - 22:13





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola



Ma réaction, après avoir recueilli les impressions de Lyla par rapport à ce souper destiné à me présenter sa soeur, était certainement un peu exagérée, mais j’avais moi-même ma propre pression à gérer, une mère en ébullition à canaliser et la nervosité due à l’abstinence à maîtriser. De plus, la liste des conviés gonflant à vue d’œil et comprenant des noms que je ne connaissais même pas, j’avais au cœur cette désagréable sensation que mon mariage ne m’appartenait déjà plus, exactement ce que je redoutais, si bien que chaque comparaison de Rita entre cette réception et celle qu’elle organisa précédemment pour sa gamine m’excédait au plus haut point. Elle bousculait ma susceptibilité, elle m’insultait dès qu’elle accablait de reproches et de conseils sur un ton impératif. J'appréhendais le repas de répétition et les jours à venir. Ça ne serait que plus compliqué. J’en oubliais les bons soins de Rita toutes ces fois où je m’invitais chez les Canjura pour la soirée ou pour la nuit. J’en manquais d’objectivité sans doute, mais c’était plus fort que moi. J’avais beau faire, j’étais incapable de m’ôter de l’esprit que cette famille ne m’appréciait pas pour ce que j’étais en tant qu’individu, mais parce que je représentais le dernier espoir pour leur fille. N’importe quel larron aurait fait l’affaire. Mon narcissisme le supportait mal. J’étais d’un genre unique, comme elle et donc fait pour elle. Que la peste soit de la maison de nos détracteurs. Que les jaloux en crèvent et que les suspicieux s’étouffent avec leur doute. J’en étais arrivé à un tel état de nervosité que je ne réfléchissais plus avec grande cohérence et la Mexicaine n’arrangeait rien en jouant selon les règles de Rita, sans se soucier de moi, et en tentant de me culpabiliser en prime. N’étais-je pas aussi une victime des exigences de sa mère ? De ses remontrances à répétition ? Le problème venait d’elle, elle qui recentrait systématiquement la conversation sur Ruben, mais pas seulement. Je regrettais que Lyla accorde tant d’importance à ce que son mariage aurait dû être plutôt qu’à ce qu’il devrait être de mon point de vue, comme si ça comptait toujours pour elle, comme si elle se complaisait dans cet échec alors qu’à mon sens, c’était une chance, un signe, une épreuve du sort sur le mot, rien de plus, rien d’insurmontable, rien qui n’implique qu’elle nous prenne la tête. Elle méritait mieux qu’un dépravé sexuel, elle devrait être heureuse que le Tout-Puissant l’ait éloignée de lui. N’était-ce pas de cette certitude qu’elle devait se nourrir ? Étais-je le seul à me réjouir d’avoir croisé sa route ? Elle ne me blessait pas moins que les autres en soupirant sur son passé à tout bout de champ. Tant d’égard pour cet enfoiré…. « Ah parce que je ne sais pas t’écouter maintenant. Je suis ravi de l’apprendre. Non, mais c’est parce que ce n’est pas l’impression que tu m’as donnée quand tu es venue me voir parce que le tant regretté Ruben la tantouse a balancé des horreurs sur ton compte, mais j’ai tout aussi bien pu me tromper. » crachais-je sans hausser le ton. Je n’avais nul besoin qu’elle éclate en sanglots. Son dépit me suffisait amplement, car ces larmes étaient difficiles à gérer. Elles me radoucissaient plus vite que le Concorde. Trop tard cependant. Elle pleurait déjà. J’étais cuit. Putain ! C’était bien un truc de gonzesse, ça. Ça chouine en nous jurant qu’elle nous aime et nous, en bons bonshommes, on a beau faire semblant d’être salement agacé, en réalité, ça nous fait juste chier d’admettre que ça nous brise le cœur. « Allez, calme-toi. C’est bon. C’était une mauvaise soirée pour tout le monde. » me défendis-je en accusant mon prochain plutôt que d’avouer que j’avais déconné. Pour ce faire, il aurait fallu que j’en prenne conscience et c’était bien trop tôt. Le silence valait mieux au moins le temps du trajet, le temps que je passe à autre chose, que je redescende. N’en avait-elle pas besoin elle aussi ? Elle était si nerveuse.  

À peine arrivée dans notre futur appartement, elle se jeta sur la bouteille d’alcool comme si sa vie en dépendait. Maintenant que nous étions sur le domaine, peut-être qu’un sourire l’aiderait à se détendre. Fausse bonne idée. Sa tristesse ou sa rancœur avaient la dent dure. Alors, je lui déballai mon sac avec ce que je détenais en délicatesse. Je songeais l’avoir été. Pas elle. Elle s’en enfila un verre de plus, comme pour avaler la pilule tandis que je l’observais incrédule. J’avais pourtant choisi mes mots avec grand soin pour lui répliquer clairement ce qui me dérangeait. Je tentai même de la combler à travers eux. Elle se crispait tout de même et puisque le verbe n’atteignait pas le mile de la cible, j’optai pour une méthode différente, une qui délie les langues d’une façon bien plus agréable et plus instinctive. Évidemment, ma Mexicaine essaya de me stopper au nom de cette fichue abstinence qui m’obligeait à mal penser, à tout compliquer et à amplifier la gravité d’une impertinence. Il n’était pas question que je lui cède un bout de terrain cependant, pas tant qu’elle ne s’entrerait pas dans le crâne qu’elle n’avait rien de la théâtreuse engagée pour tourner dans un mauvais remake. « Ne dis pas de conneries. Tais-toi et laisse-toi faire. » lui conseillais-je avant de lancer la première offensive. Je la détestai de toute entrave de tissu et de ces autres plus psychologiques, lucide sur la dangerosité de mes actes. Et si je n’étais pas en mesure de m’arrêter ? Comment le vivrait-elle ? Me dirait-elle à nouveau, durant une période de crise, que je n’avais pas pu entendre ce dont elle avait besoin et ce qu’elle souhaitait ? Mais, où trouvais-je assez d’énergie et de force pour ne pas me défaire de mon froc pour ainsi prendre ce qui m’appartenait et ce qu’elle me refusait obstinément ? Aucune idée, mais je le fis, à bout de nerf, avec une trique à assommer un gendarme ou deux, mais j’y étais parvenu, bien que cette nuit-là, je regagnai le domaine sans demander mon reste. J’aurais pu envahir la chambre de Muñez, mais une fois la maison endormie, j’aurais pu me moquer que nous étions chez ses parents comme de ma première chemise. Aussi, jugeais-je plus opportun de ne pas chatouiller les pieds du Diable. Mon tour viendrait tôt ou tard de toute façon, et je ne croyais pas si bien dire. S’il m’arrivait de douter de l’influence que Lyla avait sur moi, il me suffit de regarder les grands crus et les cigarettes étalées sur la table pour m’en souvenir avec amertume. Ce n’était pas la soirée du siècle, loin de là, mais elle sut l’embellir en me surprenant sur le parking, m’apportant la preuve irréfutable qu’elle ne me tenait pas les couilles grâce à son physique enchanteur et, qu’en prime, elle en avait désormais pleinement conscience.

En réaffirmant ma possession, dans la voiture, je ne cherchai même pas à la détromper. Autant appeler un chat, un chat ! Le nier, ce serait une bêtise incommensurable, car s’il était bien un fait qu’elle n’était pas assez stupide pour oublier, c’était que ma patience était somme toute limitée et qu’à la moindre déception, aux prémices d’une trahison, je lui reprendrais tous ces avantages sans préavis. En attendant, quel intérêt de me priver de cette nuit placée sous le signe de la débauche et de la luxure ? Lyla m’offrait tant d’elle-même. Elle s’exposait dans son plus simple appareil. Elle ne me cachait rien de son plaisir. Elle envoya sa pudeur valser dans le seul but de me satisfaire et je jetai à ses pieds mes vêtements dans une danse lascive. Certes, j’étais au départ plutôt réfractaire à cette idée, mais un soupçon de défiance cumulé à l’envie de la remercier comme il se doit pour sa foi, je me laissai aller à des jeux de corps, de mains et de bouche. Mes désirs étaient les siens et je m’employai à rendre l’inverse aussi vraie et probante jusqu'à l'aube. Au petit matin, nous nous remettions à peine de nos ébats. La fatigue était sur le qui-vive. Elle attendait que je ferme les yeux un instant pour me sauter à la gorge, mais Lyla ne l’entendait pas de ses oreilles. « Oublier ? Pff, pas après notre petite escapade à l’appartement. Je te désire. Tout le temps, même quand tu n’es pas là, SURTOUT quand tu n’es pas là en fait, parce qu’alors, ça devient presque une obsession. Faut pas que tu en doutes, bébé. C’est une perte de temps et d’énergie qu’on pourrait employer à bien d’autres choses. » Dormir, par exemple, bien que je luttais sans grande difficulté, car elle me défia plus tôt, et qu’elle sut user de ses mains à bon escient et avec l’habileté qui la caractérisait. Je fondis sur elle en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire et je l’aimai pour quelques heures encore, jusqu’à ce que le devoir m’appelle. « Tu crois que tu me ferais un café, voire deux, pendant que je me prépare ? Si tu n’as rien de prévu, et que tu mets moins 10 min à te préparer, tu peux même venir avec moi si tu veux. Ça me fera plaisir. » Elle était occupée cependant. « Ce n’est pas grave. Une prochaine fois. » m’attristais-je en déposant un doux baiser sur ses lèvres. Le mariage approchant l'accaparait entièrement. Je lui laissai mes clés de voiture, j’avalai cul sec mon café serré pour m’aider à tenir le coup, je l’embrassai tendrement et je me pressai à m’en retourner à mes obligations, ravi, bien mieux dans ma peau et dans ma tête. Que pourrait-il nous arriver à présent ? N’étions-nous pas au-dessus de tout, à commencer par sa mère le soir des répétitions ? Non ! Rita était tenace, mais je le pris avec sang-froid tandis qu’il en manquait à ma dulcinée face aux dernières nouvelles émanant tout droit de la liste des invités. « Hmm, la simple idée de t’imaginer en train de briser des genoux m’excite terriblement. » lançais-je en l’attrapant par la main pour l’empêcher de tourner en rond. « Mais, en effet, ce n’est pas une bonne idée mon ange. Je voulais que tu le saches pour que tu puisses justement les accueillir comme une princesse. Ma princesse. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout après tout ? » Amber. Rosef. Il n’avait que peu d’importance à mon sens. La seule chose qui en aurait, c’était ce « oui » et le bien-être de nos convives. « Tout comme de son histoire d’amour avec Daya. Franchement. Ce sont de grands garçons et les gens faits pour être ensemble n’ont pas besoin qu’on les pousse au cul. Ça colle ou ça ne colle pas. C’est aussi simple que ça. » Je filai vers mes occupations plus serein. Tout serait parfait. Absolument tout, en ce compris la nuit de noces. Surtout la nuit de noces, mais seulement en songe. Après cette harassante journée de mariage, nous nous tombâmes endormis comme des masses, épuisés par tant d’émotions, et sans doute trop rapidement.

Qu’à cela ne tienne, notre lune de miel nous débarrasserait de notre frustration. À choisir, et si nous n’avions pas failli rater le départ, j’aurais bien lancé les hostilités dans les toilettes de l’aéroport, mais je m’étais promis que, cette fois, je ferais les choses autrement que dans la précipitation. Quelle déception. Je grimpai dans l’avion la tête remplie d’images aussi tendres que salaces et Lyla les troqua derechef pour d’autres, bien moins réjouissantes. Elle était enceinte ? Mais comment cela avait-il bien pu arriver ? Elle prenait la pilule. Je me protégeais. Je ne m’inquiétais même pas de la défectuosité d’un préservatif à Los Angeles. Pour quoi faire ? Et, d’ailleurs, pourquoi ? Pourquoi avais-je l’impression que j’étais le seul à flipper ? Pourquoi semblait-elle persuadée que c’était notre destin et qu’il fallait l’encenser ? Pourquoi me balancer ça maintenant, dans cette embarcation, en ternissant mon enthousiasme et en me piégant comme un rat ? Devant témoins, je dus me forcer à ravaler ces émotions qui m’envahissaient. Elles ressemblaient à de la peur. Elle m’était méconnue, mais pour ce que j’en savais – je suis un homme comme un autre – elle était celle qui pouvait m’agiter à ce point et à alourdir mon estomac. Je fus pris d’une sueur froide. À deux doigts du malaise, je me tournai vers elle, clignant des yeux à plusieurs reprises. J’étais horrifié, sans voix, privé de ma grandiloquence et de ma liberté, sans vie. Je dus l’effrayer. Elle se tut. A moins qu’elle ne soit blessée ? car elle lâcha ma main jusqu’ici solidement accrochée à la sienne et je ne protestai pas. Je broyai du noir durant tout le voyage, fixant le siège en face de moi sans jamais détourner le regard. Je me sentais aussi seul que le pauvre hère qui partageait la banquette avec nous et, le plus malheureux, c’était cette impression de la décevoir, de ne pas être à la hauteur et d’avoir loupé le coche d’une discussion fondamentale en me jetant à corps perdu dans le mariage et dans mes sentiments. Je ne voulais pas d’enfants. JAMAIS ! Nous nous ressemblions tant que je partis du principe qu’il en allait de même pour elle. Grave erreur cependant. J’en payais le prix fort aujourd’hui et mon intuition me dictait lâchement de fuir à toute jambe sous peine de perdre le contrôle total de mon existence. Je le fis d’ailleurs. Les valises déposées dans la chambre, je prétextai un besoin urgent de cigarettes pour m’éclipser. Dans la voiture, je cherchai un sens à tout ça, une explication, le message que je devais comprendre ou la leçon qu’il convenait de tirer, mais je n’étais pas en mesure de réfléchir avec cohérence. Je n’étais pas dans le rationnel. J’étais bien trop inquiet pour relativiser. Manuel et ses sages conseils m’aidèrent certainement à y voir plus clair, mais on ne change pas un homme de quelques mots. Lorsqu’il me confia ses projets d'union avec ma sœur, il m’avait permis de reconsidérer cette question autrement, mais avant d’y venir, de l’eau avait coulé sous les ponts. Pourrais-je espérer que ça se déroulerait de la même façon cette fois encore ? Que son discours me percuterait ? Probable, mais quand ? Une grossesse s'étend sur neuf mois et nul doute que si je ne me réveillais pas, elle avancerait sans moi. Qui voudrait d’un lâche comme père pour son enfant ? Qui ? C’était tellement déstabilisant ! Je ne savais plus comment me comporter ni comment penser, mais je détenais une information qui modifia quelque peu la donne. Au moins, contrairement à mon meilleur ami, j’étais marié. Que Lyla soit enceinte n’était plus vraiment en pêcher. Si je m’en étais tracassé, j’aurais sans doute poussé la porte de la maison en me traînant sur les genoux pour qu’elle me pardonne. Le problème était cependant bien plus profond. Je fus heureux de découvrir mon épouse endormie dans le canapé, quoique ses traits étaient toujours habillés par son inquiétude. Demain matin, il me faudrait me racheter, coûte que coûte. En attendant, me reposer – ou essayer – ne pourrait que me faire du bien.

Quand elle ouvrit les yeux, elle me trouva dans la cuisine qui embaumait les parfums sucrés de pâtisserie. J’en avais fait toute la nuit. C’était un art si minutieux que ça me détendait pour la rigueur qu’il exigeait. Je n’en avais même pas honte, du moins, pas devant elle. En revanche, ce loisir étrange m'apporta son lot de conseil, je l’étais de n’avoir pu parler à l’heure d’apprendre que la famille s’agrandissait déjà. J’estimais avoir le droit de ne pas me réjouir, mais pas de l’avoir certainement plongée dans le désarroi sans lui avoir fourni l’ombre d’une explication. « Tu as faim ? » m’enquis-je aussi penaud qu’à Los Angeles après avoir remporté l’amère victoire de dormir à ses côtés, mais sans la toucher. « Tu vas me punir de mon comportement en me privant de sexe ? En me tirant la tête ? En me quittant peut-être ? Tu serais en droit de le faire. J’ai réagi comme un enfant et comme un lâche. J’en suis bien conscient. » Je lui servis un verre de jus d’orange fraîchement pressé en lui proposant une part d’un mi-cuit. « Je l’ai fait cette nuit. Je n’arrivais pas à dormir. J’ai fait avec ce que j’avais sur place. Je ne sais pas ce qu’il vaut, mais ça sent plutôt bon je trouve. Prends. » insistais-je en agitant le plat en dessous de son nez. Or, elle hésita et pour lui donner l’impulsion, je croquai dans un morceau sans le goûter pour autant. « Écoute, je suppose que tu t’attendais à autre chose comme réaction. En général, la majorité des gens voit les enfants comme la finalité du mariage. Tu devais t’attendre à ce que je saute de joie, mais moi, j’aurais été heureux des années encore juste avec toi, sans te partager avec qui que ce soit.» Lui dire que je n’en voulais pas, ce serait risqué et odieux. J’optai donc pour une méthode plus douce, même si dans le fond, ça ne changera strictement rien. Elle était intelligente. Elle comprendrait. « Je suis du genre égoïste comme gars. Je n’ai même pas eu le temps de savoir si je serais vraiment un bon mari que tu m’annonces que je vais être papa. » Sous-entendu, je ne peux pas cumuler les rôles aussi rapidement. Ils doivent d’abord être apprivoisés. « Mais, rien que de le dire, ça me fait flipper. J’en ai des palpitations. » lui confiais-je en déboutonnant mon polo. « Tu as une idée de, je veux dire, combien de jours ? » Quoique, si elle avait déjà commencé à grossir, viser plus large serait sans doute plus opportun. « De semaines ? » Et si c’était moins récent ? « Tu crois que tu pourrais me laisser souffler un peu ? Faire comme si ça n’existait pas, au moins pendant le voyage ? J’avais des projets pour nous. Je ne veux pas que tu m’en veuilles et que tout ça, ça là… » Je désignai la vue imprenable sur la mer depuis la terrasse d’un geste ample de la main. « Ça soit gâché à cause de moi.» Chaque mot m’enfonçait un peu plus dans des sables mouvants. Je me débattais, mais j’étais enseveli. J’en aurais bien pleuré et, dans ces moments de grande détresse, elle était la seule personne qui me sortait la tête la mélasse, mais pas cette fois, pas si je lui donnais le sentiment d’essayer de la culpabiliser. Inconsciemment, peut-être. Consciemment, je m’attelais simplement à sauver les meubles. « Je voulais seulement que rien ne change pour le moment. Au moins jusqu’à ce qu’on rentre à NYC.» confessais-je dépité.

En réalité, je me prenais les faits en plein visage rien qu’en la regardant manger. Parfois, je m'éveillais à peine que je l’entendais de la salle de bain, vider le contenu de son estomac et j’en avais moi-même la nausée, mais qu’aurais-je bien pu faire ? Je fermais les yeux, feignant d’être profondément endormi et de me réveiller sous une douce caresse après qu’elle ait effacé les preuves. Ça dura tout au long de la première semaine jusqu’à ce que nous entreprissions une escapade pour survoler l’Etna en hélicoptère. La route fut longue pour arriver jusqu’au volcan et la file d’attente interminable. Nous n’avions nulle part où nous asseoir pour patienter. Pas de siège. Juste une chaleur écrasante qui l’incommoda entre midi et deux heures, heure où le soleil atteint son zénith. « Ça va ? Tu veux qu’on s’en aille ? » m’inquiétais-je tandis que son teint grisonnait. Non ! Évidemment. J’avais eu le culot d’exiger l’indifférence par rapport à son état, elle souhaitait uniquement me faire plaisir. Or, avant qu’elle ne puisse me répondre, elle défaillit, alarmant les badauds et moi, en l’occurrence. On m’apporta un verre d’eau. Certains étaient prêts à appeler une ambulance, mais elle ouvrait déjà les yeux. Ce n’était pas nécessaire, pas plus que le jugement qui se lisait dans le regard des femmes quand je précisai qu’elle était enceinte, que ceci devait sans doute expliquer cela. Nous n’avions pas notre place ici à pareille heure de la journée. « On va rentrer... » lui conseillais-je doucement en l’aidant à se relever. « Mais, avant, on va aller voir un médecin. Il est temps, je crois. Je ne veux pas qu’il t’arrive quelque chose. Ni au bébé non plus. » Et dans ma bouche, c’était tout bonnement inédit. Je m’étonnai, comme ma main qui se posa sur son ventre une fois en voiture, à l’abri.







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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
ADMINE ET PUNITRICE

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MessageLun 6 Juin - 20:56





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ft El marido



Ces derniers mois avaient été durs psychologiquement, autant pour lui que pour moi, entre changements, disputes, engagement et nouvelles choses, nous dûmes apprendre à nous apprivoiser et à faire avec les aspirations de chacun. Nos familles ne nous aidaient pas vraiment non plus à apaiser les tensons. Si nous n’avions pas relâché la pression durant une nuit d’amour, je crois que nous aurions été contraints d’annuler le mariage. Le sexe c’était notre soupape de sécurité à tous les deux, ça nous évitait de parler et de lancer des choses qui blessaient parfois alors que ce n’était pas nécessaire et ça nous épargnait de la colère contenue qui finissait par s’exprimer de la pire des façons. Plus que ma mère, plus que Ruben et les rumeurs, l’abstinence nous avait fait énormément de mal et je me fis la promesse de ne pas me relancer dans ce genre d’entreprise. Pour ma défense, je me sentais tellement désarmée face à sa tromperie et à ce besoin de perfection de ma mère qui en faisait, malgré moi, une de mes priorités, j’avais fini par me convaincre qu’il ne voulait pas vraiment de moi et que je n’étais pas tout à fait celle qu’il lui fallait et qu’en le privant de la seule chose qui nous liait vraiment, il finirait par ne jurer que par moi et par ne désirer que moi. J’avais besoin d’être rassurée et aimée, les mots ne m’apaisaient pas, c’étaient du vent, de belles choses qui flattaient l’oreille et l’ego mais qui ne prouvaient rien. Rien du tout. De toute façon, j’étais plus encline à le croire quand nous venions de nous épancher dans un explicite corps à corps qui ne laissait plus de place aux questions ou aux doutes. Aimer comme je l’aimais c’était aussi plaisant que douloureux, parce que je ne pouvais m’empêcher de me demander si je ne l’aimais pas plus qu’il ne m’aimerait jamais, s’il n’en viendrait pas à se lasser et que le fait que je porte son nom et une quelconque alliance ne changerait rien à son envie d’aller tromper l’ennui ailleurs. J’avais peur, constamment.Peur de le perdre, peur qu’il cesse de m’aimer, peur qu’il ne me voie plus, peur de ne pas être à la hauteur, peur de le décevoir, peur de le blesser et de tellement d’autres choses encore. Je n’étais plus rationnelle quand il entrait en ligne de compte et le problème ne venait pas de la confiance que je lui accordais, j’avais une confiance aveugle en lui. Je manquais seulement de confiance en moi. Je me souvenais de ce qu’il me serinait souvent, je m’accrochais à ça, au fait que les choses ne se répètent pas forcément et que ce que j’avais raté par le passé ne se reproduirait pas. Il n’avait rien à voir avec Ruben, rien du tout. Mais je ne soufflerais que lorsqu’il m’aurait passé la bague au doigt et que j’aurais dit oui devant un parterre de témoins. Amber ou pas, Daya et Josef ensemble ou pas, ça n’aurait pas la moindre importance parce que je ne verrais que lui.

Je fis en sorte d’imprimer l’expression de son visage dans mon esprit alors que j’acceptais de devenir sa femme, tout comme je pris soin d’enregistrer ses regards, ses sourires et ses gestes tendres envers moi durant toute la journée alors qu’un rien me faisait fondre en larmes. J’étais même parvenue à occulter ma grossesse pour ne pas gâcher la journée. Je me sentais invincible et prête à tout affronter tant qu’il serait près de moi. Pourtant, j’étais terrifiée par l’annonce que je devrais lui faire et ce fut la seule chose que j’eus en tête alors que je mettais un point final à mes valises. Je ne pensais ni à ces jours de totale liberté que nous aurions ensemble pour inventer de nouvelles danses lascives et osées, ni à ces paysages que je découvrirai ou encore à cette partie de sa famille que j’allais rencontrer, seulement à ce qui grandissait en moi depuis une date indéfinie et qui risquait de tout chambouler. Je n’étais pas complètement stupide et aveugle, je savais parfaitement ce que pensait Lucky des enfants. Nous en avions eu, des discussions, alors que nous n’étions qu’amis. Nous parlions de tout et de rien à cette époque-là et sans le moindre tabou. Il avait toujours été très franc concernant son opinion sur le mariage. Trop peu pour lui, pourquoi décider de faire porter son nom à une salope de compétition qui finirait forcément le décevoir alors qu’il pouvait en sauter à foison sans se préoccuper des conséquences, sans engagement et sans se demander quelle nouvelle connerie elle lui trouverait le lendemain ? A l’époque, j’étais plus que d’accord avec son point de vue, abstinente convaincue et heureuse célibataire, je ne voyais pas l’intérêt de m’encombrer de quelqu’un d’autre pour autre chose qu’un entretien nécessaire et encore, je préférais la solitude et l’abstinence à un coup d’un soir qui ne me comblerait pas émotionnellement parlant. J’attendais d’être prête pour ça, de trouver la bonne personne et de me sentir capable de m’engager à nouveau. Il m’avait pris par surprise et autrement, je ne me serais sans doute pas laissée approcher si facilement. Nos désirs et aspirations s’étaient mêlés et devinrent communs mais il lui en fallut du temps pour accepter ce que nous étions et ce que nous avions. Je le soupçonnais même parfois de ne pas toujours être très à l’aise avec ce que je suscitais chez lui et ce que ça le poussait à devenir et à faire.  Alors un enfant ! C’était sacrément prématuré et ambitieux de croire que ça passerait comme une lettre à la poste. A vrai dire, je crus qu’il exploserait dans l’avion et m’accablerait de reproches à ce moment-là, je m’y étais préparée et j’aurais préféré une dispute à ce silence qui ne fit qu’accroître mon inquiétude. A peine mariés et déjà séparés ! Il allait s’installer dans son appartement de Manhattan et me laisserait chez ses parents, sous la coupe de son père pendant qu’il prendrait du bon temps et profiterait de la vie que j’avais tenté de lui voler, malgré moi et je n’aurais plus que mes yeux pour pleurer. J’aurais aimé ajouter que j’étais prête à me faire avorter s’il le désirait, pour lui faciliter la vie et lui rendre sa tranquillité d’esprit mais ma gorge était nouée et rien ne sortit. Était-ce encore possible ? Si je calculais bien, cette grossesse ne datait pas d’hier mais au moins de Los Angeles, même avec toute la bonne volonté du monde, je ne pourrais le faire partir. Et je ne voulais pas, j’avais promis à Dieu et à la gamine que j’étais à l’époque que e ne recommencerais plus jamais, sauf cas de force majeur. Que mon mari ne soit pas prêt à être père n’était pas un cas de force majeur mais ce que le Tout Puissant pourrait considérer comme un caprice et je ne voulais pas le contrarier.

Son indifférence et son silence me firent un mal de chien et je m’attendais à un terrible retour de bâton une fois que nous serions arrivés dans la campagne sicilienne mais il se contenta de disparaître et c’était presque pire. Je ne posai aucune question, me contentant de pleurer en rangeant mes affaires et les siennes, me demandant si ça valait bien la peine de tout déballer alors que nous serions sûrement de retour dans quelques jours parce qu’il ne supporterait plus ma présence. Si j’avais écouté Cinzia, j’aurais pris soin de gérer ça plus tôt et … Il m’aurait quittée. Au fond, il n’y avait pas de bon timing pour ça mais au moins, nous étions mariés, ça rendait le tout un peu moins grave, d’une certaine façon mais probablement pas pour lui. Quand j’en eus terminé avec nos vêtements, je me cherchais autre chose à faire, sans succès et j’allumai la télé après avoir regardé par la fenêtre durant de longues minutes sans apercevoir la moindre trace de lui. Et s’il ne revenait jamais ? Cette idée me tenailla les tripes pendant une partie de la nuit jusqu’à ce que le décalage horaire soit plus fort et ne me pousse au sommeil pour un repos tout relatif. Mes songes furent emplis de cauchemars et l’un d’eux m’obligea à me réveiller loin d’être reposée. Je m’assis dans le canapé, essayant de retrouver mes repères alors qu’une odeur de nourriture emplissait la maison toute entière. Je me levai tant bien que mal, la couverture sur mes épaules pour le trouver en plein atelier de pâtisserie. Il était rentré, c’était déjà bon signe mais je n’arrivais pas à évaluer combien il était blessé. Je fis non de la tête quand il me demanda si j’avais faim, incapable de détacher mes yeux de lui. Je sortais à peine du sommeil, je peinais encore à imprimer tout ce qu’il me disait et je finis par prendre l’assiette qu’il me tendait pour la poser sur l’établi de la cuisine et venir me blottir dans ses bras pour me consoler et me réconforter. « Je suis désolée de t’avoir laissé croire que je faisais tout pour te punir, tellement désolée. Tu n’as rien fait de mal, rien du tout ! » Je n’étais pas cette mère fouettarde, je ne voulais pas l’être et je culpabilisais qu’il puisse considérer qu’à la moindre divergence d’opinion, j’en profiterais pour le lui faire payer. J’avais envoyé de très mauvais signaux et il fallait que je rattrape le coup. « Non, je ne savais même pas comment prendre la nouvelle moi-même. Je n’avais pas prévu que ça arriverait maintenant et je ne savais pas comment te le dire parce que je sais que c’était pas dans tes projets non plus. J’aurais dû me montrer plus diplomate, je suis désolée mais je ne voulais pas que tu penses que je te cachais des choses ! » Toujours collée à lui, je m’étais détachée un minimum pour pouvoir le regarder dans les yeux. « Je suis vraiment désolée, est-ce que tu veux qu’on réfléchisse à des solutions ? » J’espérais qu’il refuserait qu’on ne se retrouve pas à parler de comment avorter un embryon qui ne pouvait plus l’être. « Je pense que ça remonte à LA ou à avant, ça ferait six semaines, minimum. » répondis-je franchement, en essayant de ne pas l’alarmer en imaginant que ça pouvait être antérieur à ça, sinon, il allait faire une syncope en plein milieu de la cuisine et je n’étais pas certaine d’être celle par qui il voudrait être ranimé. « Non, c’est moi qui ai encore tout gâché. » avouai-je en me détachant de lui et en baissant les yeux, lasse de toujours être la trouble-fête de service. « Prends le temps qu’il te faut, bébé ! » J’embrassai sa main et m’éclipsai pour aller prendre une douche et vomir mes tripes. Il ne voulait pas en parler, je n’en parlerai plus. Il n’était pas question de m’inquiéter de ça pour le moment et si, par la suite, il ne changeait pas d’avis, je m’arrangerais pour que cette petite chose que je portais en moi impacte sa vie le moins possible.

Bien sûr, il fallait être deux pour faire un enfant et donc, on devait être deux à l’assumer mais je ne comptais pas lui imposer quoi que ce soit et me la jouer femme hystérique. Je ne m’étais jamais attendue à des effusions de joie et je n’arrivais jamais à me cantonner à une émotion concernant cette grossesse. Je préférais prendre les choses comme elles venaient et aviser le moment venu. Le fait de savoir fut un véritable calvaire et alors que je n’avais pas eu une seule nausée matinale jusqu’à présent, je les multipliais. Parfois, la simple odeur d’un aliment me faisait courir aux toilettes. Depuis notre arrivée, je m’empiffrais de pâtisseries siciliennes, ce qui constituait l’exclusivité ou presque de mon alimentation. Il avait prévu tout un tas d’activités et je suivis sans rechigner, me montrant de bonne humeur et sympathique, heureuse de découvrir les paysages, les gens et même l’architecture. J’achetai des cadeaux à mes proches, goûtai à tout et appréciai de passer du temps avec Luciano. Néanmoins, nos journées étaient souvent très courtes, il fallait toujours que je trouve une petit heure voire deux pour pouvoir m’assoupir, me sentant vidée sans pour autant avoir l’impression de m’être tant activée que ça. A ma décharge, mes nuits étaient très courtes. Nous avions des semaines et des semaines de séparation forcée à rattraper et je ne le laissais pas respirer dès que j’avais un œil ouvert. Les préservatifs n’étant désormais plus utiles, j’avais l’impression que mon plaisir était décuplé bien que je me demandais si la grossesse n’avait pas quelque chose à voir là-dedans. La nuit précédant notre escapade à l’Etna, il ne me ménagea pas et j’eus l’impression de vivre notre coït le plus mémorable autant en matière de plaisir que de communion que j’eus du mal à redescendre. M’endormir fut difficile mais pas autant que me lever. Je me traînai dans la salle de bain, je tentai de m’activer pour me préparer mais je me sentais toute molle et dépourvue de la moindre once d’énergie alors qu’il était guilleret et plein d’entrain. Je me laissai porter par lui, puisant dans mes réserves pour démarrer. Ma casquette vissée sur la tête, je gravis à grand peine cette montée interminable, m’accrochant parfois à sa main quand il ne m’aidait pas carrément à passer ce qui me semblait être un obstacle. Une fois arrêtés, je soufflai un peu, la tête me tournait et j’aurais aimé pouvoir m’asseoir mais après un rapide coup d’œil autour de moi, je réalisai qu’il me faudrait attendre de bout et…Je m’effondrai sans même sentir que j’étais sur le point de défaillir. Lorsque j’ouvris les yeux il était au-dessus de moi, inquiet et je lui souris, caressant son visage. « Qu’est-ce que t’es beau ! » lâchai-je à mi-voix tandis qu’il m’aidait à me redresser. On me donna de quoi boire et après avoir repris mes esprits un minimum, je me relevai, les vertiges me reprenant à nouveau. « Je suis désolée, je sais que tu voulais vraiment le faire. On reviendra avant de partir ! » lui promis-je en serrant sa main, me disant que j’aurais mieux fait de dormir et de me reposer ou bien de serrer les dents pendant la montée et m’asseoir par terre le temps que ça passe, au lieu de tout gâcher. « Je crois que je suis juste très fatiguée, tu sais. » tentai-je pour le rassurer un peu mais quand il parla du bébé, je me dis que le contrarier serait contreproductif. Je ne vis pas passer la descente et fus heureuse de m’installer dans la voiture, je ne m’attendais pas à ce qu’il pose sa main sur mon ventre, je déposai ma paume sur la sienne, me disant que nous trouvions toujours le moyen d’avancer. Toujours.

« Tu sais, faut pas t’inquiéter comme ça, je n’ai pas assez dormi cette nuit, sûrement pas assez mangé, ça va aller ! » Il n’avait pas décroché un mot la première partie du trajet, me jetant quelques œillades inquiètes de temps à autre et embrassant ma main par intermittence. « Tu sais que je te dis quand ça ne va pas, tu te souviens, je t’en avais fait la promesse, dans ton bureau, après t’avoir jeté mon sac d’anxiolytiques au visage. » Je ricanai, me disant que ces souvenirs parviendraient sûrement à le dérider un peu et je vis un peu de tension dans ses épaules disparaître. « Aller dans un hôpital nous permettra d’avoir des réponses plus vite, c’est peut-être mieux d’aller là-bas. Bon tu vas devoir faire le traducteur de chic et de choc, je ne parle pas assez bien italien. Et après, on ira manger un truc consistant, j’ai envie de pâtes ! Ou de couscous ! Enfin un truc qui va me donner envie de faire une sieste pour digérer, tu vois le genre ! » Je n’osais pas aborder le sujet brûlant par excellence, parce que je ne savais pas ce qu’il était prêt à entendre ou pas, je ne voulais pas le brusquer et qu’il reconstruise à la hâte toutes ces barrières qui le mettait hors de portée de moi et de ce que j’avais besoin de partager avec lui. Parfois, il me rendait les choses très difficiles. Je me demandais comment nous aurions fait si je ne baissais pas les armes systématiquement, surtout quand je peinais à accepter un état de fait. Une fois à l’hôpital, nous attendîmes quelques heures, la jambe de Lucky battait la mesure avec impatience et je dus le modérer pour qu’il n’agresse pas un membre du personnel. Ce fut enfin à nous, un médecin nous reçut et m’ausculta sous l’œil de mon mari qui n’avait plus l’air aussi sûr que ça de la nécessité de voir un docteur, surtout pas s’il était du sexe opposé. Une prise de sang plus tard et quelques examens supplémentaires ainsi qu’une longue attente et on nous annonça que tout allait bien, j’avais juste besoin de repos. Je devais me ménager et m’écouter. Je remerciai le médecin et dans le couloir, je ne pus m’empêcher de dire à mon compagnon : « Tu crois que ça veut dire que tu dois me porter partout où je vais pour m’éviter de marcher ?  Allez, fais un effort, je sais que tu m’aimes plus que tout parce que je suis la meilleure, tu peux faire ça pour moi !» Je me collai à lui comme une sangsue, adorant le taquiner. Si j’en avais eu la force, je lui aurais sauté sur le dos. « Et puis t’aimes bien quand je suis au-dessus ! » J’éclatai de rire, me trouvant hilarante.


***


Je travaillais mon italien avec les membres de sa famille qui se montraient patients et sympathiques. Ma langue maternelle m’aidait à ne pas trop mal m’en sortir même si certaines choses restaient un peu compliquées, j’avais l’impression de m’améliorer. Les femmes de la maison m’apprenaient à cuisiner sicilien et je leur appris quelques recettes mexicaines. Mes journées avec eux étaient mes préférées parce qu’elles étaient paisibles. Mes tatouages les intriguèrent, de ce que je compris, ce n’était pas courant de voir des femmes avec autant de dessins sur la peau et encore moins mariée à un sicilien. Je ne sus trop si je devais le prendre comme un compliment mais je décidai de ne pas m’en formaliser. Ca n’avait jamais été un problème pour mon époux, l’opinion des autres n’était donc pas importante. Chaque fois que j’allais là-bas, il inspectait ma tenue, me demandant de mettre quelque chose de plus long ou de moins décolleté par volonté de ne pas les choquer, du moins était-ce mon avis et je cédais, levant les yeux au ciel, refusant de me battre avec lui. Les traditions avaient la dent dure, ici plus qu’ailleurs et je ne voulais pas le mettre mal à l’aise face à sa famille en jouant le rôle de l’Américaine de service, vulgaire et sans éducation. Je comprenais mieux le refus des filles de m’accompagner à la place pour une après-midi entre nous, ça devait paraître suspect, surtout sans leur mari. Je me promis d’en parler à Lucky dès que nous serions seuls. Pour l’heure, j’apportais les plats à table, prenant place près de lui. « Ca va ? Ton après-midi entre hommes était comment ? »







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MessageMer 15 Juin - 23:33





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Au vu de ma réaction à l’annonce de sa grossesse, Lyla était en droit d’être furibonde contre moi. Je m’étais d’ailleurs préparé à plusieurs scénarii, les prévoyant surtout pour la prémunir de mon excessivité. Dans la première version de l’histoire, elle m’accueillait avec des cris, des pleurs et des hurlements teintés de reproches, ce qui réveillerait toute ma mauvaise foi. Dans la seconde, je découvrais ses valises bouclées sur le pas de la porte tandis qu’elle exprimait calmement sa volonté de me quitter définitivement, ce qui je n’aurais pu tolérer. Je l’aurais maintenue prisonnière jusqu’à ce qu’elle change d’avis, dussé-je l’enfermer dans la chambre à coucher tout au long du séjour qu’elle ne sortirait pas de cette bicoque sans moi avec en tête l’idée de rentrer chez ses parents et m’adresser par le biais d’un avocat une sentence de divorce. Il n’était pas question de nous séparer, pas plus d’avorter d’ailleurs. Si c’était ma dernière hypothèse, je m’étais juré de la rassurer au mieux, quitte à me forcer pour feindre la joie maintenant que la surprise était passée. J’étais fort de toutes de mes présomptions quand, ensommeillée, elle me rejoignit dans la cuisine pour se nicher dans le creux de mes bras, des excuses plein la bouche. Elle m’en déstabilisa, car cette possibilité ne me traversa l’esprit à aucun moment. Mon discours était-il construit de manière à susciter son repentir ? Certainement. Insister sur sa maladresse à l’heure de me mettre au parfum de sa grossesse provoquait chez elle un lourd sentiment de culpabilité, pas tant à cause de ma mauvaise foi, mais parce que j’avais réussi à me persuader qu’elle justifiait mon attitude et mon attitude de lâche dont je n’étais pas vraiment fier. À ma décharge, cette méthode de manipulation dont j’usais et j’abusais, elle n’était pas forcément consciente. Mes monologues n’étaient pas toujours cousus d’un fil d’or pour ressortir vainqueur de batailles qui se disputent davantage en moi qu’entre nous. Certes, il m’arrive bien ‘en jouer pour des menus détails de notre quotidien, comme ma fâcheuse tendance à déposer dans l’évier ce qui se rangerait normalement dans le lave vaiselle.

Dans ces cas-là, j’arguais avec superbe que je n’étais pas capable de l’agencer correctement quand je ne jurais pas tous les saints que j’y pensais systématiquement que ce n’était pas pour un oubli, que son exigence était fatigante et qu’elle gâchait tout, encore, à se prendre la tête pour des bêtises. Mais ce n’était ni grave ni important, pas autant que la naissance prochaine d’un enfant. Au fond de moi, malgré tous mes efforts pour justifier le bien-fondé de ma réaction de petit con, je savais que je ne détenais aucune raison valable d’avoir fui comme un pleutre. Alors, comment ne pas me méfier un tant soit peu de cette clémence inattendue ? Comment ne pas soulever son menton pour déchiffrer la sincérité dans son regard et la trouver ? « Je comprends pourquoi tu l’as fait aussi vite. » lui assurais-je en me dégoûtant de me servir de sa détresse, regrettant qu’elle ne me gifle pas en entendant cette requête manquant de noblesse. Ignorer sa grossesse, c’était mésestimer notre amour, en faire peu e cas, l’égratigner sans prendre le temps de le soigner pour ne pas que la blessure s’infecte. Qu’arriverait-il si elle se gangrénait ? M’en voudra-t-elle tôt ou tard à juste titre ? Étais-je ignoble de la serrer dans mes bras en acceptant de la pardonner comme si elle me devait d’être rentré à la maison ? Dommage que l’heure ne soit pas à la remise en question. J’en étais proche, mais apprendre que la conception de ce bébé remontait à si longtemps me fit l’effet d’un coup de massue. « Je n’ai pas besoin de solutions. Juste d’un peu de temps. » répliquais-je alors complètement sonné par la réalité. En aurais-je eu l’opportunité que je me serais laissé mourir dans mon divan jusqu’à nouvel ordre, de préférence contraire et que je n’aurais pas susciter. L’image que cette situation me renvoyait de moi-même me débecta, mais enfoncer ma tête dans un trou comme une autruche, c’était tout ce que j’étais capable de faire… si détestable cela puisse être… aussi peinée pouvait-elle être.

En réponse à notre déception commune ou respective, je ne trouvai rien de mieux que d’occuper nos journées d’activités diverses et de sexe, beaucoup, car c’était devenu les seuls moments où j’arrivais à oublier que je n’étais pas qu’un imbécile doublé d’un connard. Je me réappropriais mon couple et je respirais plus librement puisque j’avais l’impression que rien n’avait changé entre nous, absolument rien, contrairement à ce que je m’imaginai par rapport à ce bébé ou à mon obstination à fonctionner comme si notre dernière conversation sérieuse n’avait jamais existé. C’était diablement efficace, si bien que je ne la ménageais pas vraiment. Je négligeais son besoin de se reposer, de se souffler, de s'installer sur l’un des transats de la terrasse avec un bon livre, un jus de fruit, une assiette de charcuterie, la mer à l’horizon et moi, à ses côtés, m’endormant sans me soucier de New York et de mes obligations ou lisant un roman de gare qui ne me laissera aucun souvenir impérissable, mais qui aurait eu le mérite de me vider l’esprit. Là, je n’osais pas vraiment, car toute pause du corps agitait ma tête. Je tergiversais avec moi-même et j’en tirai toujours la même conclusion qui me couvrait de honte. Pour m’éviter d’être désagréable avec elle, supportant mal ce sentiment, je nous occupais un maximum, m’arrangeant pour ne jamais avoir à me défendre d’une question qui me gênerait si, d’aventures, elle rompait sa promesse de ne pas revenir sur le propos qui nous opposait. C’était épuisant, autant pour elle que pour, bien que de manières différentes. Ma fatigue était psychologique, la sienne bien plus physique et je n’avais cependant rien remarqué. Trop concentré sur mes faux problèmes, j’avais manqué d’attention à son égard et, maintenant qu’elle s’écroulait sous mes yeux, que je ne pouvais plus agir comme un pauvre type, qu’il ne m’était plus possible de mettre la main devant la réalité pour l'empêcher de me rattraper, mon dégoût se transforma en véritable aversion envers moi, moi qui m’aimais tant, moi qui ne doutais jamais de ma valeur pourtant. Je ne me répétai jamais assez ô combien j’étais un monstre d’égoïsme. Je nous avais fait du mal, à tous les deux, à une échelle différente, par peur du changement. Je saisis alors que mon indifférence n’était pas seulement une entaille dans le manteau douillet de notre affection, mais un rejet de ce que j’étais et de ce qu’elle désirait m’offrir du plus profond d'elle-même : le fruit de ses entrailles, le mélange savant entre ce que nous sommes l’un l’autre et ce que nous étions voués à devenir, à construire ensemble, soit une famille, des parents.

L’éventualité qu’elle s’éteigne là, dans mes bras, au pied d’un volcan, sans que je puisse bénéficier d’assez de temps pour lui demander pardon me chopa alors au vol. Mon cœur rata un battement, si bien que je fus incapable de réprimer un rire frais et soulagé, sous le regard désabusé des spectateurs, tandis qu’elle louait mon physique. « C’est bon. Tu vas bien. Tu as encore toute ta tête. » plaisantais-je pour ne pas l’alarmer. Je n’en menais pas large néanmoins et si mes gestes étaient fermes en la relevant, mon âme tremblait de peur pendant que je nous conduisais jusqu’à la voiture. Inquiet, je lui collai une bouteille d’eau entre les mains, la mienne caressant spontanément son ventre à peine arrondi. « C’est moi qui suis désolé. Jamais je n’aurai dû t’amener ici avec une telle chaleur. Je suis tellement con parfois. » Mes excuses n’étaient pas à la hauteur de l’offense, mais c’était le mieux que je puisse faire pour le moment. Le reste de mes remords, la suite de ma remise en question, ils s’édifièrent dans la salle d’attente l’hôpital et devant ce médecin qui exigeait qu’elle se déshabiller en partie. « Ça va. On va prendre sa tension, tapoter son ventre et l’affaire est faite, je ne vois pas pourquoi elle doit virer son pantalon. » crachais mauvais en la repoussant derrière avec un geste ample de la main. « Vous ne voulez pas savoir si votre enfant va bien ? » m’opposa alors l'homme en blouse blanche qui posa sur moi un regard attendri.

Qui mieux qu’un Sicilien pour comprendre ma jalousie. Qui mieux que lui pour se montrer des plus respectueux. Pris de court, je dodelinai fébrilement de la tête en expliquant à Lyla ce qu’on attendait d’elle avec une certaine appréhension de la savoir à la merci de ce type et de ce que j’allais découvrir sur le moniteur monochrome. Et quel spectacle ! Cette échographie fut de loin l’expérience la plus bouleversante et la plus enrichissante qu’il m’ait été donné de vivre. Il n’était encore qu’une masse informe, mais je pouvais déjà entendre son cœur battre. Le rythme était rapide, pressé, comme s’il se luttait pour survivre. Fille ou garçon, ce serait une grande personnalité, mon guerrier, j’en étais convaincu, car contre toute attente, quand certains se sentent pères une fois le désiré né, alors que plus d’une semaine auparavant, je refusais d’accepter son existence, je l’étais bien plus tôt que prévu. Je posai une infinité de questions aux médecins qui, patient, me répondit le plus précisément possible. Il imprima des photos de l'examen que je récupérai de ma main libre, l’autre ne lâchant pas celle de mon épouse. « Et bien, tout est parfait. Félicitations à vous deux. Si vous me communiquez les coordonnées de votre gynécologue, je pourrai lui adresser quelques mots, mais fixez rendez-vous le plus rapidement possible en rentrant chez vous. Il faut se montrer prudent avec un premier enfant. » « Pourquoi ? Quelque chose ne va pas ? Il est handicapé ? C’est son cœur, il bat trop vite. Je m’en doutais. » « Non. Pas du tout. Madame en est à environ deux semaines. Peut-être quinze. Une prise de sang vous en dira plus, mais vous ne devriez pas traîner à connaître le sexe. Allez, respirez mon grand, il sera parfait. »

Si Lyla, se rhabillant, nageait dans l’incompréhension, j’étais tellement ému que j’évitai ses yeux inquisiteurs. J’embrassai plutôt le creux de sa main, y déposant ma joue un court instant. Elle dût patienter qu’on se retrouve dans le couloir pour que je lui traduise le diagnostic du docteur et que je ne réponde à sa tentative d’humour en la prenant au mot au moins jusqu’à la voiture. « J’espère que tu en as bien profité parce que c’était la première et la dernière fois que je te transporte comme ça. Non, mais, parce que bientôt, tu seras trop lourde, trop pour te mettre au-dessus d’ailleurs. Déjà là, je suis plus certain que tu puisses encore. Je pense même à investir dans un fauteuil roulant ou un palan, j’hésite encore, mais il faudra au moins ça vu tout ce que tu manges. Tu en penses quoi ? » Elle me gratifia d’un coup de coude et j’en ris de mon cœur, lui conseillant d’arrêter sous peine de se blesser et en l’attrapant par le bras pour la maintenir fermement contre moi. « C’est une bonne nouvelle. J’ai été trop égoïste pour le comprendre quand tu m’as annoncé, mais maintenant je le sais. Ma mère va être comme folle quand elle va le savoir. » Je l’imaginais d’ici. C’était la seule bonne raison qui me forcerait à écourter notre lune de miel, ce qui n’était par ailleurs par à l’ordre du jour. « Après, je ne sais pas comment on va expliquer à ton père le timing, mais je me dis qu’avec un peu de chance, il serait pris dans l’euphorie du moment, il ne fera pas le rapprochement. Non ! » Je l’empêchai de prononcer le moindre mot. « Laisse-moi y croire… ça m’arrange bien comme ça Allez, viens, on va aller manger un coucous palermitain dans un petit resto au bord de mer. Ça va te plaire, j’en suis sûr. » Durant le trajet, je jouai avec ses doigts à la première occasion. J’entretenais également la conversation, car à défaut de pouvoir admettre que j’étais navré du tort causé, j’espérais qu’elle le devinerait d’elle-même, à ma manière somme toute exagérée, mais sincère de ne parler que de cet enfant, de l’entrée jusqu’au dessert.


***


Habituellement, j’aimais passer du temps avec ma famille, en particulier celle qui me rappelait d’où nous venions, celle que je n’avais pas l’opportunité de rencontrer aussi souvent que je le souhaitais. Or, compte tenu des circonstances et de mon besoin de me racheter auprès de ma femme, la quitter me parut difficile. Je la gratifiai de tout un éventail de recommandation pour sa santé avant de partir. Quant à elle, amusée par ma prévenance, elle me jura qu’elle veillerait sur elle mieux que moi : sans blague. J’en doutais sérieusement. Elle y mettait du cœur, mais ce n’était pas toujours très efficace. Je l'innondai de coup de fil et de message tout au long de l’après-midi et, le soir, en rentrant, je ne pus dissimuler ma joie de la retrouver. Je la serrai dans mes bras, la détaillai de la tête au pied pour m’assurer qu’elle était entière, je l’embrassai à pleine bouche dès que nous fûmes seuls. Elle semblait en pleine forme. « Oui ! Super ! Mais, tu m’as manqué. On n’a pas fait grand-chose d’exceptionnel. Une balade en mer, on a pêché, enfin eux surtout, moi ils m’ont balancé à la flotte tout habillé ces enfoirés, ce qui explique ma nouvelle tenue de toute beauté. Il n’y a pas à dire, le rose, ce n’est pas ma couleur. Tu peux rire, va, ne te retiens pas. J’aurai bien une occasion de me venger tôt ou tard. » À l’hôpital, par exemple, dans une de ces blouses à courant d’air. « Mani a essayé de m’appeler aussi. On mange, je commence les valises tout doucement et puis je le rappelle. Je t’avoue que je suis curieux, surtout depuis que j’ai appris de sa bouche que sa fiancée est enceinte un rien trop tôt si tu veux mon avis. Tu le savais, je suppose ? » « Enceinte ? » s’exclama l’une de mes cousines, la plus jeune, elle apprenait l’anglais à l’école. « Lyla ? Tu es enceinte, c’est ça ? Et tu ne nous as rien dit ? » Une chance qu’elle ne surprit notre conversation que sur le tard où mon imprudence aurait signé une fin douteuse pour mon ami et ma petite sœur. La nouvelle se propagea comme une traînée de poudre dans toute la maison et même au-delà. Le mot d’ordre : ne rien dire à Ettore tant qu’il n’appelle pas lui-même pour l’annoncer, histoire de préserver le suspens entier. « Bon, ben, ça s’est fait. » ricanais-je alors que chacun se pressait autour de nous. Sa grossesse ne nous appartenait déjà plus. C’était une sacrée répétition de ce qui nous attendrait à New York. Nous rentrâmes épuisés, un peu ivre pour ma part et gavée de sucres pour la sienne. Je m’effondrai dans les divans, somnolents, mais les idées claires. « Où est-ce que tu crois aller comme ça ? On n’a pas fini notre petite discussion de tout à l’heure. Tu le savais ? » Je la scrutai un moment et je tirai la conclusion juste qui s’imposait «Pas de secret pour moi, sauf quand ça t’arrange hein. Ce n’est pas grave. Je te pardonne si tu me dis tout ce que tu sais sur la question, au cas où je devrais me préparer à une catastrophe prochaine. »


***

 
Si les informations recueillies auprès de mon épouse me permirent d’assembler quelques pièces du puzzle, l’appel de Mani firent sauter quelques autres. J’étais bougon en raccrochant. Je l’étais toujours en quittant la chambre où je m’isolai pour plus de tranquillité et ça ne fit qu’empirer quand je rejoins Lyla sur la terrasse. Elle tenait entre ses mains un livre. Lunettes de soleil sur le nez, elle paraissait trop concentrée pour remarquer ma présence, ce qui m’irrita. J’avais besoin de parler. Franchement, le moment était vraiment mal choisi pour s’enfermer dans un bouquin. Afin d’attirer son attention, je me raclai la gorge à plusieurs reprises sans succès. Elle n’avait pas l’air de dormir pourtant. Pour quelles raisons ne me répondait-elle pas ? « Bébé ? » me résignais-je à l’interpeller allant contre ma promesse. Je souhaitais qu’elle me tourne autour naturellement, plus encore maintenant que j’avais le sentiment que Gaby en savait plus que moi sur un problème qui concernait Mani. J’avais été mis à l’écart sans que je ne m’explique pourquoi et j’étais mitigé entre inquiétude sur la gravité, possessivité et contrariété. « Allo, Houston, la Terre appelle la Lune. Vous me recevez ? » réitérais-je en m’approchant un peu plus. Le résultat fut sans équivoque. Elle s’était effectivement assoupie, ce qui ne m’arrangeait pas du tout. Ni une ni deux, je fis preuve de toute mon ingéniosité pour la réveiller en douceur, mais sans avoir l’air d’y toucher. Je fis semblant de prendre les pieds dans ceux de son transat et d’en trébucher. Elle en sursauta et je fis mine de m’être réellement cogné et de souffrir le martyre, sautillant sur une jambe. « Désolé. J’étais distrait. Et je me suis fait mal en plus de t’avoir fait peur. Rendors-toi. »  Proposition intéressante si tant est que je lui en laisse réellement l’opportunité. Or, j’étais un véritable moulin à paroles… et à gémissements. « Non ! Non, ça va passer. Ça va déjà mieux. Tu peux te rendormir, mais avant, tu peux me dire si tu as envie de faire quelque chose en particulier pour ce soir, à part nous rouler dans la luxure toute la nuit, évidemment. »

L’inconvénient à ma petite manigance, c’était le manque de transition possible pour nous amener vers mes tracas. Je cherchai, n’en trouvai pas, et fit fi de ma comédie. « J’ai eu Mani au téléphone. Il voudrait qu’on fasse un saut jusqu’à Chicago. Visiblement, lui et Gaby doivent me parler d’Achille. » Faussement serein, je m’assis en face d’elle sur son siège. « Je sais qu’il n’apprécie pas beaucoup Mani, mais il me semblait qu’il était plutôt sympa avec lui malgré tout. Surtout pour mon père. » Un regard pour elle et je compris qu’elle était mieux informée que moi et je me sentis envahi par une telle colère que ma mâchoire trembla. « Putain, c'est pas vrai ! Tu es au courant de ce qui se passe. Tu es au courant et tu ne m’as rien dit. Pourquoi ? Parce que ma sœur te l’a demandé, c’est ça ? Elle te balance tout ce qui se passe et toi, tu gardes tout pour toi, comme si je n’étais pas concerné. Est-ce que tu te rappelles qu’avant d’être ton amie, c’est surtout ma sœur ? » Le ton était sec, incisif, mais monocorde. Aucun mot ne dépassa le volume coutumier de ma voie. Aucun. C’était peut-être plus révélateur qu’un cri me concernant et elle le savait pertinemment. « Visiblement, toi et moi, on n'a pas la même définition du secret et du mariage. C’est peut-être le moment de parler des limites. Je me sentirai peut-être moins con à te faire confiance si l’inverse n’est pas vrai. Je pensais que c’était pas un problème dans notre couple. C’est ça, ta punition, pour ne pas avoir pris la nouvelle de l’arrivée du bébé en embrassant tous les connards qui ont pris l’avion avec nous ? En choisissant ce que je peux savoir ou non ? Tu veux peut-être régler le problème à ma place tant que tu y es… » D’instinct, je me levai pour couper court à toute dispute, mais je réprimai cette habitude de justesse. Prendre la fuite ne nous réussirait pas toujours. Je pris donc sur moi, tirant mon paquet de cigarettes de ma poche pour en allumer une, ce que je n’avais plus fait devant elle depuis qu’elle portait notre enfant. « Je ne sais même pas si je dois être déçu ou si je dois à nouveau me méfier de ta putain d’amitié avec ma sœur. Elle ne m’intéresse pas si tu t’en sers pour te foutre de ma gueule ou pour me donner l’impression que je suis qu’un connard de plus que tu peux manipuler à ta guise... »





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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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MessageDim 19 Juin - 18:13





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Luciano était long à la détente. Il lui fallait du temps pour accepter tout changement imprévu et principalement quand il n’en était pas à l’origine. Je ne le blâmais pas, surtout pas depuis que j’avais compris que ses refus parfois violents n’étaient qu’une façon de gagner du temps pour qu’il se prépare psychologiquement à affronter la réalité avant de revenir vers moi pour une mise au point. Je me montrais clémente et compréhensive avec lui et d’une patience infinie, plus qu’il ne m’en accordait parfois mais nous n’étions pas pareils et je l’acceptais. Bien sûr, je vivais mal certaines de ses attitudes, certains de ses reproches qui sonnaient à mes oreilles comme de l’injustice mais dans ces moments-là, e montais au créneau pour le faire reculer ou provoquer chez lui une prise de conscience. Rien n’était jamais instantané, il lui fallait le temps de penser, parce que c’était un homme intelligent qui avait besoin de prendre en compte tous les paramètres d’une situation. J’aurais préféré que ça se passe différemment concernant ma grossesse mais nous n’étions pas dans un film à l’eau de rose mais dans la vraie vie, les choses n’allaient pas toujours comme on le désirait et il ne me demandait rien de sorcier, simplement un peu de bienveillance. J’en avais à revendre le concernant et je devais bien admettre que ça m’arrangeait. Moi aussi, j’avais besoin de me faire à l’idée, de me préparer psychologiquement à tous les changements que mon corps allait subir, à ce que ça signifierait pour mon couple et pour moi mais surtout, à ce que j’aurais à affronter en tant que mère. J’étais tantôt confiance, tantôt terrifiée mais en toile de fond, il y avait cette joie que je taisais pour qu’il ne panique pas. Parce que Dieu me récompensait, parce qu’il me donnait ce dont je rêvais depuis toujours, tardivement et après moult péripéties mais quelle importance ? Je ne pouvais m’enlever de l’esprit que j’étais la personne la plus heureuse du monde. J’avais eu le droit à un super mariage, je partageais ma vie avec une personne extraordinaire, j’avais peu d’amis mais c’étaient des gens fiables, j’aimais ma famille et je me retrouvais enceinte, avec la possibilité de multiplier mon bonheur et de le partager. Quand tout ça m’étreignait, parfois à l’improviste, je fondais en larmes, des larmes de joie, mais il me fallait un moment pour me remettre. Je cachais tant bien que mal mes émotions à mon mari qui avait besoin de faire le point de son côté. Je me demandais comment ça se traduirait une fois de retour à New York, si je devrais le garder pour moi ou bien si je pourrais prévenir tout le monde, s’il me laisserait aller seule chez le médecin et préparer l’arrivée du bébé ou bien s’il y prendrait part. L’un comme l’autre, je m’adapterais, parce que tout ce bonheur, je le lui devais et que ça méritait bien une bonne dose de clémence et de compréhension. Je me fichais de l’impression que ça donnait et de ce que les autres en pensaient sur la réaction appropriée face à ce genre d’information, ils ne pourraient jamais comprendre ce qui nous liait, lui et moi. Jamais !

Il lui fallut moins de temps qu’il n’en usa pour réaliser que je lui manquais et que nous devions nous fréquenter autrement que comme de simples potes de beuverie. Moins encore que pour réaliser qu’il voulait passer le restant de sa vie à mes côtés et que nous devions, par conséquent, nous marier. Moins que pour reconnaître que nous étions nécessaires à la survie de l’un et de l’autre. Je peinais à croire qu’il ait pu se rendre à l’évidence aussi vite et qu’il ait changé son fusil d’épaule sans aide extérieure. J’étais soulagée et je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps à la sortie de l’hôpital quand il m’avoua qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle et que, par conséquent, il était content. Un poids énorme délesta mes épaules et je l’embrassai à pleine bouche, me fichant bien de me trouver exposée. Tout comme ça m’était égal que les membres de notre famille puissent se poser des questions sur le timing serré de ma grossesse. Ils pourraient bien faire tous les calculs du monde, je n’en avais cure mais je lui assurai que mon père ne lui causerait pas de soucis maintenant que nous étions mariés, les détails n'avaient plus d'importance pour lui. Tout ce qui m’importait, c’était que nous puissions fêter ça et manger, parce que j’avais besoin de recharger les batteries. Il me donna une illustration parfaite de l’expression « c’est le jour et la nuit » et alors qu’il avait fait en sorte de ne me donner aucune possibilité d’aborder le sujet du bébé - si j’en avais vraiment eu envie, ce qui n’était pas le cas, je ne voulais pas le brusquer et encore moins le braquer -, il ne cessa de faire des projets et de me communiquer son enthousiasme par rapport à la situation. J’espérais qu’il n’y aurait pas de retour de flamme, qu’il ne se laisserait pas gagner par la panique et par l’éventualité qu’il pourrait ne pas être tout à fait prêt pour être père. Je savais ce que son attitude traduisait, de la culpabilité. Il regrettait son attitude et faisait de son mieux pour rattraper le coup mais il aurait dû se souvenir que j’étais incapable de lui en vouloir plus de deux minutes. En y regardant bien, les choses pour lesquelles je lui en voulais vraiment tenaient sur les doigts de ma main. Et je ne relançais jamais ces sujets durant nos disputes parce que j’avais promis qu’il s’agissait d’affaires classées. Pourtant, ça m’avait profondément blessée et les entailles étaient toujours là mais elles ne saignaient plus, ce n’était plus que des cicatrices, rien de plus. Rien qui ne méritait de ressortir de sa boîte



***

Je n’avais pas pu m’empêcher de rire en voyant son accoutrement qui n’avait strictement rien à voir avec les vêtements dans lesquels je le vis partir à cette journée entre hommes. Je ne posai pas de questions, me disant qu’il m’expliquerait dès qu’il en aurait l’occasion et ça ne manqua pas. Il tint à ce que nous nous isolions pour s’assurer que j’allais bien. J’avais profité de la matinée pour dormir jusqu’à ce que je ne ressente le besoin de me traîner dans la douche et que je n’apparaisse à la porte de la maison voisine pour proposer mon aide. On avait dû me prendre pour une fainéante ou une espèce de connasse qui se prenait pour une princesse mais j’avais simplement besoin de dormir compte tenu de mon état. Je me demandais comment ça évoluerait au fil des mois, j’espérais que ça se calmerait un peu pour me laisser la possibilité de faire des choses de mes journées. Je ne pouvais pas passer tout mon temps à dormir. « Ceci explique donc cela, je me demandais à quel moment t’avais perdu ton bon-goût ! Tu crois qu’il est resté dans l’eau quand ils t’ont jeté ?! » J’éclatai de rire et finis par faire taire ses protestations de quelques baisers. « Mon pauvre amour, ils ne t’ont vraiment pas épargné, tu veux que j’aille les gronder ? » proposai-je, toujours hilare, me moquant gentiment de lui, pour toutes les fois où c’était lui qui avait une bonne raison de se rire de moi. « Mani ? Qu’est-ce qu’il veut ? » m’enquis-je avant qu’il ne lâche la nouvelle concernant Cinzia et que je ne tente de lui expliquer pour finalement me retrouver avec une troupe autour de moi qui tentait de me féliciter pour la nouvelle. Je remerciai tout le monde, essayai d’expliquer que tout allait bien, me demandant si ce serait aussi animé une fois que la nouvelle serait lâchée aux Gambino et aux Canjura. J’eus une pensée amère pour ma mère et en conclus que j’irai voir mon père pour le lui dire face à face. Je tentai de me changer les idées tout au long de la soirée, mais ma mère ne quittait pas mes pensées et me gâchait un peu la fête. Je fis de mon mieux pour combattre le mal en mangeant pour quatre sous l’œil attendri des gens attablés. Nous rentrâmes tard, son bras autour de mes épaules alors qu’il peinait à marcher droit, ce qui me faisait ricaner. « Tu pourrais arrêter de boire par solidarité maintenant que je ne peux plus ! Tes soirées seront moins drôles sans moi qui vomis ! Tu ne le sais pas encore mais tu verras ! » Je l’abandonnai dans le canapé alors que je me dirigeais vers la cuisine pour aller récupérer de quoi boire. Il m’interpella et je fis volte-face. « Je ne te fais pas de cachotteries ! » m’offusquai-je en fronçant les sourcils, bien consciente que si je n’enrayais pas ça tout de suite, ça ressortirait sous une forme beaucoup plus virulente plus tard. « On a fait notre test de grossesse en même temps, je ne savais déjà pas comment te l’annoncer pour moi, alors te parler de ta sœur qui est aussi enceinte ! Et je me suis dit que ça ne me regardait pas, qu’elle ou Mani te le dirait quand ils l’auraient décidé ! Comme si tu me racontais tout ce que tu dis et fais avec Herrera ! » Et à vrai dire, je n’étais pas tout à fait sûre de vraiment vouloir le savoir. « Elle est sûrement tombée enceinte le soir de mon enterrement de vie de jeune fille, elle ne savait pas comment le dire à Mani et elle était paniquée que ça se voit pour le mariage. Aux dernières nouvelles, elle tentait de trouver comment convaincre votre père d’avancer la date. » conclus-je en tournant les talons pour aller récupérer une bouteille d’eau et boire au goulot. « Tu m’énerves quand tu fais ça, Lucky ! J’ai l’impression d’être la pire des traîtresses ! » Sa proposition de me pardonner me restait en travers de la gorge, je sentais que j’allais perdre patience et je préférai couper court en annonçant que j’allais me coucher.

***

La nuit avait été atroce, je m’étais sentie barbouillée une bonne partie de celle-ci et j’avais fini par m’installer près de la cuvette pour ne pas passer la nuit à faire des allers-retours et troubler le sommeil de Luciano. Il ne nous restait plus beaucoup de temps à passer ici, tous les deux, je préférais qu’il ne se souvienne pas de ce voyage comme celui où il m’avait retrouvé dans des états pas possibles. Au petit matin, ça s’était calmé et je pus me relever, tremblotante et épuisée. Mais de peur que ça ne me surprenne pendant mon sommeil, je préférai préparer de quoi petit-déjeuner en m’assurant que ça ne déclencherait pas une nouvelle salve. Une fois que je fus en route, j’en profitai pour nettoyer la maison et rendre l’endroit comme nous l’avions trouvé avant que l’après-midi n’arrive et que je décide de sortir mon chapeau, mes lunettes de soleil et un bouquin pour m’installer à un coin d’ombre et profiter de la chaleur. Deux minutes plus tard, j’étais déjà assoupie et rien n’aurait pu troubler mon sommeil, hormis un coup dans ma chaise longue qui me réveilla en sursaut. Je retirai mes lunettes pour voir ce qui se passait et tomber sur un Lucky visiblement en souffrance. « Tu as mal où bébé ? Montre-moi, viens, viens par ici ! » Je lui faisais signe d’approcher et de s’asseoir près de moi pour être certaine qu’il n’avait rien de cassé. « On saura si ça va passer si tu me montres où tu as mal ! On fera ce que tu veux, allez, Luciano, ne te fais pas prier ! » On sentait un peu de panique dans le fond de ma voix mais je ne supportais pas qu’il ait mal, c’était toujours terrible pour moi et principalement quand j’étais responsable de sa douleur. Mon hypersensibilité du moment n’arrangeait rien. Quand il s’installa enfin, je l’écoutai d’une oreille et tâtai sa jambe de l’autre avant que ça ne fasse tilt dans ma tête et que je ne croise son regard sans avoir le temps de pouvoir feindre la surprise. Il explosa et je soupirai, me laissant retomber contre le dossier de ma chaise, me disant que si je négociais bien ce virage, j’aurais peut-être la chance de ne pas voir ma lune de miel complètement gâchée. « Donc là on fait un classement de celui qui est le plus important dans la vie de ta sœur et qui mérite de savoir telle ou telle chose ? Je ne garde pas tout pour moi, je ne sais quasiment rien ! On est ici pour notre lune de miel, je n’allais pas la gâcher avec des bribes d’informations parce que je ne sais rien ou presque ! » Il aurait été le premier à me le reprocher, déjà que je le soupçonnais d’avoir pensé haut et fort que l’annonce de ma grossesse avait porté un sacré coup à nos semaines de débauche, de tranquillité et de partage. Je devais garder mon calme, parce que tant que j’aurais l’air de discuter et qu’il ne hausserait pas le ton, ça ne partirait pas en une bataille rangée. Pour ça, il aurait fallu qu’il ne m’attaque pas de front sur ma conception du mariage et qu’il ne me fasse pas à nouveau passer pour une coupable de haute trahison. « Tu te fous de ma gueule ? Si t’étais au moins un dixième aussi patient et clément que JE peux l’être avec toi, Luciano, on aurait moins de disputes !! Le problème c’est pas ma conception du mariage ou bien ce que je sais ou ne sais pas, le problème c’est que TOI tu attends que je te donne toute ma confiance, tout ce que j’ai sans compromission mais tu ne le fais pas. Je n’ai pas souvenir que tu m’aies déjà parlé de ce que tu faisais quand tu partais en pleine nuit, ce que tu faisais avec Mani pour ta sœur, ce que tu faisais pour Olivia dans mon dos en refusant qu’elle me contacte pour que tu t’en occupes sans rien me dire ! Si tu te sens coupable de ta réaction à l’annonce de ma grossesse, je n’y peux rien ! J’ai fait tout ce que j’ai pu pour que ça n’arrive pas, pour te laisser de l’espace et du temps, c’est toujours comme ça que tu me remercies ! »

Je serrais fermement mon livre et mes lunettes de soleil entre mes doigts. Savoir que nous allions rentrer fâchés me brisait le cœur mais je ne pouvais pas attendre que l’orage passe et me taire. Quand il m’accusa de le manipuler, me faisant passer pour une garce de service, je lui envoyai mon livre dessus puis mes lunettes ! « C’est toujours ta solution de facilité, hein ?! De considérer que tout est de ma faute et que je suis fautive quoi qu’il arrive ! Alors sois déçu, Luciano, accroche toi bien à l’idée que je te manipule et convaincs-toi de ça comme tu sais si bien le faire, tu pourras aussi te souvenir que je fais tout dans ton dos pour te faire passer pour un con, avec toutes tes conneries, tu pourras peut-être te tricoter une couverture qui te tiendra chaud cet hiver, parce que moi, je ne rentre pas avec toi ! » Je me levai, furibonde, prête à rentrer pour attraper ma valise et l’emporter jusqu’à l’aéroport pour rentrer je ne savais trop où. J’avais dit ça sous le coup de la colère, j’étais blessée par son manque de confiance en moi et par ce dont il m’accusait injustement. Je fis quelques pas comme pour rentrer avant de m’arrêter et de me retourner. « T’es qu’un con doublé d’un ingrat, je passe mon temps à te ménager et à te donner tout ce que je peux, au détriment de ce que je ressens, parce que ton bien-être m’importe plus que le mien et chaque fois, CHAQUE PUTAIN DE FOIS, qu’un truc ne se passe pas comme tu veux, c’est l’occasion idéale pour me dire à quel point je suis une déception pour toi. Désolée de ne pas être assez bien pour le grand Luciano Gambino ! C’est pour ça que tu m’as épousé ? Pour me regarder tous les jours et te rendre compte à quel point tu étais mieux que je ne le serais jamais ? Je suis sûre qu’il y en a pleins, des filles qui te valoriseront mieux que moi ! » Ma voix se cassa alors que je sentais les larmes me monter aux yeux. « Je ne manipule personne et surtout pas toi ! Que tu puisses penser ça de moi… C’est…Je ne le mérite pas ! » lâchai-je avant d’ouvrir les vannes et de rentrer pour qu’il ne m’accuse pas de tenter de le manipuler par la pitié, il était capable de tout quand il était pris d’un élan de mauvaise foi. J’avais presque tiré un trait sur mon amitié avec Cinzia pendant des semaines pour son bon plaisir, j’avais quitté mon boulot pour ça aussi, même si je ne voulais pas vraiment l’admettre et j’estimais mériter plus que ce genre de reproches. Je me réfugiai dans la salle de bain, prenant le temps de calmer alors que je regrettais déjà de lui avoir balancé la moitié des horreurs qui étaient sorties de ma bouche. J’espérais simplement qu’il ne me prendrait pas au pied de la lettre. Je n’entendis rien pendant de longues minutes, me disant qu’il avait dû ramasser ses valises et partir sans moi, ramassant une putain au passage et s’apprêtant à remplir les papiers du divorce. Cela me fit éclater en sanglots alors que j’avais réussi à reprendre le dessus.


***


Notre arrivée à Chicago ne fut pas aussi réjouissante que je l’aurais voulu. Je saluai les filles avec bonne humeur mais sans effusion, ne voulant pas donner un autre prétexte à mon mari de me faire la guerre. J’avais bien l’intention de rester enfermée dans notre suite jusqu’à ce que sa réunion se termine quand les filles débarquèrent avec de la nourriture et des tas de potins. Je n’eus pas le cœur à les laisser dehors et je fus heureuse de les avoir avec moi pour quelques heures. Elles finirent par retourner à leurs occupations et je m’installai devant la télévision, commandant de quoi manger, me demandant ce qui leur prenait aussi longtemps, un sale pressentiment me collant à la peau. Je tentai d’appeler Luciano au moins cinq fois mais il ne répondit pas et je ne pus m’empêcher d’imaginer le pire. Tous les scenarios possibles et imaginables devenaient plausibles et je me demandais déjà comment nous sortir de ça quand la porte s’ouvrit. Il avait la tête des mauvais jours et je n’attendis pas qu’il referme la porte et avance pour venir le cueillir sur le pas de la porte, me saisissant d’une de ses mains pour la serrer dans les miennes, faisant de mon mieux pour ne pas chercher des traces de rouge à lèvres sur sa chemise ou un autre parfum que le mien sur ses vêtements. « Est-ce que tout va bien, mi corazon ? Tu veux que je te fasse couler un bain ? J’ai commandé à manger et je… » Il y eut un pic de détresse émanant de lui et je me collai contre son torse, lâchant sa main pour le prendre dans mes bras. « Quoi qu’il se passe, ça va aller ! Je te le promets ! »






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MessageLun 27 Juin - 2:11





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Comparé au temps réclamé pour accepter les différentes étapes de notre relation, je m’étais fait à celle de la grossesse un peu plus chaque jour, presque rapidement finalement. Mais, était-ce vraiment mon choix ? Pas exactement. Je me prenais surtout la réalité en plein visage aussi violemment qu’un coup de poing dans la gueule. Entre les nausées de Lyla, son appétit gargantuesque et sa fatigue chronique, j’étais comme au pied du mur. Si j’assimilais, nous avancerions. Si je persistais à ignorer que notre famille à peine officialisée s’agrandissait, nous foncions droit dans le ravin. Bien sûr, elle ne l’avait pas formulé de vive voix cet ultimatum. Elle ne l’avait pas sous-entendu non plus. Patiente, elle priait sans doute pour que je ne gâche pas tout pour préserver mes vieilles habitudes. Et puis, contre toute attente, brusquée par son malaise, notre visite chez le médecin me fit l’effet d’un électrochoc. Être enceinte, ce n’est pas seulement un concept, c’est un véritable miracle. C’est deux cœurs qui bat dans une seule et même personne, si bien que fasciné, je n’avais plus que ce mot à la bouche : « bébé. » C’était ce qu’on pouvait appeler un changement radical et inattendu dans mon comportement, dans mes réflexes également. L'unique chose qui paraissait immuable, c’était la force de mon inquiétude. Dès lors que Lyla n’était pas avec moi, je l’oppressais de message qui exigeait un retour presque simultané et efficace, sans quoi je la harcelais jusqu’à ce qu’elle donne des nouvelles. Heureuses de préférence ou neutre, ce qui m’allait parfaitement. D’un point de vue purement extérieur, il aurait été légitime de s’imaginer que c’était une façon de la rendre dépendante de moi, de la garder sou mon emprise par manque de confiance en moi ou pour répondre simplement aux besoins de ma rigidité. À une époque, ce fut sans doute vrai. Aujourd’hui, c’était plus noble, plus profond, aussi intense que les sentiments que je nourrissais pour elle, quoi qu’ils se mélangeaient à la paranoïa. Enceinte ou non, s’il lui arrivait la moindre bricole, grave ou moins, je me devais d’être là pour honorer mes promesses et la soutenir au mieux. C’était mon rôle. Et puis, ça compensait ces fois où je n’étais pas forcément en mesure d’encaisser ou d’être à la hauteur de ses espérances. Finalement, sa grossesse n’était qu’un prétexte supplémentaire pour succomber à cette maladie incurable sans me battre. Elle me permettait de respirer plus librement et certains soirs où mes activités me mettaient en danger, je lui cédais la part belle.

Lyla, elle n’avait jamais à craindre un long silence angoissant, car je nous rassurais toujours dès qu’une occasion se présentait. Ce n’était certes pas la panacée, mais ça limitait les dégâts sur son moral et donc, sur notre couple. Rien ne m’agacerait davantage que de la voir faire des pieds et des mains sans subtilité pour m’empêcher d’être et de faire. Je préférais la flatterie d’un baiser, d’une recommandation et d’une tentative par affection de me garder auprès d’elle qu’une crise de nerfs ou de larmes. Derrière, lorsque je rentrais sain et sauf chez ses parents, elle m’accueillait avec les honneurs, s’essayait à l’humour pour prendre la température de mes humeurs et se montrait toute prête à braver les interdictions de son père si la situation l’exigeait. Toutes ces petites coutumes, elles faisaient entièrement partie de notre quotidien et de notre mode de communication. Ce pour quoi nous nous séparions ne changeaient rien au nombre de messages que nous nous adressions, car elle y avait pris goût, que ça m’était nécessaire et que nous n’avions aucune raison de rompre ce lien qui nous rapproche puisque nous y trouvions chacun notre compte et que ça n’enlevait rien à notre enthousiasme quand survenait l’heure de nous retrouver enfin. Même ici, en Sicile, tandis que nous nous consacrions l’un l’autre et l’un pour l’autre du matin au soir, notre joie d’être à nouveau réunis. Qualifierait-on notre relation de fusionnelle, d’anormale ou de malsaine que je m’en moquerais complètement. Elle n’était plus seulement mon épouse désormais. Elle serait bientôt la mère de mon enfant, ça méritait bien que je fasse fi de ma vanité machiste pour quelque sensiblerie dont nous sommes les seuls témoins. Était-ce une honte d’aimer sa femme, d’en être fier et de souhaiter passer en sa compagnie un maximum de temps ? Tout comme ça m’incitait à mettre ma veilleuse ma susceptibilité légendaire. « Ça va. N’exagère pas. » ronchonnais-je sans pour autant être réellement vexé. « Il y avait que ça, je n’ai pas eu le choix. C’était encore ce qu’il y avait de mieux. Je me voyais mal me balader avec une chemise avec pour seul motif une mandoline. Il y avait l’option plat de spaghetti aussi, mais ça fait tellement came pour touristes. Mais je suis raccord, même mon boxer est rose.» Je ricanai de ma propre connerie et, une fois n’est pas coutume, elle me suivit, réellement amusée, alors que c’était la blague la plus pourrie de la création. « Non ! Je te montre pas là, comme ça. Au lieu de perdre ton temps à les gronder, il faudra que tu le vérifies par toi-même. » Je lui lançai un regard goguenard à souhait et Dieu seul sait comme j’aurais adoré continuer à plaisanter plutôt que d’amorcer un sujet qui nous divisera plus tard. Au moins, ai-je pu fêter la nouvelle pleinement avant que ça ne tourne au vinaigre.

Je marchais à peine droit quand nous rentrâmes dans la maison de mon père. « Tu te trompes. C’est par solidarité que je bois pour nous deux. Tu devrais me remercier et louez mes qualités au monde entier. À moi pour commencer. Vas-y, je t’écoute, rappelle-moi combien tu m’aimes. » la taquinais-je tant par les mots que par les mains. Mes doigts glissaient déjà sous sa robe, elle tortilla, m’amusa, mais l’allongea dans le canapé sans que j’aie le temps de la rattraper par le bras. Mes réflexes étaient amoindris, pas ma faculté de penser, si bien que je revins à cette conversation avortée plus tôt. « Ne le prends pas comme ça. Je ne t’accuse pas » ou pas encore. « J’essaie de comprendre pourquoi je suis toujours le dernier au courant. Mais, attends, il y a quelque chose que je ne comprends pas. Pourquoi elle a fait un test de grossesse ? Je sais bien que vous aimez bien vous tenir la main pour aller pisser, mais un test de grossesse, quand même, c’est hyper personnel. » Si je ne m’étais pas retenu, j’aurais pris la comparaison suivante : « c’est comme si Mani et moi, on se branlait dans la même pièce » , mais mon instinct – où ce qu’il m’en restait – me souffla qu’elle aurait tenu l’argument que jusqu’à preuve du contraire, nous faire sucer par deux putains assez dans le même divan ne nous avait pas franchement dégoûté. Or, c’était le genre d’avantages que je refusais de lui laisser, tout simplement parce que j’avais des projets qui nécessitaient toute sa bonne volonté. L’alcool réveillait mon meilleur pote. Il était déjà en ébullition dans mon caleçon et je comptais bien convaincre ma femme de battre son record d’endurant au rodéo. « Mais, tu es la pire des traîtresses » admis-je sur le ton de la plaisanterie tandis qu’elle revenait de la cuisine. Tout ce que j’y gagnai, c’est d’être rafraîchi du contenu du verre qu’elle m’apportait gentiment.

Il en fallait cependant bien plus pour calmer mes ardeurs. J’en ris de bon cœur en l’attrapant par la main fermement, mais sans brusquerie. « Oh, ça va, je plaisantais. Si on ne peut même plus rigoler, mais où va le monde. Je t’ai connue avec plus de sens de l’humour. » Elle se renfrogna aussitôt, ce qui signifiait que j’aggravais mon cas. J’étais juste trop éméché pour m’en rendre compte. « Je connais une bonne méthode pour te rattraper si tu veux. Ça consiste en peu de chose : tu me débarrasses de mon pantalon. Tu me réexpliques dans notre langage préféré que je suis l’homme de ta vie et que tu n’as aucun secret pour toi. Et puis…» Je la tirai vers moi de ma faible force subsistante pour avoir raison de sa résistance et lui chuchoter à l’oreille tout ce que je lui réserverais par la suite en matière de dévouement sexuel. Résultat peu concluant cependant. J’en étais dépité. « Allez, je te jure que je plaisantais. Tu n’es pas une traîtresse, je le sais, tu le sais. Le problème est réglé, non ? OK. Je vais te le prouver en te racontant un truc et je ne te demanderai même pas de promettre de ne pas le répéter. Mani l’a pas super bien pris de ce que j’en sais. C’est-à-dire rien de plus. Ça te va ? » Je crus apercevoir briller une lueur d’intérêt dans son regard, mais elle ne fut pas suffisante. « OK. Je vais te dire autre chose alors… Jamais je ne t’aurais épousé si je n’avais pas eu confiance en toi. Ça te convient ? Allez, je suis sûre que tu as envie de savoir si je porte un slibard rose dans le fond. Et c'est le moment de la savoir. » J’appuyai mon propos en permettant à mes paumes cavalières de s’insinuer jusqu’à sa petite culotte, luttant, mais tenant bon, parce qu’il fallait que ça marche. Je n’avais ni le courage d’envisager la finition manuelle ni l’envie. J’étais un homme casé, ce n’était pas mon lot. Je laissais ça pour les autres, les célibataires qui crachent sur le mariage, car il méconnaisse tous ses avantages.


***


À New York, mon sommeil était si léger que je n’aurais pas ignoré ses allers et retours fréquents vers les toilettes. En Sicile, il était de plomb, mais était-ce vraiment un critère pour ne pas la réveiller au beau milieu de sa sieste ? Non ! Je me pliais en quatre pour son confort, mais il arrivait parfois qu’un pressentiment me pousse à mésestimer ses besoins au profit des miens. C’était rare et, souvent, c’était synonyme d’une catastrophe à venir. Certes, nous connaissions quelques exceptions à cette règle. À la façon dont elle s’alarma, m’intimant de la rejoindre afin qu’elle puisse s’assurer que je n’avais rien de grave, je crus sincèrement que nous échapperions au feu sauvage de ma frustration, de ma colère, de mon sentiment d’impuissance également. Mais, bien entendu, ça dégénéra rapidement. Elle eut à peine le temps de comprendre que tout ça n’était qu’une mascarade que je tempêtai déjà. « Un classement ? Pour quoi faire ? Ce serait une perte de temps. Tu fais partie de sa vie depuis un an. Je l’ai vue grandir. Il n’y a pas de comparaison à faire, sauf si tu as besoin que quelqu’un t’aide à ouvrir les yeux. » crachais-je sans penser le quart de ce que j’alléguais avec un flegme qui en disait long sur ma volonté de la blesser, parce que je l’étais moi-même. Et quel autre moyen qu’utiliser ce en quoi elle croit, ce à quoi elle tient assez que pour se mettre en danger pour son symbole : notre mariage. « Ah, parce que c’est de moi que viennent nos problèmes ? » Pour ma part, j’ignorais même que nous en avions. Autant admettre que, cette fois, il m’était difficile de définir ce non-dit d'une autre façon qu’en terme de trahison. « Parce que tu te crois irréprochable peut-être. Je n’avais pas à te dire ce que je fais avec Mani, ni en ce qui concerne nos affaires ni par rapport à ma sœur. Cela ne te regardait pas, mais tu le saurais si tu avais eu assez de jugeote pour garder ta place. Mais, tu ne sais pas faire ça et c’est bien la seule raison de nos problèmes. Et concernant ta sœur, tout ce qui devrait sortir de ta bouche, c’est de la reconnaissance, celle-là même qui justifie que tu te dois d’être patiente. Pas cette putain d’ingratitude.» hurlais-je pour qu’elle se taise. Discuter alors que nous étions tous deux ivres de rage n’arrangerait rien. Au contraire. La situation s’envenimerait à une vitesse fulgurante. Je n’en serais pas moins responsable. Peut-être même aurais-je été forcé de lui présenter des excuses, plus tard, quand je serai enfin calmé, sauf qu’elle dépassa les bornes, se privant ainsi de la perspective d’une réconciliation où j’endosserais ma part de culpabilité.

Qu’elle sous-entende vouloir me quitter était inconcevable. Si je tolérais une fois, elle s’en servirait pour me faire tourner en bourrique, pour exiger plus que je ne serais jamais capable d’offrir. Ne serait-ce donc jamais assez ? « C’est à moi que tu dis ça ? À moi ? » vociférais-je en bondissant vers la chambre et récupérer tous ses sacs. « Alors que c’est toi qui as envie de me quitter ? » Après que j’ai moi-même préparé sa valise ? Futilité, certainement, mais frustrante malgré tout. « Tu as vraiment cru que tu avais l’opportunité du choix ? » Je les balançai les uns après les autres dans l’eau dans la piscine avant qu’elle ait eu le temps de réagir. Je fus d’ailleurs heureux qu’elle ne s’aventure pas trop allant, car si elle arrivait à ma portée, elle aurait suivi le même chemin sans que je ne souffre du moindre scrupule. À défaut, j’envoyai valser la décoration du salon. Les vases éclataient avec fracas contre les murs puisque je ne la visais jamais. Et pourtant… ce n’était pas l’envie qui manquait. Je ne désirais qu’une chose, qu’elle la ferme. « Jamais je ne te laisserai partir, tu m’entends. Jamais ! » l’avertis-je d’un ton égal qui ne présageait rien de bon. Ses pleurs, ils ne me faisaient ni chaud ni froid. J’avais bien trop mal moi-même pour m’intéresser à ses peines. Elle dut le comprendre. Après avoir craché quelques horreurs dont elle avait le secret, elle s’enferma dans la salle de bain et j’en fus soulagé. Rien de bien ne pourrait sortir de ma bouche aujourd’hui ou les jours suivants. L’éventualité qu’elle puisse s’enfuir vraiment ne m’avait jamais traversé l’esprit jusqu’ici. Peut-être était-ce pour cette simple raison que je courrais aussi loin que possible pour m’aider à prendre du recul. Là, en l’occurrence, je restai sagement dans cette maison, pour la garder à l’œil et pour sa propre sécurité. Si elle osait franchir cette porte pour rentrer à New York sans moi, elle n’y survivrait pas. Je la tuerais de mes mains sans la moindre hésitation. Elle ne l’ignorait sans doute pas. Cette mascarade ne devait être que de l’esbroufe, un grand coup de bluff, mais je me connaissais. Il y aurait des conséquences, d’abord sérieuses, puis de moins en moins. Elle ne disparaîtrait jamais cependant. Comme mon écart adultère et, en soi, plus tard, lorsque l’un de nous deux ouvrira enfin le dialogue, la décence exigerait presque qu’elle m’en remercie.


***


Quarante-huit heures ou un peu moins. C’était le temps qu’il nous restait pour profiter de notre voyage de noces à quoi les occupions-nous ? À entretenir silence et rancœur. C’était désolant. Tout ce que j’avais redouté en envisageant le mariage, parce que ma grand-mère, voix de la sagesse, était formelle : un couple qui se dispute durant ses vacances est un couple qui ne survivra jamais. Là, à mon sens, c’était encore pire. Nous étions à peine unis devant Dieu. Rien que d’y penser, j’en tremblais de rage et de peur et au lieu de mettre à profit cette dernière pour recoller les morceaux, je me renfermais sur moi-même un peu plus à chaque minute. Faire un pas dans sa direction, n’était-ce pourtant pas la réaction la meilleure et la plus saine pour ne pas tomber dans le désamour sur le moyen et le long terme ? Bien sûr. Sauf que toutes mes tentatives pour me raisonner se soldaient par un échec tant le souvenir de sa détermination à continuer son chemin sans moi et la véhémence de son propos agrandissait la plaie causée par son coup de Jarnac. Alors, pour me venger de cette douleur innommable et ingérable, je la laissai se démerder avec ses frusques et les débris qui gisaient sur le carrelage. Et, quand la regarder faire devint insoutenable, je quittai la pièce en lui rappelant qu’il était impératif qu’elle fasse au plus vite. Nous étions attendus dans ma famille et il était hors de question qu’elle me fasse faux bond. « Tu as offensé assez de Gambino pour les siècles et des siècles. Amen » conclus-je après avoir formulé mon impératif. Quelle tristesse. Nous méritions tellement mieux que de jouer les jeunes mariés nageant dans le bonheur pour sauvegarder les apparences. Nous aurions pu être heureux. Vraiment. J’en avais été certain, mais je n’avais plus foi en rien désormais. Ça me tua tout au long du repas que j’écourtai en prétextant la grossesse de leur invitée pour retrouver une maison anormalement silencieuse.

Habité par le sentiment détestable que nous ne nous en sortirons pas, j’allumai la télévision pour me vider la tête, fumant cigarette sur cigarette, zappant machinalement, le tout en me saoulant à la Centerba. Elle me surprit au salon alors que j’avalais mon cinquième verre cul sec. Si elle parla, je fis mine de ne pas l’entendre, les yeux rivés sur des images que je n’assimilais pas vraiment. Le son de sa voix, son parfum, ses excuses et sa sincérité, tout en elle m’irritait au plus haut point, non pas qu’elle m’insupportait, mais parce que si j’avais le malheur de lui accorder le moindre crédit, je succomberais à l’envie folle de la serrer dans mes bras. Je n’avais besoin de rien de plus finalement. Mais, si j’accédais à son repentir, si je lui concédais cette victoire, quand finira-t-elle par mettre ses menaces à exécution ? Cette question m’empêchait de me fier à mon cœur et, mauvais, j’éteignis la télévision, attrapai une couverture, m’allongeai et me retournai pour l’inciter, sans ouvrir la bouche, à retrouver sa chambre. « Va te coucher. Une longue journée nous attend demain. » conclus-je en rassemblant ce qui me restait de sympathie pour me montrer le moins désagréable possible puisque je l’avais entendue, que ça ferait sans doute son petit bonhomme de chemin, que je n’étais simplement pas prêt, pas tant que j’aurai à nouveau la certitude que je n’ai pas commis l’erreur la plus grossière du monde : lui confier mon cœur au risque qu’elle le brise.


***


Si ce n’est quelques attentions surtout destinées à m’assurer que notre bébé allait bien, notre situation n’avait pas grandement évolué quand nous posâmes le pied à Chicago. Je me préparai pour le rendez-vous avec Gaby et Manuel sans l’avertir de l’heure à laquelle je rentrerais, parce que je n’en avais aucune idée et que je ressassais encore et toujours cette même merde : elle avait voulu me quitter, qu’est-ce que ça pouvait bien lui faire ? J’estimais que chaque modifications dans nos habitudes était une vengeance acceptable sous couvert d’un sous-entendu pour lui déclarer ouvertement que les choses devaient changer et le ferait sous peu, le tout sans avoir à m’abaisser à lui adresser la parole pour aborder un sujet différent que celui de sa santé. À ce stade, ça frôlait le ridicule. J’en étais parfaitement conscient. Au bout de sa cinquième tentative de m'avoir au téléphone, j’aurais pu essayé de la rassurer – ou le contraire, parce qu’elle insistait et que c’était peut-être grave – mais l'importance des révélations de mon associé et de mon petit frère m’en priva tout bonnement. La première fois, je venais d’apprendre ce qui se jouait sans mon consentement et sans que je n’ai d’autres choix que de me plier à leur avis, par la force des choses, et parce qu’il était motivé et raisonné. La seconde, je me débattais pour essayer de trouver une solution. La troisième et les suivantes, ma tête reposait lourdement entre mes mains en coupe alors que je noyais mes appréhensions dans un joint, dans ma voiture, à l’abri des regards, dans le parking du casino. Avec le recul, je crois que c’est au moment précis où je compris que je ne pourrais pas relever ce défi sans ma femme. Elle était ma balise, ma soupape, elle me ramenait toujours quand je m’égarais, elle est le poids qui, sur une balance, me maintient en parfait équilibre. Si je suis le funambule, elle est mon filet de sécurité. Et moi ? Moi, je la pourris gravement sans raison, car non, elle ne savait rien. Rien de ce qui se jouerait aujourd’hui. Les avertissements de l’un et les propositions de l’autre, ça lui échappait complètement. La seule personne susceptible de lui en avoir touché un mot – à condition qu’elle soit elle-même au courant – c’était la Cinzia. Or, Lyla allait jusqu’à ignorer, durant notre voyage, si Mani avait pris la nouvelle de sa future paternité avec le sourire ou en lui imposant de signer les papiers de divorce pour s’en débarrasser au lieu de la loi. J’avais été stupide. Non ! Complètement con. Je les accumulais et, en grimpant quatre à quatre l’escalier de secours qui menait aux suites de l’hôtel, je me laissai gagner par la honte. Cumulé à la pression qui me serrait l’estomac en étau, je rentrai complètement abattu, blanc comme une bougie, le cœur palpitant et les yeux baissés comme un condamné à mort qui entreprend son dernier trajet direction l’échafaud.

Si je m’attendais à ce qu’elle m’accueille aussi chaleureusement, abstraction faite de l’angoisse qui émanait d’elle et qui amplifia la mienne ? Non ! Nous deux, c’était l’antarctique. Elle avait été jusqu’à nous commander à manger, comme si elle se doutait que je reviendrais de cette rencontre le moral dans les chaussettes et la peur au ventre. « Non ! » lui avouais-je tout de go. « Je n’ai pas besoin d’un bain. Je n’ai pas faim non plus. Je voudrais juste m’allonger, te prendre dans mes bras et…que tu me pardonnes aussi. Je t’ai accusé à tort. J’ai cru que tu savais ce qu’on allait m’apprendre aujourd’hui, mais c’était complètement stupide. Je ne saurais même pas expliquer ce qui m’a pris. Je crois que… j’ai juste été déçu que ma sœur t’ait annoncé qu’elle était enceinte et qu’elle n’ait même pas pris la peine de me le dire. J’ai pris tellement de recul par rapport à elle au profit de Mani finalement. » Et parce que ça rendait les choses plus faciles à accepter pour moi. « Que j’étais jaloux de votre complicité. Encore plus que d’habitude. Ce soir, j’ai réalisé à quel point on était tous dans la merde. Et j’ai besoin de toi, Lyla. Plus que jamais. Et toi, tu as voulu partir. Tu as pris tes valises. Comment je peux être sûre que je peux te parler de ce qui me préoccupe, de cette merde qui m’attend pour les jours à venir… que dis-je… les années, si je dois vivre en ayant peur que tu aies plus envie de partir qu’être avec moi ? Ou que tu resteras là uniquement parce que tu es enceinte. » Et qu’elle sait surtout que je ne plaisantais pas. Elle m’appartenait corps et âme désormais. « Ils veulent que je prenne sa place. Celle d’Achille" lui avouais-je tout de même. « Ils veulent qu’on renverse mon frère… et si mon père se rend compte que tout ça n’est le fruit que d’une manigance pour venger la Cinzia, Jez et l’honneur de Mani et Gaby, c’est moi qui aurai la tête coupée. Tu comprends pourquoi j’ai besoin que tu me soutiennes, que je suis pas toujours patient et que je ne veux pas vivre en me demandant dans quelle mesure tu es là parce que tu n’as pas le choix. »






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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageVen 1 Juil - 22:16





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El marido



Je le connaissais si bien maintenant que je m'étais naturellement préparée à des semaines difficiles voire à des mois compliqués, à attendre qu'il se décide à affronter la réalité, ce qui ne pourrait être défait en fermant les yeux et en le voulant très fort. A choisir, j'aurais préféré que nous apprenions à nous apprivoiser avant de mêler un enfant à tout ça. Nous avions vécu ensemble mais ça ressemblait davantage à une parenthèse enchantée qu'à une vraie vie de couple. Nous avions tout à apprendre et tout à construire, probablement lui plus que moi car il n'accorda jamais suffisamment de crédit et d'intérêt à une femme pour en arriver à vivre avec elle. Je pouvais entendre qu'il était inquiet, dans ces conditions, ne sachant pas comment il allait être en mesure de gérer autant de nouveautés en si peu de temps sans craquer. Lui forcer la main équivaudrait à lui mettre la pression et ce serait contreproductif, je préférais me montrer patiente et lui montrer qu'il n'y avait pas urgence, nous avions neuf mois pour nous habituer et trouver notre place avant d'en créer une petite pour le bébé à venir. Si je m'étais imaginée qu'il changerait si vite son fusil d'épaule... Non, je n'aurais pas pu l'envisager, parce que tout ce qui l'impliquait émotionnellement lui demandait tellement de travail sur lui qu'il avait besoin de laisser ses pensées, ses craintes et la réalité se décanter avant d'y voir plus clair et de regretter d'avoir mis autant de temps pour réaliser qu'il s'agissait d'une bonne nouvelle. Il avait dû penser au pire en me voyant m'effondrer pour qu'un tel changement s'opère si vite en lui. Il avait beau jouer au type fort et insensible, je pouvais mesurer la puissance du lien qui nous unissait chaque fois qu'il m'envoyait une batterie de messages inquiets, quand il m'appelait toutes les cinq minutes ou qu'il me demandait où j'allais et avec qui. Il tenait à moi autant que le contraire était vrai et s'il avait changé ma vie en profondeur et qu'il s'était creusé une place au bulldozer dans mon cœur, l'inverse était également vrai. Je ne me sentais complète que lorsque nous étions ensemble et il n'y avait rien de pire pour moi que nos disputes et ces périodes de flottement où nous nous opposions pour des bêtises. J'étais heureuse que ce malaise lui ait permis de revoir l'ordre de ses priorités et de laisser une chance à toutes les possibilités qui s'offraient à nous et qui ne pouvaient que nous apporter du bonheur. Mais, comme dans toutes nos périodes fastes, il fallait toujours qu'il trouve à redire. C'était presque plus fort que lui, il cherchait la petite bête et ce fut sans doute la raison pour laquelle je pris aussi mal ses remarques sur la grossesse de sa sœur.

« C'est toi qui devrais dire combien je suis merveilleuse et remercier le ciel de m'avoir mis sur ta route. Et donc te mettre à genoux pour ça... » lançai-je, encore prête à rire jusqu'à ce qu'il aggrave son cas et que je me débarrasse de ses paumes indisciplinées pour m'éloigner de lui, commençant à sentir la colère pointer le bout de son nez. « Tu n'es pas toujours le dernier au courant, y a des choses qu'elle et moi on partage, qu'on ne raconte à personne d'autre, comme toi et Mani, je suppose ! Ça en faisait partie, elle devait déjà le lui annoncer, je ne savais pas quand elle le ferait. C'est tout ! Elle a fait le test pour me soutenir moralement, je pensais qu'ils seraient tous les deux négatifs, ce n’est pas ce qui s'est passé. » expliquai-je brièvement, sans vouloir entrer dans les détails. Je ne voulais pas revenir là-dessus et lui confier des choses inhérentes à l'intimité de ma meilleure amie, elle m'avait fait confiance, suffisamment pour que je ne divulgue rien de trop gros à son frère. De toute façon, vu son comportement, j'estimais qu'il ne méritait pas le moindre scoop. Moi ? La pire des traîtresses ? MOI ? Je ne réfléchis même pas, je lui jetai mon verre d'eau dessus et si j'avais eu la bouteille, j'en aurais vidé le contenu sur son expression de connard satisfait. J'étais la loyauté personnifiée et il osait me balancer ça dans la gueule, en riant, comme si c'était drôle ! Je fus à deux doigts de lui dire que jusqu'à preuve du contraire, aucune autre tête que la sienne n'était passée entre mes cuisses depuis notre rencontre, il ne pouvait pas en dire autant ! « Ah ah ah, qu'est-ce qu'on se marre ! » crachai-je, vexée comme un pou et lui jetant un regard assassin, heureusement que ces armes-là n'étaient pas chargées, il serait mort sur le coup. « Me rattraper ? C'est toi qui... Lâche-moi ! Je ne suis vraiment pas d'humeur ! » Je me défis de sa prise juste après qu'il m'ait murmuré ses saloperies à l'oreille, saloperies qui réveillèrent la partie de moi que j'aurais préféré maintenir en sommeil. Je soupirai, sachant pertinemment que je ne pourrais résister indéfiniment, il avait un tel pouvoir sur moi. Un sourire, un murmure, une promesse et j'accourais. Je me désespérais. La mine renfrognée, les bras croisés sur ma poitrine, je l'observais, le sourcil gauche relevé, attendant qu'il me convainque que je ne rêvais que d'un corps à corps pour qu'il se fasse pardonner d'avoir une langue de vipère. Je ne pus m'empêcher de ricaner quand il revint à la charge avec son histoire de boxer et ce fut la fin, je passai mes bras autour de sa nuque. « Je m'en fous de sa couleur, tant que tu l'enlèves... Je te conseille de te montrer créatif, Gambino, parce qu'il va falloir me faire oublier que je suis vexée. Ta petite mise en bouche était sympa mais avec tout l'alcool que tu as bu, je ne pense pas qu'on arrivera à la moitié. » Je n'eus pas le temps de le provoquer davantage, mes fringues disparurent à la vitesse de la lumière et je ne fus bientôt plus en état de penser encore moins de parler.


***

Je savais à qui j'avais choisi de lier mon destin et je savais également que ce qu'il avait abordé, ce soir-là, imbibé d'alcool, reviendrait tôt ou tard sur la table, mais je n'imaginais pas que ça arriverait aussitôt, j'aurais préféré qu'il me laisse un peu de répit. Au lieu de ça, il déversa son venin et j'aurais sans doute trouvé une parade s'il ne parlait pas de sa sœur qui était comme une sœur pour moi. Je fus terriblement blessée ce qui ne fit qu'accroître ma colère. Son frère, celui qui l'avait laissé s'acoquiner avec un enfoiré de première, celui qui avait choisi son débile de pote au profit de sa petite sœur. Ce frère-là ? Je garderais ça pour plus tard, quand je serais suffisamment blindée sur toutes ses potentielles attaques concernant Cinzia. Pour l'heure, je ne m'en sentais pas capable, parce que je sortirais perdante et je refusais de lui offrir cet avantage, « De qui d'autre ? Qui a constamment besoin de trouver un problème quelque part, hein ?! » Parce que c'était sa spécialité, tout retourner pour prouver que tout ne pouvait jamais aller comme sur des roulettes. Je l'aimais mais cet aspect de sa personnalité me fatiguait. Je faisais tout mon possible pour le contenter et j'avais parfois l'impression que ce ne serait jamais assez parce que je n'étais pas à la hauteur. Il ne s'en rendait peut-être pas compte mais c'était souvent ce qui me renvoyait au visage. J'étais une déception, j'étais en-dessous de ses attentes et il regrettait. Oui, il regrettait de s'être engagé avec moi peut-être trop rapidement. Ça n'arrangeait pas mon état et mon humeur d'imaginer une chose pareille. « Garder ma place ? GARDER MA ... ?! Tu te fous de ma gueule ?! Je dois passer mon temps à tout te rapporter, absolument tout et je ne garde pas ma place ? T'as cru qu'elle était à tes pieds ? A me pâmer et à me prosterner dès que tu étais dans les parages ? Pour ça, t'avais qu'à ramener ta putain de LA pour l'épouser, t'aurais eu tout ce que tu voulais ! Quoi que l'irlandaise faisait bien ça, pas vrai ?! Tu dois la regretter maintenant, hein ! Tu ne veux que reconnaissance, qu'on te rende des comptes, qu'on te donne tout et toi, tu refuses de partager quoi que ce soit ! Ce n'est jamais assez pour toi, je ne peux rien faire de plus, Luciano ! » Je me levai de ma chaise longue, balançant le livre dessus, sentant que j'étais au bord de l'implosion, « Putain de merde ! Garder ma place ! Comme si j'étais un putain de chien ! Va te faire foutre ! » Je veillais à constamment le ménager, à ne pas le peiner et surtout à ne pas remettre en question quoi que ce soit venant de lui en public et je ne gardais pas ma place. Quel enfoiré !


« Tu vois quelqu'un d'autre ici ? » crachai-je avec défi alors que je pouvais dire avec précision à quel moment il franchirait le point de rupture mais je ne reculai pas. Pas encore. « C'est TOI qui n'est pas content de ce que je suis, c'est toi qui ne veux plus de moi ! » repris-je en jouant de son instrument préféré, la mauvaise foi. Avant que je n'aie eu le temps de l'empêcher, il balança mes affaires dans la piscine. Il ouvrit les sacs et les valises et trempa le tout sous mon regard médusé. « T'es complètement malade ! ESPECE DE CONNARD ! IL EST HORS DE QUESTION QUE JE SORTE CA MOI-MEME DE LA ! VA ME CHERCHER MES AFFAIRES ! » Il leva son regard irradiant de haine sur moi et je la bouclai aussitôt, mon courage se dégonflant comme un ballon de baudruche alors qu'il balançait des vases et tout ce qui lui passait par la main et qu'il me faisait peur parce que je savais que tout ce qui l'animait était dirigé vers moi et suscité par moi. Je m'enfuis lâchement pour regagner la salle de bain, m'y enfermant à double tour et pleurant à chaudes larmes alors que je me demandais ce qui ne tournait pas rond chez moi pour que après quelques semaines de mariage seulement, je sois parvenue à rendre mon mari complètement fou. Je voyais déjà notre fin se profiler et je m'en voulais de ne pas avoir su me montrer assez patiente pour écouter ses craintes et ses angoisses mais j'avais les miennes et j'étais épuisée par mes nuits difficiles. Il ne me rendait pas la tâche facile en m'attaquant sur ce qui comptait pour moi, me blessant volontairement parce qu'il se sentait lui-même blessé. Je n'avais pas toujours l'énergie de regarder plus loin que le bout de mon nez et nous en avions payé le prix. Après quelques heures passées à pleurer et à me bercer d'avant en arrière, comme une enfant, je finis par sortir de ma cachette après m'être passé un peu d'eau sur le visage et avoir repris mes esprits. J'essayais de lui trouver des circonstances atténuantes et ça me permit au moins de commencer à ramasser les dégâts qu'il avait causé. J'avais passé un temps fou à tout nettoyer et en l'espace de cinq minutes, il avait tout foutu en l'air. Je me disais que si je montrais de la bonne volonté, il ferait lui aussi un pas vers moi et irait récupérer mes affaires dans la piscine, je pouvais m'excuser pour deux mais pas si j'avais l'impression d'essayer toute seule. C'était trop lui demander, il passa près de moi, me servit tout le mépris dont il était capable et il réveilla mon courroux en un temps record, je lui balançai la balayette dans les jambes puis la pelle encore pleine de débris. « Offensé ? C'est toi ! TOI qui est complètement parano ! VA TE FAIRE FOUTRE ! Je ne viendrai pas ce soir, tu n'as qu'à leur dire que je ne viens pas parce que tu n'es qu'un connard ! » Je balançai la chaise qui était à ma portée, tapai dans les meubles et jetai ce qui restait d'intact dans la pièce. « Trouve toi une autre conne pour ramasser ! » Il me harcela suffisamment en me menaçant indirectement pour que je cède et l'accompagne mais je refusai qu'il me touche et je ne prononçai pas le moindre mot de toute la soirée, rendant les quelques sourires qu'on m'offrait même si j'aurais préféré être dans un avion pour l'autre bout du monde pourvu que je ne sois pas près de lui. Je lui en voulais tellement de me rendre capable de le détester avec tant de force alors que je l’aimais avec autant d’excessivité. Une fois rentrée, je pris une douche, je lavai ma seule tenue de disponible, enroulée dans un peignoir, je tentai de dormir, sans succès. Je me tournai et me retournai, les yeux grands ouverts, ne supportant pas que le lit soit vide alors que j’avais besoin de sentir son souffle sur ma nuque et sa chaleur contre moi. Je me dis que nous devions parler, parce que nous faire la guerre comme ça ne nous aiderait pas. J'étais la plus raisonnable de nous deux, ce rôle m'incombait. Je remis mon peignoir, le but n’était pas de lui faire croire que je comptais tout effacer avec du sexe et du silence. « Mon cœur… » l’appelai-je d’une voix cassée et je vis le muscle de sa mâchoire se contracter, c’était mauvais signe. Il ne fit même pas mine de m’entendre ou de me voir et je me sentis meurtrie. Je ravalai mes larmes en même temps que ma fierté, peinant à faire passer la pilule.


« Je suis désolée, je ne voulais pas qu’on se dispute et encore moins te dire que j’allais te quitter. J’étais en colère, je voulais te faire de la peine parce que tu m’en avais fait. Mais j’ai cette impression… Que tu regrettes de m’avoir avec toi, que tu ne me trouves pas assez bien, que je ne fais jamais ce qu’il faut. Si c’est le cas, je suis désolée, de te faire honte et de ne pas faire ce que tu aimerais que je fasse mais je fais mon maximum pour ne jamais te décevoir. Tu me pousses à être meilleure et je t’aime du fond de mon cœur. Jamais de la vie je ne partirais, je ne peux pas vivre sans toi Lucky. » Je venais de dégueuler mon cœur sur table et pour toute réponse, j’eus le droit à un silence et de l’indifférence. C’était trop pour moi en une seule journée et si je parvins à réprimer un sanglot, je ne restai pas pour l’entendre distinctement me balancer une banalité. Je ne dormis pas de la nuit, pleurant à intervalles réguliers et me demandant comment nous allions nous sortir de ça. S’il refusait de m’écouter, j’aurais beau tout faire, la situation ne bougerait pas d’un iota jusqu’à ce qu’il se décide. Quel besoin avais-je eu de lui balancer que j’allais me tirer ? Il m’avait tellement mise en colère ! Ma seule consolation fut que ses cousines sortirent mes vêtements de la piscine et les firent sécher pour tous me les rendre. Je les remerciai chaleureusement en les serrant dans mes bras avant de suivre mon mari sans un mot. Je répondais à ses questions sur ma santé d’une voix monotone, me sentant épuisée. Il avait également cet effet là sur moi, il me fatiguait au-delà de l’entendement quand il s’y mettait et pas pour les bonnes raisons.


***


Je vis comme une victoire le fait qu’il dorme près de moi la nuit de notre retour, à défaut de me parler pour autre chose que des futilités. Notre conflit m’angoissait, j’errais comme une âme en peine, incapable de trouver le sommeil alors que j’avais des jours d’insomnie derrière moi et que mon cœur s’emballait sans aucune raison. Je le regardai se préparer et je n’osai l’approcher pour ajuster sa cravate ou bien épousseter sa veste, j’avais trop peur qu’il me repousse et de ce que ça me ferait ressentir, en plus de cette angoisse à laquelle s’ajoutait un sale pressentiment. Sans ça, je n’aurais jamais préparé son retour avec autant de soin. Je savais qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, je n’avais pas aidé avec ma crise pour laquelle les hormones étaient entièrement responsables. Mais je sentais toujours quand il n’allait pas bien, personne ne me croyait quand j’affirmais que nous étions liés. Inextricablement ! « Bébé, je l’ai su par la force des choses, elle attendait de voir avec Mani pour te l’annoncer et qu’on rentre de voyage de noces, c’est ce que j’aurais fait à sa place. Je ne te cache rien, jamais ! » crus-je bon de lui dire pour qu’il intègre et qu’il ne doute plus de ma loyauté. Mon angoisse grimpa en flèche quand il affirma qu’on était tous dans la merde. Je dus m’asseoir pour me calmer un peu, entre le manque de sommeil et la peur, je n’étais pas au sommet de ma forme. Il m’annonça tout de go qu’on le voulait à la place d’Achille et il me fallut de longues minutes pour remettre de l’ordre dans ma tête et tenter de voir sur le long terme. J’organisai mes idées dans ma tête, accusant le coup en silence, le laissant terminer tranquillement, s’asseoir près de moi et se prendre la tête entre les mains. Je l’invitai à s’allonger et à poser sa tête sur mes genoux. « Mon amour, si j’avais vraiment voulu partir, je l’aurais déjà fait, peu importe ce que tu m’opposais et de quoi tu me menaçais. Je suis là où j’ai choisi d’être, là où je suis la plus heureuse. » lui affirmai-je en caressant ses cheveux et son visage avec douceur. Il devait se calmer et à tout prix se détendre. « Achille a dû faire quelque chose pour qu’ils parlent de l’évincer, que s’est-il passé ? » m’enquis-je en me demandant s’il avait assez confiance pour me parler de ça. « Ça doit être suffisamment gros pour faire honte à toute votre famille et ça, personne ne peut se le permettre, ni toi, ni ton père. Mi corazon, depuis combien de temps tu travailles pour ton père ? Que tu réponds présent à toute heure du jour et de la nuit ? Que tu te plies en quatre pour lui ? Que tu te maries selon ses ordres ? Que tu es un fils respectueux et aimant ? Ne vois pas ça comme le remplacement de ton frère mais comme une promotion que tu as méritée. Ton frère a peut-être trop pris ses aises et dérapé, on compte sur toi pour relever le niveau. Alors je comprends que tout ça t’inquiète mais il n’y a aucune raison pour que tu paies les pots cassés à la place d’Achille. Il n’y a pas que l’ego de Gaby et de Mani dans l’histoire, il y a les faits. Toi, qu’est-ce que tu veux faire ? De quoi tu as envie ? Si tu veux garder ta place actuelle, alors laisse les se débrouiller avec ça, tu n’as pas à prendre cette responsabilité ! Mais si tu penses que tu ferais mieux, et je le crois sincèrement, alors il faut te préparer à un moment particulièrement déplaisant avec ton père. » Je me contentais de lui donner mon point de vue avec le peu de détails que j’avais en ma possession, j’espérais qu’il ne trouverait pas que je décidais à sa place ou bien même que je ne tenais pas ma place, j’essayais simplement de décortiquer tout ça avec lui.







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MessageSam 16 Juil - 0:25





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


La nature m’avait doté de multiples talents, mais là où j’excellais – entre autres – et plus particulièrement lorsque j’étais éméché, c’était dans l’art des plaisanteries douteuses pour la faire courir. Et Dieu que ça m’amusait. Le simple mot « traîtresse » réveilla en elle ce besoin de se justifier alors que je ne l’écoutais déjà plus. La partie raisonnable de mon cerveau était sur off. J’avais juste envie de rire et envie d’elle également. Lyla, en revanche, elle s’employait à une vengeance rafraîchissante qui ne m’éteignit pas vraiment et qui ne calma pas mon hilarité. « Moi, je me fais rire, c’est déjà pas mal. » ajoutais-je avec superbe en cherchant à la retenir auprès de moi, histoire d’initier en elle le désir de s’abandonner à la luxure dans un divan trop étroit qui nécessitait beaucoup de créativité. De l’inattendu facile à gérer, c’était parfait. Ça me donnait l’illusion d’avoir gardé un certain contrôle sur notre situation et sur son appétit sexuel. Détenir son plaisir entre mes mains, l’entendre se briser la voix sous le joug du plaisir, ça apaisait mes angoisses, quelles qu’elles soient, et si j’avais su que notre voyage de noces s’achèverait sur un conflit, j’en aurais profité plus allègrement au lieu de sombrer dans un profond sommeil au terme d’un deuxième round plus tendre que le premier. L’entente parfaite et l’harmonie qui nous caractérisaient depuis notre mariage s’étiolèrent à une vitesse vertigineuse sans que je ne m’explique comment. Qu’avais-je dit de si grave pour qu’elle s’énerve à ce point ? Étais-je vraiment celui qui nous inventait des problèmes ? Pour que faire ? Pimenter notre quotidien ? Peut-être. Cela m’arrivait parfois afin d’honorer des réconciliations d’une intensité incomparable qui dépendant de l’importance du conflit. Cette fois, nul doute que notre prochain corps-à-corps sera fougueux. Jamais dispute n’avait pris une telle tournure auparavant, pas même quand je lui avouai que j’étais forcé d’en voir une autre pour répondre aux lubies professionnelles de mon père, moins encore après mon semi-adultère à Los Angeles. À l’époque, j’aurais trouvé justifié et judicieux qu’elle me quitte pour de bon, qu’elle ne s’échine plus à croire que bâtir entre nous autre chose qu’une amitié tâchée par l’attirance, qu’elle baisse les bras, tout simplement. Elle avait fait montre d’une ténacité à toute épreuve, me prouvant la noblesse des sentiments qu’elle nourrissait à mon égard. Je parvenais même à comprendre qu’elle ouvre ces vieux dossiers faussement classés visiblement. C’était à prévoir. Les femmes ne pardonnent pas totalement. Quand il s’agit d’illustrer leur mauvaise foi, elles sont prêtes à toutes les bassesses. « Oh, arrête ça, s’il te plaît, je n’ai pas à porter le chapeau parce que tu ne te supportes pas. Crois-moi sur parole, tu gagnerais à exiger autant de toi que ce que tu attends des autres. » crachais-je avec une véhémence mesurée, mais qui finit par se transformer en rage. Qu’elle émette la volonté de partir maintenant que nous étions liés l’un à l’autre au détriment de ma tranquillité d’esprit en réveilla une incontrôlable.

Balancer ses affaires et détruire les bibelots fragiles de ma mère officiaient comme exutoire pour ne pas lui rappeler de la plus désagréable des façons qu’elle m’appartenait toute entière. Un départ lui coûterait la vie et face à de telles extrémités, je ne me serais pas encombré de la tuer vite et bien. J’aurais voulu qu’elle souffre comme elle me blesse. Oh, pas tout de suite bien sûr, mais après qu’elle ait mis mon enfant au monde. Je n’étais de ceux assez fous pour exterminer ma progéniture, mais de ceux éperdument amoureux et maladivement possessif, assez pour lui refuser de retrouver de sa liberté. Elle n’avait que faire d’un quotidien dont je ne ferais pas partie. Tout comme je ne pouvais décemment imaginer l’inverse. Elle n’avait pas le droit d’entrer dans ma vie pour la bousculer et prendre ensuite ses jambes à son cou devant l’adversité. Quand bien même aurait-elle des raisons de me détester, elles ne suffiraient jamais pour qu’elle songe au divorce ou à une séparation unilatérale. Pour qu’elle intègre, je ne trouvai rien de plus parlant que de jeter ses vêtements à la flotte, ce qui me valut un florilège d’insultes, de cris et d’ordre de surcroît. « Te chercher tes affaires ? Allez chercher tes affaires. » J’éclatai d’un rire froid, cruel, d’un éclat sans joie, juste coloré d’un mépris dont je la supposais à l’abri. « Tu as cru que c’était moi ton chien, en fait.» J’en repartis de plus belle alors que je l’immolais d’un regard incendiaire. Quelle chance qu’elle ait opté pour le silence. Remonté comme un diable dans une boîte et dénué de bon sens, Dieu seul savait quelles horreurs j’aurais pu commettre. Je tolérai jusqu’à sa fuite dans la salle de bain, que dis-je, je la bénis de tout mon cœur. Au contraire, j’aurais échappé à mon contrôle et nous ne nous étions sans doute jamais relevés. Là, il demeurait un espoir infime que je considère sa tentative de rupture comme une erreur de parcours, un coup de bluff, des mots que l’on prononce par irritation, mais qu’on ne pense pas réellement. Ce n’était pas gagné. J’étais têtu et dans la douleur, mes doutes se muent rapidement en certitudes indémontables. Même moi, qui les créais parfois de toute pièce, je n’étais pas toujours en mesure de les détruire.

En jouant les teignes, elle ne m’y aidait pas non plus d’ailleurs. C’était la deuxième fois, sur une après-midi, qu’elle m’envoyait me faire foutre. Elle en muselait la facette la plus sentimentale et la plus fragile de ma personnalité. Elle l’enfouit sous les terres compactes de ma mauvaiseté en refusant de partager un dernier repas avec les membres de ma famille qui l’accueillirent pourtant comme une fille. Elle me décevait de minutes en secondes, si bien que je pris un malin plaisir à la menacer par rapport à notre avenir une fois de retour sur le sol New Yorkais, d’autant qu’elle obéit. Elle s’assit à la table de nos hôtes avec la brutta faccia, mais elle se plia tant et si bien à mes impératifs qu’elle me guérit en partie de ma frustration, celle qu’elle ait osé m’insulter et ordonner, comme si des coglioni lui étaient soudainement poussées entre les cuisses. L’autre partie, elle essaya tant bien que mal de l’endormir en m’expliquant son comportement, mais ce fut vain, car beaucoup trop tôt, pas seulement parce que je lui tenais rigueur de cette débâcle, mais également parce que j’en tenais en partie pour responsable. Quelle mouche m’avait piqué ? Tout casser ? L’effrayer ? Oublier ce que mon père m’apprit depuis l’enfance, soit la pondération et la maîtrise de soi ? Un homme capable d’une telle colère est-il faible ? Est-elle pentito en devenir, incapable qu’il est de garder les pleins pouvoirs sur ce qu’il fait lorsqu’il est courroucé ? Ce genre de remises en question, je les détestais. Elle se répandait de mon cœur à ma tête comme de la mauvaise herbe et m’astreignait à reconsidérer celui que j’étais, que je devais être ou que j’espérais devenir. Parfois, elles me rendaient sujet au reconditionnement et quand elle était à l’origine de ce travail douloureux, je la haïssais du plus profond de mon être, car elle me chargeait de bons sentiments et que je me sentais faible et à la merci de sa seule volonté. Difficile donc de me fier à sa sincérité quand elle se flagelle avec une telle dévotion. C’était aussi pénible que de distinguer depuis la chambre ses sanglots. Paradoxalement, elle me fendait le cœur et m’énervait à la fois à ranimer cette compassion enterrée il y a longtemps, le soir où j’arrachai à un homme son dernier souffle, mais qui ressuscitait dès lors qu’elle était en cause. Je m’isolai donc sur la terrasse une bonne partie de la nuit à cogiter sur ce que j’étais prêt à déployer comme effort afin d'éviter de nous embourber jusqu'au cou dans une merde sans nom. Rien, a priori, sauf le lendemain, où je renonçai à mes vœux de silence.


***


Quand nous aurions normalement dû rentrer à New York et investir notre appartement entièrement rénové, les affaires familiales nous imposèrent une halte par Chicago qui, contre toute attente, ne fut pas pour me déplaire. L’atmosphère, glaciale, ne se prêtait pas à l’aménagement de l’espace ou de nos emplois du temps pour nous repaître le plus souvent possible dans la vie à deux. Nous avions déjà vécu l’expérience sur une courte période bénie. Nous étions capables de nous entendre, c’était vérifié, mais j’avais au cœur de ne pas gâcher ce nouveau départ en recollant les morceaux du vase brisé qu’était devenu notre mariage en quelques heures là où nous étions voués à passer la majeure partie de notre existence. Le domaine était déjà bien assez souillé de ma détresse à la mort de mon frère et de nos discussions à couteaux tirés à propos de Caitlin. Ici, sur le fief de Gaby, je pourrais approcher lentement, mais sûrement, de la réconciliation. Je commençai d’ailleurs en m’allongeant à ses côtés puisque nous étions arrivés tard dans la nuit. Habité par un mauvais pressentiment, une envie subite de la serrer contre moi et de coller sagement mon corps chaud contre le sien me désarçonna, mais je n’en fis pourtant rien. Je jugeais le moment peu opportun. Une conversation préalable nous agréerait davantage. Je regrettai tout de même sa froideur tandis que je me préparais à apprendre dans le détail la raison de cette escale. Une angoisse sourde et stupéfiante me tenaillait les tripes. Un baiser passionné, promesse que nous n’étions pas en désamour, m’aurait fait tellement plus de bien. Tellement. Si j’en doutais, l’état dans lequel je quittai le bureau de Gabriele en devint une preuve irréfutable, car je n’avais besoin que d’elle et de ses mots tendres pour apaiser cette peur d’affronter mon père dans les prochains jours, elle et cette douceur qui panse si bien mes blessures à l’âme, elle et cet amour inconditionné qui fait de moi son unique priorité. Ses peines, elle les écarta à l’instant même où je franchis la porte, désappointé, des excuses plein la bouche et un discours un soupçon trop alarmiste, presque dramatisé alors que je m’affalais dans le sofa et que je me réfugiais dans ses bras. « Ce qu’il a fait ? » répétais-je en soupirant. « Dans le détail, il a passé un accord avec Teresa, qui fait la misère à ma sœur, qui s’est défendue et qui s’est retrouvée au poste. Ensuite, il est allé la chercher et lui a ordonné de se rapprocher de Jasper Dolan. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est qu’elle n’a pas eu le choix. Il la menaçait de tout raconter à papa et à se venger sur Jez si elle le racontait à qui que ce soit. Elle en a parlé à Mani, qui est furax et qui a mis en place tout un dispositif pour déterrer ses secrets, et quel secret ? Il ne trompe pas seulement Antonella, il a une famille parallèle. Une Russe ou une Tchétchène, un truc improbable du genre. Je parie que c’est une ex-pute ou un truc du genre. Il n’empêche qu’elle est enceinte, d’un petit garçon, et que ce connard n’a même pas été fichu d’effacer les traces derrière lui. Comme si se comporter comme un fils de pute n’était déjà pas assez… » Maintenant que je rapportais les faits et que je réalisais l’ignominieuse trahison d’Achille, la déception me fit comme une seconde peau. Elle m’oppressait, m’embarrassait. À l’étroit dans mon costume, j’en suais à grosses gouttes. J’en défis mon nœud cravate sans recueillir l’effet escompté. Je ne respirais pas mieux pour autant. Loin de là.

Achille était mon aîné, soit mon modèle normalement, bien que je n’enviai jamais son statut et sa place. Et qu’attendait-on de moi aujourd’hui ? Que j’appuie sur le détonateur et que je joue au candidat idéal pour me substituer à son autorité. Que dis-je ? Devenir l’autorité. Mais, l’étais-je, le client parfait ? « C’est ça que Gaby attend que j’annonce à mon père. Quant à Mani, il a bien l’intention de rebondir sur la balle pour faire avancer son mariage. La grossesse de Cinzia, elle est prématurée, et pas seulement parce qu’Ettore le vivrait plus que mal, mais parce qu’il aura désobéi à son père. Les gens comme eux, il ne s’encombre pas qu’on soit leur fils ou non. Il se débarrasse des chiens désobéissants, car c’est tout ce qu’on est. Des bons toutous obéissants, Lyla. Cosa Nostra, c’est des règles, et parmi celles-là, il y en a deux qui vont être enfreintes. La première, c’est que tu ne tromperas pas ta femme, jamais. » Elle est le temple des confidences de sa moitié et, souvent, leur vengeance est plus terrible et dévastatrice que la mort. « Et la seconde, c’est que tu ne mens jamais. Alors, tu vois, outre cette peur que la rage de mon père s’abatte sur moi, j’ai aussi peur de perdre Achille. Il n’est pas correct, mais il reste mon frère. J’en ai perdu un déjà. Je n’aurai pas les reins pour supporter un autre deuil. Et sa survie, elle dépend aussi de moi, de la façon dont je vais aborder les choses et je n’ai aucune idée de comment m’y prendre. Comment annonce-t-on à un père que le plus vieux de ses fils, celui sur lequel repose tous ses espoirs, n’est rien d’autre qu’un putain de félon ? Et comment le faire sans donner l’impression que je veux sa place à tout prix et que c’est la seule raison pour laquelle je détiens toutes ces informations qui feront plus de mal que de bien à ma famille ? » Sans compter que je doutais sincèrement d’être à la hauteur de la tâche, ce que je confessai avec une sincérité singulière, celle qui m’habille des guenilles du manque notoire de confiance en moi dont nul n’aurait pu me soupçonner, pas même moi. « Tu peux me servir un truc à boire, s’il te plaît ? Un truc fort, très fort. Tu serais un amour. » glissais-je pour gagner du temps avant de répondre à ces questions. J’avais besoin de trier mon esprit de l’amas désordonné d’idées qui le traversait. Je l’embrassai doucement à la commissure de ses lèvres avant qu’elle ne m’abandonne et, si je lui souris, la grimace, crispée, ne me rendait pas hommage.

« Tu sais » entamais-je en finissant d’ôter ma chemise au tissu agréable, mais qui me brûlait la peau. « Tout ce que j’ai fait pour mon père, je l’ai fait parce que c’était mon devoir, pas pour obtenir ce genre de promotion. Être à la tête d’une famille, c’est plus de responsabilités que de gérer le relationnel et graisser des pattes. C’est plus difficile que de tuer également. Ça demande de réfléchir, tout le temps. Ça demande de l’investissement du matin au soir. Ce ne sera pas sans conséquence sur nous et pour toi aussi. Si une affaire urgente m’appelait le jour de ton accouchement, je ne pourrais pas être là. Si le bébé est malade, et que pour les mêmes raisons, je ne peux pas être là, tu vas devoir te débrouiller toute seule. Quant à toi, ça voudra dire t’habiter de tout ce que je suis. C’est devenir une femme d’honneur, mais pas comme tu l’entends. Ça signifie prendre soin de ma mère, de Jezabel, de Gloria, de mes nièces et de toutes ces familles qui font partie de la communauté et qui sont persuadées que la famille Gambino est leur seul espoir quand ils sont dans la merde. » Elle me tendit mon verre, je la remerciai, la tirai vers moi et poursuivis. « C’est aussi me rapporter ce qui se dit et ce qui se fait à l’extérieur. Absolument tout. C’est écouter les femmes, les soutenir si elles perdent un fils, un frère, un père ou un mari. En résumé, c’est devenir leur mère à tous, les respecter. C’est penser contrepartie, prendre des décisions, mais jamais sans moi. Ça aussi, c’est une responsabilité et si je peux assumer celle qui m’incombe, je ne peux pas t’imposer de changer radicalement ton mode de vie juste parce que… parce que je n’ai pas le choix que de soutenir Mani, Gaby et mon père, si je survis à sa colère. Je sais que tu le vois comme quelqu’un de tempéré, mais c’est un volcan, Lyla. Son moteur, c’est notre réputation. C’est sa place. C’est préserver ce qu’il a bâti. Tout ce qu’Achille n’a pas pu faire. » déclamais-je en avalant de temps à autre une gorgée d’alcool, songeant que ça me serait bientôt interdit. « Et puis, il y a tous ces petits détails qui nous seront proscrits, comme faire l’amour dans les lieux publics en se moquant bien d’être surpris. Les bagarres dans les bars, c’est terminé. Plus d’alcool. Plus d’herbe. Rien qui pourrait altérer notre personnalité d’une quelconque manière. Je ne serai pas là souvent. Tu seras… Seule, comme Antonella. » Et qui aurait souhaité sa place ? Qui ? Un mari fantôme remplit l’assiette, sans nourrir sa femme. « Je n’ai pas envie de t’imposer tout ça. Pas maintenant qu’on vient à peine de se marier. C’est comme si je t’avais vendu de la marchandise frelatée, mais je n’ai jamais imaginé que j’en arriverais là. Ce n’était pas dans l’ordre des choses, sinon, je t’aurais prévenu avant de te demander en mariage. Ça ne veut pas dire que je regrette. Tu es la meilleure chose qui me soit arrivée. Mais, à la question, que vais-je faire ? Je suis obligé de te répondre que je vais prendre mes couilles en main, que je vais faire ce que j’attends de moi, mais que je ne veux pas que tu sois malheureuse, Lyla. Je ne veux pas que tu en souffres, tu comprends. Tout ça, ce n’était pas ce que j’espérais pour toi. Mais ce sera inévitable.» conclus-je en terminant mon verre que je déposai sur la table basse. « Normalement, on aurait dû discuter longuement de ce qui nous a opposés en Sicile, pas de moi, pas de tout ça. » Je hochai négativement de la tête en raffermissant mon étreinte. « Ça va ? Tes fringues ne sont pas trop abîmées ? Parce que j’ai toute ma journée demain, on peut peut-être aller visiter Chicago ensemble et en profiter pour faire les boutiques. » La première et unique fois où nous avions rendu visite à Gabriele, je m’étais littéralement invité à sa petite escapade avec ma sœur dont les projets me hérissaient le poil. J’en souris, moins tendu, maintenant que j’étais envahi par de vieux souvenirs tantôt heureux tantôt moins. « La dernière fois, tu as passé la majeure partie de ton temps avec ma sœur qui est rentrée avec une demande en mariage sous le bras et nous… Nous… le début de quelque chose finalement. On devrait peut-être laisser toute cette histoire derrière nous pour aujourd’hui, se commander un truc, manger pour toi et boire pour moi, tant que ça m’est encore autorisé. Peut-être que je trouverai le moyen de t’expliquer que non, tu ne dois pas garder ta place comme un chien, que non, je n’irai pas me faire foutre, même si tu le beugles et que non, je n’ai pas honte de toi. Tu ne me déçois pas Lyla. » Ou jamais très longtemps. « Je ne te méprise pas. Je te trouve géniale et si parfois j’oublie que j’ai de la chance d’être tombé sur une fille comme toi, c’est juste parce que je déteste me dire que tu vaux mieux que moi ! C’est comme me désavouer… alors que tout le monde sait que tout le monde rêverait d’être à ta place.» ricanais-je sans avoir le cœur à rire, mais soucieux de lui offrir l’opportunité de vider son sac, non pas par rapport à son désir de me fuir – il n’en était vraisemblablement pas – mais vis-à-vis de mon comportement excessif. « Bébé ? » Je relevai son menton de mon index et emprisonné ses joues entre mes mains avec délicatesse. Si elle s’attardait à déchiffrer l’expression de mon regard terne du jour, il témoignerait plus que n’importe quel repentir cousu de fil blanc. « Si je t’ai effrayée, tout ça, tu peux me le dire. Je dirais même que c’est le moment idéal pour en parler. » Mon cœur était un livre ouvert à présent et si, dans ma poitrine, il palpitait toujours au rythme du grand galop, c’était davantage par reconnaissance pour son dévouement que par appréhension pour notre futur incertain. « Si je t’embrasse, là, maintenant, tout de suite, tu vas m’envoyer chier ou je peux y aller franco…et plus si affinités ? »









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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageJeu 21 Juil - 16:33





mentre lei che non capiva disse bravo  
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Nous trouvions toujours prétexte à la dispute, c’était notre façon de fonctionner, on adorait se chamailler pour des broutilles pour mieux se réconcilier. Et compte tenu de nos caractères bien trempés, il n’était pas étonnant que nous ne soyons pas toujours d’accord sur tout mais ça se réglait très facilement et rapidement, selon le sujet abordé. Mais de vraies brouilles, nous en comptions peu à notre actif et j’aurais souhaité ne pas en ajouter une à la maigre liste. Etre en conflit avec lui me rendait malade d’appréhension et d’angoisse, je ne me sentais pas dans mon assiette et quand je ne passais pas tout mon temps à dormir et à manger, je m’occupais comme je pouvais pour combler le manque de sommeil et pour oublier que je lui avais peut-être donné une bonne raison de me quitter et de cesser de croire en nous. Je ne baissais pas les armes la première sans raison. Outre le fait qu’il soit têtu et qu’il était important de préserver son ego de mâle alpha, j’avais besoin de mettre un terme à une situation qui nourrissait mes névroses et me faisait vivre un véritable enfer. Si je n’avais pas son amour, sa patience et son attention sur lesquels m’appuyer pour aller de l’avant et y puiser de la force, je n’étais plus bonne à rien. Mon quotidien n’avait de sens que si je pouvais le faire tourner autour de lui et de la manière dont je pouvais l’aider. D’autant plus maintenant que je n’avais plus de travail et que je m’apprêtais à entrer dans une phase où il constituerait la seule et unique préoccupation que j’aurais. A terme, ça me rendrait pénible et désagréable mais dans un premier temps, j’étais persuadée que ça nous ferait le plus grand bien après des mois de séparation forcée et de frustration. Je lui préparerai ses repas avec soin, je m’arrangerai pour anticiper ses besoins et ses envies et me rendrai encore plus disponible. Il fallait que je me fasse pardonner ma menace de divorce, il fallait que j’efface les saloperies qui étaient sorties de ma bouche juste pour lui faire de la peine et que j’ai l’impression qu’il était pleinement à moi. Le partager avec ses deux familles ne me gênait pas sur le principe, je comprenais mieux que personne vu la situation de ma propre famille, les liens que j’entretenais avec eux et ceux qu’ils avaient avec la MS mais j’avais encore en travers de la gorge l’épisode Caitlyn. Quelle serait la prochaine mission qu’on lui confierait et qui mettrait une pagaille sans nom entre nous ? A quel sacrifice devrait-il s’astreindre pour satisfaire les désirs de son paternel ? Sur quoi devrais-je fermer les yeux pour ne pas souffrir le martyr et avoir l’impression que je comptais bien moins que tout le reste. Si, en théorie et d’après les dires de Cinzia, le mariage changeait la donne, je ne pouvais que me référer à ce que j’avais toujours connu et qui m’affirmait le contraire. Je restais donc sur mes gardes pour ne pas me laisser surprendre.

Je croyais sincèrement que nous avions le temps avant que le prochain impératif professionnel de Luciano ne nous tombe sur le coin de la gueule et j’étais visiblement trop naïve. Si je n’avais pas déjà été assise, j’aurais sûrement cherché à poser mon séant quelque part pour accuser le coup. Achille n’était pas le type le plus drôle de la création mais il avait toujours été correct avec moi et respectueux et même si j’avais eu vent d’une partie de ce qu’il faisait subir à sa sœur, je me disais que c’était parce qu’il peinait à avaler que sa petite sœur chérie ait trouvé un futur époux et profite enfin de la vie, comme tout frère aîné se respectant. Je le mésestimais, lui et son besoin de contrôle. Je plaignais Antonella de tout mon cœur. Une autre famille alors qu’il n’était pas foutu d’honorer correctement celle qu’il possédait déjà, j’aurais pu en rire si le choc n’avait pas été si rude. « Putain de merde ! » fut tout ce que je parvins à articuler alors que je cogitais vitesse grand V, essayant de savoir quelle position nous devions adopter et ce qu’il convenait de faire ou non. Je n’étais pas certaine de tenir à ce que Luciano se mêle de tout ça et risque sa vie mais il était important de prévenir le patriarche, sa colère serait bien pire s’il apprenait que tout le monde savait et que personne n’avait pris la peine de le mettre au courant. Grand Dieu, ça allait être un sacré merdier incessamment sous peu. Pour le quotidien fait de douceur et d’attentions, il faudrait peut-être attendre un peu plus longtemps. « Mani a raison, d’en profiter pour faire avancer le mariage, ça fait trop longtemps que ça traîne, ça met tout le monde à cran et ça a permis à Achille de s’enfoncer dans la brèche. Ça ne peut plus durer ! Et je crois que ton père vous considère surtout comme des hommes qu’il a envie de voir s’élever, c’est sûrement pour ça qu’il est si dur. Les règles, elles servent à te donner un cadre pour avancer, ton frère était au courant des risques en sortant du chemin tracé pour lui. La seule personne à blâmer, c’est lui-même, les autres n’y sont pour rien, ni toi, ni Mani, ni personne ! » Je ne pris pas la peine de revenir sur le vœu de fidélité mais je fis en sorte de le graver dans ma tête, parce que je mettrais un point d’honneur à le ressortir en cas de besoin. Je me sentais surtout soulagée, je n’aurais pas à le fliquer, pas à craindre qu’il déraille et profite d’un moment de flou entre nous pour aller profiter d’une autre. Du moins, j’espérais qu’il s’en tiendrait aux règles établies, lui aussi. « Je comprends, amorcito ! Peut-être que si tu trouves comment présenter ça le mieux possible, ton père ne sera pas trop dur et l’épargnera. Je te fais confiance, tu sais toujours quoi faire et comment ! Et ne t’en fais pas, ton père te connait bien, il sait que tu ne vises la place de personne, que la tienne te plaît, sinon t’aurais cherché à grimper depuis un moment déjà, non ? » Il fallait que je le rassure et le réconforte, je ne savais pas où était passée sa confiance en lui inébranlable mais j’en avais assez pour deux. Il suffisait de le voir au cabaret pour comprendre qu’il était comme un poisson dans l’eau quand il était question de s’exprimer et d’obtenir quelque chose, j’étais néanmoins bien placée pour savoir que négocier ou discuter avec Ettore était parfois un véritable casse-tête. Si j’avais eu la moindre légitimité pour le faire, j’aurais pris le parti d’aller lui parler moi-même. Malheureusement, ça aurait renvoyé de très mauvais signaux, de plus, ces affaires concernaient Cosa Nostra et donc, pas les femmes.

Ma main passa dans ses cheveux qu’il laissait repousser depuis quelques temps alors qu’il déposait un baiser au coin de mes lèvres puis je me levai pour lui servir son verre de whisky. Je me retrouvai sur ses jambes dès qu’il eut son verre en mains, je sentais que le moment était délicat et qu’il faisait de son mieux pour enrober les choses et ne pas m’effrayer. Si j’avais dû avoir peur, ce serait arrivé depuis bien longtemps mais je ne l’interrompis pas. L’écoutant attentivement, effleurant son visage de mes doigts pour tenter de l’apaiser. « Je comprends tout ce que ça implique, Luciano et si j’aurais sûrement besoin d’être aiguillée et dirigée, je ferai ce qui doit être fait. Quoi que tu décides, quoi que tu fasses, je serai là, ok ?! Tu n’as pas à t’en faire pour moi et mon mode de vie, tout ça, ce ne sont que des détails, d’accord ?! J’ai décidé d’être à tes côtés pour toujours, pour qu’on affronte à deux tout ce qui pourrait arriver, je ne vais pas me débiner maintenant que tu as vraiment besoin de moi ! » J’avais les yeux plongés dans les siens afin qu’il puisse mesurer l’intensité de ma sincérité. Je ne pus réprimer un éclat de rire à la tête qu’il faisait en m’annonçant que nous ne pourrions plus nous amuser comme nous avions coutume de le faire. « On aura qu’à en profiter avant, ici ?! Nous battre, baiser dans la voiture garée dans une rue hyper fréquentée en pleine heure de pointe ! On trouvera bien d’autres façons de profiter ! On est super doués pour se renouveler, comment oses-tu encore en douter ? » J’aurais l’impression d’entailler ma liberté de mouvement et de décision mais je ne pouvais pas penser comme une égoïste, nous étions deux désormais et il était hors de question de faire passer mon petit confort avant le bien des Gambino. Dieu seul savait quel sort on réserverait à mon époux quand on apprendrait ce que trafiquait Achille et qu’il était au courant mais n’avait pas eu le courage de le dire. « Non, pas comme Antonella, sauf si tu as prévu de foutre en cloque une putain des pays de l’Est, mais crois-moi, elle n’occupera pas ton temps bien longtemps, j’aurais tôt fait de me faire un manteau dans sa peau ! Je ne suis pas Antonella et je ne te permettrai pas d’être ton frère, Lucky ! On trouvera le temps ! Même si je dois me pointer à ton bureau tous les jours pour ça ! Il a bien trouvé le temps d’entretenir une deuxième famille ! » Intérieurement, j’envoyais toutes mes prières à Dieu de me donner la patience de faire en sorte que le temps que nous passerions ensemble ne serait pas utilisé à mauvais escient pour nous déchirer. Je refusais que ces moments de paix soient transformés en moments décevants. « Alors ne nous en inquiétons plus ! C’est comme ça, on s’adaptera ! Tu m’aimes, pas vrai ? Alors je suis heureuse comme ça. Tant que toi et moi, on reste unis, tant que tu trouves un peu de temps et d’énergie pour continuer à m’aimer un peu, amorcito, le reste, je m’en fous. » S’il se mettait à me négliger, à passer plus de temps avec ses amis plutôt qu’avec moi parce que ma compagnie lui devenait insupportable, je risquais de me montrer beaucoup moins encline au compromis mais j’étais certaine qu’il y mettrait du sien pour rendre cette situation la plus facile possible pour tout le monde. « Ça va, rien d’irréparable. Mais je ne dis pas non à une journée avec toi ! » Je l’enlaçai et déposai un baiser sur sa tempe, caressant sa nuque avec tendresse. « La dernière fois qu’on était ici, ta sœur voulait m’arranger un coup avec Gaby et tu m’as fait picoler pour que je te viole dans un ascenseur, enfin, ça, c’est ce que j’aimerais bien que tout le monde croie mais l’alcool n’était qu’une excuse ! » murmurai-je sur le ton de la confidence en souriant. « Sauf que depuis l’épisode dans ta voiture, je ne pensais plus qu’à ça et c’était très compliqué pour moi. Ça ne s’est pas arrangé quand tu m’as laissée avec plus de questions que de réponses ! Allez, tu peux me le dire maintenant, c’est toi qui as forcé la main à Gaby pour qu’il ne vienne pas ce soir-là. T’étais jaloux et t’avais peur que je le préfère à toi. » Cette idée suscitait mon hilarité, Gabriele était bel homme mais je préférais le grain de folie de Luciano et je le trouvais tellement plus séduisant.

« Va te faire foutre, c’est ma réponse favorite, ce n’est pas toujours une invitation ! » répliquai-je en souriant avec cet air malicieux qui aurait fait dire à n’importe qui que nous n’étions plus en froid. « Je suis désolée Lucky, pour cette dispute. Je suis devenue folle à cause de mes hormones, je crois. Je me suis montrée excessive et j’ai dit et fait n’importe quoi, je ne voulais pas te faire de la peine. Mais parfois, je te jure, tu me fais sortir de mes gonds, surtout quand tu affirmes que j’œuvre contre toi ou que je ne fais pas ce qu’il faut. Ca me fait du mal, parce que je te jure que je fais de mon mieux, alors je sais que je ne suis pas parfaite, faut toujours que j’aide le monde entier, que j’ouvre ma gueule à tort et à travers mais je fais tout ce que je peux pour te rendre fier et que tu ne regrettes pas de m’avoir épousée. Je ne veux pas être ton Antonella, Lucky ! Je ne veux pas que demain, tu arrêtes de m’aimer parce que j’aurais plus les atours du boulet que de la femme dans les bras de laquelle tu viens te réfugier quand ça ne va pas. Toute cette excessivité, elle ne vient pas que de mon état mais aussi du fait que je t’aime tellement que j’ai peur que ça se termine et que tu ne veuilles plus de moi ! Je ne sais pas ce que je ferais si ça arrivait. » Je trouverais probablement le moyen de me laisser mourir dans un coin en espérant que la douleur finirait par se taire. Ma vie n’avait plus aucun sens s’il ne voulait plus en faire partie. C’était toute la dangerosité de mes sentiments, ça me rendait hypersensible et occasionnait des réactions démesurées. Je l’aimais à en avoir mal. « Je ne vaux pas mieux que toi, on est géniaux tous les deux et ouais, tout le monde rêve de ma place mais elle est déjà prise et je compte la garder, en exclusivité. T’es à moi, pour toujours ! » Quand on me laissait trop de temps pour penser, j’imaginais le pire et entre l’option où on me l’arrachait et celle où il se désintéressait de moi et me sortait de sa vie, je ne savais ce qu’il y avait de pire. Il ancra son regard au mien, j’y voyais sa culpabilité et combien il était désolé mais je ne compris pourquoi que lorsqu’il verbalisa sa question. « Pourquoi, j’aurais dû ? Je t’ai poussé à bout, j’ai récolté ce que j’avais semé, ne te rends pas malade avec ça, je te le répète, je ne suis pas en sucre. Tout va bien, mi corazon ! » Je lui assurai d’un sourire entendu, cet air déterminé collé aux traits. « Tu peux déjà passer au plus si affinités, on a perdu assez de temps comme ça et comme tu as déjà retiré ta chemise ! » Il se montra d’une douceur et d’une patience incroyables, mettant l’accent sur mon petit plaisir avant le sien et je passai le reste de la nuit à le remercier pour ça. Nous profitâmes de notre journée à deux pour fêter comme il se devait la fin d’une ère. Les amortisseurs de la voiture prêté par son frère s’en souviendraient, comme les clients du restaurant et les vendeuses de cette boutique de fringues hors de prix qui n’avaient pas osé nous interrompre. Nous conclûmes par une série de bagarre dans divers bars avant de rentrer, revigorés et prêts à embrasser notre nouvelle existence. Il nous fallait seulement dire adieu à l’ancienne.


***

Je fis de mon mieux pour le décrisper mais rien n’y faisait, il était mort d’inquiétude et vérifia un nombre incalculable de fois sa tenue, faisant les cent pas en marmonnant. Je tentai de lui dire que tout irait pour le mieux mais il était trop préoccupé pour m’entendre. Cinzia était passée la première et l’en avait avisé, s’il décida, dans un premier temps, d’attendre le lendemain pour demander audience, il était trop rongé par l’inquiétude pour supporter ça une nuit de plus. Il préféra abréger ses souffrances. Je le regardai partir, la mort dans l’âme, impuissante. J’espérais qu’il se trompait et qu’Ettore ne le tiendrait pas pour responsable de toute cette histoire. Angoissée, je fus incapable de me concentrer sur quoi que ce soit, si bien que je m’enfermai dans la chambre qu’on nous attribua pour ne pas que qui que ce soit ne puisse être spectateur de ce qui m’agitait. Je rangeai l’endroit, refis le lit, rangeai nos vêtements dans les tiroirs des meubles. Quand je me sentis à l’étroit, j’émergeai pour aller faire un tour à pied et prendre l’air. Je devais être partie depuis un moment puisque lorsque je refis surface, il avait l’air de me chercher partout. Il m’entraîna dans la chambre avant de prononcer le moindre mot, ce qui ne m’aidait pas à me calmer. « Alors, qu’est-ce qu’il a dit ? Et comment tu lui as présenté les choses ? Il faut que tu parles, Lucky, parce que je vais faire une attaque ! » Machinalement, je portai ma main à mon ventre que je massais avec douceur. « Est-ce que ça va ? Tu te sens comment ? Bébé, je t’en prie, faut pas me laisser comme ça, ok ?! » Si son père était devenu fou à lier, il en porterait probablement les stigmates mais ça ne signifiait pas qu’il n’y avait pas eu de punition pour le messager. « J’ai croisé Cinzia tout à l’heure et elle m’a dit que leur mariage serait le mois prochain, que ça ne s’était pas si mal passé que ça, il était sûrement dans de bonnes conditions, j’veux dire, compte tenu des circonstances. »

***

J’avais aidé Antonella et Bianca à empaqueter une partie de leurs affaires, Jez n’était pas loin non plus, j’avais été surprise de la trouver là mais la détresse émanant de la femme d’Achille était difficile à ignorer. Il fallait être un monstre pour ne pas compatir. La nouvelle l’avait dévastée. Elle avait l’air d’avoir dix voire quinze ans de plus et elle maigrissait à vue d’œil. Elle ne s’exprimait plus qu’en quelques mots d’une voix faiblarde et me faisait terriblement mal au cœur. Je n’avais jamais voulu de sa place, pas plus que Luciano n’avait ambitionné de ravir celle de son frère mais les choses s’étaient faites ainsi, les règles devaient être respectées, pour le bien de tous et malheureusement, la famille d’Achille payait le prix fort. Ils étaient tous envoyés à Chicago, loin de la vue du patriarche et loin des rumeurs potentielles également. Après une matinée d’une tristesse à pleurer, je n’eus pas le cœur de rentrer pour affronter mon appartement vide, j’appelai mon mari pour lui proposer un déjeuner en tête à tête et il dut entendre à ma voix que ça n’allait pas puis qu’après une hésitation, il accepta. Je passai quelque chose de plus élégant que ma tenue d’intérieur qui puait la sueur après une bonne douche et je me fis conduire jusqu’au lieu du rendez-vous, ne parvenant pas à me défaire de l’image de ma belle-sœur. Il me fit attendre pas moins de vingt minutes avant de se montrer enfin, j’en étais déjà à mon troisième verre de jus de fruits et à ma deuxième assiette d’amuse-gueules. Je me levai, déposai un baiser sur ses lèvres avant de me blottir contre lui, rien que ça suffit à me faire me sentir un peu mieux. Je me réinstallai, faisant fi des regards appuyés des gens autour de nous. « Comment se passe ta journée ? » m’enquis-je avec un joli sourire et un réel intérêt. « Ce matin, j’aidais Antonella à emballer leurs affaires, elle me fait mal au cœur, ce n’est pas normal que ce soit elle qui souffre comme ça ! Et pauvre Bianca ! Qu’est-ce qu’elle va bien pouvoir attendre d’un homme avec une image pareille en tête ! » Après quelques échanges sur la question, le serveur s’interposa pour nous donner la carte et nous permettre de faire notre choix. « Tu sais que Mani va permettre à Cinzia de reprendre le journalisme… » lançai-je en toute innocence ou presque. « Je n’aurais pas cru ça de lui. C’est bien pour elle, vraiment bien. Du coup, je me disais que ce serait peut-être le bon moment pour moi de penser à retravailler. Je vais devenir folle à rester à la maison, surtout maintenant que tu es hyper occupé. Les permanences à l’association des femmes battues sont moins nombreuses pour moi parce que je vis trop loin, mon quotidien est monotone et j’aimerais faire quelque chose qui me plaise. On peut regarder ensemble et voir ce qui nous irait à tous les deux. » Je le sentais tendu, je savais qu’il aimait bien cette idée de m’avoir à disposition mais ça ne pourrait durer éternellement. J’avais encore la force de le dire avec douceur mais bientôt, il devrait essuyer des crises sans précédent. J’acceptais qu’il ne puisse être aussi présent qu’avant mais j’avais envie de faire quelque chose pour moi qui ne se limite pas à du shopping, une journée au spa et tous ces trucs drôles cinq minutes.







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MessageLun 25 Juil - 21:19





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft La bambola


Pas un seul de mes cheveux ne penserait Mani menteur ou fourbe vis-à-vis des Gambino. Le destin semblait s’acharner à lier les deux patronymes, ce qui faisait de nous les membres d’une seule et même famille, d’un toit. Pourtant, à un moment, je doutai de la gravité des informations qu’il récolta, parce que c’était plus facile d’enfiler ma paire d’œillères que de regarder la vérité en face. Or, Lyla, en apprenant cette vérité, réagit exactement comme moi, si ce n’est qu’elle ne se voilait pas la face. Elle exprima son sentiment d’un juron bien senti et je compris que je ne pourrais pas reculer, l’aurais-je souhaité de tout mon cœur. « Ouais, je sais, on est grave dans la merde. » Et, en bon égoïste, j’avais tendance à considérer que ce serait nous les premiers touchés par l’ouragan nommé Ettore quand il l’apprendra. Avais-je été trop bon fils pour qu’il m’incombe de jouer les oiseaux de mauvais augure ? Étais-je un ami trop sincère et trop loyal ? Était-ce mal ? Non ! Bien sûr que non ! Mon affection pour Manuel dépassait l’entendement. Outre la difficulté à accepter que ma sœur grandisse, je fus heureux qu’il jette son dévolu sur elle malgré ces défauts et ces travers que nous partagions en frère. Pour moi, ils n’étaient pas vraiment un problème. Je fus le premier à regretter l’acharnement d’Achille, déçu qu’il s’acharne sur un gars qu’il aurait pu apprécié pour ses qualités notoires s’il s’en était donné la peine et s’il n’était pas aussi possessif avec sa cadette. Possessif à tort d’ailleurs. Nous ne faisions plus le poids depuis longtemps. Se rendre à l’évidence aurait été plus raisonnable que de s’attirer les tendances revanchardes de Manuel, car il était tenace, autant que le Don de la famille était stupide. Il nous mettait tous et toutes dans la merde, Cinzia et Lyla y compris. Alors, oui, je lui en voulais. Je le détestais de s’être montré aussi égoïste. Il provoquait exactement ce que nous redoutions tous. « Évidemment qu’il a raison. Et je t’avoue que ça aussi, je ne comprends pas pourquoi ça traîne aussi longtemps. Si mon père ne revoit pas ses positions, ils vont perdre patience, tous les deux, et tu sais comment ils sont, quand ils vont perdre patience, ça risque d’être un nouveau merdier. Je me demande si je ne devrais pas essayer d’en discuter avec lui, mais c’est délicat, tant vis-à-vis de mon père que de Mani. Je ne veux pas vexer l’un et je ne veux pas cumuler avec l’autre» soupirais-je en me demandant comment nous avions pu en arriver là.

Depuis mon mariage, mon monde n’avait jamais tourné plus rond, exception faite de cette dispute dont nous sortions doucement. M’étais-je montré trop naïve de croire que cette quiétude perdurerait dans le temps ? Que je pourrais m’installer dans mes habitudes que rien ne bousculerait ? À sous-estimer le sort et ses coups fourrés, le retour de manivelle était douloureux. « Quant aux règles, elles ne sont pas qu’un cadre. C’est un mode de vie. Ce n’est pas mon père qui les a inventées pour que sa famille se tienne à carreau. Elles existaient bien avant nous. Elles nous font, pas le contraire. » lui expliquais-je ensuite le plus sérieusement du monde, bien que je ne rentrai pas dans les détails. Pas maintenant. C’était une conversation que je ne désirais pas entamer, car elle serait longue et fatigante. Elle susciterait des questions auxquelles je n’avais pas envie de me frotter pour le moment, l’énergie me manquant cruellement. J’espérais simplement qu’elle y entendrait le message que l’adultère ne m’était plus autorisé et que dès lors, il y avait peu de chance, à moins qu’elle ne me pousse à bout, que je lui rejoue la symphonie de la fellation de Los Angeles. J’aimais trop la vie pour prendre le risque de mourir deux fois. La première, parce qu’elle me quitterait et la seconde, de la main armée de mon père. Je laissais ça à d’autres, l’amertume dans l’âme, car si j’appréciais qu’elle cherche à apaiser mes angoisses face au deuil qui nous attendait plus que probablement, nous ne partagions pas la même foi. « Tu ne devrais pas. J’ai beau être à l’aise avec les mots. » Du moins, dans la plupart des cas puisque notre histoire nous rappelait souvent que mon verbe perdait de son éclat lorsque les sentiments entraient en ligne de compte. « Je n’ai pas assez d’influence sur mon père pour le détourner de la voie qu’il a choisie pour lui. Ma mère pourrait peut-être et je prie de toutes mes forces pour qu’elle y arrive, mais rien n’est moins sûr. Il y a des limites à ce qu’elle peut obtenir de lui. » confessais-je en me gardant de préciser que les places au sein de leur foyer étaient définies depuis trop longtemps pour que j’espère un miracle. Pour notre couple également. Elle me jurait avec la ferveur qui était sienne qu’elle s’accommoderait de notre quotidien tant qu’il ne la privait pas de mon amour et de mon soutien. J’étais convaincu qu’elle aurait volontiers entré ses mains dans un foyer pour me prouver qu’elles ne brûleraient pas. Or, elle était à mille lieues d’imaginer à quoi ressemblerait notre vie désormais.

Supporterait-elle vraiment l’absence ? Mes allées-venues répétées qui ne seront jamais bien longues ? Les quelques rares heures de répit dont je profiterais pour me reposer un minimum, histoire d’affronter la suite les batteries rechargées à moitié ? Plus de vacances ! Plus de tranquillité ! Plus de crapuleuses siestes à nous épuiser en nous adonnant à notre sport favori ! Terminé ! Et, autant je me réjouis de sa grossesse, autant je m’interrogeai sur l’avenir que j’aurais à offrir à ce petit bout de nous si je ressemblais davantage à un fantôme qu’à un pilier dans son existence. Ça m’effrayait, mais je ne pipai mot. Mon discours était bien assez lourd de sous-entendus flippants pour que je la déstabilise. J’étais moi-même trop décontenancé pour prendre le risque de l’inquiéter plus encore. Et puis, je détestais me l’admettre, mais j’avais besoin de sa force et de sa foi inébranlable en mes capacités à rebondir, toujours, à mon rythme, mais efficacement. Elle ne le réalisait sans doute pas, mais elle y était pour beaucoup. Sans elle, je n’avais aucune bonne raison de changer, de me remettre en question, d’avancer dans la bonne direction ou de donner mon maximum pour préserver ce que nous construisions au jour le jour. « Ouais. C’est vrai. Surtout moi. » plaisantais-je mi-figue mi-raisin, l’envie de rire n’y étant pas, mais appréciant ses efforts pour réchauffer l’atmosphère. « Je n’ai jamais voulu sa place parce que je n’ai pas voulu être comme lui. Alors, je ne sais pas ce qui va se passer pour moi, mais met ton cœur à l’aise, je ferai tout ce que je peux pour faire mieux ou autrement que lui. Et ça passe par t’accorder le plus de temps possible » dussé-je l’inviter à travailler à moi. Je serais prêt à aménager une chambre familiale à investir avec le petit quand mes obligations me retiendront au bureau. Ce serait un sacrifice cependant. Non pas que l’idée d’une association avec la seule personne à qui j’offrais ma confiance sans compromission, avec laquelle je parlais librement sans craindre son jugement, mais parce que je m’étais juré que je la tiendrais la plus éloignée possible de l’honorable société. À mon sens, c’était plus dangereux que de lui confier la gérance partagée d’une agence de call-girl. C’était un métier de femmes à gérer par les femmes. Les risques existaient, mais ils étaient minimes. Elles seraient encadrées par une armée d’hommes de tous horizons et bâtis sur des expériences propres les transformant en gardes du corps particulièrement habiles et prudents. Cosa Nostra, c’était une autre histoire. C’était des ennemis ataviques, sans scrupule et remontés à bloc depuis cette association avec la MS. Néanmoins, si nous devions en passer par là pour protéger notre relation fusionnelle, je n’hésiterai pas longtemps.  « Évidemment que je t’aime, Lyla. Je ne sais pas comment je pourrais m’y prendre pour cesser de t’aimer, et si ça peut te rassurer, je n’ai pas envie de trouver. » lui avouais-je en saisissant son menton pour qu’elle se perde un peu dans le vert dans mes yeux et qu’elle oublie ces emmerdes-là au détriment des nôtres, de cette dispute sans nom et sans fondement qui aurait eu tôt fait de nous abîmer.

À choisir, j’aurais préféré faire semblant de rien. Remuer la merde avec un bâton, ce n’était pas toujours l’idéal, à moins d’avoir envie de raviver de vieilles blessures. Certes, je lui proposai une virée shopping pour effacer les traces de ma folie passagère, virée qui l’enchantait par avance, mais ça ne réparerait que le mal matériel. Qu’en serait-il de l’invisible ? Celui qui marque l’âme au fer rouge ? Sans cette impression que nous ne pouvions échapper à une petite mise au point à cause des mots et des comportements excessifs. Ils nous baignèrent tous deux dans un océan d’insécurité. Alors, fort de sa dévotion précédente, j’envisageai sérieusement de faire l’étalage de ce qui nous opposa pour régler le problème définitivement. Bien sûr, j’usai du subterfuge de nos souvenirs pour terminer de nous détendre et éviter de l’inonder de gravité. Je la gratifiai même d’un baiser discret à l’allure d’un thermomètre, histoire de vérifier où nous en étions et d’évaluer les chances de réussite de cette mission qui tournerait aisément en querelle si je n’avançais pas à tâtons. Fort heureusement, elle mordit à l’hameçon et j’estimai que, désormais, un secret pouvait être dévoilé sans honte. « Erreur, Watson. Je ne lui ai pas forcé la main, je lui ai interdit de venir. Après, sans vouloir te vexer, il serait venu par courtoisie et parce que Cinzia peut en faire ce qu’elle veut. Mais, je lui avais déjà parlé de toi à maintes et maintes reprises. Il savait qui tu étais et ce que j’envisageais. Je crois même qu’il a su avant moi que c’était bien plus compliqué que le besoin d’achever ce que tu avais brillamment commencé dans la voiture. J’ai été un soupçon plus long à la détente. Tu vas me dire, comme d’habitude, mais ce qui compte, c’est le résultat. Après, de là à prétendre que tu puisses le préférer à moi… » Je bombai le torse comme un coq de basse-cour, un sourire superbe au coin des lèvres. « Impossible. Tu étais sous le charme. Tout le monde le savait, sauf toi… Tu peux le dire maintenant... Si ça n’avait été qu’une question d’obsession, ce que je peux comprendre, parce que je suis beau comme un dieu. Je suis la réincarnation d’Eros, tu n’aurais pas fait de moi ta victime consentante. » Le rire qui s’ensuivit était le premier depuis ce qui me semblait une éternité. Il me surprit, me fit un bien fou également. Rien que pour ça, je ne regrettais rien, rien de ce qui la blessa, mais qui nous aida à construire cette complicité indicible et indéfectible.

« Lyla. » repris-je alors plus sérieusement alors que nous attaquions le cœur du problème. « Dans le fond, je sais que tu ne ferais jamais rien pour me nuire. C’est juste que, parfois, je m’en veux d’avoir délaissé ma petite sœur parce qu’elle est amoureuse et que je n’ai pas supporté de la partager. Il m’arrive souvent de me dire que si ça n’avait pas été Mani, j’aurais tout fait pour les séparer, pour la garder pour moi. Je m’en voulais plus à moi qu’à toi de ne pas m’avoir dit qu’elle était enceinte, parce qu’avant, elle l’aurait dit à Gaby et puis, c’est moi qu’elle serait venue voir pour chercher une solution. Là, quand elle a un problème qui concerne son couple, c’est toi qu’elle vient voir et ça me fait de la peine. Je suis content qu’elle ait une amie comme toi. Je te l’ai dit, on ne lui a jamais vraiment laissé l’occasion de partager de belles amitiés et elle attirait assez la jalousie des autres pour qu’on la préserve des connasses qui l’auraient détruite. Aujourd’hui, je sais que c’est trop tard. Que je ne peux pas revenir en arrière. Mais, je comptais tacitement sur toi pour continuer à me tenir au courant, ce que tu ne peux pas faire et que je comprends bien. Je dois juste me faire une raison maintenant. Accepter ce que j’ai moi-même mis en place. C’est comme ça. » confessais-je en haussant les épaules, m’abandonnant à la fatalité.

« Maintenant, en ce qui me concerne, ce n’est pas ce genre de secrets qui m’obligerait à revoir l’idée que je me suis faite de toi. J’ai eu du mal à te cerner au départ. J’étais méfiant. Mais, il a bien fallu que je me rende à l’évidence. Tu es une fille à part, généreuse et loyale. Tu étais parfaite avant moi. Si je n’avais pas été ce que je suis, jamais je ne t’aurais reproché tes qualités. Je les aurais nourries, mais les choses sont ce qu’elles sont. Alors, arrête de culpabiliser parce que tu as encore envie d’aider ton prochain, de prendre le parti de la veuve et de l’orphelin en élevant la voix. C’est aussi pour toutes ces raisons-là que je t’aime et crois-moi bien que je regrette de ne pas pouvoir te laisser les exprimer plus souvent. Tout ça pour te dire qu’il faut que tu t’enlèves de la tête que je vais regretter, que tu n’es pas assez bien ou que je vais te quitter ou te tromper. Je le ferai pas. Je mesure la chance de t’avoir tous les jours, bébé. Douter de ça, c’est comme me priver de mon humanité, parce que tu me rends meilleur. Tu es mon moteur. Tu comprends ?» Tout portait à le croire, car elle conclut cette discussion par une invitation graveleuse exprimée sagement, ces mains l’étant beaucoup moins. Elles glissèrent le long de mon torse et j’oubliais tout, tout ce qui m’agitait, tout ce qui me tracassait nous concernant également. Et, puisqu’elle ne craignait pas mes éventuelles colères, puisqu’elle y trouvait une certaine mesure que je ne m’expliquais pas, je m’employai à l’honorer de douceur et à me concentrer uniquement sur son plaisir. Il comptait plus que le mien, comme à chaque fois que le sexe sonnait le glas d’une ère glaciaire.


***

Normalement, avant d’affronter mon père, j’aurais dû la posséder tout entière et à plusieurs reprises, qu’elle garde un souvenir de moi le plus intense qui soit, dans l’éventualité où je ne ressortirais pas vivant de cette entrevue. Je n’en eus cependant pas le cœur. Ah, pour sûr, j’étais tendu, mais pas de la bonne façon. Je cogitais tant que mon cerveau refusait de céder les commandes à mes couilles, ce que je regrettai amèrement une fois devant le rustre qu’était parfois « il mostro ». Et, pourtant, contre toute attente, il demeura d’un calme olympien. Certes, il était déçu. En l’espace de quelques heures, il perdait deux de ses enfants, différemment, mais de façon somme toute douloureuse. Appréciant la démarche plus que la nouvelle, il s’autorisa à s’ouvrir à moi comme il ne l’avait jamais fait auparavant, ajoutant que j’étais probablement le plus fiable et le plus intelligent de ses fils, hormis peut-être Gabriele dont il regrettait la froideur. Il ajouta aussi qu’il se doutait qu’autoriser la Maruzella a épouser Mani dans le plus grand des secrets, c’était lui ouvrir les portes pour oublier l’importance d’un serment devant Dieu et s’abandonner toute entière à l’intensité de ses sentiments. Il était ému, plus que je ne l’aurais imaginé. Je n’y étais pas préparé, mais pour ne pas l’insulter, je ne manifestai tout, sauf la surprise, répondant avec le plus de sincérité possible et lui jurant une loyauté indéfectible. Il alla même jusqu’à me remercier pour ma franchir et à me donner l’accolade. Le plus difficile, finalement, c’était de lui promettre que je ne confierais à personne ce qu’il avait en tête pour se venger de l’audace d’Achille. Il n’y survivrait pas. C’était évident. Il exigeait même mon aide pour en venir à bout, ce qui, à mon sens, était le test ultime, celui qui déterminerait si j’avais l’étoffe d’un chef de file.

Répondre par l’affirmative fut un réel supplice pour moi. Rien de ce qu’il prévoyait ne m’enchantait. Ça me déchirait le cœur, car Achille était mon frère. Mais, refuser, c’était signer notre arrêt de mort à tous les deux, c’était décevoir mon père et donc, mettre ma femme et mon bébé en danger. Je crois que profiter de l’occasion pour lui annoncer que Lyla était enceinte ne fut qu’une manœuvre pour ne pas oublier que mon camp, celui que je devais protéger envers et contre tous, n’était pas celui de mon Don, mais de ma femme, celle qui m’attendait le cœur transi d’effroi dans la chambre préparée par les femmes Herrera à notre intention. Pourtant, avant de la rejoindre, je retrouvai Mani pour lui transmettre les informations les plus précieuses et les plus racontables, boire un verre en sa compagnie pour me laver du goût amer de l’infanticide dont je serais le complice et ainsi l’aborder avec Lyla sans m’effondrer comme un gosse. Je ne souffrais que peu de pudeur envers elle, mais il y avait des limites que je ne souhaitais plus dépasser. « Je ne peux pas te dire comment il a réagi avec exactitude, mais je t’avoue que je suis complètement désarçonné. Je me demande même si on ne lui a pas diagnostiqué une maladie super grave, parce qu’il s’est montré plus que tolérant avec moi. Il l’est même pas avec la Cinzia, car il a carrément sous-entendu qu’il savait qu’elle ne marchait plus tout à fait dans les clous. En revanche, pour ce qui concerne Achille… » lui rapportais-je en la serrant dans mes bras avec un enthousiasme non feint. Je m’étais tant persuadé que je n’en ressortirais pas vivant qu’en la retrouvant, j’en oubliai les conséquences. « J’avais raison, tu sais. Et, le pire, c’est que je n’ai pas cherché les mots pour le dissuader. J’ai bien senti que j’avais un choix à faire. Ce n’était pas une offre, mais un ordre, un ultimatum. » À l’image de mon mariage avec Caitlyn. « Personne ne doit savoir. Il fait de moi son complice dans son mensonge envers toute la famille, mais ils finiront bien par se rendre compte que quelque chose ne va pas. J’ai réussi à retarder le mariage jusqu’au mariage de la Cinzia, mais c’est tout !  Je m’en doutais, mais j’aurais aimé qu’il ne me demande pas d’être son bras armé. J’aurais vraiment préféré. » conclus-je en me passant une main sur le visage, car j’ignorais comment je me relèverai d’une telle épreuve.


***


« Tu sens bon. J’avais presque oublié. » chuchotais-je à l’oreille de ma femme au milieu de ce restaurant dans lequel elle m’attendait depuis plus d’un quart d’heure contre mon gré. J’étais complètement débordé. Cumuler mes obligations personnelles, celles qui concernaient Cosa Nostra dans sa globalité et celles exigées par mon père occupait la majeure partie de mon temps. S’il ne traînait pas dans la voix de mon épouse un soupçon de détresse, j’aurais probablement décliné sa proposition de mauvaise grâce. Passer du temps avec elle, c’était toujours salvateur et régénérant et c’était exactement ce dont j’avais besoin depuis notre dernière discussion à propos d’Achille, discussion sur laquelle je refusais de revenir pour le moment. Ettore n’en avait plus reparlé et ça m’allait très bien comme ça. Je craignais qu’à l’instant même où des mots s’approchant de son projet quitteraient ma bouche, il se rappelle à son sens du devoir. Ce n’était néanmoins qu’un sursis, comme cette parenthèse dans ce petit bistrot qui servait sans doute les pizzette des plus savoureuses. « Je suis désolé d’être arrivé si tard. J’ai galéré à me libérer et il y avait beaucoup de trafic. En bref, une journée comme les autres dans ma vie de dingue du moment. Si tu as des billets pour le bout du monde, c’est le moment de les sortir, mais seulement si c’est un aller simple. » J’en soupirai, commandant la même chose que ma compagne. Ne pas lire la garde, ça me donnait le sentiment d’avoir gagné du temps et économiser une énergie qui me manquait. « Mon père m’en demande toujours plus. Tout le temps. S’il continue comme ça, je vais finir sur les rotules. » Me plaindre n’était pas dans mes habitudes, pas toujours, ou pas comme ça. « Et toi ? Comment ça va ? Tu avais l’air triste au téléphone. Pas de mauvaises nouvelles à l’horizon, pas vrai ? » Non ! Juste sa compassion pour le sort d’Antonella qui ne désirait plus vraiment de son mariage, mais qui cultivait encore assez d’affection pour l’homme décevant qu’était le père de ses enfants, pour ne pas faire d’histoire, empaqueter ses affaires et le suivre à Chicago, s’isolant du domaine et où elle n’aurait plus qu’à prier pour des jours meilleurs. Autrement dit, rien qui me mettrait en joie pour le reste du repas, car ce déménagement, il signifiait que l’exécution en règle ne traînerait plus et que j’y serais mêlé jusqu’au cou. J’en arrivais à être malade d’angoisse quand mon père me convoquait.

« Je comprends. Mais, est-ce qu’on peut parler de quelques choses de plus sympa ? » la suppliais-je du regard, la réconfortant tout de même en agrippant sa main que je serrai un peu plus fort. Était-ce seulement une bonne idée qu’elle s’exécute ? J’aimais entendre des bonnes nouvelles concernant ma sœur, mais ça sentait mauvais. La façon dont elle amenait les choses m’obligeait à craindre le pire. « C’est bien pour elle. Ça ne durera pas. Elle trouvera bien le moyen de pousser Mani à changer d’avis, mais si ça peut lui faire du bien sur le moment, pourquoi pas, même si je me demande comment elle s’y est prise pour qu’il accepte un truc pareil. » Là encore, j’aurais mieux fait de me taire. Elle m’en livra un exemple et je fus tenté de feindre de ne pas avoir entendu, axant la conversation sur le menu, mais ce serait peine perdue. « Tu es sérieuse ? » demandais-je alors sincèrement pour constater qu’il n’y avait pas une once de plaisanterie dans son regard. « Ouais. Tu es sérieuse. Je vois. Cara mia, c’est tout sauf le moment pour moi. J’ai un million de choses à penser. Je cours dans tous les sens depuis qu’on est rentré. Je ne sais même plus comment je m’appelle. Je n’ai pas envie de tracas supplémentaires et de changement. J’aimerais me poser tranquillement avant d’en envisager d’autres. Et, je sais que tu vas me dire que ce n’est pas censé être une source d’inquiétude, que tu es une grande fille, etc. Sauf que c’est comme Sega, c’est plus fort que moi. » Cette blague stupide, glissée dans mon discours en espérant l’amuser, ne reçut pas vraiment l’accueil espéré. Elle se décomposait et confronté à cette moue boudeuse, je me sentis coupable de lui faire de la peine. Je détestais ça. Elle le savait. Ça fonctionnait à chaque fois. Alors, je posai le menu sur la table, éloignai d’un regard le serveur qui s’avançait et je revins sur ma position de départ à contrecœur, comme un faible.

« Qu’est-ce qui se passe ? Tu ne te plais pas sur le domaine ? Quelqu’un te dérange ? On s’est montré désagréable avec toi ? Parce que, tu n’as pas besoin de travailler, bébé. Tu es enceinte. Tu devrais profiter de ton temps libre pour te reposer, te concentrer sur ta grossesse, sur nous, pour le peu de temps qu’on a et sur toi aussi. Pourquoi tu n’en profites pas pour passer plus de temps avec ton père au chenil ? Ça ne pourrait pas vous faire de mal et moi, je saurai que tu es en sécurité comme ça. »
Dans le Bronx, sous la bonne garde de Javier et accompagnée d’une horde de sbires bossant pour moi, que risquait-elle ? Ça me semblait une alternative acceptable. Pas elle visiblement. «  OK ! ça n’a pas l’air de t’emballer. Alors, dis-moi ? Comment tu veux occuper tes journées ? Tu veux reprendre des études ? Tu veux venir bosser avec moi ? Qu’est-ce que tu as en tête ? » m’enquis-je nerveux, car j’avais l’impression d’être pris au piège de ma bonté et de mes sentiments et que je haïssais cette sensation qui m’imposait de me montrer plus dure que je ne l’étais vraiment à la première incartade.


***

Au restaurant, pour qu’un moment rare et simple ne se transforme pas en querelle, j’aurais accepté tout et n’importe quoi. Or, dans les faits, toutes les excuses étaient bonnes pour retarder l’échéance où elle se lèverait avant moi pour gagner de l’argent dont elle n’avait pas vraiment besoin ou pour la mêler à des affaires qui l’exposeraient et la mettraient en danger. Mais Lyla, elle n’en démordait pas. Son besoin de bosser dépassait l’entendement, si bien qu’elle m’avait pris au mot, me déposant régulièrement sur la table des fascicules concernant je ne sais quoi ou en insistant pour m’accompagner. J’éludais toujours, souvent maladroitement et, si je la connaissais assez pour deviner que ça ne durerait pas éternellement, je n’en fus pas moins surpris qu’elle émerge de la salle de bain vêtue d’un uniforme vert et argent. C’était celui d’un café qui se prétendait respectable, du genre qui sert des boissons chaudes aux hommes d’affaires pressés, mais indigne d’elle selon mes critères. Stupéfait, je l’observai donc rassembler ses affaires, persuadé qu’il s’agissait d’une mauvaise blague, jusqu’à ce qu’elle m’embrasse pour me saluer. « Où tu vas dans ton déguisement là ? » l’interpellais-je en la retenant par le bras avec douceur. « Tu as perdu un pari avec ma sœur ? » Elle me jeta un regard rempli de défiance et je me préparai lentement à ce que ça ne tourne au vinaigre.

« Allez, mon cœur, sois pas idiote, change-toi et reste ici avec moi. J’ai ma matinée. »
Elle haussa un sourcil et le doute ne me fut plus permis. Elle me secourait, à sa manière, et comme d’habitude, elle visait juste. « Et puis, il n’est pas question que tu serves des cafés à des types méprisables qui vont te traiter comme de la merde. Tu es ma femme, pas une mère célibataire qui galère à payer son loyer à la fin du mois et qui se demande comment elle va élever son gosse. Sois raisonnable et enlève ça. » surenchéris-je avec une patience qui s’étiolait à mesure que je lisais en elle qu’elle n’avait pas l’intention d’obéir, pas tant qu’elle obtiendrait de moi exactement ce qu’elle veut. « Arrête de me prendre pour un con. J’ai dit que tu voulais bien que tu bosses, pas que tu fasses n’importe quoi et encore moins le larbin de service. Je vais aller prendre ma douche et on va discuter. Quoique non, assied-toi, on va discuter tout de suite. » Valait mieux pour nous deux et pour l’établissement qui l’employait que j’évite le risque inutile qu’elle s’éclipse en pensant que je tentais à nouveau de la mener en bateau. L’un brûlerait et l’autre me détesterait. Je pris même grand soin à lui ôter des mains ses clés, histoire d’en faire ma prisonnière et conscient que si je ne lâchais pas du lest, nous serions repartis pour une période de vache maigre dont je n’avais impérativement pas besoin.  









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“Vos parents vous ont souvent dit de ne pas jouer avec moi. Je suis la contradiction. Je suis le feu de sang-froid. Toujours avec le sourire, toujours avec les brûlures, tous les jours à quelques centimètres de la rupture. Petit sauvage est né dans la jungle de béton. Il y a les rêves que l'on fait. Il y a les rêves qui nous font. ”

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Lyla Gambino
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MessageMer 27 Juil - 15:45





mentre lei che non capiva disse bravo  
ft El marido



Je n’étais pas suffisamment naïve pour croire que notre situation demeurerait identique jusqu’à la fin de nos jours. Pour les hommes ambitieux et intelligents, il était toujours question de promotion, à un moment ou à un autre et je fus même étonnée que ça n’arrive pas avant pour Luciano. Après tous les sacrifices qu’il avait faits et auxquels je pris part volontairement pour le délester d’une culpabilité qui ne ferait que le ralentir, je m’étais attendue à ce qu’on lui propose la place qu’il méritait mais qui était déjà occupée, visiblement. J’aurais souhaité que ce ne soit pas au détriment de son frère et avec la possibilité qu’il disparaisse définitivement du décor mais je ne comptais pas pleurer sur son sort, pas avec les charges qui pesaient contre lui alors que d’autres trimaient comme des chiens pour se faire un prénom. De mon point de vue, mon mari avait donné énormément et il était temps que l’on apprécie son investissement à sa juste valeur, je voyais pour lui, l’occasion de briller davantage et de faire ce pour quoi il était né, ce pour quoi il était si doué et d’occuper une place taillée pour lui. Il n’en avait peut-être pas encore conscience mais tout en lui aspirait à occuper ce rang. Absolument tout. Je le voyais et le sentais et je ne pus m’empêcher de le diriger doucement mais sûrement vers l’option qu’il avait déjà choisie mais qu’il n’osait pas encore assumer. Il s’agissait de sacrés changements, aussi bien pour lui que pour moi et pour nous mais tant que je lui assurais mon soutien, que je lui promettais d’être là et que je le rassurais de mon mieux, je savais qu’il ne verrait plus ça comme un sujet potentiel de discorde mais comme l’opportunité qu’il attendait depuis si longtemps. Dans son discours transparaissaient ses regrets nous concernant, cette culpabilité qu’il ressentait par rapport à ce que nous avions traversé à cause de Caitlin, de ce mariage et de toutes ces choses qui nous compliquèrent la vie alors qu’il n’était qu’un soldat de plus dans l’armée de son paternel. Une part de lui refusait de risquer notre équilibre et notre couple pour un avancement à l’origine duquel il n’était pas mais je ne voyais rien susceptible de nous séparer et de nous opposer, rien. On s’opposait souvent pour des sottises et parce que nous avions chacun un sale caractère mais nous étions désormais mariés, il n’était plus question de fuite possible, d’abandon ou même de volonté d’avoir raison envers et contre tout, nous étions davantage dans la compromission et la patience. Bien sûr, s’il ne pouvait être là à mon accouchement pour servir les intérêts de sa famille, je l’aurais mauvaise mais avant de lâcher les chiens, je saurais me souvenir que j’avais accepté la situation et que je ne pouvais m’en prendre qu’à moi. Par contre, s’il profitait de ce nouveau rôle pour manquer à tous ses devoirs, je n’hésiterais pas à lui faire face et à le rappeler à l’ordre. Caityn avait été un problème ingérable à cause de ma jalousie maladive mais principalement parce qu’il me faisait des promesses qu’elle l’empêchait de tenir. Tant qu’il ne me jouait pas la même mélodie, je ne chercherais pas la petite bête, j’en faisais le serment.

« Je ne m’inquiète pas, querido, je sais très bien que tu vas faire tout ton possible, pour le reste, on avisera. Ca ne sert à rien de faire des plans sur la comète, c’est le meilleur moyen de s’inquiéter pour ce qui n’arrivera peut-être jamais. » L’idée de moins le voir me faisait mal au cœur, l’idée de le partager aussi mais c’était dans la logique des choses. Je n’avais pas choisi de l’épouser pour vivre une vie d’une tristesse et d’une fadeur sans nom mais parce que j’aimais sa fougue et son ambition ainsi que son implication. Parfois, une vie calme et banale me ferait envie mais jamais assez longtemps pour que je regrette de l’avoir épousé ou que j’envie ceux qui n’avaient pas à se tracasser de ce genre de détails. Je n’étais pas une personne normale, j’avais besoin de rebondissements et d’action, je n’avais pas choisi l’armée puis le secourisme parce que j’étais une planquée mais parce qu’être au cœur de l’action était une nécessité vitale. Malheureusement, ce changement de statut pour Lucky impliquait que je devrais me tenir à carreau. C’était sans doute le point qui me gênait le plus. Des tas de choses me seraient interdites pour respecter des règles dont je ne savais pas grand-chose mais qui me paraissaient terriblement strictes. Ce que j’acceptais bien volontiers pour le bonheur de l’homme que j’avais choisi. J’espérais ne pas me tromper en ayant l’impression que remplacer Achille était une vraie aubaine pour lui. « Tant mieux, ça m’évitera d’avoir à fabriquer une poupée vaudou à ton effigie ! » lâchai-je avant d’éclater de rire avec autant de discrétion qu’un troupeau d’éléphants. J’étais si délicate, parfois, c’était presque étouffant. « Comme t’es jaloux ! N’importe qui aurait vu que tu étais déjà amoureux ! T’es tellement borné parfois ! » Je le taquinais gentiment, sachant pertinemment que nous n’étions pas mieux l’un que l’autre, bien au contraire, je niais toujours l’évidence même après lui avoir sauté dessus dans sa voiture et d’autant plus quand je pensais à lui un peu trop souvent. Je ris de bon cœur quand il se compara à Eros et je resserrai un peu plus mes bras autour de sa nuque. « En fait, si tu veux tout savoir, j’étais sous le charme dès que tu as enfoncé ton couteau dans la main de Ruben ! Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai eu envie de te plaquer contre un mur après une de nos bagarres dans un bar, pour abuser de toi. Je t’ai déjà parlé des rêves érotiques que je faisais de toi ? » lançai-je en m’amusant de ses réactions et de ces souvenirs qui étaient aussi délicieux que chargés de nostalgie. Il coupa court en revenant sur les raisons de sa réaction excessive et de notre dernière grosse dispute en date, je lui caressai le visage. J’avais un pincement au cœur de l’entendre parler avec autant de regrets. « Bébé, il n’est pas trop tard. Parfois, je suis sûre qu’elle préférerait discuter avec toi plutôt qu’avec moi, peut-être qu’elle attend un geste de ta part. Tu pourrais changer les choses et si ça te fait de la peine, il faut le faire. Tu voudrais que je te raconte tout ? Je pourrais, pour que ça ne te rende pas malheureux. » C’était trahir ma meilleure amie mais je savais que je pouvais aisément filtrer et omettre tout un tas de détails gênants, pour la tranquillité d’esprit de l’homme qui partageait ma vie. J’eus les larmes aux yeux quand il me fit une déclaration qui me toucha en plein cœur et à laquelle je répondis de la seule façon qui semblait en adéquation avec l’intensité des mots qu’il avait employés.

***

Une partie de moi s’attendait à ce que son père exige qu’il soit la main qui éliminerait définitivement la trahison d’Achille. Cela paraissait même logique, il était venu lui rapporter les faits, il se devait de terminer ce qu’il avait initié. Pourtant, j’étais inquiète pour Lucky, je craignais les conséquences de ce genre d’ordre. On ne sortait pas indemne de l’assassinat de son frère de sang, qu’il se soit rendu coupable de haute trahison ou pas, ça ne changeait rien, il restait la personne avec qui on avait partagé des tonnes d’histoires, des tonnes de souvenirs, de belles comme de moins belles choses. C’était un grand frère et au moment d’appuyer sur la gâchette, c’était tout ce qui remontait à la surface. Il aurait besoin de moi et je priais Dieu de me permettre de le ramener à moi quand il aurait accompli sa mission et quelque chose me disait qu’il n’y aurait rien de moins facile. Néanmoins, je fis de mon mieux pour occulter ce fait histoire de profiter du vent de fraîcheur et de soulagement qui souffla sur nous après cet entretien. Je me montrais disponible et ouverte à toutes ses propositions et une bonne partie d’entre elles nous maintenaient enfermés dans la chambre qu’on nous avait attribuée pour profiter de véritables retrouvailles. J’avais l’impression que parfois, ça sonnait comme un au revoir, parce qu’à notre retour, le temps nous manquerait et que nous devrions presque prendre rendez-vous pour nous voir et profiter l’un de l’autre. Je dis adieu à mon ancienne vie dans une chambre au Salvador, juchée sur le grand type viril qui me servait d’époux. La transition se fit néanmoins en douceur. Je pus profiter de lui quelques temps, au moins le matin, lui préparer à manger, partager quelques moments tendres avant qu’il ne s’envole vers ses obligations. Le plus dur restait le soir où je l’attendais parfois pendant des heures, pour manger, puis pour me décider à aller me coucher. Je n’investissais jamais notre lit tant qu’il n’était pas là. Parfois, il m’y déposait lui-même parce que je ne l’entendais pas rentrer et que j’avais sombré dans une position inconfortable sur le canapé. Je me molletonnais dans un de ses t-shirts pour avoir son odeur et me sentir à l’aise et parfois, je lui envoyais un flot ininterrompu de messages, pour savoir s’il allait bien, s’il avait mangé, s’il n’était pas trop fatigué. Je me trouvais fatigante et le fait que mes journées soient pleines de vide ne m’aidait pas à relativiser. Il me fallait une activité épanouissante qui m’occuperait suffisamment l’esprit pour que je ne pense plus au fait qu’il n’était pas là souvent, qu’il me manquait et que j’avais besoin de lui voler plusieurs heures de son temps pour avoir l’impression que nous étions toujours aussi proches qu’avant. L’ambiance sur le domaine ne m’aidait pas vraiment à me sentir bien par rapport à ce changement dans la hiérarchie et si Antonella ne m’en voulait pas, sa tristesse me frappait de plein fouet et me coupait le souffle. J’étais suffisamment maussade sans que quelqu’un n’en rajoute une couche.

Son compliment me fit sourire alors que je déposais mes lèvres dans son cou puis sur sa bouche. Nous nous étions vus en coup de vent le matin même, ça n’avait pas été suffisant pour éteindre ce manque de lui que je dissimulais de mon mieux pour ne pas ajouter de la culpabilité au reste. « Ce n’est pas grave, c’est quoi un quart d’heure quand on a le droit de se retrouver face à un homme aussi beau, hein ? » Je ponctuai le tout d’un haussement de sourcils très suggestif avant de ricaner même si le cœur n’y était pas vraiment. Etais-je là pour un petit repas de couple histoire de profiter de sa présence ou bien pour le déprimer ? Il était temps que je me fasse violence et que je retrouve mon sourire, au moins pour lui. « On pourrait aller s’enterrer en Sicile, je pourrais manger des pâtisseries jusqu’à faire une crise de diabète. » Ouais, j’en rêvais, de retourner là-bas et de profiter du soleil ainsi que de la nourriture. A choisir, j’aurais préféré passer ma grossesse là-bas, loin du stress et de l’agitation de la grosse pomme mais c’était aussi peu probable que réalisable. « C’est le temps que tout se mette en place, mon amour, ne t’en fais pas. Une fois que toutes les bases seront posées, tu pourras à nouveau souffler, j’en suis sûre. » le rassurai-je en tapotant sa main avec de la douceur et un sourire. Sourire que je perdis à l’évocation de ma matinée chaotique, d’ailleurs, il préféra que nous changions de sujet, ce que je comprenais aisément et ce à quoi je ne m’opposai pas. Je sautai seulement sur l’occasion pour aborder le sujet qui me titillait depuis des jours. « Peut-être qu’il a confiance en elle et qu’il est content qu’elle reprenne le boulot parce que ça le sert aussi et qu’il ne compte pas l’en priver, jamais. Faut pas voir le mal partout ! » Même si je savais qu’il avait raison et quel le Salvadorien sauterait sur la première occasion offerte pour revenir sur sa parole et priver Cinzia d’une occupation qui la détournait de lui et de son bon plaisir mais pour le moment, c’était pour moi l’exemple parfait pour que je puisse obtenir ce que je désirais et je n’avais aucun scrupule à m’en servir. Si j’étais sérieuse ? Je pris sur moi pour rester la plus calme et raisonnable possible. Il avait beau m’aimer de tout son cœur, si je lui servais sur un plateau d’argent un prétexte pour qu’il refuse, il se servirait avec plaisir. Quand il faisait les questions et les réponses, ce n’était jamais bon signe pour moi et je ne pus cacher la déception qui affadit mes traits alors qu’il se trouvait tout un tas de belles excuses. J’aurais pu rire à sa blague si je n’étais pas aussi désabusée. Je lui donnais toutes les cartes pour que cette histoire de travail soit la plus facile à vivre pour lui, il pouvait décider de tout et il refusait malgré tout. Que lui avais-je fait de si grave ? J’eus une folle envie de fondre en larmes que je refoulai en jouant avec ma serviette de table, baissant les yeux.

« Ce qui se passe ? J’aurais besoin de quelque chose pour m’occuper la journée quand tu n’es pas là, de faire autre chose que le ménage, la bouffe et le rangement, parce que mes journées sont longues et que tout ça ne me prend pas assez de temps et que je finis toujours par ressentir le fait que tu n’es pas là et que tu me manques. Je ne te reproche rien, je sais que tu fais ton possible mais j’ai besoin de m’occuper l’esprit pour penser moins à toi et ne plus me rendre malade. Je ne suis pas une femme qui se satisfait de faire du shopping et de s’occuper d’elle perpétuellement, j’ai besoin d’avoir un vrai boulot, des responsabilités pour m’épanouir. Et je ne vais plus au chenil, mon père refuse que je porte les sacs de nourriture ou que je nettoie les cages, j’y vais et je regarde les autres faire, trop peu pour moi. » Tout le monde me traitait comme une handicapée et si ça partait d’une inquiétude fondée et vraiment mignonne, je perdais de plus en plus patience. Il finit cependant par céder, me demandant ce que je voulais faire et mon regard s’illumina. « Il y aurait de la place pour moi, avec toi ? » Parce qu’il ne pourrait me faire plus plaisir que comme ça, nous pourrions compenser toutes ses absences de la meilleure des façons et ce serait aussi le moyen de faire taire sa paranoïa et sa jalousie. « Sinon, ils cherchent des formateurs pour les futurs secouristes. Horaires fixes, à l’abri dans un bâtiment scolaire, rien de sorcier. Y a aussi l’enseignement, pour aider les gamines qui ont eu des enfants de bonne heure. Y a tellement de choses mais je veux que ça convienne à tes besoins. Mais je préférerais passer tout mon temps avec toi, même si je peux comprendre que l’idée ne t’emballe pas des masses. » Lui avait peut-être besoin de tout séparer et de prendre ses distances, parce qu’à force d’être l’un sur l’autre, il avait peur de se lasser, s’il ne l’était pas déjà.

***

« C’est quoi ça ? » demandai-je, suspicieuse alors qu’il tenait le plus gros bouquet de fleurs de la création. « Bah, des fleurs ! » répliqua-t-il, méfiant. « Je suis passé devant le fleuriste, je l’ai vu et ça m’a fait penser à toi, je me suis dit que ça te ferait plaisir ! » reprit-il pour tenter de désamorcer la bombe. « Tu ne m’achètes jamais de fleurs et là, ça te prend comme une envie de pisser, tu m’en ramènes ? Tu me prends pour une débile ? Qu’est-ce que t’as fait ? » « Quoi ? Mais t’es malade ! Je t’offre des fleurs et t’es pas contente ? N’importe quelle autre femme sauterait au plafond mais pas toi, faut que tu me casses les co-… » « NE NOIES PAS LE POISSON ! Qu’est-ce que t’as fait ? Qui tu as baisé pour que tu veuilles te faire pardonner ! Tu lui offres des fleurs, à elle aussi ?! » Il ouvrit de grands yeux, ne comprenant pas comment ils en étaient arrivés là si vite. Moi, je perdais pied, dépassée par mes hormones, ma jalousie, ses absences et ce geste adorable qui semblait trop bizarre pour être totalement sincère. « Même si je le voulais, je n’aurais pas le temps d’en voir une autre, on a même pas le temps de se voir et-… » « Ca n’a jamais empêché ton frère ! » « Ok, les fleurs sont un problème ? Donne-moi ça ! On va le régler tout de suite ! Tiens, voilà, t’es contente ?! » Il les avait jetées au sol et piétinées avec obstination et je fondis en larmes aussi sec. Je ramassai ce qu’il restait du bouquet en sanglotant, essayant de l’arranger et je le mis dans un vase, répétant qu’elles étaient si belles et que c’était du gâchis. Le jour suivant, la même scène se reproduisit parce qu’il n’avait pas acheté de fleurs, ma grossesse nous posait de sérieux problèmes de communication et le temps que j’avais pour cogiter également.

***


Je lui mis sous le nez des prospectus pour les formations secouristes puis je lui donnai l’annonce pour le centre des jeunes mères sans avoir plus de réaction et quand je lui parlai de suivre une formation en comptabilité pour lui filer un coup de main ou peut-être me charger du cabaret, il quitta la pièce comme s’il ne m’avait pas entendu, sans dire un mot et je me retrouvai face à une chaise vide en faisant volte-face. Il n’avait jamais le temps d’en parler, toujours pressé par quelque chose et je finis par prendre le taureau par les cornes. Une de mes cousines travaillait pour une grande enseigne de cafés, elle me prêta son uniforme et je comptais l’avoir sur un coup de bluff. J’avais fait mine de m’y rendre et de déposer un CV pour que ses hommes corroborent ma version des faits mais je n’avais pas été engagé, j’aspirais à autre chose, je voulais seulement que ça lui serve d’électrochoc et qu’il cesse de me faire tourner en bourrique. Pourtant, il aurait dû finir par s’asseoir lui-même pour m’écouter après mes récentes crises de jalousie qui étaient la conséquence de mes tergiversions durant mes journées de solitude. Il ne le fit pas et je n’eus d’autre choix que d’émerger en uniforme pour faire comme si je me rendais de bon matin sur mon nouveau lieu de travail. « Je vais au boulot, je commence à 9h. » lui répliquai-je accompagnant mon propos d’un coup d’œil qui signifiait que s’il me cherchait, il allait me trouver. « Dommage que ça corresponde à mon premier jour de travail, pas vrai ?! J’ai tout juste le temps d’arriver là-bas ! » Je faisais du lobbying depuis des semaines et il ne m’entendait que maintenant, il fallait toujours aller dans l’extrême pour qu’il entende ce qu’il ne voulait pas affronter et parfois, je me sentais épuisée par toute l’énergie que ça me demandait. « Bonne journée mon lapin ! » opposai-je, prête à partir alors qu’il me passait devant pour prendre mes clés de voiture et me faire asseoir histoire que nous ayons une conversation qui traînait depuis une éternité. « Discuter de quoi ? Du fait que tu m’as dit que tu voulais bien uniquement pour que j’arrête de te faire chier avec ça ? Que tu ne veux pas vraiment que je bosse parce que chaque fois que je t’en parle tu m’ignores complètement quand tu ne t’en vas pas comme si je n’existais pas ! Luciano, c’est moi que tu prends pour une conne ! Mais tu ne comprends pas, si je ne travaille pas, je vais devenir folle et visiblement, tu ne veux pas de moi dans tes pattes, alors je vais jouer les larbins de service pour m’occuper l’esprit et éviter une crise. Parce que moi aussi, ça me fatigue, de te faire des crises pour une histoire de fleurs sans comprendre d’où je le sors ! Je peux comprendre que tu n’aies pas envie de me supporter ici et au boulot et je t’ai proposé de choisir toi-même ce qui te convenait le mieux, ça fait un moment déjà, j’attends toujours la réponse. Alors je prends le taureau par les cornes, parce qu’il est hors de question que je passe une journée de plus devant la télé ou à aller au spa, parce que je vais finir par en prendre une ave une serviette chaude ! »







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SCUSA SE NON PARLO ANCORA SLAVO
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